EXPOSITION DE GRAVURE AU CERCLE DE LA LIBRAIRIE
ENCOURAGÉS par le succès justifié de la première expositîoa qu'ils avaient organisée l'année dernière *, les membres du Cercle de la Librairie ont eu, au mois de juillet dernier, l'excellente idée de foire pour la Gravure ce qu'ils avaient si bien réussi pour l'Imprimerie, et de nous montrer les progrés accomplis par cet art depuis ses origines jusqu'à nos jours. Répondant à leur appel, les collectionneurs les plus célèbres ont ouvert leurs cartons, et c'est ainsi que les nombreux visiteurs qui du il au 3i juillet se pressaient dans le coquet hôtel de M. Ch. Garnier ont pu admirer 240 pièces toutes remarquables et dont quelquesunes même sont uniques.
Dans la partie rétrospective de cette exposition, nous citerons, en nous aidant du catalogue, véritable merveille d'impression dont nous parlerons plus loin, les estampes suivantes :
École Italienne. — Maso Finiguerra : Mdorn/ion des Mages. Nielle. Collection Dutuit. Cette pièce se trouve décrite dans l'ouvrage de M. Duchesne ; Essai sur les nielles, p. 3a, — PeregrinidaCesenat/eT'n'oiMf/iCiieAfflrs. Nielle. Coll. Dutuit. V. Duchesne, lao. — Botiicelli (i447-i5i5): Vénus; planche faisant partie de la suite des Sept planètes. Coll. E. de Rothschild. V. Passavant : le Peintre-graveur, 61. — André Mantegna{i43i-i5o6): /a Vierge dans la grotte; Coll. E. de Rothschild. V. Bartsch : le Peintre-graveur, etc., 9. — Raimondi (1488-1530): Adam et Eve, d'après Raphaél. Coll. Dutuit. V. Bartsch, 1.— Raimondi, le Massacre des Innocents, d'après Raphaél. Planche dite au chicot, pour la distinguer d'une autre estampe exécutée au même moment, d'après la même composition par Marc de Ravenne. Épreuve de i*' état, avant l'inscription sur le piédestal placé à la gauche du fond. Coll. Dutuit. V. Bartsch, 18. — Carrache
tB6 LE LIVRE
belle photoglyptie Lemercier sépare cette notice du catalogue d'annonces. M. Danel, de Lille, a envoyé deux remarquables photochromotypographies représentant : Tune, un des plats d'une reliure en mosaïque aux armes du comte d'Hoym, signée de Padeloup le jeune, place Sorbonne, à Paris ; l'autre, le second plat de la même reliure. Les maisons Crété et Éthiou-Perou viennent ensuite avec chacune huit pages tirées en plusieurs couleurs et ornées de vignettes. On remarquera, dans la partie qui a été confiée à M. Martinet, la finesse de ses gravures sur bois, ainsi qu'une très belle page signée Pillet et Dumoulin, exécutée d'après un dessin des Ornements de la Perse, gravé par Pannemaker. L'imprimerie générale de Lahure a envoyé ses plus beaux spécimens ; l'annonce de M. Alauzet mérite surtout une mention spéciale. MM. Darantière, de Dijon, et Noblet de Paris, ont chacun quatre pages tirées en plusieurs couleurs. Celles qui suivent, dues à M. Monnoyer, du Mans, sont remarquables par leur encadrement du XV* sièele. Dans l'exposition de M. Motteroz, on voit un spécimen des reproductions de toutes sortes qu'il obtient par ses procédés héliographiques. MM.Oudin, de Poitiers, ont quatre pages en couleurs, parfaitement tirées sur fond bleu ; M. Tolmer en a donné huit en plusieurs couleurs; M. Ch. Unsinger, huit également ; la bordure de la première page de cet imprimeur est des plus gracieuses.
Parmi les planches qui contribuent à ornementer le volume, citons : une phototypie de M. Quinsac, de Toulouse: la Transfiguration; un superbe portrait en taille-douce de Racine, extrait des Grands écivains ; une photoglyptie, teinte verte, de MM. Goupil, représentant Af<"* de Pompadour^ des planches en taille-douce et en héliogravure de MM. Quantin, Chardon et Lemonnyer; deux chromolithographies de M. Champenois représentant : l'une, une Jeune femme; l'autre, V Entrée d^ Henri IV à Paris.
Enfin nous ne pouvons passer sous silence MM. Darblay et Béranger d'Essonnesqui ont fourni le papier; Lorilleuxet Lefranc qui ont offert les encres; Engel, Galicher, Lenègre, Magnier, Mouveau et Levesque, auxquels on doit les reliures.
Outre les exemplaires ordinaires du Catalogue, il a été tiré cent exemplaires de luxe qui renferment de précieuses estampes. On y voit deux superbes Molière, l'un, de Sandoz, destiné à la Collection des grands écrivains ; l'autre, tiré sur Japon, à la maison Mame ; un Fénelon de la collection des Chefs^^œuvre de la Littérature française, édités par cette dernière librairie ; puis cinq héliogravures, les trois premières de Baldus, tirées du Palais de Versailles^ du Palais du Louvre et des Tuileries et àa Nouveau Louvre; la quatrième, de Du jardin : l'Amateur de gravures^ de Meissonier ; la dernière, de Arents, tirée sur Japon ; les Pêcheurs j de Hobbema. On admire encore une reproduction de la Lucrèce de Raphaél et de Raimondi, tirée de l'Histoire de la gravure de M. Duplessis; une lithographie de Vidal : un Coup de main, d'après le tableau de Renouf ; un facsimilé d'une aquarelle de Détaille, imprimée au pouce par Goupil, un portrait de Pierre Mignard, peint par H. Rigaud en 1691 et gravé par Schimdt, magnifique reproduction due à M. Chardon ; une chromolithographie de M. Dambourgez d'après une peinture murale de Yan* Dargent ; une photogravure de Goupil, les Roses de mai, de Chap\ain\ une eau-forte héliogravée par M. A. Durand: Jésus guérissant les malades ; enfin des portraits des Condé pour servir à V Histoire des Princes de Condé, du duc d'Aumale, éditée par MM.Calmann Lévy.
CHRONIQUE DU LIVRE aS/
Qu'on nous permette de formuler ici une seule critique, non sur le Catalogue, mais à propos de l'Exposition elle-même. N'est-il pas regrettable qu'elle ait eu lieu vers la fin du mois de juillet, alors que nombre d'amateurs et de connaisseurs avaient quitté Paris ? Si, comme nous le voulons espérer, le Cercle ouvre de nouveau ses salons au public, sera-t-il possible d'avancer de plusieurs semaines l'époque à laquelle il nous conviera à admirer de nouveaux chefs-d'œuvre ?
Il y aurait ainsi profit pour l'artiste aussi bien que pour l'acheteur.
— On vient de découvrir à Francfort, pendant la réorganisation de la bibliothèque municipale de Mayence, plusieurs manuscrits et incunables des plus rares et des plus précieux, imprimés du temps de Gutenberg.
— Dans une de ses dernières livraisons, la Bibliothèque universelle reproduit, d'après Vlllustrirte Zeitung^ le testament authentique de Luther qui se trouve aujourd'hui conservé au Musée national de Pesth.
L'écriture de Luther est grosse, distincte et soignée. Voici la traduction :
« Moi, Martinus Luther, docteur, confirme par ma propre écriture que j'ai donné à ma chère et fidèle épouse Catherine, pour qu'elle en ait l'usufruit pen* dant sa vie, qu'elle en dispose à son gré et à son bénéfice, dont je lui délivre document ce jourd'hui :
La petite propriété de Zuelsdorff, que j'ai achetée et arrangée, avec toutes les choses qui s'y trouvent. La maison Brunon, comme logement, que j'ai achetée sous le nom de Wolf (son domestique). En troisième lieu, les gobelets et les bijoux, tels que bagues, chaînes, médailles, florins et pièces en argent, qui ont à peu près une valeur de i ,000 florins. Je fais ceci parce qu'elle m'a de tout temps aimé et soigné comme une fidèle épouse, et qu'elle a reçu de moi, par la riche bénédiction de Dieu, cinq enfants vivants et qui vivent encore (que Dieu les fasse vivre longtemps), lesquels elle a élevés. Mais elle prendra à sa charge de payer les dettes que j'ai contractées et qui s'élèvent à environ cccl florins, mais on pourrait en trouver encore d'autres. En quatrième lieu, et parce que je veux que ce soient les enfants qui regardent à ses mains, et non pas elle qui regarde aux leurs, et qu'ils lui soient soumis comme Dieu l'a voulu, car je connais par expérience comment le diable irrite et excite les enfants, malgré leur pitié, contre ce commandement par les langues méchantes, envieuses et jalouses, surtout quand les mères sont veuves et que les fils prennent femme et les filles mari, et encore nurum socrum et socrum nurum (la bru la belle-mère et la belle-mère la bru). Car je suis d'avis que la mère sera la meilleure tutrice de ses propres enfants et qu'elle n'administrera pas les rentes et propriétés à leur détriment, mais qu'elle en usera à l'avantage et au bénéfice de ceux qui sont sa chair et son sang, et qu'elle a portés sur son cœur. Si même après m^ mort elle était obligée de changer de position (car je ne veux mettre aucune limite à la volonté de Dieu), j'ai la confiance qu'elle remplirait ses devoirs à l'égard de nos enfants et qu'elle partagerait les rentes et autres choses selon la justice. Ainsi, je prie instamment et humblement mon grand seigneur, le duc Jean-Frédéric, électeur, de protéger ce legs dans sa grâce. Je demande à tous mes chers amis
a88 LE LIVRE
qu'ils veuillent bien être les témoins de ma chère Catherine, et la défendre si quelque mauvaise langue cherchait à lui faire tort par des calomnies, en insinuant qu'elle possède de l'argent caché, ou quelle a volé et détourné le bien de mes pauvres enfants. Je témoigne que je ne laisse pas d'argent comptant en dehors des gobelets et bijoux mentionnés dans le testament. Le compte doit en être public parce que Ton sait combien j'ai eu de revenu de mon seigneur (je n'ai pas touché un liard de personne autre) et ce qu'il y a de bijoux dans ma succession «era affecté à mes dettes. De ce revenu et de ces cadeaux, j'ai construit, j'ai acheté, j'ai monté et entretenu un lourd et grand ménage, de sorte qu'en tout, je dois constater une rare bénédiction en ce que j'ai tant obtenu. Je ne m'étonne point de ne pas avoir d'argent comptant, mais je m'étonne de n'avoir pas plus de dettes. Je demande tout ceci, parce que le diable, qui ne peut pas s'approcher de moi, en voudra bien sûr, de toute manière, à ma Catherine, parce qu'elle a été et est encore l'épouse de Martin Luther. En outre, je prie tout le monde, puisque je ne me sers pas de mots et de formules juridiques (j'ai des raisons pour cela), de me laisser passer pour l'homme que je suis en vérité, lequel publiquement est assez connu au ciel, sur la terre, et aussi aux enfers, qui a assez d'autorité et auquel on peut croire aussi bien qu'à son notaire, car si Dieu, le père de toute miséricorde, m'a confié à moi, pauvre, indigne, misérable et condamnable pécheur, l'Évangile de son fils, par lequel il m'a rendu fidèle et vrai, de sorte qu'une partie du monde l'a accepté par mon ministère et me croit un docteur de la vérité, malgré l'excommunication papale, la colère de l'empereur et des rois, des princes, des prêtres, même malgré celle de tous les diables, ne me croira-t-on davantage pas dans cette affaire de peu d'importance, surtout puisque cet écrit est de ma main, bien connue. Il devrait suffire de prononcer et de se dire : « Ceci est l'avis sérieux, sincère et réfléchi du docteur Martin Luther (le notaire de Dieu et le témoin de son Evangile) » si l'on peut encore y ajouter la preuve qu'il l'a écrit de sa main et revêtu de son cachet.
c Donné le jour de l'Epiphanie 1542.
« Martin Luther ».
« Ego Philippus Melanthon testor hanc esse et sententiam ac voluntatem et manum Reverendi dni (domini) Doctoris Martini Lutheri, preeceptoris et patris nostri carissimi.
« Et ego Caspar Creucigor d. (doctor) testor hanc esse et sententiam et voluntatem et manum Reverendi d. (domini) doctoris Martini Lutheri carissim patris nostri. Quare et ipse mea manu subcrispsi.
« Et ego Johannes Bugenhagius Pomeranus d. (doctor) idem testor mea manu. »
Paris, un An : 40 fr. Province, un An : 42 Tr.
Le numéro vendu séparément : 5 francs
DEUXIÈME ANNÉE