‹ Le livre (volume 4)Chapitre 122 sur 129 · SU · texte numérisé non relu

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cents, jeunes gens et jeunes filles trouveront leur compte ; l'âge mûr saura s'arranger de l'ensemble. Ce qui a qualité d'art et de littérture est pour tous. Il n'est pas de petit sujet, sitôt qu'il est traité de main de maître.

Signalons en première ligne le volume nouveau de Jules Verne, le bon Dieu de la maison Hetzel. Le titre de l'ouvrage à succès est Famille sans nom (i vol. in-8*» illustré; prix, broché : 9 fr.).

La donnée de ce récit, empruntée à l'histoire nationale du Canada, est une des plus émouvantes qu'il soit possible de mettre en œuvre. Les nombreux admirateurs de Jules Verne, qui ont lu et relu Mathias, Sandorf, Nord contre St/i,etc., retrouveront ici les mêmes émotions patriotiques doublées d'un intérêt dramatique encore plus puissant. La fiction, — si fiction il y a, — est encadrée dans des événements historiques'qui datent à peine de quarante ans, alors que le Canada, avec une indomptable énergie, luttait pour son indépendance. Un dessinateur de talent et d'érudition, M. G. Tiret-Bognet, qu'un long séjour au Canada a mis à même de recueillir de précieux documents, a illustré ce livre. Aussi, à côté du charme des dessins, sera-t-on assuré de la rigoureuse exactitude des costumes, des types, des portraits même et des sites si pittoresques et si peu connus du Canada. Famille sans nom est un succès de plus à l'avoir du célèbre conteur, qui en compte tant d'inépuisables.

Parmi les Romans d'aventures d'André Laurie, la maison Hetzel édite cette année De New- York à Brest en sept heures (vol. broché : 7 fr.).

C'est le roman d'aventures poussé jusqu'à son extrême expression, à travers les péripéties les plus multipliées et une succession de surprises extraordinaires, même pour les lecteurs habitués à la merveilleuse imagination d'André Laurie. L'auteur de tant de récits attachants s'est surpassé dans ce merveilleux roman, que nous qualifierions volontiers de féerie scientifique, si la science ne nous avait appris à ne pas douter d'elle.

Riou a rivalisé d'exactitude et d'imagination avec l'auteur pour rendre les scènes étranges de ce livre.

Du même auteur et aux mêmes conditions et prix de publication, mentionnons également la Vie de collège dans tous les pays^ et qui a provoqué dans le public, un si vif sentiment de curiosité. André Laurie, dans ce nouveau récit, n'est pas resté au-dessous de lui-même, et les Mémoires d'un collégien russe accroîtront brillamment la collection. La 'tournure des événements et l'irrésistible mouvement qui pousse, l'une vers l'autre, les deux grandes nations de rOrient et de l'Occident de l'Europe, assurent à

ce nouvel ouvrage d'André Laurie, en dehors même de la partie technique, comme toujours supérieurement traitée, une vogue bien justifiée. Les dessins de Georges Roux, d'après nature et d'après des documents précis, embellissent encore ce beau livre d'André Laurie.

N'oublions pas enfin le Marchand d'allumettes (i vol. in*8°, broché : yfr.), par A. Gennevraye, un de ces récits pleins de naturel et de sensibilité, aussi d'enseignement moral, où excelle l'auteur de tant de jolies choses littéraires, bien connues et appréciées des fidèles clients de la maison. Celui-ci, nous ne craignons pas de le dire^ peut compter parmi les meilleurs et les plus complets. Qui ne prendrait plaisir à la lecture des aventures de ce petit vagabond amené au bien par un vieux soldat, et qui doit au hasard d'une rencontre et à la sollicitude de cet invalide une vie d'honneur au service de la patrie ? Il n'y aura jamais, chez nous, trop de livres comme celui-ci, capables d'inspirer aux jeunes lecteurs les plus nobles sentiments.

Les jolis dessins de J. Geoffroy ajoutent leur charme à celui de ces pages.

La libraire Hetzel publie encore Ce qu'on dit à la maison, leçons qui ne se trouvent pas dans le Noël et Chapsal (i vol. broché : 7 fr.), par Dupin de Saint- André; Y Histoire d'un casse-noisette, par Alexandre Dumas (i vol. broché : 4 fr. 5o); l'Aînée, par J. Lermont (i vol. : 4 fr. 5o), et toute la série des petits Albums Stahl : la Pre-mière chasse de Jujules; Scènes familières au château^ les Chagrins de Dick et les Animaux domestiques.

Nous parlerons enfin, ainsi que chaque année, du Magasin d'Éducation et de Récréation,

Ce journal, qui a précédé tous ceux du même genre, la seule œuvre collective qu'ait couronnée, jusqu'à présent, l'Académie française, entre dans sa vingt-sixième année d'existence, puisque les tomes LIX et L viennent de paraître.

C'est se répéter que d'en dire tout le bien qu'on en pense, et de placer en tête des publications similaires \q Magasin d'Éducation, qui, depuis un quart de siècle, a publié des récits signés des noms les plus autorisés de la littérature contem* poraine.

Il est à remarquer, chose rare, que ce recueil, inauguré sous l'inspiration directe de P.-J. Stahl, de Jules Verne et de Jean Macé, n'a pas eu un instant de défaillance pendant cette très longue carrière, et qu'il est aujourd'hui ce qu'il était hier, ce qu'il sera demain, c'est-à-dire l'encyclopédie sui generis la plus complète et la mieux pondérée.

L'année 1890 offrira aux jeunes abonnés b

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LIVRES D'ETRENNES

primeur d'une des conceptions les plus originales de l'auteur célèbre des Voyages extraordinaires: Un Voyage à reculons, et d'un ronmn d'André Laurie : Kitty et Bo de Lermont; les Jeunes Aventuriers de la Floride, de Brunet, accompagnés d'œuvres variées signées E. Legouvé, Bentzon, P. Perrault, Dupin de Saint-André, etc.

Librairie H. Lecène et Oudin. — Un seul volume mais très original et de haute valeur. Dix contes, par Jules Lemaître, un magnifique volume grand in-8® jésus; broché, 20 francs. Ce livre est un de ceux qui seront le plus appréciés par les gens du monde et les personnes que les choses de la littérature alliée à l'art du dessin ne laissent pas indifférentes : c'est à la fois un beau livre d'amateur et un magnifique cadeau d'étrennes.

L'auteur, M. Jules Lemaître, occupe aujourd'hui dans la critique littéraire le premier rang : on estimera certainement après la lecture de ce nouveau livre, que le conteur ne le cède en rien au critique.

Ce volume contient une série de dix récits fins et délicats. La fantaisie charmante de l'auteur transporte le lecteur en Orient (Charité), en Grèce et à Rome (Hellé et Myrrha).

U Imagier est un conte du moyen âge ; Sophie de Montcernqy fait revivre la société brillante et frivole du xvni« siècle; Képis et Cornettes, Mélie et la Chapelle blanche sont des récits actuels.'

Quant à l'illustration, confiée à des artistes différents, elle a été aussi variée de ton que le sont les récits eux-mêmes.

Luc-Olivier Merson a fait de Vlmagier une merveille d'art. Son élève, Cornillier, a donné à Myrrha la couleur vigoureuse et saisissante qui convenait à un récit dont Néron est un des acteurs principaux. G. Clairin, F. -H. Lucas et Loevy ont rivalisé de force, de finesse, de grâce et d'esprit.

Grasset, ce maître délicat, a dessiné une couverture en couleur d'un grand effet dans sa simplicité.

Tel qu'il est, ce volume, sorti des presses de Chamerot, se recommande à l'attention des connaisseurs les plus difficiles, et il sera certainement apprécié comme la nouveauté la plus séduisante de cette année.

Librairie Fume, Jouvet et G^e. -» Les livres d'étrennes que la librairie Jouvet et C® publie à l'occasion du jour de l'an sont cette année particulièrement originaux et séduisants; aussi leur succès nous paraît-il dès à présent assuré, car la

maison Furne-Jouvet, l'une des plus anciennes de Paris, tient à assurer son bon renom, et même à augmenter sa popularité.

La Mariney croquis humoristiques^ marins et navires anciens et modernes^ par Sahib (i vol.; 10 fr.), est une peinture vivement enlevée des différents types de marins et de bâtiments depuis la plus haute antiquité jusqu'à nos jours. L'auteur, qui, à la fois, a écrit le texte et dessiné les gravures, a plutôt eu l'intention de soumettre au public un luxueux album qu'un livre. Son but a été de grouper, dans un espace relativement restreint, le plus grand nombre possiblede marins des diverses époques, avec leurs navires et leurs costumes, et cela au moyen de très nombreux dessins en noir dans le texte et d'aquarelles tirées à part. Son intention n'a point été de faire ressortir le côté « charge », nos braves marins et leurs officiers ne devant inspirer que sympathie et déférence, mais au contraire de mettre en lumière le côté saillant propre à chaque individu, suivant sa situation et son temps. Sans doute, le côté plastique et mouvementé d'une profession si complexe donne des tournures amusantes aux personnages, mais c'est ainsi qu'il en doit être, le propre du marin n'étant pas d'être guindé, surtout chez lui. Bien entendu Sahib, dont tout le monde connaît, au point de vue maritime, le crayon soigneux et épirituel en même temps que la compétence technique, n'a pas voulu faire une histoire de la marine, mais il a décrit les navires dans leur forme exacte, toujours en rapport avec le goût du moment et le degré de science de l'époque.

Le livre de Sahib fera la joie du monde maritime, et il sera d'autre part aussi bien accueilli à Paris qu'à Toulon et à Cherbourg, où il divertira toute la brave population de nos matelots et de leurs chefs.

Les Aventuriers de l'Amazone. — La région du grand fleuve de l'Amazone, avec ses immenses forêts remplies de serpentsd'une longueur et d'une grosseur inconnues ailleurs, de caïmans de jaguars, de couguars féroces, de rapaces terribles, de singes, d'insectes, de tamanoirs, de tatous et de tant d'autres animaux curieux, ou la végétation dépasse en splendeur tout ce qu'on peut rêver et qu'habitent des Indiens anthropophages, tel est le cadre merveilleux dans lequel se déroule une des œuvres les plus attachantes, les plus instructives et les plus morales d'Armand Dubarry, /es Aventuriers de l'Amazone (i vol. in-8*^; 10 fr.). Ne pouvant analyser ici ce livre avec grands détails, il suffit de dire que ses deux héros, un ingénieur français et une fillette indienne d'un dévouement sublime, que persécutent et chassent une bande de forbans exotiques et des

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sauvages cannibales y jouent, à travers de poignantes péripéties, des rôles aussi touchants qu'émouvants. Alexan-dre de Bar et Sahib ont représenté et animé dans de charmants dessins ces magnifiques contrées si peu connues du public français.

La maison Jouvet et C**, qui a édité les plus célèbres histoires de la Révolution française, celles qui ont pour auteurs Thiers, Henri Martin, Louis Blanc, Lamartine, Ernest Hamel, ne pouvait laisser passer le Centenaire de 1789, sans le marquer par une de ces publications populaires, libérales dans le fond et artistiques dans la forme, dont elle a la spécialité depuis de longues années. U Album du Centenaire de 178 g, dû à la collaboration de MM. Augustin Challamel et Désiré Lacroix, forme un beau volume in-4® renfermant 486 scènes historiques, monuments ou portraits authentiques dessinés par d'éminents artistes : A. de Neuville, Bayard, Philippoteaux,Thorigny, Clerget, Rousseau, etc., etc. C'est un musée complet des hommes et des choses de la Révolution française, qui retrace par la plume et le crayon cette époque de tous points mémorable, commençant aux précurseurs du mouvement de 1789 et finissant à la rupture du traité d'Amiens, en i8o3. Chaque page de cet ouvrage contient un important événement ou des biographies racontées avec une rare impartialité. Ce livre saisissant gravera dans la mémoire des Français tout ce qui se rattache à leur émancipation politique et sociale, aux luttes, aux grandeurs, aux sacrifices et aux succès ou aux revers de leurs ancêtres immédiats.

Le grand ouvrage de M. Louis Figuier, les Merveilles de la science^ (5 fr.), publié en quatre volumes depuis un certain nombre d'années, et dont le succès a été considérable, avait besoin d'être mis au courant des inventions récentes. C'est dans ce but qu'est mis en vente le Supplément à cet ouvrage destiné à exposer les découvertes scientifiques faites depuis l'année 1870 jusqu'à ce jour. Ce supplément sera complet en deux volumes. Sans doute, ce nouvel ouvrage a sa vie propre, car certaines découvertes datent de peu de mois; mais il est toutefois le complément indispensable des Merveilles de la science dont il doit former les tomes V et VL En effet, il continue, complète et conduit jusqu'aux derniers progrès de la science l'exposé des admirables découvertes scientifiques qui, dans ces derniers temps, ont transformé jusqu'à la perfection les machines et appareils qui ont produit le grand essor industriel dont nous venons d'être les témoins. Le premier volume du Sup' plément aux Merveilles de la science (10 fr.), illus-

tré de 536 gravures, qui est paru, renferme le supplément à la machine à vapeur, aux bateaux à vapeur, à la locomotive et aux chemins de fer, aux locomobiles, à la machine électrique, au paratonnerre, à la pile de Vol ta, à l'électro-magnétisme, aux aérostats, aux diverses télégraphies, le téléphone, etc., etc. Il représente, en outre, et décrit la plupart des chefs-d'œuvre de mécanique que l'Exposition universelle vient de nous montrer dans toute leur splendeur.

Rappelons, en terminant, les succès de l'année dernière ; dans la série des volumes in-4'*, illustrés avec luxe, les Contes de la mer et des grèves^ par Jean de Nivelle (Charles Canivet), le quatrième ouvrage couronné par l'Académie française, de cette charmante collection, qui contient déjà neuf volumes : Nos petits braves y par C.-E. Matthis; Nos petits amis, par Albert Girard, ces derniers volumes, 6 fr. 5o, et le volume gr. in-8" de Jules Gourdault, De Paris à Paris à travers les deux mondes y dont les magnifiques illustrations, le texte intéressant et curieux ont été appréciés par les amateurs de bons et beaux livres (10 fr.).

A. Hennuyer. — L'imprimeur-éditeur de la rue Laffitte, M. A. Hennuyer, nous envoie deux beaux volumes élégamment cartonnés.

Paris. Promenade dans les vingt arrondissements (i vol. pet. in-S*»; prix, br. i3 fr.), par Alexis Martin, est orné de 44 gravures hors texte et de 21 plans coloriés. Palais, monuments civils, églises, temples, lycées, collèges, écoles, hôpitaux, hospices, institutions de charité, musées, théâtres, parcs, jardins, squares, monuments commémoratifs et statues, l'auteur a tout vu et tout décrit. Il a su grouper dans un espace relativement restreint, avec l'aide, disons-le, d'une typographie compacte sans être lourde et sans cesser d'être agréablement lisible, les renseignements et les appréciations qui peuvent servir à fixer la physionomie du Paris actuel. Les figures sont d'une grande netteté, les sujets en sont intelligemment saisis et donnent bien l'impression qu'elles sont chargées de communiquer.

L'autre volume est une réédition d'un écrit qui a eu déjà beaucoup de succès parmi les jeunes lecteurs : VHetman Maxime^ par Etienne Marcel (gr. in-8<»; prix : br. 7 fr.). Cette nouvelle édition est illustrée de 35 gravures, dont 16 hors texte, par Paul Mervvart. C'est un charmant livre d'étrennes, qui a sa réputation faite et sur lequel il est, par conséquent, superflu d'insister.

Librairie d'éducation de la jeunesse. —

Cette maison,'récemment fondée rue de l'Abbaye,

LIVRES D'ÉTRENNES

a déjà à son actif un bon nombre de publications qui lui font honneur et justifient pleinement le titre qu'elle a pris. Pour les étrennes de cette année, elle met en vente un récit de M. Fernand Caluettes, intitulé Sœur aînée (gr. in-8°; prix : 9 fr.), illustré de 20 grandes compositions sur bois. C'est l'histoire d'une jeune fille qui, par sa tendresse et son énergique douceur, aplanit à ceux qui l'entourent les difficultés d'une vie de misère et finit par vaincre le sort. L'auteur a déjà, l'an dernier, publié à la même librairie un volume d'inspiration analogue : Brave fille, qui a été jugé, par l'Académie, digne d'une part dans la distribution des prix Montyon.

Dans une autre note, et pour les garçons cette fois, M. Henri de Brisay donne un pendant à son Histoire d*un bonnet à poil dans l'amusant et captivant récit de cape et d'épée qu'il intitula Fiantberge au vent (i vol. gr. in-S"*; prix : 9 fr.). Les aventures les plus extraordinaires s*y succèdent sans interruption jusqu'au dénouement, qui se place au milieu du triomphe de Fontenoy. Ce livre, d'allure bien française, est très joliment illustré par Job, qui dessine de spirituels et vivants personnages dans les décors d'un xviii* siècle pimpant.

Ces. deux volumes sont d'une belle facture typographique et méritent d'être recherchés des parents désireux de s'assurer une longue reconnaissance pour leurs cadeaux du jour de l'an.

Librairie des bibliophiles. — Éditions Jouaust, — Ainsi que nous avons eu plusieurs fois l'occasion de le faire remarquer, la librairie des Bibliophiles ne fait pas paraître ce qu'on appelle ordinairement des livres d'étrennes, mais elle n'en réserve pas moins pour la fin de l'année ses plus belles publications à gravures. Fidèle à cette tradition, elle se présente encore cette fois au public amateur avec plusieurs ouvrages dignes de fixer son attention.

Nous signalerons d'abord, dans la Bibliothèque artistique moderne, qui doit comprendre les principaux chefs-d'œuvre littéraires du xix" siècle, le tome P' du Théâtre d'Alfred de Musset, qui formera quatre volumes. On ne peut que féliciter l'éditeur d'avoir voulu représenter Alfred de Musset dans sa collection par cette partie si vivante, si variée et si originale de son œuvre, et les bibliophiles vont accueillir avec joie cette édition qui leur était promise depuis si longtemps. Le volume qui vient de paraître débute par une attrayante étude de M. Jules Lemaître sur l'auteur des Comédies et Proverbes.

M. Ch. Delort, l'auteur des dessins placés en tête de chaque pièce, a rendu avec beaucoup

de finesse et d'exactitude les scènes qu'il avait à traduire, et il a trouvé dans M. Boilvin, aujourd'hui le grand-maître de l'eau-forte, un admirable interprète de ses compositions. Le prix du volume est de 25 francs.

Il est fâcheux, sans doute, que le Théâtre de Musset n'ait pu paraître en entier pour la fin de cette année, car les quatre volumes qui doivent le composer auraient fait le plus merveilleux cadeau qu'on pût offrir dans le monde des amateurs. Mais un cadeau de ce genre peut se faire en plusieurs fois; et puis les personnes qui tiendront à acheter un ouvrage complet n'auront que l'embarras du choix parmi ceux qui sont déjà entrés dans la Bibliothèque artistique moderne. Ce sont : les Contes d'Alphonse Daudet (i vol., 3o fr.), avec eaux-fortes de Burnand; — le Roi des montagnes, d'About (i vol., 3o fr.), et le Capitaine Fracasse, de Th. Gauthier (3 vol., 75 fr.), ces deux ouvrages avec des dessins de Delort gravés par Mongin; — Une page d'amour, de Zola (2 vol.) et bien d'autres publications curieuses.

Dans la Petite Bibliothèque artistique, déjà si riche en ouvrages de toute sorte, on trouve cette année la Nouvelle Héloîsey qui vient faire le pendant des Confessions, publiées il y a quelques années. Cette fois encore, c'est Hédouin qui a été appelé à interpréter l'œuvre de Rousseau; mais il n'a pu faire que six compositions, une pour chaque partie, la mort étant venue le surprendre au moment ou il s'apprêtait à en doubler le nombre. Aussi l'éditeur a-t-il cru devoir joindre aux planches d'Hédouin, tirées hors texte, douze en-têtes et culs-de-lampe de Lalauze, qui représentent aussi des scènes du roman. Ces deux suites d'eaux-fortes, conçues dans un esprit différent, viennent se compléter sans se nuire, et concourent à faire de celte publication un des ouvrages les plus curieux qui aient été offerts depuis longtemps aux amateurs de livres à gravures.

La Nouvelle Hélùise est réimprimée en six volumes, conformément à l'édition originale, dont on a suivi fidèlement le texte, le seul que l'auteur ait reconnu comme exact. Le tome !•' contient une très intéressante préface de M. Grand-Carteret, si justement estimé pour ses travaux sur la vie et les œuvres de Rousseau.

Dans le format de la Petite Bibliothèque artistique, il ne faut pas oublier la collection plus modeste des Chefs-d'œuvre inconnus, dont les eaux-fortes de Lalauze ne sont pas le moindre attrait. Cette charmante collection vient de donner l'Almanach des bizarreries humaines, une piquante fantaisie du conventionnel Bailleul, remise au jour par M. A. Aulard, l'un des hommes

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les plus compétents pour tout ce qui se rapporte à l'histoire de la Révolution française.

Bien des amateurs ont une prédilection marquée pour la jolie Collection-Bijou, dont les séduisants volumes, avec leur texte encadré de filets rouges et orné d'eaux-fortes et de gravures sur bois, semblent faits spécialement pour être . offerts à des personnes dont le goût artistique se plaît à un luxe discret et de bon aloi. Aussi sommes-nous heureux de signaler comme venant de paraître dans cette collection une ravissante édition de l'Orestfe d'Eschyle, précédée d'une notice de Jules Lemaître, et ornée de dessins de Rochegrosse. Ces dessins, aussi remarquables par l'ingéniosité de la composition que par leur profond seniimem de i'antiquilé, ont été merveilleusement gravés à l'eau-forte par ChampolUon. Jusqu'à présent, la Collection- Bijou n'avait guère donné que des ouvrages ayant un carcatère idyllique et pastoral; mais l'éditeur, voulant avec raison sortir d'un cadre aussi restreint, a pris le parti d'y faire entrer toute oeuvre qui, par ses petites dimensions et sa grande valeur, mérite d'être placée dans un écrin.

Les livres qui ont paru précédi Paul et Virginie (i5 fr.), Atala et René (20 fr.l, la Psyché de La Fontaine (îo fr,), l'Aminte du Tasse {20Îr.), Anacréon{ioiT.), Théocrite{iok,\. Le Daphnis et Chloé, qui avait inauguré la collection, est épuisé depuis longtemps.

Les amateurs de livres d'art retrouveront avec plaisir le Livre d'or du Salon de peinture et de sculpture (prix : zS fr.), rédigé par M. Georges Lafenestre, et contenant ta reproduction à l'eauforte des principales œuvres du Salon annuel. On comprend l'importance et l'intérêt toujours plus grands que prend cette publication, qui en est à sa onzième année et dont la collection formera l'histoire en même temps la plus exacte et la plus pittoresque de l'art à notre époque.

Librairid Charles Delagrave. — Lamatson Delagrave nous fait parvenir en dernière heure ses publications d'étrennes, de telle façon que,

I pris par le temps et la mise sous presse, nous ne pouvons que parcourir ses nouveautés

pour 1890.

Nous avons déjà parlé, il y a quelques mois, dans le corps de cette revue, de la belle publication d'Hippolyte Gautier, l'An iy8g.(gTand in-4*, 5o fr.); aussi n'y reviendrons -nous qu'à titre de simple mention. Nous prêterons plus d'attention à la Farce du pâté et de la larie, comédiedu XV" siècle, arrangée en vers modernes par Gassier de Brulier, avec 9 planches en laille-douce de Geoffroy (i album in-8', 8 fr.). Ce joli recueil fait la suite de cette ingénieuse série entreprise par M. Delagrave et qui compte déjà la Farce du cuvier et la Farce de Maître Pathetin, si délicieusement illustrée par Boutei de Monvel.

Dans la note du pittoresque, la maison Delagrave publie les Cévennes, par E, Martel, avec de nombreuses illustrations et cartes (i vol. in-S*, 5fr.); très joli et intéressant ouvrage qui est la digne continuation des ^f/ies, par Emile Lcvavasseur, publication de la même librairie. A la hâte indiquons les titres des nouveautés enfantines : le Guignol des Champs-Elysées, par Arsène Alexandre et Adolphe Tavemier (i vol. petil in-4*, 5 fr.); le Tueur de daims, d'après Feaimore Cooper,par Meryem Cecil, illustrations de Zier (i vol. petit in-4'', * fr. 5o) ; puis enfin l'Histoire de praline, de H. Pravaz; Mam'jelle Frijetle de A. Piazzi (i fr, 90), etc., etc. La librairie Delagrave s'est, on le voit, presque spécialisée cette année dans le petit monde.

La Librairie Pion et C" et diverses autres

maisons d'édition apportent un tel retard dans leur mise en vente d'ouvrages d'étrennes que nous ne pouvons attendre ni signaler les nouveaux livres dont ils ont doté l'édition française ; c'est donc avec regret que nous passons outre, sans pouvoir cette fois-ci donner au grand complet la liste des beaux livres d'étrennes pour 1890. On conviendra, cependant, par l'abondance de ces colonnes, que les imprimeries n'ont point chômé en ces derniers mois. x. v. z.

ROMANS - CONTES — NOUVELLES — FACÉTIES

Sous-Offs, par Lucien Descaves. Paris, Tresse et Stock; 1890. Un vol. in-i8 Jésus. — Prix : 3 fr. 5o.

C'est un livre terrible et d'un intérêt douloureusement passionnant que l'importante étude que Lucien Descaves vient de consacrer au monde militaire sous ce titre bref, mais bien significatif, 5oMï-Ojfs. jusqu'à ce jour, les œuvres similaires, ou tout au moins, pour dire mieux, car le livre de Descaves ne ressemble h aucun autre, les œuvres dans lesquelles on a étudié l'armée se préoccupaient surtout du simple soldat, de la . monotonie et de l'ennui de l'existence militaire, des vices et des tyrannies des officiers; celle-ci, plus vitriolante, plus révélatrice, va fouiller une des plaies les plus atroces de cette grande servitude moderne, de ce grand esclavage blanc, voulu par la tyrannie aveugle des guerres, en peignant la vie du sous-officier, et principalement celle du sous-officier comptable, du fourrier, du sergentmajor- Par out-dire, tout le monde connaît vaguement ce mot d'argot troupier gourbi, qui est dans l'armée ce que l'anse du panier est dans le civil; mais il n'avait pas encore été permis de pénétrer jusqu'au fond de l'abîme, d'en connaître les coins et recoins, d'en explorer le fond vaseux. Lucien Descaves, dans un livre d'implacable conscience philosophique, de haute probité' humaine, met à nu le mal hideux, l'analyse sans miséricorde, indifférent aux hurlements de fureur qu'il va soulever, aun rugissements de douleur qu'il arrachera à ceux qu'il stigmatise d'une plume rougie à blanc. Ce roman n'est ni une œuvre de rancune ni une œuvre de haine, c'est le cri de révolte naturelle arraché ù un esprit soucieux avant tout de la dignité humaine, préoccupé aussi des remèdes de toute sorte que l'on doit apporter à un des plus monstrueux étal de choses

existant. Remédier à d'aussi abominables abus, les divulguer par une fidèle peinture des êtres, des choses, des milieui, tel est le but élevé de ce volume, d'une vérité impitoyable, d'une saisissante et rude moralité. On sort de cette lecture comme d'un cercle de l'enfer du Dante, qui épouvante et qui attire, avec le frémissement d'une âme inquiétée, remuée jusqu'aux fibres, mais aussi avec la persuasion que l'écrivain de talent a fait œuvre de pitié et de justice en jetant un peu de lumière dans ce cachot obscur, en réclamant aussi éloquegiment en faveur de ces déshérités ensevelis sous les grands mots ronflants de discipline et d'honneur, comme un confus amas de morts et de blessés oubliés sous les plis flottants et claquants du drapeau de la patrie.

Dernier amour, par Georges Ohnet. Paris, Paul Ollendorff; 1889. Un vol. in-18 Jésus. — Prix : 3 fr. 5o.

volume de Georges Ohnet se distingue de ses précédentes œuvres par l'effort visible qu'on y constate de simplifier l'action, de la réduire aux quelques scènes principales et d'étudier surtout l'intimité psychologique, le cerveau et le cœur de ceux dont il nous conte l'histoire. Dernier amour, c'est la lutte suprême delà femme, à laquelle la jeunesse échappe, qui aconlinué de vieillir, elle, quand son mari restait toujours aussi jeune, toujours aussi séduisant. Cette femme si heureuse, si comblée de tout jusque-là, cette femme qui a connu tous les triomphes de la beauté, qui a goûté toutes les satisfactions de la richesse, tous les orgueils du rang, toutes les joies enivrantes de l'amour partagé, se heurte à la jalousie comme ;"i l'écueil fatal contre lequel elle se perdra inévitablement. Son mari, qui l'a

adorée, qui l'a eue pour maîtresse avant de l'avoir pour femme légitime, cesse de l'aimer, adore une autre femme plus jeune, plus belle, une cousine d'Amérique subitement retrouvée, qu'il voit d'abord en cachette et qui, du premier jour, du premier coup d'œîl, lui cueille le cœur comme un fruit mûr. Désormais pour lui, plus rien n'existe du passé; mais comme c'est un homme d'honneur, il lutte, il souffre, il combat. La femme surprend son secret, met tout en œuvre pour briser cet amour, pour ramener à elle celui qui la fuit. Rien n'est plus touchant que celte lutte longue et pénible, que les mille péripéties de ce drame du cœur, à la fin duquel son cœur se brisera pour toujours, et elle ira chercher dans la mort le repos qu'il lui est impossible de retrouver sur la terre. Des personnages intéressants à divers titres gravitent autour des trois héros du roman, mais en leur laissant bien tout leur relief; et sur le fond sombre de cette tragédie domestique se détachent très nettement en vigueur les figures du comte de Fontenay, de la comtesse et de la jolie Américaine, Lucie Audrimont. C'est un livre trempé de larmes, dont 1 assure le succès.

ScènoB de la vie cosmopolite, par Edouard RoD. Paris, Perrîn et O'; 1889. Un vol. in-i8 Jésus. — Prix : 3 fr. 5o.

Sous ce titre, Edouard Rod vient de faire paraître une série de très remarquables nouvelles, qui tranchent sur la masse des productions habituelles par leur forme charmante, par leur haute saveur philosophique et en même temps par l'intensité de vie qui s'en dégage. Rien de plus simple, de moins compliqué que les sujets traités par l'écrivain, mais cependant rien de plus pénétrant, rien qui vienne mieux caresser les fibres les plus intimes de l'âme et du cœur. Il y a de tout dans ces singulières et attrayantes histoires qui s'appellent : LiUth, l'Eau et le feu, l'Idéal de M. Gindre, le Pardon, la Dernière idylle, Noces d'or ; de l'émotion, du rire , des larmes. Le comique s'y mêle parfois, dans une mesure très légère, mais très adroite, au sentiment, sans jamais empiéter sur lui, ni lui causer le moindre préjudice. Il y a du Topffer dans Edouard Rod, mais un Topffer modernisé, ne poussant pas la raillerie trop loin, n'allant jamais jusqu'à la caricature. On peut sourire ii l'esquisse plaisante qu'il trace d'un amoureux, on ne s'en moque jamais, que ce soit l'excellent M, Gindre ou l'adorateur de Lililh. Une observation très aiguû analyse les défauts humains, M. Waller des Noces d'or est terrible d'égoïsme persévérant, de

tyrannie domestique, autant que sa pauvre femmi; est attendrissante. Le Pi7riioi7 est un drame saisissant en sa brièveté, et la Dernière idylle adorablement touchante. Nous estimons que ze recueil est une des meilleures œuvres d'Edouard Rod et qu'elle ne contribuera pas peu k justifier sa réputation r

HadetnoiseUe de Bardelys, la Dame dn beau logis, par Paul Perhet. Un vol. in-iS. Paris, 1889; Alphonse Lemerre, éditeur. — Prix : 3 fr. 5o.

Deux récils pleins de péripéties, pleins d'intérêt par conséquent pour qui aime les péripéties; le petit malheur, c'est qu'ils manquent de nouveauté dans les détails comme dans la donm-e. Le premier nous reporte à La fin de la Fronds en Bretagne, le second à la guerre de Vendée. L'aventure de M'" de Bardelys, contée avec plus de méthode, tourne court et semble tronquée ; celle, — beaucoup moins noble de M"" d'Assérac, — s'allonge dans la confusion. M. Perret y peint en pied un Charette très curieux, en ce qu'il ne ressemble guère à un héros chrétien, mais a tout l'air d'un forban turc, religieusement fanatique, ignominieusement chercheur de femmes, et, sous couleur de politique, odieusement criminel. v. i.

La Décadence latine. — Ëthopée. — VI. La victoire de Marie. Avec commémoration de Jules Barbey d'Aurevilly et son médaillon inédit, par la comtesse Antoinette de Guerre, par JosépMrn Péladan. Un vol, in-18", xxxvi-249 Paris, E Dentu, 1889. — Prix : 3 fr. 5o.

Dans la « Parabase u de ce sixième livre de r B Ethopée n, l' a éthopoète n Péladan accuse B le silence ou la négation » qui accueille son œuvre, tout en annonçant qu'il n continuera ses psychologies héroïques, y mêlant toujours un arcane de la sainte magie », et en se déclarant e satisfait pleinement d'être l'élu du petit nombre et le coryphée de l'Aristie ».

Ce contentement, pour hautain qu'il soit, esta la portée de tout le monde :

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et puise assez de bon sens dans sa vanité pour s'écrier; a Celui-ci seul a du goût! i

Ce n'est point pour M. Joséphin Péladan qup je dis cela, qu'on ne le suppose pas un instant. J : voudrais seulement indiquer combien est futili^ cette prétention aux suffrages d'une élite, et aveo

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CRITIQUE LITTÉRAIRE DU MOIS

quelle facilité les plus déterminés cacographes peuvent se faire des mines au miroir en s'y trouvant Tair exquis d'un aAriste ».

M. Péladan mérite mieux que Pencens d'une petite chapelle. Son talent n'est pas la pâle lampe piquant d'un point clair la pénombre d'un sanctuaire infréquenté. C'est bien plutôt le panache fuligineux, chargé de vapeurs et de scories, mais pénétré de flammes et couronné de lueurs, qui surgit au sommet volcanique et tourmenté d'un mont.

Cette lumière ne plaît pas à tous les yeux ; elle effraye les uns, rebute les autres; peu sont les hardis et les curieux qui la prennent pour phare ou se plaisent à explorer, sur ses bords et dans son fond, ce cratère; mais enfin elle brille, et quiconque passe la voit.

Ne parlons donc ni de silence ni de négation. M. Joséphin Péladan écrit des livres dont la destinée est d^être discutés, critiqués, raillés, condamnés même par certains avec haine ou colère, parce que, langue, style, pensée, théories, tout y est contestable, hormis le talent. Ce sixième volume de ce qu'il appelle, — j'avoue que je n'en ai pas encore bien saisi la. raison, — son élhopée de la décadence latine, ne fait pas exception dans son œuvre. La Victoire du mari est, comme tout le reste, de la psychologie passionnelle et, si je puis dire, physiologique, emmêlée de magie, de thaumaturgie, d'hypnotisme, de magnétisme, d'incantations, de suggestions, de symbolisme musical et wagnérien ; et le Deus ex machina des épopées classiques y est remplacé par le perisprit de feu Allan Kardec. Seulement, chez M. Joséphin Péladan, cette projection éthéréenne de l'âme s'appelle « corps astral », et est formée de « coagulats fluidiques », donnant sous les doigts « l'impression d'un très mince caoutchouc tiède ».

C'est avec son corps astral que le docteur Sexthental abuse de la femme de son disciple Adar, pendant que celui-ci veille auprès du corps terrestre du docteur, et, le poignard à la main, empêche, en l'absence de l'âme, les n élémentaux » d'y entrer. Mais le disciple se vengera du maître et le frappera précisément dans son péché. Après une longue préparation d'études, au milieu des creusets et des in-folio, Adar évoque, de Nuremberg en son château bordelais de Mussidan, où il s'est réfugié avec Izel après le naufrage de leur amour, le corps astral du docteur allemand. Sex-

tenthal, ou plutôt son âme projetée, arrive par la fenêtre ouverte, dans la chambre où Izel, « toute vêtue sur son lit, attendait, atrocement palpitante ». — « Tout à coup, Adar leva l'épée et pointa dans le vide ; ce fut un éclair, calme ; puis se tournant vers elle : — Vous êtes vengée, Izel 1 » — f Sa pointe d'acier, crevant le coagulât fluidique », avait rompu « l'ombilication de Tâme avec le corps » où elle ne pouvait plus rentrer désormais; car « la mort n'est rien qu'une morsure faite à Tâme et qui la démarre du corps ».

Ni cette exécution impalpable ni cette explication limpide n'ont le pouvoir de faire revivre dans le cœur d'Izel son premier amour pour le justicier. Mais Adar, prouvant la vérité de la théorie de M. Joséphin Péladan que, si la femme est l'intuition, l'homme est la raison, se décide, non sans lamentation, thème mortuaire, télétie et péan, à résoudre sa science magique en passion humaine, à échanger ses évocations et ses projections spirituelles contre de sensationnelles étreintes, et à prendre ainsi le vieux moyen naturel, éternel, très banal et seul bon, qui lui permette, ayant vengé sa femme en mage, de la reconquérir en amant.

L'impression qui reste de ses pages étranges est comparable à l'engourdissement voluptueux et hagard qui succède aux violences convulsives des embrassements où le corps s'épuise sans s'assouvir, ou aux assauts de cauchemars que la fièvre pousse au cerveau, des sanguins.

Par un sentiment de piété littéraire et d'amitié personnelle qui fait grand honneur à l'homme et à l'écrivain, M. Péladan a mis en tête de son livre une étude émue et vibrante en « commémoration du connétable des lettres françaises, duc de Normandie, maître de Malte, grandvidame de France, Jules Barbey d'Aurevilly ». L'excentricité où s'emporte l'éloge de l'éthopoète peut parfois inquiéter le profane et faire sourire le sceptique; mais on est, quand même, gagné par sa chaleur et sa sincérité. Seulement, il est permis de le dire, M. Péladan se montre un peu trop le disciple de d'Aurevilly, et les fidèles du Maître défunt se permettent un vague sourire en lisant le langage que l'auteur prête à l'illustre mort qui était en véritable inimitié avec M. Péladan bien avant son départ pour la glorieuse éternité.

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MÉLANGES LITTÉRAIRES ■ Criliqut. — Philologie. —• Linguistique.

Figures littéraires, par Paul Deschanel, député. Un vol. in-i6.Paris, CalmannLévy; 1889. — Prix : 3 fr. 5o.

Quand nous parlions ici même, au commencement de cette année, des Figures de/emmes, que venait de publier le jeune et aimable écrivain, et où il avait peint surtout des femmes du passé, nous exprimions le vœu que l'auteur y ajoutât quelques figures prises parmi nos plus illustres ou nos plus charmâmes contemporaines. Notre espérance ne s'est pas réalisée. Figures littéraires, tel est le titre du nouveau volume que présente aujourd'hui au public M. Paul Des- Chanel. Nous ne nous en plaindrons pas. Nous y trouvons ta preuve du talent très varié de l'auteur, qui, après avoir tracé avec beaucoup de finesse et de goût les portraits de M"* du Deffand et de M°' d'Epiooy, de M"" Récamieret de M"* de Beaumont, entre lesquelles se partagea le cœur de Chateaubriand, de la reine Elisabeth et de l'impératrice Joséphine, sait aujourd'hui nous peindre d'un pinceau savant et ferme des portraits de Rabelais et de Diderot, de Sainte- Beuve et de Paul Bourget, de Mi^net et de Paul Dubois l'universitaire, d'Edgar Quinet et de M. Renan.

Indépendamment du mérite littéraire, très considérable, que possède ce volume, et des qualités critiques remarquables qu'il révèle chez son auteur, il se recommande encore à un autre titre. L'on y trouve l'article par lequel M. Paul Deschanel débuta, il y a quatorze ans, dans les lettres. C'est une étude sur Rabelais, qui parut en 1875 dans la Revue politique et littéraire, la Revue bleue, comme on dit aujourd'hui. L'auteur avait alors dix-neuf ans, et ni M. Gebhart ni M, Stopfer n'avaient encore publié sur Rabelais les importants ouvrages qui portent leur nom. Le jeune écrivain n'en traita pas moins très complètement son sujet; et même, après ces deux livres sur Rabelais, son travail conserva un très grand prix. Il a su très bien indiquer comment Gargantua et Pantagruel, dont le pêle-mSle nous paraît souvent si étrange, s'expliquent par le milieu dans lequel ils ont été composés, par les moeurs, les événements, le caractère de ce

XVI* siècle, où tant d'éléments divers sont en quelque sorte en fusion pour produire quelques œuvres admirables.

En recueillant ces divers articles critiques, M. Paul Deschanel n'a pas suivi l'ordre chronologique. Nous nous sommes donné le plaisir de le rétablir, pour suivre mieux l'écrivain dans le développement de son esprit et de son talent. Cette sorte de transposition ne nous a d'ailleurs révélé aucune faiblesse, aucune lacuae dans les qualités littéraires dont il est doué à un si haut degré. Dans l'ttude sur Rabelais, nous trouvons la même maturité d'esprit que dans l'étude sur Paul Bourger, écrite neuf ans plus tard, et dans celle-ci autant de celte charmante fleur de jeunesse qu'il peut y en avoir dans celle-là.

A propos du romancier et du critique psychologue qui a composé le Disciple et les Essais de psychologie contemporaine. M, Paul Deschanel a écrit sur k génération nouvelle, à laquelle il appartient lui-même, une page tout à fait magistrale. Quand on a débuté dans la vie par le spectacle des terribles événements qui ont laissé la France mutilée, il a raison de dire qu'on penje à autre chose qu'à Julien Soret et à M*' Bovary, et qu'on se fait une autre conception de la vie que s'en faisaient les héros romanesques de Stendhal et Flaubert. On n'est ni rêveur ni pessimiste, et l'on trouve qu'étudier ces maladies des civilisations raffinées, c'est peut-être leur accorder une attention qui serait mieux employée ailleurs. M. Paul Deschanel donne à l'existence des hommes d'aujourd'hui un but à la fois plus noble et plus pratique. Ce but, il nous le montre comme écrivain; nous sommes persuadé qu'il saura l'atteindre, ou plutôt qu'il !'a déjà atteint comme député. E. A.

Hathématiquee et UathématioienB. Pensées et curiosités recueillies par A. Rebière. Ud vol. in-S", 181 pages. Paris, Nony et C"; 1880 — Prix ; 3 fr. 5o.

Comme fious le dit l'auteur dans un cour avant-propos, ce livre, sans figures et sans équs tions, peut être facilement parcouru par le Uc teur. Il y trouvera profit et agrément. Dans li première partie, qui est la plus importante

CRITIQUE LITTÉRAIRE DU MOIS

M. A. Rebière a réuni divers aperçus sur les mathématiques, empruntés aux philosophes, aux historiens, et surtout aux mathématiciens euxmêmes. Dans les deux parties suivantes se trouvent les anecdotes, les paradoxes et les singularités. Enfin les deux dernières parties contiennent un choix de problèmes célèbres ou piquants.

On le voit, ce livre n'est pas, à proprement parler, un ouvrage de mathématiques, mais il complète heureusement tous les traités et écrits techniques sur la matière, et il est fait pour charmer tous les esprits cultivés.

Personne n'a été oublié dans ce savant et aimable recueil. Les bibliographes y trouveront, en appendice, une liste de livres peu communs ou peu connus, pour la plupart, sur la philosophie, l'histoire, les applications, l'enseignement et les curiosités des mathématiques. Un index ou table analytique, comprenant les noms de choses ^t ceux de personnes, permet de suivre, en se reportant aux divers renvois, le même sujet à travers le^ divisions du livre tout entier.

Un des écrivains cités par M. A. Rebière dit que les mathématiques sont comparables à un moulin à café qui rend parfaitement trituré tout ce qu'on lui a donnée mais qui ne rend que cela. La comparaison est fort juste : les mathématiques rendent, dans ce livre de M. A. Rebière, tout l'esprit qu'il sait si bien Uur donner, b.-h. g.

D'Alembert, par Joseph Bertrand» de l'Académie française, secrétaire perpétuel de l'Académie des sciences. Un vol. in-i6. Paris, Hachette, éditeur; 1889. — Prix ; 2 francs.

Ce volume fait partie de la petite collection des grands écrivains français, si heureusement

inaugurée par le livre de M. Jules Simon sur Victor Cousin, celui de Caro sur George Sand, celui de M. Léon Say sur Turgot.

M. Joseph Bertrand était l'homme qu'il fallait pour parler congrument de cet esprit complet qui fut d'Alembert, géomètre et littérateur. Il le fait revivre dans ces pages; il le juge avec indépendance ; il s'efforce d'être impartial, c'est-àdire que cette étude biographique n'est pas un panégyrique. Mais si M. Bertrand ne dissimule pas les imperfections du talent et du caractère de son personnage, du moins il les explique, ce qui est presque les excuser, sinon les justifier. Avec raison il lui reproche d'être un peu verbeux, reproche gros, car s'il fallait prendre à la lettre la sentence de Boileau, pour n'avoir point su se borner, d'Alembert ne devrait point prendre rang dans cette collection des grands écrivains,

D'Alembert, en allongeant des développements, avait à cœur de montrer qu'il n'est pas vrai « qu'en pénétrant dans le domaine étroit des vérités démontrées, on se condamne à n'en plus sortir, et que l'habitude de la ligne droite rende l'esprit mauvais juge des gracieux détours de*la fantaisie ».

Nous ne ferons pas un crime à M. Bertrand, mathématicien, d'avoir fait comme d'Alembert, et insisté trop sur les détails anecdotiques et sur les controverses littéraires. Il Ta fait avec goût, avec sincérité; et, tout en se plaisant à donner la preuve de la connaissance large qu'il possède de l'entourage de d'Alembert, — idées, choses et gens, — il instruit le lecteur en même temps qu'il l'intéresse et parfois même l'amuse.

PZ.

HISTOIRE Chronologie — Documents — Mémoires

Un libre penseur du XYI® siècle : Érasme,

par Emile Amiel. Un vol. in-18, xii-452 pages. Paris, Alphonse Lemerre; 1889.

M. Emile Amiel, quij après s'être essayé dans l'histoire de l'éloquence de la Rome antique^ paraît s'être cantonné dans l'étude des érudits de la Renaissance, et qui publiait naguère une

étude remarquée sur Juste Lipse, vient de donner un travail analogue. sur Érasme.

Les grands sujets, littéraires sont comme une bortne terre qui, plus elle, est travaillée, plus elle donne de récoltes et dépasse les espérances. C'est ainsi que, à propos d'un homme qui paraissait étudié sous toutes les faces, et dansL une époque fouillée en tous sens avec acharnement depuis

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près d'un siècle, M. Amiel trouve à présenter, sinon des faits inconnus, au moins des aperçus nouveaux. Il ne se borne, en effet, à retracer, avec plus ou moins d'éclat de style et de talent d'exposition, la vie du grand humaniste de la Renaissance ; il fait, le premier, ressortir l'unité de cette vie, que beaucoup ont soupçonnée d'inconséquence ou de timidité, parce qu'Erasme, partisan de toutes les réformes, se tint obstinément en deçà de la Réformation. Le grand effort de ce libre et ingénieux, mais nullement subversif esprit , fut de séculariser les intelligences , d'établir, sans rébellion ni déchirement, les droits de la recherche indépendante, et de substituer la fécondité de la méthode rationnelle à la stérilité de la scholastique. Érasme a mené de front les questions littéraires et les questions religieuses; partisan du libre examen, il a, avec l'entraînement d'une logique plus apparente que réelle, soutenu contre Luther le libre arbitre; et il est en Europe un des plus anciens et des plus évidents précurseurs de la doctrine de l'évolution. Cette figure d'Érasme, familière depuis longtemps, prend ainsi, sous la plume de M. Amiel, des traits particuliers, une expression plus intime et plus rare, où l'on peut mieux lire le fond même de l'homme. M. Amiel, en traçant ce beau et ressemblant portrait, a eu encore, il le proclame dans sa préface, un autre but : il a voulu

montrer, en un de leurs plus accomplis représentants, la puissance éducatrice des <i bonnes lettres », si attaquées, si décriées, si profondément sapées de nos jours. Ce faisant, il reste, comme le grand esprit qu'il analyse, dans la modération qui, entre l'antagonisme et les contradictions des irréalisables absolus, constitue l'humaine vérité. La solution des questions si controversées d'enseignement secondaire, d'enseignement spécial et d'enseignement professionnel, est indiquée dans ces quelques pages, nettes et justes, que nous recommandons aux méditations du conseil supérieur chargé de l'élaboration des réformes et de la rédaction des programmes.

Nous ne reprendrons qu'un mot dans l'ouvrage de M. Amiel, et ce mot, qui revient en conclusion à la dernière page, est celui du titre : « Un libre penseur. » Sans doute Érasme pensa librement, mais sa liberté ne dépassa jamais les limites de la foi. Jusqu'à l'heure de sa mort, M. Amiel lui-même le rapporte, il fut plein de soumission à la volonté de Dieu, mettant toute son espérance dans le Christ. Ici, nulle équivoque n'est permise : Erasme libre penseur ne cessa jamais d'être chrétien.

La libre pensée contemporaine ne s'entend guère dans ce sens-là.

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Recherches pour servir à l'histoire des arts en Poitou, par Jos. Berthelé, archiviste du département des Deux-Sèvres, directeur de la Revue poitevine et saintongeoise, correspondant du ministère. Ouvrage couronné par la Société française d'archéologie. Melle, Ed. Lacuve, 1889. Un vol. in-8®, iv-498 p.

L'éminent archiviste de Niort, M. Jos. Berthelé, si connu des archéologues et des architectes érudits, donne, sous le titre collectif que nous transcrivons plus haut, un ouvrage important où il est traité de l'histoire de l'architecture et de l'histoire du mobilier dans l'ouest de la France, Nous ne pouvons mieux faire que de lui emprunter le résumé de son travail.

La partie architecture^ dit-il, comprend tout

d'abord trois chapitres de chronologie archéologique, où il s'est efforcé de préciser les dates de trois monuments poitevins d'une importance spéciale : i^ la crypte de Saint-Léger à Saint- Maixent (vii® siècle) ; 2° l'église de Gourgé (époque carlovingienne et romane) ; 3« l'église d'Airvault (x*, xi", XII* et xii^ siècles).

Viennent ensuite trois chapitres de généalogie archéologique, où il essaye d'expliquer certaines particularités non poitevines que présentent quelques églises romanes de la Vienne, des Deux- Sèvres et de la Vendée,, particularités qui se retrouvent dans plusieurs églises de la Charente- Inférieure. M. J. Berthelé les rattache, avec beaucoup de vraisemblance et de discernement, à des influences auvergnates, limousines^ périgourdines, angoumoisînes et champenoises.

CRITIQUE LITTÉRAIRE DU MOIS

Cette première partie se termine par un long chapitre, qui appartient à la fois à la chronologie et à la généalogie, et dans lequel l'auteur suit, depuis sa naissance jusqu'à ses dernières manifestations, cette élégante architecture Plantagenet, qui a couvert de chefs-d'œuvre TAnjou, le Poitou, la Touraine, etc. Les voûtes domicales et leurs dérivés avaient été jusqu'ici à peine étudiées dans leurs caractères techniques et leiir filiation. M. J. Berthelé s'efforce d'en analyser et d'en étudier les évolutions successives, du xn* au XVI i* siècle.

La seconde partie, Mobilier, débute par trois chapitres qui se rattachent à l'histoire de l'orfèvrerie. Les listes de reliquaires-chefs, de brasreliquaires et de vases sacrés antérieurs à la Révolution éviteront des recherches à travers des inventaires anciens publiés un peu partout, et ajoutent aux objets déjà décrits l'indication d'un certain nombre de pièces inédites, qu'il sera désormais facile aux spécialistes d'aller étudier.

Les huit derniers chapitres sont consacrés aux cloches poitevines du xii® au xix« siècle et aux

fondeurs de cloches ayant travaillé ou travaillant encore pour le Poitou. Ces chapitres, qui forment plus de la moitié du volume, présentent d'abondants matériaux pour l'épigraphie de la province, ainsi que des renseignements utiles pour l'histoire des familles. Cependant l'auteur s'est appliqué surtout à apporter des documents sur un art industriel insuffisamment étudié jusqu'ici, et à faire connaître davantage une catégorie d'artistes et artisans auxquels les érudits français, au contraire de leurs confrères d'outre-Manche et d'outre-Rhin, se sont assez peu intéressés.

On voit, par ce rapide exposé, l'intérêt qu'offre co savant volume. Cet intérêt ne serait pas augmenté, sans doute, mais aurait bien plus de commodité à se satisfaire si ce beau livre, soigneusement imprimé par M. Lacuve, de Melle, était pourvu d'une table analytique ou index détaillé. Que de fois ai-je eu, dans les dix années d'existence de notre Revue, l'occasion de déplorer l'absence de cette partie si utile, qui dans un ouvrage est comme la verrière par où s'éclaire tout l'édifice. B.-H. G.

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