Tome II. Un vol. grand in-S». Paris, 1888. Librairie Pion
Nous tenons attentivement nos lecteurs au courant des progrès de cette très utile publication poursuivie avec une activité méritoire par le ministère de l'instruction publique et des beauxarts. Le volume que nous annonçons aujourd'hui continue la série des Monuments religieux de Paris, Le tome premier contenait les monographies des plus riches et des plus connus parmi ces édifices. En ce tome second, il en est pourtant quelques-uns encore qui méritent d'être cités, comme Saint-Roch, Saint*Vincent-de- Paul, Notre-Dame-des-Victoires, Notre-Damede-Lorette, les temples de la rue des Tournelles et de la rue de la Victoire. Viennent ensuite un grand nombre d'églises des paroisses excentriques de Paris, portant au chiffre de vingt-six les monuments religieux décrits dans ce volume, qui est le neuvième de la collection. Nous retrouvons au bas des monographies les noms de MM. Michaux, A. Darcel, Guiffrey, L. de Lajolais, familiers aux souscripteurs de cet ouvrage, et celui de M. H. Jouin, le patient auteur des tables analytiques et raisonnées. e. c.
SCIENCES — Philosophie — Morale —
Essai sur la liberté morale, par £. Joyau, chargé de cours à la faculté des lettres d'Aix, ancien élève de l'École normale. Un vol. in- 16. Paris, Félix Alcan, 1888. — Prix : 3 fr. 5o.
Cet Essai esi\e développement d'un mémoire auquel l'Académie des sciences morales et politiques a décerné, en i885, une mention hono-
rable. Le prix du budget, il a été remporté, on s'en souvient, par M. G. Fonsegrive, qui, l'an dernier, a publié son travail sous le titre d'Essai sur le libre arbitre.
Différents sont les titres donnés aux deux mémoires, différentes aussi les écoles dont relèvent les deux auteurs, mais, — nous nous défendons d'être tout à fait partial, — si nous préférons
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l'un des deux Essais à l'autre, ce n'est pas uniquement à cause de la thèse qui s'y trouve présentée et soutenue : dans le dernier Essai paru, rhistoire proprement dite des deux philosophies de la nécessité et de la liberté tient beaucoup moins de place qu'elle n'en occupe dans celui de M. Fonsegrive ; par contre, ces mêmes philosophies sont, de la part de M. Joyau, l'objet d'une critique autrement pénétrante.
L'étude est divisée en deux parties : d'abord, la réfiitation des doctrines que l'auteur ne saurait accepter ; ensuite, l'exposé de celle-là qui lui semble, comme à nous, la seule acceptable.
Le fatalisme est doctrine métaphysique, le déterminisme également, bien qu'on le qualifie de scientifique. Le fatalisme nie la liberté a priori^ le déterminisme a posteriori^ du moins apparemment M. Joyau n'insiste guère, et avec raison, sur la nécessité, ou destin, loi suprême, mystérieuse et impersonnelle, sur la conception d'une volonté souveraine et arbitraire de la divinité, sur ridée d'une action de la sagesse et de la bonté de Dieu, sur le fatalisme stoïcien et les conclusions de Spinoza, mais il critique d'une façon très serrée ces deux principes de l'absolue nécessité de toutes les lois de la nature, de la conservation de l'énergie, et regarde aux tentatives de MM. Cournot, Saint- Venant , Boussinesq et Delbœuf, pour concilier ces principes avec la liberté. D'après les déterministes, le principe de la causalité étant universel, notre décision est l'effet nécessaire des motifs qui la dirtent, et notre croyance à la liberté n'est rien qu'une illusion ; nous sommes des produits, et notre action, à un moment donné, dépend de la nature complexe des produits que nous sommes à ce même moment; au reste, la statistique est une sorte de vérification contre laquelle il serait malaisé de s'inscrire en faux. M. Joyau discute la valeur des raisonnements, la signification des données de cette statistique souvent invoquée, puis montre combien faibles sont les arguments que l'on oppose d'ordinaire au détermmisme. La doctrine de la liberté d'indifférence se fonderait sur les données de la psychologie : la volonté posséderait le pouvoir de suppléer à l'absence des motifs et de tenir tête à tous les motifs ; l'auteur recherche d'où peut bien venir une si grande puissance et quels en sont les caractères. « C'çst, dit-il par ironie, la faculté de se décider sans savoir comment ni pourquoi; car si notre esprit peut préférer ce qui n'a aucun titre à la préférence, ce n'est pas seulement la volonté qui est indifférente, c'est aussi la pensée. » I^éjà M. Renouvier avait écrit : « D'après les partisans de la liberté d'indifférence, l'homme agit
différemment dans les cas où son jugement est identique, et, identiquement, dans ceux où son jugement varie : donc il n'est pas un être raisonnable. 0
M. Joyau cite Kant souvent, souvent aussi M. Renouvier; il est criticiste. La question de notre liberté n'est pas, pour lui, un problème de métaphysique, elle n'est pas non plus un problème de psychologie pure, et, avec l'illustre auteur de la Critique de la raison pratique ^ il tient la réalité de la liberté, — la liberté morale^ c'est le titre de son livre, — comme établie par une loi apodictique de la raison pratique. Les objections,il les réfute,s'attaquantsurtoutàM. Fouillée, puis il dit : « Ce qui prouve la liberté de notre volonté, c'est le fait que la conscience nous impose l'obligation de faire le bien. Mais qu'est-ce que le bien? On croit généralement que la notion du bien est antérieure à celle de la loi morale et lui sert de fondement; c'est tout le contraire : le bietty c'est ce que la loi morale nous commande défaire. Il ne faut pas donner du bien une définition matérielle et objective; il ne peut être déterminé que d'une manière formelle : le bien partout et toujours est ce qui est conforme à la raison. »
Le chapitre III de la seconde partie est intitulé : De la spontanéité morale \ l'auteur y montre excellemment qu'outre la détermination externe (s'il est permis de s'exprimer ainsi), il est un déterminisme interne constitué par la nature même de notre activité ; et en même temps il répond à ceux des philosophes contemporains qui font de la volonté un simple pouvoir d'arrêt, d'inhibition; il l'établit, la volonté est plus que cela, elle est elle-même une puissance active.
Mais allons à la conclusion : « L'homme n'est libre que s'il le veut et quand il le veut. Etant données les conditions dans lesquelles nous sommes placés et les influences auxquelles nous sommes soumis, en face de cette spontanéité autonome qui constitue le fond de notre être, un nombre considérable de tendances naissent et se développent en nous, qui impriment à notre conduite une direction contraire. Nous trouvons donc en nous deux éléments opposés, l'un personnel, l'autre impersonnel; une lutte s'engage entre eux ;... mais nous pouvons, si nous le voulons, intervenir et assurer le triomphe de notre activité personnelle. Cette lutte, la plupart des hommes ne l'entreprennent pas ou ne la soutiennent pas avec une énergie suffisante : ils s'abandonnent à la domination de leurs sentiments et de leurs habitudes. Nous n'hésitons pas à le déclarer, il s'en faut de beaucoup que les hommes soient libres. C'est pour cette raison
qu'il ne faut pas admettre parmi les preuves de la liberté le témoignage direct et immédiat de la conscience; cet argument n'a pas une portée universelle. Il est beaucoup d'hommes à qui leur conscience n'a jamais rendu un semblable témoignage, parce qu'en effet ils n'ont jamais agi librement. Quand ils réfléchissent à leurs décisions, ils parviennent aisément à en rendre compte sans y découvrir la moindre intervention d'une volonté libre. Par rapport k eux, le déterminisme est rigoureusement vrai...
« La liberté n'est pas une faculté comme les autres, que nous possédions naturellement, que nous apportions en venant au monde et dont les circonstances au milieu desquelles s'accomplit notre vie favorisent l'épanouissement : tout au contraire, les influences extérieures tendent h l'étouffer, à en empêcher l'exercice... L'homme ne naît pas libre , il peut le devenir... La première des lois pratiques, dit M. Renouvier, avant ce qu'on appelle le bon usage de la liberté, c'est l'usage même; ce seul précepte : Exerce ta liberté, s'il est suivi, pose un premier fondement de la moralité des actes. Le premier devoir de l'agent libre est dans cela même, d'être libre... »
L'intellectualisme ne domine pas tous les esprits, et ils sont quelques-uns déjà, les membres de notre Université, qui reconnaissent un impératif catégorique, qui distinguent entre la raison pratique et la raison pure. Voici M. Joyau qui oppose aux prétentions de la science le devoir de la personne autonome et tin en soi; nous aimons son livre, nous le recommandons à l'attention du lecteur.
La Complainte de l'être (Notes d'un pessimiste) ^ par Edmond Thiaudière. Préface par Auguste Dietrich. Un vol. in-32. Paris, Louis Westhauser; 1889. — Prix : 2 fr. 5o.
Après LA Proie du néant, cette Complainte de l'Être; hier, /es Notes d'un pessimiste ; au)our' d'hui, les Notes encore d* un pessimiste. Cela fait beaucoup de notes.
Elles offrent un intérêt plus que médiocre. Le pessimisme de M. Thiaudière n'a aucune valeur philosophique, il n'a aucune valeur morale.
Son pessimisme, il est fait de déceptions, rien de plus.
Les déceptions qu'il accuse peuvent bien lui faire mériter, à lui comme à tant d'autres qui les éprouvent pareillement, notre pitié, notre compassion, mais non pas, certes, cette admiration que M. Dietrich, en sa pré/ace, nous dit ressentir. Mettons que M. Thiaudière n'a pas lu, avant
l'impression, cette préface-réclame, et mettons qu'il regrette qu'elle précède ses notes, puisque aussi bien il nous plaît de le tenir pour sincère quand il réprouve les petits et grands moyens dont usent nombre d'auteurs de peu d'intelligence et de peu de talent pour en imposer au public, qui ne demande, au reste, qu'à se laisser éblouir.
M. Thiaudière est, au vrai, un catholique désabusé, de qui la .mentalité, façonnée par la discipline que l'on sait, ne peut supporter le doute, et de qui la volonté, soumise du moins théoriquement à une obligation extérieure, ignore pourquoi et comment l'exercer, cette obligation apparaissant contestable ; de là de véritables souffrances. Il admettait naguère la coexistence d'une âme et d'un corps ; il admet présentement, — môme alors qu'il dit concevoir des doutes, car il lui faut des dogmes, — que l'âme est un efifet dont le corps est la cause ; ce matérialisme, fait d'une moitié de spiritualisme, — telle est bien la genèse de la doctrine par lui acceptée, — ne lui a pas défendu, au contraire, la recherche de certaines satisfactions, et ni les hommes ni les choses ne lui ont donné ce qu'il attendait; d'où de nouvelles souffrances, celles-là plus aiguës, il y paraît. Il parle bien de la sympathie qu'il faut éprouver quand même : la bonté nous fait une noblesse, elle nous procure des consolations; mais la théorie positiviste ou bouddhiste qu'il rappelle reste pour lui pure théorie. La véritable consolation serait de posséder « la foi », il le déclare, et cette foi, à la possession de laquelle il aspire, n'est rien qu'une adhésion de l'esprit h telle ou telle notion; elle est un oreiller commode pour dormir. Intellectualiste il était, intellectualiste il demeure.. Ce qu'est le mal, le péché, il ne le sait ni le devine, Il n'a pas besoin de cette foi qui est pour la volonté telle suite de représentations qu'elle se peut choisir pour qu'elles fortifient son désir de l'affranchissement. Il veut d'une religion, mais non d'une religion fondée sur quelque morale autonome, non même de cette religion qu'il a pu connaître et qui impose une morale hétéronome. Ei^ même temps que des dogmes acceptés aveuglément, il souhaite l'oubli de soi, un sommeil très calme avec des rêves très doux, des jouissances encore, mais des jouissances exquises et qui ne trompent pas. L'artiste, le dilettante, qui est en lui, se souvient du chant des orgues, des parfums enivrants, de la lumière passant à travers les vieux vitraux et mettant des auréoles d'or aux fronts des personnages des très vieilles légendes. Il est mystique plus qu'à moitié, et son mysticisme n'a rien encore de philosophique.
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Il nous faut transcrire quelques-unes des noies consignées par notre auteur? Faire un choix est difficile . Plusieurs de ces phrases travaillées, et qui sentent Thuile, sont de simples jeux de mots ; en voici deux :
« Cette vie nôtre, si stupidement emmalheurée, devient parfois bonne pour la brute qu'on panse, mais elle reste toujours mauvaise pour Tesprit qui pense. > p, 1 13.
eSi c'est Vraiment un Dieu qui a fait la terre,
il a fait là une bijen grosse boulette! » P. 107.
D'autres phrases expriment des jugements assez banals.
Les réflexions qui méritent peut-être qu'on s'y arrête se rapportent toutes, — elles sont au nombre de plus de cent, — à la vanité de quelque ambition que ce soit. Telles sont les suivantes :
c Lorsqu'on a eu la longue présomption de ]ouer un rôle supérieur et que tout à coup Ton est réduit à l'évidence qu'on était bon tout au plus à faire un avoué de province, quelle chute d'amour-propre 1 » P. 122.
• Ce qui donne quelque mépris au philosophe pour la renommée, c'est que, si le talent ou la vertu en est l'un des ingrédients habituels, il y est si peu nécessaire qu'on s'en passe très bien, tandis que vertu, talent et même génie combinés, mais sans autre adjonction, ne suffiraient point à la créer. Il y faut surtout de la présomption, de l'intrigue, de la rouerie, de l'impudence, de la servilité, de la tyrannie, de l'injustice, de la traîtrise, parfois de l'immoralité, tout au moins des circonstances très propices. » P. 1 32.
« Dédaigner les grandeurs qui ne sont point a notre portée est une disposition d'esprit bien meilleure que de les envier. » P. 276.
M. Thiaudière devrait lire Pascal, il devrait lire saint Paul ; il ap{)rendrait de quelle portée peut être le scepticisme, de quelle valeur le pessimisme.
Cours de philosophie à l'usage du bacca* lauréat^ complètement adapté au programme de i885, par l'abbé Berthaud, directeur du collège de la Grand'Maison, à Poitiers. Un vol. in-So. — Paris, Firmin-Didot et O*. — Prix : 7 fr. 5o.
L'ordre, la clarté, voilà les deux grands mérites de ce Cours. Ils sont aussi les seuls, ou à peu près.
L'auteur s'était promis, il le dit dans sa préface, d'écarter toutes les discussions étrangères au programme, de peur de surcharger « inutilement » l'intelligence des jeunes candidats, et, pour ne pas K compromettre » leur examen, il s'était pro-
mis encore d'éviter de leur donner des solutions risquées ou qui ne fussent pas généralement approuvées ; il n'a que trop bien tenu la promesse qu'il s'était faite. Il n'a pas élargi les problèmes, au contraire, et les doctrines opposées à celle-là qui est « le plus généralement admise dans l'enseignement », c'est à peine s'il les a mentionnées; encore ne Ta-t-il fait qu'accidentellement et en les présentant par l'un quelconque de leurs côtés. D'histoire de la philosophie, il s'en trouve si peu en son livre qu'autant eût valu qu'il ne s'en trouvât pas du tout.
Qu'un professeur se conforme strictement au plan d'un tel Cours, et les élèves qu'il fera entreront dans la vie assez ignorants en somme des systèmes philosophiques.
Faut-il dire que nous n'entendons pas les scrupules de notre auteur? ajouter .qu'on peut surcharger une intelligence en la meublant de trop de ces connaissances qui exigent des nomenclatures compliquées, mais qu'on ne la surcharge pas en lui ouvrant des perspectives nouvelles ou plus étendues? et ajouter aussi que l'examen de fin d'études secondaires est quelque chose d'autre que ces examens qu'on fait subir à de jeunes catéchumènes? Les programmes ont du bon; il ne faut pas les suivre à la lettre. Il est forcément, à toute époque, une doctrine régnante qui inspire le législateur, l'homme d'Etat; cette doctrine, il ne convient pas de la considérer comme une façon d'orthodoxie.
Dans l'ouvrage, des idées plus larges, si l'on veut, que celles qu'on est accoutumé de voir exprimées par des membres du clergé catholique mais la marque en même temps d'habitudes d'esprit contractées dans les séminaires. r. g.
Études sur la rsdson, par Félix Cellarier. Un voL in- 16. Paris, Félix Alcan ; 1889. — Prix : 3 francs.
Si, n'étant pas satisfait de la façon dont tel ou tel problème philosophique a étéposé, abordé, et si, répétant les diverses solutions proposées, celles que l'ont connaît, — seuls, les mieux informés ont peur de ne pas les connaître toutes, — on se donne la peine de disserter, de rédiger un travail, si court soit-il, c'est assurément parce qu'on croit bien avoir à dire touchant la question dont on s'est occupé quelque chose de nouveau et quelque chose d'intéressant ; à quoi bon, partant, les précautions oratoires et l'affectation d'une humilité qu'on ne saurait éprouver ? L'auteur ose livrer ses « aperçus aux méditations des âmes d'élite, toujours préoccupées... » ; il les soumet, il les livre ; mais cela va de soi ; du moment qu'il
publie son travail, c'est pour qu'on le lise et qu'on le juge ; il n'était pas besoin de cette circonlocution, ni tant d'autres. Il exprime des doutes : se serait-il trompé? Et n'est-il pas indigne de traiter des sujets aussi relevés? « Après une laborieuse navigation accomplie h travers mille écueils et mille difficultés, nous atteignons enfin le port, » — c'est le début du chapitre vi, le dernier! de la première partie, — « la m odeste cargaison recueillie dans notre course un peu aventureuse nous payera-t-elle les fatigues du voyage? Ou bien pourra-t-on nous appliquer ce que le rabbin Akiba disait à un explorateur acharné du mètre oublié et perdu de l'antique poésie des Hébreux : « Tu as plongé dans des gouffres immenses et tu n'as rapporté qu'un tesson dans ta main » ? C'est ce que nous ignorons. » Tout cela sort du bon naturel. De ces protestations de modestie, il s'en trouve à toute page. Il s'en trouve vraiment trop • elles ne tromperont aucun lecteur. Elles ne dissimulent pas, elles accusent, au contraire, de très grandes prétentions. Il pense avoir réfuté Descartes, avoir réfuté Kant, et, vraiment, on pourrait croire qu'il se juge in petto plus grand que Descartes, et plus grand que Kant.
Exposons son système, appelé, pour peu que les âmes d'élite le veuillent bien méditer, à remplacer tous ceux qui ont été jusqu'ici échafaudés. Ce système « a une base plus large et plus inébranlable que le minimum quid inconcussum de Descartes, son fameux : Cogito, ergo sum. Cette base, c'est l'affirmation absolue de l'être absolu par le moi ».
Jusqu'à ce jour, les idées rationnelles (celles dont l'brigine est inexplicable pour les facultés empiriques) ont été considérées en tant qu'idées; mais une idée est une manière de voir de l'esprit qui n'entraîne pas nécessairement l'existence métaphysique de son objet, et les idées rationnelles, dont on dressait la liste, étaient toutes, par suite, de pures idées logiques. M. Cellarier distingue, lui, entre les idées métaphysiques et les idées logiques.
Il n'a pas voulu partir de l'idée pure ; cela ne l'eût mené à rien ; la réalité subjective de l'idée est incontestable ; ce qu'il a voulu atteindre, c'est sa réalité objective.
« Nous avons remarqué, dit-il, que dans Tordre contingent, le jugement précède. toujours l'idée : si nous avons l'idée de wzoz, (Inexistence^ c'est parce que ces idées nous ont été données par le jugement fexiste^ dont nous les avons tirées, par l'abstraction. Nous nous sommes demandé s'il n'en serait pas ainsi dans l'ordre absolu, et nous sommes demeuré convaincu qu'il n'en saurait être autrement. Nous avons l'idée de l'être absolu ;
est-ce là une idée purement logique, c'est-à-dire dépouillée de toute affirmation ? Mais l'affirmation est contenue dans l'idée même de l'être... et du moment que l'on est en possession de la réalité de l'être absolu, tout découle avec la plus grande facilité. »
L'idée d'être est la première* qui se présente à nous ; elle fait son apparition dans Taffirmation absolue de l'être en général^ qui accompagne nécessairement le sentiment de notre propre existence. L'idée de substance marche avec elle, et l'idée de cause vient enfin compléter la notion affirmative et vivante de l'être.
La plus générale des idées qui représentent des attributs, l'idée d'infini, se tire par abstraction de la notion de l'être absolu conçu sous son triple aspect d'être, de substance et de force. Les trois idées d'unité, d'identité, d'immutabilité sont virtuellement contenues dans celle d'infini, dont elles ne sont que l'analyse. Les idées de bien, de vrai, de beau se rapportent au relatif comme à l'absolu ; pour celles de temps et d'espace, elles ne représentent ni des êtres ni des attributs, mais de simples rapports.
Après avoir ainsi fait sortir les unes des autres les idées rationnelles, dans la première partie de son travail, M. Cellarier, dans la seconde, expose une théorie des principes rationnels. Allons au point principal, à la distinction « entre l'essence et l'existence chez l'être absolu et chez les êtres contingents i.
Mais contentons-nous de transcrire :
« Avant nous, on ne distinguait l'essence de l'existence, dans Têtre contingent, que vaguement... Nous, au contraire, en nous attachant fortement à cette distinction^ nous nous sommes convaincu... que le caractère de l'essence pouvait différer complètement du caractère de l'existence ; et, marchant dans cette voie, nous sommes arrivé à cette conclusion que l'essence de l'être fini pouvait être infinie, devrait être infinie; que, par conséquent, l'infini étant nécessairement un, il n'y avait qu'une seule et même essence, quoiqu'il y ait plusieurs existences diverses, et, par suite, une seule et unique raison absolue, immuable, infinie, puisque la raison est un attribut de l'essence, et non de l'existence qui ne fait que la manifester...
« Chez l'être fini une tendance vers un développement infini ; cette tendance est un fait constant et qu'aucun psychologue sérieux n'oserait nier. Or, comment les philosophes expliquent-ils ce fait incompréhensible, et inconciliable avec l'idée d'une essence contingente ou de même nature que l'existence ? Ils ne l'expliquent pas... Dans notre système, il n'offre plus rien d'obscur
CRITIQUE LITTERAIRE DU MUS
ets'explique de lui-même. L'existence contingente c'est-à-dire la manifestation limitée d'une essence nécessaire, tend à un développement infini, c'està-dire vers la manifestation pleine et entière de cette essence nécessaire et absolue. Si vous placez chez un être une tendance à un développement infini, il faut, par une conséquence rigoureuse, que vous admettiez chez ce même être de quoi fournir à ce développement infini, de quoi le rendre possible. Cette existence, dans un être contingent, d'une tendance vers ^un développement infini est donc la preuve de l'infinité de son essence. »
Et M. Cellarier de célébrer son système, d'une si haute valeur morale ! De quel encouragement, s'écrie-t-il, n'est-il pas pour la vertu 1 Qui se ipse mit, primum aliquid sentiet se habere divimm... Il nous redonne la phrase que Ton connaît de reste.
Au lieu du Cogito, ergo sum^ dont se réclame le rationalisme et dont l'idéalisme pourrait se réclamer à plus juste raison, un sum^ ergo alifuid divinum habeo, qui implique une façon de panthéisme.
Cette philosophie nouvelle sera-t-elle longtemps et beaucoup discutée ? Nous en doutons
fort.
L'Éducation morale dès le berceau, essai de psychologie appliquée, par Bernard Ferez. Deuxième édition, entièrement refondue. Un vol. in-8« de la Bibliothèque de philosophie contmporaine. Paris, Félix Alcan ; 1888. — Prix : 5 francs.
L'ouvrage a été remanié, mais, n'en déplaise à l'auteur, le livre, que nous sommes loin de condamner, est resté le même. M. Perez, dans sa préface, écrit que « la première partie, qui a trait, aux moyens de discipline, ne doit presque rien à la première édition » ; presque rien, c'est beaucoup dire; l'autorité des physiologistes y est plus souvent invoquée, les analyses psycho-physiologiques laissent paraître un plus grand éclectisme que devant; point d'autres changements.
L'auteur les tient pour considérables. C'est que son dessein, qu'il confesse d'ailleurs, a été, quand il reprit son œuvre, de contenter mieux encore tout le monde et son père. Il nous faudrait nous corriger nous-même et reconnaître que le livre, • tel qu'il est offert aujourd'hui au public, est, à beaucoup d'égards, un livre nouveau », que nous serions, alors, obligé d'ajouter : et le livre, qui appelait autrefois des réserves, en appelle aujourd'hui, sinon de différentes, du moins de nouvelles et de plus précises ». Est-ce que la peur,
écrit encore M. Perez, est-ce que la colère, la jalousie, la véracité, la bienveillance, est-ce que toutes les tendances bonnes et mauvaises de l'espèce humaine ne sont pas les mêmes, et ne sont pas à diriger par les mêmes procédés, chez les fils des idéalistes et les fils des empiriques, chez les fils des croyants et ceux des sceptiques de tout nom et de toute nuance? Sachons donc, enfin, au lieu des sectaires que nous voulons paraître, nous montrer tout simplement les hommes, les frères, les concitoyens que nous sommes. La morale et l'éducation, de même que la science et le patriotisme, se trouvent sur un terrain neutre, celui où nous avons le plus d'intérêt et le plus de facilité à nous trouver tous d'accord. » Il fait sienne cette déclaration de M. Compayré : En dehors et au-dessus de toute doctrine confessionnelle, il y a une morale humaine qui ne relève que de la science pure^ qui ne se fonde que sur la raison naturelle. C'est celle dont Voltaire disait qu*elle n'a rien de commun avec les dogmes, dest celle que Talleyrand recommandait comme une science véritable dont les principes seront démon^ très à la raison de tous les hommes, à la raison de tous les âges, comme un rendes^-vous commun^ où, malgré la différence des sectes y les hommes doivent tous se réfugier et se réunir. Qu'est-ce que cette science pure de laquelle relève la morale humaine ? El qu'est-ce que cette raison naturelle sur laquelle se fonde la science pure ? La raison naturelle, quelque chose, sans doute, comme la raison impersonnelle, la science pure, tout cela n'a rien de commun avec les dogmes ? M. Perez veut que nous nous montrions simplement des hommes ; simplement ? et des hommes ? Quoi ! ce serait si simple, pour tous, de concevoir \tsvraies fins, les vraies modes et les vraies conditions de l'activité, et si simple, pour tous, d'agir, en effet, comme il convient pour être vraiment hommes. Dogmes et postulat ne sont pas même chose ; évidence et croyance non plus. Diverses mentalités pour les hommes que nous sommes, et nous disputerons toujours, — c'est à croire; nous ajouterions volontiers : c'est à espérer, — nous agiterons toujours la question de nécessité et celle du libre arbitre, celle du bonheur ou de l'intérêt et du devoir. M. Perez, après M. Compayré, s'illusionne s'il pense qu'on puisse concilier les doctrines de Kant avec les doctrines d'Herbert Spencer.
Le traité de l'Education morale dès le berceau, nous ne l'avons jamais recommandé, jamais nous n'avons souhaité qu'il devînt comme un manuel; mais nous sommes prêt à répéter ce que nous disions naguère quand parut la première édition de l'ouvrage : l'ouvrage mérite qu'on le consulte.
Eclectique en psychologie, éclectique en éthique, M. Ferez ne peut contenter pleinement aucun éducateur, mais il est un observateur très patient, très sagace, il démêle avec beaucoup de finesse les mobiles, les passions de l'enfant ; il discute ou il commente, avec bonheur, nombre de re-
marques consignées par Fénelon, par Rousseau, par M'"^ Guizot ; à leurs remarques il en ajoute ou oppose qui lui sont personnelles ; ses critiques, ses commentaires, ses propres observations sont intéressantes, et tous les éducateurs trouveront profit à peser les unes, à vérifier les autres, f. g.
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SCIENCES DIVERSES — Physique — Mathématiques — Sciences occultes Sciences appliquées à l'industrie — Technologie
Les régions invisibles du globe et des espaces célestes, par A. Daubrée, membre de rinstitut. Un vol.- in-8° avec 78 figures dans le texte, de la Bibliothèque scientifique internationale. Paris, Félix Alcan; 1888. Prix : 6 fr.
Quatre études dans ce volume; on les connaît toutes quatre : elles ont paru dans la Revue des Deux-Mondes ; la dernière qui a été publiée Ta été il y a un an.
Les titres de ces études sont, rappelons-le, pour la première: les Eaux souterraines, leur travail à l'époque actuelle; pour la deuxième : les Eaux souterraines^ leur rôle minéralisateur; pour la troisième : les Tremblements de terre; qi pour la dernière, enfin : les Météorites et la constitution du globe terrestre.
Monde invisible que notre globe terrestrç, mises à part les toutes premières couches superficielles, et, au-dessus de nos têtes, d'autres mondes invisibles. M. Daubrée explore ceux-ci après celui-là, observant, analysant, raisonnant par analogie et induction.
On aimera de relire ses relations de voyage^ si l'on veut, à travers les mondes qu'on ne voit pas qu'on peut connaître toutefois quant à leur constitution, à leur formation à travers les âges historiques et préhistoriques, quant aux mouvements qui agitent notre planète ou qui emportent les astres. Le voyageur, dans la première de ses relations, parle du régime des eaux souterraines, des puits artésiens, des puits naturels, des gouffres et abîmes, du rapport de la composition chimique des eaux souterraines avec la constitution géologique du sol, de l'origine de la température des sources; dans la deuxième, il dit les idées qu'on se faisait autrefois de l'origine des minéraux, il traite de l'action des eaux souterraines sur les
terrains sédimentaires, des modifications opérées dans les roches éruptives, du rôle des eaux souterraines dans la formation des gîtes métallifères, de l'intervention de ces eaux dans les phénomènes métamorphiques. Dans le troisième, il rappelle les derniers tremblements qui se sont produits, il démêle les caractères essentiels du phénomène, il recherche les causes de production et conclut à l'intervention probable de la vapeur d'eau surchauffée. Quatrième relation : des observations quant aux phénomènes qui précèdent et accompagnent les chutes de météorites, l'étude de la constitution chimique et minéralogique des météorites, les hypothèses que peuvent suggérer la forme extérieure des météorites, Téiat poussiéreux de corps de provenance céleste, les expériences tentées en vue de vérifier ces mêmes hypothèses, des considérations générales sur la formation des astres et du globe terrestre.
Les figures intercalées dans le texte l'illustrent heureusement, et l'ouvrage, qui a une valeur scientifique, peut être lu de ceux-là mêmes qui n'ont jamais fait qu'entrouvrir, à l'occasion, quelque traité de géologie ou de cosmologie.
Hypnotisme, états intermédiaires entre le sommeil et la veille^ par Coste de Lagrave, docteur en médecine. Un vol. in- 16. — Prix : 2 fr.
Officier d'un certain ordre, chevalier de plusieurs autres, M. Coste de Lagrave est peut-être bien un médecin de grand mérite; il a cédé à la mode du jour, il s'est occupé, lui aussi, d'hypnotisme, nous ne l'en blâmons pas autrement; mais ses propres observations et les observations dont il a pu entendre parler, il les a recueillies, et de là ce livre, dont l'essor est assez peu pardonnable.
Rapportons quelques-unes de ces observations.
Celle-ci, d'abord. Le D' X. prend sa femme comme sujet, il l'hypnotise, puis lui ordonne de voler quelque chose sans lui designer un objet plutôt qu'un autre. Elle a Tenvie de voler, mais ne sait que prendre. Quelques jours après, il éprouve lui-même une envie irrésistible de voler. — Explication proposée : « Deux personnes dorment à côté Tune de Tautre; sont-elles indépendantes? Non^ elles se communiquent leurs pensées, leur manière -d'être, d'une façon inconsciente, mais certaine, car cette envie de voler n'avait pu passer de l'un à l'autre que pendant le sommeil. Cette envie de voler avait été suggérée à la femme en état d'hypnotisme, cette ;dée était restée en elle, car aucune suggestion pouvant la détruire n'aVîiit été donnée. Dans le sommeil, réchange d'impressions avait été suffisant pour donner au mari la même idée. Ce fait éclaire bien des inconnues, »
Et si le fait de suggérer, ou même de vouloir suggérer à quelqu'un, endormi ou non, quelque «idée », était pour qui conçoit l'idée à suggérer une véritable suggestion !
Mais une autre observation. M. Y., étant en voyage, hypnotise sa femme et lui donne Tordre de l'éveiller le matin à une certaine heure qu'il lui désigne. Tous deux s'endorment l'un près de l'autre de leur sommeil naturel. M. Y. se réveille, au matin, quelques minutes avant l'heure dite, et sa femme est toujours endormie. Se serait-il réveillé de lui-même? — Explication : le sujet endormi a exécuté l'ordre donné par son hypnotiseur, mais il Ta exécuté tout en dormant; il a suggéré l'idée de se réveiller, il la lui a transmise par le contact ou par sa présence ; et « M. Y., qui n'avait jamais été hypnotisé, a reçu cette idée pendant son sommeil naturel.
L'auteur — il ne semble pas s'en douter — est tout près de tenir tous les phénomènes, tant psychiques que physiologiques, pour des faits, soit de suggestion, soit d'auto-suggestion. Déclarons-le-lui, au risque de provoquer son étonnement, la doctrine serait instituée, que nous ne la rejetterions probablement pas.
M'ais M. de Lagrave est un psychologue assez peu habile; il sait mal, ou ne sait pas distinguer entre les suggestions et les auto-suggestions.
Et si M. de Lagrave n'était que mauvais observateur, mauvais analyste ! Sa crédulité touche à la naïveté; il n'y a pas jusqu'à sa façon d'écrire qui n'ait quelque chose d'enfantin.
Son livre est tout au moins inutile.
Venins et poisons, leur production et leurs fonctions pendant la vie; dangers et utilité pour Vhommey par A. Coutance, ancien professeur aux écoles de médecine navale. Un . vol. in-8». Paris, J. Rothschild, 1888.
La méprise est fâcheuse. M. Coutance a supposé que son travail, utile, serait comme un breuvage amer pour beaucoup de lecteurs, et, pour leur permettre d'absorber le breuvage, il a peiîsé, se rappelant le conseil de certain vieil écrivain, devoir répandre du miel sur les bords de la coupe; alors, à toutes les pages du volume, des phrases comme celles-ci : — Ventre affamé n'a pas d'oreilles ; messieurs les serpents n'ont point de délicatesse. — Le pavot n'est pas le bon père de famille des évolutionistes qui songe à sa postérité; c'est un chimiste dilettante, aimant le poison pour le poison, et suivant sa fantaisie ; n'a-t-il pas eu, en effet, l'idée (cette idée ne pouvait germer que daijs une tête de pavot) d'apposer les unes aux autres les propriétés des substances toxiques qu'il fabrique .'' — Les convulsivants l'emportent sur les narcotisants ; c'est comme en politique, les violents l'emportent sur les endormeurs. — N'accusez pas la plante-poison, c'est la nécessité qui l'a faite empoisonneuse; un tribunal impartial l'acquitterait. — Cherchez le microbe... — Ces artifices de style, ces fleurs de rhétorique, ces rapprochements, ces allusions, tout cela énerve l'attention, tout cela fait qu'on goûte mal les savantes monographies de l'auteur.
Nous avons un autre regret; et il ne s'agit plus de la forme donnée par l'auteur à sa pensée, mais de sa pensée même, d'une de ses penséesmaîtresses ; il personnifie trop volontiers la nature. Pour lui, — il le répète à satiété, — la nature intelligente prévoit et pourvoi^, elle suppose et dispose; si elle n'arme pas l'Anthophore contre la Mélecte, c'est qu'elle « veut que celleci, incapable de modifier, ait place pourtant au banquet de la vie. » Expliquons-nous, ce que nous regrettons, ce n'est pas que M. Coutance conçoive la Nature-Providence, — libre à lui de nourrir telle conception qu'il lui plaît, — c'est que, cette conception, métaphysique, il l'ait formulée, non pas une fois, et sans y prendre garde, mais cent, mais deux cents fois, dans un travail qui n'est rien qu'un ouvrage de vulgarisation. Science et philosophie ne sont pas même chose, il le sait, lui ; et, si, dans une étude précédemment publiée, il a pu, à bon droit, s'en prenant aux théories exclusivement philosophiques de Darvin, leur opposer d'autres théories, également philosophiques, il devait, dans ce travail-ci, se
contenter d'exposer tout uniment les résultats des plus récentes analyses, des plus récentes observations.
Ces regrets exprimés, disons que le livre est tel qu'on le pouvait attendre d'un homme aussi compétent. Le poison est : toute substance, quelle que soit son origine, quel que soit son état, qui, n'ayant pas de place dans l'économie, y trouble la vie ou amène la mort. Telle substance minérale est un poison pour quelques végétaux, elle ne l'est pas pour tous et elle ne l'est pour aucun être animé ; telle autre a une action toxique sur quelques êtres animés et, entrant dans l'économie de l'homme, elle a pour eux au contraire une action bienfaisante, elle le débarrasse des êtres parasitaires. Pareillement les végétaux, ceux qui sont toxiques, sont toxiques absolument ou toxiques relativement. Mais Tauteur a très bien ordonné son sujet. Il parle d'abord, d'une manière générale, du poison dans le monde minéral, du poison dans le monde vivant, puis il dit quels insectes, quels poissons, quels serpents sont armés, et comment et contre qui; son tableau de la lutte contre Vexistence, — Texpression est de lui, — il le poursuit en énumérant les plantes toxiques, il l'achève en nous montrant l'homme multipliant les poisons pour sa défense, et les multipliant encore pour se nuire à luimême. Signalons tout particulièrement les quatre derniers chapitres qui sont intitulés : Empoisonnement du sol^ de Vair et des eaux; — Le poison est partout; — Poisons autorisés; — Comment le poison tue.
Causeries scientifiques de Henri de Parville; vingt-septième année. Un vol. in-i6; Paris, J. Rothschid; 1888. — Prix : 3 fr. 5o.
Les dernières découvertes des sciences et les applications, par l'industrie, de la plupart de ces découvertes, voilà, certes, des sujets de causeries qui commanderaient d'eux-mêmes l'attention; mais le causeur est habile à exposer clairement les résultats auxquels ont abouti les analyses du chimiste, les recherches du physiologiste, les calculs de l'astronome, du physicien, de l'ingénieur; mais il sait dire merveilleusement quelles modifications commencent d'être apportées à l'outillage pour la fabrication de tel ou tel produit, — d'où réduction des frais généraux, — quelles matières jusqu'alors sans valeur, parce que sans emploi, sont offertes à l'industrie, à l'agriculture, — d'où le produit de qualité meilleure et livré à un prix moins élevé, d'où augmentation du rendement; — comment ne pas suivre avec le plus vif intérêt, cette sorte
d'inventaire que M. de Parville est accoutumé de dresser en fin d'année ?
Nous parlons d'inventaire ; celui-ci est le vingtseptième.
Les plus récentes acquisitions de la raison et de l'industrie humaines sont mentionnées sous huit titres différents : Astronomie^ Physique, Mécanique, Chimiey Hygiène, médecine et physiologie^ Art des constructions, Histoire naturelle, Variétés, M. de Parville parle, entre beaucoup d'autres objets de calcul et d'expérience, d'étude et d'application, des marées de la Méditerranée, du nombt^ des étoiles, de leur intensité lumineuse, de l'influence de la pression barométrique sur le niveau des mers, des sismomètres et magnétographes, des tourbillons de Descartes et des tourbillons Weyher, de l'éclairage au pétrole et de l'éclairage électrique^ du transport de la force, de l'artillerie pneumatique, du tonnerre en boule; il parle encore des différents moteurs et générateurs, puis des gisements phosphatés, des alcools, de la saccharine, de diverses épidémies, des inoculations, du chemin de fer du Caucase, de la pêche de la sardine, des collisions en mer.
Copibien d'autres sujets, par lui traités, et que nous aimerions de rappeler! Le livre sera lu; n'insistons pas.
Traité élémentaire de zoologie à l'usage des élèves de la classe de sixième, de l'enseignement secondaire spécial (première année) et des pensionnats de jeunes filles, rédigé conformément aux derniers programmes officiels par Paul Maisonneuve, docteur es sciences naturelles, professeur à la Faculté libre des sciences d'Angers. Un vol. in- 12, cartonné; Paris, Victor Palmé; 1888.
Enarrat Dei gloriam, la gloire d'un Dieu créateur; c'est la nature entière qui chante cet hymne, la terre avec les animaux qu'elle porte, avec les hommes qui commandent aux animaux. Les évolutionnistes manquent à la logique, quand^ au début de leurs études biologiques, sociologiques, ils supposent établi ce qui est à démontrer. Les spiritualistes catholiques ne tombent pas dans cette faute en affirmant tout d'abord la création ; la création est parmi les data de la révélation, elle est un point de leur doctrine philosophique et ils ne prétendent à aucune démonstration ; mais on peut leur reprocher de fausser la zoologieou telle autre science naturelle en permettant à leur philosophie de les envelopper et pénétrer; leurs reproches de composer une zoologie, alors ils devraient se borner à l'étude des
CRITI<;iUE LITTERAIRE DU MOIS
phénomènes d'un certain ordre sans préjugés ni préconceptions, questions de logique mises à part, ils font comme font les évolutionnistes.
Comme eux — il s'agit de doctrines, — ils regardent à rintelligence et non à la volonté. M. Maisonneuve écrit :
t L'homme offre des qualités qui le placent manifestement au-dessus de tous les autres animaux^ et qui font de lui, pour ainsi dire, le couronnement de l'édifice sublime de la création. Seul, en effet, il est doué d'une âme raisonnable ; son intelligence lui permet de commander aux autres êtres et de les employer pour son propre avantage... » Qu'on ne croie pas que l'auteur ait pu se faire scrupule de parler, à cette place, de quelque caractère moral qui différencierait bien autrement l'homme de l'animal ! Pour les catholiques, — nous ne disons pas pour des chrétiens pouvant se réclamer [de saint Paul et pouvant accepter le Kantisme, — pour les catholiques, point de personne morale, point de volonté réglant l'exercice de l'intelligence, point de raison pratique, la volonté est mise, par eux, sous la domination de l'intelligence et la ci»yance, pour eux, n'est rien que le consentement de l'intelligence, — chez nos évolutionnistes français, chez nos libres-penseurs et chez les catholiques vraiment catholiques même mentalité.
Du Traité de s[oologie, traité élémentaire, peu de mots à dire. Il est bien fait, et aux jeunes enfants de onze et douze ans, il sera, après et avant chaque leçon du professeur, un manuel très précieux à consulter»
La vie des êtres animés, par Emile Blanchard, de l'Académie des sciences. Un vol. in-i8; Paris, S. Masson; 1888. — Prix : 3 fr.
Comme sous-titre : Les conditions de la vie cke^ les êtres animés j l'origine des êtres, et, dans le volume des études déjà publiées.
11 n'est plus besoin de les vanter, remarquables, les articles avaient été remarqués.
Rappelons seulement les sujets traités.
Dans le premier travail, M. Blanchard, de qui le nom fait justement autorité, regardait aux rapports entre l'organisation, les aptitudes, l'instinct et les conditions d'existence, à l'appropriation des organes à ces mêmes conditions, aux divers degrés de perfection organique et en même temps aux différences entre les aptitudes de l'ordre psychologique; et ses inductions qu'il fondait sur de nombreuses observations, toutes relatées dans une langue claire, élégante, il les résumait en montrant l'unité du plan de la création : toujours les aptitudes et les fonctions per-
dant en importance quand les instruments se simplifient, disparaissent quand les organes n'existent plus, et, de même, les facultés de Tordre, de l'ordre intellectuel, lorsque l'organisme se dégrade; l'homme soumis à la loi commune ; l'animal ne faisant pas de progrès comme espèce, et comme espèce, l'homme étant aujourd'hui ce qu'il était au temps de Moïse ou de Pérides.
Dans le second travail, plus étendu, M. Blanchard, qui rend hommage aux éminentes qualités de Darwin, un métaphysicien peut-être trop hardi, mais un observateur toujours patient, souvent sagace, répète, après M. de Quatrefages, la fameuse doctrine transformiste. Il le montre, il rétablit, la variabilité des espèces, la lutte pour l'existence, la sélection naturelle, autant d'hypothèses ingénieuses que démentent les faits. Le retour presque immédiat à l'état primitif des créatures qui échappent à l'action de l'homme rend manifeste à tous les yeux la persistance des types; l'impossibilité de dénaturer une espèce se prouve par la multitude et la durée des expériences. A la lutte pour l'existence, on impute la mort des individus chétifs, la survivance des individus les plus robustes ou les mieux doués ; par suite, on imagine un continuel accroissement de perfection pour les êtres. Or, dans les combats pour la vie, les hasards servent les faibles aussi bien que les forts, la ruse supplée à là vigueur souvent avec succès, la faculté procréatrice pour toutes les - espèces est dans un rapport merveilleux avec les chances de destruction. On attribue à la sélection naturelle à la fois des métamorphoses, à la fois lentes et infinies; oubliant combien l'hérédité se montre capricieuse, on veut croire que chaque avantage obtenu par la créature se transmet à la postérité et se prononce de plus en plus dans les générations successives; on considère les heureuses appropriations de certains êtres à des conditions de la vie très particulières, et l'on déclare qu'elles ont été acquises par l'influence des milieux, mais les exemples de sélection inconsciente ne se découvrent nulle part, et tout, en somme, concourt à maintenir les types. « .J'ai souvent déclaré que si un investigateur parvenait à faire la démonstration scientifique d'une certaine transformation chez quelques représentants d'un groupe du règne animal, je me tenais à sa disposition pour présenter le résultat à l'Académie des sciences, pour proclamer, pour affirmer le triomphe de l'auteur. Aujourd'hui plus que jamais, je renouvelle mon appel, je déclare ma bonne volonté, assurant que je ne souffrirais en aucune façon de me trouver vaincu. Ayant pour
LE LIVHE
me consoler la perspective d'un progrès scionlifique dont l'importance serait immense, c'est de toutes les forces de mon âme, qu'en tête de ce livre je jette cette parole à tous les amis des sciences naturelles : Montrez-nous une fois l'exemple de la transformation d'une espèce ». Ce sont les dernières lignes de ta préface : elles font voir dans quel esprit l'illustre savant a poursuivi sa réfutation du darwinisme.
Mœurs et monuments des peuples préhistoriques, par le marquis de Nadailhac. Un vol. in-S» de la Bibliothèque de la nature, avec iiî figures dans le texte: Paris, 5, Masson;
M. de Nadaillac n'est pas dépourvu de cette imagination qui permet de former des hypothèses, il. 8'a pas, non plus, négligé, à une heure ou à l'autre de son existence, de se demander quelle est l'origine de l'homme : il a sa philosophieàlui.cela est sûr; entre la doctrine de l'évolution et celle de la création il a fait son choix, on n'en peut douter; mais il aurait cru trahir la préhistoire, qui est l'objet de ses plus chères éludes, en bâtissant quelque roman politico-religieux d'aprjs les monuments s'appliquant, au moyen de ces mcm
ments, à établir que l'homme des temps préhistoriques est, ou bien un ange déchu, ou bien un singe qui a progressé. Erudit, il n'a voulu que faire connaître les découvertes effectuées depuis que les affirmations de Boucher de Perthes ont trouvé crédit, et, comme il possède un véritable talent d'exposition, ces découvertes, il les fait
Nous avons nommé Boucher de Perthes, dans un premier chapitre : L'âge de pierre à travers le temps et à travers l'espace, l'auteur fait l'histoire de la préhistoire, il dit quelles trouvailles avaient été faites un peu partout aux siècles qui ont précédé le nôtre, quelle origine surnaturelle on attribuait aux silex travaillés; il dit aussi les discussions entre géologues, il n'y a pas encore cinquante atis.
Les découvertes se rapportent à l'alimentation des premiers hommes, à leurs hésitations, à leuj industrie, et M. de Nadaillac de nous décrire les armes ou instruments qu'ils confectionnaient en vue de la chasse et de la pèche, de nous décrire leurs objets de parure, de nous faire pénétrer dans leurs giverncs, de nous montrer leurs débris de cuisine, de nous introduire dans leurs camps, dans leurs forts vitrifiés, d'ouvrir jusqu'à I leurs tombes. Sept chapitres vraiment captivants.
' Chbohiqub Catalogues. — Publications Putlicationi njTiiSES : Miscellai de Kienee récemment décédés.
.PHCQUE. — Bulletin des Bibliothèques : Vente. — Bibliographies. —
[Bibliographie du mois, — Ouvrages signalés de l'étranger. —
préparation, tant en France qu'en Europe.) — Nouvelles littébaikhs
RA7EB3 JouBKAui ET PÉBioDiQUES. — NÉCROLOGIE des hommts de lettre» et
CHRONIQUE BIBLIOGRAPHIQUE
'intérêt que la France prend i talions intellectuelles des autre
ux manifespays a été et même nié. Cette ^iTcusatioa, dénuée de toute vérité, nous avons fiiiiout ce que nous pouvions pour lui donner quelque vraisemblance. Ce sont des lettrés et des écrivains français qui ont propagé cette théorie de l'exclusivisme de notre génie national. Il semble, à leur dire, que l'esprit français soit entouré d'une muraille plus infranchissable que la muniUe de la Chine, et il en est encore aujourd'hui qui, outre l'isolement politique des lendemains de Jéfeites, proclament, non sans une certaine 'anitê jalouse ou une commisération supérieure, notre isolement intellectuel et moral. On oublie loute notre histoire littéraire, où la sympathie et la faculté d'assimilation ne sont, pas moins marquées que l'originalité et le primesaut de l'esprit. Il serait long et hors de place de produire i':i la chaîne des preuves qui doivent, d'ailleurs, K presser dans la mémoire de tous les gens cultivés. II suffit de rappeler que, si les lettres françaises furent, aux jours les plus reculés, les nourciéres et les initiatrices de l'Europe moderne, elles Ksont laissé à leur tour, avec reconnaissance et parfois avec trop d'enthousiasme et d'abandon, pénétrer et. renouveler par les littératures de l'éttanger. L'engouement que nous montrons aujourd'hui pour tout ce qui vient de l'esprit slave, nous l'avons montré maintes fois, tantôt pour l'esprit italien, tantôt pour l'enflure espagnole, pour la philosophie anglaise, pour le nébuleux KDtimental et sanglant d'outre-Rhin.
Cette aptitude, ce goût à
1 on peut pat
Nous ne vou çons, fourr
au delà de la frontière et à en faire notre profil est aussi vif et plus raisonne que jamais. L'his toire et la critique ne sont pas devenues dei sciences positives, quoi qu'en disent les trouveurs d'absolu, mais elles s'en sont rapprochées le point de départ, les méthodes, les procédé; d'exposition ont une certitude et une vigueu qu'on commençait i» peine à soupçonner au 1er demain de !a Restauration. De là une connai; sanee plus intime, une pénétration plusprofondi une assimilation plus complète et plus saine, ; '1er ainsi, des grandes œuvres cor produites en dehors de noire pays.
Ions, à l'appui de ce que nous .
■que l'exemple le plus récent, le beau que M. Robert du Pontavice de Heussey vient de consacrer â Charles Dickensi. Les lecteursdu Livrese rappellent les pages charmantes, pleines de vie, bourrées de documents curieux, où chaque ligne témoignait d'un commerce familier avec le grand romancier anglais, que M. Robert du Pontavice de Heussey a données à notre revue. Ces pages ont peut-être été le noyau, elles sont aujourd'hui les feuillets détachés d'une œuvre de longue haleine, dans laquelle la physionomie de Dickens est reproduite sous tous ses aspects, en un cadre de fantaisie où se jouent les arabesques dcl'esprit français et de l'humour anglais, amusant et gracieux alliage, que Dickens n'eût pas désa-
f. L'Inimitable Bo^, (tlude historique et anscdotique sur la vie et l'ceuvre de Charles Dicken», par Robert du Pontavice de Heussey. Paris, maison Quaniin, i88g) i vol. in-8*, avec frontispice k l'eauforte par F. Courboin.
voué. M. de Heussey nous montre Dickens tel qu'il fut réellement, mettant avec passion toutes ses forces, tout son talent, toute son énergie, au service des malheureux et des déshérités. Ses deux armes irrésistibles furent le rire et les larmes. D'une plume héroïque, sans peur et sans reproche, tour à tour joyeuse, triste, ironique, indignée, attendrie, jamais pesante, jamais pédante, jamais didactique, ne prêchant jamais, il a pu fermer des plaies ignobles, renverser les prisons pour dettes — en Angleterre, du moins — jeter un peu d'air, de lumière et de charité dans ces noires scntines de la mendicité qu'on appelle des workhouses, créer des hôpitaux pour les enfants trouvés et des écoles pour les orphelins, détruire la plupart des odieuses maisons d'exploitation de l'enfance qui, sous le nom de schoçls ou d'académies^ pullulaient de son temps, effectuer enfin plus de réformes que dix parlements. Voilà ce que M. R. du Pontavice de Heussey a montré comme dans un miroir fidèle, reflétant dans son ensemble et dans ses détails les plus minutieux la puissante personnalité du grand écrivain anglais.
L'inimitable Boz. tel est le nom dont l'en* thousiasme de ses contemporains salua Dickens lorsque, sous le pseudonyme de Boz, il fit paraître les papiers de Pickivicky son premier roman, et tel est le titre que M. du Pontavice de Heussey a trouvé le plus propre à résumer en un mot la pensée de son livre. Inimitable, nous le croyons, mais pourtant que de fois imité 1 Le roman russe, dans ses développements, ses peintures de la vie domestique et triviale, ses conversations banales et répétées à tout propos, procède en bonne partie de Dickens; il lui a emprunté des qualités et en a fait des défauts, ou il lui a pris ses faiblesses, — les plus forts en ont, — et en a fait des infirmités. Et parmi les maîtres du roman français contemporain, n'en est-il aucun qui ne doive quelque chose à Dickens? Naguère encore [Gil Blas^ 3i décembre), un batailleur outrancier, M. Léon Bloy, montrait le Jack d'Alphonce Daudet dans David Copperfield; et en effet, sans crier au plagiat ni au vol de gloire, — chacun des deux a la sienne bien gagnée et peut la garder en paix, — on ne saurait fermer les yeux à l'évidence de la filiation.
Le roman anglais s'est renouvelé depuis Dickens, mais la source est loin d'être épuisée. Après George Eliot, voici qu'une femme, Mrs. Margaret L. Woods, se met au premier rang avec son
livre Tragédie de village^ dont la traduction française vient de paraître chez Pion et Nourrit. M. E.-M. de VogUé lui a consacré, dans les Debats du 29 décembre, un article admiratif, tout *en faisant de grandes restrictions sur la manière dont l'écrivain conçoit et peint la vie. « Son âme, dit-il, est tranquillement installée dans le désespoir universel. Sa conception de la vie suppose logiquement un athéisme absolu, pur de tout alliage, tel qu'on le rencontre seulement en Angleterre, dans les spéculations de quelques philosophes. L'impression qui m'est restée de sa Tragédie est si éouloureuse que j'hésite, malgré tout, à la louer ; le littérateur admire, l'homme proteste. »
Rien qu'à ces lignes, on voit bien que cette âme de femme n'est point pétrie du limon vulgaire.
Nous venons de nommer le Journal des Débats. Cette feuille illustre, pour l'anniversaire du centenaire de sa fondation, publie un volume rappelant à grands traits le souvenir de ses principaux collaborateurs. Parmi eux et au premier rang, on doit citer Cuvillier-Fleury, ancien précepteur du duc d'Aumale. Le prince a voulu rédiger lui-même la notice sur son maître et ami. Ce morceau, reproduit dans plusieurs journaux du mois de décembre dernier, est d'une belle venue littéraire ; il retrace avec une émotion contenue la physionomie du journaliste-académicien; animé d'un bout à l'autre d'un souffle patriotique, il exprime avec une éloquence à la fois mâle et tendre, l'amour de la France, les regrets du passé, et, pour l'avenir, des craintes qui trouvent un aliment dans les amertumes de Texil.
Nous sommes en pleine Académie, avec feu Cuvillier-Fleury et le très vivant duc d'Aumale. Disons donc tout de suite que l'amiral Jurien de la Gravière a été reçu, le 24 janvier, par M. de Mazade, et que M. Claretie le sera le 21 de ce mois. Ce sont là assurément des informations intéressantes, quoi qu'on en dise. Rares sont les marmoréens qui, du haut de l'Olympe de leur idéal, englobent l'Académie dans le superstitieux dédain dont ils regardent les choses humâmes. Tel critique fougueux la prend à pleins poings, la secoue et la tombe comme un simple Bamboula. Et la galerie de crier : Bravo l'amateur! Puis il nous dit, en forme de conclusion : « Après tout, il y a longtemps que l'Académie est morte ! » — Eh quoi ! pourquoi tant de déploiement de muscles et des coups si rudement assénés? On
GAZETTE BIBLIOGRAPHIQUE
rit des enfonceurs de portes ouvertes. P'aut-il prendre au sérieux ceux qui tuent les morts ?
Mais, eu dépit des gens féroces qui la massacrent chaque jour, l'Académie vit encore. Il serait cruel à nous de ressasser ici les raisons, considérations et sentiments qui maintiennent sa raison d'être. Il est un point pourtant, que l'on néglige d'ordinaire et que nous voudrions mettre en relief, parce qu'il nous semble capital.
L'Académie n'excite des colères que lorsqu'elle consigne à sa porte, à temps ou à vie, des écrivains que les )eunes écoles regardent comme lears chefs et dont, souvent, la postérité consacre la gloire. Or, une fois les colères excitées, les plus gros reproches qu'on lui adresse, c'est qu'elle ne sert à rien, qu'elle ne donne à ses élus d'autre consécration que le ridicule et d'autre force que l'émasculation de l'esprit, que sa plus haute fonction est celle d'un croque-mort qui fait les gens immortels en les mettant en terre. Mais alors, quelle mouche vous pique de frapper à la porte de l'Académie, d'en huiler, par toutes sortes de manœuvres, les clefs et les serrures, d'en solliciter les huissiers et les ouvreuses, ou de tâcher, à coups de chefs-d'œuvre, d'en forcer victorieusement l'entrée? Et quand on vous repousse^ d'où vient ce dépit, cette rage rancunière, amére et noire, dont M. A. Daudet eût pu, du moins, paraître exempt s'il n'avait écrit Vlmmortel? Nul ne fait mieux comprendre la fonction de l'Académie dans le monde littéraire que celui qui, ayant prétendu s'y faire accepter et y ayant échoué, réédite, en une phrase ou en un volume, le mot faussement dédaigneux du renard de La Fontaine devant les raisins trop haut pendus.
En somme, on dit à l'Académie : « Tu n'es qu'un cénacle de médiocres et d'impuissants. Comment se fait-il donc que tu ne reçoives pas tel talent robuste et original que je connais? » — Cette logique est, sans doute, subtile; mais je l'aurais crue faite pour apprêter à rire aux gens d'esprit.
L'Académie des sciences morales et politiques a, comme on sait, entrepris un gros et important travail, la publication des ordonnances royales depuis François !•'. A la séance du 12 janvier,* M. G. Picot, secrétaire de la commission chargée de publier ces ordonnances, a lu un rapport sur l^état présent des travaux. Le deuxième volume a paru au mois de novembre dernier; il contient les ordonnances depuis le i"' janvier i53i jusqu'au 3i décembre 1534. Avec les actes renfermésdansce volume, on a un ensemble de 7,45 1 documents. Le troisième volume est composé, mais
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il demande encore certains remaniements; il comprendra les ordonnances rendues du i"' jan* vier i333 au 3i décembre iSSg. Le tome qua* trième embrassera la fin du règne (1540-1347); il paraîtra en 1890.
Parmi les archivistes de province qui ont prête le plus large concours à la commission, M. Picot cite, d'une manière toute spéciale, M. Garnier, archiviste du département de la Côte-d'Or, lequel a rédigé les fiches de 432 actes omis. Cette collection sera complétée par un supplément renfermant les actes omis et ceux qui sont relatifs au gouvernement du Milanais et du Piémont.
A l'Académie de médecine, le secrétaire perpétuel a eu l'initiative d'une heureuse innovation. L'Académie commence, cette année, la publication d'un annuaire qui n'a pas moins de 340 pages. Il est divisé en deux parties; la première renferme les ordonnances royales constitutives de la compagnie, les arrêtés ministériels qui s'y rapportent, les règlements, les legs et donations, les prix décernés et à décerner, la liste des lauréats, etc. Dans la seconde partie, on trouve le tableau des nominations, des promotions, des extinctions, la liste des associés libres, des présidents, des commissions permanentes, l'état actuel du personnel de l'Académie, avec l'adresse de chaque membre résidant.
Si, ce que nous ignorons, l'exemple d'une telle publication était déjà donné par les académies qui composent l'Institut, l'Académie de médecine a bien fait de le suivre ; sinon, elle a bien fait de le donner.
A l'Académie des beaux-arts, c'est le livret de M"* Judith Gautier sur les Noces de Fingal qui a été couronné au concours Rossini. On en a donné un exemplaire à chacun des musiciens qui désirent concourir pour le prix de composition musicale.
L'Académie, la Sorbonne et la pépinière sorbonnique de la rue d'Ulm ont des affinités telles que le jeune homme qui sort des bancs de l'École normale supérieure peut toujours avoir l'espoir et nourrir l'ambition de se reposer dans un des quarante fauteuils, après avoir occupé quelque chaire à la Faculté. Ce n'est donc point rompre notre propos que de rappeler la réunion publique annuelle de l'Association des anciens élèves de l'École qui s'est tenue le i3 janvier, sous le présidence de M. Gaston Boissier, de l'Académie
française. Dans le discours qu'il a prononcé à cette occasion, M. Boissier énumère les récompenses et distinctions académiques remportées, dans le cours de Tannée dernière, par les anciens normaliens. La liste est instructive, et nous la reproduisons.
« Deux des nôtres, dit M. Gaston Boissier, sont entrés à l'Institut, M. Duclauxà l'Académie des sciences, et M. Waddîngton à celle des sciences morales et politiques. Dans les concours académiques,... l'Académie française a honoré M. Lanson, auteur d'une Étude sur Nivelle de La Chaussée et la Comédie larmoyante, de la première des récompenses qu'elle accorde aux ouvrages utiles aux mœurs. Le prix Marcelin Guérin a été décerné à M. Jacquet, pour son livre intitulé : la Vie littéraire dans une ville de pro^ vince sous Louis XIV» A l'Académie des inscriptions, dans le concours sur les antiquités de la France, le Recueil des inscriptions de Narbonne, M. Lebègue a obtenu une mention. Le prix Delalande*Guérineau est donné à MM« Edmond Pottier et Salomon Reinach, pour leur ouvrage sur la nécropole de Myrina. L'Académie des sciences accorde le grand prix des sciences mathématiques à M. E. Picart, le prix Montagne (botanique) à M. Gaston Bonnier, le prix Jérôme Ponti (mathématiques) à M. Kœnigs, le prix Gegner à M. Valson, le prix Francœur à M. Barbier. A l'Académie des sciences morales, M. Vessiot obtient le prix Halphen ; M. Chuquet, le prix Joseph Audiffret; M. Anthoine, le prix Thorel, pour son livre intitulé : A travers nos écoles^ souvenirs posthumes. Enfin, le prix Jean Reynaud est décerné à M. Fustel de Cou langes. »
Lignes éloquentes qui prouvent^ à la grande indignation des malcontents, que les littérateurs et les savants qui sortent de TEcole normale peuvent être couronnés tout comme s'ils n'en sortaient pas 1
Le concours est, d'ailleurS) à la mode de plus en plus. C^est ainsi qu'en exécution du legs de M"* la cîomtesse Rossi, la Faculté de droit met au concours pour 1890 : i* Études sur les titres au porteur dans la législation française et les principales législations étrangères ; 2» Du meilleur régime de publicité en matière de constitution et de transmission de droits réels immobiliers, pour a la législation civile »,et 3» Des droits des Chambres hautes ou Sénats en matière de lois de finances, étude de législation comparée, pour tt le droit constitutionnel ».
Deux des prix sont de 4,000 francs; le troi* sième est de 2,ooo«
Académies, concours, mandarinats, chinoiseries, il y a là une sorte de gradation descendante dont nous ne saurions, malgré tout notre respect, méconnaître le logique entraînement. Aussi la place est-elle tout indiquée ici pour faire mention du retour en France de M. le marquis de Croizier, président de la Société académique indo-chinoise, qui a profité«de son long sé)our dans l'Orient pour former de nombreuses et précieuses collections. A peine arrivé, M. de Croizier s'est empressé de répartir, avec un esprit de libéralité d'autant plus recommandable qu'il est plus rare, ces divers documents.
A la Bibliothèque nationale, il a donné une série d'ouvrages slavons et russes imprimés dans les principaux monastères orthodoxes; au Conservatoire, il a remis les instruments de musique qui forment les orchestres géorgiens et turcomans ; enfin au Musée d'ethnographie, il a offert des armes de chefs boukhares, des selles en bois laqué avec incrustations de nacre et de pierres précieuses.
Berlin a eu presque en même temps une bonne fortune analogue. Le D' Pauder, professeur d'économie politique et maître de conférences des langues allemandes et russes au Collège impérial de Pékin, est revenu en Europe, après un séjour de sept ans en Chine. Il en a rapporté deux cents objets relatifs au culte bouddhique et mille manuscrits ou livres en thibétain. Il a déposé cette collection au Musée ethnographique de Berlin.
Dans un ordre non moins curieux, mais plus restreint et presque intime, les journaux ont annoncé que M. et M"* Maurice Sand avaient récemment donné à M. Edouard Philippe le manuscrit, en six volumes, de M"« de la Quintinie, roman dont le vrai titre, ainsi qu'on peut le voir à la première page du manuscrit, était : le Roman d'un prêtre.
Cet autographe à l'encre bleue est tout à fait intéressant, car il montre la façon dont George Sand travaillait. L'écriture, très nette et très forte, est alignée, droite et en grand ordre, sur de très petites pages. L'une de ces pages est encombrée de telles ratures que sur dix-sept lignes un seul mot a été épargné. Les ratures ont été faites à l'aide d'un pinceau, comme pour une épure.
Ce manuscrit pourra plus tard figurer avec honneur à quelque exposition historique rétro-
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specti?e, si jamais la civilisation et la littérature du temps de Louis-Philippe et du second empire paraissent dignes d'un tel honneur à rfos descen^ dants. En attendant la Société de Thistoire de la Révolution française, dont nous avons parlé plus d'une fois, prépare une exposition, dite du centenaire, qui s'étendra, dans le temps, depuis l'ouverture des Etats généraux jusqu'au i8 brumaire. Il y a, nous dit le Public (lo janvier), dans ces dix années, une riche- moisson de souvenirs à recueillir. Pour ce faire, et afin de ne pas présenter des objets Êimiliers et toujours accessibles à tous, on s'adressera moins aux collections de l'Etat qu'aux collections particulières. On empruntera cependant à la manufacture de Sèvres la reproduction des bustes des hommes célèbres de la Révolution, qui, joints aux portraits, peintures, gravures, pastels, dessins que l'on pourra réunir en outre, constitueront une incomparable galerie iconographique des personnages de cette époque tourmentée. — Une collection nombreuse d'estampes et de plans fera connaître au visiteur le Paris d'il y a un siècle sous tous ses aspects et jusqu'en ses plus reculés coins. — Une partie attrayante de l'exposition sera celle qui comprendra les vêtements civils et militaires. Les costumes de cette période sont en effet de ceux que nous aimons le plus à reproduire, dans cette élégance fringante et musquée qui fait un si singulier contraste avec la violence des actes et le caractère souvent lugubre des événements. Après les vêtements, les meubles, les ustensiles d'intérieur. Puis les monnaies, médailles, attributs, emblèmes, métaux et papiers. Les autographes auront aussi leur place, qui ne sera pas la moins importante. Parmi les organisateurs figure M. Charavay, l'archiviste .bien connu, dont la collection, sans cesse augmentée, est peut-être la plus riche qui existe. Il y aura là des pièces précieuses émanant des plus grands, des plus terribles, parmi les hommes de la Révolution. En un mot, tout prendra place dans cette exposition rétrospective ; les sciences et les arts y seront largement représentés, ainsi que tout ce qui touche à la vie publique et privée, à l'existence intellectuelle et matérielle du peuple français, au moment où l'état social subit la plus grande et la plus rapide transformation qu'on ait jamais vue.
L'exposition du centenaire de 1789 sera ouverte vers le milieu du mois d'avril, un peu avant la grande exposition internationale. #
Les tribunaux sont de notre ressort, quand il s'y agite des causes littéraires. La Colombine à barbe qui a déménagé du Gil Blas à VÉcho de
Paris a trouvé mauvais qu'une Colombine quelconque s'installât dans ses anciens meubles, et en a appelé aux juges. Elle a même dit devant l'aréopage des paroles graves et charmantes, pareilles à celles qui coulent comme du miel delà bouche de Nestor. Le ministère public a été bourgeoisement d'avis qu'un nom vaut l'autre et qu'on peut être plusieurs à s'appeler Jocrisse, César ou Colombine. C'est le talent qui fait la différence, il conclut donc qu'on renvoie les deux Colombines dos à dos. Celle de VÉcho de Paris y aura toujours gagné de faire savoir au public qu'elle n'est plus celle du Gil Blas, qui l'a emporté devant les juges. C'est peut-être tout ce que M. Henry Fouquier voulait.
Il y a quelque temps, paraît-il, le correspondant parisien du journal de Londres the Book' seller est allé voir l'Homme de Médan. M. Emile Zola lui a fait l'effet d'un jolly and génial fellow. Mes œuvres, lui a- 1- il dit, sont rarement destinées à être lues par les gens dont je cherche à corriger les vices et les erreurs en les divulguant. Elles s'adressent aux personnes qui ont de l'éducation. Ce sont des essais de critique destinés à ceux qui ont en main le pouvoir de remédier aux maux sociaux existant. Même à Paris, les ouvriers qui ont lu l* Assommoir et Nana sont certainement la minorité, et ceux des classes laborieuses qui comprennent véritablement le but que j'ai poursuivi en. écrivant ces ouvrages sont assurément de très rares exceptions. Croyez-vous franchement qu'il y ait beaucoup de paysans qui aient lu la Terre? S'il y en a quelques-uns — bien peu — ils n'y ont cherché que le plaisir morbide de voir reproduire le tableau de leur vie brutale et de Jire leurs expressions grossières en lettres d'imprimerie. Ils ne soupçonneraient jamais que mon livre a un but moralisateur. — Mais, objecte alors timidement Vinierviewer, ce sont précisément les gens d'éducation et de jugement qui dénoncent votre livre comme immoral. Est-ce à dire qu'eux aussi sont impuissants à voir votre but? — Au con-» traire, ils le voient clairement; mais ils refusent de le reconnaître, par jalousie et hypocrisie. D'ailleurs, pour en revenir au public anglais qui, dites-vous, a peu de goût pour ce que j'écris, comment expliquez-vous, je vous prie, quWe partie considérable de la première édition de mes livres soit vendue en Angleterre, même avant sa publi-» cation ? Le fait est que ceux qui lisent le français^ et ils sont nombreux dans les hautes classes de la société anglaise, aiment mieux me lire dans l'original plutôt que de parcourir une traduction médiocre et souvent inexacte. — A cela que pouvais-^
je
dire
inde l'interviewer. Aussi ne dit-il
Le nom du président Floquet ayant été prononce dans la conversation, le correspondant anglais demanda à M. Zola s'il était exact que cet homme politique, lorsqu'il n'<.-tait que simple député, eût violemment pris à partie l'Assommoir etson auteur. « C'est parfaitement exact, répondit le romancier. Mais il est de fait que je lui ai rendu le compliment avec usure dans Germinal. Plus tard, nous nous sommes rencontrés à la table de
mon ami Charpentier, l'éditeur, quï est aussi l'inlime du président. Charpentier ayant fait allusion à l'attaque contre M«ommoir, Floquet répliqua : Sans doute, j'ai été vif; mais l'auteur deGerminal ne l'a pas été moins. — Puis, me tendant la main, il me dit gaiement : Maintenant nous sommes quittes, monsieur Zola! — Et, ma foi, depuis, nous sommes les meilleurs amis du monde. ■
Nous resterons sur cet exemple édifiant de liberté et de fraternité'.
B.-H. Gausseron.
FRANCS
La nomination définitive de M. Henri de Borniér comme .directeur delà bibliothèque de l'Arsenal, où il n'avait d'abord été nommé qu'à titre provisoire, et l'installation de la buvettej annoncée depuis longtemps, à la Bibliothèque nationale, voilà tout ce que le mois écoulé nous fournit de nouvelles louchant nos bibliothèques publiques.
A côté, dans les by-ways, comme disent nos voisins, nous trouvons de quoi nous arrêter un instant. On sait que l'Association philotechnique, qui date de 1848 et qui n'a pas cessé de travailler à la diffusion des connaissances utiles dans toutes tes classes de la société, a récemment créé une * section du Livre », rue de Fleurus, 21, spécialement destinée à donner une instruction professionnelle et gratuite aux ouvriers relieurs, brocheurs, imprimeurs, papetiers et autres, appartenant aux industries similaires. Ces cours sont sous la direction de M. Ramé et, pour la partie technique, de M. Engel père. De tels noms sont la meilleure des garanties. Le lundi, à huit heures et demie du soir, M. Ramé expose la théorie et l'histoire de la reliure, la géographie dans ses rapports avec l'industrie du livre, les calculs différentiels sur les poids et formats des différents
papiers. Le mercredi, M. Engel père, assisté de M. Stein comme préparateur, fait un cours pratique sur les différentes opérations qu'exige la reliure. Le vendredi, M. Verrimst, qui succède à M. Meyer, mort à la fin de l'année dernière, enseigne le dessin : ornement ; composition au trait d'après la méthode Ottin ; styles des diverses époques du livre. Outre ces trois cours fondamentaux et réguliers, des conférences sont faites par des professeurs compétents sur diverses spécialités de la profession : endossure, couvrure, dorure, etc. Nos ouvriers se sont acquis, dans le monde entier, une réputation d'habileté de main, de goût et de fini dans l'exécution qu'on cherche partout à atteindre, en y réussissant quelquefois. La lutte devient chaque jour plus vive et plus pénible. Il importe pourtant à notre honneur autant qu'à nos intérêts Je conserver la position acquise; des institutions cotjime celle de l'Association philotechnique (section du Livre) en fournissent les meilleurs moyens. L'Association publie un bulletin mensuel. Son siège central est rue Serpente, 24, où le secrétaire général est toujours prêt à répondre aux demandes de reitsetgnements qu'on peut lui adresser.
Les collectionneurs sont légion. Avec un curieux instinct de la divbion du travail, ils se partagent en cent branches diverses. Depuis les per-
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ruques jusqu'aux chaussures, depuis les œuvres de l'art le plus élevé jusqu'aux fourneaux de pipe en terre vulgaire, depuis les médailles antiques jusqu'aux timbres-poste, depuis les livres sur vélin jusqu'aux cahiers de chansons à deux 50US, il est peu de choses qui ne se prêtent au goût, au caprice, à la manie si Ton veut, des collectionneurs, et il n'est aucune de ces collections, quelle qu'en soit d'ailleurs la bizarrerie ou l'incohérence, qui ne présente un certain intérêt, et, au point de vue de l'histoire des mœurs et de l'industrie, une certaine utilité.
Le journal le Soleil a consacré récemment ^6 janvier) à la collection d'affiches de M. DessoUiers, alias Paul de Sainte-Marthe, un article signé J. Gardane, dont nos lecteurs ne nous sauront pas mauvais gré de reproduire les passages principaux. La collection de M. Dessolliers se compose, en l'état présent, de vingt-sept gros volumes in-folio très faciles à feuilleter. Les pièces, quelque gigantesques qu'elles soient, sont pliées et montées sur onglet. Elles sont au •nombre de dix mille, dont beaucoup remontent à cinquante ans ou plus. Celles-ci sont absolument introuvables. M. Dessolliers les a classées méthodiquement en quatre séries : i® Affiches artistiques, relatives aux livres, publications, expositions, etc. ; 2* Affiches de théâtres, bals, concerts, fêtes, etc. ;. 3® Affiches industrielles et commerciales ; 4* Affiches politiques.
Les affiches illustrées sont celles que M. Dessolliers recherche avec le plus de passion. Les plus anciennes qu'il possède ne remontent pas au delà de i83o. Parmi celles-ci on remarque les affiches dessinées par Raffet pour la Némésis et le Napoléon en Egypte^ de Barthélémy et Méry, pour le Compagnon du tour de France^ de George Sand, pour V Algérie ancienne et moderne, etc.
On trouve également, dans ces cartons, des affiches dessinées par Tony Johannot, par Meissonier, par Gavarni, par Célestin Nanteuil (Robert Macaire et Don César de Ba^an), par Manet, par Félix Bracquemont, etc ; enfin tous les exemplaires des affiches d'art des maîtres modernes, Chéret, Grévin, etc.
Ce que cette collection a coûté à M. Dessolliers, sans parler de l'argent, il est bien difficile de le dire. Pour suivre à la piste l'affiche et la saisir, il lui a fallu souvent déployer des ruses de sauvage et des habiletés de pickpocket. La conquête de l'extraordinaire gravure de Y Homme-Chien a été tentée par notre collectionneur, en plein jour, sur le Pont-Neuf, derrière le dos du colleur lui-même, qui s'en est aperçu et qui a ameuté la foule. Un cri de plus
et le collectionneur était jeté dans le fleuve; il réussit cependant à prendre la fuite, emportant la précieuse pièce convoitée.
A côté des affiches purement artistiques, la collection de notre confrère possède les plus beaux spécimens de la réclame commer^ ciale ; c'est un bizarre défilé de produits divers vantés par d'habiles craycftîs, où l'on retrouve toutes les inventions utiles ou étranges de notre temps.
Enfin, la collection d'affiches illustrées de M. Dessolliers donne d'innombrables renseignements rétrospectifs sur les mœurs, les costumes, les engouements, les succès d'un jour, les spectacles, les plaisirs, les originalités, les caprices quotidiens, les Tolies ou les idées sérieuses de Paris et de l'Europe, pendant un demi-siècle.
A ce titre elle méritait d'être signalée. « A ce titre encore, dit M. J. Gardane, elle mériterait de figurer à la Bibliothèque nationale, où certainement elle ne manquerait pas d'être fréquem* ment consultée. »
G'est un vœu auquel nous nous associons bien volontiers.
Le journal londonien the Bookseller du 9 janvier contient un advertisement informant les amateurs et vendeurs de livres anglais que M. Emile Rondeau a récemment acheté la librairie Auguste Fontaine, et qu'en conséquence il les prie de lui envoyer leurs catalogues, ainsi que les beaux livres français du xviiP et du xix" siècle qu'ils peuvent avoir. — Nous ne doutons pas que le nouveau bibliopole ne maintienne à la grande maison du passage des Panoramas l'importance et la réputation que feu Auguste Fontaine, en se laissant discrètement guider par quelques vrais bibliophiles dont il eut le flair de s'assurer les services, avait su lui donner.
STRANOBR
Allemagne. — La correspondance de Gœthe et de Schiller vient d'être remise aux Archives de Gœthe {Gœthe- Archiv), fondées à Weimar par la grande-duchesse de Saxe. Cette correspondance avait été achetée par l'éditeur de Gœthe, le fameux baron Friedrich von Cotta, dont nous avons annoncé la mort récente. Celui-ci, après en avoir refusé 60,000 marks, l'avait cédée aux Archives pour le prix qu'elle lui avîlit coûtée, 12,000 marks, à condition qu'il en resterait détenteur sa vie durant.
Les Allemands sont de grands bibliographes, quoiqu'on puisse regretter que, dans leurs minu*
tieuses recherches, ils s'élèvent rarement au-dessus de l'exactitude du nomenclateur. Ainsi, M, Philippe Strauch a fait tirer à part, après l'aTolr insérée dans le premier fascicule de la ZeiUchri/tJurdeutsches AUerthum de cette année, une bibliographie des publications scientifiques parues en 1 887 dans le domaine de la littérature allemande moderne : Ver^eichnis:^ der auf Gebiete der neueren deutschen Litteratur in jahre i88j erschienenen wissenschaftlichen Publicationen. L'utilité de pareils travaux est simplement inappréciable.
D'un autre côté, le D' Reinhold Rohricht, dont on connaît le livre sur les pèlerinages allemands en Terre-Sainte, publié par lui et le docteur H. Meissner en 1880, a sous presse une bibliographiç complète de la littérature relative à la Palestine, jusqu'en 1888.
Enfin on a dernièrement annoncé l'apparition d'une feuille bi-mensuelle, consacrée aux intérêts du commerce des livres et des industries qui s'y rattachent, intitulée Das Buchgewerbe [Vlndustrie du livre) et dirigée par Paul Hennig, de Berlin. Ce n'est pas là une publication. bibliographique à proprement parler ; mais elle ne peut manquer, si elle répond complètement à son titre, de renfermer un grand nombre de renseignements utiles à la bibliograhie,
A une vente d'autographes, qui a eu lieu dernièrement à Berlin, un manuscrit musical de Mozart, daté de 1782, a été vendu 555 marks, et une lettre de Lessing 5oo marks. On sait que le mark vaut environ i fr. 25. La salle des enchères a dû être un beau champ de bataille, ce jourlà. Pendez-vous, monsieur Charavay ! Mais peutêtre y étiez- vous.
Angleterre. — Comme nous l'avions annoncé, le British Muséum a organisé une exposition de manuscrits, de sceaux et de livres datant de répoque des Stuarts. Ces sortes d'exhibitions rétrospectives présentent d'autant plus d'intérêt que le cadre en est bien délimité, et c'est le cas pour celle-ci.
A propos du British Muséum^ nous avons Rencontré l'autre jour une lettre de Thomas Gray, le poète de V Elégie écrite dans un cimetière decam* pagne, qui donne quelques détails intimes et malicieux sur la grande bibliothèque anglaise au milieu du siècle dernier. La lettre, adressée à Palgrave, est datée du 24 juillet 1759. Gray est venu à Londres, malgré les chaleurs accablantes de Tété, parce qu'il espère que « le Muséum, avec les manuscrits et les raretés qui y sont entassés par charretées », compensera amplement pour lui
toutes les incommodités qu'il aUra à souffrir d'ailleurs. « Aujourd'hui, continue-l-il, j'ai passé entre les mâchoires d'un grand Léviathan, dans Pantre du docteur Templeman, surintendant de la salle de lecture, lequel s'est félicité de voi- si bonne et si ^nombreuse compagnie. Nous étions, premièrement : un homme qui écrit pour lord Royston ; deuxièmement, un homme qui écrit pour le docteur Burton, d'York ; troisièmement, un homme qui écrit pour l'empereur d'Allemagne ou pour le docteur Pocock, car il parle le plus mauvais anglais que j'aie jamais entendu ; quatrièmement, le docteur Stukely qui écrit pour lui-même, ce qui est bien le pire personnage pour qui il puisse écrire ; et en dernier lieu, moi, qui me contente délire pour savoir s'il y a quelque chose qui vaille la peine d'être écrit, et encore ne le fais-je pas sans quelque difficulté. Je trouve qu'on a imprimé mille exemplaires du Harleian Catalogue et qu'on n'en a vendu que quatre-vingts ; qu'on a neuf cents livres sterling de revenu, et qu'on en dépense treize cents, et qu'on bâtit des appartements pour les sous-conservateurs ; aussi je m'attends cet hiver à voir la collection affichée et mise aux enchères. >
L'intéressante revue bibliographique que l'éditeur EUiot Stock publie à Londres sous le titre de The Bookworm a donné, dans le courant de l'année dernière, une série d'articles sur le British Muséum, dus à M. A.-C. Bickley. On y peut puiser des informations peu accessibles et peu répandues, et y trouver un intérêt réel, même après les pages que le Courrier de VArt a récemment consacrées au même sujet. Nous ne donnerons aujourd'hui que ce qui se rapporte aux origines historiques de l'institution.
Bien que citée la dernière, comme étantla moins importante, la collection Sloane est la première dans l'ordre des temps. Elle fut léguée à la nation, à condition qu'on verserait vingt mille livres sterling à la famille du donateur. Elle se composait de cinquante mille ouvrages environ et de plus de quatre mille manuscrits, outre une immense collection de spécimens d'histoire naturelle et de curiosités. C'est cette magnifique donation qui
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amena, comme nous aurons l'occasion de le redire, la fondation du British Muséum^ lequel fiit ouvert en 1759, sept ans après la mort de sir Hans Sloane. Les manuscrits étaient en grande partie des traités d'histoire ou de médecine ; mais, parmi les livres, beaucoup étaient extrêmement rares et précieux, et la plupart portaient sur des sujets curieux et bizarres.
Antérieurement au règne d'Henri VII, les rois, depuis la conquête, semblent s'être souciés des livres moins que d'une pinte de vin sec ; mais ce monarque c froid, rusé et calculateur » avait quelque chose du bibliophile dans son âme égoïste, et le British Muséum possède une belle série de classiques, imprimés sur vélin, à Paris, par Antoine Vérard, qui lui ont jadis appartenu. Son successeur, bluff King Hal^ continua la bibliothèque commencée par son père. La seconde série de The Rétrospective Review^ t. I*', p. 334, a imprimé The Second parte of the Inventory ofour Late Sovran Lord, etc.^ Henry VIII, Sa bibliothèque paraît avoir été composée de trois cents à quatre cents volumes, sans compter un grand nombre de traités théologiques, qui étaient conservés avec les archives d'Etat à la trésorerie. Parmi les dépenses de la bourse privée de ce monarque, se trouvent des mentions d'achats de livres, et des notes se rapportant à d'autres ouYrages venant de collections monastiques ou d'ailleurs ; les sommes dépensées sont minimes, — environ cent vingt-cinq livres en trois ans ; — comme le. prix comprend en même temps la reliure et qu'Henri aimait les reliures somptueuses, une bien petite quantité de l'argent royal tombait dans la poche de l'imprimeur. Parmi ceux de ces livres qui sont au Muséum, se trouve un exemplaire de la première édition de son Assertio septem Sacramentorum, publiée en i52i, livre qui lui valut le titre de « défenseur de la foi B. L'exemplaire unique des Méditations sur les sept pseaulmes pénitentiaulXy de Caxton, lui a aussi appartenu.
Edouard VI, s'il eût vécu, eût été un protecteur des lettres. Il fit partie, avec Cranmer et la duchesse de Somerset, du triumvirat formé dans le but d'acheter les livres et manuscrits de Martin Bucer, et il prit Roger Ascham pour son bibliothécaire.
La reine Mary paraît s'être tenue soigneusement à l'écart des livres, et sa sœur ne fit guère mieux. Cependant Elisabeth en acheta quelquesuns, et comme beaucoup d'autres lui furent offerts, le Muséum contient un bon nombre de ses livres. Comme son père, .elle aimait les belles reliures.
Jacques P% qui, malgré les assertions de ses détracteurs, n'était pas un médiocre érudit, acheta
la collection de John, lord Lumley (mort en 1609)» lequel avait acquis la bibliothèque du comte d'Arundel, cabinet enrichi des trésors obtenus à l'époque de la fermeture des monastères et de la dispersion de la bibliothèque de Tévêque Cran« mer.
Charles P'' rassembla des livres; mais la plupart furent dispersés par les fanatiques puritains. Le volume des pièces de Shakespeare (seconde édition), qui l'amusait lorsqu'il était enfermé dans le château de Carisbrook, est à la Bibliothèque royale. On se rappelle que John Milton lui fait un reproche de n'avoir pas su, dans sa prison, mieux employer son temps. Ce livre précieux porte la devise : Dum spiro spero^ écrite de la main du roi. Les monarques qui vinrent ensuite ne se souciaient guère de livres, mais la bibliothèque ne continua pas moins à s'accroître lentement, car il était passé en coutume que les auteurs offrissent un exemplaire de leurs œuvres au roi; de là la présence d'un grand nombre de livres rares, en exemplaires de choix et dans des reliures luxueuses. En lySg, George II donna la Bibliothèque royale à la nation, avec les collections de sir John Morris, de sir Thomas Roê et d'Isaac Casaubon; il y ajouta son cabinet de manuscrits, où se trouvaient des pièces de la plus grande va-^ leur.
La Bibliothèque royale s'enrichit encore des livres recueillis par George III pendant soixante années de règne. En 1762, le roi-fermier, comme on l'appelait familièrement, avait acheté pour 10,000 livres sterling la bibliothèque de Joseph Smith, ancien consul à Venise, bibliothèque riche en livres italiens et en premières éditions des classiques. En 1773, il se rendit acquéreur d'une grande partie de la collection de James West, qui avait été président de la Société royale et qui possédait un grand nombre de caxtons et d'impressions gothiques. C'est en cette occasion, — il faut le rappeler à sa gloire, — que le roi ordonna à ses agents de ne pas pousser les enchères sur les livres que des particuliers voudraient acheter dans un but d'étude. En 1775, il acheta, à la vente du docteur Antony Asken, un assez grand nombre d'ouvrages, notamment // Tescide et // For^e de Hercolo, de Boccace (Ferrare, 1475), ainsi que l'édition princeps du même auteur imprimée à Florence. A partir de 1768, le roi eut sur le continent un acheteur spécial, stylé par le D' Johnson, et auquel il donnait annuellement 2,000 livres sterling pour ses acquisitions. A sa mort, George III avait une collection de plus de 65,000 ouvrages en 120,000 volumes, dont le catalogue remplissait cinq gros volumes in-folio. Ce fut trois ans après que Georges IV donna ce
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fonds splendide à la nation, en stipulant qu'il serait conservé à part du reste de la bibliothèque, et la galerie qu'on bâtit pour Ty installer fut le noyau des constructions du British Muséum actuel.
La bibliothèque cottonienne a été en partie brûlée en lySi ; mais, en proportion du nombre de volumes dont elle se compose, elle est peutêtre plus riche que toute autre en livres précieux. Les manuscrits surtout sont remarquables. On y trouve des chartes de Canut et d'Edouard le Confesseur, ainsi que la grande charte ellemême. Sir Robert Cotton avait recueilli ces trésors peu après la dispersion des congrégations, lorsque ces documents, exhumés des chartriers des monastères, pullulaient partout,
La bibliothèque harléienne, formée par Robert Harley, comte d'Oxford, et accrue par son fils, est aussi fort riche en manuscrits ; mais ceux-ci ont trait surtout aux sciences héraldique, topographique et historique. Parmi les principaux, nous citerons un bel exemplaire du De gestis regum anglorum, de Guillaume de Malmsbury; un De gestis pontificum y du xii* siècle; et un volume très curieux par sa reliure et ses tranches guillochées et par les belles enluminures de ses feuillets. C'est un recueil de quatre contrats passés entre Henri VII et Tabbaye de Westminster pour la célébration de messes dans une chapelle que le roi avait l'intention de construire en l'honneur de la Vierge. Les manuscrits de la harléienne comprennent les collections de Fox, l'auteur du Livre des martyrs j de Charles, héraut de Lancastre, et de l'archéologue sir Simond d'Ewes. Ils sont au nombre de 8,ooo environ. La bibliothèque comprenait en outre plus de 5o,ooo volumes imprimés, environ 40,000 estampes et une collection de brochures et de dissertations estimée à 400,000. Les manuscrits seuls, achetés 10,000 livres sterling sur un crédit spécialement voté par le parlement, n'ont pas été dispersés.
Parmi les legs de livres que le Muséum a constamment reçus depuis ses origines, on peut à peine citer les plus considérables : celui de Thomas Grenville, en 1846 (16,000 ouvrages en 20,240 volumes, dont la plupart en grand papier et dans de splendides reliures) ; celui du juif d'Amsterdam, Salomon da Costa, en 1759 (200 ouvrages précieux sur la théologie et la jurisprudence hébraïque); celui du révérend Clayton Mordaunt Cracherode, dont la bibliothèque était riche en légendes classiques et bibliques (4, 5oo ouvrages rares, curieux et d'une conservation parfaite); celui de sir Joseph Banks, en 1827 (sciences, voyages, philosophie) ; celui de sir Richard Coït Hoare (topographie italienne).
Dès le legs de sir Hans Sloane, il était nécessaire de trouver pour cet énorme dépôt de livres un local approprié. La nécessité ne fut que plus urgente, lorsque, à ce premier fonds, vinrent s'ajouter les manuscrits harléiens et cottoniens, et la Bibliothèque royale. Avec l'aide du ministère, qui organisa une loterie, on trouva 100,000 livres sterling et on acheta Montagu- House (1754), dans Great-Russell street. Elle avait été construite, en 1678, sur les plans de Puget et convenait parfaitement à une résidence seigneuriale, mais point du tout à une bibliothèque. Ce qu'il y avait de mieux, c'étaient son entrée, son escalier et les jardins qui l'entouraient. Ce fut là qu'on installa le Muséum. C'est là qu'il est encore, énormément agrandi et toujours à l'étroit. Il fut ouvert au public le i5 janvier 1759 et se composait de trois départements, les livres, les manuscrits et l'histoire naturelle.
Quand on se reporte à la date de la lettre de Gray, citée plus haut, on comprend mieux ses ironiques et douloureux pressentiments.
Si nos lecteurs s'y intéressent, nous continuerons cette monographie succincte du Bristish Museum.
États-Unis. — Nous nous faisons un devoir et un plaisir de ne pas tromper l'attente de M. W"» L. Fletcher, bibliothécaire d'Amherst Collège, qui écrit au Library journal de New- York :
« J'ai récemment trouvé, dans une vente, un exemplaire du premier volume des Œuvres mêlées de Gibbon, éditées par lord Shefïîeld, Londres, 1796, in-4°. Sur la feuille de garde est écrit d'une écriture ronde et hardie :
Pour Monsieur Vade de la part de Lord Sheffield,
a Au bas de la page de titre « M. Vade » a tracé son vrai nom d'une écriture nette et trahissant un Français, « D. Levade ». Dans la France littér aire y de Quérard, t. V, p. 267, il y a une notice sur a Levade, Jean-Dan.-P.-Et., ministre... à Lausanne », traducteur français des Évidences de Paley, et je "crois qu'il n'est pas douteux que ce ne soit le « D. Levade » de moxiGibbon. En revenant à la feuille de garde, je trouve, écrite de l'écriture nette, mais ratatinée de Levade, plus bas que l'inscription rapportée plus haut, la note, assez sardonique, qui suit :
« Les deux volumes de cet ouvrage me sont parvenues (sic) un an après l'envoy avec 29 livres de Suisse de frais. Le second volume se trouve dans la bibliothèque de mon respectable ami
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G. Chad, qui, par erreur, l'a emballé avec ses livres. »
0 II se peut que ces lignes .tombent sous les yeux de quelqu'un en France ou en Suisse (peut-être le Livre les reproduira-t-il), qui sera capable de découvrir ce que sont devenus les livres de a G. Chad » et de donner au possesseur actuel du second volume de Gibbon l'occasion de réparer « Terreur » de ce « respectable ami » de feu M. Levade. En un peu moins d'un siècle, et dans ce tranquille coin du monde, le livre ne doit pas avoir voyagé bien loin. S'il se retrouve, j'entrerai volontiers en négociations pour en effectuer l'achat. »
L'éditeur J.-W. Bouton, de New- York, annonce un ouvrage sur les Reliures remarquables du British Muséum, par M. H.-B. Wheatley, avec 60 planches en photogravure. Le livre doit être publié en même temps en français par MM. Gruel et EngelmAnn, éditeurs par occasion et pour la gloire de leur art. Le tirage sera limité à 200 pour chaque édition. Ce sujet a déjà été traité dans The Bookworm de l'année dernière. Mais les deux articles que le journal de M. Elliot Stock y a consacrés peuvent facilement être expanded en un volume.
Ce sujet de la reliure est à l'ordre du jour parmi les amis des livres. En Angleterre, M. James Weale prépare un livre sur la reliure et les relieurs, qui ne peut manquer d'avoir un grand intérêt, à en juger d'après les recherches auxquelles il se livre et d'après les trouvailles qu'il fait. Il vient de découvrir au Public Record Office - les Archives nationales de l'Angleterre — que le volume connu sous le nom de « petit livre noir I
de l'Echiquier » (The smaller Black Book of the Exchequer) avait été relié deux fois par Caxton, ce volume étant orné de fers de deux modèles différents, que M. James Weale a reconnus d'une manière certaine pour avoir appartenu au plus' ancien imprimeur anglais.
Enfin, le catalogue récemment publié de VArts and Crafts Exibition Society contient une note sur la reliure considérée comme art et comme métier, par M. Cobden Sanderson, un des premiers relieurs de ce temps. Une conférence, qu'il a faite sur son art est aussi résumée dans le Book-r binder du 28 novembre.
Italie. — Nous signalons, en passant, et pour y revenir, un beau chapitre de l'ouvrage de M. Rodolfo Lancianî (la Rome antique à la lumière des découvertes récentes) sur les bibliothèques publiques de Rome dans l'antiquité et au moyen âge. Nous nous proposons d'en donner la substance dans un de nos prochains bulletins.
Rien n'est passé pour le bibliophile comme pour le philosophe : tout est daos un présent dont la limite recule sans cesse, et dans un éternel avenir.
Pour aujourd'hui, le temps presse et la place se resserre. Nous nous contenterons de noter l'apparition, remontant déjà à la fin de l'année dernière, de la troisième partie de l'ouvrage entrepris par M. Pietro Riccardi : Saggi di uria bibliografia Euclidea, La quatrième et dernière partie sera consacrée à la bibliographie des manuscrits se rapportant au sujet. On sait que ce travail paraît d'abord |dans les Memorie délia Reale Academia délie science deW Instituto di Bologna.
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PUBLICATIONS NOUVELLES ET ANNONCÉES
en France et à tEtranger
FRANGE
Nous insérons aujourd'hui dans le Livre une réclame relative à l'intéressant Petit théâtre des Marionnettes^ dirigé par M. Signoret. Mentionnons à ce propos la très remarquable traduction *îue M. Maurice Bouchor vient de publier de la comédie de Shakespeare : la Tempête^ et qui a paru chez M. Parvillez, imprimeur-éditeur, 32, rue de Turbigo, à Paris.
Cette traduction de premier ordre, qui a surpris par son ingéniosité littéraire les érudits anglais les plus susceptibles à l'égard de Shakespeare, a été spécialement écrite pour le Petit théâtre et mérite d'être accueillie dans la bibliothèque des vrais lettrés; c'est une œuvre exquise dans laquelle Maurice Bouchor a montré toute la souplesse de son talent et toute la fraîcheur de son âme poétique, (i vol. in-8* carré de 97 pages; prix : 2 fr.)
Un nouveau poète, M. Gabriel Martin, a récemment feit paraître chez l'éditeur C. Dalou (j7, quai Voltaire; i vol, in- 18", 3 fr. 5o) un volume de vers intitulé les Cantiques impies. Le volume porte cette dédicace : « Au maître Jean Richepin, foyer de la pétillante flamme brûleuse des dieux et de religions, je dédie ces premières étincelles du nihilisme. » Ce sont des vers sur des sujets scabreux ou obscènes avec, le plus souvent possible, des papes, des souverains ou des grands de la terre pour acteurs. Les vers ne valent pas mieux que tant d'autres, lesquels, le plus ordinairement, ne valent rien. Quant au maître Richepin, il est bien innocent de tout cela et n'a pas à s'inquiéter si la flaque d'eau prend un reflet à son soleil. Ce n'est pas lui, en tout cas, qui chercherait à tirer du nihilisme des étincelles. Il connaît trop bien la grande maxime qui fait des dieux créateurs de pures chimères : ex nihilo nihil.
L'éditeur le plus poursuivi de France et de Navarre, sinon du monde entier, — j'ai nommé M. Albert Savine, — a-mis dernièrement en vente, sous le titre de la Révolution de septembre, un nouvel extrait du journal de Fidus. L'auteur, parfaitement renseigné sur tout ce qui concerne le parti bonapartiste, est un observateur et un analyste très remarquable. Son livre, tout fragmentaire qu'il est, sera désormais consulté par tous les chercheurs qui prennent la seconde période impériale de notre histoire comme champ de leurs études et de leurs perquisitions.
Les éditeurs Picard et Kaan (11, rue Soufflot) mettent en vente une Histoire de la Révolution de iSyO'ji et des origines de la troisième Republique^ par M. Paul Boudois (i vol. gr. in-8°, illustré de nombreux portraits, gravures et cartes, prix :*iofr.). La grande préoccupation de l'auteur dans ce livre, dont le sujet même est brûlant, a été le calme, la modération, la froideur du jugement, le silence sur tout ce qui est contestable, et surtout ce qui est par trop irritant, la recherche de tout ce qui peut nous unir dans un commun sentiment d'amour pour la patrie. On comprend l'historien avec des passions, des ravissements et des haines; mais on ne saurait trop louer celui qui, en parlant des choses encore agitées de notre temps, peut se soustraire à tout ce trouble et garder la sérénité d'un esprit impartial.
A un moment où les méthodes d'enseignement se renouvellent, où le but même de l'éducation
se déplace, on aimera à lire une alerte petite brochure, pleine de vues originales et hardies, qui, de prime abord, ne semblent pas toutes pratiques, mais sur lesquelles on ne doit se prononcer qu'avec réserve, l'auteur étant exceptionnellement situé pour parler en connaissance de cause. C'est un Projet d'organisation des écoles pratiques d'enseignement secondaire y par M, J.-E. Rigolage, agrégé de l'Université, ingénieur des arts et manufactures, principal du collège et di* recteur de l'École industrielle de Saumur (Paris, Ch. Delagrave).
Le docteur Paul Girod entreprend de publier, chez les éditeurs J.-B. Baillière et fils, un ouvrage très important sur les Stations de Vâge du renne dans les vallées de la Vénère et de la Corrè^e, d'après les riches collections de M. Elle Massénat. La première livraison est en vente, et l'intérêt du texte égale la netteté des planches, toutes exécutées lithographiquement avec la plus grande exactitude, par le docteur Girod lui« même. L'ouvrage aura dix fascicules composés chacun de 10 planches et de 20 pages de texte (prix : 5 fr,).
Les bénédictins de Solesmes préparent, nous l'avons dit, toute une série de publications de mélodies liturgiques, fac-similés phototypiques des principaux manuscrits de chant grégorien, ambrosien, mozarabe et gallican. Le premier de ces fac-similés reproduira un graduel de Tancienne abbaye àe Saint-Gall, in-4«, du x* siècle, noté en neumes sans lignes, avec signes romaniens.
Une souscription de 20 francs donne droit à recevoir quatre livraisons par an. Chaque livraison se composera d'au moins 16 pages in-4^ carré de reproductions phototypiques, outre le texte, l'introduction générale et les préfaces.
La Grande Encyclopédie, — On lira avec intérêt, dans la 164^ livraison, une biographie très détaillée et très impartiale du général Boulanger^ deux articles de technologie importants : Bougie et Boulangerie^ et un beau travail financier sur la question des Bouilleurs de cru, — La i65* contient une étude toujours d'actualité sur la famille des Bourbons, son origine, ses nombreuses branches et la biographie de ses principaux membres. Nous signalons aussi aux lecteurs curieux un historique et une description intéressante du Palais Bourbon, — Enfin le critique F. Brunetière a publié, dans la i66* livraison de la Grande Encyclopédie^ un intéressant article sur Bourdaloue, qui fait suite à la série si
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remarquée qu'il avait donnée récemment au même recueil et où figuraient Boileau et Bos-
suet.
L'éducation physique, qui avait déjà son école normale, a maintenant son Bulletin mensuel (Paris, 5i, rue Vivienne, yfr. par an). M. Paschal Grousset est décidément parvenu à faire une révolution.
Sous le titre la Revue franco-scandinavey vient de paraître un nouveau journal hebdomadaire, ayant pour but de mettre en communication d'idées plus directes la France et les pays Scandinaves : Suède, Norvège et Danemark,
ETRANGER
Allemagne. — Notre collaborateur M. Louis de Hessem veut bien nous communiquer les notes suivantes :
« Si le temp% et l'espace nous ont fait défaut dans notre précédent numéro pour entretenir nos lecteurs des choses nouvelles en Allemagne, il n'y en a que davantage abondance de matières cette fois. Aussi ne mentionnerons-nous que les ouvrages les plus importants et ne donneronsnous encore que quelques lignes à chacun d'eux.
« Plusieurs volumes de mémoires tout d'abord. Le duc Ernest de Saxe-Cobourg-Gotha fait paraître chez Hertz à Berlin (Pellmann et C'«, 189, boulevard Saint-Germain, à Paris), le tome deuxième — un troisième et dernier viendra s'y joindre plus tard — de ses souvenirs Ans meinem Leben und meiner Zeit. Ils sont d'un intérêt politique avant tout, bien que le duc soit un de ces souverains intelligents prenant une part active à tous les mouvements de leur époque.
« L'éditeur Hermann Paetel, de Berlin, publie une traduction des Souvenirs de F. de Lesseps, puis encore un autre volume du même genre dû à F. Bodenstedt, l'un des meilleurs et des plus populaires poètes de l'Allemagne moderne. Bodenstedt est parti de bonne heure pour la Russie, il a longtemps habité le Caucase, et ses mémoires — dont ce volume n'est que la première partie — font défiler aux yeux du lecteur des paysages et des personnages russes. Ses souvenirs n'en sont que plus attachants pour un public français, — d'autant plus que Bodenstedt a pour ce qu'il décrit la plus franche sympathie, et que la façon simple, nette et sans prétentions dont il décrit ne peut que lui attirer des sympathies également.
« Il en est de même pour les mémoires d'un autre
poète non moins distingué, le comte Schack, publiés en trois volumes par la Deutsche Verlags- Anstalt, de Stuttgart. S'il est parmi nos lecteurs des personnes qui ignorent l'œuvre poétique de cet écrivain, il en est moins sans doute qui n'ont pas ouï vanter la galerie de tableaux du comte, qui est une des curiosités de Munich. Ses mémoires en sont une autre, car le comte Schack, grand seigneur, grand voyageur, a un peu vu tous les pays : l'Italie, l'Espagne, la Palestine, l'Egypte, etc., et un peu connu tout le monde : Schopenhauer à Francfort, Humboldt à Berlin, Louis-Philippe, Victor Hugo, Alexandre Dumas, Eugène Delacroix, Berlioz, Meyerbeerà Paris, Napoléon III à Biarritz,. Carlisle, Lewes, Eliot, Mazzini à Londres, etc. Le comte Schack sait voir et faire voir ; malheureusement il n'a pas la mémoire des dates, —les indications précises manquent souvent dans son ouvrage, — et son éditeur n'a pas jugé à propos d'ajouter une liste alphabétique des noms cités, ce qui est on ne peut plus regrettable, ces Mémoires étant destinés forcément à être consultés souvent par beaucoup.
« Aux mémoires proprement dits, on peut rattacher encore l'ouvrage de Karpeles : Heine's AutO" biographie (chez R. Oppenheim, à Berlin). Aux mémoires que Henri Heine n'a pas laissés, Karpeles, un des plus fervents admirateurs de l'auteur des Reisebilder, substitue une autobiographie laborieusement, pieusement et habilement formée au moyen d'extraits pris dans les œuvres, dans la correspondance, dans des conversations du poète ; il arrive ainsi à nous montrer Heine autant qu'on pouvait le faire et à nous initier complètement aux secrets de cette existence si mouvementée, si féconde et si douloureuse. Le livre est émouvant : c'était d'ailleurs facile à prévoir avec un écrivain comme Henri Heine et un fin lettré comme Gust. Karpeles ; et nous le recommandons instamment à nos lecteurs.
« Cette autobiographie est une sorte de pendant à une thèse de M. Holzmann sur Louis Bœrne, publiée en un volume in-8® de quatre cents pages par le même éditeur ; mais les mérites de cet ouvrage ne sont point à la hauteur de ceux du précédent et ne répondent pas à tous les soins consciencieux avec lesquels l'auteur s'est efforcé de s'en acquitter,
« La maison Breitkopf et Haertel, de Leipzig, a édité avec un luxe de bon goût la remarquable biographie de J.-G. Kastnery compositeur et critique musical, membre de l'Institut de France, écrite par Hermann Ludwig (pseudonyme de Ludwig von Jan). Kastner était Strasbourgeois d'origine, et c'est à a un enfant de l'Alsace » que M. de Jan élève ce monument. Tout dit dans l'ou-
vrage la conscience, l'affection, Tadmiration dont l'auteur est animé, et au cours de ces trois beaux volumes in-8®,* imprimés en elzévir sur papier vergé, ornés d'un superbe portrait à Teau-forte et de vingt héliogravures représentant des vues de Strasbourg ou reproduisant en fac-similé des lettres de Berlioz, de Meyerbeer, de Paer, etc., à Kastner, rien n'a été négligé pour mettre en relief la figure de ce savant, figure douce et énergique à la fois. Nous ne pouvons que féliciter sans réserves Tauteur et les éditeurs de ce livre magnifique.
« Chez Breitkopf et Haertel également la Correspondance de Richard Wagner avec les amis laissés à Dresde (un volume grand in-8°, papier vélin), forment la suite pour ainsi dire des deux premiers volumes contenant la correspondance entre Wagner et Liszt. Si cette dernière était intéressante par les révélations intimes sur le caractè^e des deux illustres musiciens, cette nouvelle publication ne l'est pas moins à cause des renseignements qu'elle donne sur la genèse et le développement de l'œuvre du maître de Bayreuih. Au point de vue matériel, c'est parfait, ce qui est toujours le cas d'ailleurs dans cette maison.
« Puisque nous parlons musique, signalons encore le volume du critique viennois Ed. Hanslick sur Concerter Componisten und Virtuosen .(i 870-1885), chez Hermann Paetel, à Berlin, formant le cinquième volume de la série Die moderne Oper (V Opéra moderne). Ce volume en est déjà à sa seconde édition; les précédents en ont eu de nombreuses, de trois à huit, suivant qu'ils sont de date plus ou moins récente. Pour un travail de ce genre, c'est l'indice certain d'une valeur incontestable.
« En ce qui concerne les œuvres d'imagination, nous citerons — la place nous manque pour faire mieux — Spit^en (Dentelles), de Paul Lindau, le troisième de la série Berlin, dans laquelle l'auteur a l'intention de donner un tableau d'ensemble de la société berlinoise. Nous ne pouvons dire s'il atteint son but, mais le roman est d'un style clair et rapide, l'action ne languit que rarement et la lecture est attachante. L'influence
des auteurs français est facile à reconnaître (W. Spemann, éditeur, à Stuttgart). Runensteine (Pierres runiques) de Wilhelm Jeiisen (Elischer Nachfolger, éditeur, à Leipzig) est une œuvre d'une allure étrange et grandiose, d'un caractère âpre, ainsi d'ailleurs que la plupart des ouvrages de cet auteur que nous considérons comme l'un des premiers romanciers de son pays ; un autre roman de W. Jensen, intulé Das As^lrecht (le Droit d'asile), publié dernièrement aussi par la Deutsch VerlagS'Anstalt, prouve d'ailleurs la maî-
trise de cet écrivain assez puissant, assez profond pour donner à peu près régulièrement deux romans par an, — sans compter les nouvelles, — et ne pas craindre de se répéter ou de devenir banal. D'habitude il y a peu de personnages en scène, mais il les dépeint avec une délicatesse extraordinaire et un relief saisissant; quant à ses paysages, ils sont de ceux qu'on n'oublie pas. A la même librairie, Richard Voss publie Dahiel^ der Konvertity en trois volumes : on y retrouve le lyrisme, le pathétique, l'intensité de passion et l'exubérance de tragique qui caractérisent les œuvres de ce romancier.
a Puis encore, et au hasard pour ainsi dire, dans le nombre des volumes accumulés : quatre nouvelles charmantes ( Vier Novellen) de G. zu Putlitz; un petit volume très fin, très délicat, de Marie Ebner-Eschenbach (les deux chez Gebrlider Paetel, à Berlin) ; Zwei Seelen (Deux âmes), de Rud. Lindau, chez Ed. Hallberger, à Stuttgart, etc.
a En géographie tout est à l'Afrique — et surtout à l'Afrique méridionale, — un reflet des préoccupations politiques et coloniales de l'Allemagne. Sur ce terrain, quicommence à se faire de moins en moins inconnu, de nombreux explorateurs ont passé et voici que paraissent en même temps, pour ainsi dire, quatre ouvrages assez importants traitant ces régions :
« Unter deutscher Flagge quer durch Afrika (Sous pavillon allemand à travers l'Afrique^ 1 880 • i883), de H. Wissmann, illustré de nombreuses gravures d'après les croquis de l'auteur et publié par Wallher et Apolant, de Berlin;
« Explorations du docteur Junker pendant un séjour de dix années dans l'Afrique méridionale, chez Ed. Hôlzel, éditeur à Vienne ;
« Du Cap au pays des MachouhoulombéSy par Emil Holub (1883-1887), chez A. Holder, à Vienne ;
a Et enfin le journal de la baronne de Bttlow dans un voyage à l'Est-Africain allemand.
« Pour terminer, nous signalerons deux ouvrages encyclopédiques d'un genre tout différents.: In Luft und Sonne, album d'autographes et de dessins d'artistes, édité par H. Schorer, de Berlin, au profit d'une œuvre de bienfaisance et publié avec le plus grand luxe (loo pages in-4**, relié, prix : 8 marcs, 10 francs). Toutes les célébrités politiques, scientifiques, littéraires ou artistiques de l'Allemagne y sont représentées — ou du moins un grand nombre, — les empereurs Guillaume II et Frédéric III, le roi de Saxe, etc., l'écrivain G. Keller, le peintre A. Menzel et tant d'autres dont le total s'élève à plus de cent cinquante.
« Enfin le Quart-Lexikon du professeur KUrsch-
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ner (W. Spemann, éditeur, à Stuttgart), nouvelle œuvre, œuvre de valeur d'un lexicographe infatigable et méritant. M. KUrschner a déjà publié des dictionnaires de tous les formats et de tous les genres : dictionnaire de poche , dictionnaire des gens de lettres, annuaire Wagner, etc., etc. Mais ce Quart-Lexikon comptera certainement comme un de ses plus réussis à tous les points de vue : près de trois mille colonnes illustrées de 1,400 gravures, une quantité inconcevable d'articles courts, mais d'une science sûre et condensée, des tableaux pratiques sur les gardes; chronologie universelle, classification des trois régnes, etc., tels sont quelques-uns des avantages précieux de ce beau volume bien compris, bien imprimé, bien lisible, bien maniable, destiné à rendre de nombreux services. Le prix très modique est de 10 marcs ; car M. KUrschner, pour le rendre plus.utile. Ta destiné aux hommes faits et a écarté les questions simplettes n'offrant d'intérêt ou de difficulté que pour les enfants. »
Engelhorn's allgemeine Roman-Bibliothek. — D'un autre côté, nous avons reçu, par l'intermédiaire de M. Klinsieck, le libraire si avantageusement connu de la rue de Lille, une série de livres bien imprimés dans leurs pages un peu compactes, fortement reliés en toile groseille et éclatante à l'œil avec titres et ornements en noir, qui forment une excellente bibliothèque*de romans de tous les pays. L'éditeur J. Engelhorn, de Stuttgart, n'en est pas à chercher le succès. Il lui est acquis, car la collection vient de terminer sa cinquième année et a encore une longue carrière à parcourir. Nous ne ferons qu'indiquer les titres des ouvrages nouvellement parus, en les divisant en ouvrages originaux et en traductions. Parmi les premiers, nous trouvons .4 /^iSJ. Keine lllusîonen, nouvelle par Claire von GlUner ; et Robert Leicht- /tt5f, par Hans Hopfen, 2 volumes reliés en un. L'Angleterre fournit : Lady Dorotheas Gàste {A House Party, de Ouida), traduction par Auguste Scheibe, et StelU (The One Thing needful, par miss Braddon), traduction de Nathalie RUmelin, 2 volumes. L'Italie : Marchesa d'Arcello, par Memini, traduit par Dora Paul. La France enfin : Was der heiligCy Joseph vermag {la Neuvaine de Colette)^ traduit par Emmy Bêcher ; Der Profe5f Froideyille, par André Theuriet, et Der Unsterbliche (Vlmmortel)^ d'Alphonse Daudet, traduit par le même écrivain que la Neuvaine de Colette. Chaque volume coûte, tout relié, j5 pfennig, soit 7 fr. 5o ; ce qui n'est pas d'un excessif bon marché.
La maison A. Schwart^» — Nous devons aussi dire un mot des publications de la maison A. Schwartz(Oldenbourg et Leipzig), dont les plus récentes sont une traduction de la Philiberte, d'Emile Augier, par A. Fitger (2 fr. 5o) ; deux beaux volumes intitulés Dramaturgie der Classiker^ le premier consacré à Lessing, Goethe, Schiller et Kleist ; l'autre tout entier à Shakespeare (6 fr. 25); et une relation de voyage dans l'Afrique occidentale, intitulée Von Banana !(um Kiamwo, par le D' Willy Wolf (5 fr.). Ce dernier ouvrage est pourvu d'une carte où les itinéraires du voyageur sont simplement et nettement tracés. Tous ces volumes sont de bonne fabrication, et, comme la femme du vicaire de Wakefield, s'apprécient à l'usage.
Angleterre. — Miss Mathilde Blind vient de mettre la dernière main à un volume de poésies intitulé The Ascent of Man, qui contiendra, outre les poèmes philosophiques inspirés par l'idée qu'exprime le titre, une série de pièces lyriques sous le nom collectif de Poems of the Open Air.
Mr. Robert Brown ^prépare pour la « Hakluyt Society » une édition des voyages d'Al Hassan ibn Mohammed Abwazzan al Fasi, géographe maure plus connu sous le nom de Léon l'Africain (Léo A/ricanus), Le volume sera précédé d'une longue et savante préface où sont traitées toutes les questions qui se rattachent à la biographie et aux explorations du voyageur africain.
Un poète bibliophile. — Mr. Richard le Gallienne, auteur de My Lady' s Sonnets y où Von avait remarqué plusieurs sonnets à la louange des livres, va publier un recueil de vers sur ce sujet spécial, intitulé Volumes in-folio. Le tirage en sera limité à 25o exemplaires in-i6,plus 5o exemplaires en grand papier.
Éditions de Richard de Bury. — L'édition que le Grolier-Club annonce depuis déjà longtemps du Philobiblon de Richard de Bury paraîtra vers le commencement d'avril. On sait que le professeur West, de Princeton, a collationné pour cette édition un grand nombre de manuscrits disséminés dans les diverses bibliothèques publiques de l'Europe. L'ouvrage aura deux volumes et ne sera tiré qu'en nombre suffisant pour être fourni à ceux des membres du Grolier-Club qui y ont souscrit. En attendant, nous avons l'œuvre telle que vient de la publier la maison Kegan Paul, Trench et C'«, éditée et traduite par
Ernest C. Thomas, fort propre à satisfaire les amateurs les plus difficiles, si ce n'est peut-être que sa couverture en grosse toile groseille est désagréable à rœil. C'est là une publication importante pour tous ceux que le livre intéresse ou passionne, et nous y reviendrons.
The BookS'Lover Library, — Cette jolie collection, que Mr. Elliot Stock entoure de tous ses soins, vient de s'enrichir d'un ouvrage intéressant intitulé Foreign Visitors in England. (Les étrangers qui ont visité l'Angleterre, et ce qu'ils ont pensé de nous. No tes. sur leurs livres et leurs opinions pendant les trois derniers siècles), par Mr. Edward Smith. Le livre n'est pas exhaustive^ mais il contient beaucoup de choses peu connues et piquantes, et chatouille agréablement, çà et là, le bourgeon du bibliophile.
Publications nouvelles ou en préparation che:[ Macmillan et C®. — Une série de biographies sous le titre général : Englishmen 0/ action. Le premier volume paraît ce mois-ci et est consacré au Général Gordon^ par le colonel sir William Butler. Viendront ensuite : Sir John Hawkwood^ par F. Marion Crawford ; Hewr;^ F, parle révérend A.-J. Church ; Warwick^ le faiseur de rois, par C.-W. Oman; Drake y par 5. -A. Froude \ Raleigh, par W. Stebbing; Strafford, par H.-D. Traiil; Montrose^par Mowbray Morris; Monk, par Julian Corbett; Dampier^ par W. Clark Russell; le Capitaine Cook, par Walter Besant; Clive, par le colonel sir Charles Wilson; Warren Hastings, par sir Alfred Lyall; Sir John Moore, par le colonel Maurice; Wellington, par George Hooper; L'/vi«^5/o«^,p|ir Thomas li\i^hes\ Lord Lawrence ^ par sir Richard Temple. La liste pourra se prolonger presque indéfiniment, les hommes d'action étant peut-être plus nombreux dans la race anglo-saxonne que partout ailleurs. Le prix de chaque volume est fixé à une demi -couronne (3 fr. 10). — La même maison publie un roman sur le divorce : Faithful or UnfaithfuU par une Américaine, miss Margaret Lee. Mr. Gladstone, dit VAthenœum du 5 janvier, a lu cette œuvre et en a été tellement frappé qu'il se propose de lui consacrer une étude dans quelque revue.
Enfin Mr. P.-G. Hamerton a réuni en un volume ses essais sur la vie anglaise et la vie française (French and English), qui ont été si justement remarqués lors de leur apparition dans une revue américaine; ce livre paraît chez les Macmillan.
Traductions anglaises d'ouvrages français, — Les éditeurs Routledge et fils annoncent des traductions anglaises de Sur F Eau, par M. Guy de Maupassant, et des Souvenirs d'un homme de lettres, par M. A. Daudet.
BrésiL — Nous avons reçu le premier numéro de la Galeria illustrada, publié à Curityba, Parana (Brésil), par la Lithographie du commerce. Ce premier numéro date du 20 novembre. Les illustrations, dont deux sont empruntées à nos artistes, sont quelque peu brouillées et grossières. Il en est de même de l'impression. Néanmoins l'effort est remarquable et digne d'encouragement, d'autant plus que le texte est de bonne qualité et tout à fait à la hauteur des journaux européens du même ordre que la Galeria illustrada.
États-Unis. — Max O'Rell againî — Un nouvel ouvrage de Max O'Rell, Jonathan et son continent ou la Société américaine^ a dû paraître simultanément à Paris et à New- York, au moment où nous mettons sous presse. La traduction anglaise est due à M"«Paul Blouêt; naturellement elle ne peut qu'être fidèle.
Le Dante en vers anglais, — Nous tenons à appeler l'attention de nos lecteurs sur les deux beaux volumes récemment parus chez MM. Houghton, Mifflin et C® (prix : 2 5 fr.) et contenant The Divine Comedy of Dante^ traduite en vers anglais, avec des notes, par John Augustine Wilstach, auteur remarqué d'une traduction en vers des œuvres complètes de Virgile. Deux belles héliogravures ornent ces deux volumes. La typographie en est irréprochable, et l'on y sent revivre la grande et pasionnée âme du Dante dans le nouveau moule où Mr. Wilstach a su la couler sans la refroidir trop notablement.
La Correspondance de Georges Washington. — Mr. W.-C. Ford, de Washington (États-Unis), fait savoir qu'il prépare un recueil des lettres et autres écrits de Georges Washington, le héros de l'indépendance américaine, et prie tous ceux qui posséderaient ou connaîtraient des documents pouvant intéresser une publication de te genre, de lui en communiquer la copie ou de lui signaler l'existence des manuscrits. Les éditeurs seront MM. Putnam, fils de G.-P. Putnam.
Italie. -* Le professeur C. Castellani vient de
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mettre au jour deux petits volumes que nous ne pouvons ne pas signaler : la Stampa in Vene:[ia délia sua origine alla morte di Aldo Manupo seniore^ etDa chi e quando e dove Varie typografia fosse inventata. Cette grande querelle entre Gosier de Haarlem et Gutenberg nous paraît devoir être résolue en même temps que l'invention ' de la poudre. Roger Bacon, je le veux bien... Mais... et les Chinois?
— M. Gorrado Ricci vient de publier à Bologne (tipografia Fava e Garagnani) une brochure
qui, sous le titre de Fra Monache e letterati, Gontributo alla storia dei plagi, est une attaque contre M. H. Gagnière, l'auteur du livre si remarqué : Confessions d'une abbesse du xiv« siècle, M. Gorrado Ricci accuse M. Gagnière d'avoir plagié une de ses publications, intitulée Vita délia madré Felice Rasponi scritta da una monaca nel AIDLXX» La brochure vaut la peine d'être lue, mais nous n'avons pas le loisir de prendre parti.
On annonce à Bologne une nouvelle revue, intitulée Lettere ed Arti.
FRANGE
Restaurations ethnographiques. — La direction du musée ethnographique du Trocadéro a formé le projet de faire revivre les costumes nationaux de la vieille France, à peine disparus dans quelques contrées. La scène d'intérieur breton, reconstitué dans ses moindres détails au musée du Trocadéro, est le type que l'on suivrait.
Exposition rétrospective du travail et des sciences anthropologiques. — Parmi les questions inscrites au programme dans la première section : Histoire et Philologie^ nous notons les deux suivantes qui peuvent intéresser nos lecteurs : i« Les anciens ateliers typographiques en France ; 2* Renseignements historiques ou autres qu'on peut tirer des privilèges accordés aux auteurs et aux libraires.
La librairie scolaire et l'Exposition, — M. Paul Beîalain, président du conseil d'administration du Cercle de la librairie, a été chargé par le ministre de l'instruction publique, •en vue de l'Exposition de 1889, de rédiger un mémoire sur la librairie scolaire. Ce mémoire fera partie d'une série de monographies préparées par la direction de renseignement primaire.
Un nouveau musée historique. — On installe en ce moment, au château de Blois, sous la direction de M. Antonin Proust, un musée historique et rétrospectif des arts décoratifs.
Ce musée contiendra toutes les collections que renfermait autrefois le musée de Blois et qui sont maintenant dans les musées de Paris ; on y joindra les diverses curiosités qui rentrent dans le cadre de ces collections et qui sont éparses dans un grand nombre d'établissements.
Les statues. — L'inauguration de la statue de Jean-Jacques Rousseau au Panthéon a eu lieu le dimanche 3 février.
Cette statue, commandée au concours, est l'œuvre de M. Berthet.
Un comité s'est formé pour l'élévation d'un monument à Alfred de Musset. C'est la « Jeunesse de France » qui en a pris l'initiative ; elle a à sa tête le poète bien connu, Paul Verlaine.
Congrès de géographie, — Le congrès dô géographie de 1889 se tiendra ^^ ^ ^^ 10 août. La Société de géographie de Paris a déjà reçu les adhésions d^un grand nombre de sociétés de Londres, d'Edimbourg, de Bucharest, de New* Yorkj de Lisbonne, de Melbourne, de Berlin,
d* Anvers, de Milan, de Manchester, de Leipzig, etc., et de la plupart des sociétés de France.
Trois revues savantes. — L'éditeur Félix Alcan publié trois recueils importants sur lesquels nous croyons devoir appeler Tattention de nos lecteurs. D'abord la Revue philosophique de la France et de l'étranger, qui paraît tous les mois par livraisons de 6 à 7 feuilles gr. in-8". Chaque numéro contient: i* plusieurs articles de fonds; 2» des analyses et comptes rendus des nouveaux ouvrages philosophique^ français et étrangers ; 3*» un compte rendu aussi complet que possible des publications périodiques de l'étranger pour tout ce qui concerne la philosophie; 4® des notes, documents, observations, pouvant servir de matériaux ou donner lieu à des vues nouvelles. Sans négliger aucune des parties de la philosophie, son directeur, M. Th. Ribot, professeur au Collège de France, s'attache surtout à publier des travaux ayant un caractère scientifique : la psychologie avec ses auxiliaires indispensables, Vanatomie et la physiologie du système nerveux, la pathologie mentale^ l'anthropologie^ la logique déductive et inductive, tels sont les principaux sujets dont elle entretient un public qui lui est fidèle depuis quatorze ans. (Prix : 3o fr. par an ; départements et étranger : 33 fr.)
Vient ensuite la Revue historique^ dirigée par M. G. Monod, maître de conférences à l'École normale supérieure, directeur adjoint à l'Ecole des hautes études. Celle-ci aussi est dans sa quatorzième année. Elle parait tous les deux mois, par livraisons grand in-8® de i5 à 16 feuilles, de manière à former à la fin de l'année trois beaux volumes de 5oo pages chacun.
Chaque livraison contient : L Plusieurs articles de fonds, comprenant chacun, s'il est possible, un travail complet. — IL Des mélanges et variétés, composés de documents inédits d'une étendue restreinte, et de courtes notices sur des points d'histoire curieux ou mal connus. — IIL Un bulletin historique de la France et de rétranger, fournissant des renseignements aussi complets que possible sur tout ce qui touche aux études historiques. — IV. Une analyse des publications périodiques de la France et de l'étranger, au point de vue des études historiques. — V. Des comptes rendus critiques des livres d'histoire nouveaux. (Prix : 3o fr. par an; départements et étranger : 33 fr.).
Enfin, les Annales de VÉcole libre des sciences politiques (recueil trimestriel), qui se publie depuis quatre ans avec la collaboration des profes-
seurs et anciens élèves de l'École, sous la direction d'un comité composé de MM. Boutmy, de rinstitut, directeur de l'École ; Léon Say, de l'Académie française ; A, de Foville, professeur au Conservatoire des arts et métiers, chef du bureau de statistique au ministère des finances ; R. Stourm, ancien inspecteur des finances et administrateur des contributions indirectes ; Aug. Arnauné ; A. Ribot, député ; Gabriel Alix ; L. Renault, professeur à la Faculté de droit de Paris ; André Lebon, chef du cabinet du président du Sénat ; Albert Sorel ; Pigeonneau, professeur suppléant à la Faculté des lettres de Paris; A. Vandal, auditeur de i" classe au Conseil d'État, professeur à l'École des sciences politiques.
Les sujets traités embrassent tout le champ couvert par le programme d'enseignement de l'École : économie politique, finance, statistique, histoire constitutionnelle, droit international public et privé, droit administratif, législations civile et commerciale comparées, histoire législative et parlementaire, histoire diplomatique, géographie économique, ethnographie, etc.
Les Annales contiennent en outré des notices bibliographiques et des correspondances de l'étranger. (Prix : 18 fr. par an; départements et étranger : 19 fr )
Les peintres- graveurs, — On vient d'inaugurer dans les galeries de M. Durand-Ruel une exposition d'un genre nouveau en France. Un groupe d'artistes s'est réuni dans le but intéressant et louable d'émanciper l'art de la gravure.
Jusqu'ici l'estampe, sans être tout à fait un art de servitude, n'avait cependant jamais ou presque jamais le loisir d'être un art original. La section qui lui est réservée aux Salons annuels n'avait guère d'autre motif que de faire connaître les belles épreuves d'eaux-fortes, de pointes sèches, de lithographies ou de gravures sur bois qui n'étaient que des reproductions des tableaux célèbres. Le graveur était enfermé dans les limites de la reproduction exacte des œuvres d'auirui. C'est à peine si on lui savait gré de mettre en lumière sa personnalité par la puissance ou les agréments de son procédé. On voyait bien çà et là quelques gravures originales, comme les pointes sèches que M. Desboutins ou les eauxfortes que M. Lbermitte exécutaient d'après leurs propres dessins. Mais il était admis que le graveur doit vivre de reproductions, et il n'y avait pas de place réservée dans nos expositions pour les œuvres du genre de celles qui sont soumises à notre appréciation par les soins de M. Durand-
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RucI, rimprèsario des entreprises nouvelles ou audaciçuses.
Celle-ci n'est point du nombre des audacieuses. Elle se recommande de nombreux précédents. Depuis Rembrandt, Claude le Lorrain et les délicieux petits maîtres du dernier siècle, les Moreau, les Saint-Aubin, jusqu'à Paul Huet, Célestin Nanteuil ou Daumier, on sait que la liste est nombreuse des artistes qui n'ont pas hésité à colorer leur fantaisie à Taide de l'encre d'imprimerie. Toutefois on peut affirmer que Texposition des peintres-graveurs de la rue Laf- (ite est une entreprise nouvelle, en ce sens qu'il n'existe pas chez nous un public véritable pour ces sortes de productions. Il y a quelques connaisseurs qui appartiennent le plus souvent au monde des artistes. Il n'existe pas d'amateurs pour accorder à ces libres créations, dans un genre qu'on n'a pas accoutumé de voir vivre par luimême, les égards qui sont le patrimoine de tant d'œuvres peintes, souvent bien inférieures à une belle estampe, fût-elle tirée à une vingtaine d'exemplaires. Sans doute il y avait un motif de fermer une galerie d'œuvres choisies à la gravure proprement dite, la gravure de reproduction. A quoi bon, lorsqu'on est un riche amateur, attacher quelque prix à une œuvre dont le premier venu pouvait se procurer une épreuve moyennant quelques francs ? Comptez en outre que les procédés modernes de reproduction rapide, en noir ou en couleur, n'étaient pas faits pour ne point tenir en échec l'art de la gravure chez nous. A l'étranger, les choses se passent autrement. Depuis de longues années déjà, l'Angleterre a ses expositions de gravure originale. Elle a des artistes pour les rendre florissantes, car elle a des amateurs pour les encourager. C'est un fait connu des éditeurs qu'il y a dans l'univers une soixantaine d'amateurs pour les estampes de grand prix, s'entend les estampes gravées par des artistes vivants, et que ces amateurs résident tous ou presque tous en pays de mœurs anglaises. Comme un bon nombre de ces gravures sortent des presses de Paris et sont Fœuvre d'artistes parisiens, il n'y avait pas de raisons pour que la France demeurât en arrière et lût seule à ne point avoir le bénéfice de son génie. Des artistes ont pensé qu'il suffisait de lui Élire connaître ses propres produits, en même temps que quelques jolies œuvres d'artistes étrangers, pour qu'elle accordât tous les encouragements qu'ils méritent à des peintres qui éprouvent le besoin de répandre leur fantaisie par tous
ic» moyens que l'art met à leur disposition. L'exposition de la rue Laffite a adopté le titre
général di' Exposition des peintres- graveurs pour
bien kire sentir au public que, si certains artistes
•IBL. MOD. — Xi.
diffèrent les uns des autres par leur éducation technique, leurs points de vue généraux sont identiques. Chacun veut affirmer son originalité, son caractère, sa vision" personnelle une fois de plus et montrer que tous les instruments lui sont familiers pour y réussir. C'est pourquoi à côté d'épreuves gravées, on voit çà et là des toiles peintes. Que le public ne s'en laisse point déconcerter I II est chez les peintres-graveurs. Avec un tout petit peu d'attention, il reconnaîtra bien vite que la méthode affirmée par tel ou tel artiste dans ses toiles est identique à celle dont il se recommande dans ses estampes. Au demeurant, chacun ici veut souligner d'un trait de plus sa personnalité et rester identique à soi-même dans une intention invariable, quelle que soit la variété du procédé.
C'est ainsi que nous retrouvons ici M. Albert Besnard dans son rêve incessant, fait à la fois d'étrange poésie et de science profonde. On verra là des èx'libris et des eaux-fortes, pour V Affaire Clemenceau^ qui montreront tout le charme que la littérature peut emprunter à des illustrateurs du genre de M. Besnard. La série des envois de M. John Lewis Brown est tout à fait remarquable. On en doit dire autant de tout ce qu'a signé M. Bracquemond. Les paysages parisiens de M. Félix Buhot sont d'un grand artiste. Nous retrouvons aussi avec plaisir les belles pointes sèches de M. Marcellin Desboutins, les si vivantes vues anglaises de M. James Tissçt et les admirables lithographies que M. Fantin-Latour a imaginées pour l'interprétation figurée de l'œuvre de Wagner.
Voici encore les croquis de M. Chéret pour ces étonnantes affiches qui donnent une si fantastique vie d'art aux murs de Paris ; deux belles lithographies de M. Degas ; une série de pointes sèches de M. Norbert Gœneutte ; des eaux-fortes signées Guérard, Jeanni'ot, Legros, Lucien Pissarro, Rodin. A voir aussi une série de Scènes d'enfant de M. Serret, d'une poésie enfantine tout à fait gracieuse, et les délicates pointes sèches parisiennes et japonaises de M. Henry Somm. M. Camille Pissaro, qui a un sentiment profond de la vie rustique, est représenté par des gravures dont le procédé primitif est d'un effet original. Miss Mary Cassatt envoie trois cadres qui gagneront la tendresse des mères.
L'exposition des' peintres-graveurs s'est associé quelques noms étrangers. M. F. -S. Haden vient d'Angleterre, et les Etats-Unis sont très brillamment représentés par MM. Bacher-Cleveland, ^thephen Parrish, Charles Platt et miss Peirce. MM. Blommers, Mathys-Maris, Mauve, Van der Maarel, Jan Veih, Witsen, Zilcken et de Zwart
exposent, pour la Hollande, des dessins et des planches qui leur font grand honneur.
Le catalogue est précédé d'une préface de M. Ph. Burty, qui présente au public le groupe nouveau venu des peintres-graveurs avec la science et la bonne grâce qu'on lui connaît.
A la vente de livres qui eut lieu après la mort de Sainte-Beuve, en 1870, il fut vendu la copie manuscrite d'un poème inédit de M. Barbey d'Aurevilly, intitulé Amaîdée, Cette copie avait été prise 'sur l'original et offerte à Sainte-Beuve par M. Trébutien, le bibliothécaire bien connu de Caen, qui professait pour les œuvres de M. Barbey d'Aurevilly une admiration presque exclusive.
M. Trébutien faisait place, pourtant, dans le même culte, aux poésies de l'auteur du Livre des Hirondelles^ l'abbé d'Aurevilly, « l'ange de la charité », comme l'appelait un soir son illustre frère.
Le savant bibliothécaire de Caen poussait encore l'admiration jusqu'à Maurice et Eugénie de Guérin, et c'est à son goût particulier que les lettres doivent de s'être enrichies de ces œuvres délicates auxquelles Sainte-Beuve a consacré des articles qui les ont mises en relief.
M. Jules Barbey d'Aurevilly, en communiquant à son ami Trébutien son poème ù'Amaîdéej avait néglige d'en garder une copie. Celle de la main de M. Trébutien. qui fut vendue à la vente après décès des livres de Sainte-Beuve, fut achetée par le libraire René Pincebourde pour un bibliophile financier, M. Paradis.
M. Barbey d'Aurevilly et tous les amis des lettres, qui sont ses amis, seraient reconnaissants aujourd'hui à la personne obligeante qui permettrait à l'auteur du poème à'Amaîdée, d'en prendre une copie.
Ce joyau dort quelque part. Son possesseur actuel aurait bien mérité du monde de J'art et de la poésie en se révélant et en permettant de remettre l'œuvre de M. Barbey d'Aurevilly en valeur aux yeux du monde lettré. L'écrin lui resterait.
STRANGER
États-Unis. — Université fondée par un particulier, — Le sénateur Stanford vient de consacrer 2 millions de livres sterling, soit 5o millions de francs, à l'établissement d'une université dans son pays, la Californie. Les terrains dépendant de l'Université, dans la vallée de San-José, n'ont pas moins de 7,000 acres de superficie (i acre vaut environ 40 ares 1/2). On y donnera l'instruction complète, depuis celle qui est adaptée à la première enfance jusqu'aux plus hautes notions de la science moderne. Il y aura — et c'est là le trait le plus curieux de l'institution de Mr. Stanford, — à côté de l'Université, une communauté représentant les conditions les plus agréables et les plus saines de la vie sociale et domestique.
Suisse. — Marcelin Desboutins a installé à Genève, au musée des Arts décoratifs, une exposition de son œuvre gra.vé, et nous ne sommes nullement étonnés d'apprendre que c'est un grand succès. Nous avons eu souvent à parler de ses magnifiques pointes sèches, et, en particulier, de la série des Fragonard qu'il a, tout récemment, si magistralement interprétés.
A TRAV^ERS JOURNAUX ET PÉRIODIQ.UES
FRANGE
Nous tenons à signaler tout d'abord et à nouveag une fort belle et utile publication, l'Ami des monuments^ revue illustrée, fondée et dirigée par
M. Charles Normand (3i,rue des Martyrs; prix du numéro: 5 fr. 90), dont le numéro 6 contient, parmi beaucoup d'articles et de figures remarquables, un portrait inédit de Pierre Fèvre, Parisien, directeur de la Manufacture de tapisserie de Fio-
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rence, avec une courte notice, par M. Eugène Muntz; \e Musée lapidaire de S jintes^par M. Em. Esperandieu, qui démontre sans peine lajiécessité d'un catalogue pour ces belles collections malheureusement dispersées dans plusieurs locaux; une étude sur les arts et les monuments au temps de Napoléon !•', par M. Charles Normand, avec un merveilleux portrait du premier consul, par David; toute une campagne bien menée contre le vandalisme en province, etc., etc.
L'Art et Vlndustrie (A. Daly fils et C«) publie, dans son numéro de janvier, la reproduction d'une reliure de grand luxe, pour Bible d'autel, eiécutée par Ernest Ernold Junior, relieur à Hanovre. La couverture est en maroquin noir et en veau gris naturel. Le portrait de Jésus-Christ et celui des Évangélistes sont dessinés en contours sur veau. Le fond est doré. Toutes les lignes d'or sont de la dorure à la main.
Les petites rosaces du bord extérieur, de même que l'ornement courant en ogives, sont découpés dans du veau, modelés 'et ciselés. La croix, les fermoirs et les rosaces des coins de la ferrure sont en acier repoussé mat, garnis de pierres précieuses et doublés de soie rouge. La tranche dorée du livre est d'un jaune orange sombre, ciselée et d'une épaisseur de deux millimètres et demi; la couverture en papier est d'un vert oxydé.
— Le Bulletin de la Société de géographie (3« trimestre 1888) contient le commencement d'un très beau et très intéressant travail de M. Jules Marcou, sous le titre de Nouvelles Recherches,sur Vorigine du nom d^ Amérique, Il appuie de preuves inédites sa théorie, déjà connue, qui fait du mot. Amérique un tiom national que Vespucci aurait pris comme surnom honorifique (Scipio Africanus^ ex, gr,) , bien loin d'avoir nommé de son prénom le pays découvert. Les bibliophiles et archéologues que les Americana intéressent spécialement trouveront dans ces pages des informations et des vues inattendues.
— Le Moliéristey dans son numéro de janvier, insère cet Avis important y qui n'est autre qu'une lettre de faire part anticipée : « Ne voulant pas plus abuser de la patience de nos abonnés qu'encombrer leurs bibliothèques, nous avons pensé qu'il ne fallait pas pousser au delà du dixième volume un recueil spécial, exclusif — ce recueil fût-il consacré à Molière.
«Nous arrêterons donc au numéro 120, qui paraîtra le i*' mars 1889, la première série de nos études et documents. )>
Craindre d'abuser de la patience des lecteurs, c'est, de la part du Moliériste^ de la modestie consciente; craindre d'encombrer les bibliothèques, c'est de la vanité. Quoi qu'il en soit, il nous est permis de regretter la disparition de cette petite chapelle moliéresque, si bien remplie d'adorateurs, de parfums et de prières. Mais, si la première série est close, rien n'empêche d'en commencer une seconde. La collection, bien faite et habilement présentée, des passages des différents écrivains français et étrangers où il est question de Molière depuis sa mort jusqu'en 1859, ne laisserait pas que d'être piquante et utile aux lettrés.
— La Revue des traditions populaires (janvier), au milieu des choses curieuses qu'elle offre en abondance à ses lecteurs, signale un volume dont la fin — à défaut du titre — porte cette mention : « Cy finent les grands suffrages des Heures au grand possible. Nouvellement imprimées à Rouen par George Loyselet. On les vend à Rouen, chez Henry le Mareschal, libraire tenant sa boutique devant le Pélican. » C'est une impression gothique qui remonte au commencement du XVI' siècle. Chacun des mois est accompagné d'une gravure sur bois, suivie elle-même d'un quatrain où la vie humaine est comparée aux mois, chacun de ceux-ci comptant pour six années de la vie.
Le Journal des Arts (47, rue Le Peletier), dans ses numéros du 1 1* et du i5 janvier, publie, sous la signature Pierre Dubois, des Causeries d'un curieux où l'ouvrage de M. Béraldi sur les graveurs du XIX* siècle est étudié et apprécié avec une sympathie bien naturelle et bien méritée. Ce sont d'excellentes pages, tout à fait à leur place dans un journal destiné à faire connaître ce qui touche aux arts, et à en propager le goût."
La presse quotidienne nous offre un champ que nous ne prétendons pas moissonner : nous n'aurions pas de place pour mettre en grange la moisson. Nous nous contentons donc de cueillir, un peu au hasard, les épis qui nous paraissent les plus mûrs et les mieux remplis.
Les Débats (8 janvier) consacrent un article ému à un des écrivains les plus aimés de la jeunesse et dont la mort précoce a attristé bien des jeunes cœurs. C'est M. Henri Chantavoine qui s'est chargé de ce pieux devoir envers son collègue universitaire, M. Jules Girardin ; et. il s'en est acquitté avec le talent qu'on lui connaît.
Nous signalerons, dans VEcho de Paris du
■•il
I®.' janvier, un de ces contes charmants que M. Théodore de Banville laisse tomber si profusément de sa plume. Celui-ci, intitulé Chrysalide, est l'histoire d'une jeune actrice au cerveau dur, au cœur froid et au talent ingrat, à qui la parole enflammée d'un maître révèle et donne tout, amour, enthousiasme et génie. Le même journal (14 janvier) publie une réponse de M. Bauer à M. Jules Lemaître qui Tavait appelé un échauffé et qu'il appelle un refroidi; le tout à propos de M. Antoine et du Théâtre- Libre.
Dans y Estafette (i3 janvier), deux colonnes amusantes de M. Francisque Sarcey sur M. Henry Fouquier et le procès des deux Colombines.
Le chroniqueur de V Événement^ M. Aurélien Scholl, a écrit (2 janvier) à propos de Germinie Lacerteux un article plein de souvenirs curieux et d'anecdotes piquantes et où — c'est un compliment que nous prétendons lui faire — son esprit endiablé ne pétille qu'autant qu'il le faut.
Le Figaro (16 décembre). — Grand article de M. Henry Fouquier, intitulé Avocates et Doctoresses^ où il soutient les vues qu'on lui connaît depuis longtemps sur les droits de la femme et sa véritable émancipation. A rapprocher de cet article celui de la République française sur le même sujet (18 décembre), signé Marie-Anne de Bovet.
Pour les philologues et les curieux de lexicographie, à lire, dans le Moniteur universel du 8 janvier, un compte rendu de la critique, assez amère, avec preuves à l'appui, que le D*" Millet a faite du dictionnaire de M. Godefroy, et qui a été naguère publiée chez Lechevallier, 39, quai des Grands-Augustins.
Dans le National (17 décembre), une analyse des vues de M. Gilbert-Augustin Thierry sur le roman, son passé, son présent et son avenir, à propos de son livre récent Tresse blonde (Librairie moderne). L'article est signé G. Bertrand- Marsac.
Enfin, dans la Paix (i i janvier), une chronique anonyme où Jean Mangold, le poète-pâtissier de Colmar, mort récemment, sert de point de départ au journaliste pour passer en revue les principaux poètes ouvriers de notre temps. Il paraît que les cuisiniers sont les plus nombreux dans cet escadron pégasien, Désaugiers n'a-t-il pas dit ou chanté :
Mon cuisinier quand je dîne Me semble nn être divin !
« Or, une fois qu'on se pénètre de cette idée qu'on est un être divin, il n'y a plus de raison pour ne pas ti^toyer Apollon lui-même. »
ETRANGER
Allemagne. — En parcourant les revues allemandes nous signalerons comme étant d'un intérêt particulier pour nos lecteurs les articles suivants : .
Dans- le Magasin fur die Litteratur, une étude sur le Dernier roman de Zola^ par E. Brausewetter', et une autre sur la Femme de la mer, le récent drame du Norvégien Ibsen, par W. Kirchbach,
Dans Vom Fels s[um Meer, la revue populaire et littéraire illustrée, si habilement dirigée par M. KUrschner, une étude enthousiaste sur le Premier théâtre du monde (la Comédie française), par notre collaborateur Louis de Hessem.
Dans la Deutsche Dichtung, dont le succès s'accentue de plus en plus, une série de lettres inédites de Goethe.
Nous trouvons aussi dans le Central blatt fur Bibliothekswesen du D' O. Hartwig (Leipzig, janvier) quelques lignes dont les bibliophiles nous sauront gré de reproduire le début : « Un ouvrage qui doit intéresser les bibliothécaires aussi bien que tout ami des livres, c'est les Zig![ags d'un curieux, causeries sur l'art du livre et la littérature d'art, par Octave Uzanne, le spirituel directeur d'un périodique mensuel maintes fois cité par nous, le Livre » Suit une analyse très exacte des sujets traités dans le volume.
Angleterre. — The Academy (5 janvier) rend compte des Lettres de David Hume à William Strahan, publiées par M. G. Birbeck Hill, à la Clarendon Press, comme nous l'avons annoncé. Cette correspondance a un intérêt quelquefois piquant pour l'histoire des lettres françaises au siècle dernier, et le reviewer, Mr. F. Grant, met très bien ce côté spécial en lumière.
— The Bookworm de janvier contient un article spirituel et instructif sur le grand libraire ancien de Londres^ Mr. Bernard Quaritch, et sur les trésors que renferment son magasin de Piccadilly. Nous citerons encore quelques pages intéressantes à propos du caricaturiste Rowlandson, ornées de la reproduction de deux de ses plus typiques caricatures.
GAZETTE BIBLIOGRAPHIQUE
— The Fortnightly Review de janvier contient de belles pages lyriques, en prose, de M. A.-C. Swinburne sur Toute la Lyre de Victor Hugo, et un parallèle plein d'intérêt entre la poésie de lage d'Elisabeth et celle de Tépoque de Victoria, parJ.-A. Symonds.
— Un jjournal de lecture courante et de vulgarisation, qui paraît mensuellement à Londres sous le titre de Literary Opinion and Readers* Miscellany, publie, dans son numéro de janvier, un premier article sur M. de Concourt {M. de Goncourt at home). Il y est dit que la collection d'estampes et de gouaches du xviii* siècle que lui et son frère ont formée leur a coûté 3o,ooo francs environ et en vaut maintenant 600,000.
— VUniyersal Review publie en français le Trésor du lac^ de M. André Theuriet, et Un soir^ de M. Guy de Maupassant. Ce polyglottisme, flatteur pour nous, est encore loin, malheureusement, de nos habitudes et de nos aptitudes.
— Nous signalons dans The Saturday Review du i5 décembre un compte rendu du livre de notre compatriote, M. Albert Barrère, intitulé : Argot and Slang : A new French and English Dictionary. Tout en indiquant quelques omissions, le critique rend pleine justice aux mérites de ce dictionnaire international de la langue verte, dont tons les littérateurs apprécieront d'autant plus l'utilité qu'ils en sentent à chaque instant le besoin.
États-Unis. — The Literary World, de Boston, met en première page de son numéro du 8 décembre un article sur le Miroir du monde, dont voici le sens : « M. Uzanne, le directeur accompli du journal parisien qui fait autoritéenmatières littéraires, — le Livre^ — trouve de temps en temps le loisir de rédiger le texte de quelque délicieux volume sur les caprices, les faibles et les goûts plus sérieux de l'être humain tel qu'il est en France, et chaque fois il réussit a ravir ses lecteurs par une érudition merveilleusement abondante, avec des éclairs fréquents d'une philosophie ingénieuse et un intarissable courant de grâce et d'esprit. L'an dernier, c'était la Femme française qui attirait son attention dévouée, mais quelque peu indiscrète. Cette année il élargit son horizon et nous offre, avec l'aide de M. Avril, le Miroir du monde, - non pas, disons-le, le reflet des mœurs et des
coutumes depuis le cercle arctique jusqu'à la Patagonie, mais une série d'images délicates, prises à la surface de ce monde plus restreint et plus fascinateur qui est la société parisienne. Ce livre présente, en fait, une très complète vue à vol d'oiseau du citadin français moderne, tel qu'il se montre au théâtre ou dans un salon, dans les arts ou la littérature, chez lui, dans son cabinet au milieu dé ses livres, en amour, en voyage, se livrant aux sports à la mode, à table, à l'heure de la rêverie, pendant la villégiature. Sur tous ces thèmes, M. Uzanne a de délicieux chapitres, et l'artiste, M. Avril, déploie son plus fin talent. Chaque page a une illustration de quelque espèce, en-tête décoratif, vignette adroitement insérée dans le texte, ou dessin plus fouillé auquel le texte se subordonne habilement. Ces illustrations sont en couleurs, et elles sont tirées, comme seuls les artistes français savent le faire, sur papier Whatman, et reliées les tranches intactes. Le texte de l'édition anglaise (London, J.-C. Nimmo) a été, il est vrai, exécuté à la Ballantyne Press, et il est typographiquement en rapport avec le reste. Un ouvrage de cette nature est assuré d'exciter une jalouse compétition parmi les bibliophiles. Il a un mérite littéraire et artistique d'un ordre exceptionnel, et, comme fabrication matérielle, comme œuvre d'encre et de papier, il représente le plus haut degré de l'habileté contemporaine. »
— Nous remarquons dans The Nation du 3 janvier (New- York) une intéressante étude sur Mrs. Browinng (Elisabeth Barrett), datée de Florence, et un compte rendu du journal de Beyle, que MM. Casimir Stryienski et François de Niop ont récemment publié, compte rendu fait par quelqu'un qui connaît et apprécie Balzac, sans idolâtrie.
Italie. — La Nuova Antologia de janvier donne une étude, due à M. R. Zumbini, sur la poésie funéraire en Italie et à l'étranger (la Poesia sepolcrale straniera e italiana). L'auteur y étudie, en Angleterre : Edward Yung, le poète des Nuits; James Hervey, avec ses Méditations and Contemplations; Robert Blair, l'auteur de the Grave; Th. Gray et son élégie, et Thomas Parnell ; — en Allemagne : von Hoffmannswalden, von Creuz, F.-W. Zacharias ; t— en Italie: Alessandro Verri {le Notti Romane), et l. Pindemonte (/ Cimiteri). La France est représentée dans sa revue par le seul abbé Delille avec les Jardins et l'Imagination !
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ort, à Angers, de M. Bazin, pro- :aiho]ique, conseiller cnunïcij journal IMiy'ou.
■^ Georges Bell, qui avait été ailaché il y a quelques années b la France, puis à la Libei-ii, mourir dans sa soiianic-iiuatrieme année.
Georges Bell était le pseudonyme de Joach neau. Il débuia dans la politique active en j condamné, à la déporiation, puis gracié en i
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iieurs études appréciées. Un dra Drapeau tricolore. Tut joué au
— M"* Matbilde Bourdon, jeunes filles, vient de mourit Journal des Demoiselles.
Noua apprenons la mort de M. J.-B. Delom-
bre, décédé à l'Âge de soixante-sept ans. M. Delombre, père de M. Paul Delombre, rédacteur du Temps, a collaboré à un grand nombre de journaux financiers, notamment au Conseiller, qu'il dirigea pendant longtemps. Il était, dans ces dernières années, le rédacteur en chef du Journal des Chemins de fer. De 1878 à 1887, il a rédigé les bulletins financiers du Temps.
— Le peintre paysagiste Edmond Hédouin est mort, à la fin de décembre, des sui'tes d'une maladie de CŒur dont il soutfrait depuis longtemps. Il était âgé de soixante-dix ans. Outre son œuvre de peintre, dont nous n'avons pas â nous occuper ici, Edmond Hédouin laisse un gros bagage d'illustrations. C'était un graveur et tin aquafortiste du plus grand talent.
M. Beraldi, dans son ouvrage sur les graveurs du xix° siècle, ne compte pas moins de 19^ planches d'Hédouin : entre autres, sa belle suite d'eaux-fortes sur le Théâtre de Molière, sur les Confessions de J.-y. Rousseau, Paul et Virginie, le Voyage sentimental, les œuvres de Jules Janin, Manon Lescaut, les Évangiles, etc., etc.; des planches tout à fait remarquables d'après Goya, Boucher, Daubigny,
Vanloo, E Delacroix, Lancret, Bonvin, Meissonier,
Ch. Muller (FAppel des condamnés de la Terreur), Millet (la Mort et le Bûcheron), etc., ei Christophe dont il a reproduit roagiiiralement la belle statue de la Douleur.
Hédouin a fait aussi nombre de portrailf, entre autres ceux d'Auber, du vicomte Delaborde d*«près Delaroche, de TourguénefT, etc., etc., et des quantités de dessins.
L'an dernier, la section de gravures i l'Expositloit lui avait décerné la médaille d'honneur pour la série d'eaux-fortes composées et gravées par Iqi pour le* œuvres de Molière.
— Noua apprenons la mort de M. Charles Hénaui, libraire bien connu des bibliophiles, qui possédait une précieuse collection d'ouvragea du xv* siècle
On annonce la mort (décembre ) au Tonkin de
M. Nicole, qui a succombé pendant le voyage qu'il avait entrepris pour rejoindre la mission Pavie.
M. Nicole a été longtemps le correspondant maritime, à Paris, des Tablettes des Deux-Ckarentes.
•— Nous apprenons la mort de M. Edouard-Gabriel Rey, membre de la Société des gens de lettres et du comité de l'Association des membres de l'enseignement fondée par le baron Taylor (janviec).
Nous apprenons (janvier) la mort du marquis
de Saint-Gilles qui, depuis longtemps, rédigeait la chronique du sport au XFX* Siècle et au Gaulois. M. de Saint-Gilles avait soixante-deux ans.
Il avait été secrétaire des chemins de fer de Maineet-Loire; puis, à la suite de revers de fortune, il était entré dans la presse, où il avait rédigé la partie sportive, successivement à l'Evénement, aa Voltaire, au Jockey, au WilUam's Turf, i la Vérité, au A7A'' Siècle et au Gaulois.
M. Georges Sauton, journaliste républici :z connu du public qui lit les ro:
feuilletons, est mort en m£me temps que l'a
lit
1888. II n^avait que quarante-six ans. On a de lui un drame, Bara, Joué au Château-d'Eau en 1882.
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^— Nous apprenons la mort du comte de Toulouse- Lautrec, qui appartenait à une des plus illustres familles du Midi (décembre 1888). •
C'était un érudit infatigable, syndic de la maintenance d'Aquitaine comme félibre, et grand ami de Mistral.
ÉTRANGER
Allemagne. ^-* Raymund Haertel, décédé à l'âge de soizante-dix-huit ans, avait dirigé de 1827 à 1880, soit pendant cinquante-trois ans, la librairie et Timprimerie Breitkopf et Haertel, de Leipzig.
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^^ Benjamin Herder, âgé de soixante-dix ans, était, à Fribourg enBrisgau, le plus important éditeur catholique de l'Allemagne.
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— Nous apprenons ta mort du professeur de théologie Lechler, biographe de WyclifFe et historien du déisme en Angleterre.
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Angleterre. ^ Un érudit, un savant presque universel, le D' Churchill Babington, vient de mourir ea Angleterre. On lui doit de remarquables éditions grecques et italiennes, de nombreux travaux sur rornithologie et la botanique, un livre intitulé The Influence of Christianity in promoting the abolition of slavery in Europe, des catalogues de médailles et de manuscrits, etc. (janvier).
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— Mr. Norval Clyne, d'Aberdeen, auteur de plusieurs travaux d'archéologie littéraire {Baîlads from Scottish History, The Lost Eagle, The Lady Wardlaw Heresy, The Scottish Jacobites and their Poetry), est mort au commencement de janvier, il était secrétaire et représentant de la Society o/Advocates,
Mr. J.-F. Davies, professeur à l'université de Galway et éditeur de VOrestie d'Eschyle, est mort au commencement de janvier.
— — Un des doyens du journalisme anglais, Mr. H. Danphie, attaché depuis plus de quarante ans à la rédaction du Moming Post, est mort depuis peu.
«- On annonce la mort de miss Louisa M. Gray, qui consacrait un talent distingué à écrire de paisibles
études de moeurs domestiques et des récits pour les enfants (janvier).
— Un shakespearien de haute réputation et de zèle infatigable, l'éditeur d'un superbe Shakespeare illustré en 16 vol. in-fol. (i853-i865), l'auteur d'un livre de premier ordre, Outlines of the Life of Shakespeare, et d'une quantité d'autres ouvrages érudits, Mr. J.-O. Halliwell-Philipps est mort presque soudainement le mois dernier. Les bibliographes et collectionneurs qui lisent ces pages ont à déplorer la perte d'un confrère; mais ils n'auront pas, vraisemblablement, à se réjouir de la dispersion probable des trésors qu'il avait amassés, car il a stipulé, dans son testament, que sa collection passerait à la ville de Birmingham contre une somme de sept mille livres sterling. Tout fait croire que la ville de Birmingham n'hésitera pas à payer de ce prix un ensemble de pièces impossible à reconstituer et qui vaut assurément infiniment plus que la somme qu'il demande pour ses héritiers.
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- — De Dublin on annonce la mort d'un celtisant irlandais, Mr. William M. Hennessy (i3 janvier). Ses deux principaux ouvrages sont Chronicum Scotorum (i86b) QtAnnals of Loch Ce (1871).
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— Un théologien de premier ordre, Mr. Frederick A. Paley, l'auteur des Evidences of Christianity^ est mort à la fin de l'année dernière. Ses études sur les tragiques et les lyriques grecs sont connus des érudits du monde entier.
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— On annonce (décembre 1888) la mort de sir Frederick Pollock, traducteur anglais de la Divina Corn» média de Dante, et auteur d'un livre intéressant, aimable, de souvenirs personnels, intitulé Réminiscences,
-^ Un artiste de mérite, peintre, dessinateur, graveur sur bois, en même temps qu'écrivain distingué et administrateur hors de pair, Mr. Redgrave, est mort lé 14 décembre. Il avait organisé la partie artistique anglaise pour l'Exposition de i855 à Paris, et avait été à cette occasion décoré de la Légion d'honneur. Il prit une grande part à l'arrangement du South-Kensîngton Muséum, et fut pendant longtemps inspecteur des tableaux de la couronne {Surveyor of the Royal Pictures). On lui doit un lumineux Report on the gênerai State of Design as applied to Manufactures (i852), et, en collaboration avec son frère Samuel, A century of Painters of the English Schoolf sans compter plusieurs catalogues remarquablement faits. Il était né en 1804.
-. Un éditeur très connu de Londres, Mr. G. Routledge, l'initiateur de la presse à bon marché en Anglerre, est mort dans la première quinzaine de décembre 1888. Il était né eni8i2.
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— Le Ré*. Cmhbert Soulhe]', fitidu poète Robert Sonlbey, dont il arait écrit la biographie, esr mon
Itall«. ^— Une dépêche de Rome M. Manciaj, juritcontulte, homme politique et un des piut grands orateur* iialieni, est mort i Naptes, à la villa Copodimonie (lO décembre).
M. Uancini était l'un des chefs les plus importants du parti libéral italien. 11 fut ministre de l'instruction publique en 1862, de la justice en 1H76, et des affaires étrangères soui le cabiaei Depretis.
Il est l'auteur d'un projet de Code pénal unique, dont U première partie fut présentée ï notre Académie des sciences morales en 1877.
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de la Bibliothèque du Cotuerratoire. de musique de Naples, à l'Age de quaire-vîngi-buït ans. Outre ses compositions musicales, on doit à M- F. Florino traité de chant, vae Hiitoire des Contervatoires Naples, la Vie et la corretpondance de Bellini, et u foule d'opuscules sur son art.
ROBBie. ^ Le baron Aleiandre de Jominï est mort à Saint-Pétersbourg (décembre).
Fils du célèbre général et tacticien Henri, baroa de Jomiot, le baron Alexandre entra dans la diplomatie russe en i835 et parvint lentement aux postes supérieurs de la hiérarchie. ■
On disait du baron Jomini qu'il était la plume du prince Gortschakof, et on lui attribue la paternité des grands articles ministériels qui passaient assez fréquemment dans \e Journal de Saint- Péter tbour g .
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MART MAPBS DODOB,
For 1888 contains a Urge numbor of thaïes, Interetting Papen Famly Storiet, and Picturea zy many well-kDown Aathors and Artiste, among whom are Mrs. Francei Hodlon Bametty Frank R. Stockten, Jœl Chandler Barris, Amelia B. Barr, H. H. Boyesen. Mits. F. C. Baylor, and Palmer Coz.
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