‹ Le livre (volume 4)Chapitre 63 sur 129 · VA · texte numérisé non relu

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CRITIQUE LITTÉRAIRE DU MOIS

sa forme pratique et utilitaire, renonce à la connaissance de l'absolu et à la recherche des causes premières et finales, il serait Topposé, la négation directe de toute religion et de toute métaphysique. Rien de plus faux, écrit encore M. de Roberty, et M. Spencer, pour lui, tout comme Kant, ramène le"^ esprits au point de départ; ils sont tous deux des théologiens.

II rappelle un article de M. Janet sur Tœuvre philosophique de M. Vacherot, il en cite un passage dans lequel était interprétée une phrase de Littré: a L'Immensité, tant physique qu'intellectuelle, est une notion de premier ordre ; la contemplation de cette idée est aussi salutaire que formidable» ; puis, reproduisant la défense de Littré donnée par M. Arréat dans son Journal (Tun philosophe, il reproche à celui-ci de communier encore avec les théologiens. Lui est-ce bannir vraiment les vieilles illusions, que parler encore de « sublime étonnement devant l'insondable univers » ?

Signalons, dans l'ouvrage les pages 94-106, sur lesquelles il faudrait se garder de passer trop vite, et disons que l'ouvrage est, non pas en dépit, mais à cause même des tendances intellectuelles de l'auteur, de ses préjugés, de ses croyances^ très intéressant et très curieux, f, g.

Des définitions géométriques et des définitions empiriques, par Louis Liard; nouvelle édition. Un vol. in- 18 de la Bibliothèque de philosophie contemporaine Paris, Félix Alcan; 1888. — Prix : 2 fr. 5o.

Depuis longtemps on attendait cette nouvelle édition. L'auteur des belles études sur les Logiciens anglais contemporains ^ uni par dé (é* rer au vœu souvent exprimé.

Contentons-nous de rappeler les conclusions de la thèse :

— La matière est, en géométrie, le principe de la communauté, non de la spécification; la matière est, dans les notions empiriques, en principe de diversité et non de communauté.

— Dans la notion géométrique, la matière est passive, indifférente et partout homogène ; l'essence résulte de la limite; c'est cette limite que la définition doit énoncer. Mais la limite, c'est la forme, et la forme dérive d'une loi posée par l'esprit, réalisée par le mouvement. La définition fera connaître cette loi, et l'on est autorisé à l'appeler définition par génération ^ ou encore défini^ tion formelle»

— Dans les notions empiriques, la forme est partout la même; l'essence résulte du contenu variable qu'elle enveloppe; c'est ce contenu que

la définition doit énoncer. Mais ce contenu est un système de qualités sensibles; la définition énumérera ces qualités constitutives, en respectant leurs rapports mutuels, garantis par la loi de la subordination. On peut donc l'appeler définition par composition^ ou encore définition maté" rielle.

— La loi qu'énonce la définition géométrique est l'œuvre de l'esprit ; les qualités qu'énumère la définition empirique sont des révélations de l'expérience. La définition formelle est donc a priori, et la définition matérielle a posteriori»

— Et la première est synthétique, tandis que la seconde est analytique; celle-là est définitive, immuable; celle-ci, progressive et toujours provisoire.

— Les définitions géométriques sont des principes de connaissance; les définitions empiri* ques ne sont que des résumés. Les unes et les autres contiennent la science à l'état virtuel, mais avec cette différence que les premières en précèdent le développement et que les secondes le suivent. En géométrie, on pose des défini* tions grosses de conséquences; la détermination de l'espace y est la première démarche de l'esprit; mais on peut s'en tenir là et s'abstenir de dérouler la série des théorèmes. Dans les sciences de la nature, avant de poser les définitions, il faut avoir fait la science, et celle-ci, pour pouvoir se concentrer dans la notion et dans la définition, retourne à l'état de puissance, après avoir existé en acte. Par conséquent, alors même que l'on parviendrait à réduire la qualité intensive à la qualité extensive, la science géométrique et la science empirique différeraient encore par la genèse et le rôle de leurs notions fondamentales.

La soutenance de la thèse fut un événement. La thèse, du reste, est un ouvrage des plus remarquables.

Le Surmenage intellectuel et les exeroices physiques, par le D' A. Ri.\nt, professeur d'hygiène à l'école normale de la Seine et au lycée Charlemagne. Un volume in- 16 de la Bi* bliothèque scientifique contemporaine, Paris, J.-B Baillière et fils; 1889. — Prix : 3 fr. 5o.

Souvent mal posée, la question du « surme* nage » a été tout aussi souvent mai traitée, plus souvent la passion intervenant. M. Riant, de qui l'on sait la compétence en matière d'hygiène, aborde, à son tour, cette question du travail intellectuel prolongé outre mesure, volontairement ou non, et prend soin, tout d'abord, de délimiter étroitement le champ de ses études : « Englober,

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dit-il fort bien, les causes et résultats du surmenage avec ceux de la vie sédentaire, traiter, dans une même étude, des conséquences pathologiques du surmenage et de celles d'une atmosphère confinée, ou des attitudes vicieuses des élèves, c'est mêler des sujets fort différents, c'est compromettre sa démonstration et s'interdire des conclusions qui portent, parce qu'à force de s'adresser à tout, elles risquent dé ne s'appliquer spécialement à rien... Espère-l-on en faire comprendre la véritable portée, le péril, et en trouver le remède, parce qu'on aiira fait du surmenage le bouc émissaire de toutes les erreurs et de tous les torts de la vie scolaire, au point de vue hygiénique ? En chargeant le surmenage de toutes les erreurs et de toutes les fautes de système ou de routine de la pédagogie, on grossit, il est vrai, — mais à quoi bon ? — pour le public, étranger à ces questions, le mal et le danger ; mais on inspire aux observateurs compétents et calmes une défiance qui nuit singulièrement au but que l'on se propose. »

Son travail, il le divise en deux parties, consacrant la première à l'étude du Surmenage intel^ tuel des enfants et des adolescents : écoliers, élèves, étudiants; et, la seconde, à celle du Surmenage intellectuel des adultes : lettrés, savants, hommes voués aux professions libérales, artistes.

Dans la première partie, il s'applique à dégager les cât/5e5 du surmenage; — point d'instruction, pense-t-on, si l'on n'a des certificats et des diplômes, et, les connaissances étant prisées plus que l'exercice de l'intelligence, il s'agit d'assurer à ses enfants, aussi bien à ses filles qu'à ses garçons, un savoir encyclopédique; — l'État encourage le développement de la folie scolaire ; c'est le nombre des heures d'études qu'il augmente, ce sont les additions qu'il fait aux programmes, ce sont les méthodes, naguère défectueuses, qu'il fausse de plus en plus. — Puis les effets, et il reproduit de longs extraits du rapport lu par le D' Lagneau à l'Académie de médecine, le 17 mai 1887 : myopie, déformations, troubles digestifs, troubles nerveux, phtisie, tels sont, en résumé, les résultats du surmenage; et les statistiques font défaut I — Il indique enfin les remèdes, les moyens de prévenir, de conjurer le péril: — solution pédagogique, réduction du temps de travail, réduction du programme des cours et des programmes des examens ; — solution physiologique, les exercices physiques obligatoires et quotidiens.

Il pose, dans la seconde partie, la question de savoir s'il vaut encore mieux s'user que se rouiller; il dresse le martyrologe des gens de lettres, des savants, des artistes, des surmenés par passion du travail et des surmenés par nécessité, et

il cite, par contre, un grand nombre d'octogénaires parmi ceux qui se sont illustrés dans les lettres, la science, la politique. La vie moderne a ses exigences qu'il reconnaît, et les bienfaits du travail, même excessif, ne sont pas à nier, il les signale.

N'empêche qu'il importe, quelque âge que Ton ait, d'éviter, de combattre les indispositions ou maladies qui peuvent résulter d'un excès de travail, et il trace des règles, il formule des préceptes d'hygiène.

Ce nouvel ouvrage de M. Riant complète deux de ses traités, précédemment publiés : Hygiène scolaire^ Hygiène du cabinet de travail. En ceuxci, il avait regardé aux conditions extérieures du travail, sUl est permis de s'exprimer ainsi ; dans le dernier travail paru, et qui est excellent de tous points, il montre comme il faut ménager ses forces intellectuelles.

La Période glaciaire, étudiée principalement en France et en Suisse, par A. Falsan, correspondant du ministère de l'instruction publique. Un volume in-8<> de la Bibliothèque scientifique internationale, avec io5 gravures dans le texte et 2 planches hors texte. Paris, Félix Alcan ; 1889. — Prix : 6 francs.

Les théories diluviennes sont aujourd'hui unanimement rejetées ; l'on admet les explications des Playfair, des Venetz, des J. de Charpentier.

D'entre les disciples de ces maîtres, plusieurs ne tenant pas compte de la localisation des dépôts erratiques ont cru pouvoir supposer l'Europe un moment recouverte d'une immense calotte de glace ; d'autres, non contents de croire à une seule période glaciaire avec des phases de recul et d'avancement pour les anciens glaciers, ont proclamé la multiplicité et la périodicité d'époques glaciaires : ils ne tiennent pas compte, eux, du refroidissement régulier du climat de la terre, du développement continu, sans intermittence ni balancement des végétaux et des animaux. Et pour quelques-uns des partisans de la pluralité des périodes glaciaires, il y a eu non seulement des glaciers pliocènes, des glaciers miocènes, des glaciers éocènes, mais encore des glaciers crétacés, des glaciers jurassiques, des glaciers carbonifériens. Autant on avait éprouvé de répugnance à recourir à l'action des anciens glaciers pour expliquer la formation de certains terrains de transport, autant on se laissa entraîner à vouloir tout expliquer par l'action de la glace. M. Faisan, qui discute l'ancienne théorie, et qui, exposant la nouvelle, signale les divergences d'opinion

CRITIQUE LITTERAIRE DU MOIS

de ceux q«i adhèrent, monire que les deux explications ont, au fond, une liaison imîme, qu'elles recourent, l'une et l'autre, au même agent : l'eau, celle-là à l'eau à l'état liquide, celle-ci à l'eau à l'état solide. C'est qu'il s'agit de rendre compte d'un véritable charriage, et l'eau et la glace sont, dans le monde inanimé, les seuls corps doués d'un mouvement continu et capa* blés de transporter au loin des terrains, des blocs d'un poids considérable. Entre les deux théories, toutefois, une différence : la théorie glaciaire, — et c'est par là qu'elle assure son triomphe, — a substitué la durée de faction à la vitesse et à l'exagération de la masse acceptées par les diluvianistes. On est sorti, montre encore l'auteur, du domaine des hypothèses, des suppositions touchant l'origine des grandes masses liquides, ta formation des lacs, l'existence de barrages, et, — il cite M. Alphonse Faivre, — ■ tout est ramené à une simple question de météorologie et de physique, puisque pour tout expliquer, il suffit d'admettre un léger abaissement de la température moyenne, une modification dans les climats avec une plus grande abondance déneige et d'humidité,et des oscillations du sois. Pour quelles causes ta chaleur primitivement répandue sur le sol était-elle plus élevée qu'à notre époque ? pour quelles causes était-elle répandue uniformément ? et pourquoi l'équilibre s'est-il rompu à un certain moment? M. Faisan l'explique fort judicieusement après d'autres auteurs; — il dit leurs recherches; leurs découvertes ; — il explique aussi comment il se fait que, loin des solitudes stériles, sur des coteaux inondés de lumière, au milieu de couches inférieures remplies de fossiles, on puisse trouver des terrains identiques aux terrains glaciaires. 11 nous fait parcourir les versants des Alpes, du Jura, des Vosges, des Cévennes, du plateau central, des Pyrénées, théâtres des derniers épisodes de notre histoire géologique ; il nous fait considérer tous les blocs erratiques, les moraines profondes et superficielles, les stries, les roches moutonnées, et nous indique le rôle qu'a joué le

grand glacier du Rhâne dans cette révolution du sol de notre Europe occidentale. L'établissement de la période glaciaire est, établit-il, une conséquence des lois qui régissent la constitution physique du soleil et de la terre ; le soleil s'est refroidi, il a diminué de volume, et, sans doute, au début de la série des temps tertiaires, la diminution apparente du disque solaire a fait que la température terrestre superficielle a cessé d'être uniforme. Les changements pour la terre se sont manifestés par des modifications de volume, et des reliefs plus accusés se produisant ont joué le rôle de condensateurs; alors les vapeurs transformées en neiges, alors des glaciers. Les glaciers , — l'auteur souscrit au jugement de Desor, — n'ont pas creusé les grands lacs qui, ouverts par des mouvements orographiques du sol, existaient avant l'arrivée des glaciers ; ceux-ci n'ont pu que façonner les contours et les garantir contre l'envahissement des al lu V ions en les comblant de glace ; après la période glacière, — et il convient de n'en admettre qu'une, — la glace laisse derrière elle ces cavités remplies d'eau. Ce n'est pas à M. Faisan à nier tout effet d'érosion ; de ces effets, il en signale, et de nombreux, sur les montagnes et dans les vallées (d'où une grande partie des figures qui accompagnent son texte) ; ce sont les glaciers quaternaires qui ont charrié jusque sur les collines lyonnaises, à 400 kilomètres de distance, les gigantesques blocs erratiques, ces masses énormes de débris striés, arrachés aux montagnes du Valais, de la Savoie et du Dauphiné : phénomènes d'érosion et phénomènes de progression. Et, pour l'explication de ces derniers phénomènes, l'auteur &it intervenir la dilatation de l'eau qui se congèle, te glissement dans les parties les plus déclives, la pesanteur.

La Bibliothèque scientijique internationale compte maintenant deux belles études sur les glaciers. Celle de Tyndall a trouvé de nombreux lecteurs. Nous ne doutons pas que celle de M. Faisan ne soit aussi vivement goûtée.

Sommaire. — Cuhokiqve Calatoguer Publicatio

: Miscellanées. — A (( décédés.

UE. — Bulletin des BrnLtOTHÉQUEs : Ventes. — Bibliographies. (Bibliographie du mois. — Ouvrages signalés de Uélranger. ■ préparation, tant en France qu'en Europe). ■ rRAïEna Journaux et Péhiodiques.

des hommet de lettres et

CHRONIQUE BIBLIOGRAPHIQUE

- Les Pûiiies du Parnasse breton. — Deux barde! inédits. — M. Melchior de VogOé, rêcîpien-

- Priï acudêmiques. — Les Congrès, — La Géographie allemande s'isoUnl du monde. — . — M. Daubrée ei le journal des Savants, — Balzac mystique et son commentateur

Il nou; portant

■enu de Bretagne un beau volume, L cotiverture — recommantlation espectable — les noms de MM. Louis Tiercelin et J.-Guy Ropartz, et contenant une véritable anthologie provinciale'. Quatre-vingt-dix poètes, tous Bretons, d'origine bretonne, ou établis à demeure sur le sol breton, y sont représentes. Le premier de tous, en vedette et à part, dominant le livre des hauteurs sereines où son œil de poète embrasse, en un perpétuel présent, tous les lietix et tous les âges, est Leconte de Lisle, Breton d'outre-mer, dont les racines familiales sont à Dinan. Il n'a point à regretter son patronage ni à rougir des talents qui se pressent tierrière lui. Parmi les noms tiont la notoriété a dépassé les frontières bretonnes et que les Parisiens aiment à prononcer, nous citerons MM. Arthur de la Borderie, Armand Dayot, Hippolyie Durand, Emile Grîmaud, Gustave GeiTroy, le critique de la Justice, qui apporte à l'œuvre commune un robuste sonnet sur les Cancalaisej; Audren de Kerdrel, René Kerviler, Ary

1. Le Farn^se breton contemporain, publié par Louis Tiercelin et J.-Guy Ropartz, Paris, Alphonse Leraerre, et Rennes, Hyacinthe Caillière, 1889, i vol. gr. in-8'; xi-3igp. Prit: 6 fr.

Renan, Joseph Rousse, Lcon Séché, le vicomte Hersart de la Villemarqué;nos collaborateurs: le vicomte Robert du Pontavice de Heussey, qui a de qui tenir, son père étant un poète de haut vol. et Olivier de Gourcuff; M'" Zénaïde Fleuriot, M™' Auguste Penquer, et bien d'autres trop nombreux pour que nous puissions en épuiser la liste. Les moins connus ne sont pas, d'ailleurs, les moins intéressants, témoin ce poète qui s'appelle Henri Dronîou, et qui cache dans la virginité de l'inédit des poèmes comme Penmarc'h, Au Baradoif et un Vieux bohème. C'est le recueil de MM. Tiercelin et Ropariz qui offre ati public, croyons-nous, la primeur de son talent, que quelques initiés avaient seuls pu goûter jusqu'ici. Il procède de Leconte de Lisle pour l'intensité de l'expression cl l'éclat de l'image; mais il a sonoriginalitépropre, et le coin'auquel il marque ses vers, tout imprégnés de parfums du terroir, c'est bien lui-même qui l'a gravé.

Un autre n'a que vingt ans et écrit des choses achevées, comme Premier Soir et comme les Cloches, ce poème délicieusement mélancolique, d'une harmonie si intime et si vraie, qui montre que,si Schiller et Poe ont trouvé chacun dans les cloches l'inspiration d'un chef-d'œuvre, la s^

GAZETTE BIBLIOGRAPHIQUE

n'est point tarie, et dont le tintement prolongé pénètre l'âme avec le calme angoissant et la douloureuse douceur qui montent des choses à l'heure indécise des crépuscules.

On dirait, dans les soirs languissants des dimanches Que vous vous éteignez, et que l'élan des brises Emporte dans son vol, au-dessus des églises, Avec vos derniers chants, des Ames toutes blanches !..•

Vous sonnez de longs glas aux lassés de la vie, A ceux qui n'ont d^espoir que dans la tombe seule, Et qui clament la mort, rêvant qu'on enlinceule D'un éternel repos leur âme inassouvie !

On nous pardonnera cette citation. Il était dif- 6cile de faire comprendre autrement l'impression qui se dégage de cette poésie.

Les éditeurs figurent dans le recueil par des morceaux où leur talent, reconnu de tous, s'affirme avec éclat. Qu'on lise les Trois prières en la cathédrale de Quimper, de M Louis Tiercelin, qu'on lise le poème inspiré du Bar^a^ Brei\^ que M. J.-Guy Ropartz intitule Jeffik^ et l'on sentira bien que la vieille âme bretonne n'est pas morte, que Taction est toujours pour elle la forme extérieure du rêve, et qu'à travers les siècles elle est demeurée inépuisablement poète, avec toute la fécondité initiale du pouvoir créateur.

Nous ne parlerons que pour mémoire de la réception solennelle de M. Melchior de VogUé à TAcadémie française. La cérémonie a eu lieu le 6 juin; le discours du récipiendaire, consacré, suivant Tusage, à l'éloge et même à la défense de son prédécesseur, Désiré Nisard, a été suivi d'une réponse de M. Rousse, où l'ancien bâtonnier de l'ordre des avocats avait répandu bonne quantité de sel, ce qui Ta fait fort goûter d'un auditoire trop souvent soumis à un régime de mets moins sapides.

L'Académie des sciences morales et politiques a décerné le prix Odilon Barrot (6,000 fr.) à M. Marcel Fournier, professeur agrégé à la Faculté de droit de Caen, pour son mémoire sur l'histoire de l'enseignement du droit en France avant 1789. Elle a partagé le prix Kœnigswarter (lySoo fr.) entre M. Henri de Beaune, pour son ouvrage intitulé Droit coutumier français y et M. Adolphe Tardif, pour son Histoire des sources du Droit canonique» Au même concours, une mention honorable a été accordée au traité Du Franc Alleu par M. Pierre Lancry d'Arc, dont le Livre a déjà eu a signaler plusieurs ouvrages.

Rappelons aussi qu'elle a décerné une récompense de 3,000 francs à M. Henri Joly pour le premier volume de son ouvrage intitulé : le Crime; deux récompenses de r,ooo francs chacune, à M, Maurice Wahl, pour son volume intitulé : V Algérie y et à M. Gustave Carré pour son volume intitulé : V Enseignement secondaire à Troyes^ de la fin du moyen âge à la Révolution^ et une mention très honorable à M. Jules Legoux pour son ouvrage intitulé : Pro Patria,

Elle propose le sujet de concours suivant pour le prix Odilon Barrot, à décerner en 1893 :

« Rechercher dans les actes de l'ancienne monarchie, et particulièrement dans les arrêts du conseil, les règles d'après lesquelles ont été exécutés les travaux publics en France, depuis le règne de Henri IV jusqu'en 1789. Signaler celles de ces règles qui ont passé dans la législation actuelle. 0

Limite du dépôt des mémoires : 3i décembre 1892. La valeur du prix est de 5, 000 fr.

De son côté, l'Académie des inscriptions et belles-lettres vient de décerner la médaille d'argent, offerte par la Société des architectes de France, à M. Gsel, ancien élève de l'École française de Rome, pour les fouilles qu'il a opérées à Vulci, cette année.

Le prix du Budget, d'une valeur de 2,000 francs, a été décerné à M. Sylvain Lévi, maître de conférence à l'Ecole des hautes études, pour son mémoire sur VÉtude critique du théâtre indou.

Le prix Stanislas Julien n'a pas été décerné, mais deux récompenses ont été accordées : l'une de 1 ,000 francs, au R. P. Boucher, pour sa Boussole du langage mandarin; l'autre de 5oo francs, à M. Terrien de Lacouperie, pour l'ensemble de ses travaux sur la Chine.

L'Académie des sciences avait à élire le successeur de M. Chevreul. Au premier tour de scrutin, M. Armand Gautier, professeur à l'École de médecine, que la commission avait présenté en première ligne, a été élu par 44 voix sur 56 votants.

M. Armand Gautier a fait des travaux très importants sur les alcaloïdes.

Nous sommes en pleine épidémie dé congrès. Celui qui nous intéresse le plus directement et dont les résultats devraient avoir pour nous la plus grande importance — mais aura-t-il des ré-

sultats? — c'est le congrès intematioiial littéraire auquel la Société des gens de lettres prête cette année nn concours actif. Voici les résolutions qui j ont été prises dès la seconde séance :

1* Le droit d'auteur sur une œuvre littéraire comprend le droit excluâf d'en faire ou d'en autoriser la traduction ; en conséquence, l'auteur, ses héritiers ou avants cause ont le droit exclusif de traduction pendant le temps même où ils ont le droit exclusif de reprcKluction.

2** n nV a pas lieu d'obliger l'auteur à indiquer par une mention quelconque sur l'œuvre originale qu'il se réserve le droit de la traduire.

S** Il n'y a pas lien dlmpartir à l'auteur ou à ses avants cause un délai, quel qu'il soit, pour faire la traduction.

Le congrès de géographie s'ouvrira le 5 aoûL L'empereur du Brésil en a accepté la présidence et a délégué le vicomte de Cavalcante, commissaire de TExposition brésilienne pour le représenter: les géographes allemands ont décidé qu'ils ne seraient, eux, représentés par personne. Voilà qui est joliment alléchant pour les savants des autres nations !

Quelques missions scientifiques et littéraires à sii^aler :

M. Deflers, membre de la Société botanique de France, a la mission de poursuivre les recherches d'histoire naturelle qu'il a entreprises dans le sud de IWrabie.

M. Philippe Berthelot est chargé de rechercher, dans les archives et les bibliothèques du Portugal, les documents concernant nos relations avec ce pays aux xvii* et xviii* siècles et, notamment, nos relations diplomatiques.

M. de Kératnr a la mission d*aller étudier aux Etats-Unis diverses questions relatives à la l^sladon de la propriété littéraire dans ce pays.

Enfin M. Daubrée a été nommé, en remplacement de M. Cherreul, membre de la rédaction du Journal des SaramtSy dont l'existence, menacée naguère comme on le sait, paraît encore assurée pour quelque temps, malgré les férocités d'un budget qui ne sait plus trop oii prendre les millions qu'il ne sait que trop où dépenser.

Nous venons de recevoir un nouveau volume de la traduction de Balzac en anglais par Miss Katharine Prescott Wormelcy. Nous avons récemment appelé l'attention sur le volume précédent, qui contient lAmis Lambert. Celui-ci continue les « Etudes philosophiques w et se compose de Séraphita, Jésus-Christ en Flandre et les Ejcilés, Il est, comme l'autre^ précédé d'une introduction où Mr. George Frédéric Parsons montre une fois de plus la pénétration et la compréhension de son esprit. Nous ne répéterons pas, à propos de Séraphîta^ ce que nous disions, dans notre numéro de mars, à proposée Louis Lambert. C'est encore un pas plus avant dans les mondes mystérieux que hante U pensée des êtres affinés pour lesquels le globe terraqué, avec ses surfaces limitées qui enclosent de toute part et son atmosphère dont l'inflexible pesanteur fixe au sol, n'est qu'une étroite et douloureuse prison. Il nous suffira de constater que les mêmes qualités de traduction se font remarquer dans le texte, et que l'étude de M. Parsons, tout en ouvrant sur Tœuvre de Balzac des perspectives qui échappent au vulgaire, est un morceau philosophique hors de pair par la science historique, la vigueur et la profondeur de la pensée, le relief et la netteté de l'expression. Nul ne sait mieux que lui suivre à travers les âges et retrouver, vivantes dans les esprits des amants de l'au-delà, les merveilleuses visions et les ardentes espérances de métamorphoses qui jettent, sur les nudités et les sécheresses de l'humanité, comme un éblouissant manteau d'idéal.

B.-H. Gausseron.

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