‹ Le livre (volume 3)Chapitre 78 sur 103 · RENSEIGNEMENTS ET HISCELL&NÉES · texte numérisé non relu

RENSEIGNEMENTS ET HISCELL&NÉES

LIVRES AUX ENCHÈRES.— «Ce soDtparfoisles vrais gensdelettresquipossèdent les bibliothèques les plus ordinaires, au point de vue du prix de curiosité et d'anciennelë des oeuvres qui les composent. >

Cette remarque faite par M. d'HeyIli dans un de ses derniers numéros de la Galette anecdotique nous semble parfaitement juste ; les résultats obtenus aux ventes d'Edouard Fournier, de J. Janin, de Marescot ne lui donnent-ils pas raison ? Voyons d'ailleurs ce qui vient d'avoir lieu, tout récemment encore, pour la bibliothèque d'Alfred et de Paul de Musset, qui a été mise aux enchères les 7 et 8 octobre dernier. Le nom du poète n'avait attiré à l'hôtel Drouot que de rares bibliophiles et les enchères, qui se sont élevées, pour 381 numéros, à la somme de 4,064 fr. 5o, ont été peu soutenues.

Voici, avec leurs prix d'adjudication, les titres des ouvrages qui se sont le mieux vendus :

Œuvres complètes de Racine, Paris, Lefèvre, i8îi, 6 vol, in-8*; fig. de Desenne et de Moreau ajoutées : 81 fr. — Le Barbier de Séville, Paris, ijSS; La Folle Journée, Paris, 1785, in-S», fig. ; l'Autre Tartuffe ou la Mère coupable, Paris, l'an II, in-8", ensemble 3 pièces en un vol. : 400 fr. — Un Spectacle dans unjauteuil, Paris, librairie de la Revue des Deux Mondes; Londres, BaîHière, 1834, 3 vol. in-S", première édition avec un envoi autographe d'Alfred de Musset à son frère : 33o fr. — Thédtre complet de Ponsard, Paris, Lévy, i853, în-ii ; envoi autographe à Alfred de Musset : 39 fr. — Le Mare de Venise, Othello, par Alfred de Vigny, Paris, Levavasseur et Urbain Caael, i83o, in-ë", avec cet autographe : ■ A un poète enchanteur, un enchanté » : 3t fr. — La Religieuse, par Diderot, Paris, Buisson, an V de la République : 96 fr. — Contes d'Espagne et d'Italie, Paris, Levavasseur et Urbain Canel, i83o, in-8», édition originale, 200 fr. — Nouvelles, par Alfred et Paul de Musset ; Paris, V. Magen, 1848, in- 18. première édition ; 1 15 fr. — L'Anglais mangeur d'opium, Paris, Mame et Delaunay-Wallée, 1828; l'Habit vert, proverbe en un acte par MM. A, de Musset et É. Augier, Paris, Michel Lévy, 1849, ensemble a ouvrages en I vol. in-i3, premières éditions : i55 fr. — Œuvres complètes d'Alfred de Musset, Paris, Charpentier, 1 866, 10 voL grand in-S", exemplaire de Paul de Mus-

set sur grand papier de Hollande et avec des figures avant la lettre : 3 1 5 fr. — Œuvres complètes d'Alfred de Musset^ œuvres posthumes, Paris, Alphonse Lemerre, 1876, 11 vol. petit in- 12, exemplaire sur Chine : 170 fr.; la même édition, papier Whatman : 96 fr.

Le catalogue de cette vente offrait, au reste, ainsi que nous le remarquions dans notre dernière livraison, assez peu d'intérêt, et la vente Musset a été une réelle désillusion pour la majorité des amateurs et des Mussetphiles.

— L'Université deRUbingen célébrait en 1877 le quatrième centenaire de sa fondation. Cette fête fut la cause plus ou moins immédiate de plusieurs publications intéressantes. La dernière parue a pour titre : Der erste Buchdruck in Rûbingen (i4g4-i534), Ein Beitrag s^ur Geschichte der Universitàt von Karl Steiff Bibliothekar an der Universit'âts bibliothek *. Elle est faite pour intéresser spécialement les lecteurs du Livre. De plus, le travail de M. Steiff sur les débuts de la typographie à RUbingen est une monographie si scrupuleusement faite que nous ne nous pardonnerions pas de la passer sous silence. Il comprend l'histoire même de ces débuts et une nomenclature des imprimés. Dans la première partie, l'auteur fixe définitivement la date de l'introduction à RUbingen de l'imprimerie à l'an 1498, en se basant sur un passage de Conrad Pellican; puis il donne des détails sur les trois premiers typographes, Johannes Otmar, Thomas Ânshelm et Ulrich Morhart. Le premier imprima tout encore en caractères gothique, allemand et latin ; il était maître es arts et dans plusieurs des ouvrages imprimés par lui, il déclare expressément qu'il a rempli lui-même l'office de correcteur. Meynbergeri qu'on nomme quelquefois à côté d'Otmar, comme imprimeur de RUbingen, n'était que libraire-éditeur (bibliopola, bibliothecarius).

La notice biographique la plus complète est celle de Thomas Anshelm, l'imprimeur et l'ami des humanistes. Né à Baden, il établit ses presses à Sforzheim, la ville natale de Reuchlin, en i5oo. En i5ii, il se fait inscrire sur le registre de l'Université de RUbingen comme imprimeur. Quoiqu'il ne fût pas gradué comme son prédécesseur et qu'il dût employer comme correcteurs un certain nombre de professeurs, Melanchthon entre autres, il obtint un grand renom en se faisant l'imprimeur des humanistes, de Reuchlin en particulier, et en donnant des éditions qui lui valurent des éloges presque lyriques de la part de ce dernier. Il imprima, dît-il, terse, hitide, candide. De Paris même lui arrivent d'éloquentes louanges et un sien ami, l'excellent Hummelberger, le compare à Aide Manuce. M. Steiff fait honneur à son nom en remarquant avec quelque raideur que les humanistes avaient la louange facile et exubérante. Il donne les trois monogrammes d' Anshelm. Le second et le troisième portent en lettres hébraïques le verbum mirificum de Reuchlin.

Le troisième imprimeur est Ulrich Morhart d'Augsbourg. Il ouvre l'ère des typographes mercenaires. Quoiqu'il fût acquis à la Réforme, il n'en imprima pas moins force pamphlets dirigés contre Luther et les autres réformateurs. Sa veuve et ses deux fils Gruppenbach, issus d'un premier lit, prirent la succession de Morhart. Ils sont connus surtout pour avoir imprimé des textes en langue slave.

Page 1