FACÉTIES
eplui
-anJ hon-
Jisputera certainenieni le fs plus réputées. M. Charles
Voiià un voium neur à la typograph position universelle prix aux i
Buet, l'auteur de: ,„.„...,
«t que connaissent bien les lecteurs parisiens sans parler des autres, M. F. Ducloz, l'intelligent éditeur, sont des Savoisiens. et c'est à la terre de Savoie qu'est élevé ce remarquable monument de l'art typographique. II n'est pas jusqu'au papier, un japon magnifi^iue, fabriqué spécialement pour ce volume, et une élégante couverture en peau d'âne, qui n'aient éiéfournipar l'industrie du pays, pnr les papeteries Aussedat, de Cran, et Forest' de Chambéry. L'aspect du volume est aussi majestueux que séduisant. C'est un grand in-S carré,
BIBL. WOO. — ïl.
d'âne est des plus élégantes avec son titre noir rouge et or. Si nous 1 ouvrons, les caractères nous frappent par leur sobre élégance, leur netteté, la régularité parfaite de leur disposition, par la sveltesse de leur encadrement. Notons aussi cette particularité que cliaque partie a été tirée en encre de différentes couleurs. La dédicace est en lettres d'or avec filets bleus; l'introduction est imprimée en bistre, lettre ornée bleu et or, encadrement rose de Chine, la notice sur M"" de Fontaines et l'épître en lettres bleu-azur, encadrement le texte en caractères violets, enca- :I-pré; l'étude sur le comte Odon de itlres bistre, encadrement bleu. Enfin dépasse pas 5oo exemplaires, ce qui de bibliophile.
i est tout à fait
de Volta rouge-br drement
!e tirage en fera bientôt Mais venons digne deccs somptuosités typographiques. VHisloire delà comtesse de Savoie, qui remonte à I7i3, était d'une aimable personne dont Voltaire parle plus d'une fois dans ses écrits, et dont il a dit
dans l'iJpitre qu'il lui a adressée, et où il la compart: il M"" de La Fayette :
•..Quel dieu, charmant auieur
Quel Dieii VDUB a donné ce langage enchanteur,
La force ei la délicatesse,
La simplicité, la noblesse,
Que Fénelon seul svoit joint.
Ce naturet aisé dont l'art n'approche point i
11 est vrai que Voltaire pouvait avoir quelque partialité pour ce roman. Partialité ile père, s'il est vrai, comme on l'a prétendu quelquefois, qu'il ait été pour quelque chose dans sa naissance. La lecture n'ast pas faite pour démentir cette opinion. L'œuvre a beaucoup de délicatesse, de sentimi;nt et d'esprit. Par ce dernier côté elle peut bien appartenir à Voltaire, si par les deux autres une femme peut !a réclamer. L'auteur, Marie- Louisc-Charlotte de Pilard de Givry, qui épousa Nicolas comte des Fontaines, maréchal de camp, était fille d'un gouverneur de Metz. Voltaire avait dix-neuf ans quand il lui adressa l'épitreque nous venons de citer. Elle mourut en i73o. Voilà tout ce que l'on sait à peu près d'elle : et c'est bien peu. Si son roman de la Comtesse de Savoie est tombé dans l'oubli sous cette forme, il a eu une plus brillaate destinée sous celle de la tragédie. C'est en effet à cette Histoire de la comtesse de Savoie de M"" des Fontaines, que Voltaire a emprunté le sujet et le plan de son Tancrède (1760), et quarante ans plus tôt, en 1720, ceux de son Artémice. M. Charles Buet a écrit pour cette édition nouvelle du roman de M"" des Fontaines une remarquable préface sur les femmesduxvu' siècle, et une savante étude sur Odon, comte de Maurienne et de Savoie. Oé tous points cette réimpression est ainsi parfaite. e. a,
L'Amour artUlciel, par Jules Case, Paris,
Victor- Havard, 1889. Un vol. in-18 Jésus. — Prix : i fr. 5o.
Le talent de Jules Case s'affine et se perfectionne singulièrement à chacune des nouvelles œuvres qu'il nous donne, et le romancier marche victorieusement vers le succès avec une assurance de plus en plus persuasive. Toutes les qualités qui se trouvaient en germe dans ses volumes de début, maintenant mûries, semblent toutes prêtes de toucher à leur complet développement. Chez lui la pensée s'est élevée, l'analyse s'est faite plus prolonde, plus incisive, allant fouiller aux plus intimes replis du cœur, aux plus ténébreuses circonvolutions du siège de l'âme. Le style si souple, si frais, si simple, si charmant, a acquis un mordant etune force qu'on ne lui con- 1; on sent que l'écrivain possède ad'
mirablement son outil et le dirige à son gré comme la graveur guide son burin sur la planche de cuivre, appuyant Ici, effleurant là, d'une main sûre et savante.
Dans Ame en peine le psychologue avait fait chez Jules Case des progrès remarquables, dans V Amour artificiel il va plus loin, plus haut encore. L'étude était particulièrement originale, pas encore tentée et ne pouvait être traitée que par un analyste subtil et délicat; personne, avant lui, n'avait eu l'idée de chercher à rendre cette âme et ce cceur de la jeune tille moderne étudiant sur elle-même l'amour, l'essayant sur l'un et sur l'autre tour à tour comme on fait vibrer un verre pour s'amuser du son qu'il rend. Stella, à cet égard, est une création saisissante, absolument personnelle; une inconsciente cruauté se dégage d'elle, comme le poison émane d'une fleur dangereuse des tropiques; elle peut empoisonner, tuer, mais elle peut aussi succomberellemême à la violence de ce même poison. Dans le livre le lecteur la suit avec une anxiété mêlée de trouble, un peu ainsi que l'on suit dans les airs la marche d'un danseur de corde planant à une hauteur formidable; à chaque page la chute est là, sous ses pas, et elle ne tombe pas, et elle résiste : il faut l'excès de la lassitude, la complicité des sens surexcités à l'aigu, l'avivement de la curiosité atteignant son paroxysme, pourque, enfin, elle s'abatte, vaincue, palpitante, sur la poitrine du mâle, de Charles Fanti. Puis, après, c'est le réveil, le vide du cœur toujours le même, toujours et partout pas d'amour vrai, seul l'amour artificiel.
A côté de Charles Fanti et de Stella Lemeillan, Jules Case a placé un autre couple, Paul Catrousse et Marthe Lanquais, d'un très séduisant intérêt; un joli type de maîtresse de piano, cette Marthe, qui court les rues et le cachet depuis l'âge de dix-huit ans, effleurant toutes les convoitises masculines, se frottant aux hommes, excitant les désirs, et conservant, à défaut de chasteté, une inattaquable virginité, réservéeà l'époux qu'elle saura cueillir dans les maisons où on la reçoit. Sensuelle, pas jolie, mais voluptueuse d'airs et de façons, de bouche et d'ceil, elle appartient à la race de ces singcsses qui grisent et affolent le mSle mieux que les beautés impeccables et correctes; Paul Catrousse, repoussé par sa cousine Stella, agrippé par Marthe, adorera celle-ci, se fera aimer d'elle et ne sortira de l'aventure que marié. Dans Charles Fanti, l'écrivain a esquissé une silhouette très vraie de l'homme de lettres moderne, aux prises avec la pauvreté, avec l'éditeur, avec les tentations de l'argent plus facile au tnoyen de concessions i
CRITIQUE LITTÉRAIRE DU MOIS
faire au public. Au milieu du roman bourdonne le tapage louche des affaires financières, la rumeur malsaine de la Bourse, représentée par le père Lemeillan et par ce colonel Révil, cinquantenaire retraité qui épousera Stella.
Cest là non seulement le roman le plus âpre et le plus puissant de Jules Case, mais un des meilleurs romans de ces derniers temps, une œuvre qui achèvera d'établir la réputation méritée de celui qui l'a tracée d'une plume consciencieuse, implacable et forte.
Étude de Femmes, par André Mellerio, Paris, A. Lemerre, 1889. Un vol. in-i8 jésus. — Prix: 3 fr. 5o.
11 y a un joli sentiment d'art dans les cinq Études de Femmes que vient de publier André Mellerio, et on y retrouve cette distinction, cette élégance, que nous avions déjà remarquées dans sa précédente œuvre, Contes psychologiques. On suit avec intérêt le déroulement très simple des histoires d'amour contées par l'écrivain et se poursuivant à travers des paysages adroitement esquissés. Peut-être seulement abuse-t-il du procédé artistique préconisé dans sa préface, et sa préoccupation de la Tache brillante donne-t-elle à sa littérature sensationniste les défauts principaux de l'impressionnisme en peinture, le papillotage des couleurs et des formes poussé à l'excès. Nous pourrions aussi relever dans le style la fréquence trop grande de certains mots, de certaines tournures, de certaines manières de commencer les phrases, qui se répètent à quelques lignes de distance ; mais ce sont là de petites négligences faciles à corriger et qui n'enlèvent rien à l'allure générale de ces nouvelles, d'une gracieuse et attrayante venue. g. t.
Pin de Rêve, par Georges Duruy, Paris, Paul OUendorff, 1889. Un vol. in-i8 jésus. — Prix:
C'est tout un coin d'histoire contemporaine que Georges Duruy enferme dans ce roman si curieux et si moderne qu'il intitule Fin de Rêve, Prenant pour héros la magistrale figure du grand tribun patriote Gambetta, aisément reconnaissable dans Michel Costalla, il le montre dans le dernier épisode de sa vie, montant au pouvoir pour en tomber bientôt et mourir d'une mort presque mystérieuse, emporté en pleine fin de drame, au tnilieu d'une auréole énigmatique. Autour de cette figure principale, si vivante, si agissante qu'on la croirait voir aller et venir à travers les différentes scènes, tendres, glorieuses ou tragiques
du livre, l'auteur, usant du droit du romancier, a groupé des personnages du plus haut intérêt, des figures connues de la politique, s'aidant des événements inoubliables de ces derniers temps pour augmenter l'intérêt de son œuvre, et groupant habilement les faits récents auprès des faits anciens pour donner plus de force, plus d'émotion à l'ensemble. C'est pourquoi l'on retrouvera là des scandales dont nous sommes encore bouleversés, des silhouettes gravées dans tous les souvenirs, à côté de la cantinière de la commune, Aurélie Vidalin, visiblement inspirée de Louise Michel, le frère de Costalla, maître Morgan, au physique et au moral, portrait saisissant du fameux député tombé d'une des plus hautes situations en entraînant le chef de l'Etat dans sa chute. Sur l'ensemble du roman flotte l'image douce et charmante de celle qui fut l'Égérie du grand homme. Fin de rêve^ écrit d'une plume élégante, tantôt ardente et passionnée, tantôt poétique et tendre, est appelé à un succès assuré, autant par la manière dont l'œuvre a été conçue, que par les souvenirs qu'elle ravive, que par les belles pages où flambe le plus pur patriotisme, et parle caressant parfum d'amour qui se dégage çà et là des pages entre les péripéties de l'action.
Double, par Francis Poictevin, Paris, A. Lemerre, 1889. Un vol. in- 18 jésus. — Prix : 3 fr. 5o.
Un brouillard épais cachant le ciel, cachant l'horizon, masquant la masse générale des choses, et au sein duquel s'agiteraient de vagues et pâles fantômes, sans contours précis, sans voix, sans couleur, telle est l'impression bizarre et désagréable causée par le nouveau livre de M. Francis Poictevin. On ne sait ni où l'on est ni où l'on va, ni ce que l'auteur veut dire; cà et là, au milieu de l'épaisseur hallucinante de la brume, on perçoit quelque chose ; on cherche à voir mieux, on essaye de comprendre, déjà le mur floconneux, mouvant, s'est refermé et l'on se heurte à de l'impalpable, à du néant. Ce n'est ni un roman, ni une œuvre philosophique, ni une peinture vivante, c'est une suite de petits tableaux informes, k peine indiqués d'une plume qui s'arrête à michemin, une série de paysages inquiétants par leur trompeuse apparence de réalité, par le commencement de lignes qui y est indiqué, de lignes fuyantes ou brisées avant l'éclosion complète, disparaissant ainsi à l'improviste sans jamais aboutir, A l'incompréhensible, au torturant tortillé de ses précédents volumes, M. Francis Poictevin paraît avoir voulu ajouter encore, en plongeant le tout dans l'obscurité d'insondables brumes ; il est dangereux de le suivre à travers
cette fcntasmagorie. C'est en vain que nous avons essuyé de pénétrer dans le brouillard dont il s'enveloppe jalousement, on dieu de l'Iliade, et nous laissons aux Œdîpes le soin de déchiffrer ce sphinx Je hi littérature moderne.
Le Vœu d'une morte, par Emile Zola, Paris, G. Charpentier et C", 1889. Un vol. in-18 Jésus. — Prix : 3 fr. 5o.
Lïditeur Charpentier vient de rééditer pour la satisfaction des curieux le premier livre
e morte; il ne saurait :i l'analyse de cette faisait nullement au- 2, Nous croyons qu'il à ses
d'Ér.iile Zola, le Vœu d'm être question de donner œuvre de jaunesse, qui n gurer de l'avenir du maiti a voulu iu donner le pli admir.iteurs l'énorme distance qui sépare ses débuts de 1.1 place qu'il occupe aujourd'hui, à la tète >lc lii littérature. Les gourmets de lettres trouvLTont un vif intérêt à le constater en relisant cette œuvre que beaucoup ignorent et qu'on a bien fait de nous redonner.
Mariage riche, par Hector Malot, Paris, Marponot Flammarion, 1889. Unvol. illustré, in-[8 Jésus. — Pris : 3 fr. 5o.
Mariage riche est une étrange et saisissante histoire ; en même temps qu'elle nous montre une étude pawionnelle contée avec art, elle éclaire d'un jour spécial le cœur de la jeune fille, cette Suzanne, qui s'est laissé séduire par un garçon riche, dans le but et l'espoir de se faire ainsi épouser forcément et de sortir de la situation modeste et monotone à laquelle la contraint le peu de fortune de ses parents. Hector Malota choisi pour cadrL-'decL- drame à la fois'émouvant et inquiétant le petit port de Diélelte, près de lafalaise de Flammanvilk-, en face de Jersey et des Écrehons. C'est là entre la mer et le ciel pour ainsi dire, que se débat la jeune fille, là que se déroulent les péripéties fort simples de sa tragique aventure et que nous la voyons, en apprenant la ruine de son sé-
ducteur, refuser de partager sa pauvreté et préférer la mort. Les hésitations de l'heure suprême, les angoisses qui précèdent le suicide sont peintes avec un véritable talent qui fait subir au leaeur le contagieux frisson de cette lutte ei l'amène tout remué à l'expiation suprême. Six nouvelles également traitées avec le même bonheur complètent ce joli volume que des illustratations de Duez, de Jeanniot, de Fraipont accompagnent, soulignent et mouvementent; nous croyons que ce ne sera pas là l'œuvre la moins attrayante du romancier connu, car il s'est affirmé, dans ce volume, nouvelliste ému, original et attachant.
DERNIÈRES PUBLICATIONS
de Paris, par Montjoyeui. Pirii, Onendorf. Un vol. in-18. — Prii : 3 fr. 5o.
Mon Onole et mon Curé, par Jean de la Br«te. Paris, Pion et C". Un vol. in-18. ~ Prix : 3 fr. So.
Madame d'Épone, par Brada. Paris, Pion et C". Un ïol. in-iM. — Prix: 3 fr. 5o.
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. Paris, B.
I fr. 50.
Madame Mathnrin, par J Simon. Un vol. in-t8.— Prix
ChODhottfl, par Alexis Bouvier. Paris, Marpon tl Flammarion. * vol. in-i8. — Prii : 3 fr. 5o.
Marie Ba».de-Laine, par Fortuné du Boisgobey. Paria, Pion et C". Un vol. in-i8. — Prix: 3 fr. 5o.
Le Vœu d'une Morte, par Emile Zola. Pifii Charpeniier. Un vol. in-18. - Prix: 3 fr. 5o.
Mariage Biche, par Hector Malot. Paris, Marpon et Flammarion. Unvol. in-18. — Prix: 3 fr. So.
L'Avenir d'Aline, par Henry Gréville, Pifis, Pion etC'°. Un vol. in-j8. — Prix: 3 fr.So.
SouB l'Empire, par Marcelin. Paris, Vieior-HiïifJ, l88y. Un vol. in-18 Jésus. — Prix : 3 fr. 5o.
Le Père Anselme, par le Comte A. de Sâill^ Aulaire. Paris, Victor-Havird,
Ig. Un vol. i
Bruno-le-Fileor, par Joseph Reinach. Pirii, V* ar-Havard, 1889. Un vol. in-18 Jésus.— Prix ; 3 fr.Siv
MÉLANGES LITTÉRAIRES Critique. — Philologie. — Linguistiqut.
PenséeB et Essais, par Jesse Shepard. Paris, Librairie documentaire; 1889. Un vol. in-18
EssayB and Fen-Pictures, by Jesse Shepard. Paris, Symonds; 1889. Un vol. ia-18 Jésus.
M, Jesse Shepard vient de faire paraître deux volumes, l'un en anglais, l'autre en français, des plus curieux et qui sont comme un symptôme caractéristique de la préoccupation nouvelle des jeunes esprits à l'étranger aussi bien qu'en France ; c'est par des œuvres de critique que nos jeunes gens débutent à présent chez nous, c'est par des Pensées et Essais, par des Ëssays and Pen-Pictures que M. Jesse Shepard débute en littérature, âprement préoccupé de l'Idée, de la Philosophie, de l'Esprit, et prenant ainsi sa part du réveil d'âme qui soufSe en ce moment sur nous et que Gustave Flaubert semble avoir prévu, comme en fait foi l'une des lettres de sa correspondance. La même préoccupation métaphysique se retrouve dans chacun des sujets intéressants traités par lui, aussi bien dans la première partie du volume spécialement consacrée aui Pensées, et prouvant un esprit délicat, éclairé, très tourmenté par les problèmes littéraires, par les idées d'impressionnisme, de pessimisme et d'art, que dans la deuxième, Essais, où nous trouvons des études sur Wagner, Shakspeare, Byron, Carlyle, Tolstoï, Victor Hugo, Gœthe, etc., etc., pleines de souffle et de science. M. Jesse Shepard mérite d'être signalé à nos lecteurs, à nos lettrés, comme un penseur, un philosophe et un artiste.
lia Bataille littéraire, par Philippe Gillb
(1875-1878}. Paris, Victor- Ha vard; 1889. Un vol. in-18 Jésus. — Prix : 3 fr. 5o.
Voici l'un des plus curieux et des plus précieux recueils que l'on ait jusqu'ici donnés sur notre grand mouvement littéraire contemporain ; il a cela de particulièrement original qu'il nous présente, à côté de l'analyse critique sobrement résumée avec une justesse de vue, une expérience
itables, un esprit très fin et très français, de courts échantillons des œuvres les plus importantes de notre temps. C'est bien la Bataille littéraire que Philippe Gille, avec l'art charmant et éclairé qui lui est propre, étale sous nos yeux, faisant manœuvrer les écrivains des différentes écoles les uns en face des autres, opposant les réalistes aux spiritual îste s, les romantiques aux naturalistes, et complétant admirablement son intéressant volume par le compte rendu sagace et l'exposé des ouvrages de toute sorte, compris sous le titre de littérature historique, philosophique et documentaire, oii l'on retrouve les mémoires d'Odilon Barrot, la correspondance de Balzac, les lettres île Mérimée, le Napoléon de Stendhal, Michelet, Maxime Du Camp, Fromentin.
Comme nous l'avons dît, ce livre n'est pas seulement une réunion d'articles bibliographiques les noms glorieux de la littéra-
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à portée philosophique de hauie importance, par l'idée qui a présidé à sa formation. Le groupement raisonné des noms, le choix délicat des œuvres étudiées, parmi lesquelles domine naturellement le roman, qui sera peut-être plus tard le meilleur cours d'histoire, la plus exacte peinture de nos mœurs et de notre vie, montrent la préoccupation toute littéraire de l'auteur; sans parti pris, avec le plus intelligent, le plus louable éclectisme, il a voulu surtout soumettre au lecteur le tîdèlc exposé de notre situation, de nos variations, de nos progrès, de nos luttes dans le domaine de la pensée. Aux Concourt, à Zola, à Daudet, à Flaubert, classés parmi les soucieux de l'observation, de la vie réelle, du document parfois brutal, il oppose tous les épris d'idéal, d'imagination, de poésie, comme Dumas fils, Feuillet, Cherbuliez, de Banville; il débute en 1875, à l'époque où naît le naturalisme, où la lutte s'engage sérieusement et croît peu à peu, plus ardente, plus violente, à mesure que les années marchent, que de nouveaux adhérents se joignent à Zola, que des jeimes se révèlent. Ce premier volume, qui s'arrête en 1878, et
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dans lequel on voit V Assommoir^ la Fille Élisa^ le Nabab s'avancer contre Thérèse^ les Amours d'une femmey Vidée de Jean Téterol, est comme la première partie, les préliminaires foudroyants de cette campagne énorme qui va gagner, s'étendre, envahir la France, l'étranger et embraser tous ceux que tourmente la noble fièvre des lettres; nous le signalons à tous les passionnés d'art, à tous les lettrés, à tous les bibliophiles, mais aussi à tous les lecteurs qui, en ce volume, trouveront un régal varié, unique, par le choix merveilleux des passages cités, donnant une rare saveur au livre, le rendant amusant, pittoresque, et en' faisant le résumé exact de tous les talents et de tous les genres de notre littérature contemporaine. G. T.
Aristophane et la Comédie ancienne, par
E. CouAT. Chez Lecène et Oudin. Un vol.
Il est malheureusement assez rare de trouver réunis un vrai sens littéraire et une érudition solide. On peut compter les travaux remarquables à ce double point de vue. Les plus distingués de nos universitaires nous ont donné pourtant quelques livres excellents sur la littérature grecque; je citerai en première ligne les travaux de M. Jules Girard et de MM. Croiset. U Aristophane de M. Couat n'a pas une moindre valeur au point de vue de la sûreté dans l'érudition et de la délicatesse du goût; et je trouve chez l'auteur, avec de hautes qualités de pensée, un sens profond de la vie. C'est, en effet, une antiquité bien vivante que nous fait connaître M. Couat, et non pas une antiquité de marbre, pure et froide. Il a envisage l'œuvre d'Aristophane dans ses multiples rapports avec la société de son temps; et il a su être évocateur en gardant l'impartialité. L'admiration du critique pour le poète est profonde; elle reste entière sans qu'il néglige de discuter et de réduire à sa juste valeur le jugement passionné que porta le grand comique sur la démocratie athénienne. Les conditions dans lesquelles se produisit la comédie antique, la nécessité où se trouvaient les poètes de soutenir quand même le parti oligarchique sont nettement mises en lumière dans le livre de M. Couat. Si Aristophane (dont l'auteur s'occupe surtout, bien qu'il cite fréquemment des rivaux) ne sort point diminué en tant que poète de ce pénétrant examen, il faut avouer que l'homme y perd quelque chose. Il n'en garde pas moins sa claire vision des dangers qu'offrait la démocratie triomphante, quelques indignations de bon aloi, un sincère et noble patriotisme en face des malheurs de la cité. Il faut remarquer aussi qu'en vieillissant, Aris-
tophane se fait moins âpre, moins cruellement agressif. Je pense que la vérité doit passer avant tout, et qu'il faut savoir gré à M. Couat d'avoir précisé le degré de bonne foi d'Aristophane. L'auteur nous montre qu'au point de vue de la comédie ancienne, faite de personnalités directes, le poète, ayant à combattre toutes les nouveautés, dans la religion, la pensée, la littérature aussi bien que dans la politique, trouvait en Socrate le seul type possible d'une comédie dirigée contre les sophistes. Les autres novateurs qui professaient à Athènes n'étaient point citoyens de la ville; et, de plus, la figure de Socrate, universellement populaire, se prêtait on ne peut mieux à une puissante caricature. Il faut convenir qu'Aristophane est de fort mauvaise foi dans la façon dont il présente Socrate; mais il est bien probable aussi que la haute valeur du grand moraliste lui échappait comme à l'immense majorité de ses contemporains. Je ne vois rien à redire à ce jugement de M. Couat sur l'illustre comique : grand poète, âme moyenne. Rien n'est plus sagace et plus délicat que l'analyse faite par le critique des croyances d'Aristophane. Chargé de défendre la vieille religion comme les mœurs antiques, Aristophane était un homme nouveau; et, s'il respecte profondément les divinités protectrices de la cité, s'il a parfois une religion inspirée qui s'exhale en un lyrisme digne de Pindare, il n'en est pas moins gagné par l'esprit du siècle et par ces nouveautés qu'il combat; il ne peut se tenir de parler sans respect des plus grands dieux, et les arguments qu'il met dans la bouche des impies sont souvent plus forts que les siens propres. De même, il a plus d'affinité réelle avec cet Euripide, si cruellement bafoué par lui, qu'avec le vénérable et grandiloque Eschyle ; il a une façon bien ambiguë de défendre et de couronner le vieux poète.
Le résumé trop rapide que je viens de faire du livre de M. Couat inspirera, je l'espère, à nos lecteurs le désir de le lire eux-mêmes ; ils y trouveront autant de plaisir que de profit.
Nul pédantisme n'en gâte les rares qualités; et quand l'auteur y rappelle les origines de la comédie ancienne et son naturalisme puissant, lorsqu'il y étudie le rôle des femmes dans la société ou dans la comédie attiques, il est aussi loin de la pruderie que de l'indécence. Je ne sais point d'ouvrage qui donne une impression plus vivante de la grande cité hellénique au temps de sa merveilleuse efflorescence, entre son âge h îroïque et sa décadence rapide. m. b-
»W«M»<ii<M»<»i«»^
CRITIQUE LITTERAIRE DU MOIS
Œhivres de Molière. Illustrations par Jacques Léman; Notices par Anatole de Montaiglon. XV. — L'Amour médecin. Un vol. in-4<*.
Paris, Emile Testard et C**.
Il vient de paraître, chez l'éditeur Emile Testard, une nouvelle livraison des Œuvres de Mo-' lière^ illustrées par Jacques Léman et accompagnées de notices par Anatole de Montaiglon; cette livraison contient l'Amour médecin, La notice de M. de Montaiglon se distingue, comme toutes ses aînées, par une érudition toujours sûre; l'auteur y expose l'historique et le vrai caractère de la pièce ; il en recherche les sources, et enfin lève le voile sous lequel se dissimulent les médecins dont Molière s'est raillé. C'est une page fort intéressante.
Quant aux illustrations de Jacques Léman, elles comprennent plus de vingt vignettes imprimées en taille-douce dans le texte, et une grande planche hors texte gravée à l'eau-forte, avec un soin infini et une couleur rare, par Géry-Bichard. A l'occasion de la publication de chacune des pièces précédentes, nous avons dit combien sont ingénieux les dessins de Jacques Léman et quelle connaissance approfondie ils révèlent de l'époque, de ses moeurs^ de ses costumes, du milieu où se meuvent les personnages de Molière. Nous ne pouvons que répéter nos éloges, en appelant de nouveau l'attention sur la pureté du dessin et l'inépuisable variété des compositions.
L'éditeur nous promet sous peu le Misan^ thrope : nous attendons un nouveau chefd'œuvre. CH.-L. L.
La Bohème du travail, par J. Barberet.
Paris, Hetzel; 1889. Un vol. in-i6. — Prix : 3 francs.
M. J. Barberet, qui est chef du bureau des Sociétés de secours mutuels au ministère de l'intérieur, et que ses goûts sans doute autant que ses fonctions publiques ont poussé vers l'étude des mœurs et des conditions économiques des classes ouvrières, a entrepris depuis i885 une suite de monographies professionnelles, où il nous fait la peinture à la fois des métiers et de ceux qui les exercent. M. Le Play était déjà entré dans cette voie avec son bel ouvrage des Ouvriers européens, publié en i855. Six volumes de cette collection ont paru jusqu'ici et comprennent, par ordre alphabétique, toutes les professions qui appartiennent nominalement aux lettres A-C. Le nouveau volume, la Bohême du travail, que nous donne aujourd'hui M. Barberet, nous semble placé en dehors de ce cadre primitif et appar-
tenir davantage à la fantaisie que les précédents : fantaisie non pas de la part de l'auteur, qui s'y montre historien tout aussi fidèle et exact que dans ses précédents ouvrages, mais de la part de ceux qui exercent ces professions, ou soi-disant telles, et qui sont très heureusement qualifiés ici de bohèmes du travail. Ce livre a beaucoup d'analogie avec ceux qu'écrivait, en 1854, sous le titre de Paris-Anecdote et de Paris inconnu^ ce malheureux Privat-d'Anglemont, dont la vie de bohème a si bien été racontée par Alfred Delvau, un autre bohème, et qui mourut en 1859 à quarante-quatre ans. Privât a peint en traits inoubliables ces industries inconnues qui existent dans Paris, aussi variables que les mœurs et surtout les vices d^une grande capitale. C'est aussi ce que fait ici M. Barberet, mettant ainsi en quelque sorte au point ce tableau si particulier du travail moderne. M. Barberet, qui est né en 1837, est entré assez tard dans les lettres; mais l'on voit qu'il rattrape le temps perdu.
Connaissiez-vous Tindustrie des faiseurs de nœuds de cravate? Non, sans doute. Eh bien, M. Barberet vous la fera connaître, et d'une façon très amusante. Ce sont des garçons coiffeurs, de la catégorie de ceux qu'on appelle dans l'argot parisien des a salonniers p, qui ne se contentent pas de tailler les cheveux de leurs clients à la dernière mode, mais qui leur vendent en outre des faux-cols de chemise spéciaux et se réservent de leur confectionner séance tenante des nœuds de cravate a harmonique * appropriés auxdits faux-cols et à la physionomie des personnes qui les portent. Nombre de ces a salonniers » désertent la boutique du patron pour aller en ville faire le nœud de cravate des jeunes élégants, suivant les prescriptions ou les inspirations de ce grand art. Quant aux autres industriels de même acabit que nous décrit M. Barberet, ils ont tous ce caractère commun f e sont des gens, en majeure partie, sans profession ou qui, en ayant eu une, l'ont abandonnée. Ils dissimulent le plus possible ce qu'ils font; ils s'efforcent d'en limiter le plus possible la vulgarisation, afin d'éviter la concurrence. Certains de leurs trucs sont plus ou moins avouables, d'autres sont honnêtes. L'énumération de ces industriels, sans industrie, de ces truqueurs, comme ils s'appellent volontiers, serait longue. Citons-en quelques-uns. Les réveilleurSy dont la besogne consiste à réveiller les ouvriers, les gens de travail, que leur métier oblige à partir de très bonne heure de chez eux, pour se rendre à l'usine ou à la fabrique, et qui ne se sentiraient pas assez sûrs d'eux-mêmes pour avoir le courage de s'arracher du lit avant l'aurore. Les « accoucheurs
de vipères », ou plutôt les chasseurs de vipères, qui, pour gagner les 3o centimes que les municipalités allouent par tête de vipère morte, ne se contentent pas de tuer ces bêtes dangereuses, mais accouchent les femelles pour toucher la même prime pour chaque petit qu'ils arrachent du ventre de la mère. Les « mireurs d'ceufs ■, qui accomplissent leur travail dans le sous-sol du pavillon lo des grandes Halles, et dans une obscurité complète, n'ayant devant eux qu'une chandelle. Ils regardent chaque œuf, en en prenant trois à la fois dans chaque main, au travers de la flamme de la chandelle, et distinguent de la sorte si les œufs sont frais ou gâtés. Les e galvauds n qui, à l'abord des gares de marchandises, attendent les expéditeurs et les destinataires pour décharger ou charger leurs voitures, et dont la main quelquefois s'égare sur des objets déposés en gare, ce qui les fait consigner à la porte par les chefs de quaL Les « mouilleurs de lait i, dont le nom die assez l'honnête métier; les « faisans s et les « fusilleurs de vin », dont les premiers ont aussi le nom de o frères de la côte », et qui mettent en œuvre toutes les roueries ei les falsifications dont le vin est l'objet de la part des petits débitants; les « marchands de chiens u, qui vendent surtout des bêtes volées ou qu'ils voleront ensuite pour les revendre à d'autres; les u guides d'aveugles >, qui seraient presque de bons Samaritains, s'ils n'étaient pas souvent des complices;
enfin la s bande noire de l'hôtel des ventes ijqui ne laisse à ceux qui n'en font pas partie que les objets dont ses membres ne veulent pas ou qu'ils ont fait monter à des prix exagères : odieuse association que la police ne poursuit pas assez, et pour laquelle les coramissaires-priseurs ont trop de complaisance. Que de petits mystères nous dévoile M. Barberet, et combien son livre est instructif sans cesser d'être tjès agréable.
Œuvres complèteB de Victor Hugo 'édition définitive} : Torqiiemaâa, Amy Robsart, les Jumeaux. Un vol. in-8'. Paris, J. Hetxel
et C', i8, rue Jacob, et Maison Quantin, 7, rue Saint-Benoît. — Prix 1 7 fr. 5o.
Le drame de Torquemada, publié isolément et ne formant qu'un mince volume, n'avait pu jusqu'ici être réuni à la belle Édition définitive, format grand in-8", des Œuvres complètes de Victor Hugo. La publication des deux drames inédits, Amy Robsart et les Jumeaux, permet aujourd'hui de combler cette lacune et complète, dans le Théâtre du poète, un cinquième tome, indispensable à tous les possesseurs des précédentes œuvres. Ce nouveau volume, qui n'est certainement pas le moins irtéressant et le moins curieux de la série, vient de paraître chei les éditeurs Hetzel et Quantin.
Le Vivarais aux États Généraux de 1789,
par Henky Vaschalde. Paris, Emile Lecheva- Uer, 1889. Un vol. in-8".
Voici encore un livre à inscrire sur la liste de tous ceux qu'a fait naître l'année du centenaire. Ce n'est pas cependant la première fois que M. Vaschalde, un historien êmérite du Vivarais, a abordé, au moins en partie, le sujet qu'il traiie à fond aujourd'hui. Ses deux volumes : le Vivarais à la représentation nationale, et De Launqy, comte d'Anlraigues, qui datent, celui-ci de 1882, celui-là de 1880, étaient comme des annexes qui aujourd'hui font corps avec son nouvel ouvrage
et le complètent. M. Vaschalde nous présente ici le tableau du mouvement qui se produisit dans le Vivarais lors de la convocation des Etats Généraux. Il nous raconte minutieusement ce qui se passa aux assemblées préparatoires qui eurent lieu à Annonay et à Villeneui'e-de-Berg; puis les diverses péripéties qu'offrirent les élections du Haut-Vivarais et du Bas-Vivarais, et termine cette première partie par un excellent résumé des cahiers de doléances qui furent alors rédigés. Une seconde partie, aussi intéressante et peutêtre d'un coloris plus vif, nous donne la biographie des députés des trois ordres que la province envoya aus États Généraux. Parmi ces dépy'
CRITIQUE LITTÉRAIRE DU
au nombre de vingt, nous remarquons ce fameux comte d'Antraigues, dont la vie aventureuse de-
temps que celle de par le poignard d'i fut peut-être quel' Boissy d'Angli
les dépi croître l
il est
si tragiquement, en même ) femme, la Saint-Huberty, I vdiet Je chambre, qui ne t de la politique. Puis li de Malesherbes et de Floin, le héros futur de Prairial, les frères Monncron, avec le nom desquels le peuple baptisa les gros sous nouvellement émis, le comte de VogUé, et enfin Madier de Montjau, dont l'ardent royaliste fait contraste avec l'opinion, bien différente, que professe parmi nous son descendant. De tous les historiens qui se sont occupés jusqu'à présent de l'histoire de la convocation des États Générauï de 17S9 et des opérations auxquelles elle donna lieu, M. Vaschalde est le premier, croyons-nous, qui ait mentionné les frais qui en furent les conséquences. C'est là sans doute un détail secondaire, mais il n'est pas sans intérêt ni sans valeur cependant. Aujourd'hui que s électorales semblent tendre à s'ac- ; notablement pour les municipalités, X de voir ce qu'elles étaient au début du régime fondé sur le droit électoral des populations.
Bistoire de la cheoson popalaire en
France, par Julien Tibrsot. Paris, Pion et Heugel, 1889. Un vol. in-S".
Le titre qu'a choisi l'auteur de ce livre ne donne peut-être pas une complète idée de ce qui y est contenu. Ce n'est pas, en effet, seulement une histoire littéraire de la chanson que nous donne M. Julien Tlersot, c'en est aussi une histoire musicale : autrement dit les airs sur lesquels ces chansons populaires étaient chantées ne l'occupent pas moins que les paroles. Cela explique comment ce sujet avait été offert en concours par l'Académie des Beaux-Arts. M. Tiersot a obtenu le prix dans ce concours. Ce n'est pas cependant son mémoire tel qu'il a été couronné qu'il publie aujourd'hui ; mais ce mémoire revu et fort augmenié. Le programme du concours ne s'occupait de la chanson populaire que depuis le commencement du seizième siècle jusqu'il la tîn du dixhuitième. Le livre, lui, comprend l'histoire de la chanson depuis ses origines, c'est-à-dire depuis le moyen 3ge jusqu'à l'époque actuelle. En remontant ainsi aux premières années du moyen âge, M. Tiersot a eu grandement raison : le rôle que la chanson populaire a eu dans la formation et le développement de l'art musical est prépondérant surtout à cette époque, et l'auteur a vraiment embrassé tout son sujet en donnant a son
livre ce nouveau chapitre. Le travail très considérable qui s'est fait, depuis plusieurs années, touchant les traditions, les légendes de nos diverses provinces, a aussi permis à M. Tiersot d'ajouter un certain nombres de genres de chansons populaires à ceux qu'il avait précédemment étudiés : telles sont les Chansons de métiers, les Chansons de /êtes et les Chansons narratives.
Telle qu'elle se présente à nous maintenant, son œuvre se divise ainsi. Dans la première partie l'auteur examine tour h tour la chanson dans son union intime avec la mélodie et la poésie, sous les différents aspects qu'elle présenie, dans les différents genres qu'elle a formés : chansons narratives, chansons d'amour, chansons de danse, berceuses, chansons de fêtes, de métiers, cantiques, chants religieux ou nationaux. Cette partie on le voit, est particulièrement littéraire, et vient compléter et synthétiser les précédents travaux de Leroux de Lincy, Léon Gautier, Bartsch, Gaston Paris, E, Rolland, Champfleury et Weckerlin, du Meril, etc., sur la chanson populaire en général; et sur les chansons de nos provinces, ceuxplusspéciauxdeMM.Arband, GuilloUjBladé, J. Fleury, Luzel, Bujeaud, de Puymaigre, Bourgault-Ducoudray, Gagnon, Fouquet, Tarbé pour la Provence, l'Ain, l'Armagnac, lu Normandie, la Bretagne et les provinces de l'ouest, le pays Messin, le Canada, la Champagne, etc.
La seconde partie, plus exclusivement musicale et technique, traite des différentes manières d'être de la mélodie populaire relativement aux formes tonales et rythmiques, ainsi que de ses origines au même point de vue, et de ses transformations. C'est ici vraiment une histoire musicale que l'auteur a écrite de la chanson populaire : c'est aussi la partie la plus neuve, la plus originale, la plus curieuse de son livre. Enfin, dans la troisième, M. Tiersot détermine l'influence qu'a eue la mélodie populaire sur la formation de la musique moderne et sur son évolution depuis l'époque la plus reculée jusqu'à nos
Presque toutes les paroles de chansons populaires que cite M. Tiersot sont remarquables les unes par le sentiment, les autres par l'expression littéraire, telles sont celles-ci empruntées à une chanson de danse :
Mais les lauriers du bois, — les laîrons-nous faner .' Non ; chacun à son tour — ira les ramasser. Si la cigale y dort, — ne faut pas la blesser. Le chant du rossignol — la viendra réveiller ; Et aussi la fauvette — avec son doux gosier. Et la jeune berRére — avec son blanc panier. Allant cueillir la fraise — et la Heur d'églantier. Cigale, ma cigale, — allons, il faut chanter; Car les lauriers du bois — sont déjà repoussés.
Nous avons cité ce couplet parce qu'il fait partie de la ronde célèbre Nous n'irons plus au bois, les lauriers sont coupés, mais qu'il est lui-même assez peu connu.
Quelle a étéTinfluence de la chanson populaire sur la musique en France et sur son développement? Celte influence a été immense, et l'on ne s'en étonnera pas si Ton considère que le chant populaire fut bien réellement la base même de notre art musical, le substratum sur lequel se sont accumulées les couches successives de la musique. Il en fut ainsi en France, comme partout ailleurs, qu'il s'agisse de l'antiquité ou des temps modernes. C'estle chant populaire,produit naturel de l'imagination de l'homme non encore poli par la civilisation, qui a été l'unique forme de la musique et de la poésie chez les peuples naissants. Mais il faut ajouter aussitôt qu'en France cet élément populaire s'est mêlé dès l'origine à l'élément classique et étranger qui nous venait soit des Romains et des Grecs implantés sur le sol de la Gaule, soit des Germains qui l'envahirent. Démêler cet élément, le bien déterminer, était difficile. M. Tiersot y est à peu près parvenu. Et cet à peu près était tout ce qu'il pouvait faire, en raison de l'obscurité qui règne et régnera toujours sur un pareil sujet. C'est surtout, ou plutôt presque exclusivement, dans les chants religieux de certains diocèses de France, comme les diocèses de Paris, de Troyes, de Lyon, de Sens, etc., chants qui se sont conservés jusqu'à la récente réforme du pape Pie IX, et qui différaient beaucoup du chant grégorien, que se retrouvaient les traces de ces premières mélodies nationales populaires. Ces restes du chant gallican primitif sont aussi très souvent les restes de mélodies populaires laïques.
Comme le dit M. Tiersot, le plain-chant et la mélodie populaire ont, en effet, longtemps vécu en bonne intelligence, et côte à côte. C'est ainsi que l'on retrouve le même type mélodique à la fois dans le psaume In exitu, tel qu'il était chanté dans certains diocèses, dans une chanson des noces du Berry, et dans la chanson célèbre Rossignolet du bois. Nul doute que ces cantilènes primitives, sur les quelles furent plus tard composées par des trouvères ce qu'on a appelé les Chansons de geste^ et la plus célèbre d'entre elles, la Chanson de Roland, n'aient été des chansons populaires dont la mélodie, ou du moins un certain type de cette mélodie, était très répandu à cette époque reculée. On ne saura probablement jamais sur quel air étaient chantées ces chansons de geste. Cependant M. Tiersot fait à cet égard une conjecture fort ingénieuse. S'appuyant d'une parodie d'une de nos chansons con-
tenue dans le poème d'Adam de la Halle, le Jeu de Robin et de Marion, et dont la mélodie a été notée, il pense que cette. notation reproduit véritablement l'un de ces anciens airs populaires. Il n'y a pas là de certitude, mais une simple présomption, que des découvertes ultérieures viendront peut-être confirmer.
Si nous suivons le cours des siècles, nous voyons toujours quelque chanson populaire se produire dans la musique savante qui a pris naissance. Les compositeurs du xv" et du xvi* siècle s'en inspirent ou même en copient simplement certains motifs. Au xvn% Lully fait de même comme plus tard Rameau, Au xvni" le souvenir, l'imitation, sont plus fréquents encore. L'Opéra- Comique, le Vaudeville, qui sont nés, vivent pour ainsi dire d'airs populaires. Les chansons : Je veux garder ma liberté; Quand la Bergère vient des champs; Il faut que je file, file; Rossignolet du vert bocage, étaient depuis longtemps chantées dans nos campagnes et le sont encore. Au xix°, la chanson populaire n'est pas seulement reproduite, imitée à la dérobée : elle est réhabilitée, glorifiée. Une foule de romances de la première moitié de ce siècle sont composées sur des airs populaires bretons, béarnais, auvergnats, russes, écossais, polonais, vénitiens, napolitains, etc. Boieldieu, dans la Dame blanche^ a introduit plusieurs airs écossais; et dans les Voitures versées des variations sur le vieil air français Au clair de la lune. Dans Jeannot et Colin^ de Nicolo, tout un duo est fait sur le dessin d'une montagnarde auvergnate. C'est sur un chant provenant d'une mélodie populaire française que Berlioz a composé la litanie des femmes de sa Damnation de Faust, De tous les compositeurs contemporains Bizet est celui qui a le plus tiré parti des chansons et des airs populaires. Dans VArlésienne^ il a mis à contribution les mélodies populaires provençales, comme les mélodies populaires espagnoles dans Carmen, On retrouve des thèmes anglais et écossais dans le Henri VIII de Saint-Saéns ; des airs norvégiens dans le ballet (ÏHulda de M. César Franck; hindous dans le Lakmé de Léo Delibes, bretons dans le Roi d'Ys de M. G. Lalo. M. Massenet, dans ses Scènes alsaciennes, a reproduit des airs alsaciens, et M. Saint-Saéns a composé sur des mélodies populaires de nos provinces sa Rapsodie d'Auvergne et ses Rapsodies sur les cantiques bretons. Un chant des bergers des Cévennes sert de fond mélodique k la Symphonie sur un thème montagnard de M. Vincent d'Indy.
Pour nous résumer sur le livre de M. Tiersot, nous dirons qu'il ne plaira pas moins aux littérateurs qu'aux musiciens.
CRITIQUE LITTÉRAIRE DU MOIS
Le duc de Penthièvre^ mémoires de dom Cour^ démanche^ documents inédits sur la fin du xviii* siècle^ par Etienne Allaire. Paris, Pion, 1889. Un vol. in-8^
Une des figures les plus intéressantes de la seconde moitié du xvni*^ siècle est assurément celle du duc de Penthièvre, ce dernier descendant mâle du comte de Toulouse, le fils adultérin de Louis XIV et de M"* de Montespan, sur la tête duquel s'était réunie l'immense fortune que les largesses de Louis XIV et le testament un peu forcé de la Grande Mademoiselle avaient accumulée sur le comte de Toulouse et sur son frère aîné le duc du Maine. Simple, coeur excellent, bienfaisant entre tous, ami des lettres qu'il protégea dans la personne du chevalier de Florian, le duc de Penthièvre semblait fait pour ne connaître que les témoignages de la reconnaissance, et le bonheur d'un noble cœur qui a toujours cherché à faire celui des autres. Nulle vie cependant ne fut plus que la sienne en butte aux coups de la fortune. Né en 1725, il n'avait que douze ans quand il perdit son père, dont il était l'unique enfant issu de son mariage avec M"* de Noailles, sœur du maréchal. Marié en 1 744, n'ayant encore que dix-neuf ans, à une princesse de Modène, d'une année plus jeune que lui, il éprouva pour elle un amour aussi profond qu'il fut durable et quand il la perdit dix ans plus tard, en 1754, il ne put jamais se consoler de cette perte. Des sept enfants que lui donna cette princesse, deux seulement échappèrent aux maladies du jeune âge, un fils, le prince de Lamballe, et une fille qui devait devenir duchesse d'Orléans, et dont descendent tous les princes de ce nom. Ce jeune prince de Lamballe, l'espoir de sa maison, mourut, en 1768, à vingt et un ans, et le duc de Penthièvre devait voir la tête de sa belle-fille portée sur les piques des septembriseurs. Peut-être luimême aurait-il péri sur l'échafaud révolutionnaire, si la douleur n'eût abrégé ses jours. Il mourut en son château de Vernon, le 4 mars 1793 : six mois après la princesse de Lamballe, quarante-cinq jours après Louis XVI, le chef de sa race. Dans sa jeunesse, il s'était distingué par son courage aux batailles de Fontenoi et de Dettingen, et, dans son âge mûr, il avait fait de ses belles résidences de Sceaux, de Rambouillet, de Vernon et d'Anet l'asile des lettres, des arts et des plaisirs décents.
Telle est le prince que M. Etienne Allaire, connu déjà par une belle étude sur La Bruyère, a voulu peindre dans le livre qu'il publie. Leduc de Penthièvre jusqu'ici avait eu peu d'historiens; seul M. Honoré Bonhomme lui avait consacré
une excellente étude, faite sur des documents inédits. Le sujet n'était pas cependant épuise, et ne le sera même pas après M. Etienne Allaire. Son livre est, en effet, d'un caractère assez peu défini : c'est une œuvre qui n'est ni véritablement une biographie, une histoire, ni la publication d'un simple document : elle tient des deux. L'auteur était devenu possesseur, par suite d'un legs que lui avait fait M, Auguste Trognon, l'ancien précepteur attaché à la famille d'Orléans, d'un manuscrit de dom Courdemanche. Le religieux y racontait par le menu l'histoire de ses rapports avec le duc de Penthièvre au sujet d'un long procès qui avait existé entre ce prince, en sa qualité de seigneur de Gisors et de Vernon, et Tabbaye de Jumièges qui en relevait féodalement. M. Allaire aurait pu publier intégralement ce document qui a pour titre : Correspondance de dom Courdemanche avec S, A, S, le duc de Penthièvre et son Conseil, en l'éclairant des notes et des commentaires, où il aurait donné sur les personnages et sur les choses les renseignements les plus détaillés et les plus approfondis. Il a préféré à cette méthode celle qui consiste à fondre dans un récit le document inédit que Ton veut faire connaître, et en y joignant ce que l'on a pu recueillir d'ailleurs. Le volume de M. Allaire y a gagné peut-être plus d'agrément, mais perdu aussi de la précision et de l'autorité. Ceux qui écriront après lui pourront regretter de n'avoir pas sous les yeux un texte complet, sans mélange, d'où ils auraient pu tirer, sur d'autres sujets et sur ce sujet même, des lumières nouvelles et particulières. D'un autre côté, en prenant pour occasion de son livre, et aussi pour guide le manuscrit de dom Courdemanche, il s'est trouvé que M. Allaire s'est beaucoup étendu sur ce débat judiciaire de l'abbaye de Jumièges, qui n*off*re pas un très grand intérêt; laissant de côté ou effleurant h peine la partie militaire et politique de la vie du duc de Penthièvre : sa jeunesse si brillante à Fontenoy et à Dettingen, ce tableau si touchant et alors si rare, si exceptionnel, de l'amour dans le mariage, qui caractérisa son union avec la princesse de Modène, ses rapports avec son fils, ce malheureux prince de Lamballe, que sa jeunesse ne défendit pas contre des exemples de corruptions peut-être calculées, comme le bruit en courut alors; avec la veuve de ce fils, qui seule donna alors quelque vie aux vastes solitudes de l'hôtel de Toulouse et du château de Sceaux, avec sa fille enfin qui, devenue seule héritière de la fortune des deux branches des Légitimes , cpousa^ à seize ans, onze mois après la mort de son frère, ce duc de Chartres, alors âgé de vingtdeux ans, qui devait périr révolutionnairement
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SOUS le nom de Philippe-Égalité. Avec les lacunes que nous venons de signaler, le livre de M. Etienne Allaire est néanmoins encore fort intéressant ; surtout dans sa seconde partie, où l'auteur, sorti des démêlés de raffairedeJumièges, nous peint, avec dom Courdemanche, rintérieur de Taimable cour de Sceaux et de Thôtel de Toulouse.
Anne, duc de Montmorency, pair et connétable de France, par pRAficis Décrue.
Paris, Pion, Nourrit et 0\ 1889. Un vol. in-8". — Prix : 8 fr.
Dans un précédent volume paru en i885 et que l'Académie française a couronné, M. Francis Décrue avait étudié la jeunesse du connétable Anne de Montmorency, et cette première partie de sa vie politique et militaire qui prend fin avec le règne de François P' lui-même. L'auteur, né à Genève en 1854, était alors maître de conférences à la Faculté des lettres de Rennes, et ce premier ouvrage était, si nous ne nous trompons, sa thèse de doctorat. L'ouvrage attestait de nombreuses et attentives recherches, une habileté littéraire suffisante, et une impartialité d'autant plus méritoire, que le jeune historien était né dans un milieu protestant peu sympathique d'ordinaire à ce chef du parti catholique au xvi" siècle, Il est vrai que M. Décrue nous a représenté depuis, dans le livre même que nous avons sous les yeux, le célèbre connétable bien plutôt comme le promoteur de ce parti modéré et de juste milieu, que l'on a appelé le parti des politiques. Quoi qu'il en soit, cette première étude sur Anne de Montmorency, fut fort bien accueilli, et l'on souhaitait vivement que l'auteur l'achevât, en conduisant son héros jusqu'à sa mort en iSôy.
C'est cette fin d'un travail si bien commencé que nous donne aujourd'hui M. Francis Décrue. Son livre comprend un espace de vingt années 1547-1567, remplies par des événements dont quelques-uns comptent parmi les plus importants de notre histoire. Né en 1492, Anne de Montmorency avait cinquante-cinq ans, lorsque le roi Henri II succéda à François I*'. Il était connétable depuis i528, mais en disgrâce depuis sept ans déjà. Partisan d'un rapprochement entre François I**" et Charles-Quint, que, sur ses conseils, le roi de France avait laissé passer dans ses États pour aller châtier la révolte des Gantois, il avait subi les conséquences du manque de foi de l'Empereur, qui, une fois les Gantois soumis, avait failli à toutes les promesses faites à François I". Avec l'avènement de Henri II non seulement la disgrâce du connétable cessa, mais sa faveur fut
plus grande que jamais. Étroitement uni à la maîtresse du roi, Diane de Poitiers, il fut créé duc et pair en i55i, et maria, en i557, son fils aîné à une fille naturelle du roi, Diane de France, veuve d'Horace Farnèse, duc de Castro. Si en 1557 il perdit la malheureuse bataille de Saint- Quentin, suivie du traité de Cateau-Cambrésis qui fut si désavantageux à la France, il est juste de dire qu'il avait en i552 contribué plus que personne à conquérir et à donner à la France le pays des Trois-Evêchés, c'est-à-dire ces trois villes, Toul, Verdun et Metz, dont la première fut vainement assiégée par le duc d'Albe, qui, après d'immenses efforts, dut se mettre enfin en pleine retraite. La mort de Henri II, en i559, et l'éloignement de Diane de Poitiers de la cour, furent pour Montmorency le commencement d'une nouvelle disgrâce. Il dut céder au duc de Guise sa fonction de grand maître qu'il occupait depuis i526. Cette seconde disgrâce dura ce que dura le règne éphémère du jeune François II, c'est-à-dire dix-huit mois, du 10 juillet 1 559 au i5 décembre i56o. Dans l'intervalle avait eu lieu cette conjuration d'Amboise et cette punition sanglante des conjurés qui ouvrirent réellement l'ère des guerres civiles en France. Sa réconciliation avec le duc de Guise au commencement du règne de Charles IX (i56i) donna lieu à ce triumvirat à la faveur duquel, uni au duc de Guise et au maréchal de Saint-André, il gouverna vraiment la France. La première guerre civile qui éclata en i562, peu après ce qu'on a appelé le massacre de Vassy, ne fut pas heureuse pour le connétable. Fait prisonnier à la bataille de Dreux, où les protestants cependant furent battus, il recouvra la liberté à la paix d'Amboise, et reprit l'année même la ville du Havre sur les Anglais. Ce fut la dernière faveur de la fortune qu'il devait recevoir. Le 10 novembre 1 567 il était tué à la bataille de Saint-Denis livrée contre les huguenots, et dans laquelle le second duc de Guise ne fit donner toutes les forces dont il disposait qu'après que son rival politique eut été mortellement frappé.
Les nouvelles lumières que l'étude approfondie de M. Décrue a jetées sur le rôle et le caractère du connétable de Montmorency, ont été en somme plus favorables que désavantageuses à la mémoire de cet homme célèbre, objet jusqu'ici d'appréciations si contraires. Il ne fut certes exempt ni de passions ni de défauts. Mais les qualités l'emportent certainement en lui sur les défauts, et les passions qui l'animèrent furent en partie celles de tous ses contemporains. Ce qu'il ne faut pas oublier aujourd'hui, c'est sa défense heureuse de la Provence contre l'invasion des
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CRITIQUE LITTÉRAIRE DU MOIS
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Italiens de Charles-Quint et sa conquête de Metz. E. A.
Don Pedro II, empereur du Brésil, par
B. MossÉ. Un vol. in-i8. Paris, 1889, librairie Firmin-Didot.
L'Exposition universelle de 1889 a révélé avec éclat à l'immense majorité des visiteurs, fort éloignés de le soupçonner, un fait considérable dans l'histoire du xix* siècle; c'est que l'Amérique latine a secoué entin la torpeur où elle végétait. Il n'y a pas un des pays qui la composent dont on n'ait pu voir au champ de Mars le palais particulier plein de richesses. Le premier exemple de ce retour à l'activité qui fait les nations prospères, a été donné par le Brésil sous l'impulsion de l'empereur don Pedro II, de ce prince éclairé qui pendant son séjour à Paris, l'an dernier, venait familièrement s'asseoir à la table commune avec ses collègues de l'Institut et prendre part aux travaux de l'Académie des sciences. Il est peu de souverains aussi populaires que celui auquel M. Mossé vient de consacrer le volume que nous annonçons ici. Néanmoins, ce n'est pas le souverain proprement dit, l'empereur constitutionnel du Brésil que M. Mossé s'attache à faire connaître ; il considère, de préférence, le philosophe, le philanthrope, l'ami de l'humanité, le bienfaiteur de sa patrie. Ce sera, en effet, l'éternel honneur de ce prince d'avoir aboli l'esclavage dans ses États, et de l'avoir fait non par un acte soudain de capricieuse générosité, qui pouvait ruiner à jamais le pays, mais par une série de mesures d'affranchissement progressif sagement concertées. Le nombre des esclaves était encore de i, 5 10,806, en 1872, date du dernier recensement; il était tombé à 723,419, quand fut promulguée la loi du i3 mai 1888, qui les émancipait définitivement, et que l'on a baptisée du beau nom de « loi dorée ». Loi dorée, à tous les points de vue : car, contrairement aux prédictions de mauvais augure, qui ne manquèrent pas de se produire, au début, c'est-à-dire, il y a vingt-cinq ans, la disparition graduelle de la main-d'œuvre servile — remplacée par le travail de l'immigrant européen — accrut singulièrement la force productive du Brésil au lieu de la ruiner, comme on l'avait annoncé. C'est ainsi, pour en citer un exemple frappant, que la production du café qui fut de 177 millions de kilos pendant la période quinquennale 1872-1877 s'est élevée à 400 millions, pendant la période 1882- 1887. M. Mossé, après avoir montré l'état du Brésil sous don Pedro P' et à l'avènement de don Pedro 11^ retrace à grandes lignes la géographie physique et politique de l'empire, nous fait
assister à sa pacification intérieure, à la guerre de i85i-i852 contre Rosas, le dictateur de Buenos-Ayres, puis aux guerres de l'Uruguay et du Paraguay, pour arriver enfin à la grande œuvre de civilisation que don Pedro II poursuit avec une volonté persistante et réfléchie secondée par une incessante activité. L'abolition de l'esclavage n'est pas la seule manifestation de cette œuvre de progrès; mais elle en est le témoignage le plus retentissant. C'est pourquoi, sans doute, le jury de l'Exposition universelle a choisi ce titre pour décerner un grand prix à l'empereur don Pedro II et à la princesse impériale du Brésil qui effectivement a joué un rôle important dans cette réforme.
Si le portrait peint par M. Mossé en ce livre est fidèle, — et nous n'avons aucune raison de ne pas ïe croire tel, — don Pedro II, type de pur patriotisme, de désintéressement, animé de l'amour de la liberté, dévoué à son peuple», dévoué à tous les progrès, laissera une page glorieuse et d'une gloire enviable dans l'histoire de la monarchie. Ce monarque, en effet, ou plutôt, comme dit M. Mossé, ce chef d'une démocratie couronné, homme de bien, intelligence et cœur d'élite, savant et philosophe, semble avoir pris à tâche de justifier la vérité du mot de Platon : « Les peuples ne seront heureux que quand les philosophes seront rois. »
Recueil des Actes du Comité de Salut public, avec la Correspondance officielle des Représentants en mission et le Registre du Conseil exécutif provisoire, publié par F. -A. Aulard, chargé du cours d'histoire de la Révolution française à la Faculté des lettres de Paris. — Tome I*% 10 août 1792, 21 janvier 1793. Un vol. in-8® de 5 12 pages. Paris, Imprimerie nationale MDcccLxxxix. — Collection des Documents inédits sur l'Histoire de France, publiés par les soins du ministère de l'Instruction publique. Se trouve chez Hachette.
Chargé du cours d'histoire de la Révolution française à la Faculté des lettres de Paris, M. F. -A. Aulard, en travaillant aux Archives, à la préparation de ses leçons, s'est tout de suite rendu compte de l'intérêt supérieur que présentaient, dans leur nudité même, et malgré l'immense quantité de documents déjà publiés, les pièces originales qu'il avait sous les yeux. En livrant à la publicité simultanément les Actes du Comité de Salut public, la Correspondance officielle des Représentants en mission et le Registre du Conseil exécutif provisoire, il nous livre le fonds et le
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