M"» DE SOUZA
Qui se serait attendu à cette épigraphe violente de la part de Jules Janin ? Il est vrai que le livre avait pour titre Bamave, que le critique était alors fort lié avec Félix Pyat et qu'il s^agissait de paraître hostile à la maison d^Orléans.
Voici une épigraphe plus violente encore ; son ton devra plaire aux naturalistes :
La Liberté est une garce qui aime être couchée sur un matelas de cadavres.
(Mirabeau.)
Au milieu des romantiques se glissaient quelques penseur^, quelques moralistes clairsemés ; à cet ordre je rattacherai les épigraphes suivantes :
L'auteur avait des problèmes plus sérieux à résoudre que celui de passer une robe à la Vérité.
{Extrait d'une préface quelconque») (Alphonse Brot.)
Ancien affilié de la bande de Pétrus Borel, Thonnéte Alphonse Brot devait plus tard se caser dans les bureaux d^un ministère et verser dans le roman à aventures sans y trouver une gloire quelconque.
L'hebre est sur Thorloge des destinées, rien ne pourra Pempécher de sonner.
(P. BUESSARD.)
est Pépigraphe d'un penseur qui eut diverses manières. On citait jadis cette phrase triomphante du même écrivain : T ai fait sensation à cette
|Stf LE LIVRE
femme ^. Passant à l'éducation à quelque temps de là, le romancier-penseur créa renseignement Buessard et devint chef dMnstitution à Passy.
Pour moi, je me mis à réyer au lieu d'avoir
du plaisir.
(Obermamn.)
On a là Pexpression d'un petit groupe de fidèles qui se rattachaient aux alanguissements maladifs de M. de Senancourt, groupe dont il n'est pas resté trace.
Ceux qui ont étudié quelque peu le mouvement romantique dans ses origines ont sans doute remarqué que la littérature du xvii« siècle était assez négligée en i83o. Il est rarement question de Molière, de La Fontaine, de La Bruyère. Les qualités de ces esprits trop posés, trop raisonnables, trop clairs, n'étaient pas de celles que recherchait la nouvelle école *. Non plus le xvni* siècle n'était pas en faveur parles mêmes motifs; aussi voit-on peu d'épigraphes empruntées à Voltaire, à Jean-Jacques, à Diderot, à d'Alembert. Les encyclopédistes utilitaires étaient regardés d'un œil de mépris par les sectateurs de l'art pour l'art.
Toutefois, je trouve dans le Maçon, de Michel Raymond (Michel Masson et Raymond Brticker), un choix d'épigraphes qui montre que ces romanciers cherchaient à se raviver aux sources des penseurs du xvm' siècle. Au quakérisme américain ils empruntent cette pensée :
Combien de lois on rendrait inutiles si Ton en faisait de bonnes sur Téducation !
(Guillaume Penn.)
Ils interrogent les philosophes, les magistrats :
Ceux qui ne s^inquiètent pas de la justice forcent la justice à s^occuper d^eux.
(D'Épremesnil.)
En matière de religion, Masson et Brûcker me semblent sceptiques :
Ce n'était pas assez de Penfer, les hommes y ont ajouté le purgatoire.