‹ Le livre (volume 4)Chapitre 110 sur 129 · V2 LE L · texte numérisé non relu

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trcfonJs de l'histoire du gouvernement de la France pendant la Convention. Éditeur modeste et génJreiix, il nous le livre sans commentaire personnel, estimant que son rôle, en publiant de nouveaux documents, est moins de faire œuvre d'historien que de fournir, matière à des livres nouvenii\. Mats l'expérience, la sûreté de coup d'œil de l'homme à qui Tétude de l'histoire est familière, se trahissent non seulement dans la réunion en un même volume des trois séries de pièces ci-dessus nommées, mais pour le moins autant duns leur classement. Il ne suffisait pas, en effûi, pour les mettre en pleine valeur qu'on les trouvât rapprochées, placées bout à bout dans l'ordre successif, elles perdaient la moitié de leur prix. M. Aulard a vu et bien vu qu'elles devaient être juxtaposées, présentées dans l'ordre chronologique, jour par jour, que de la sorte seulement séances du Comité, séances du Conseil et correspondance des Représentants s'éclairent, se complètent, se commentent l'une

La publication du tome I" commence nécessairement au i" août 1792 et s'arrête au procèsverbal de l'exécution de Louis XVI, le 21 janvier i7<)3. Quand un nom paraît pour la première fois, '.'éditeur— je veux dire M. Aulard — ajoute en note la biographie succincte du personnage. Qu'on ouvre le volume au hasard, et l'on est aussitôt pris par l'intérêt le plus puissant, on poursuit la lecture page à page, journée après journée, on court aux dates célèbres, saisi d'émotion au spectacle de la vie même de l'époque de ses grandeurs et de ses petitesses, de ses vertus et de ses crimes; et çâ et là, on sourit, la phraséologie du temps aidant, de la naïveté d'illusions Jonl il faut, quand même, admirer le généreux désintéressement. C'est ainsi, par exemple, que le i5 décembre 1792, un décret de la Convention dicte à nos généraux la u Proclamation à faire aux Peuples conquis à !a Liberté 0 dont voici les premières lignes :

« Le peuple français au peuple...

i< Frères et Amis, nous avons conquis la Hberié et nous la maintiendrons. Nous offrons de vous fiiire jouir de ce bien inestimable, qui vous a toujours appartenu et que vos oppresseurs n'ont pu vous ravir sans crime. Nuus avons

et nous vous garantirons de lei leurs projets et de leur retour...

Et le bon peuple français pror inconnus — auquel préalablement il aura appliqué une forte pile — la suppression des autorités civiles et militaires, des impôts, des privilèges, nommément, ceux de chasse et de pèche, puis

mes libres, igeance, de

à ces peuples

des corvées, de la gabelle, des péages, des octrois et finalement de toutes contributions dont ils furent chargés par des usurpateurs. — Et ce langage retentissait efiectivement au cœur des peuples, car, bien peu de temps après, la Convention est officiellement informée que les n États libres », — ancien évêché de Bâle, — n rompant les liens existant entre eux et l'Empire, se sont constitués en république libre et indépendante, sous le nom de République de la Rauracie. » — Nous confessons humblement notre ignorance ; mais sans le Recueil des Actes du Comité de Salut pulrl-c, etc., nous serions encore à savoir qu'il exista jamais un tel État sous un tel nom. Si nous devions être lapidé par les lecteurs qui connaissaient déjà la République de la Rauracie, nous croyons que nous pourrions affronter sans grande terreur le sort de saint Etienne, c'est-àdire sans péril. Ce n'est pas, d'ailleurs, la seule chose que nous ait révélée la précieuse publication de M. F.-A. Aulard.

Histoire de la Renaissance artistique en

Italie, par Charles Blanc de l'Académie française, révisée et publiée par Maurice Faucon, ancien membre de l'École française de Rome. Deux vol. in-8°. Paris, 1889. Librairie Firmin- Didot.

Quand Charles Blanc eut quitte la direction des beaux-arts, au terme, sauf erreur, du soussecrétariat de M. Turquet, il eut assez de crédit encore pour obtenir la fondation d'une chaire < d'Esthétique et d'Histoire de l'art » au Collège de France et s'en faire nommer titulaire. L'ouvrage posthume, que M. Maurice Faucon publie aujourd'hui, se compose précisément de la suite de leçons qu'il fit dans cette chaire. 11 avait choisi pour objet de son cours l'Histoire de l'Art en Italie; mais la mort ne lui permit point d'achever et l'œuvre écourlée, privée de son glorieus couronnement, n'est plus qu'une Histoire de la Renaissance artistique en Italie. Cette histoire va du xn* siècle au milieu du xv', de Grégoire LX à Pie II, de Nicolas Pîsano, à Antonio Filarete et a Paolo Romano, du Cimabue à Piniurricchio, de Dante à l'invention de l'imprimerie et de la gravure des estampes à Maso Finiguerra et Mantegna,

M. Maurice Faucon, qui s'est chargé de revoir et de préparer pour l'impression les manuscrits de Charles Blanc, est un ancien élève de l'École française de Rome; en même temps qu'il revisait minutieusement le texte, il le complétait, nous dit-il, par des notes, précisait les dates, rectifiait détails et citations, terminait certains chapitres,

CRITIQUE LITTERAIRE DU MOIS

évitait enfin par des interversions et des coupures les répétitions que permet l'enseignement. Eh bien, M. Faucon peut se flatter d'avoir fait acte de dévouement, car la tâche devait être lourde. En effet, Charles Blanc pouvait écrire sur les arts avec goût, d'une plume élégante et diserte, il était prompt à s'enflammer devant une belle oeuvre, en raisonnait bien: mais en matière d'histoire et de critique il n'appartenait pas à l'école du document, loin de là : le scrupule de l'exactitude ne le tenait que de sorte, et le tourment du monogramme ne lui a jamais causé d'insomnie. D'où je conclus que M. Faucon aura eu fort à faire pour mettre les leçons de Ch. Blanc d'accord avec les découvertes de l'érudition contemporaine. Mais sa participation ne s'est pas bornée à ce travail d'éditeur savant et soigneux. Pendant son séjour en Italie, dans le temps qu'il parcourait les petites villes toscanes de San Gimignano, Prato, Arezzo Pienta, Borgo san Sepolcro, Urbin, Urbania, il envoyait à son ami, qui l'en pressait, des notes sur les chefs-d'œuvre des primitifs : et celles-là étaient précises et le professeur au Collège de France pouvait s'y fier. Plus tard \\% firent ensemble un voyage en Italie où la pondération d'esprit du jeune érudit ne dut pas nuire, en les réglant, aux enthousiasmes du vieux critique. Précieuse collaboration, en vérité, car en lisant ces chapitres où ,se rencontrent tant de pages heureuses sur Pisano, Gioito, Orcagna, les Lorenzetti, Masaccia, Benozo Gozzoli, Mino da Fiesole, les Civitali, Ghiberti et Donatello, les Lippi et Piero délia Francesca, on peut goûter avec sécurité le charme de la diction, la finesse des aperçus, l'ingéniosité des développements, l'élégance et parfois l'éloquence du style qui ont fait le succès légitime du talent de Charles Blanc, malgré les lacunes de son savoir, comme en dépit de théories souvent hasardées et d'affirmations esthétiques souvent douteuses. Il faisait aimer l'art.

L'Empereur Guillaume II et la première année de son règne, par M. Edouard Simon. Un vol. in-i8. Paris, 1889. W. Hinrichsen.

« Rechercher la vérité des faits et les raconter sans parti pris», l'auteur de V Empereur GuiU laumell ne pouvait — dit-il en avant-propos — se proposer d'autre but en ce livre. Nous dirons, à notre tour, que l'historien ne pouvait, en effet, proposer à son ambition un but plus légitime ni plus digne de ses efforts. Mais, d'autre part, le nom de M. Edouard Simon off're mieux qu'une présomption, il est une garantie absolue d'exactitude et d'impartialité pour tous ceux qui con-

naissent ses premières études sur l'histoire de la Prusse et de l'Allemagne contemporaines. L'histoire de V Empereur Guillaume /«' et son règne, celle du Prince de Bismarck et de V Empereur Frédéric sont déjà classées parmi les livres auxquels on peut se fier en toute sûreté, et à ce titre citées et consultées chaque jour. L'éminent directeur du Mémorial diplomatique ne se méprend pas à propos de son dernier ouvrage, il nous trouve d'avance persuadés, lorsqu'il nous donne à entendre que le sujet ne présente pas la même sorte d'intérêt que les sujets précédemment traités par lui. Dans les volumes précédents, effectivement, ce sont les récits d'un passé douloureux pour nous, mais exceptionnellement mémorable, qui nous occupent. Dans le présent travail, au contraire, ce qui nous préoccupe, c'est l'avenir. En ce tableau où M. Edouard Simon a retracé l'enfance, la jeunesse et la première année du règne d'un souverain de trente ans; en ce que fut l'enfant, en ce que fut le jeune homme pendant ses « années d'apprentissage », nous cherchons des clartés de ce que sera l'homme appelé à disposer de la puissance militaire réputée la plus forte de l'Europe, l'empereur allemand avec lequel le monde entier et en particulier la France devront compter pendant longtemps, puisque, « selon toutes les prévisions humaines, il sera donné à deux générations nouvelles d'accompagner le règne du jeune souverain ».

Mais si l'intérêt n'est pas le même, il n'est pas moindre non plus, tant s'en faut; car ce n'est point chose de médiocre importance pour nous que de connaître Guillaume II avant son avènement, de savoir quelles dispositions d'esprit, quelle somme d'aptitudes il apporte à ce métier de souverain, et de déduire de tels éléments des lumières sur ce que l'on peut attendre de son règne. Ces éléments, le livre de M. Edouard Simon nous les fournit aussi abondants, aussi complets que possible en quatre chapitres copieux, correspondant aux grandes époques de la vie du prince : d'abord Enfance et jeunesse (\^b(^-\^^\) c'est-à-dire le système d'éducation, les études, l'entrée du prince dans l'armée, l'analyse de son caractère où domine la volonté, une volonté dont on peut mesurer l'énergie sur ce témoignage de M. Hinzpeter. Son ancien précepteur rapporte que a par suite d'une lésion au moment de sa naissance qui a eu pour conséquence une faiblesse irrémédiable du bras gauche, son développement physique et psychique a rencontré des obstacles particuliers... Il s'agissait de vaincre un sentiment naturel de gaucherie physique et la timidité qui en résultait. » Eh bien, si l'infirmité n'a pas disparu, elle n'a pas empêché le prince

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de devenir un tireur, un nageur, un cavalier de premier ordre, et de faire de cette infirmité de naissance un élément de force et d'énergie. Le second chapitre intitulé le Prince et la Princesse Guillaume^ parcourt les sept années suivantes (i 881-1 887) et raconte le mariage avec la princesse Augusta-Victoria, la vie militaire et la vie privée du prince. Le troisième chapitre (1881) est exclusivement consacré au Prince impérial Frédéric j à sa maladie, à ses rapports avec son fils et à sa mort. Dans le dernier enfin, V Empereur Guillaume II (1888- 1889), sont retracés tous les événements de cette première année de règne qui s'ouvre le 16 juin 1888, au milieu des inquiétudes et des appréhensions qu'inspirait à l'Europe entière et même aux souverains allemands la jeunesse du nouvel empereur, dont les tendances paraissaient à la fois absolues et belliqueuses. Il faut le dire, et M. Edouard Simon y insiste avec raison, ces craintes n'ont pas été justifiées par les faits, qui ont plutôt confirmé les prévisions de ceux qui, placés auprès du futur héritier d'une couronne impériale, avaient favorablement auguré de ses qualités de souverain. « Possédé d'une ambition qui n'aurait pas surpris chez un prince jeune et exalté par un tel exemple (celui de son grand-père), ajoute M. Simon, il aurait couru à des entreprises belliqueuses qui eussent de nouveau remué l'Europe, à peine remise de secousses formidables. On l'en croyait capable, et son avènement inquiétait bien des esprits. Ces craintes heureusement se sont montrées vaines jusqu^ici, et rien ne fait prévoir qu'elles soient près de se réaliser. » C'est sur ce dernier mot optimiste que nous fermerons le livre qui complète l'œuvre antérieure de l'auteur, et que nous voulons considérer comme le premier d'une nouvelle série où nous suivrons le développement des prémisses posées dans celui-ci.

L'Exemple de l'Amérique : Washington et son œuvre, par E. Masseras. Un vol. in- 18. Paris, 1889, librairie Pion.

M. E. Masseras, ancien rédacteur en chef du Courrier des États-Unis^ a qualité pour nous entretenir de l'Amérique et de sa constitution, de l'œuvre admirable de Washington, intacte après un siècle d'expérience, ayant glorieusement résisté à la longue secousse de la guerre de séces* sion, terrible épreuve à laquelle peu de systèmes politiques auraient survécu. En publiant cette étude de la constitution américaine, de la guerre de sécession et de la dette des Etats-Unis, M. Masseras a voulu, sans doute, nous montrer, comme le titre de son livre l'indique, l'exemple

d'une république dont l'organisation gouvernementale a su rallier à elle et s'attacher à jamais, peut-on croire, la majorité des citoyens, donner satisfaction aux intérêts les plus divers, et assurer la prospérité générale du pays. Malgré la différence fondamentale du principe de chacune des deux républiques, — la nôtre restée « une et indivisible » de son origine, l'autre fédérative, — cet exemple de l'Amérique nous est présenté fort à propos en ce temps de crise politique, où tant d'esprits agitent le grave problème de la revision de la constitution. Revision ou non, il est incontestable que nous aurions tout bénéfice à suivre en plus d'un point l'exemple de l'Amérique, ne fût-ce que dans l'administration des finances publiques où il est de principe de ne léguer aucune charge aux générations à venir. C'est en vertu de ce principe que la dette des Etats-Unis, après avoir été formidable par suite de la guerre, est aujourd'hui réduite à zéro. Le livre de M. Masseras contient bien des enseignements de cette sorte. Assurément les faits étaient connus, mais il est bon de les rappeler de temps à autre et de les offrir aux méditations de nos hommes politiques ; l'auteur de VExemple de V Amérique a choisi pour le faire le moment opportun.

Esquisse historique des sièges de Tlemcen, par M. Tridon, capitaine de gendarmerie. Plaquette de 16 pages in-8®. Paris, 1889. Méthode d'instruction individuelle sur le service en campagne. Librairie militaire H.-Ch. Lavauzelle.

Comment Tlemcen, qui fut une ville célèbre entre toutes, enviée, chantée dans tout le monde arabe, renommée non seulement pour la beauté de ses jardins fruitiers (les Romains l'avaient appelée Pomaria), pour la richesse de son commerce et la puissance de ses sultans, mais aussi par l'il* lustration de ses savants et le nombre de ses écoles, comment la belle Tlemcen qui, aux xiv* et xv'O siècles, ne comptait pas beaucoup moins de iSo.ooo habitants, est-elle déchue au point de n'être plus qu'une ville de 20.000 âmes, un simple chef-lieu d'arrondissement de notre province d'Oran, désormais sans avenir, s'il faut en croire M. Onésime Reclus dont l'ouvrage Nos colonies nous a livré les détails qui précèdent ? U Esquisse historique des sièges de Tlemceny par M. le capitaine Tridon, contient implicitement l'explication de cette décadence. M. Tridon, en effet, ne s'arrête pas seulement à la prise de Tlemcen par le maréchal Clauzel et au siège que le capitaine Cavaignac y soutint contre les partisans d'Abd-el- Kader. A l'aide du grand historien arabe Ibn

Khaldoun, parcourant Thistoire de la ville à partir de la conquête musulmane, il rappelle et décrit sommairement les sièges qu'elle eut à subir. En moins de deux siècles, de 1148 à i33j, je n'en compte pas moins de dix, dont Tun dure trois ans et un autre huit ans, trois mois et cinq jours. Depuis, Tlemcen fut sans cesse attaquée, prise, reprise, tantôt par les Marocains, tantôt par les Espagnols, tantôt par les Turcs, toujours dévastée, pillée, les habitants passés au fil de l'épée. Asservie par les Turcs, sa ruine définitive était consommée. Sous sa forme rapide et concise, V Esquisse historique du capitaine Tridon est aussi complète que possible et très intéressante. Nous ne sommes pas surpris qu'elle ait paru d'abord dans la Revue d' infanterie.

Nous recommandons à l'attention des officiers de réserve l'excellent travail anonyme publié sous le titre de Méthode d'instruction individuelle sur le service en campagne.

Il est impossible de rien imaginer de plus simple, de plus clair, ni qui se classe plus aisément dans la mémoire que la rédaction de cette méthode d'instruction à la fois théorique et pratique sur le service de sûreté d'une troupe en marche et en station. b. g.

Henry de Rolian. Son rôle politique et militaire BOUS Louis XIII (1579-1638), par

Auguste Laugel. Un vol. in- 18, 445 pages. Librairie Firmin-Didot. Paris, 1889,

« La maison de Rohan est une des plus illustres de la Bretagne. Elle se perd dans la nuit des temps ; dans les romans de la Table-Ronde, il y a un Tristan, prince de Léon, qui a pour tuteur son parent Rohan. Un généalogiste fait remonter l'origine de cette maison à Rahan ou Rohan, fils puîné de Conan Mériadec, premier roi de Bretagne, et d'Ursule, fille d'un roi d'Angleterre, environ vers l'an 400, quelque peu avant la naissance de la monarchie française. »

Ainsi parle M. Laugel au début de l'ouvrage que nous annonçons. Si pareil témoignage est flatteur pour les héritiers actuels du nom, d'autre part on n'imagine pas comme le reste du monde a peu de souci des maisons les plus anciennes et les plus fameuses, et comme il en ignore tout absolument. Pour celle-ci, dont le prestige héraldique est incontestable, nous gagerions que nul ne nous contredira si nous avançons que, parmi les lettrés eux-mêmes, le nom de Rohan, brusquement jeté dans la conversation, ne rappellera pas autre chose que les trois ou quatre traits vulgarisés par les recueils d'anecdotes.

C'est d'abord la proverbiale devise : roi ne puis,

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prince ne daigne, Rohan suis; ce sont ensuite les amours chansonnés de la belle Soubise avec un de nos rois; et puis les coups de bâton administrés à Voltaire par les estafiers d'un chevalier de Rohan; c'est enfin le cardinal de Rohan de Z'^/faire du Collier y cette affaire que les archives nous rendraient, il est permis de le croire, plus curieuse que ne l'ont faite romans, pamphlets et chroniques. Ajoutons-y le Soubise^ vaincu de Rosbach, dont l'incapacité néfaste rappelle une piquante anecdote des souvenirs Bbsolnment inauthentiques (mais d'autant plus amusants) de la marquise de Créquy. « Ce que je vous dirai sur le célèbre M. Rouelle, c'est qu'il était le chimiste du jardin du roi, et qu'il revendiquait toujours toutes les découvertes qui se faisaient de son temps. Il accusait tout le monde, et surtout les physiciens allemands, de lui voler toutes ses idées, et l'épithète de plagiaire était pour lui le synonyme du mot scélérat. Pour exprimer l'horreur qu'il éprouva du crime de Damiens, il avait dit que c'était un plagiaire; et comme il était grand patriote, il ne manqua pas d'appliquer la mêmeépithète au maréchal de Soubise après la bataille de Rosbach. — Mais lui disait M. de BufFon, ce n'est pas un plagiat que de s'être laissé battre par les Prussiens, c'est au contraire une invention toute nouvelle de M. de Soubise. »

Hélas ! nous avons, depuis, perfectionné cette invention 1

En fait, les deux personnages les plus notables de cette maison : le duc Henry de Rohan, et son frère Benjamin de Soubise, qui occupèrent les premiers rôles dans la résistance extrême du protestantisme français au roi de France, ne sont connus que des étudiants, des professeurs et de ceux a de la religion ». M. Laugel, incité par M. de Loménie (qui s'était passionné pour la figure d'Henry de Rohan, et que la maladie a empêché de lui consacrer un livre), a reçu de cet écrivain de mérite le présent de ses notes et de la copie d'une correspondance vraiment précieuse.

M. Laugel, que l'on devine personnellement ami de la cause dont Henry de Rohan fut le dernier néros militaire parmi nous, s'est animé du même enthousiasme que M. de Loménie pour cet homme présomptueux et morne, type supérieur du calviniste français. Il le traite couramment de grand homme. Richelieu, qui en était un autre, — et d'une autre grandeur aussi, — Richelieu, qui battit Rohan, ne l'estima guère et reçut de lui les plus humbles hommage, Richelieu dit simplement : « M. de Rohan qui a fait tant de mal à la France. » Le duc appartient à cette catégorie malheureuse de héros qui ont

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;;^k^v^v^ . viv^^'^^^f coxitrc Ics Français dcvcnus , <^^.-,v/#4;. Oa ^ beau me ressasser que Tidée de LKUivv^ u'cxistiiit point alors telle que nous la vViuprvnons aujourd'hui, je vois toujours un jK>a>l nvnr dans la vie d'un Français qui a appelé IçH Français r ennemi. Je ne dis pas cela seulement du répugnant jacobin Bernadotte, devenu le bon frère des rois de la Sainte Alliance^ ni de Moreau, tué dans Tétat- major des envahisseurs de la France. Ces deux hommes ne sont que des types de fanfaronnade et de jalousie... et malheureusement la tache d'avoir appelé l'étranger sur notre sol ternit de plus belles gloires que celleslà. Du moins la légende de Napoléon, même chez ses pires haïsseurs, ne se voit pas infliger cette souillure, et dans toute l'histoire de l'empereur on ne voit qu'amour sans réserve pour toute la France, et non pas pour telle classe du pays. Il nous mènerait trop loin d'analyser le substantiel ouvrage de M. Laugel; ses longs chapitres relatifs à la jeunesse de Rohan, au siège de La Rochelle, aux séjours de Rohan en Suisse et en Italie, méritent qu'on les lise en entier dans le livre lui-même, et le lecteur n'aura pas perdu son temps. Il ne s'intéressera pas moins que nous l'avons fait nous-même aux aventures privées du personnage, à sa femme, à sa fille, à son frère. La duchesse Henry de Rohan est une physionomie très captivante pour le psychologue, comme on parle à présent. « Cette femme, en un pays où l'adultère eût été permis, eût été une femme fort raisonnable », dit avec une railleuse profondeur Tallemant des Réaulx, dans la pensée de qui le duc fut le plus... trompé des hommes ; mais, trompé comme époux seulement, car la duchesse n'a pas cessé d'être pour son mari l'amie la plus constante, la plus active et fidèle alliée. Elle avait tous ses secrets, comme la moitié de son âme ; elle exécutait tous ses plans et ordres, comme un lieutenant infaillible. Ma femme, laquelle est plus Rohaniste que celles qui en portent le nom^ déclare Henry de Rohan, dans une lettre à son frère Soubise.

Avis aux gens à opinions transmises, qui ne jugent point d'après la nature et les réalités, mais d'après des systèmes. Il y eut ensuite la fille du duc, fille unique, la plus riche héritière du royaume, et dont il disait qu'il « aimerait mieux apprendre la mort que son mariage avec un papiste ». Eh bien, cette fille donna sa main et ses biens à un bon catholique, M. de Chabot. C'est au cours de son opposition à ce mariage que la duchesse, veuve de Henry, produisit, comme Deus ex machina^ un Tancrède de Rohan^ fils (à la naissance dissimulée, prétendait-elle) du feu duc de Rohan; mais plus vraisemblablement,insinue-t-on.

fruit des amours de la duchesse et de Candale. Il y eut encore Benjamin de Soubise, le frère de Rohan et son allié dans la lutte contre le pouvoir royal. Ce Soubise^ vraie figure d'homme de mer, précurseur héraldique, pour l'audace et la détermination, du plébéien Jean Bart, s'en alla végéter à Londres après sa défaite. Ce volume se termine par le recueil des lettres de Rohan à sa mère, lettres datées de Padoue, en i63o-i63i,où le héros se préoccupe beaucoup de la peste qui sévissait alors en Italie ; très curieuses aussi les lettres de Soubise à sa mère, celles de la duchesse Henry et de sa filJe, plus tard Rohan- Chabot, à leur belle-mère et aïeule ; et surtout très curieuses les lettres ou Rohan veut amener Soubise à ses vues sur un partage de biens.

Précis d'histoire juive, depuis les origines jusqu'à répoque persane (\r« siècle avant J.-C), par Maurice Vernes, directeur adjoint à l'école pratique des hautes études.

Tout en tenant en très haute considération les travaux des Reust, des Kuenen, desWielhausen, M. Vernes, un hébraïsant, lui aussi, n'a pas cru devoir en user pour écrire son histoire. Ce n'est pas qu'il se soit défendu de citer à roccasion des pages entières empruntées aux écrits, de ces savants exégètes et à leurs écrits, à ceux des deux premiers surtout, il nous renvoie à peu près constamment, mais il n'accepte pas tant s'en faut, tous les résultats obtenus par les écoles critiques de la théologie protestante et la méthode qu'elles ont adoptée, il la rejette complètement.

L'histoirejuive, dans sa partie la plus ancienne, depuis l'époque des premiers juges jusqu'à celle de la captivité, est tout entière dans la Bible et elle n'est que là. Très importante, par suite, la détermination de la date des divers livres bibliques.

M. Maurice Vernes part systématiquement de la supposition de la plus basse date, c'est-à-dire que constatant l'époque pour laquelle l'existence d'un ouvrage est absolument certaine, il remonte à partir de cette date relativement moderne, jusqu'à ce qu'il trouve des circonstances applicables à la formation de l'ouvrage et de nature à en rendre compte. En de tels livres que le Fentateuque, que les Rois y on distingue des compositions de diverses époques, des interpolations après coup; systématiquement encore, sans nier ce qu'il y a de fondé dans ce qu'on a appelé la thèse de l'émiettement, M. Vernes suppose d'abord avec l'unité de date, l'unité de composition pour n'indiquer qu'ensuite les réserves qu'il est sage

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de faire. Ainsi la méthode.régressive au lieu de la méthode jusqu'ici suivie, et Thypothèse de l'unité au lieu de la dislocation.

Aussi importante que la détermination de la date des divers écrits bibliques est l'interprétation de ces mêmes écrits.

M. Vernes réprouve l'interprétation « rationaliste » ; toutes les fois que ses devanciers se sont trouvés en présence d'événements présentés sous un aspect surnaturel, merveilleux ou mythique, ils ont prétendu y reconnaître le souvenir défiguré ou transformé de la réalité ; ils ont interprété la sublime légende des origines israélites, en ramenant les personnages depuis Abraham jusqu'à Moïse, de Josué à Samuel et à Elie, et les hauts faits qui leur sont attribués, aux mesquines proportions de l'humanité en chair et en os; pour eux, il y a des « traditions » antiques, que la critique parviendra certainement un jour ou l'autre à dégager de la forme populaire sous laquelle elles nous seraient parvenues. M. Vernes, tout au contraire, voit, dans la légende Israélite, une œuvre admirable de poésie, d'inspiration morale et religieuse; il y trouve dans un cadre d'événements matériels, comme il dit, les hautes leçons qu'ont entendu donner des hommes de génie, d'éminents docteurs, des écrivains accomplis, des théologiens tour à tour éloquents et subtils ; pour lui, les leçons sont tout et le cadre rien. A Thypothèse « rationaliste » de vieux souvenirs conservés sous une forme altérée et se surchargeant au cours des siècles d'éléments étrangers, il substitue la théorie d'une création libre présentant le dogme religieux ou l'avertissement moral sous une forme dramatique.

Le Précis est divisé en quatre livres qui portent comme titres : La légende des origines, — l'Ancien Royaume Israélite, — Les Royaumes de Juda et d'Israël, — Les temps de la restauration et du second temple.

« Une famille syrienne, amenée par une cause inconnue en Egypte, s'y développant dans des circonstances favorables, puis échappant, par un concours d'événements où l'on vit de bonne heure l'intervention du Dieu national, à l'oppression que l'on voulait faire peser sur elle et s'établissant dans le pays de Chanaan, voilà, réduit à sa plus simple expression, le thème que les prophètes et les prêtres devaient si magnifiquement transformer. C'est là également le maximum de ce que l'on peut être tenté d'affirmer touchant le commencement d'une nation dont le rôle devait être si grand dans l'histoire morale et intellectuelle du monde. Mais ce maximum, nous croyons, écrit M. Vernes, qu'il est à propos de rester au-dessous et de n'admettre que sous béné-

fice d'inventaire soit la migration première des bords de l'Euphrate en Palestine, soit l'établissèment en Egypte, soit la conquête du pays de Chanaan. »

Avec Saiil et David on commence seulement d'entrer dans le domaine de l'histoire proprement dite. Encore des leçons et des exemples sous couleur de récits historiques, et les faits à retenir sont peu nombreux. Notons les jugements portés sur les premiers rois.

Du troisième livre, le dernier chapitre est tout entier consacré à l'étude des idées religieuses, du. sacerdoce et du culte du x* au vi^ siècle. Quelques vues nouvelles; le chapitre est des plus curieux.

Signalons encore, au dernier livre, les chapitres II et in. Ce sont les institutions civiles et religieuses du second Temple, c'est la « Loi de Moïse », c'est la théologie et c'est la philosophie de la Bible qui se trouvent analysées, exposées, dans le premier de ces chapitres, et, dans l'autre, M. Vernes traite du contenu et de la formation de la Bible, il nous donne une étude bibliographique et critique des écrits bibliques, regardant successivement aux livres législatifs^ livres de Mofse^ Josué, Juges^ Samuel, Rois^ aux livres HISTORIQUES, Uvres des Chroniques, Esdras, iWhémise^ aux livres de prophéties, Isaïe^ Jérémie, E^échiely les Doujç^e petits prophètes, Daniel, aux livres moraux et poétiques, enfin : Job, les Pro^ verbes^ VEcclésiaste^ les Psaumes, le Cantique, les Lamentations, Ruth^ Esther.

M. Maspéro, un égyptologue. M'» Ménard, un helléniste, ont, dans leurs histoires des peuples anciens, parlé encore assez longuement des Israélites. Une comparaison des jugements qu'ils ont portés à leur endroit avec ceux que M. Vernes vient d'émettre ne serait assurément pas sans intérêt.

L'Egypte au temps des Pharaons. La vie, les sciences et Vart, par Victor Lorkt, ancien membre de l'Ecole française du Caire, maître de conférences à la Faculté des lettres de Lyon, avec 18 photogravures. Paris, J.-B. Baillière et fils; 1889. -^ Prix: 3 fr. 5o.

Dans le volume, six études, ou, si l'on aime mieux, six conférences. Et ces conférences ont été reproduites telles qu'elles avaient été prononcées pendant les hivci's 87 et 88 à la Faculté des lettres de Lyon.

L'auteur, au moment de livrer son manuscrit à l'impression, s'était demandé s'il ne devait pas ajouter des notes à son texte pour indiquer les sources, renvoyer aux auteurs; mais ces additions et éclaircissements eussent [presque doublé

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les dimensions du livre, M. Loret a préféré s'abstenir, et c'est tant mieux. Des notes nous eussent gâté notre plaisir; elles nous auraient prouvé la grande érudition de Tégyptologue, quand les études, la laissant seulement deviner, semblent les causeries tout aimables d'un homme de goût à la fois très curieux et très délicat.

La première, et nous voici introduits en Egypte au temps où régnait Aménophis III. Nous voyons vivre autour de nous les humbles et les grands, des humbles encore auprès de celui qui est le maître de tous, qui est Dieu. Nous passons devant un temple ; aux murailles, des images peintes, c'est l'histoire, non pas l'histoire vraie, mais l'histoire mystique, la seule que les consciences égyptiennes puissent aimer de recueillir, de la conception et de la naissance du Pharaon, très puissant, très divin, qui commande aux prêtres, aux guerriers, aux scribes, à la foule des agriculteurs. Un cortège passe et nous nous arrêtons pour voir défiler la suite des chars, les longues théories de soldats^ de vieillards, de jeunes filles.

Deuxième causerie : Il s'agit des animaux que l'Égyptien chassait, vénérait ou élevait, des plantes qui surgissaient du sol entre les deux longues chaînes brûlées du soleil, de la faune et de la fiore. La troisième est consacrée aux instruments de musique et à la musique elle-même, à la danse en même temps; la suivante, aux raffinements de la coquetterie féminine, aux fards et parfums. La médecine et la sorcellerie, deux termes pour une même chose, voilà ce qui fait l'objet de la cinquième étude, et, dans la dernière, tout ce qui a trait aux sépultures.

Le texte est illustré par dix-huit photogravures, dont douze d'après les dessins à la plume et à la sépia de M. Charles Loret, le frère de l'auteur.

Souvenirs sur la Révolution, l'Empire et la Restauration, par le général de Roche- CHOUART, aide de camp du duc de Richelieu, aide de camp de l'empereur Alexandre I«% commandant la place de Paris sous Louis XVIII. Mémoires inédits, publiés par son fils. Ouvrage orné de deux portraits. (Rochechouart^ par Mansion, et le duc de Richelieu, par Laurence). Un vol. in-S". 540 pages. Paris, librairie Pion;

Nous avons ici même parlé, durant ces derniers mois, de deux hommes dont le seul nom suggérait toute sorte d'idées sur l'âme du royaliste et de Vhomme de cour^ d'avant et pendant la Révolution; nous refusant, malgré l'éditeur de l'un d'eux, à caractériser de l'épithète de courtisan — le courtisan, triste animal de tous les temps et

de toutes les politiques — un homme d'esprit, un homme de vues, un homme aux brusques incartades, tel que Vaudreuil. Dans le courusan, malgré la noblesse de la race et la beauté des alliances, la psychologie la plus subtile, reconnaît un fond quémandeur, domestiqué, instinctivement lâcheur à la fois et agenouillé. Le courtisan ne s'étonne d'aucun des titres que lui décerne la faveur; il ne regarde pas à ridiculiser ses plus proches pour égayer le monde ; il n'est malheureux que de ne pas s'incliner et ne rougit que de le faire à contre-coup. Certes il aime d'obtenir; mais sa vraie vocation est surtout de demander. Son âme, pommadée^ si j'ose dire, est conforme à ces têtes roses et frisées de la Restauration, qu'on voyait aux Portraits du siècle et dont celui du comte de Forbin est demeuré pour nous exhilarant et suspect.

Il y aurait de l'excès à dire que tous ces traits s'ajustent à l'aristocrate « vieux jeu », dont voici les mémoires. §ans doute, on ne relève dans ces pages aucun accent personnel, pas trace d'esprit français, ni d'une philosophie quelconque; par contre, une infatuation presque naïve. .Tout l'intérêt du volume vient de la présence, dans les coulisses, d'un homme remarquable : le duc de Richelieu. Entre ces- gens-là, vraiment, et la France dont nous sommes, il y a — République à part — contraste et séparation pour toujours. Ce Rochechouart, si vain de sa famille, et cousin de Richelieu, — et qui déprécie sa propre cousine, femme dudit Richelieu, parce qu'elle déplaît au patron, — nous le voyons, avec ivresse, donner du « Monseigneur» àBernadotte,une des plus laides figures de notre histoire, ce jacobin qui, dans son ambassade à Vienne, se fit presque lapider pour ses ofienses envers la monarchique Autriche, et vingt ans plus tard appelait « ses bons frères » les bourreaux dynastiques de la France envahie. Du moins, l'auteur de ces SoU' venirSy dont le livre a failli plusieurs fois nous tomber des mains de dégoût, le digne serviteur de l'implacable Épicurien qui fit fusiller le maréchal Ney, ce Louis XVIII que Ton appelait un bel esprit de café de province , — a-t-ilpour excuse, — comparé au renégat Bernadotte, — d'appartenir à une caste ou la patrie, c'était le roi.

Les passages les plus intéressants de cette autobiographie, sans relief, de courtisan, sont consacrés à l'histoire de Richelieu en Russie pendant l'émigration, et au r.écit de l'exécution du maréchal Ney, exécution confiée à la surveillance de Rochechouart, qui n'en perdit pas un détail. Or, ces détails, très minutieux, avaient été réglés avec une férocité singulière par un certain général Despinois, dont nous ne connaissons pas 1 is

CRITIQUE LITTÉRAIRE DU MOIS

autres exploits. Jeconseîlle aux ennemis du temps présenl de relire les jugements terribles que porte le duc de Richelieu sur la France de iSiS et de iSiâj ils ne dépareraient pas les lettres irritées, pleines de mépris et d'inquiétude, du Lamennais de tS22 à i83o.

Pour conclure plus gaiement, voici quelque chose de drôle ; a Les puissances alliées désignèrent chacune un commissaire, chargé de surveiller Napoléon à Sainte-Hélène. Le prince de Talleyrand, dans le but de se venger de Napo-

léon, proposa au roi M. de Montchenu, bavard insupportable, complètement nul. Cette nomination causa un étonnement génL-ral. Le répondit aui amis qui lui demam ce choix ; a C'est la seulevengennce que je veuille tirer des procédés de Napoléon îi mon égard. Du reste,elleestterrible.Quelsupplk de la trempe de Bonaparte d'être obligé de v avec un bavard ignorant et pédant! Je le c nais; il ne résistera pas à cet ennui, il e malade et en mourra à petit feu, » l.

Les Beaux-Arta en Auvergne et à Paris, 18O8-18B0, par M. Gabriel Marc. Un vol. in-i8. Paris, 1889. A. Lemerre.

La tentative est louable, et bon fils; mais, hélas! à peu près vaine. Malgré son généreux effort, M. Gabriel Marc nous fera bien difficilement partager ses illusions au sujet de son pays natal. Même iiprés avoir lu les Beaux- Arts en Auvergne, nous ne pouvons considérer l'Auvergne comme une province d'art privilégiée. Nous regrettons de rester sourd ainsi à la parole de M. Gabriel Marc. Mais le moyen d'aller contre l'évidence ? Aux premières pages du livre — d'ailleurs spirituelles et charmantes — l'auteur rappelle qu'il y a eu dans tous les temps des terres injustement méprisées, calomniées; il compare l'Auvergne et l'antique Béotie, et se plaît à énumérer les témoignages de la fécondité physique à la fois et intellectuelle de l'un et de l'autre pays, très semblables entre eux. Lorsqu'il en vient aux preuves, il peut citer à l'honneur de l'Auvergne hellénique les noms illustres d'Hésiode et de Pandore parmi les poètes, d'Épaminondas et de Pélopidas parmi les guerriers, de Plutarque, à un moindre rang, parmi les moralistes et les historiens. Mais les illustrations de la Béotie française ne sont elles pas vraiment d'ordre secondaire? M. G, Marc lui accorde, un peu complaisamment peut-être, les Troubadours, sans en nommer un seul; mais soit! Ensuite il est forcé de franchir trois ou quatre siècles pour rencontrer Chamfort, l'homme d'esprit par

excellence, certes; mais ensuite, qui:' le bon abbé Delille représentant la Poésie ; — et puis? M. de Barante représentant l'Histoire; — et enfin? deux peintres représentant les Arts : un pâle et sage disciple de David, k' classique Guérin, l'un des trois G; Gérard, Girodet, et ce Gué- Hn dont l'enseignement fut supérieur au talent et qui fit plus d'élèves que d'œuvres remarquables. Le second de ces artistes est Marilhat, qui eut la bonne fortune d'être un ] peintres orientalistes; mais dont on a vite fait de prendre la mesure. Eh bien, depuis vingt ans, M, Gabriel Marc, rendant compte des Salons annuels, y cherche vainement par triotes un nom d'artiste vivant qu'il puisse placer au rang des précédents; s'il trouve quelque peintre des sévères beautés de l'Auvergne dont le talent s'élève au-dessus delà commune moyenne, l'ironie du destin le désigne entre les Parisiens de Paris, comme le vaillant et sincère paysagiste Jean Desbrosses, ou l'ami dont il fut le cher et dévoué disciple, Chintreuil, le doux maîire des

— La cause dont M. Gabriel Marc s'est bénévolement chargé était trop inijrate pour être gagnée; mais il la plaide avec tant de verve, d'esprit et de chaleur en ce livre, son talent est si vibrant de l'amour du sol natal, que les Beaujr~ Artsen Auvergne, cette dernière œuvre du poète des Poèmes d'Auvergne et du conteur de Liandelte, Contes du pays nafui, pourrait bien être en soi le meilleur argument de la thèse soutenue par ce critique érudît et lettré.

nue

L'océan Pacifique, par C. de Vabicnv. Un vol. Jn- rC, Paris, 1888. Hachette et C éditeurs, — Priv : 3 fr. So.

L'ouvrage de M. de Varigny est d'une lecture très attachante, il chartne et il instruit, il amuse et il évoque, par la peinture de ces pays lointains et des races qui les peuplent, ou mieux qui les peuplaient, caria colonisation européenne les refoule et les détruit graduellement. M. de Vnrigny connaît à merveille le continent australien et les milliers d'îles semées, ou plutôt poussées n\i milieu des flots de l'océan Paciflque. Il en parle en naturaliste, en géographe, en économiste et en artiste. On peut faire ample provision d'idées en lisant ce livre copieux, de prés de quatre cents pages dont pas une n'est superflue.

L'ouvrage comprend deux parties, la première nous lait connaître les archipels du Pacifique : les Fiji, Touga, Pitcairn, Norfolk, les îles Banks, les Pomothou, les Marquises, Tahiti, la Nouvelle-Calédonie, l'Australie et la Nouvelle-Zélande; puis l'archipel d'Asie, Java, Sumatra, l'île d'Or, Bornéo, les Célèbes, l'archipel des Philippines, etc., etc., enfin l'océan Pacifique du Nord et l'nrchipel HavaïeW ou des Sandwich.

La seconde partie est consacrée à la Californie, à l'histoire des placers et de l'immigration des Français chercheurs d'or. Très curieuses et caraciiiristiques les biographies de ces spéculateurs comme Henry Meiggs, de ces banquiers comme Ralston, le fondateur de la fameuse Bank of California.

M. de Varigny a étudié de près et avec une patriotique attention le mode d'établissement et d'administration de nos colonies échelonnées dans l'océan Pacifique.

Les critiques qu'il adresse à notre système paraissent trop bien fondées, et l'abus du fonctionnarisme qu'il signale est une plaie que, non contL;nts d'entretenir et d'élargir dans la métropole.

nous avons étendue sur toutes nos possessions

Une carte très claire de l'océan Pacifique, des continents qu'il baigne et des îles qu'il enveloppe complète le volume.

Mille traits de mœurs de ces populations que nous qualifions dédaigneusement de sauvages donnent du piquant au récit du voyageur; nous n'apprenons pas moins de choses intéressantes sur l'homme, et de choses propres à modifier nos préjugés, que sur le régime de formation dw terres nouvelles et le perpétuel enfantement des forces sous-marines.

Le livre de M. de Varigny se distingue, par le sérieux scientifique et le grand mérite du style, de la presque totalité des récits de voyage qui abondent davantage de mois en mois, et ne sont le plus souvent que les notes hâtives d'un touriste qui fait le tour du monde en moins de quatre-vingts jours et n'aperçoit par conséquent qu'un aspect superficiel des êtres et des choses. Ici l'œuvre a du fonds, elle inspire confiance, . l'auteur a de l'autorité. p. t-

Répertoire archéologique de rarrondisaement de Vendfime par G. Launay. Typographie Le mercier.

Nous signalons cet ouvrage comme un modèle qui devrait être partout suivi. Sans fracas ni prétention, avec la simplicité d'une science qui sait cependant éviter la sécheresse, M. Launay a décrit toutes les communes de l'arrondissement de Vendôme, un des plus pittoresques de France et des plus riches en vestiges des temps passés.

Cet ouvrage a obtenu une médaille d'argent au concours des sociétés savantes à la Sorbonne. Mais le gouvernement devrait prendre l'initiative d'une pareille étude pour tous nos départements. Elle compléterait merveilleusement le grand inventaire des richesses d'art de la France.

Sëi»*-

SCIENCES Philosophie — Morale —

Principes de philosophie morale, suivis d'éclaircissements et d'extraits de lecture y par Jules Thomas, professeur agrégé de philosophie au lycée d'Annecy. Un vol. in-8*; Paris, Félix Alcan; 1890. — Prix : 3 fr. 5o.

Les Principes sont exposés conformément aux programmes de l'enseignement secondaire spécial (6" année), de l'enseignement secondaire des jeunes filles (4* année) et des écoles normales primaires (2" année). La doctrine présentée est celle de l'école criticiste, l'école de Kant, l'école de M. Renouvier; c'est la morale de l'impératif catégorique et des postulats.

M. Thomas a distribué ses leçons en trois livres : Les principes de la morale, les principes du droit, les principes de la religion naturelle.

L'irréductibilité des faits psychiques et moraux nettement établie, il traite de la liberté qui n'est ni un fait, ni un théorème, des conditions, limites et degrés de la responsabilité, de la personnalité, des fins de l'activité, du devoir enfin.

Puis, viennent les leçons touchant la dignité

humaine, fondement de tout devoir, sur la justice et la charité, l'esclavage, la propriété, la famille, l'État.

Des leçons encore sur les sanctions, sur l'existence de Dieu, sur l'immortalité de l'âme.

C'est à M. Renouvier, à M. Fillon, aussi à MM. Vacherot, Huxley, Taine, Tyndall, Jules Simon, Ravaisson, Boutroux, Duruy, Levisse, Renan, SuUy-Prudhomme, aussi à Platon, Aristote, Descartes, Pascal, Leibniz, Kant, Benjamin Constant, Lequier, Fustel de Coulanges, qu'il emprunte, pour éclaircissements, des passages de leurs œuvres.

Nous avons trop souvent déclaré professer le criticisme, pour oser faire du livre de M. Thomas tout l'éloge qu*il mérite certainement, mais, question de doctrine mise à part, peu de cours de philosophie morale sont poursuivis avec une pareille dépense de talent; les difficultés et les problèmes ne sont pas esquissés, les leçons s'adressant à des intelligences déjà ouvertes, et l'exposition des principes est, du commencement à la fin, d'une clarté parfaite. f. g.

QUESTIONS POLITIQUES ET SOCIALES

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L'Année financière (septième année) . Histoire des événements financiers de 1888, par

Louis Reynaud. Un vol. in- 18. Paris, 1889. Chevalier-Marescq et C*.

Encouragé par le succès, M. Louis Reynaud vient d'ajouter un septième chapitre à l'histoire annuelle de nos finances dont il a commencé la publication par l'année 1882. Or, la condition absolue du succès dans une entreprise de cette sorte, c'est que l'auteur soit, pour ainsi dire, absent de son œuvre. Celle-ci doit être une collection très complète de documents exacts, que Ton puisse consulter, sans craindre d'y rencontrer des opinions, des jugements, des prévisions qui n'échapperaient pas au soupçon d'une partiaite mspirée par un intérêt de spéculation. Des

pièces officielles et des chiffres, le public d'un tel livre n'exige rien de plus. Le rôle de l'auteur consiste à choisir les événements financiers dont le souvenir mérite d'être conservé et à les classer avec méthode. M. Louis Reynaud a adopté une classification tout indiquée en rangeant les matières par ordre d'importance : Finances publiques, chemins de fer, sociétés financières, sociétés de crédit, sociétés hypothécaires, sociétés étrangères, valeurs industrielles, sociétés en débâcle, parmi lesquelles, hélas i Panama et le Comptoir d'escompte), canaux, Compagnies d'assurances, enfin un dernier chapitre est consacré aux documents divers qui n'ont pu trouver place sous les autres rubriques, comme le rendement des impôts, le commerce extérieur, les Caisses d'épargne, les achats et vente de rentes,

un lableau flomparaiîf des cours, les émissions, les sociétés en faillite, les dividendes distribués, et, finalement, le tewe do projet d'impôt sur le revenu, — L'Année financière de M. Louis Reynaudsera souvent feuilletée parunpublicconiposé des ek-ments les plus divers et en particulier par nos hommes d'Etat, députés et sénateurs. Puissent-ils y apprendre par l'étude du passé le secret de nous faire de bonnes finances dans l'avenir, puisque ce secret est en même temps celui d'une bonne politique, s'il faut en croire un mot célèbre. E. c.

Les populationB agricoles de la France.

M. II. Baudrîllart poursuit, à la librairie Guillaumin, ses études sur les populations agricoles de la France, dont le premier volume, consacré à la Normandie et à la Bretagne, a été si

Le Maine, l'Anjou, la Touraine, le Poitou et, revenant au Nord, la Flandre, l'Artois, la Picardie et l'Ile-de-France sont les provinces étudiées dans ce volume. L'ouvrage se continuera, et M. Baudrillart est homme à tenir sa parole; mais il forme déjà un tout complet, comprenant le Nord-Ouest de la France.

Ce n'est pas de son fauteuil, ou de l'inte'rieur des bibliothèques, maïs sur place, voyageant à pied ou en modeste carriole que le savant et consciencieux membre de l'Institut a accompli l'enquête dont l'avaient chargé ses collègues. Consultant les intéressés, faisant causer petits et grand£,, petits surtout, voyant tout de ses yeux qui savent voir, M. Baudrillart s'est visiblement passionné pour cette passionnante élude du fond véritable de notre pays. Plus on connaît notre France et plus on l'aime. Nulle part on ne saurait rencontrer nature plus aimable, nulle part non plu» :aractère plus franc. L'ouvrier agricole, vingt millions de Français, a été critiqué, calomnié par des politiciens atteints de fièvre urbaine ou par de» romanciers qui parlaient de choses qu'ils ne connaissaient point. M. Baudrillart fait ÎUklicc, non par des phrases mais par des faits, du c(.-« ullégntions mensongères, et nous sommes liv'irv'iK de répéter avec lui que les populations rur;'k'« de la France sont de bonnes populations.

On «iiit pal à pas ce livre, géographie morale «I éçM%>im'n\ii<:, avec un intérêt soutenu. Ce qui ÉUiMH: Il plu* c'est l'absence de répétitions. On êiitint l'U ctoire que la limitation du cadre eut lëtnanî Hiuvcm les mêmes tableaux, et il n'en «M tiun. Oiuquc province française a si bien sa i.Uyiiitii'iitii': propre quede la Bretagne au Maine, ijii Muifi'-. h la Tourninc, les aspects de la nature,

la physionomie des hommes, l'expression des mœurs, sont variés. Et tout se fond cependant dans cet ensemble harmonieux qui constitue la Patrie.

Nous ne suivrons pas l'auteur dans les détails de son enquête agricole, renvoyant à l'ouvrage lui-même. 11 se contente modestement de l'épigraphe « Passé et Présent «, semblant vouloir se de'fendre de prévoir l'avenir. Il ressort cependant de ses observation, d'une façon assez claire et assez philosophique. Trop longtemps les propriétaires du sol se sont désintéressés de leurs terres ; des nécessités financières, plus fortes que la paresse ou les préjugés, les y ramèneront. La grande propriété deviendra de plus en plus une exception et la France sera partagée en petites propriétés et en moyennes. Les petites continueront à fructifier entre les mains du paysan propriétaire. Les moyennes, dont l'étendue variera de 5o à i5o hectares suivant les régions et les cultures, ne seront plus louées à ferme comme aujourd'hui mais cultivées, au grand profit de la fortune et de la moralité publiques, parles proprîétiaires, soit directement à l'aide d'ouvriers agricoles, soit de préférence par l'excellent système du métayage. De pareils progrès se font sans doute par la force des choses ; mais des livres comme celui-ci sont aussi faits pour y aider.

L'Ouvrier. — La vie de famille. — L'ouvrier logé ckej lui. — Accession à la propriété, par

Ch. Bertheau, docteur en droit, substitue du procureur général à Dijon. Ouvrage couronné par l'Académie des Sciences morales et politiques (Concours Bordin] . Un vol. in-S". Paris, A. Chevalier-Marescq, 1889.

Le sujet proposé, qui était « l'amélioration des logements d'ouvriers dans ses rapports avec le rétablissement de l'esprit de famille », a été traité par M. Bertheau de la façon la plus remarquable.

Les sociologistes relèvent, à peu près tous, de l'école utilitaire : ils méconnaissent ce que nous appelons la valeur morale de la personne; et les socialistes subordonnent tous, absolument tous, l'individu à la société, se régissant elle-même ou elle-même subordonnée è l'Église : pour eux, qu'ils l'avouent, ou non, la liberté est le mal. M. Bertheau estime, lui, que l'homme estum personne qui a droit au respect et qui a le devoii de se respecter elle-même; il tient, par suite pour la liberté individuelle, qui n'est pas une fit en soi, mais qui est le moyen pour chacun dt tendre à son plus grand perfectionnement moral.

Dans une première partie de son travail, il re

CRITIQUE LITTÉRAIRE DU MOIS

cherche et signale les causes de la misère morale et matérielle de la population ouvrière des grandes villes. Il ne nie pas, certes, que la grande industrie, source de tant de bienfaits, n'ait été dommageable en quelque manière, mais l'afTaiblissement de l'esprit de famille, mais la disparition de croyances ou d'aspirations un peu relevées et dépassant les besoins de la pure conservation, les désirs légitimes du bienêtre, mais l'émigration des paysans dans les cités avec l'encombrement et le mauvais état des logements, mais l'ivrognerie avec le libertinage, ont fait plus que tout le reste pour déterminer l'état de crise où nous nous trouvons, nous et la plupart des autres pays de l'ancien et du nouveau monde. Les conditions du travail et de la production des richesses ont changé en ce siècle, mais la crise est morale, elle n'est pas économique. Pas de problème à résoudre comme celui de la répartition des richesses, et l'intelligence n'a guère à intervenir ; trop d'utopistes généreux et naïfs ont proposé des plans d'organisation qui devaient assurer le bonheur universel; trop d'ambitieus ont exploité la crédulité des foules, leurs souffrances réelles et leurs passions mauvaises. Le malaise tient, au vrai, au manque de bon vouloir aussi bien de la part de ceux qui possèdent que de celle des déshérités, comme on dit; il tient aux sentiments d'égoïsme chez les uns, aux sentiments de basse envie chez les autres. Abandonnés, les ouvriers s'abandonnent eux-mSmes; la charité est grande, elle est trop grande, il faudrait l'appui moral, comme il faudrait le ressort moral à ceux qu'on soutient d'une façon inintelligente, quand on les soutient.

Comment conjurer la crise ! C'est la question queseposeM. Bertheau dans la deuxième partie. Il y répond: l'amélioration des logements d'ouvriers est, notamment au point de vue du rétablissement de l'esprit de famille, la plus efficace des œuvres philanthropiques. 11 dit alors les tentatives faites et les résultats obtenus, le rôle joué par les gouvernements, les municipalités, les bureaux de bienfaisance, l'intervention des caisses d'épargne et de quelques sociétés de secours mutuels; l'initiative prise par nombre de chefs d'établissements industriels, puis par certaines sociétés coopératives de construction; il rapporte des chiffres, donne plusieurs tableaux. La conclusion, elle est que, s si on regarde à l'amélioration des logements uniquement au point de vue hygiénique, tous les systèmes sont bons, qui tendent à combattre ou à prévenir l'insalubrité et l'encombrement », mais que si on se propose de rendre possible aux ouvriers la possession d'un home, la jouissance des joies de la famille, un seul

système est alors à préconiser, le systémi; mulhousien.

Les voies et moyens pour l'application de ce système sout édudiés dans la dernière partie. Résumons-ta : l'initiative doit appartenir au\ associations, aux ouvriers eux-mêmes; très limité, le rôle de l'État ; il n'a qu'à faciliter le groupement de toutes les bonnes volontés.

Le travail de M, Bertheau est pour lus provoquer. Nous le recommandons. f. g

Los Colonies françaises. Notices illustrées publiées sous la direction de M. Louis Henri- QUE, commissaire spécial de l'Exposition coloniale. — Vol. 1. Colonies de l'océan Indien, comprenant 4 cartes, 120 dessins et 4 fascicules. — Paris, Maison Qu an tin, 7, rue Saint-Benoît. Prix du volume ; 3 fr. 5o. — Prix du fascicule, avec carte : 1 fr.

La Maison Quantin vient de mettre en vente le premier volume d'un ouvrage prûpani- sur l'ordre du sous-secrétaire d'État di^s Colonies par les soins du Commissariat de l'Exposition coloniale de 1889, et intitulé : les Colonies françaises. Cette publication, enrichie de nombreuses gravures inédites et de cartes nouvelles d'une rigoureuse exactitude, nous semble appelée ù un grand et légitime succès; elle comprondra cinq volumes dont le premier est consacré a nos possessions de l'océan Indien, soit , ht Réunion, Mayotte, les Comores, Nossi-Bé, Diego-Suarez, Sainte-Marie de Madagascar, M.idagascar et l'Inde française.

Ce premier volume contient 4 cartes et 120 dessins et se divise en 4 fascicules; chaque fascicule, avec sa carte, se vend séparément.

C'est une description fidèle et attrii vante de nos colonies, la peinture exacte des hiibitanis qui peuplent ces dépendances lointaines de la France, une sorte d'inventaire de nos richesses coloniales.

Le négociant, le voyageur, le colon, y trouveront une source de documents précieux sur le climat, l'alimentation, l'hygiène, le pri\ des denrées, le taux des salaires, les genr>:s dt: culture, les produits et objets d'échange, \cs voies et moyens de transport, le coût des voy^iges. C'est certainement la première fois que tous ces renseignements se trouvent réunis dans des monographies d'une lecture facile et intéressante.

Coïncidant avec l'Exposition coloni.Ue, si curieuse et si complète de l'esplanade des Invalides, cette publication contribuera certuincmcnt au développement de l'esprit colonisateur en France; à ce titre, elle fait honneur à l'Administration

des colonies qui l'a inspirée, au Commissariat de l'Exposition coloniale qui, sous la direction de M. Louis Hcnrique, a mené celte ceuvre à bonne fin, à l'éditeur qui l'a exécutée avec son goût ac-

Les autres volumes, concernant nos possessions d'AiHL-rique, d'Indo-Chîne, de l'océan Pacilique, de l'Afrique continentale, paraîtront très

Les ColoniBEt françaises. Notices illustrées, publiée!! sous la direction de M. Louis Henrique, commissLiire spécial de l'Exposition coloniale. — Vol. II, Colonies de l'Amérique. — Paris, Maison Quantin, 7, rue Saint-Benoît. — Prîï du volume : 3fr. So. — Prix du fascicule, avec c.irte : 1 franc.

Le dL'uxiéme volume des Colonies françaises vient d'être mis en vente par la Maison Quantin.

Co volume nous transporte en plein Atlantique et nous fait visiter tour à tour la Martinique, la Guadeloupe, la Guyane française et les îles Saint-Pierre et Miquelon.

Le légitime succès de cet ouvrage, qui fait grand honneur à l'administration des colonies au Commissaire de l'Exposition coloniale, M. Louis Henrique, et à l'éditeur, va chaque jour en grandissant.

Du traîtement des aliénés dans les lamlUes,

piir Cu. FKaÉ, médecin de Bicètre. Un vol.

in-jr>. Paris, Félix Aican; 1889.— Prix: 2fr.5o.

Que le nombre des aliénés par rapport au chiffre de la population ait augmenté en ce siècle, M. FérJ ne l'affirme pas; il ne le nie pas non plus; son attention s'est portée sur ce fait inconte.'ïtable; l'augmentation du nombre des aliénés assistés, et puisque, autre fait que l'on ne contestL' pas, leur entretien est devenu une charge excessive pour les contribuables, il tente de faire connaître aux contribuables les moyens, d'ailleurs expérimentés, d'abaisser, dans une notable proportion les dépenses efTeciuées de ce clief.

L'isolement, qu'il ne faut pas confondre, expliquc-t-il fort clairement, avec la séquestration, l'isolement, si nécessaire, déclare-t-il, et on peut le croire, à un grand nombre de déments, ne saurait être a.ssuré, il le prouve, dans nos grands établissements publics. Il l'est mal dans les établissements privés. A ne plus parler donc des dépenses occasionnées par le séjour dans les asiles, il serait encore humain de n'y interner que ceux des malades de qui l'état de démence nécessite une surveillance et des soins très spéciaux.

Pour tes autres malades, comment les isoler? Trois modes d'isolement ont été éprouvés, et M. Féré expose, au triple point de vue médical, financier, administratif, les systèmes belge, écossais, américain.

La colonie de Gheel, qu'on avait dite inimitable, a été imitée. Sur le modèle de la vieille colonie établie depuis des siècles en pays flamand, une colonie s'est fondée, il y a moins de cinq ans, dans cette partie de la Belgique qui ne parle que notre langue. La colonie de Lierneux donne déjà d'excellents résultats, et là, chez ceux qui demandent à recevoir et à soigner de pauvres fous, point de traditions, point de dispositions héritées. Les médecins aliénistes connaissent ces colonies; le public les ignore. De pareilles colonies pourraient être établies dans notre propre pays.

Le système écossais, l'isolement dans les habitions privées, et le système américain, l'isolement dans les familles, présentent des avantages et aussi des inconvénients.

Les inconvénients, il n'est pas tout à fait malaisé d'y parer, A l'administration d'imposer aux médecins l'obligation de visiter souvent les malades, d'exiger de ceux qui obtiennent la faculté de les soigner une connaissance suffisante des soins à donner journellement et dans certains cas particuliers. Dans la dernière partie de son travail M. Féré indique précisément quels malades peuvent profiter du traitement familial, à quelle» personnes peut être confiée la tâche, toujours délicate et parfois dangereuse, d'appliquer ce traitement, comment enfin il le faut appliquer.

La Folitiq[ue conservatrice, par M. le M"de Castellane, ancien membre de l'assemblée législative. Paris, Pion, 1889. Un vol. in-S".

M. le marquis de Castellane, n'est pas tendre pour le parti conservateur; et l'ancien maréchal de Castellane ferait certainement la grimace fa lisant le livre de son parent. Pour l'auteur, ce parti n'a cessé depuis i83o de s'émietter, eten s'émiettani il a perdu sa sève. Il ne sait plus ce qu'il veut, encore moins ce qu'il peut. M. le marquis de Castellane pense cependant que cela peut cesser, que cela doit cesser. Le moment, à ses yeux, est venu de donner aux conservateurs li cohésion qui leur manque. La question, telle qu'il la pose, est aujourd'hui de savoir si les radicaux seront les syndics de la République, ce qui perdrait la France; ou si les conservateurs la sauveraient en continuant l'œuvre de 1780, quJi en somme, a été une révolution jusqu'à un certain point conservatrice. « La France de la Re-

CRITIQUE LITTÉRAIRE DU MOIS

volution, dit-il, appartient aux idées conservatrices. Ces idées, il faut les formuler à nouveau, les expliquer, les réaliser. Le malheur estque Ton discutera toujours surle caractère de la révolution,

et que cette révolution qui, pour les uns, est à la fois un commencement et une fin, n'est pour les autres qu'un commencement,

PETITE GAZETTE DU BIBLIOPHILE

Livres de luxe récemment publiés.

La librairie Rouquette préparait depuis une année, sinon davantage, une nouvelle édition du conte ravissant de Vivant-Denon : Point de Lendemain, et notre ami Paul Avril s'escrimait de son mieux dans la cuisine de ses quatorze gravures sur cuivre destinées à éclairer la grâce typographique du texte.

Ce petit livre a enfin été mis en vente il y a tantôt un mois, et nous nous étonnerions fort si son tirage à cinq cents exemplaires n'était déjà entièrement souscrit et épuisé. C'est à vrai dire un livre exquis que celui que vient de publier Rouquette. Paul Avril s'est vraiment surpassé comme gentillesse de composition et comme esprit de gravure, car il a su faire de la gravure personnelle, de la gravure cherchée, truquée, mariée à l'aquatinte et à' la pointe sèche, de cette gravure qui nous est chère et que nous ne cesserons de préconiser, car c'est la seule qui convienne à la vignette et à l'illustration du livre de ce temps.

Ce joli livre, plaquette de 38 pages, est imprimé par Chamerot, sur vergé de format in-8** raisin, et tiré à trois cents exemplaires sur hollande ordinaire ( prix : 3o fr.) ; le reliquat du tirage formant diverses séries de papiers de luxe trop longues à énumérer. L'illustration de Paul Avril comprend un portrait délicieusement entouré à la façon, allégorique, une vignette de titre, deux têtes de chapitre, deux culs-de-lampe et huit sujets gravés placés dans le texte. Il était difficile de faire plus galamment les honneurs de ce livre coquet, qui se trouve ainsi illustré à point avec un art consommé qui charmera évidemment tous les amis des livres, plus difficiles aujourd'hui que naguère. Nous ne pouvons que féliciter M. Rouquette de cette élégante publication qui ne restera pas longtemps dans ses magasins, et nous adressons à Paul Avril des compliments sincères pour sa facture de vignettiste de naissance et son talent travaillé de graveur moderne. Cette réimpression du conte de Vivant-Denon prend la première place dans la suite des éditions successives de cette aventure galante mise en histo-

I riette. Aucune autre, à notre connaissance, ne ! lui peut être comparée.

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Le grand succès obtenu par les Confessions de Rousseau, avec les eaux-fortes d'Hédouin, publiées par la Librairie des Bibliophiles, appelait nécessairement la publication de la Nouvelle Héloïse dans les mêmes conditions, et c'est par des raisons entièrement indépendantes de la volonté de M. Jouaust que ce roman vient seulement aujourd'hui prendre dans sa Petite Bibliothèque artistique la place qui lui était réservée depuis longtemps.

« Nous n'avions pas à hésiter^ dit l'éditeur dans son avant-propos, sur le choix de l'édition qui devait servir à notre réimpression : la première, celle de 1 76 1 , passe à bon droit pour la meilleure ; Rousseau lui-même l'a reconnue comme telle en plus d'une circonstance, et dernièrement encore M. Charavay mettait en vente une lettre de lui adressée à son imprimeur et dans laquelle il dit : « Je ne connais qu'une seule édition de la Nouvelle Héloîse qui soit supportable, c'est la première. »

La bibliothèque de la Chambre des députés possède un manuscrit de la Nouvelle Héloîse^ véritable œuvre de calligraphie, fait par Rousseau pour la maréchale de Luxembourg en 1759-Go, et dans lequel sont intercalés les dessins orignaux de Gravelot. A la même bibliothèque se trouve aussi un curieux exemplaire, malheureusement incomplet, du tome II de l'édition de 1764, portant des corrections de la main de Rousseau, qui a encore écrit au revers du frontispice de Cochin : « Cette édition est pleine de fautes, et je ne doute point que celui qui a revu cet exemplaire n'en ait laissé beaucoup; c'est pourquoi je voudrais qu'on le conférât avec la première édition, qui est la meilleure. »

Le manuscrit de la maréchale de Luxembourg, antérieur à cette première édition que Rousseau déclare la meilleure, présente avec elle de notables différences, et n'a donc pas un grand carac-

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tère d'autorité. Il n'a pas été négligé : dans les passages du texte de 1761, imprimé avec assez peu de soin, qui ont paru fautifs, on a eu recours à Uui, et surtout à l'exemplaire de 1764, corrigé de la main de Rousseau. C'est ainsi un texte aussi exact que possible, n

L'éditeur s'est également conformé, pour le mode de publication, à l'édition originale, en faisant, comme elle, un volume séparé de chacune des six parties.

Il n'a maintenu au bas des pages que les notes figurant dans l'édition originale ; quant à celles qui ont paru dans les éditions suivantes et qui sont, pour la plus grande partie, des traductions des citations en langue étrangère, elles ont été reportées à la fin de chaque partie avec les notes personnelles, très rares, suivies de la mention Éd. entre parenthèses.

Quoique l'intention de M. Jouaust fût de donner, pour la Nouvelle HéloIse,'doaze eaa^i-fones, ainsi que pour les Confessions, il n'a demandé à M. Hédouin que de faire d'abord une composition pour chaque partie. Bien lui en a pris, puisque cette première série de sujets a été terminée lorsque la mort est venue le surprendre. Hédouin a gravé deux planches, et c'est H. Toussaint qui, par la douceur et le charme avec lesquels sa pointe sait caresser le cuivre, a paru digne de continuer l'œuvre du maître regretté.

Quoi qu'il en soit, six planches, mime signées par Hédouin, n'auraient pas été, dans un roman aussi considérable que la Nouvelle Héloïse, un bien grand régal pour les iconophiles. Aussi l'éditeur avait demandé à M. Lalauze de faire pour chaque partie un en-tète et un cul-de-lampe. Conçues et exécutées dans des données toutes différentes, ses compositions ne gênent pas celles de M. Hédouin et ne souffrent pas de leur voisinage ; aussi cette édition, publiée ainsi en six volumes, contenant chacun une planche hors texte et deux gravures imprimées dans le texte, offre aux amateurs une double interprétation de la Nouvelle Héloïse qui en fait une très curieuse et très intéressante publication,

La Nouvelle Hélotse, précédée d'une notice de M. Grand-Carteret, est réimprimée, conformément à l'édition originale, en six volumes. Le premier vient de paraître. Le prix de chaque volume, du format in- 16, imprimé sur papier de Hollande, est de 7 fr. 5o, Il y a aussi des exemplaires en grand papier et sur papiers Whaiman, de Chine et du Japon,

A la même Librairie des Bibliophiles il nous faut signaler parmi la série des Pièces de Molière

publiées séparément. Don Oarcle de Navarre,

cinquième publication de la série ( 1 vol., 5 fr. io}. Mentionnons aussi les Hémoires de Louvet, publiés dans la Bibliothèque des Mémoires relatifs à l'Histoire de France.

Après les Mémoires d' Agrippa d'Aubigné. publiés par Ludovic Lalanne, la Librairie des Bibliophiles fait paraître aujourd'hui les Mémoira de Louvet, si importants pour l'histoire Je la Révolution, si intéressants par leur caractère aoecdotique et romanesque, et dont on n'avaii eu jusqu'ici que des éditions incomplètes. Le texte définitif de ce charmant ouvrage de l'auteur de Faublas a été établi par les soins de M. Aulard, professeur à la Faculté des lettres de Paris, qui l'a rectifié sur plus d'un point de détail, ei l'a augmenté d'une partie inédite d'après le manuscrit conservé à la Bibliothèque naiionalu 11 est peu de lectures plus attrayantes que ces con- , fidences à la fois intimes et politiques du romancier spirituel, de l'amant de LodoTska, devenu membre de la Convention nationale, prosL-rit en 1793, et forcé d'errer sous un déguisement au milieu de vicissitudes tour à tour tragiques et risibles.

Les Mémoires de L^ouvet ÎOTTaern deux volumes du format in- 16 elzévirien, et sont vendus G francs. Il y a aussi des exemplaires sur papier de Hollande, à 1 2 francs, et sur papier de Chine ou papier Whatman, à 20 francs.

La maison Quantin vient de mettre en vente une splendide publication de luxe d'un goût très moderne; il s'agit de Cinq-Hars, par le comte Alfred de Vigny. Édition illustrée de dix eauifortes d'après les compositions de Dawant, etde très nombreux dessins décoratifs d'E. Mas. — 1 vol. grand in-S", tirage à 1,000 exemplaires numérotés. — Prix : 40 francs; 5o exemplaires sur japon, prix : 160 francs.

Cinq-Mars est peut-être le meilleur des romans historiques dont soit dotée notre littérature. Alfred de Vigny a su y encadrer le plus beau et le plus terrible portrait du cardinal de Richelieu qui soit, un Richelieu despote, haineux, tyrannique, organisant le meurtre et l'espionnage, pour mieux asseoir sa redoutable puissance. L'histoire de cette conjuration forme le drame le plus passionnant qui ail jamais été mis au point par un maître écrivain; c'est un ehef-d'œune sans faiblesse où l'historien psychologue se montre à la hauteur du romancier spiritualistc. De Vi^oy a su dessiner avec un art précis et affiné lei figures de Louis XIII, de De Thou et du gra deux fils du maréchal d'Effiat; son portrait dt

CRITIQUE LITTÉRAIRE DU MOIS

tri

père Joseph est saisissant et inoubliable. Uauteur de Stello sait voir de près ses personnages et les faire jouer humainement dans la lumière historique. C'est un réaliste selon Tart et Thistoire. Ce beau livre, qui est demeuré fixé dans la mémoire de tous les lettrés, vient pour la première fois d'être imprimé en une édition digne de Tœuvre et illustré avec un luxe et un goût indiscutable en deux volumes in-8". Les couvertures, tout à fait nouvelles et très originales, sont ornées chacune d'un médaillon : l'un bleuté, Tautre en bistre.

C'est à M. Dawant, le peintre des Émigrants et des Enfants de chœur, que la maison Quantin a confié la tâche de cette grande illustration moitié histoire, moitié fantaisie, et le jeune maître s'est tiré à son honneur des dix grandes compositions qu'il a pu concevoir d'après l'évocation magnifique d'Alfred de Vigny. Il a choisi les sujets capitaux du livre et en a rendu le dramatique avec un talent véritable de metteur en scène et d'exécutant. Ses dix tableaux s'encadrent superbement dans cette édition qu'il était si malaisé de décorer avec une imposante perfection.

C'est M. E. Gaujean qui a gravé ces dix compositions, et l'on ne peut trop admirer cette interprétation d'aqua-fortiste ; c'est le fin du fin, la légèreté de la pointe sèche s'y allie avec la précision et la vigueur du burin. C'est plaisir que de détailler ces dix planches vibrantes d'exécution. Chaque chapitre est en outre ingénieusement décoré d'une tête de page, d'une lettre ornée et d'un cul-de-lampe par Emile Mas, d'après des dessins de Sébastien Leclère.

Ces deux beaux volumes vont faire sensation dans le monde des bibliophiles, et nous pensons, étant donné le petit tirage, qu'ils deviendront avant peu des raretés bibliographiques que les délicats seront fiers de posséder.

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. Les éditeurs Emile Testard et C'« viennent de publier, dans leur superbe édition des Œuvres complètes de Afo/ièr^, illustrées par Jacques Léman, la quinzième pièce : l'Amour médecin. L'importante illustration de V Amour médecin comprend plus de vingt jolies vignettes impri-

mées en taille-douce daus le texte et une grande planche hors texte gravée à l'eau-forte par Géry- Bichard.

Il serait superflu de vanter aujourd'hui le talent si personnel et si consciencieux de M. Jacques Léman. Toutes ses compositions de texte : lettres ornées, en-têtes, culs-de-lampe, sont remarquables par l'ingéniosité de l'arrangement, la pureté du dessin et le charme de la couleur. Il serait difficile, pour ne pas dire impossible, de se montrer à la fois plus spirituel et plus érudit. Le grand titre notamment de cette pièce, avec son merveilleux encadrement, est un chef-d'œuvre.

Il faut citer aussi les dessins si délicats de la Liste des Personnages et du Prologue y et surtout la grande composition hors texte si bien rendue par Géry-Bichard, qui se place désormais au premier rang de nos aqua-fortistes français.

Signalons en terminant l'intéressante préface de M. Anatole de Montaiglon, qui vient encore ajouter à l'attrait de cette magnifique réimpression de l'Amour médecin.

Les éditeurs Emile Testard et C® publieront dans deux mois la seizième pièce : le Misanthrope.

L'ouverture de l'Exposition a donné lieu, comme il fallait s'y attendre, à quantité de publications fort intéressantes. Parmi celles-ci, nous n'en savons pas de meilleure et déplus attachante que celle qui vient d'être mise en vente par M. Ernest Maindron, attaché au secrétariat de l'Institut et chef du service du catalogue de l'Exposition.

Le Champ de Mars, 1751-1889 (L. Baschet, éditeur, 12, rue de l'Abbaye), retrace tous les événements qui ont eu lieu au champ de Mars depuis sa création jusqu'à nos jours. Les documents historiques que M. Ernest Maindron a recueillis à cette occasion sont éclairés par un nombre considérable de reproductions d'estampes. Les revues sous Louis XV et Louis XVI, les expériences aérostatiques et les ascensions célèbres, les fêtes de la Révolution, celles du premier et du second empire, la fête de la Concorde et les ateliers nationaux en 1848, les expositions, les courses de chevaux y sont relatées.

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Sommaire. — Chronique

LiciiBAPiîif.iVE. — Bulletin tes BmLioTiiÈijirES ; Ventes. — Bibliographies. — NOUVELLES f Bibliographie du mois. — Ouvrages signalés de l'itranffCT. — ■n préparation, tant en France qu'en Europe-. — Nouvelles LintHAHH jl/ysi-ef/a^et's. — A TBAVERS JoL'BSiUM FT l'KB[ODirjUKS. — NÉLHoi.oGiE desliommes deh-tlrestt

CH RON I Q U E lï I B L I OGK A P H I Q U E

le triivail de reconstitution nuqucl s'e^t li\ri; Mr.Juli.nn Sharmiin sur Ui bibliothèque de .MiirÎL- Sluarl en Écos-io', L'intOrtt qui s';ittache ii hi timire, si iittrayante et sî inquiétante dans pa comploxitù, lie la victime d'Eliïabelh. double ici celui que lous nos L-Cleurs porti^nt aux livres ut il leur liistûire. Nous avons donc plus d'un motif pour faire connaiire en détail l'ouvrai^e que nous ne pouvions que signaler succinctùmeiit na- Siiérc,

Mr.Julian Sliarmati ;vpris pour épi^iraplie celle phr.iSL- des Ciiricûl^'s de Li J.illdr.Uiin.- de Disraeli, le père de lard [ieaconslield : « 11 y a peu de choses par quoi l'on puisse si bien remonter l'histoire île l'e.sprit humain que par un catalogue méthodique de livres. Chaque li\re, quel que soit son caractère, peut être considère comme une nouvelle expérience faite par l'entendement humain. •• Son ouvrage est vraiment l'illustration de cette vérité.

des livres de .M.irie Stu.irt ne lui ;ipp.irtient pas. puisqu'une partie en avait été publiée par l'archeuioj;ue 'l'homas Thomson dans le.s Mi^ccHt

I. Tlu- I.ibrjrv ij/Mary Queen of Seuls, l'v .lulian Sli;iri.iaii. With ;i" Ihslericiil InlroJueiii.n and a rare l'urtrJil Ql" ih^ Qui:i:n. l.oiiJoa, Hlliot Siack, iSNu ;

oies. Ju MaitlanJ Club en i^iq, et que Joseph Robertson l'avait donné tout entier dans ses Inventaires de Li Roync Descusse, imprimés pour leCmnalyne Club en it;'i3, Mr. Julian Sharraan établit par de solides arguments que le noyau de 1.1 collection avait été ai'porté de France par

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naient de la succession de son royal épou: Franifois II, les reliures en étant frappées au

Avant l'arrivée de Marie, il n'y a poim trace d'uni: bibliothèque roy.ile en Ecosse. Notre biblirigraphe en est quelque peu mortifié. " k une époque, dit-il, où les fondements des plus £;randes collections du continent étaient depuis loniitemps posés, où les bibliothèques dt: Laurent de ftlédicis, du duc d'Urîjio, et les raagniliques collections de Matthias Corvin, roi de Honi^ne, avaient fait Je l'accumulation des livres un sujet d'émulation entre les princes, nulle trace de ce mouvement n'apparaît chez les Écoss.iis, mali;ré leur alliance avec une nation qui. en bibliopnilje, lignait alors le premier rany. ■ — Cet Mors est plus sui;i;estif que flatteur, d -Mr. Sharniaii devrait bien, soit dit en pjssanl, nous l'aire s.ivoir quel r.any cette nation occupe, d'après lui, maintenant.

luette première bibliothèque écossaise, venus de Fr.mce avec Marie Stuart, se trouvait dirisec en deuï punion-. l'une dans le palais de Hol,>-

GAZETTE BIBLIOGRAPHIQUE

rood, et l'autre, la plus importante par la nature et la variété des ouvrages, dans le château d'Edimbourg. Il est probable que, lorsque Marie vint résider au château, en i566, elle y fit transporter les meubles et objets auxquels elle tenait le plus. La précaution n'était pas inutile, car, tandis que, sur l'ordre et avec la participation du régent Murray, les livres du palais étaient enlevés dès novembre iSôg, ceux du château restaient en place, ignorés ou respectés, si bien que le régent Morton les livrait intacts au jeune roi Jacques en mars iSyS.

De là deux inventaires, dressés aux deux époques que nous venons d'indiquer. Le premier,' dont l'original est conservé aux Archives d'Edimbourg (Register House), forme la seconde portion du catalogue dans le livre de Mr. Sharman. Il se termine par la mention de six livres de messe que Murray saisit et livra immédiatement aux flammes, de ses propres mains. Le second, qu'en raison de son intérêt l'éditeur a étudié tout d'abord, se conserve aussi à la Régis* ter House, et a été rédigé à l'avènement de Jacques V.

Que sont devenus tous ces livres de la reine d'Ecosse, qui seraient si précieux aujourd'hui? C'est à peine si l'on en connaît trois ou quatre, dispersés dans les grandes bibliothèques de l'Europe. Le plus célèbre est un exemplaire de la Confessione délia Fede Christiana^ de Théodore de Bèze (?56o;, qui fut donné par Marie à Sir James Melville, son ambassadeur auprès de la cour d'Angleterre, et qui, par conséquent, ne figure pas dans les catalogues imprimés ici. Ce livre, qui porte l'autographe de Melville, et sur ses plats, le nom Maria R. ScotorÏj frappé en or, a été, il y a quelques années, adjugé en vente publique au prix de 145 livres sterling, plus de 3,625 fr. Il fait aujourd'hui partie de la collection où Mr. Guild, de Glasgow, s'efforce de réunir tous les documents et morceaux littéraires relatifs à Marie Stuart. Le British Muséum s'enorgueillit de posséder les Actis and Constitua tionis (Edinburgh, i566), dont la reliure est une merveille. Mr. Sharman penche à croire que l'exemplaire de la Cosmography de Sébastian Munster (i556), conservé à la bibliothèque de Caen dans une reliure aux armes de Diane de Poitiers, est le même que celui qui figure à l'inventaire du château d'Edimbourg; mais on ne peut voir là qu'une ingénieuse supposition. La Bibliothèque impériale de Pétersbourg possède un livre de prières en français et en latin, du XV® siècle, écrit sur vélin, avec arabesques et miniatures. Il porte la mention a ce livre est à moy^ Marie, i554 », et contient des vers com-

posés par elle durant sa captivité. Ce manuscrit est porté non pas dans nos catalogues, mais dans l'inventaire des effets de la reine dressé à Chartley en i586, lorsqu'elle quitta cette prison pour le château de Fotheringay, sa douzième et dernière étape vers l'échafaud. Ajoutons à ces quelques volumes la Cronique de Savoy e (Lyon, G. Paradin, i552) qui faisait partie naguère de la collection J. T. Gibson Craig, fut achetée par le grand libraire Quaritch, et dont Mr. Sharman a désormais perdu la trace (voir : Gibson Craig's Facsimiles of old Book-bin ding, 1882), et un manuscrit. Officia Liturgica, de la bibliothèque d'Ashburnham Place, et Ton aura énuméré tout ce qui reste d'authentique des livres de Marie Stuart.

Non seulement la bibliothèque de Marie fut la première qui ait été fondée par un souverain écossais, mais il n'y avait, avant elle, nulle part en Ecosse, de bibliothèque digne de ce nom. On pourrait croire que les Universités possédaient des collections de livres ayant une valeur scientifique. La vérité est que l'Université d'Edimbourg ne possédait rien ou à peu près, et que celle de St Andrew's n'avait que de pesants traités d'une théologie surannée. Aussi était-ce un véritable bienfait que la reine méditait en faveur de St Andrew's en lui léguant, par un testament que les événements annulèrent, ses livres grecs et latins. Les bibliophiles du monde entier peuvent regretter qu'il n'ait pas eu d'effet, car bien des livres précieux par eux-mêmes et par les souvenirs qui y seraient restés attachés, auraient, sans doute, échappé à la destruction.

La tâche que Mr. Julian Sharman s'est imposée n'est pas simplement d'éditer, avec une élucidation historique, les catalogues manuscrits conservés à la Register House. Il s'est efforcé d'identifier les ouvrages brièvement et grossièrement inventoriés par le scribe écossais, et d'en donner^ chaque fois qu'il était possible, le signalement bibliographique. Il s'est acquitté de ce travail, souvent délicat, à son crédit. La reine possédait des chroniques, des romans de chevalerie, le Plutarque, l'Hippocrate, le Boéce, etc. en français, des livres italiens, et surtout de nombreux volumes, vers ou prose, de ses amis de la Pléiade, sans en exclure celui que la Pléiade éclipsa, Clément Marot. Pour tous ceux-là et d'autres encore, parmi lesquels on peut ranger les classiques grecs et latins, l'identification ne présentait que des difficultés possibles à surmonter; aussi Mr. Sharman les surmonte-t-il presque toujours, et, s'il ne peut atteindre la certitude, il avoue ses hypothèses nettement.

Chemin faisant, il redresse des erreurs ou pro-

■ -Vi

pose des problèmes, comme lorsqu'il met en doute une assertion de Tévêque Montagu (Préface des œuvres de Jacques P', 1616), reproduite par Sanderson en i656 (p. 36), ou lorsqu'il se demande si l'on a jamais songé à faire le relevé des différentes adresses qu'Antoine Vérard prodigue, avec une si amusante fantaisie, à la fin de

ses livres (p. 43).

A propos des Erreurs amoureuses de Pontus de Tyard, Mr. Sharman nous dit que ce poète semble avoir employé le premier une forme poétique « appelée si!(ain, strophe de quatre vers, contenant six rimes sur le même mot. » Quandoque bonus dormitat Humérus. Mr, Sharman, qui n'est pas Homère, nous pardonnera si nous le soupçonnons d'avoir écrit cette phrase bizarre en sommeillant.

Nous n'avons point goût, d'ailleurs, à cette besogne de fault-finding. Au lieu de chercher la petite bête, il sera plus utile de donner ici la liste des ouvrages que Mr, Sharman, malgré sa grande érudition bibliographique, n'a pu reconnaître sous les titres dont le rédacteur écossais les affubla. Nous laissons de côté, bien entendu, les manuscrits, ainsi que les recueils de pièces détachées et autres miscellanées, à propos desquels tout est supposable et rien n'est certain. Voici les mentions des catalogues originaux, qui pourront exercer la sagacité des lecteurs.

The Buik of Hunting.

Mr. Sharman penche à croire qu'il s'agit du livre sur la chasse dû à dame Juliana Berners et imprimé à St Albans en i486.

The Explanatioun of the Charter of Calice. Calice est probablement une forme corrompue

de Calais.

Cronicle of the Empriouris and Kingis of Ausirice. L'éditeur y voit un livre de Nicolaus Schradin : « Cronigk diss Kiergs, gegen dem allerdurchlûchtigisten hem Romschen Konig, als €rt:(hert:( ogen ifu Osterich (Sursee, t5oo). Ce serait le seul livre en langue allemande de la collection.

The Triumphe of P allas.

AneAnswer to the Objectioun of the Protestantis be Regier Brontanis.

Ane Turk Buik oj Paintrie.

AneEpistle to the Quene written in Frenche be Dioiet Sarell.

The Instituiioun of Lentren,

Mr. Sharpman y voit Vltalicœ Grammatices Institutio de Scipio Lentulus (Genève, i568).

The Manuel of Morall Vertewis,

Remonstrance of the Catholick nobilitie to the King,

The Buik of Africt and the Negotiatiounis.

Peut-être le livre attribué à Hirtius, De Bello Africano, qui s'ajoute aux Commentaires de César.

The Institutioun of Patience,

Probablement les Institutions de Pacianus (Paris, i538).

Ce volume, parfaitement imprimé (nous y relevons pourtant une faute d'impression à la première ligne de la page vi : Royue^ pour Royné\ sur beau papier à grandes marges, dans un élégant cartonnage entoilé, est orné d'un portrait peu connu qui sera apprécié des iconographes, et fait grand honneur au savant bibliographe qui l'a composé aussi bien qu'au libraire intelligent et artiste qui l'édite.

Nous retrouvons Marie Stuart et le Château de Fotheringay dans un autre livre également sorti de la maison EUiot Stock et portant la marque d'élégance particulière à cette maison^ Nous n'en parlerons cependant qu'en passant; ce volume devant être à bref délai complété par un autre, il sera préférable d'examiner les deux à là fois. Qu'il nous suffise de dire que cette publication luxueuse n'est tirée qu'à 2 5o exemplaires, et coûtera aux souscripteurs 3 li\Tes i3 shillings 6 pence, soit 90 fr. environ. Les sujets, traités d'une main à la fois érudite et légère, sont, pour ce premier volume : les Outils de la guerre ; la Bonne Reine Berthe ; Bède le Vénérable; saint Hilderferth; l'archevêque Beckel ; le Pèlerin et la Châsse (suite du précédent article); Mary Stuart; le Château de Fotheringay; l'Histoire de l'Armada, i588; le Brasseur et sa Bière; Vieilles Pipes et vieux Fumeurs; Quelques aaciennes Dédicaces d'églises; les Bancs d'église de l'ancien temps; Cuivres et bronzes gravés; les Guildes religieuses ; le Prieuré de Dartford, Kent; les Châteaux normands.

On voit déjà que l'auteur ne manque pas, suivant l'heureuse expression anglaise, de versatility.

L'étude des antiquités du moyen âge sous toutes leurs formes, malgré l'ardeur que, depuis le commencement du siècle, on y apporte de toutes parts, est loin d'être épuisée, et, si les redites y sont trop fréquentes, ce n'est pas faute d'éléments inexplorés ou inconnus. C'est ainsi que, bien que le docteur Giles eût donné, dès 1847,

i.NewStudiesin OldSubjects, byJ. A.Sparvel-Bailf. London, Elliot Stock, 1889; i vol. peu in-8»; 234^-

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GAZETTE BIBLIOGRAPHIQUE

dans les publications de la Caxton Society^ une édition de la Chronique latine de Geofifrey le Baker, de Swinbrook (village du comté d'Oxford), le véritable texte du vieux chroniqueur n'en était pas moins* imparfaitement connu, le docteur Giles n'ayant pas eu recours aux deux manuscrits originaux conservés au British Muséum, et s'étant contenté d'une copie fautive. Mr. Edward Maunde Thompson, bibliothécaire principal du grand dépôt de livres anglais, à donc rendu un service à la science historique en imprimant cette chronique à nouveau '• Il a fait mieux : sans compter le Chroniculum, autre œuvre de le Baker qui n'a pas autrement d'importance, n'étant qu'une sèche énumération d'événements arbitrairement enregistrés depuis la création du monde jusqu'en 1 336-37, il a enrichi la Chronique proprement dite de plus de cent trente pages de « Notes et Illustrations » où s'entassent des trésors d'érudition. Deux cartes, l'une donnant la marche d'Edouard III dans son invasion du 12 juillet au 4 septembre 1346, l'autre celle du Prince-Noir en Languedoc du 5 octobre au 2 décembre i355, et un plan de la bataille de Poitiers, ajoutent au commentaire la clarté de la démonstration graphique. Le volume est terminé par un Index comme on ne dédaigne pas d'en faire en Angleterre, pour la plus grande commodité des travailleurs.

La Chronique de le Baker a été souvent mise à contribution par l'historien John Stow, qui en a traduit plus ou moins fidèlement de longs passages dans ses Annales (édition de i6o5). Mr. Maunde Thompson a pris soin de transcrire les plus importants de ces passages dans ses notes. Les points sur lesquels le vieux chroniqueur des règnes d'Edouard II et d'Edouard III peut être consulté avec le plus de fruit sont : la bataille de Bannockburn; l'invasion de la reine Isabelle, ses intrigues, le renversement et le meurtre d'Edouard II; la chute de Mortimer; la bataille de Halidon Hill; la bataille de Sluys; la marche

d'Edouard III à travers le nord de la France et la bataille de Crécy; la bataille de Neville's Cross; le siège et la prise de Calais; la Peste noire ; la fondation de l'ordre de la Jarretière ; le combat naval contre les Elspagnols à la hauteur de Winchelsea ; le duel de Thomas de la Marche ; la prise du château de Guines; la bataille de Mauron; le combat singulier entre le duc de

1. Chronicon Galfridi le Baker de Swynebroke, edited with Notes, by Edward Maunde Thompson, Hon. LL. D . St Andrews ; Hon. D. C. L. Durham ; F. S. A. Principal Librarian of the British Muséum. Oxford, at the Clarendon PresS) 1889; i vol. in''4*, XVI 1-340 p. Prix : 22 fr. 5o.

BIBL. MOD. — XI

Lancester et Otho de Brunswick; la. marche, plus détaillée que partout ailleurs, du Prince- Noir de Bordeaux à Narbonne et son retour, et enfin la bataille de Poitiers, qui est décrite avec une précision tout à fait remarquable.

Notre histoire nationale n'est donc pas moins intéressée que celle de nos voisins à cette publi* cation. On ne s'étonnera pas de la partialité de l'auteur, qui appelle Philippe de Valois tirannicus Francorum et n'accorde nulle part le titre de roi à Jean le Bon. Rien de plus naturel de la part d'un chroniqueur anglais. Les sources d'information n'en sont pas moins sûres et ses renseignements n'en ont pas moins de valeur.

On a longtemps cru que la Chronique de le Baker n'était, en partie du moins, que la traduction latine d'un ouvrage écrit en français par sir Thomas de la More, dont il existe de nombreuses copies du xvi« siècle sous ce titre : Vita et Mors Edwardi secundi^ Gallice conscrîpta a generosissimo milite, Thomas de la Moore, » et dont on a deux éditions, l'une donnée par Camden en i6o3, et l'autre par William Stubbs dans les Chrônicles of the Reigns oj Edward I and Edward H {Rolls Séries). Mr. Thompson a de bonnes raisons de croire que Thomas de la Moore ou de la More, qui fut le protecteur de Geofifrey le Baker, a simplement fourni au chroniqueur une relation de la mort d'Edouard II, dont il avait été témoin, et que le Vita et Mors Edwardi secundi connu sous son nom est, au contraire, traduit et abrégé du texte original de le Baker.

Typographiquement, ce volume est fort beau et d'une parfaite exécution.

D'un intérêt plus moderne et plus général est la seconde partie des essais que sir John Lubbock a réunis sous* le titre de The Pleasures of life « Les Plaisirs de la vie ^K Nous avons annoncé, lors de son apparition, le premier volume, faisant ressortir tout ce que ces pages alertes et familières' contiennent de spirituel bon sens et d'enseignenient d'autant plus salutaire qu'il est sans prétention.

Dans une courte préface, l'auteur se défend contre deux reproches : l'excès d'optimisme et l'abus des citations. Il admet volontiers ce der-

The Pleasures of life. Part II. By Sir John Lubbock, Bart., M. P., F. R. S., LL. D., Vice-Chairman of the London County Council, Principal of the London Working-Hen^s Collège, and Président of the London Chamber of Commerce. London, Macmillan and C*, 1889; I vol. petit in-8», vu 1-280 p. Prix: 4 fr. 35.

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nier, mais II le tourne en compliment. Il n'a, en effet, voulu que procurer aux autres le plaisir et les consolations qu'il avait rencontrés lui-même dans la lecture des penseurs et des poètes qu'il aime à citer. Son but est atteint autant qu'il peut l'être; les quatorze éditions du premier volume et les trois que le second a déjà eues, du mois d'avril au mois de juin de cette année, en sont une preuve sans réplique.

Quant à son optimisme, qui vient, au dire des critiques, fie ce que sa vie a été une suite exceptionnelle de bonnes chances et de succès, Sir John Lubbock fait très judicieusement remarquer que, s'il a été très heureux, il est tout naturel qu'il se plaise à parler du bonheur, et que d'ailleurs il a reçu, comme tout le monde, sa part d'L-preuves et de chagrins.

Pour nous, une figure souriante est préférable au rictus ds l'ironie et au regard farouche du désespoir. Si les pessimistes voulaient nous faire une grâce, après avoir bien détaillé toutes les affres de l'existence, ce serait de s'en retirer. Cela vaudrait mieux que de s'évertuer plus longtemps à empoisonner les joies de ceux qui, sentant le bien de vivre, croient naïvement que la vie est un bien, Nous avons horreur de ces tristes sires qui, parce qu'ils sont dégoûtés d'eux-mêmes, veulent nous empêcher de penser et de dire avec

1» pon. ,

Oui, la Terre eat joyeuse, et douce et maternelle; Oui, je suis son enfant, j'ai foi, j'eipère en elle ; Je vaux dam son giron trouver mon paradis.

Voici les sujets traités par Sir John Lubbock dans ce bon et sain volume, auquel s'appliquent tous les éloges que nous avons donnés à son aîné : l'ambition; la richesse; la santé; l'amour; l'art; la poésie; la musique; les beautés de la nature; les épreuves de la vie ; le travail et le repos ; la religion; l'espoir dans le progrès; la destinée de l'homme.

En achevant la lecture de ces pages attrayantes, on arrive forcément à la conclusion que celui-là qui a su goûter et apprécier noblement, pleinement, selon ses besoins et ses facultés, sans jalousie et sans haine, les plaisirs de la vie, est le seul qui sache, quand l'heure est venue, la quit- ^t sans effroi.

Pour éire simples et modestes, les joies que les paysans trouvent dans l'existence, si dure et ai laborieuse qu'ils la mènent, n'en sont pas

moins vives et profondes. Vivre, c'est encore ce qu'on a trouvé de mieux ici-bas, tel est leur sentiment. Il ne faut pas demeurer longtemps au milieu d'eux pour en être assuré, et, à défaut d'expérience personnelle, il suf&t de lire les ouvrages où des observateurs à l'esprit ouvert et sympathique ont consigné leurs observations. Tel est le livre que M"* Caterina Pigorini-Beri vient de publier chez l'éditeur Lapi, de Città di Castello '.

Elle y expose, sous une forme anecdotiquc, vivante, et, toutes les fois qu'elle le peut, dans le langage même de ceux qu'elle peint, les coutumes, les légendes, les superstitions, tout ce que les Anglais comprennent dans le terme si heureusement trouvé par l'ancien directeur de Notes and Queries, Mr. Thom , le Folk-Lore, des paysans des Marches romaines.

Les noces ; la religion et la médecine — réunies ici dans le même chapitre comme elles le sont dans les esprits de tous les primitifs; — les proverbes et les locutions proverbiales; les contes, satires, devinatlles et chants populaires; la scampanata, charivari mystérieux et nocturne dont sont assaillis les veufs ou veuves qui reconvolent; la métive; les vendanges; la veille de Noôl; les cérémonies de la mort et de la naissance, sont passés en revue par M"" Pigorini-Beri avec une abondance de détails et une vivacité de style qui font de la lecture de son livre la plus instructive des récréations ou ie plus récréatif des enseigne- Un dernier chapitre donné en appendice, sous le titre / tatuagi sacri e pro/anî délia Santa Casa di Loreto, traite des tatouages dont les populations des Marches ont l'habitude de se marquer certaines parties du corps en l'honneur de Notre* Dame de Lorette, ou dans quelque autre but de superstition. Ces signes ont été recueillis avec soin par l'auteur et fidèlement reproduits, dans leur grossièreté naïve, en douze planches qui ne contiennent pas moins de cent trois figures, y compris celle de l'instrument à l'aide duquel ces tatouages s'exécutent.

Ajouter un index à cet intéressant et utile travail, serait une vraie bonne oeuvre. Quand on n'épargne rien pour faire une belle lanterne, comment se fait-U qu'on oublie de l'éclairer^ B,-H. Gai;sseron.

I. Caterina Pigorini-Beri. Coatumi e Supertli^ioni dell'Appenmno Marehigiano. Ciili di Castello, S. Lapi, 1889 ; 1 vol. in-8', ivi-Sot p. et m planche*. PriirSfr. 5o.

La Bibliothèque nationale. — D'nprL's un rapport que vient de publier l'iidniinistratcur général de la Bibliothèque nationale, cet L-tablissement possède aujourd'hui, avec les dernières acquisitions inscrites au répertoire, i, 078,000 TOîumes, tandis que le British Muséum dJpasse è peine le million. Les autres bibliothèques les plus importantes sont celles de Munich, qui a environ 800,000 volumes; de Berlin, qui en a 700,000; de Dresde, Soo.ooo, et de Vienne, 3oo,ooo. La bibliothèque du Vatican n'a que 3o,ooo volumes, mais elle possède en outre i5.ooo manuscrits d'un intérêt considérable.

Il faut désormais ajouter aux richesses de notre grande Bibliothèque les derniers manuicrits de V. Hugo qui, suivant le vceu du poète, viennent d'y être dépo5és par ses g>:écuteurs testamentaires.

— En attendant l'achèvement du catalogue géne'ral, dont la rédaction avance lentement, l'administration fait établir, pour faciliter les recherches, un catalogue de tous les ouvrages bibliographiques, avec un classement méibodique par ordre de matières pour les bibliographies spéciales.

La Bibliographie à l'Académie de médrcine. — Dans la séance du 24 septembre, à propos de la découverte faite par le D' Pagel, de la Bibliothèque royale de Berlin, du manuscrit en latin d'un ouvrage sur l'unatomie écrit en r 304, par Henri de Mondeville, chirurgien de Philippe le Bel, M. Corlieu a fait l'histoire de divers manuscrits liHenri de Mondeville que possède la Bibliothèque nationale Je Paris.

CaUlogu des dernier des nu-inus

ils de Grenoble.— L'un is du Catalogue général nthèques publiques de

i départomcn-

Franee est le tome Vil de !a taie (Paris, librairie Pion. iS 8o3 p.). Ce volume, consacré ii la bibliothèque de Grenoble, mérite d'être particulièrement signalé, aussi bien pour l'intérêt des 2,08g manuscrits dont il contient la notice que pour le soin avec lequel il a été composé. L'histoire de la collection a été très complètement et très exactement retracée dans l'introduction par M, Paul Fournier, à qui nous devons, en outre, la notice des manuscrits antérieurs au milieu du xvi' siècle. Les autres notices ont été rédigées par M. Maignien, conservateur de la bibliothèque, et par M. Prudhomme, archiviste du dépar l'fsère.

Les Manuicrits de Fabri de Peiresc. — On lit dans le Bulletin des bibliophiles : M. Henri Omont, en tête de sa notice sur/fj Manuscrits et les Livres annotés de Fabri de /"firesc (Toulouse, Edouard Privât, gr. in-S", 27 p.). rappelle que la bibliothèque de l'illustre conseiller au parlement de Provence comptait plus de 5,ooo volumes, parmi lesquels devaient se trouver environ 200 manuscrits. Le plus grand nombre de ces manuscrits fut acheté par Gabriel Naudé pour Mazarin, et entra, en 1G68, dans la bibliothèque du roi avec les autres manuscrits du cardinal. Le savant paléographe nous donne, dans sa brochure : i''!a liste des manuscrits de Peiresc, au nombre de i52; la liste des livres imprimés annotés de la main de l.'éminent bibliophile, au nombre de 44, et, à l'appendice, deux notes de la main de ce dernier tirées, l'une, des papiers de Libri, n que M. Delisle vient de faire si heureusement rentrer en France », l'autre, du registre II de la collection des papiers de Peiresc, conservés en la bibliothèque de Carpentras, notes qui ajoutent de remarquables témoignages 0 aux témoignages déjà connus « de sa libéralité. L'excellent travail de M. Omont sera utilement rapproché, par les travailleurs, de la mémorable no*

lice dû M. Delisle sur Un grand Amateur français du xvu" siècle.-

T. a Bibliothèque de la grande Chartreuse. — M. Paul Fourniera récemment publié, en une brochuri; à part (Grenoble, 82 p.), une Notice sur la Bibliothèque de la grande Chartreuse au mnj'eii âf^e, suivie d'un Catalogue de cette Bibliothèque au xv siècle, qui avait primitivement paru dans k- Bulletin de l'Académie delphinale.

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Allemagne. — Musée Bismarck. — Les jour-

sée Bismarck, dont l'inauguration aurait lieu le 1" avril prochain, A cette date le chancelier entrera dans sa soixante-seizième année. Ce musée contiendra une bibliothèque et une iconographie compliiie de tout ce qui a paru sur le chancelier, ainsi qu'une collection d'objets industriels auxquels on a attaché le nom de Bismarck.

Un répertoire biographique des libraires d'Allemagne. — Sous ce titre : Biographiiches Lexikon des Deuischen Buchhandels der Gegenwart, MM. Karl Fr. Pfau et Hugo Rosch ont entrepris un (iiciiounaire où seront enregistrées toutes les maisons de librairies d'Allemagne, d'Autriche et de Suisse, avec leur historique, la biographie de leurs propriétaires, patrons ou associés, l'indication des principaux ouvrages publiés par elles, et des détails sur les auteurs importants dont elles ont édité des œuvres. L'époque contemporaine sera traitée le plus complètement possible; mais une part sera faite au passé ainsi qu'aux pays de langue étrangère. La première livraison que l'éditeur, M. Friedrich Pfau, vient de nous envoyer ne laisse aucun doute sur la maniùri; satisfaisante dont ce programme sera rempli. Les auteurs se sont entourés de tous les matériaux utiles et puisent directement aux sources originales. Nous ne ferons qu'une légère réserve : les portraits dont on a eu l'heureuse idée d'enrichir les articles biographiques, ne sont pas toujours d'une parfaite netteté d'exécution. Les profjrés des arts graphiques permettent de montrer aujourd'hui, à cet égard, une exigence qu'on n'aurait pas eue il y a vingt ans pour une publication à bon marché comme celle-ci. La livraison ne coûte en effet que 3o pfennig, et comme l'ouvrage comprendra de douze à quinze livraisons, le prix n'en sera que de 6 à 7 marks "et demi, soit de y fr. 3o à 1 1 fr. ao.

Echos de la vente Carlo Morbio, à Leipjig. - La Bibliothèque publique de Berlin a acquis à cette vente deux manuscrits importants : l'un contient le commentaire Super Matkeum, de Remigius. et date du y* ou du xi* siècle. On ne connaissait qu'une copie de cet ouvrage, écrite au x\T siècle, et encore cette copie est-elle aujourd'hui perdue. L'autre se compose des commentaires d'Eustathe et d'autres commentaires sur VÉthique d'Aristote. Il date du xv* siècle, L'Académie de Berlin, qui prépare une édition des commentaires d'Aristote, y trouvera des éléments inattendus pour son travail.

A la même vente, l'Université de Halle a acheté 400 manuscrits sur parchemin, quelquesuns remontant au x» siècle, qui intéressent l'histoire de l'Allemagne et de l'Autriche.

Entin la Bibliothèque des Juristes, de Leipzig, s'est fait adjuger plusieurs manuscrits italiens d'un intérêt spécial pour l'histoire du droit en Allemagtie.

En Italie, la Bibliothèque Braidense, de Milan, a acquis 106 manuscrits relatifs à l'histoire de la Lombardie,dont le plus précieux est le Co~ dice délia Cronaca di OttoneMorena, du xiv" siècle, dont laffé s'est servi dans les Monumenia Germani<e hislorica .Elle a acheté, en outre, quantité d'opuscules, statuts, manifestes, guides, feuilles volantes, imprimés se rapportant & l'histoire de la Lombardie et de Milan ta particulier.

Angleterre. — Manuscrits récemment entrés au Musée britannique. — M, L. Delisle fournit à la Bibliothèque de l'École des chartes une note à laquelle nous empruntons ce qui suit :

L'administration du Musée britannique vient de publier en un gros volume le catalogue des manuscrits, des chartes et rouleaux, des sceaux et des papyrus qui sont entrés dans les collections de cet établissement pendant les années 1881-1887: Catalogue of Additions to the Manuscripts in the Brttish Muséum in the years MDCCCLXXXlI-MDCCCLXXXVII[LonàoJi, 1889, in-8"). Ce volume a été rédigé sous la directiondeMr. E. Maunde Thompson, aujourd'hui directeur du Musée britannique, et sous celle d« Mr. Ed. J. L. Scott, qui a succédé en 18881 Mr. Thompson dans la charge de conservateur des manuscrits.

Les 383 premières pages sont remplies par la notice des manuscrits, chartes, etc., suivant l'ordre des cotes qui leur ont été assignées dam les séries dos manuscrits additionnels, des chartet additionnelles, des sceaux, des papyrus et du fonds Egerton.

GAZETTE BIBLIOGRAPHIQUE

Cette notice comprend 2,026 manuscrits, sans compter les papyrus, les chartes, les rouleaux et les sceaux. Il convient de signaler la correspondance relative aux affaires d'Ecosse, principalement pendant les années i532-i545, qui vient de la collection Hamilton (n^* 32646-32657), et un volumineux recueil de papiers d'Etat, donné par le comte de Chichester : ce dernier recueil (n<" 32679 ^t suiv.) consiste en 648 volumes dans lesquels on a classé, entre autres pièces, la correspondance du duc de Newcastle,qui fut ministre d'Etat pendant quarante-neuf ans, sous les règnes de Georges I", Georges II et Georges III, et qui mourut en 1768. Il y a là beaucoup de documents précieux pour notre histoire du xviii* siècle. Le catalogue proprement dit n'en donne pas le détail; mais les noms des signataires des innombrables lettres de cette collection ont été très soigneusement relevés dans la table alphabétique qui termine le volume et qui ne remplit pas moins de 767 pages. C'est ainsi, pour ne citer qu'un exemple, qu'on y trouvera, au mot Fleury, l'indication d'une centaine de lettres du cardinal de Fleury.

Cette table alphabétique, dont les proportions sont eflrayantes, se fait remarquer par le soin qu'on a pris de bien identifier les noms de lieux et de personnes.

L Association des Bibliothécaires du Royaume- Uni» — La « Library Association of the United Kingdom » a tenu son congrès annuel au commencement d'octobre , à Londres. C'est le douzième meeting de l'Association. L'année prochaine il se tiendra à Reading. Quelques changements administratifs ont été décidés à la troisième et dernière séance du Congrès. Mr. Maunde Thompson, bibliothécaire principal du British Muséum, a été élu président, et la souscription annuelle a été portée à une guinée, au lieu d'une demi-f;uinée qu'elle était auparavant. De même la souscription à vie est désormais de quinze guinées au lieu de huit.

Parmi les travaux qui ont été lus en séances, nous signalerons tout spécialement une étude, par le D' Garnett, du British Muséum, On some Colophons of the Early Printers, pleine de détails oubliés et curieux. On sait que les bibliographes anglais appellent Coîophon la mention mise par l'imprimeur à la fin de son livre, et où il donne, en termes plus ou moins originaux, son adresse et la date de l'impression.

Citons encore un travail de Mr. John Taylor, de Bristol, sur le Monastic Scriptorium, et un projet de Mr. Hutton bibliothécaire de la Gladstone Library, tendant à remplacer les termes in-folio,

in-4°, in-8°, etc., qui ne répondent pluà à la réalité, par les lettres de l'alphabet. Convention pour convention, la vieille, qui a toujours sa raison d'être pour les livres anciens, nous semble aussibonne que celle que propose Mr. Hutton pour les nouveaux.

La Bibliographie de Ruskin. — Mr. Thomas J.( Wise est l'auteur d'une Bibliography ofthe Writings in Prose and Verse of John Ruskin, le si célèbre critique d'art anglais. Cette œuvre, publiée avec le plus grand luxe, n'est tirée qu'à 2 5o exemplaires, tous souscrits. La première partie, qui a récemment paru, fait bien augurer de l'ensemble du travail. Ce sera un monument bibliographique et typographique à la

fois.

WN«VMS/«^MMA^«

Autriche. — Le libraire-éditeur Ch. D. Lippe, à Vienne , nous donne * un Bibliographisches Lexicon der gésammten Literatur der Gegen» warty qui comprend les années 1 880-1 889. Le second volume, qui vient de paraître, renferme les années 1 887-1 889 en 19 pages. La bibliographie commence par Abarbanel et s'arrête à Mgale- Tmurin,

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