‹ Le livre (volume 3)Chapitre 77 sur 103 · IL · texte numérisé non relu

IL

originaux. 11 a laissé,ea outre, deux grands volumes contenant cent soixante-douze dessins sur cuivre et sur acier empruntés pour la plupart auy iUustratioos de

Dcwin d'aprU ont «qiuutllc cxicnUc par Jo>it Liio, 1 l'igs àt qutonc au.

romans parus dans Bentleyi Mtscellany; plusieurs autres romans et publications p^odiques, notamment Christopher Tadpole [trente-deux dessins), Hcmdly

Cross ou la Chasse de M, Jorrock (cent deux dessins), le Journal hebdomadaire (cent dessins), le Journal illustré (douze dessins); Comte Hisiory of England (1847-1848), deux volumes; ComicHistory of Roma (i85i), un volume ; de nombreuii Sporting book, Punch's pocket books and. Almanac, Ckristmas books, livres de Noël de Ch. Dickens', etc., etc.

L'oeuvre de l'artiste représente un total de cinq mille dessins. Déjà j'ai eu l'occasion de parler de ■ ^-j- John Leech, de son génie

aimable et l'ai fait longuement; j'y reviens toujours avec plaisir. La grâce des lignes dans les figures de jeunes filles et de jeunes garçons, la vigueur expressive du trait dans les figures d'hommes et de femmes, la délicieuse beauté des

1. Joha Lacch d< butait en iB^, — il avait vingt-troia ani, — par deux gramniaiTca comiquca: Comie Engiitk granmar, Comte Laliit grammar. Cette dcraître mirila le* baonean de la tradactioo, on plotSt d'uni adaptation à un teitc fran(u*. — Réccmiaenl, H. Yveling Ram Band pnbliail aoai oc titre un pan lingulier : En voilure, Meuleurtl/l (un vol. in-iS, chci Dcnta) cent dix croqaii de Jotm Leecb, lalouréa d'an commentaire faotaialite. Noiu «rafmiatoaa à ce li*re quelquet-DM de* dc*«ini qui accompagatot cet article.

Croqula original d

enfants, la sioc^rité de l'observation, la vie de ressemble, l'esprit du détail, la clarté du sujet, — cette chose si rare chez les caricaturistes, — la clarté par la décision du geste; it n'en faut pas tant pour expliquer, justifier la vogue persistante qui s'attache au crayon de Leech pendant tant d'années. Il était si charmant, ce crayon : original, spontané, naturel, génial, et si honnSte dans sa gaieté, n'efUeurant mânie -==-

pas le vicel Ah! que nous IZZT "^. "T^^ ^T^^c.

voilà loin des cruautés de Hogarth et des grossièretés de son école 1

Les jeunes dames de John Leech, j'y insiste, étaient si aimables et aussi ses enfants I Comme il savait traduire tous les menus accidents de la vie du sport et de la vie nautique, la vie des rues, des haltes, des quais, des jardins publics, des chemins \ de fer, des bals, des tavernes, des monts-depiété, des élections, des théâtres; les saisons et leurs modes; toute la vie sociale d'une grande cité étudiée à son niveau moyen, point très élevé, mais pas très bas non plus, bourgeois, populaire

mlme,mais non vulgaire! Cro^ni» origtn»! de Johh L.«c».

Il était encore, ce crayon,

ennemi de toute prétention; il cinglait doucement le mauvais goût dans les moeurs, dans la toilette, dans les usages, tout ce qui est afTecté, bouffi, mesquin. Mab sa plaisanterie, s'attaquani toujours à de très petits sujets, était toujours inoffensive; quand il lui arrive de piquer même à fond, la piqûre est sans venin. Avant tout, par-dessus tout, il tst Anglais. Son idéal masculin est le gentleman clément, généreux, délicat, brave, rempli d'abnégation et... bel homme. Son idéal féminin est la jolie jeune dame, séduisante dans son léger embonpoint, saine, bien portante, nullement coquette dans le sens fâcheux du mot, mais soigneuse de sa beauté, attrayante par sa simplicité, exempte d'affectation et, en toute circonstance, naturelle.

Le grand adoucissement des caractères, si manifeste déjà chez John Leech, se trahit d'une feçon décisive par la vogue extraordinaire qui s'est attachée aux récentes publications de M. Walter Crâne, de M. R. Caldecott et de M*" Kate Greenaway, — MM. W. Crâne et Caldecott ont commencé par s'adresser à l'enfont, le premier en faisant passer sous ses yeux les merveilleuses imagina-

tions des Contes de Perrault et des Mille et une Nuits, traduites b son u dans la langue éblouissante des couleurs et des formes, et des bouquets de cl

sons sur de vieux airs; le second en lui traduisant dans la même langue les vieilles légendes populaires comme l'Histoire divertissante de John Gilpin et

Croquii originiui de Joi

celle de la Maison que U chat a bâtie. M"* Kate Greenaway, dans un sentiment d'amour pour l'en&nce encore plus profond, met en scène exclusivement l'enfant lui-même en son admirable livre : la Lanterne magique (le titre anglais

est Under the window, Par la fenêtre. Avec un art non encore égalé, avec une tendresse, une adoration de jeune mère, elle le surprend et le montre dans ses naïvetés, ses gaucheries et ses grâces touchantes, dans ses jeux d'innocent, dans ses promenades avec leurs découvertes, leurs surprises,

Croquis de John Lbech, pour les Children of the Mobility. ( Extrait de U GautU des Beaux- Arts, )

leurs peurs, leurs étonnements et leurs ravissements, avec les embarras et les timidités de sa démarche, l'engoncé de ses vêtements dans le froid, ses épanouissements et ses rires enchantés dans la saison clémente, avec tous les élans de son doux cœur et ses petits égoïsmes.

Dans l'art de M. Walter Crâne, de M. Caldecott et de M^'Kate Greenaway, le paysage joue un rôle très important, paysage familier, bien anglais, interprété

it» LE LIVRE

avec une bonhomie savante, spirituelle, du goût décoratif le plus rare; étrange et très précieuse adaptation de l'art étrusque, de l'art flamand primitif et de l'art japonais au génie national. Ces livres au moyen d'un très petit nombre de combinaisons sont imprimés en couleur. Des Contes de Perrault, de

Croquit de Iohm Lsech, poar le* Childre» ef tht Motllltr. (Eitnll d( U Gâttllt lia Bioa-ÂrU.)

M. Walter Crâne aux derniers volumes de M"* Kate Greenaway {Birthday book for Children), livre mémento des dates de fêtes, des marges duquel nous tirons d'aimables croquis en noir, et Mother Goose, un adorable conte de ma mère l'Oie, le progrès de l'impression en couleur est prodigieux. Elle atteint ici, d'un bond, aux limites d'un art exquis, fa l'interprétation parfaite de la nature, réalise des efl'ets prodigieux, d'incomparables accords d'harmonie déco-

LES LIVRES A CARICATURES EN ANGLETERRE h)

rative. Ira-t-on au delà, fera-I-on mieux encore? Je ne sais et ne le souhaite guère. Arrivât-on au modelé, aux tons fondus de la peinture à l'huile, l'art n^ gagnerait rien que je sache, sinon un procédé fort inférieur, un trompe-l'œit. On peut s'en tenir aux résultats obtenus, au procédé maintenant acquis dont la loi esthétique a été de prime-saut trouvée, formulée par l'incomparable artiste du nom de Kate Greenaway.

Du rire honnête, mais féroce, de ce grossier Saxon de William Hogarth au sourire délicieux de Kate Greenaway, il s'écoule un siècle et demi. Est-ce doue le même peuple qui applaudit aujourd'hui au doux génie, aux tendres malices de l'une, après avoir si passionnément applaudi au génie amer, aux sanglantes satires de l'autre? Après tout, cela est possible : la haine du vice et l'amour de l'innocence ne sont que des manifestations difiërentes du même si

Ernest Chesneau.

ÉTUDES ET DOCUMENTS NOUVEAUX

SUR LES LIVRES A CLEF (Suite.)

iitoire du rojraome des Lanternes, mise ea lumière par un bec de gaz et racontée par NaIf, arriére-peiit-cousin de Candide. 3* édition. Paris, Paulier (1842). In-32 de 128 p. avec vignettes.

Ce petit ouvrage est de Georget-Ma rie- Mathieu

Dairnwaell, pamphlétaire assez obscur du temps

de Louis- Phi lippe, connu surtout par deui libelles :

l'un Abracadabra, qui fut saisi ; l'autre Je casse les vitres, qui valut à son auteur

une condamnation à un mois d'emprisonnement et 5oo francs d'amende.

UHhtoire du royaume des Lanternes, écrite dans le genre, mais non dans le style voltairien, est une satire allégorique violente de la monarchie de Juillet. La clef de ce petit pamphlet est bien facile b &ire : Lantemia et le Royaume des Lanternes, c'est Paris et la France; l'Homme rouge, lampion du roi Simple XIII, c'est le cardinal de Richelieu, ministre de Louis XIII; il ne Êiut pas grand effort d'imagination pour comprendre que Soleil XIV, Simple XV, le duc de Lâcheté, Simple XVI, son cousin Lâcheté, désignent Louis XIV, Louis XV, le régent duc d'Orléans, Louis XVI et Philippe- Égalité. — Qui ne comprend aussi que le royaume de Britanniskan, c'est l'Angleterre; le duc de Vilainton, Wellington; Simple-Finot X VIII, Louis XVIII; VOgre Usurpateur, Napoléon I"; la Pancarte, la Charte; la Chambre des vieux magots, ou Ossuaire, la Chambre des pairs; le prince de Paravent, M. de Talleyraod;

Cijot, M. Guizot; le due des Ba!(es, M. Decaze; le vieux Nemrod, Charles X; le Mystificateur des deux mondes, La Fayette, et les Hobereaux, la vieille noblesse? Enfin, dans le roi Escobard /•' et ses lampions Cuir-bouilli, Cijot, Nain-Bédaine, Main-Saie^ l'Ours, Tisté et ifS, on peut très aisément reconnaître le roi Louis- Philippe I*' et ses ministres Soult, Guizot, Cunin-Gridaine, Villemain^ Martin (du Nord), Teste et Thiers.

Nous ignorons si cette satire, plus violente que spirituelle, a fait Tobjet de poursuites judiciaires.

Histoire du siège de Gsrthère. Lampsaque, 1 748, in*8«.

En parlant de ce livre à clef, où beaucoup de mots sont anagrammatisés, la bibliographie Gay nous dit : a Allégorie tout à fait dans le goût de V Histoire des Ébugors (1) .» — Clément en parle [Cinq années littéraires, t. II, p. 134). — L'auteur prit son idée et même une partie de ses anagrammes dans V Histoire du prince Apprius, mais il est plus plaisant que son modèle, plus riant, plus léger, plus ingénieux. Le dénouement paraît heureux. Introuvable aujourd'hui. (Tant mieux!)

Histoire véritable de Tohen-Tcheouli, mandarin lettré, premier ministre et favori de l'empereur Tien-Ki, écrite par lui-même et traduite du chinois (par A.-P. Barginkt). Paris, Nadau, 1822. In-8<>, 2 francs.

Ce petit ouvrage, dont la destruction a été ordonnée par la. justice (voir le Catalogue des Livres condamnés, p. 198}, est une satire contre M. Decaze (Tchen^Tcheouli), qui venait d'être disgracié et contre la plupart des personnages de l'époque, tous déguisés sous des noms de forme chinoise. — Nous ne savons si la clef de ce petit pamphlet a été faite.

Histoire véritable présentée sous le titre : Le Mariage rompu et l'amoar

malheureux, suivi d'une bâtardise injuste. Tragi-comédie en proâe, divisée en cinq actes. Soubance (Besançon), 1764. In-8' de vi-182 p.

Le Dictionnaire des ouvrages anonymes (t. II, col. 841) et le savant rédacteur du Catalogue de Soleinne (n* 2o5o et Supplément, p. 73) s'accordent à attribuer à Pierre Marion, de Salins, cette pièce fort rare, non citée dans la Bibliothèque du Théâtre-Français et dans le Catalogue de Pont-de* Vesle,

D'après une note autographe de Charles Nodier, tous les personnages qui figurent dans cette pièce sont historiques, mais leurs noms sont retournés; ainsi :

Ormian de Saint-Récy, — c'est Marion de Saint-Cyr; Miennamie Secto, — Jeanne-Marie Coste; Rhecolta Secto, — Recollette Coste;

Irrepin Ormian, — Pierrin Marion, fils naturel d'Ormian et de Miennamie; II. 44

M. Casmol, —

Étentine Versuleas, suivante, — Etienne Levasseur; Nanjet, fausse gouvernante, — Jantet; Ropet, valet d'Ormian, — Pérot.

On ne possède pas de renseignements précis sur Tauteur de cette étrange comédie; mais M. Paul Lacroix semble disposé à penser que c^est le même que Marion, cité sans prénom, dans la France littéraire, de M. Quérard, comme auteur de diverses pièces de théâtre,

I. K. L. Essai dramatique, ouvrage posthume de Léonard Gobemouche,-^ publié par Marc-Roch- Luc- Pic-Loup, citoyen de Nanterre, des académies de Chaillot, Passy, Vanves, Auteuil, Vaugirard, Suresnes, etc. Dernière édition [Fari quœ sentiam), A Montmartre, et se trouve à Paris, chez Louis Cellot, imprimeur-libraire, rue Dauphine. M.DCC.LXXVL In-8* de 72 pages.

/. K, L., infante de Congo, est une facétie quasi dramatique, dont tout le dialogue se compose des lettres de l'alphabet, non assemblées entre elles et disposées dans leur ordre alphabétique. On comprend combien cette espèce de rébus serait fastidieuse si elle se prolongeait au delà des 2 5 lettres de l'alphabet. Ce soi-disant drame n'est d'ailleurs qu'un prétexte à moqueries. L'auteur de cet opuscule, Willemain d'Abancourt, ne cesse, dans son épitre dédicatoire à son cordonnier, dans son discours préliminaire, dans son éloge de Léonard Gobemouche, enfin dans les nombreuses notes qui servent de commentaire à /. K, L. de railler impitoyablement la plupart des petits auteurs de son temps ; toutefois, il sait rendre justice au vrai talent. Or, comme tous les écrivains auxquels il fait allusion ne sont désignés que par des initiales ou par des péri- . phrases aujourd'hui peu transparentes, il s'ensuit que cet opuscule doit être rangé dans la catégorie des livres à clef. Nous n'avons pas eu le courage, nous l'avouons, de faire toutes les recherches nécessaires pour dresser la clef bien complète de ce mince écrit; c'eût été un bien grand labeur pour un très petit résultat; aussi nous contentons-nous de dévoiler ici les noms les plus importants :

C'est ainsi que, page 10, /)... signifie Durosoî, et, page 16,

Les feuilles soporatives du grand F...^ désignent Fréron;

Les erreurs du savant iV..., — l'abbé Nonotte;

Les tragédies barbares de Chapelain second^ — Le Mierre ;

Les comédies pitoyables du larmoyant -F..., — Falbaire de Quingey;

Les drames héroï-bourgeois de V intrépide M.,., — Mercier;

Le XVIII* siècle du judicieux G..., — Gilbert ;

Les grandes notices du petit 5..., — Sautreau de Marsy ;

Les rimes usuraires de la muse limonadière, — M"* Bourette ;

Les siècles éloquents de l'éloquent S.,., — l'abbé Sabatier;

La Psyché récrépie de catharreux A.,,, — l'abbé Aubert;

Les rapsodies familières de V égoïste i)..., — le chevalier Ducoudray;

Les lettres sublimes de Vimpartial C..., — J.-M.-B. Clément.

ETUDES SUR LES LIVRES A CLEF j^

Idée d'un règne doux et hetirenz, ou Relation du voyage du prince de Montbérand dans Tisle de Naudely. Premier {sic) partie. Cazéres (Parisji, 1703. In- 12, fig. Plusieurs fois réimprimé avec des changements dans le titre et sous la rubrique soit de Messine, soit de Mérinde, en lyoS et en 1706.

Cette médiocre production est de Pierre de Lesconvel, écrivain sans valeur qui avait la manie de se cacher sous des pseudonymes ou de fausses qualités. Une des éditions de Vidée d'un règne doux et heureux porte : « par l'auteur des Aventures de Télémaque » ; mais le public ne se méprit pas longtemps à cette supercherie, et Tauteur ne publia jamais la seconde partie de son roman allégorique. C'est, dit la Biographie Michaud (t. XXIV, p. 284), une espèce de satire plate et ennuyeuse contre les mœurs de la fin du règne de Louis XIV et plus particulièrement contre le faste des prélats. M. G. Brunet dit qu'on a infructueusement cherché à déchiffrer les anagrammes de cet ouvrage. La clef est donc' encore à faire.

Jani Pannonii, poetarum sui seculi facile principis, in Hungariâ quinque ecclesiarum olim antistitis Poemata quas uspiam reperiri potuerunt omnia, etc., etc. Trajecti ad Rhenum, apud Barthol. Wild, bibliopolam, M.D.CC.LXXXIV. 2 vol. in-8<> de xvi-691 et 414 p.

Le nom véritable de cet auteur est, comme on le sait, Jean de Cisinge, poète latin du xv* siècle. La plupart de ses poésies sont très licencieuses; quelques-unes donnent même lieu de suspecter sa croyance religieuse, bien qu'il fût évêque. Cet auteur, sur lequel on peut utilement consulter la Bibliographie universelle (t. VIH, p. 582) et l'ouvrage manuscrit de l'abbé Mercier de Saint-Léger, sur les poètes latins du moyen âge, ne serait pas cité ici, sans une particularité que l'on remarque dans ses oeuvres et qui, croit-on, n'a été mentionnée nulle part : dans les poésies et notamment dans les épigrammes de Janus Pannonius, un certain nombre de mots ont été chiffrés, en raison de leur extrême licence. Nous allons en donner un exemple, non sans prier le lecteur de bien se souvenir que <^ le latin dans les mots brave l'honnêteté ».

Voici donc le texte chiffré de la cxli* épigramme du livre premier (tome I*', page 522) :

De Lucid.

« Cùm sese nobis gxuxfoebn Mxdkb praebet,

« Dum fero sublatos be nfb dpmmb qfeft^

a Terribilem fœdo misit de qpekdf cpncxn,

« Qualiter œstiva fulmina nube crêpant.

« Territus avertor, digitis simul obstruo nasum,

u Xfob sfufoub cadît, cogit abire pudor.

« Mxdkbf nuUa tuo, contingent gaudia, dxoopy

« Tam malè moratus, si tibi dxnixt erit. »

La clef de ce chiffre est fort aisée à découvrir ; l'alphabet est composé de telle manière que, la lettre a étant supprimée, chaque lettre prend la valeur de

la lettre qui la précède; ainsi le b signifie a; le c vaut leb; Ve représente lei. et ainsi de suite jusqu'à la fin de Talphabet; exemple :

colla dptnmb.

Ceci étant bien compris, rien n'est plus facile que de traduire Tépigramme cidessus et Ton obtient le texte suivant :

a Cùm sese nobis futuendam Lucia praebet,

« Dum fero sublatosi ad mea colla pedes,

« Terri bilem fœdo misit de podice bombum,

« Qualiter aestiva fulmina nube crêpant.

« Territus avertor, digitis simul obstnio nasum,

« Vena retenta cadit, cogit abire pudor.

« Lucia, nulla tuo, contingent gaudia, çunno^

a Tarn malè moratus, si tlbi culus erit. »

La mésaventure à laquelle Jean de Cisinge fait allusion dans cette petite •pièce l'avait, sans doute, singulièrement frappé, car il revient à plusieurs reprises sur ce sujet et notamment, page 55o du même tome, il consacre deux épigrammes à adresser le même reproche à sa maîtresse.

Le spécimen que nous venons de donner nous dispense de traduire les autres passages chiffrés des poésies de l'évêque des cinq églises. Nous remarquerons toutefois que les pièces ainsi travesties ne sont pas les plus licencieuses du recueil; on semble, en effet, avoir eu pour but d'éviter, à l'aide du chiffre, non les allusions ou descriptions obscènes, mais plutôt les mots grossiers. On trouve, en effet, dans ces poésies certaines pièces, imprimées sans le moindre déguisement, bien plus libertines que celle que nous venons de citer et qui donnent une assez triste idée de la moralité de Janus Pannonius.

Un travail 6ien curieux, mais presque impossible à effectuer aujourd'hui, consisterait à découvrir la clef des noms des personnages auxquels sont adressées la plupart des pièces erotiques en question; assurément Pindola, Linus, Jules, Paul, Hugo, Charles, Prosper et autres jeunes gens ; Julie, Lucie, Thècle, Cressa, une certaine Ursule et maintes autres filles et honnesles dames, ne durent pas être des personnes purement imaginaires. Peut-être les manuscrits de Jean de Cisinge, conservés encore aujourd'hui à la bibliothèque de Brescia, pourraient-ils fournir à ce sujet quelques piquantes révélations.

Lais et Phryné, poème en quatre chants. Londres et Paris, Panckoucke (Orléans, imp. Couret de Villeneuve), 1767. Pet. in-8* de 96 p.

Aventures assez libres, mais racontées un peu fastidieusement, dit la Biblio^ graphie Gay (t. IV, p. 238). Dans une note insérée au Bulletin du Bibliophile (1859, p. 774), M. Paul Lacroix signale ce poème, dont l'auteur est inconnu, comme très curieux et très intéressant pour l'histoire littéraire. C'est vraisemblablement une composition allégorique sur les amours de la marquise du Châtelet avec Voltaire et Saint-Lambert : Voltaire se nomme Philinte, dans le

poème, et Saint-Lambert, Mirtile; M"* du Châtelet est Laïs; quant à Pkryné, c'est une rivale que Saint-Lambert lui avait donnée, et dont elle se plaint souvent dans de charmantes lettres qui ont été et sont peut-être encore en la possession de M. Feuillet de Conches. Tels sont les indications données par le savant bibliophile Jacob sur ce livre dont la clef est à compléter.

Iiamael, ou le Livre du Seigneur, traduction d'un manuscrit hébreu, exhumé de la bibliothèque tour à tour nationale, impériale et royale. Histoire authentique de l'empereur Apollyon et du roi Béhémot. — Par le Très- Saint-Esprit. — Liège, J. Collardin, et Paris, frères Michau. In^is de a35 p. et LXTi p. d'introduction (1816}.

Cet ouvrage, attribué, par Quérard, à Bory de Saint- Vincent (voir France littéraire, 1. 1", p. 433), est un centon continuel dont chaque phrase se rencontre dans les livres canoniques de la Bible, et l'auteur a soigneusement cité l'endroit de l'Ancien Testament où il a puisé chaque verset et chaque mot. Le regretté M.-O. Delepierre.a étudié ce livre avec beaucoup de soin dans son bel ouvrage, Tableau de la littérature du centon (Londres, 1875, L II, p. 357). Il nous fiiit connaître que l'épttre dédicatoire satirique, adressée à M. de Chateaubriand, se retrouve mot pour mot dans les ouvrages de cet écrivain et forme ainsi un premier centon. Les 23 chapitres de Larnuel sont une violente satire politique dirigée contre le gouvernement de la restauration. Les exemplaires de ce pamphlet, qui a dû être recherché par la police et soigneusement supprimé, sont devenus de toute rareté. La clef en est fort simple : Abaddon, ou Appollyon, c'est-à-dire l'exterminateur, c'est Napoléon I"; Melchtsadech, roi de Salem, c'est Pie VII; Béhémot (la bête de l'Apocalypse), c'est Louis XVIII,contre lequel Larnuel prophétise à cœur-joie.

(A suivre.) Fbrwand Dkujon.

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