‹ Le livre (volume 4)Chapitre 121 sur 129 · TV · texte numérisé non relu

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trer fortement timoré pour innover avec l'hypothèse anxieuse de manquer une affaire.

Somme toute, des publications comme le Boileau et le Tolla de la maison Hachette, comme le Polyeucte de Mame et fils, et comme le Paris et le Tunis de la maison Quantin, sont des œuvres dignes de respect et de sympathie, car ces cinq gros volumes représentent à eux seuls plus de six cent mille francs d'aventurés pour la satisfaction des amateurs de beaux livres; et j'aime à croire que ceux qui font la moue sont en minorité, qu'ils forment un groupe aussi restreint que celui de ces vieux célibataires qui, excédés de cuisine affinée, déclarent qu'on ne peut plus manger en France, que la cuisine des maîtres restaurateurs est exécrable, et que l'art de Carême et de Grimarct de La Reynière est en ^pleine dégénérescence. Il faut laisser dire tous ces geigneurs, et aussi les plaindre, car ils ne savent plus jouir avec la pleine satisfaction naive et fraîche des amis des livres de province et de l'étranger, lesquels jugent plus sainement des œuvres nouvelles. Jamais peut-être la librairie française ne s'est plus hardiment portée en avant avec le désir de bien faire, jamais elle n'a engagé d'aussi lourds capitaux pour créer des publications d'art, et il est peu équitable de ne pas sembler lui en tenir compte largement.

Les courriéristes de théâtre parlent fréquemment avec une admiration béate d'une pièce de théâtre nouvelle en faveur de laquelle un directeur vient de débourser plus de cent mille francs pour monter les décors, les costumes et régler la figuration ; le public s'extasie et paraît applaudir à l'avance. Cent mille francSy va-t-on répétant, save:[-vous qu' Un Tel a dépensé cent mille francs pour monter la pièce qui vapasser? Tout le monde du cabotinage escompte les splendeurs à venir et indulgente à l'avance l'entrepreneur. Eh bien, ce qui se dit dans le public du théâtre ne s'imprime jamais sur les choses de la librairie ; et cependant les sommes que coûte un bel ouvrage de luxe sont proportionnellement bien autrement élevées que celles des ouvrages dramatiques. Si l'on calculait ce qu'ont coûté les Saints Evangiles à la maison Hachette, la Terre Sainte ou le Saint François d'Assises à Pion, VÉdition

nationale du Victor Hugo à Testard, le Jean-Jacques Rousseau à Launette, la Parcelaine de Sèvres à la maison Quantin, on conviendrait que le capital nécessaire à une entreprise théâtrale est infiniment inférieur à celui engagé dans la publication illustrée, et l'on verrait que le théâtre, le Victor Hugo par exemple, est aussi onéreux à bien publier, comme Conquet vient de le faire en partie, qu'à mettre à la scène du Théâtre- Français ou de l'Odéon.

Mais le public ignore ces choses et on doit les lui dire; il feuillette le plus souvent avec trop de négligence et d'apathie des livres qui ont demandé des années de travail et de mise en œuvre, et qui ont immobilisé des fortunes véritables. Il ignore trop les choses de l'impression et les peines sans nombre qu'il faut supporter, les obstacles à soulever, les recherches et les retouches innombrables à vaincre pour arriver à ne mettre au jour souvent qu'une œuvre médiocre et très éloignée de l'idéal qu'on s'était proposé.

Pour tous ceux qui ont le sentiment des misères du métier d'éditeur, il est pénible et énervant de voir regarder un livre avec légèreté et en tourner les feuillets du bout des doigts; cela fait froid et donne la sensation cruelle d'un barbare malmenant une œuvre d'art; aussi devons-nous inviter tous les amis des curiosités littéraires et tous nos lecteurs en général à beaucoup d'indulgence vis-à-vis des productions nouvelles.

Dans son ensemble de productions de nouvel an, la librairie française est encore la première du monde, la plus généreusement ardente et la plus audacieuse. Au lendemain même de l'Exposition, de cette fête universelle qui a aiguisé tous les gros appétits matériels et qui a mis en interdit, durant plus de six mois, les commerces d'art et d'esprit, il est bon de nous reprendre, de nous rapprocher des publications littéraires et d'encourager de notre mieux tous ceux qui vivent de la pensée.

Librairie Hachette et G'*. — Cette maison, toujours à son rang à la tête de la librairie parisienne, publie, cette année, beaucoup de livres plus ou moins somptueusement illustrés et destinés aux étrennes des différents âges et des dif-

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férentes classes sociales. Nous parlerons d'abord de Tolla et des Œuvres de Boileau. Ce sont les deux plus belles pièces de cette librairie.

Tolla, le roman bien connu d'Edmond About, donne lieu à une publication luxueuse, format in-4®, avec lo planches hors texte gravées sur bois, d'après les aquarelles de Félicien de Myrbach, par MM. Barbant, Ch. Baude, Florian, Stéphane Pannemaker, L. Rousseau et Ruffe ; le portrait d'Edmond About par Paul Baudry, gravé par Florian, et trente-cinq ornements typographiques tirés en noir, gris et rose, d'après A. Giraldoni (Prix : 80 fr.). Il y a des exemplaires sur papiers de choix, avec des suites de figures en différents états, dont les prix varient de 800 francs à 1 3o francs. Le papier des exemplaires ordinaires est en vélin blanc du Marais de belle fabrication, contenant en filigrane le nom de l'ouvrage et des éditeurs, suivant une mode qui se généralise ; les ornements sont élégants et délicatement décoratifs ; les grands bois, avec lettre et avant lettre, ont suffisamment de relief et de netteté; quelques-uns mêmes ont une belle vigueur, tandis que d'autres se font remarquer par beaucoup de finesse et de fouillé ; l'ensemble enfin constitue un magnifique volume, d'aspect à la fois artistique et cossu, de qualité substantielle et telle que nul acheteur ne sera tenté de dire qu'il n'en a pas pour son argent.

La gravure sur bois, qui a produit tant d'œuvres intéressantes, tant de chefs-d'œuvre même dans les premiers âges de la typographie, qui a marqué d'une façon si originale et parfois si charmante les livres romantiques, n'a pas dit son dernier mot. C'est un grand honneur pour la maison Hachette de l'avoir recueillie, de n'en avoir jamais désespéré, d'y avoir eu recours pour des illustrations de tout ordre, et de lui avoir ainsi ménagé une véritable renaissance, dont ce volume de Tolla est une éclatante manifestation. Ce n'est pas ici le lieu de s'étendre sur les ressources et les avantages que ce genre de gravure peut présenter, ni même d'expliquer comment, pour les amateurs qui apprécient surtout la personnalité et le a volontaire » de l'interprétation, les tailles de l'artiste seront toujours plus intéressantes que les décalques de la photogravure ou de l'héliotypie. Mais nous sommes heureux de saisir l'occasion de reconnaître le service que rend la maison Hachette en maintenant avec tant d'autorité et de succès les traditions de l'illustration sur bois.

Le second livre d'étrennes dont nous sommes appelé à parler est une édition, de grand luxe aussi, des Œuvres poétiques de Boileau-Despréaux, avec une introduction et des notes par

F. Brunetière. C'est un volume in-4* illustré de 27 eaux-fortes d'après Madeleine Lemaire, Bida, Bonnat, G. Boulanger, Cabanel, Chapu, Chevignard, Delort, F. Flameng, Français, Galland, Gérôme, Hédouin, Heilbuth, J.-P. Laurens, J. Le Blant, Lhermitte, Maignan, L.-O. Merson et Vibert, par des graveurs dont la renommée n'est plus à faire, tels que Boilvin, Boisson, Champollion, Ach. Jacquet, Lalauze, Lerat, Muller, Toussaint, etc. (Prix: 12S fr.). Il a ététiré un exemplaire sur peau de vélin, en vente au prix de 4,000 francs, et 200 exemplaires sur papiers de choix à 3oo francs, 25o francs et 200 francs, selon qu'ils sont sur japon, sur chine ou sur vélin à la forme des papeteries du Marais et de Sainte-Marie.

Il n'était guère possible de trouver à Boileau un commentateur plus apte à le comprendre et à l'expliquer que le critique classique de la Revue des Deux Mondes^ M. F. Brunetière. Si l'expression n'était vulgaire et ne frisait l'irrespect, nous dirions volontiers que, toutes proportions gardées, les deux critiques, — le poète et le prosateur, — font la paire. L'exécution matérielle typographique est également en harmonie avec la nature de l'œuvre et le talent de l'annotateur. Les caractères, d'un gros œil et d'un type pur et net, ont été gravés spécialement par M. Viel-Cazal, qui a dirigé l'impression du livre, exécutée chez M. Lahure, sur du papier des fabriques du Marais.

En feuilles dans un solide carton où rien n'est sacrifié à une fausse élégance, ce gros volume a un aspect riche et austère tel qu'il convient à un recueil des vers d'un écrivain dont les éditeurs disent avec conviction : « Nul mieux que lui n'a su, après avoir fixé les bonnes règles de la poésie française, en donner de meilleurs exemples avec un talent plus simple ni plus varié, sachant plus agréablement

Passer du grave au doux, du plaisant au sévère;

aucune œuvre plus imagée que la sienne n'évoque plus volontiers l'image; Jamais pièces n'avaient été mieux faites pour tenter le crayon de l'artiste que les scènes épiques du Lutrin ou la satire du Festin ridicule. »

Ainsi, en publiant cette nouvelle édition des Œuvres poétiques de Boileau, la maison Hachette n'a-t-elle pas eu seulement en vue de donner un texte absolument correct du fameux écrivain. Faisant appel aux artistes les plus habiles, à des maîtres justement renommés, elle a voulu publier, avec leur aide, une édition illustrée des œuvres du poète comme on n'avait pas encore essayé de le faire. Elley a incontestablement réussL Mais cette

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illustration porte forcément la marque de son origine multiple. Tandis que Tœuvre littéraire, texte et notes, et l'exécution typographique, ont un sain et robuste caractère d'homogénéité, les planches reflètent les personnalités les plus diverses. Prises une à une, elles ont toutes un rare mérite, et plusieurs sont d'une grande beauté ; mais ce sont des pièces pour illustrer Boileau, ce n'est pas, ce ne peut pas être une illustration de l'œuvre du poè.e. Nous entendons par là un commentaire graphique dirigé par une même conception d'ensemble et exécuté d'un bout à l'autre dans le même esprit et la même teneur.

A ce point de vue, l'illustration de Tolla est bien plus wwe, et quoique plus modeste, préférable. Non seulement, en effet, elle est due à un seul artiste ; mais encore elle a été confiée à un des hommes qui joignent à un sincère talent d'observation la souplesse et la franchise d'exécution si goûtées des amateurs de livres illustrés. Oi a pu voir à l'Exposition du Champ de Mars les aquarelles de M. Félicien de Myrbach, d'après lesquelles les bois de Tolla ont été gravés ; la vie des personnages, la vérité des décors y étaient frappants. Ces qualités ont été admirablement reproduites parla gravure sur bois, qui est encore, après tout, grâce à la douceur et au velouté des tailles et à l'éclat de l'impression, le procédé par lequel il est le plus facile de rendre sans couleurs, quand on le manie en artiste, le charme des colorations de l'aquarelle.

A la librairie Hachette, nous devons comme tous les ans mentionner l'année 1889 du Tour du monde^ avec 5oo gravures et 20 cartes (i vol., 25 fr.)

Au siècle dernier, au début de l'ère des découvertes géographiques accomplies par les navigateurs, on mettait trois ou quatre ans à faire le tour du monde; aujourd'hui, les touristes pressés peuvent l'accomplir, grâce aux progrès des moyens de locomotion, en deux mois et quelques jours. Voici trente ans, cependant, que les rédacteurs du Tour du monde poursuivent leur voyage sans interruption, et ils ne l'ont pas encore achevé. C'est que non seulement ce monde si infime, qu'il ne tient pas dans la masse de l'univers plus de place qu'un atome de poussière, est si grand pour l'homme qu'il ne lui a pas encore révélé tous ses secrets ; mais c'est encore qu'il se modifie sans cesse, que ses aspects changent avec les progrès de l'humanité, et que, pour se flatter de le bien connaître, il faut le parcourir sans cesse, sans trêve ni repos, comme le voyageur errant.

Une autre publication périodique que nous signalons caaque année avec un nouveau plaisir,

c'est \e Journal de la jeunesse, qui forme deux volumes illustrés de 5oo gravures (in-8<*, prix : 20 fr.).

Ce journal contente la curiosité des jeunes gens en les initiant aux péripéties de l'existence par la lecture de nouvelles, de récits dans lesquels les auteurs s'attachent à montrer les bons résultats que l'on peut attendre du jeu des nobles passions, des sentiments généreux et élevés ; il complète leur instruction en leur apportant un complément de connaissances nécessaires sous une forme intéressante à propos des événements qui attirent le plus l'attention.

C'est ainsi que, cette année, l'Exposition et ses merveilles y ont été décrites avec le plus grand soin et avec un luxe d'illustrations qui perpétueront avec une exactitude minutieuse le souvenir de cette grande manifestation nationale. Et tout en accordant à cette revue la place qu'elle méritait de prendre dans ses colonnes, le Journal de la jeunesse n'a cependant pas empiété sur le terrain habituellement concédé aux œuvres de l'imagination. Ses jeunes lecteurs y trouveront d'intéressantes nouvelles.

Une publication importante dont il nous reste à parler, c'est le bel ouvrage du lieutenant de vaisseau Victor Giraud, les Lacs de V Afrique équatoriale (i vol. in-8° jésus illustré de i5o gravures, i5 fr.)

La mort de Livingstone dans les marais qui bordent le lac Bangouéolo avait laissé imparfaitement connue toute une région située au centre de l'Afrique, à l'ouest des lacs Nyassa et Tanganycka. La persistance de cette tache blanche sur la carte du continent noir irrita la curiosité d'un lieutenant de vaisseau de la marine française, M. Victor Giraud, qui résolut de reprendre la découverte au point où Livinsgtone l'avait laissée.

Parti de Zanzibar au mois de décembre 1882» il était de retour à Quilimane, sur les rives de l'océan Indien, à l'embouchure du Zambèze, au mois de novembre 1884. Il avait donc mis deux ans à accomplir son projet, au milieu defatigues, de péripéties et de périls sans nombre. Au point de vue géographique, il confirmait l'existence de deux lacs de dimensions moyennes, les lacs Bangouéolo et Moêro, dans le haut bassin du Congo^ à l'ouest des grands lacs déjà découverts et colonisés par les Anglais.

Mais on trouvera peut-être encore son récit de voyage, alerte et vif, plus intéressant par l'art avec lequel il nous met au fait de l'état d'esprit de ces populations noires de l'Afrique centrale. Il abonde en observations caractéristiques, en anecdotes frappantes, qui, mieux que toutes les démonstrations ou toutes les conclusions, jettent

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une vive lumière dans l'esprit du lecteur sur les idées qu'il doit se former de ces pays à peine connus, de leurs populations barbares, de leur présent, du rôle que l'Europe joue déjà et Jouera de plus en plus dans l'avenir dans cette quatrième partie du monde qui s'ouvre, de nos jours, k son activité.

La place nous fait défaut pour donner le compte rendu détaillé des belles publications pour la jeunesse publiées par notre première maison d'édition ; nous en fournirons cependant le catalogue sommaire è nos lecteurs désireux de choisir par eux-mêmes leurs livres d'étrennes.

Cœur muet, par M"* Zénaïde Fleuriot, i vol. in-S*» Jésus, avec 60 gravures, !'• série; broché, 7 francs.

Mon oncle d'Amérique^ par M*"" J. Colomb, I vol. in-8® raisin, avec ii5 gravures, 2® série; broché, 4 francs.

Le Bron!(e^ par Vuillaume, i vol. avec 70 gravures ; broché, 2 fr. 25.

Tout droit y par l'auteur de la Neuvaine de Colette, I vol. in-S® raisin, avec 112 gravures, 2* série ; broché, 4 francs.

Le Toit du monde, par E. Capus, i vol. avec 40 gravures; broché, 2 fr. 25.

Le Désert, par Mellion^ i vol. avec 3o gravures ; broché, 2 fr. 25.

La Famille Le Jarriel, par Guillemette Desgranges, I vol. avec 3o gravures ; broché, 2 fr. 25.

Enfin, dans la bibliothèque enfantine à 2fr. 25, mentionnons les Enfants de la tour du Roc^ par M"»« de Witt, née Guizot, et le Château du RoC' Salé, par M"»« Chéron de La Bruyère.

Librairie Firmin-Didot et G'«. — Outre les ouvrages en cours de publication et qui s'augmentent d'un volume pour cette fin d'année, ouvrages parmi lesquels un rappel spécial est dû au Walter Scott, qui en est à son i8* volume, les Aventures de Nigel, avec de jolis dessins de M. Edmond Toudouze (gr. in-8«; 10 fr.). Cette importante maison d'édition publie un grand ouvrage qui ne peut manquer d'attirer la curiosité par son titre même : la Sainte Russie, par le comte Paul Vasili (in-4«: 3ofr.), est un livre dans le format de la collection pittoresque entreprise par le bibliophile Jacob (les Arts au moyen âge, etc.), bien qu'il n'en fasse pas partie, où l'auteur passe successivement en revue la cour, l'armée, la marine, les grandes institutions, la noblesse, le clergé, les églises, les monastères et les couvents, la bourgeoisie, le peuple, les fêtes et les plaisirs, les théâtres, les costumes. Il est illustré de quatre chromolithographies et de

200 gravures dans le texte et hors texte, qui, pour n'être pas toutes d'une grande originalité artistique, n'en sont pas moins intéressantes et souvent précieuses pour l'exactitude des indications : costumes, scènes de mœurs, types, portraits, paysages, monuments. En dehors de son très réel mérite comme publication de luxe, ce livre vient à point en un moment où la Russie iutéresse tous les Français, et où, au milieu d'une quantité d'études spéciales et de monographies érudites, on manque encore d'un tableau d'ensemble qui permette au grand public de se renseigner sur ce qu'il désire ardemment savoir. Grâce au comte Vasili et à la maison Firmin- Didot, cette lacune n'existe plus.

Un autte bel ouvrage, d'un intérêt moins actuel et moins général peut-être, mais à coup sûr non moins durable, a pour titre : les Grands peintres des Flandres, de la Hollande, de l'Italie et de la France (i vol. gr. in-8"; 12 fr.) et pour auteurs M. Th. de Wyzewa, dont les lecteurs du Livre n'ignorent pas la compétence, et M.X. Perreau, critique d'art d'une autorité reconnue. On ne cherchera pas, naturellement, dans un seul volume de quatre à cinq cents pages, une histoire complète et détaillée de la peinture dans l'Europe occidentale. L'éditeur en avertit dans la préface : il a voulu, en tenant compte des divers travaux de la science, donner d'une façon sérieuse,' en même temps qu'accessible, une connaissance élémentaire de l'art, de ses époques et de ses monuments. Dans ce but, les auteurs ont dû éviter les discussions esthétiques ou historiques, et s'attacher à n'omettre aucun des faits définitivement acquis à l'histoire. Ils ont résumé les principaux événements de la vie des peintres, indiqué les traits généraux de leur art, analysé leurs ouvrages les plus caractéristiques. Enfin ils ont donné à leur récit la forme la plus claire et la plus attrayante, sans rien sacrifier de l'exactitude et du sérieux qui conviennent à une œuvre d'instruction. Trois cent quatre-vingt-six gravures, dont beaucoup à pleine page, reproduisent les principales œuvres des maîtres des quatre écoles étudiées, et font de ce livre historique et descriptif un véritable album d'art.

Les souvenirs de la dernière guerre sont encore aussi vifs qu'au premier jour. Les travaux spéciaux auxquels les opérations des belligérants ont donné lieu en Allemagne comme en France ont élucidé bien des points obscurs, et de nombreux mémoires particuliers ont apporté des documents dont l'historien vulgarisateur sait faire jaillir la lumière lorsqu'il a l'esprit critique et la volonté d'être impartial. Telles sont les qualités que l'on trouvera dans le livre de M. Gustave

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Marchai sur le Drame deMet^ (grand in-S**; 8 fr.), illustré de 20 gravures hors texte et de 4 cartes par Demki. L'auteur a déjà publié chez les mêmes éditeurs une histoire de la Guerre de Crimée qui lui a, du premier coup, assigné un rang très honorable parmi les narrateurs historiques dont le but est de répandre la connaissance de nos faits d'armes, victoires ou revers, et d'accroître ainsi le patriotisme dans la masse de la nation.

C'est un livre patriotique aussi que celui qu'a écrit M. Edmond Deschaumes sur le siège de Paris par les Allemands : Journal d'un lycéen de quatorze ans pendant le siège dé Paris (i vol. gr, in-8<>; prix : 8 fr.). L'auteur termine sa préface par un conseil qui donne bien la note de son récit, et qu'on ne saurait trop répéter : « Je souhaite, dit-il aux parents, à propos de leurs enfants, que vous leur donniez par l'éducation de l'esprit et du corps, avec la force morale et la force physique, qui les feront craindre et respecter, la passion du droit et l'amour de la justice, sans lesquels les nations ne peuvent se développer par la liberté et le progrès, et sans lesquels non plus il ne saurait y avoir pour l'homme ni bonheur, ni indépendance, ni fierté.» Ce livre, qui intéresse tous les enfants parce qu'il est écrit dans une langue qu'ils comprennent sans peine et qu'il est inspiré par les sentiments mêmes de l'adolescence, est d'une lecture fortifiante, et nous ne saurions trop le recommander aux petits lecteurs — et aux grands. Il est illustré d'une bonne carte du siège de Paris et de 20 gravures hors texte inédites par Eug. Courbain qui constituent, pour parler franchement, l'illustration qui nous a fait le plus de plaisir entre toutes celles dont la maison Firmin-Didot a enrichi, cette année, nos volumes d'étrennes.

Maison Quantin. — Formidable, la production de cette imprimerie-librairie, qui touche à tout avec un égal succès : littérature, art, histoire, architecture, librairie enfantine, ouvrages d'amateurs et de vulgarisation 1 Fondée à peine depuis onze années, elle s'est établie en maîtresse à côté des Hachette, des Didot, et a rivalisé avec les plus vastes maisons d'édition de France. Le jury de l'Exposition lui a décerné avec raison le grand prix d'honneur, et elle a tenu à prouver le bienfondé de ce témoignage d'estime public en publiant un livre extraordinaire sous ce titre : PariSy par Auguste Vitu, grand in-4° imprimé avec luxe, comprenant 5oo pages de texte et 45o dessins inédits exécutés d'après nature par les meilleurs artistes, avec un plan de Paris et une carte de ses enceintes successives. Trente grandes planches hors texte. Chapitre illustré relatif à

l'Exposition de 1889. Prix : dans un cartonnage imprimé en aquarelle remplaçant une reliure, 25 francs ; avec reliure d'amateur, 40 francs. On n'a jamais pu dire, à aucune époque, qu'un ouvrage sur Paris manquât d'actualité : on peut le dire aujourd'hui moins que jamais. Les transfor^ mations de toute nature qu'a subies la ville dans ces vingt dernières années, les changements introduits peu à peu dans l'organisme de ce grand corps, dans l'économie de sa vie sociale, dans le mouvement de ses mœurs et de ses idées, enfin le magnifique spectacle de prospérité matérielle et d'union morale qu*elle a récemment donné au monde : tout concourait à appeler l'attention de l'histoire pour fixer d'une façon durable la physionomie en 1889 de la ville de Paris.

C'est dans cet esprit que la Maison Quantin s'est adressée à M. Auguste Vitu, ancien président de la Société de VHistoire de Paris et de l'Ilede-France, l'écrivain qui, pour une pareille tâche, pouvait le mieux allier à la grâce et à l'élégance du style les connaissances spéciales, la science profonde de l'archéologie parisienne.

La méthode suivie est excellente, et les proportions de l'ouvrage sont adroitement observées en ce sens que les développements sont proportionnés à l'importance des sujets, importance dont l'auteur, avec sa haute compétence, est et demeure le juge le plus éclairé. Après une vue générale de Paris à vol d'oiseau et une promenade sur les bords de la Seine, M. Vitu fait connaître au lecteur les rues de l'ancien et du nouveau Paris, la Cité, ce glorieux berceau de la Ville moderne, les quartiers si différents dans leur physionomie de la rive gauche et de la rive droite, le tout animé de descriptions faites avec un enthousiasme communicatif, retraçant le tableau fidèle et pris sur le vif de ce qui alimente l'activité d'une grande ville. Quelques pages sur TExposition du Centenaire datent ce volume de la dernière heure ; un index alphabétique facilite toutes les recher* ches.

Dans un pareil ouvrage, le texte a besoin d'être éclairé et complété par une illustration toujours en rapport avec le sujet. A cet effet, la Maison Quantin, avec une audace déjà récompensée par l'empressement des acheteurs, n'a pas reculé devant les plus lourds sacrifices : tous les dessins, — et il y en a plus de 45o et 3o grandes planches hors texte, — ont été exécutés d'après nature avec les plus grands soins : ce qui donne à ces vues un cachet d'inédit et un aspect vrai et vivant que l'on ne rencontre guère dans les ouvrages similaires. Chaque sujet de l'illustration a été scrupuleusement reproduit dans toute sa vérité par l'artiste dessinateur et par le

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graveur ; enfin le mariage des gravures avec le texte dénote un goût exquis et une habile sûreté de main.

Voilà bien des éléments de succès ; ce n'est pas tout* Nous avons encore à signaler aux amateurs de beaux livres le format magnifique du volume, le choix du papier, fabriqué spécialement pour une impression typographique digne des anciens maîtres du genre, et enfin, — véritable innovation,— un cartonnage artistique imprimé en aquarelle, remplaçant une reliure d'amateur et habillant d'une façon pittoresque et gaie, — bien parisienne en un mot, — un ouvrage qui est à la fois un splendide album et un livre de littérature agréablement érudite.

Maintenant qu'après avoir analysé ce volume et feuilleté avec intérêt ses pages si heureusement illustrées, nous le refermons dans son cartonnage coquet, une chose nous frappe : c'est la modicité de son prix vraiment extraordinaire. Ce splendide volume, en dépit de sa richesse de fabrication, ne coûte que 25 francs, alors qu'il ne peut être comparé pour son. luxe et son format qu'aux infolio de 100 francs.

Le public se fera vite à cette idée qu'un ouvrage peut être excellent de tous points et coûter un prix relativement modique. Le Paris de la Maison Quantin l'en convaincra aisément, car il nous semble être le dernier mot du bon marché allant de pair avec l'excellence intrinsèque de l'ouvrage.

A côté de cette publication hors ligne, la Maison Quantin a voulu égayer nos regards en éditant un livre, reflet du pays du soleil, ouvrage très enluminé ; nous voulons parler de : Tunis et ses environs y texte et dessins d'après nature par M. Charles Lallemand. — Un volume de luxe in-4** raisin, illustré de i5o aquarelles tirées en couleurs. Prix : broché, 35 francs ; relié, 45 francs. Ce volume dépasse tout ce qui a été fait jusqu'à ce jour par la chromotypographie; i5o aquarelles y sont reproduites et, d'un bout à l'autre, c'est la magie des couleurs de l'Orient. Ceux qui ont vu le volume de : Tunis et ses environs, et qui connaissent notre belle colonie de l'Afrique du Nord, ont été frappés par la sincérité de ces aquarelles. Feuilleter ce volume et le lire, c'est faire chez soi une visite à Tunis la Sainte^ la Glorieuse, le Burnou du Prophète^ comme l'appellent les Arabes. C'est bien là la ville aux mille tableaux, le kaléidoscope toujours secoué dont les brillantes facettes se disposent en compositions à l'infini, pittoresques et colorées, tantôt baignées dans l'éblouissante lumière du soleil africain, tantôt éclairées par un rayon comme une toile de Rembrandt. Dans son volume Tunis et ses environs, M. Charles

Lallemand nous montre cette ville incomparable, animée et grouillante, où les musulmanes voilées et mystérieuses se promènent au milieu d'une foule colorée, où des négresses aux vêtements bariolés vendent des friandises ou du pain, où d'innombrables marchands ambulants crient les gâteaux, les pains sucrés, les oranges, les citrons, les piments, etc., etc.

M. Charles Lallemand a eu la bonne fortune de pouvoir interroger presque tous les aminés ou chefs de corporation, et nous montrer ainsi sur le vif un état corporatif actuel assez semblable à celui dans lequel se trouvaient jadis les artisans européens.

Ajoutons à tous ces tableaux les mystères de la vie musulmane, les traces de Carthage, les ruines romaines, byzantines et arabes innombrables, les riches et plantureuses montagnes du . massif de Zaghouan et de la Khroumirie.

Il fallait de la couleur pour rendre les mille et un sujets de peinture qui fourmillent en Tunisie; aussi la Maison Quantin n'a-t-elle pas hésité à appliquer toutes les ressources de ses ateliers de chromotypographie à la confection du volume de Tunis et ses environs; et, chose nouvelle en librairie, toutes les illustrations sans exception sont en couleur.

La chromotypographie est un art presque nouveau ; la Maison Quantin en a résumé tous les progrès. Son nom seul est un sûr garant d'une exécution parfaite.

Tunis et ses environs est une œuvre d'aspect nouveau, consciencieusement écrite, dessinée avec la plus scrupuleuse exactitude, éditée avec luxe et mise au jour, — malgré ses i5o aquarelles, — à un prix très abordable.

U Encyclopédie enfantine, où la Maison Quantin a, depuis plusieurs années, conquis d'emblée la première place, est toujours un émerveillement pour les jeunes yeux et les jeunes esprits par le charme du récit et le chatoiement varié de l'illustration.

Outre des albums de tous formats et de tous prix pour les tout petits, voici, pour les adultes. la Journée d'un écolier au moyen dge^ dont l'auteur, M. MoiREAU, nous transporte dans le monde des maîtres et des étudiants parisiens de la fin du XII* siècle , sur la montagne Sainte-Geneviève, au Pré-au-Clercs, à la foire du Lendit, etc.

La Bibliothèque de la famille s'est enrichie des Mémoires de Léda, histoire d'une vieille jument de haute origine publiée par un nouvel auteur, le baron de Doumy. Celui-ci , donnant la parole à son héroïne, nous fait assister à des péripéties qui ne manqueront pas d'un haut intérêt pour ce

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jeune public si friand aujourd'hui des choses du sport. Triomphes hippiques, hauts faits de guerre, revers et misùrcs, Leda a tout vu, tout éprouvé dans sa longue cnrrière, et sait à l'occasion tirer lie ces é\énemcnts une haute moralité.

L'ouvrage, orné de charmantes illustrations dues aux crayons bien connus de Job, Dunki, Godefroy, est ccrlainemeni le cadeau le plus agréable qu'on puisse faire à un garçonnet pour ses étrennes, en mGme temps qu'il constituera le plus charmant ornement de sa bibliothèque.

Dans la Bibliothèque de l'éducation maternelle, deux œuvres des plus attrayantes, l'Histoire d'un garçon, par M"" Audebert de Bovet, et le Fih de l'amiral, par M"' Ferdinand Le Roy, sont d'amusantes leçons de morale prises dans la vie active et présentL-es avec les séductions irrésistibles de dessin 11 murs tels que Chovin, Lacker,

Knfin, sous le titre de la Chatte de mademoiselle Ilda, M»' de Paloffajouteà la Bibliothèque enfantine nti volume noaxQau où eïie raconte les exploits d'une chaiie merveilleuse avec une verve tour à tour gaie, entraînante et instructive.

Nous ne pouvons mieux terminer qu'en signalant l'iiuiîgerie iirtistitjue à un sou, où vient de paraître la seconde série des Fables de La Fontaine, avec personnages costumés à la mode des contemporains de l'auteur; ajoutons que, pour satisfaire une nombreuse clientèle minuscule de taille et déjà fort exigeante, la Maison Quantin a dû réunir toutes les images parues |il y a plus de 120 titres! <:n plusieurs albums, où elles sont imprimées sur un papier beaucoup plus fort avec une couverture en couleur tirée à part et variant avec chaque album. Cinq ont déjà paru ; le prix de l'album est Ue 3 fr. 5o.

Nos lecteurs peuvent se rendre compte qu'on peut choisir des étrennes pour tous les âges et les deu\ sexes sans sortir des magasins de librairie de la Maison Quantin.

Kn dehors des livres exclusivement d'ctrennes, nous ne pouvons passer sous silence un ouvrage de très haute valeur archéologique : la Restauration d'Olj'mpie, par M. Victor Laloux et M. Paul Monceaux, in-4'' colombier, ao grandes héliogravures hors texte, 80 gravures dans le texte, exécutées d'après les originaux. (Prii ; broché, 100 fr.; cartonné, 1 10 fr.) On connaît de réputation les merveilleuses découvertes d'Olympie. Les elToris successifs des savants français et ont Tait sortir du sol une étonnante variété de monuments, des temples, des chapelles, des portiques, des autels, des ex-voto, des milliers de bromes et de terres cuites peintes, chû collection de documents historiques.

enfin d'admirables sculptures comme les frontons du temple de Zeus, la victoire de Péonios et l'Hermès de Praxitèle. Toutes ces richesses, restées en Morée, font aujourd'hui d'Olyrapie U rivale d'Athènes et une des mines les plus précieuses pour l'étude de l'antiquité et de l'art grec.

Deux de nos compatriotes, M. Victor Laloux, architecte, ancien pensionnaire de la Villa Médicis, et M. Paul Monceaux, docteur es lettres, ancien membre de l'école d'Athènes, ont entrepris une reconstitution générale de l'ancienne Olympie. Ils présentent aujourd'hui au public U résultat de travaux qui ont duré plusieurs années, relevés sur le terrain des ruines, étude des textes, des monuments et des oeuvres d'art.

L'ouvrage comprend trois parties. Dans la première, les auteurs ont rétabli l'histoire politique, religieuse et artistique d'Olympie, depuis les origines les plus lointaines jusqu'à nos jours. Dans la seconde, ils ont reconstruit toute l'enceinte de Zeus, avec ses routes et ses portes, ses murs, son bois sacré, ses temples, ses dépôts d'offrandes, ses portiques, ses autels et ses ex-voto, ses palais de magistrats et de prêtres, ses gymnases et ses champs de courses. Dans la troisième panie revivent l'administration, le culte, les fêtes et ces célèbres jeux olympiques où se rencontraient les représentants de tous les peuples civilisés. Les recherches historiques les plus précises s'alUeni partout aux préoccupations d'art dans cette hardie évocation d'un glorieux passé.

De magnifiques planches mettent sous les ynii du lecteur le plan actuel et le plan restauré des monuments, les détails de décoration, les sculptures, les terres cuites et les bronzes. A signaler surtout les grandes héliogravures qui reproduisent les frontons d'Alcamène et de Péooios, l'Hermès de Praxitèle, la restitution de ZeDsd« Phidias, le plan d'ensemble et la façade géoénk de lenceinte sacrée. Par le soin apporté à U rrpographie et aux illustrations, U RestJMrjtiim d'Olympie prend place parmi les plus beaux 00vrages qui soient sortis des ateliers de U Maison Quantin.

Librairie AUred Hame «t fils, à «nn.

— Un livre considérable suffira à la ^oire i cette maison d'édition pour cette année: ou» b> livre inoubliable, une véritable édiiioD lie br:'iiophile du Polyeucte de Pierre Corneille, itec o«e introduction par M. Léon Gautier, membre -it l'Institut, et des éclaircissements de MSL PnJ AUard, Edouard Garnier et Léon Legnihl

Ce volume, de format grand în-4", est or»e d'un portrait de Corneille graré par Btiraev et

Ni

LIVRES D'ÉTRENNES

de cinq eaux-fortes de Boilvin, Bracquemont, Le Coûteux et Waltner, d'après les compositions d'Albert Maignan. En outre, de nombreuses gravures sur bois pour l'ornementation des têtes de chapitres et les lettres ornées ont été gravées par M. Léon Rousseau, d'après les dessins d'Edouard Garnier.

Le tirage a été limité à 800 exemplaires, dont 100 sur papier du Japon à 200 francs, et 700 sur papier vélin blanc du Marais à 100 francs.

Les éditeurs de cette admirable publication (qu'apprécieront tous les amis des livres hc-rs pair) nous racontent que lorsqu'ils se sont décidés à prendre une part active à l'Exposition universelle de 1889, ils ont voulu profiter de cette occasion pour mettre en lumière les efforts qu'ils avaient tentés, comme aussi les progrès qu'ils avaient réalisés depuis le grand concours international de 1878. L'idée leur est donc venue d'exécuter une œuvre de quelque importance, qui permît au public d'encourager leurs efforts et, s'il y avait lieu, de constater leur progrés.

Ils ont dû tout d'abord faire choix du livre à imprimer, et l'on comprendra aisément pourquoi ils ont choisi Polyeucte, Dès le premier jour de sa fondation, leur librairie a été sincèrement catholique et classique. Le chef-d'œuvre de Corneille répond bien à ce double caractère de leur maison.

Quelle forme donnerait-on à l'œuvre nouvelle? C'est ce qu'il restait à déterminer.

Il y a longtemps que MM. Mame se proposaient de remettre en honneur ces nobles caractères, ces types si profondément français auxquels est resté attaché le nom des Didot, mais à la condition toutefois de leur faire subir certaines modifications qui, sans leur rien ôter de leur physionomie essentielle, leur donnassent plus de solidité et plus de grâce. C'est ce qu'a entrepris pour eux un des premiers fondeurs de Paris, M. Turlot, et ils ont pu ici offrir au public la primeur de ces caractères dont la netteté et l'ampleur sont faites pour rappeler les éditions du Louvre et réjouir les yeux de tous les vrais typographes.

Pour l'illustration documentaire, MM. Mame et fils ont voulu reproduire, d'après les peintures des catacombes, les scènes les plus dramatiques du procès des martyrs et, d'après les maquettes conservées à la Comédie française ou à l'Opéra, les décors et les costumes des différents Polyeuc^ tes. Ce travail de patience, '^.t qui demandait un crayon érudit, est dû tout entier à la collaboration de M. Edouard Garnier.

Mais là s'arrête cette partie de l'illustration, qui est purement technique et scientifique.

Or il est manifeste qu'il fallait ici autre chose que la science, et que l'archaïsme et le « document » étaient insuffisants à parer dignement un aussi noble ouvrage. Il importait enfin de faire appel à l'art, et les éditeurs ont convié d'éminents artistes à donner ce suprême cachet à leur livre.

A Ferdinand Gaillard, à ce prince des graveurs de notre temps, était réservé le portrait de Corneille; mais la mort est venue soudain glacer cette main d'où tant de chefs-d'œuvre avaient déjà jailli. Son meilleur élève, M. F.-E. Burney» a gravé l'œuvre du maître aimé, et Ton peut constater qu'entre les mains de l'élève le burin n'a pas dégénéré.

C'est à M. Albert Maignan, c'est à l'auteur de tant d'illustres toiles qu'incombait la mission la plus difficile, et c'est à lui qu'on doit, en effet, les cinq grandes compositions qui correspondent aux cinq actes du drame. En réalité, ce sont là cinq tableauxqui, interprétés par des aquafortistes tels que Boilvin, Bracquemond, Le Coûteux et Waltner, n'ont rien perdu, chose rare, à une interprétation qui est toujours si compliquée et souvent si périlleuse. Le public en juge avec admiration.

Telle est l'œuvre à laquelle la librairie Mame a consacré plusieurs années d'un labeur constant et parfois ingrat. Nous souhaitons que ce labeur ne soit pas infécond, et que, dans la grande lutte des livres d'étrennes, le Polyeucte y comme jadis la Touraine, contribue à honorer ce doux pays de France, digne objet de tant d'efforts, de tant de sacrifices, de tant d'amour, et que MM. Mame viennent de doter d'un chef-d'œuvre de plus.

Librairie J. Hetzel et G'«. — La librairie Hetzel, fidèle à une longue tradition, vient encore offrir cette année à sa clientèle un choix remarquable de livres et albums qui méritent en tous points les préférences des familles attentives.

Depuis vingt-cinq ans, les plus célèbres écrivains apportent à l'envi leur concours à la Biblio^ thèque d'Éducation et de Récréation. Il n'est pas un seul des quatre ou cinq cents volumes qui la composent qui ne marche au but commun, qui ne fasse sa partie dans un concert d'utilité et d'agrément, qui n'ait son rôle dans cette véritable encyclopédie du foyer. C'est pourquoi les familles y puisent en toute confiance, certaines qu'elles ne peuvent fournir à l'esprit et au cœur de leurs enfants une nourriture littéraire plus délicate et plus saine.

Nous allons présenter brièvement à nos lecteurs toute une moisson nouvelle de beaux et aimables livres, parmi lesquels enfants, adoles-

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