‹ Le livre (volume 4)Chapitre 90 sur 129 · ROMANS — CONTES · texte numérisé non relu

ROMANS — CONTES

La Chèvre d'or, roniLin incJit, pDr l'Mi, .AiifsE, illusinition de A. (ior^uct fi (i. Scoit. I':iris, Marpon et Fl.^mmil^ion. Un vol. i.i.jii. — Prix : 3 fr. ?o.

M. Paui Avùn& nous présenta sa nouvelle

raison. Il y a là beaucoup Ju romanesqui.' l'[ même un peu Je fantastique. Muis il s'y mule aussi tant de réalité, de tuhleuux d';iprès niiiiirc, que l'auteur y reste comme toujours If peintre par excellence de la nnlure et des mtenrs du midi de la France. Son héros, nui s'en est allé à.'Vrlesetsur les bords de la Méditerranée dieicher les trace* que les Maures y ont laissées, est servi il souhait. Sur une sorte de rocher inaccessible, il décou-

Ses amours avec la lille de son hùle, l'urment une délicieuse idylle, nvec l,i mer pour liori/.oii, à laquelle ne nuit pas l'iiisn^in.' de trésor caché, dont une chèvre — hi chèvre d'or -— porte le BIBL. HOD. — M.

|: VIXLEB — FACl:: riES —

secret fir;ivé sur le collier de :,li clochette, lout ;6t bien qui finit bien, et, malgré quelque traverse, los amoureux, s'épousent, l'amiint sacrifiant à sa ïiaitresse la découverte d'un prétendu trésor, qui n'était peut-être qu'une ruse de la jeune fille pour obtenir ce témoignage d'amour. Tout cela très finement conté, avec cette puissance de coloris, qui fait de M, Paul Arène le peintre par excellence de la Pr.nence.

Balthasar, par ANAroLK Fh.^vcf, l',iri^, Calmann L.évy, jSS.,. In >oL in- m^. l'ri'i ;

3 fr. 5o.

Ce recueil de si:^ nouvelles auxquelles la |>reniiere sert de titre, est une des plus agréables lectures qui se puissent l'aire, l.e maître écrivain, te lettré exquis qu\->l .M. .\natole France, s'y montre dans toute la variété et la souplesse de siuî talent. A la fois simple et très raffiné, croyant et sceinique, ]>oéte et érudii, attendri et

tôi

LE LIVEE

ft

tz\\\.'^jr^ M« An>ïtoLe; France est certes un des ei;/riu les p! Jt compltxtt de notre temps. Ami dirs ]t;;^endt:s et du mtrre'iUtux, comme dans Bjiihasar et Abeille — un délicieux conte de fcc'i a rtfArt ]n'iOux Perraultet M**d'Aulnoy, — il r a aui^i du Voltaire d^ns ses récits de LârtJ Aciltj, de >/. Pigeonneau, cl àa la Fille de Liliih, La seconde de ces trois dernières nouvelles e%t un récit très amusant de suggestion et d'hypnotisme; le premier, bien différent, nous tr;insporte en Gaule, au temps des martyrs chrétieusi et nous montre une Marie-Madeleine, très touchante et très étu Jiée dans sa réalité archaïque. lAi troisième, où est tracée une originale figure de prêtre érudit et un peu hérésiarque offre un très curieux mélange d'analyse, de passion et de légende préhistorique. Le Réséda du curé^ n'a que quatre pages : mais c'est un vrai chef-d'œuvre de fmessc. Ce n'est pas que ces nouvelles doivent nous faire oublier les romans de M. Anatole France, mais nous lui dirons : Vous qui contez si bien, contez donc plus souvent. Mais alors M. Anatole France serait-il encore Anatole France ?

Poradowtka (M*"* Marie) : Demoiselle Micia. Mœurs galiciennes, i vol. in-i6, br. (Librairie Hachette et C**.) — Prix : 3 fr. 5o.

Après nous avoir fait assister aux mystérieuses métamorphoses qui transforment peu à peu une ûmc naïve d'enfant en une âme délicate de jeune fille, ce roman galicien, dont les scènes se déroulent tour à tour à Lemberg et dans les monts Carpathes, suscite un double problème, moral et industriel : qu'adviendra-t-il, d'une part, de Tumour de Conrad et de la petite Micia et, d'autre part, de ce puits de mine que le jeune ingénieur travaille à forer? C'est au poignant épisode, sur lequel se clôt ce récit aux fortes et agrestes senteurs, qu'il faut demander le mot de l'une et l'autre énigme.

8uE«nne Rameau, par Maukicb de Fos. Un vol. petit in-8o carré, illustré par André Sirvel. Paris 1889. Dalou, cdit.

Suzanne Rameau est une jeune Française ayant dans les veines le sang et dans le cœur l'audace aventurause d'un père militaire. Les circonstances l'ont amenée à occuper en Grèce l'emploi d'institutrice dans la maison d'un vénérable pallikare.

M. AUred Mczières, sollicité d'écrire une préface il ce roman, disait tout d'abord : a Je n'ai rien à dire de la fiction en elle-même qui me parait

la partie secondaire de i'œurre. Ce que )*aime dans ce roman cest la vérité des descriptions i locales et des peintures de mœurs. La Grèce y revit telle que je l'ai connue dans ma jeunesse. > Pour nous qui n'avons point connu encore la Grèce, nous nous laissons tout naïvement prendre également au charme pénétrant des pages descriptives et à l'intérêt de la fiction. Les personnages ont des caractères fort habilement posés et dessinés ; ils sont honnêtes sans être bêtes, passionnés sans brutalité ; les événements se déroulent en péripéties tantôt gaies, tantôt dramatiques. Et quoique M. Mézières juge avec raison que Suzanne Rameau n'est point un modèle à proposer à toutes les jeunes Lorraines, ses compatriotes, nous nous sentons un faible pour cette jolie fille très énergique, très loyale, et qui meurt si héroïquement.

Les dessins de M. André Sirvet ajoutent une séduction de plus à cet ouvrage qui mérite d'être tiré hors de la fosse commune des romans mortnés dont les libraires s'obstinent à encombrer le marché. Il est la fois bien composé, bien écrit, sauf quelques légères taches, d'une invention gracieuse et rempli de détails agréables ou émouvants. p.Z.

Plaire, roman, par Paul de Champville. Paris, Librairie moderne, 7, rue Saint-Benoît. Un vol. grand in-18 jésus. — Prix: 3 fr, 5o.

Plaire ! voilà un titre qui va tenter la curiosité de toutes les femmes, et bien légitimement, hâtons-nous de le dire. L'auteur ne s'est pas contenté en effet de dissimuler sa délicate analyse sous des tableaux d'une grâce et d'une gaieté charmantes, ou d'une intense passion comme ceux qu'on avait tant remarqués dans Charles d'Arin, son premier roman ; il a aussi donné une telle vie à son œuvre que les dernières pages atteignent le plus haut degré de l'émotion. Un jeune homme du monde, poète, aux prises avec trois amours : une femme mariée, une cantatrice, et une idéale jeune fille, toutes trois armées d'un charme différent mais irrésistible, s'unissant, sans se connaître, pour lui faire éprouver les joies les plus exquises ou les plus intimes douleurs, et donnant ainsi l'essor suprême à son génie ! Laquelle triomphera ? Nous n'avons pas le droit d'être indiscret, mais nous assurons aux lectrices que ce sera celle de leur choix...

Ce livre éclôt en plein soleil ; c'est bien naturel puisque l'action se passe en Algérie. Dans l'intérêt et la sympathie qu'éveille tout ce qui se rattache à notre chère colonie, le roman de

CRITIQUE LITTÉRAIRE DU MOIS

M. Paul de Champville puise une nouvelle raison de Flaire,..

Sainte Nitouche, par Arsène Aruss, préface par M. Albert Millaud. Un vol. Paris. E. Kolb. In-i8. —Prix: 3fr. 5o.

Une couverture sémillante, une sorte de voilette à pois blancs, jetée sur fond bleu turquoise attire l'attention sur ce joli recueil de nouvelles ouvrées avec autant d'art que de finesse et d'esprit par une main légère, délicate et féminine.

Quatorze nouvelles en un livre de 25o pages ! On juge du peu de consistance de chacune d'elles ; mais, sous forme d'historiettes ou d'études furtivcs, ces jolis riens sont attirants comme ces fins bijoux montés avec grâce et sertis avec goût. Ce sont toutes des fantaisies qui tiennent littérairement de « l'Article de Paris », gentilles digressions légères et montées de ton semblables à des meringues à la vanille ; mais, sous la mousse fouettée de ces entremets agréables, on sent que l'auteur a glissé une pointe d'ironie continue contre la mondanité parisienne et les vices élégants, et sa philosophie souriante dissimule à peine la satire prête à partir en guerre.

Beaucoup d'observation profonde dosée en malicieuse et superficielle boutade, et surtout une grande variété de facture dans l'ordonnance de ces petites comédies humaines si vivement mises en scène.

Livre à lire et à mettre dans sa valise de bains de mer. Il est de ceux qu'on prend et qu'on laisse et qui ne lasse jamais l'attention. Je ne parlerai pas de la préface de Millaud, l'art de ne rien rien dire s'y lit entre les lignes. u« '

DERNIÈRES PUBLICATIONS

OUVRAGES SIGNALÉS

L.a Jungle, par Alcide Bonneveau. Paris, Albert Savine. Un vol. — Prix : 3 fr. 5o.

Loin de la vie, par François Fauvy. Paris, T. Kolb. Un vol. in-i8. — Prix : 3 fr. 5o.

Double-blano, par Fortune du Boisgobey. Paris, Pion et Nourrit. Deux vol. — Prix : 7 francs.

Le Mystère du sang, par Henri Desportes. Paris, A. Savine. Un vol. in-18. — Prix : 3 fr. 5o.

Suzanne Dulue, par Âttale du Cournau. Un vol. in-18. J. Ducher, éditeur. — Prix : i franc.

Fatalité, traduit de mïstress Braddon. Paris, Hachette. In-18. — Prix : i fr. 25.

Louk Loukitch, par Henry Grêvillc. Paris, Pion ce C'". In-18. — Prix : 3 fr. 5o.

Aux Trois Boules d'or, par Baring Goxld. Paris, Pion et C». In-i8. — Prix : 3 fr. bo.

La Bosootte, roman nouveau, par Georges Maldague. Paris, E. Kolb. — Prix : 3 fr. 5o.

Rastaquouères , par Georges Nazi m. Paris, E. Kolb. Un vol. in-18. — Prix : 3 fr. 5o.

Les Jolies Actrices de Paris, 5« série, par Paul Mahalin. Paris, Tresse et Stock. Un vol. in-18. — Prix : 3 fr. 5o.

Le Soldat Ghapuzot, scènes de la vie de caserne, par Jean Drault. Paris, V. LecofFre. In-80. — Prix : 2 francs.

Les Fleurs noires (1876-18..), par Boyer

d'Agen; Paris, Victor Havard, 1889. Un vol. in-16: 36o pages. — Prix : 3 fr. 5o.

Le poète est connu, comme le romancier. On sait ce qu'il y a de chaud, de vibrant et de sincère, en même temps que ce qu'il y a d'observé, de compris et de rendu dans les écrits de ce provincial d'Agen, qui n'est pas plus parisien que les ducs de Rohan n'étaient princes. Ce n'est pas que j'accepte tout dans ses poèmes. J'en admire la force, l'ampleur à certains endroits, la hauteur de conception, la hardiesse d'exécution. Mais, quant à l'écriture, comme disent nos stylistes d'aujourd'hui, je fais mes réserves. La force y produit des tours de force ; l'ampleur y devient du vague et de l'obscurité ; la conception si haute monte à des sommets apocalyptiques où ceux-là seuls, qui sont quelque peu fous d'avance, n'ont pas le vertige; l'audace des images et des termes pourrait, en maints endroits, s'appeler incohérence et incarnation. Tel quel, le livre est d'un poète vigoureux et ardent que l'âge assagira sans l'émasculer, j'en ai la conviction. Je recommande tout particulièrement aux lettrés qui re* cherchent les affinités entre les esprits et les rapports, entre les harmonies et les rythmes, l'essai de traduction de la Divine Comédie que M. Boyer d'Agen nous donne à la page 181 de son re« cueil.

Voici, comme échantillon pris au hasard de

cette poésie originale et savoureuse, sept vers qui son! un exquis portrait :

J'ai révê qu'elle était ira» moderne et très vierge El qu'eKe av«ii, dam sa cliapelle, k deui genoux, La clarté du vitrail et la splendeur du cierge;

Et qu'ainsi qu'un lU blanc entre le* «ombre* haut, Son corps blanc s'élantaît d'un simpleetnfiir conagt, El que son Ime allait plus haut, priant pour noutj

MÉLANGES LITTÉRAIRES Critique. — Philologie. — Linguistique.

Œuvres complètflB de Victor Hugo. Edition in-18 il 2 francs le volume. Crom^rell, 1 vol. — Hemanl, 1 vol. — Paris, J. Hetzel et C'% 18, rue Jacob, et Maison Quanttn, 7, rue Saint- La nouvelle et charmante édition à 3 francs des (Kuvres de Victor Hugo, que !e public a si rapidement adoptée, vient de s'augmenter de deux ouvrages, les deux premiers tomes du TliL'ilire, Crontwe// et Hernani. Cromwell forma un volume de plus de 400 pages, vendu pour la premit-re fois à ce prix modique. Hernani, le chef-d'tcuvre consacre, est publié aussi pour la première fois à part dans ce format commode et élégant.

Rezinsec et Strophazler. Théâtre lyriconaturaliste, par Léon Durocher. Un vol.

in-18 Jésus. Paris, 1888. A. Dupont, édit. —

Vn-i : 3 fr. 5o.

Ce volume contient: 1° sous forme de p: face une dilution de soixante-cinq pages sur le Lyrisme i^t les Fantaisies comiques, que l'auteur a tu le prand tort d'ébaucher en zigzaguant à travers son sujet : il a manqué l'oeciision de composer une étude originale et piquante, dont les éléments étaient en sa possession : — 1- des saynètes et des monologues d'un genre d'esprit suffisamment caractérise par le procédé 1 dont use M. Durocher pour former les noms des personnai;cs qui fournissent son titre au volume. Ce sont, comme il le dit lui>m6mc, bluettes et portraits, îur la valeur desquels il ne nous en fait pas accroire; il souhaite seulement au lecteur la |

moitié du plaisir qu'il a éprouvé à les barbouiller... Barbouiller est sans doute un mot d'auteur qui exagère la modestie, pour qu'on lui reproche d'être modeste même un peu ; il est à craindre que le lecteur ne prenne le mot pour exact, ei cependant M. Durocher, qui < tourne facilement levers d, comme on dit encore en province, a fait quelques heureuses rencontres qui suffisent pour qu'on ne méjuge pas son espritet que l'on attende mieux de son talent ; — iroit illustrations amusantes, inégalement, dont la plus réussie est celle de la couverture.

Adam Micklewicz, sa vie et son œuvre, par

Ladislas MicKiEwicz, avec un portrait, par Théophile Bérengier. Un vol. in-18 jésus, Paris, 1888, Alb. Savine, édit. — Prix:

3 fr. So.

Avec une piété liliale dont on ne saurait trop le louer, M. Ladislas Mickiewicz a recueilli les souvenirs et correspondances propres il composer une biographie exacte de son illustre père. On connaît plus aujourd'hui le nom que les œuvres du poète polonais à qui la France fut si hospitahère qu'elle lui donna même une chaire dans le premier de ses établissements d'euseignemem supérieur. Une foule de détails eurieu\ rapportés dans ce livre mettent en relief le caractère élevé et le cœur ardent d'Adam Mickiewicz ; sa mémoire est donc bien honorée par soa fils, qui l'a fait revivre parmi la postérité.

L'appendice de ce volume est fort curieux: c'est d'abord un extrait du dossier d'Adam Mickiewicz à la préfecture de police. Au lendemain du 4 septembre 1870, son fils dm à l'entremise

CRITIQUE LITTÉRAIRE DU MOIS

de M. H. Carnot de pouvoir consulter ce dossier, — brûlé quelques mois plus tard par la Commune, — et il en copia certaines pièces qu'il qualifie de romans, de calomnies et d'absurdités ; puis quelques documents officiels relatifs aux rapports de Mickiewicz avec le gouvernement français, et l'acte de son décès daté du 27 novembre i855. Le poète était mort du choléra à Constantinople. pz.

Les manuscrits de Léonard de Vinci. Publiés en fac-similés, traduction française,- par M. Charles Ravafsson-Mollien. Quatrième volume (un grand in-folio colombier). — Paris, Maison Quantin, 7, rue Saint-Benoît. Prix : 1 5o francs.

Le tome IV qui vient de paraître de cette savante publication des écrits autographes de Léonard de Vinci, et qui porte à huit le nombre des manuscrits déjà édités, contient les manuscrits F et I de la Bibliothèque de l'Institut, soit 472 fac-similés photo typiques avec 472 transcriptions littérales, traductions françaises, avantpropos et tables méthodiques.

Plus curieux, s'il est possible, que les trois précédents, ce nouveau volume met, pour ainsi dire, encore mieux à nu Tâme du génie de Léonard de Vinci, où la fusion de l'artiste et du savant est si parfaite que l'un ne va jamais sans l'autre. Dans cette mise en œuvre, on suit pas à pas le patient investigateur scrutant les lois de l'univers dans ses études mathématiques, son système pour acquérir toutes les connaissances indispensables au peintre et à l'ingénieur, ses efforts pour s'emparer des secrets de la nature. On ne peut que féliciter M. Ravaisson-Mollien de la méthode qui lui a permis d'arriver à une telle perfection au point de vue de la transcription littérale, du contrôle, du groupement et de la traduction ôqs textes originaux.

Quant au procédé employé pour les reproductions, il suffit de dire qu'il est d'une vérité absolue et qu'il rend avec force et précision le texte et les figures qui l'accompagnent.

Pour mener ce travail à bonne fin, il a fallu à la maison Quantin une intelligente et persévérante volonté. Aussi un puissant encouragement est-il venu consacrer ces louables efforts ; l'Académie Française a décerné à l'ouvrage le prix Bordin total « spécialement consacré à encourager la haute littérature ». Voila qui recommande amplement aux savants et aux curieux cette belle publication des Manuscrits de Léonard de Vinci.

La Librairie de l'Art poursuit la publication de ses Monographies d'artistes célèbres habilement dirigée par M. Eugène Mlintz. Deux volumes nouveaux viennent d'enrichir la collection.

Le premier est consacré à Van der Meer et est écrit par M. Henry Havard. L'existence du peintre de Delft nous est aujourd'hui, comme le dit l'auteur, révélée d'année en année. Trop modeste, l'auteur devrait dire qu'il vient de la révéler lui-même, et par ce livre et partant d'autres qu'il a consacrés à l'école hollandaise avec une autorité reconnue. Si la mémoire de Johannes Vermeer, plus célèbre sous le nom de Van der Meer, jouit aujourd'hui de la réputation qu'elle mérite, il n'en a pas toujours été ainsi. Pendant deux cents ans son nom est demeuré dans l'oubli le plus complet. Ses œuvres ont cependant paru les meilleurs de cette école où la lumière, l'honnêteté, la perfection du dessin se réunissent pour donner aux petits comme aux grands morceaux ce caractère d'intimité qui en fait le charme.

On ne peut cependant cacher que le second ouvrage intéressera davantage. Il est consacré à François Rude, une de nos gloires nationales. Le statuaire français a toujours brillé d'un éclat sans rival. C'est à nos artistes qu'est venu en ligne droite l'héritage des Grecs et des Romains et ils y ont ajouté, au moment de la Renaissance, une note personnelle et caractéristique. Les salles de la Renaissance au musée du Louvre, pour obs-. cure et mal placées qu'elles sont, n'en captivent pas moins le visiteur qui y a pénétré comme par hasard. J'ai maintes fois constaté sur le visage d'étrangers un sentiment de surprise admirative causé par cette réunion de chefs-d'œuvre. François Rude a sa place indiquée à côté de Puget. S'il est moderne et de son temps, gracieux dans son Hébé jouant avec l'aigle de Jupiter ^ réaliste avec son Jésus crucifié du calvaire de Saint- Vincent-de-Paul, c'est un antique dans ses pures basreliefs de la Chasse de Méléagre et de V Histoire d* Achille du château de Terwuerez, et l'on croirait reconnaître des œuvres des plus admirables maîtres de la Renaissance dans son tombeau de Godefroy Cavaignac au cimetière Montmartre, ou dans son Mercure du Louvre au moins égal à celui de Jean de Bologne.

Né à Dijon le 4 janvier 1784, Rude fut un franc Bourguignon, vrai type de travailleur, de bonté cachée sous une rudesse apparente, de patriotisme, de rectitude de vie, de franchise en toutes choses, dans ses paroles comme dans son art. C'est cette franchise sans doute qui lui a attiré quelques ennemis. M. Alexis Bertrand, dont le travail est tout à fait remarquable, chante la gloire

donc d'ailleurs resterait froid devant l'homme qui a donné non seulement le mouvement au marbre, mais qui l'arfait chanter, comme il chante sur l'Arc de Triomphe avec le Départ des Volon-

e année, dont rappelons exactement ta date, sans r davantage, s dans Versailles, au bras du vieux poète roaic venu retraiter i dans 1.' de E^nt de silence après trop de bruit, une dans /a P/^iade.- Quel- Lis dit-il, se passe aujoursous nos arbres. L'empes prétexte de chasse, est 1 de décider l'archiduc I du Mexique.

I pour TOUS deux,., et pour étiiii alors de toutes les conversa s mois, depuis trois ans, I' chaque transatlnniique de la Vera-Cruz à nt-Nazoire était impatiemment guettée par les lilles de nos soldats, et aussi par le gouvernent et par l'opposition, dont le rôle, en cette lire, s'empoisonna du venin que distillait lurellemeni, le maladroit et néfaste Jules Favre.

A quatre années de cet entretien dans ta ville au bois dormant, nous, visitions avec un ami le ;nt des capucins à Vienne. Un le chandelle, passait rapide devant chaque cercueil en marmottant des : Keyser Ferdinand, kej'ser Leopold, keyserin Louisa, etc. Outre ces andeiii, d'un intérêt vague pour nous, il y a aussi dans ce caveau : Marte-Thérèse, Joseph II, Marie-Louise et le fils de Napoléon I". Comme nous allions nous retirer, je remarquai dans un coin du souterrain, une caisse soli

neuve, couverte de fleurs de la veille, et de la veille déposée elle-même dans cet asile de repoi et d'ombre, après avoir été battue des flots qui séparent Trieste et Miramar de la Vera-Crui. Nous murmurâmes : Queretaro? iaierrogcant du regard le brave religieux. Avec un parfait détachement, il nous répondit en humaat une prise ; la, ia, Maximilian. Ces souvenirs, et bien d'autres images suggérées par les mots : Expédilion du Mexique, nous revenaient avec un charme en lisant ligne à ligne le remarquable et saisissant ouvrage de M. Paul Gaulot.

Sans doute, l'auteur avait déjb fait ses preuves de talent en maint autres travaux soit d'imagination, soit d'histoire (exemple : un Complot sous la Terreur, Marie-Antoinette, Toulan, Jarjayes); ses très réelles qualités d'intelligence, de bon sens et de rédaction, appliquées aux éludes historiques, nous apparaissent ici dans leur meilleur jour. M. Paul Gaulot ne dissimule aucunement, et même il proclame très haut la part qui revient gratitude de lecteur à la mémoire de Ernest Louet, membre très distingué de l'administration des finances, qui « fit partie de la trésorerie de l'armée d'Italie, dirigea ce service pendant la campagne de Syrie, et partit dés le début de l'intervention, comme payeur en chef du corps expéditionnaire au Mexique, u M. Louet avait la tète aussi lucide que le cœur vaillant; il avait beaucoup vu et beaucoup retenu de ces affaires icaines, objet de tant de légendes et de mensonges intéressés. Rendu à lui-même, il se prode dire en toute vérité les causes et les péripéties de l'expédition et t'aventure tragique i. A ses vues exactes, à ses souvenirs fidèles, il entendait ajouter les notes directes, par lui prises à Bruxelles, à Vienne, à Trieste, à Miirtout à Madrid, auprès de Bazaine qui lui remit des pièces de la plus rare impor-

CRITIQUE LITTÉRAIRE DU MOIS

tance : lettres confidentidies de Napoléon III, de Maximilien et du maréchal Randon, etc., etc. Au moment où M. Louet allait, muni de toutes pièces, entreprendre l'œuvre à laquelle il était attaché déjà par certaine tendresse pour les personnages du drame et surtout par Tamour de la vérité, la mort le saisit, au courant du mois d'avril de Tannée dernière. Le bulletin de la société des gens de lettres lui consacre, à cette date, un article nécrologique, où pleine justice est rendue aux mérites du sociétaire qui faisait partie de ses membres depuis Tannée iSSg^ et au courage de Thomme qui, en 1870, quittant sa trésorerie de Foix, demanda du service et fut porté, par son général, pour la croix de commandeur de la Légion d'honneur. Plus tard, révoqué brutalement, comme le fut plus d'un honnête homme, par les politiciens des nouvelles couches, il avait pris la direction d'un Journal de Seine-et-Oise : ie Postillon,

Après la mort de M. Louet, son trésor de précieux documents a été confié à M. Paul Gaulot qui l'a mis en œuvre, avec un soin et un talent dignes de tous nos éloges, et ce qui vaut mieux, dignes du succès réel qu'obtient l'ouvrage. C'est de beaucoup Tun des meilleurs travaux que Ton connaisse sur Texpédition du Mexique, depuis ses lointaines origines jusqu'à l'entrée en scène de Maximilien. Ce livre jette à flots la lumière sur bien des faits obscurcis par la passion ou par Tignorance, et désormais pas un polémiste de bonne foi, pas un historien consciencieux ne traitera de ces choses sans interroger ces pages véridiques et substantielles. Elles nous font mieux connaître aussi des hommes considérables sur qui Ton pensait avoir épuisé toutes les sources d'informations. Tel ce Napoléon III, si mal jugé, qui connut toutes les extrémités de la fortune, vit la France et Tunivers à ses pieds. La magie d'un nom unique dans Thistoire l'avait porté d'un cachot de conspirateur au plus beau trône du monde ; il voulait être grand et le fut par d'infinis malheurs; alors les outrages de pleuvoir. Au temps de sa force, le Times l'appelait the most wonderful man of the âge, et l'opposant à son oncle, hésitait à nommer le plus admirable des deux. Son ombre pâle doit sourire en voyant ceux qui l'ont remplacé, et qui ont fait leur chemin en injuriant sa politique, user avec fierté de la violence qu'ils flétrissaient jadis avec une indignation peu drôle et une ardeur bien comique. A citer aussi, les dernières entrevues de Maximilien et de François-Joseph.

La question d'orient au XVIIIe siècle {Le

partage de la Pologne et le traité de Kainardjî)^ par Albert Sorbl. Deuxième édition revue par Tauteur. Un vol. in- 18, 288 pages. — Paris, librairie Pion, 1889.

Ce que Ton appelle les problèmes historiques, nous est toujours apparu sous la forme de ce boulet chargé de toute éternité dont parle un orateur sacré du xvii* siècle. Le fait lui-même que nous voyons pousser d'un seul coup sous nos yeux, commeunarbrede féerie, a des racines qui s'enfoncent jusque dans la profondeur des vieux âges. Nous avons ici même, exposé là dessus notre sentiment, en contradiction avec les historiens à courte vue, qui s'imaginent, par exemple, que la Révolution française, prédite et attendue comme inévitable depuis soixante années, aurait pu être empêchée par telle mesure ministérielle ou par telle atti-. tude du pauvre Louis XVI. Toute déviation sensible et remuante du courant de l'esprit public, — ne le voyons-nous pas, à cette heure même de nos yeux? — a toujours des causes puissantes, et plus fortes que toutes les résistances des intérêts contraires que ne soutient plus Tâme des choses. Ce que Ton ne saurait mettre en doute, cependant, c'est que ces mêmes problèmes se trouvent posés, sinon résolus, à des dates précises, originaires, si Ton veut, pour Tignorante galerie et sous l'action de certains personnages plus pressés ou bien lancés sur le théâtre du monde pour tenir ce rôle particulier. La Question d'Orient^eatve autres, dont tous les gens de ce siècle (depuis son premier jour jusqu'au jour présent), ont eu la cervelle rebattue, la Question d*Orient du combat de Navarin, de Sébastopol, du traité de Berlin et du divorce de Milan, la Question d'Orient, un mot que Ton croirait tissé dans la trame de nos idées et de nos souvenirs fut incontestablement posée au xvni* siècle par ces trois personnages d'inégale grandeur, mais tous les trois sacrés grands par leurs peuples et par Thistoire : Frédéric II, roi de Prusse; Catherine II, tzarine de Russie; Marie-Thérèse, reine de Hongrie, impératrice d'Autriche. Ainsi que le fait très justement observer M. Albert Sorel : a Dès qu'il y eut des Turcs en Europe, il y eut une question d'Orient ; et dès que la Russie fut une puissance européenne, elle prétendit résoudre cette question à son profit. ». Certes, il y avait une question d'Orient, lorsque, au grand scandale de la chrétienté, François I" acceptait Talliancede Soliman; un siècle et demi plus tard, lorsque les Turcs assiégeaient Vienne, il y avait une question d'Orient aussi. Mais, avant de la léguer si menaçante et si confuse à notre siècle, le siècle précédent a mar-

LE LtVRE

que cette affaire à sa marque, par deux faits décisifs : la guerre russo-turque et le partage de la Pologne.

Un des maîtres de notre nouvelle école historique, M. Albert Sorel, a traité ce sujet avec un talent récompensé par de beaux succès, et une conscience qu'atteste cette seconde édition d'un livre paru voici tantôt dix années, et que son auteur a voulu faire bénéficier des travaux importants publiés dans Tintervalle, tels que : le Secret du roiy par M. le duc de Broglie, « ouvrage qui a jeté une éclatante lumière sur la politique de Louis XV, dans la question d'Orient et dans le partage de la Pologne ». L'écrivain de haut mérite à qui nous devons : Vhistoire diplomatique de la guerre franco-allemande , les Essais d'histoire et de critique y le Précis du droit des gens^ le traité de Paris du 20 novembre 18 15, le Recueil des . instructions données aux ambassadeurs et ministres de France en Autriche^ Montesquieu^ V Europe et la Révolution française^ etc., etc., à la fois chercheur érudit et bon historien, — ce qui n'est pas la même chose et ce qui souvent même s'exclut, — n'excelle pas seulement à nous rendre avec une merveilleuse lucidité, « un récit à peu près entièrement composé — comme celui-ci — avec les correspondances et les documents diplomatiques »; il est pareillement un maître dans l'art de dessiner les hautes figures du passé. Dans cet ordre, les portraits esquissés de la pratique et clairvoyante Catherine, de l'infernal Frédéric, de la féconde Marie-Thérèse, aux scrupules si durement livrés au rire, par son bon frère de Berlin ( « elle pleurait et prenait toujours », disait ce monstre admirable) ; ces pages, disons-nous, sont dignes de tout éloge, et mieux, de toute confiance.

La nouvelle édition de la Question d'Orient^ par M. Albert Sorel, comprend vingt-deux chapitres qui nous rendent successivement ; l'alliance de la Prusse et de la Russie (1756-1764); la révolution de Pologne et la guerre d'Orient (176^- 1768); rapprochement entre la Prusse et l'Autriche (octobre 1768, janvier 1769); les desseins du grand' Frédéric et les projets de triple alliance (février-mai 1769); la guerre d'Orient et les précautions militaires de l'Autriche (janvier- août 1769); l'entrevue de Frédéric et de Joseph II à Neisse (août 1769); — à signaler particulièrement, dans ce chapitre, le récit fait par Joseph II, du dîner et du souper qui durent chacun trois heures, pendant lesquels « le roi parla tout le temps ». Joseph II ajoute : « L'air servile que son frère et son neveu ont devant lui est incroyable. » — Les autres chapitres traitent de : la diplomatie du grand Frédéric et sa philosophie de l'histoire (octo-

bre 1769, janvier 1770); l'Angleterre et la question d'Orient (1769-1770); les victoires de la Russie et la demande de médiation (février-août 1 770); l'entrevue de Neustadt (septembre 1770); la médiation (septembre 1770-janvier 1771); les préliminaires du partage de la Pologne (novembre 1770, janvier 1771); les ouvertures officielles de paix et de partage (janvier-juin 1771); l'alliance austroturc et les projets de démembrement (janvieroctobre 1771); les embarras de l'Autriche (octobre 1771-janvier 1772); le principe de la triple alliance, l'égalité des parts (janvier-février 1772); la répartition des lots (janvier-mai 177a); la consécration de l'alliance, le traité de partage (maiaoût 1772); les congrès de Focktchang et de Bukarest (mai 1772-mars 1773); le traité de Kaïnardji (juin 1773-septembre 1774); l'annexion de la Bukovine (septembre 1774-juillet 1776); la triple alliance. Notre embarras serait grand si nous devions faire un choix entre les traits sug^ gestifs dont est si riche ce volume. Bornons-nous à citer ces lignes : « Les instructions de Swieten sont datées du 8 décembre 1 770 ; Kaunit\ avait jugé devoir les coucher en français, parce que c'est dans cette langue qu'il est d'usage de parler au roi de Prusse. »

Les Élections et les Cahiers de Paris enl789, parCh.-L. Chassin. — Tome III : V Assemblée des trois ordres et V Assemblée générale des électeurs de Paris au 14 juillet. Un vol. in-8® raisin de 732 pages. — Tome IV : Les Élections et les Cahiers de Paris-Hors- Murs, Un vol. in-8® raisin de 536 pages. Paris, Maison Quantin, 7, rue Saint-Benoît. — Prix, broché : 7 fr. 5o le volume. L'ouvrage complet en 4 volumes, 3o francs.

Le troisième volume complète, par les procès-verbaux et cahiers des trois ordres, les deux précédents consacrés à la Convocation et aux Assemblées primaires de la ville et des faubourgs. A côté du cahier officiel municipal sont groupées les notions et notes manuscrites, déposées dans le coffre de l'Hôtel-de-Ville et l'armoire du Châtelet, ainsi que les diverses propositions imprimées sur les griefs et les vœux des habitants de la commune de Paris, capitale de la France.

Le quatrième volume résume le mouvement électoral des villes et communes qui faisaient, en 1789, partie de la Prévôté- Vicomte de Paris et qui se trouvent dispersées dans les départements de la Seine, de Seine-et-Oise de Seine-et- Marne, de l'Oise, de l'Aisne. Il contient des documents nouveaux du plus vif intérêt, sur l'état des

CRITIQUE LITTERAIRE DU MOIS

campagnes, les souffrances et les haines des paysans de l'Ile-de-France ; sur les aspirations du bas cierge et les opinions de la noblesse.

Histoire des Orecs, par Louis Ménard, docteur es lettres. Deux voL în-ii, brochés, Ch. Delagrave, édit. Paris, t886.

L'ouvrage que publie M. Louis Ménard n'est pas un aide-manuel, un abrégé étroit et ennuyeux : c'est véritablement une histoire, assez développée pour contenir la vie, assez habilement resserrée pour ne pas noyer le lecteur. Le grand attrait de cette histoire, composée au demeurant pour les jeunes intelligences, c'est qu'elle fait revivre le peuple, qu'elle galvanise pour ainsi dire la poussière du passé, et donne la sensation de l'actualité, M. Louis Ménard s'est en effet guidé par la méthode nouvelle qui ne prend pas des faits pour des phénomènes soudains, mais refuse de tes séparer de leurs causes multiples : l'histoire se fait par les moeurs et les intérêts, car ce sont les mœurs et les intérêts, les idées et les passions de chaque peuple qui déterminent ses mouvements et le caractère de ses relations avec tes autres peuples. Quand il s'agit des Grecs l'éducation esthétique, !e goût des arts, pour un rôle plus important que partout ailleurs M. Louis Ménard n'a eu garde de l'oublier. Très versé dans l'archéologie, très érudit des arts, comme en bien d'autres choses, il a donné une large et légitime place aux manifestations du génie grec. De nombreuses illustrations d'après tes monuments forment un commentaire aussi agréable qu'instructif. M, Louis Ménard a cru devoir rétablir dans les noms propres l'orthographe originelle, à la façon de Lecomte de Lisle. Ce n'est pas un mal si ce n'est pas un bien. Alfribiade, Antigonoi, Cassandros, RAoxanè, Daretoj, etc., ne sont ni plus ni moins familiers aux écoliers qu'Alcibiade, Anligone, Cassandre, Rosane, Darius, etc. On comprend mieux la restitution quand il s'agit d'une réforme dans l'intérieur même des noms ; il peut y avoir là souci de vérité historique : ainsi M. Ménard nous apprend que le roi du Pont et non de Pont s'appelait Mitbmdatc, avec un a et non un i, et c'est l'erreur d'un graveur de médailles qui fut cause de la substitution. Maïs si c'est là l'originalité qui saute aux yeux d'abord, ce n'est point par là seulement que ce travail est original. La clarté de l'exposition, l'intérêt répandu dans le récit, la nouveauté et l'étendue des points de vue sont des qualités beaucoup plus digues d'être appréciées et qui ne permettent pas de confondre celte

Histoire des Grecs avec les produits de métier de certains ^bricants plus industriels que professeurs, plus commerçants que pédagogues, pz.

Histoire du Portugal, par P. Coqueule. Paris. Ollendorff.

L'auteur dît avec raison que les Français connaissent peu l'histoire de ce peuple ami et la confondent volontiers avec celle de l'Espagne. Il y a cependant entre les deux la distance qui sépare l'oppresseur de l'opprimé et, pour être un petit pays continental, le Portugal n'en a pas moins eu de chères et larges destinées.

Elles sont clairement résumées dans ce livre, 1 de Bragancc, d'affranchir le

c temps, na pas e de son peuple,

court, mais substantiel. La ma

qui a eu la glorieuse mémoi

Portugal et qui, chose rare en

cessé de jouir de la reconnaissant

n'a pas cessé non plus de mériter son estime.

Le peuple portugais a eu une grande expansion coloniale surtout. Elle semble s'être rélrécie pour toujours. Mais, pour Itre bornés, ses horizons ne sont point assombris. Comme les hommc-s qui n'ont pas d'histoire, il est et demeurera un peuple heureux.

Dans sa seconde édition nous demanderons seulement à l'auteur de faire une place plus large à la littérature et aux arts.

L'Enseignement secondaire à Troyes, du moyen âge à la Révolution, Thise présentée à la Faculté des Lettres de Paris, pur Gustave Carré, Un vol. in-S". Paris, Hachette

Les candidats au doctorat es lettres ont pris l'heureuse habitude, depuis bon nombre d'années déjà, d'offrir à leurs juges, ou plutôt au public, sous prétexte de thèses, d'excellents ouvrages d'histoire et de critiques littéraires. Pour ne citer que les derniers, les études de M. Lunson sur La Chaussée, de M. Morîllot sur Scarron, ont obtenu un légitime succès auprOs du monde érudit et lettré.

La thèse de M. Gustave Carré s'adresse h un public plus restreint. On peut s'intéresser à Scarron, à La Chaussée, dont les noms sont plus connus que les oeuvres, et prendre ptuislr fi compléter ou à rectifier le peu qu'on sait de leur vie, de leurs ouvrages, de leur pljcc au milieu de leurs contemporains. Mais c'est une ûtuile plus sérieuse et moins attrayante que celle d'une histoire de l'enseignement secondiiire, surtout si

celte hiitoire est limitée k une leule ville. Beaucoup ne rnbordtfont pas lans htaiter, Ceus-là duraient tort qui «e laisseraient aller à reculer, «(TrayJ» par un sujet qui se prêle à bien plus de développe me nlj qu'on ne le croirait k première vue et dont la portée est bien plus grande qu'on ne le supposerait d'abord.

11 est certain que l'histoire d'une ville n'est pas l'histoire de toulcs les villes; mais il est certain aussi que les points de ressemblance sont plus nombreux entre elles que les dissemblances. On connaît h peu près l'organisation de l'enseignement dans tome la France quand on la voit fonctionner à Troycs avec ses petites écoles, oii l'on apprenait â lire, écrire, prier et jeter, c'esth-dire compter, avec ses grandes écoles, où on apprenait un peu de latin, puis avec son collège conduisant ses élèves jusqu'en philosophie. Quelles luttes homiTiques autour de cette jeunesse qu'on veut iiccnparcrl qui l'emportera, tes jésuites nu les maîtres libres f Ni les uns ni les autres, malgrù les intrigues et l'opiniatrelc des premiers, maigre' la résistance des seconds : c'est nux oratoriens que sera conlice l'éducation de la jeunesse troyennc, dons ce vaste collège légué à la ville par l'illustre et savant Pithou.

M. Carré a e\posiî avec beaucoup de soin les méthodes d'enseignement'des oraloriens; il nous a dit les matières professées, les livres mis entre les mains des élèves, la discipline, les congés, la vie des enfants ei de leurs maîtres. 11 semble trouver que l'éducation, plus brillante chez les jésuites, était plus solide chez les oraiorîens. Puisqu'il n'a pu, d;ins les limites de son ouvrage, faire la comparaison des deux enseignements, il lui reste un intéressant chapitre h traiter dans une revue, par exemple lu Revue de l'Enseignement supérieur. Nous l'y attendons.

A l'ouvrage de M. Carré s'ajoute un choix très intéressant Je pièces justiticjtives; nous y relevons, entre autres. le Règlement des écoles de Troyes publie en i43('parrèvèque Jean Léguisé, le testament de François Pithou, l'état du personnel de l'iinvien collège, un aperçu du pri\ de quelques li\Tes de classe au x\m' siècle, une liste des c'assî.)ues latins et grecs, des devoirs d'tléies, etc. — L'Juteur a utilise avec un soin evtrcme toutes les ressources dont il pouvait disposer. Il serjii i déiirijr que son exemple fût suivi par d'anires p rofessecr? avec autant dirjiésiense sapaciié et de consctecce : une pareiUe enqii^e dans tn çrss^ ï;o:T:bre devi'.les, donnerait, comme ii le iii .ort biis, "es c.^—.irAS dune TcriliiWe bisioÎTc ^e 1 1sitr-cciicr: publique.

De Dante à l'Arétin, U Société italienne de la Renaissance, par Lefebvre Saint-Ocan. Un vol, in-i8. Maison Quantin, 7, rue Saint- Benoit, Paris. — Prix : 3 fr. 5o.

• Les maux que nous souffrons, dit Quinet, l'Italie les a épuisés; les questions qui nous agitent, elle les a traversées : révolutions politiques et sociales, guerres de classes, combats séculaires des bourgeois et des ouvriers, etc. ■

M. Lefebvre Sain t-Ogan, frappé sans doute, lui aussi, des analogies que présente l'histoire agitée des anciennes démocraties italiennes avec celle de temps plus à portée de nos yeux, a retracé dans son livre de Dante à l'Arétin, un curieux et vivant tableau de cette époque. Les vieux contours, les chroniques, des documents de diverses sortes lui ont permis de la reconstituer de toutes pièces. L'auteur qui, en fin moraliste, ne tire pas lui-même ses conclusions, n'a rien épargné en revanche de ce qui peut donner de l'agrément au récit, toujours rapide, animé et coloré. Pas de longueurs, pas de dissertations inutiles : des faits et des formules.

Le livre s'ouvre par une étude sur le caractère national italien, à laquelle les circonstances donnent un intérêt particulier en ce moment. Nous recommandons les chapitres sur la Vie politique au XV' siècle, où plus d'un politicien moderne pourra se reconnaître, et sur la Tyrannie, où M. Lefebvre Saint-Ogan nous révèle dans la brillante et anarchique Italie d'alors, un état d'esprit voisin du boulangisme. Les causes du phénomène sont fort habilement déduites et analysées. Citons encore les Chapitres sur les Cours italiennes grandes et petites ; s,\ir les Lettres au milieu desquels se détache en haut relief l'étrange figure de l'Arétin, ce précurseur et véritable inventeur du journalisme ; sur les Femmes, la Famille, les Files, etc. La vie sociale est envisagée sous toutes ses formes.

Marie- Antoinette. Sa vie., sa mort, lySSi:<,3, par F. de Vvré. Un vol. in-8' de 4?4 pages. Paris. Librairie Pion, (S89.

Nous avons éprouvé toujours en parcourant l'histoire individuelle des rois et des reines, la même impression qu'en visitant leurs palais. C'est une impression de lourde mélancolie, à la pt;nsée de ces pauvres gens qui n'ont jamais le pijisir d'être eux-mêmes ni d'être chei eux, qui ne peuvent jamais reporter à leur iwoî les discours et les démarches de personne, qui traversent le monde à l'état de symboles et non d'êtres, et qui meurent d'ennui, soûls des choses et des

CRITIQUE LITTERAIRE DU MOIS

hommes, desquels ils n'ont rien connu dans leur vérité. Dans un drame romantique de nos jeunes années, dont nous retrouvions naguère le manuscrit au fond d'un tiroir, nous venons de sourire en relisant ces mots, qui auraient pu n'être alors qu'un tribut de notre initiation au génie de l'antithèse, mais qui étaient bien réellement le témoignage de notre invariable sentiment : Triste comme un roi. Peut-être ne serions nous pas bien fier en relisant toutes ces pages anciennes; mais nous n'en reproduisons pas sans fierté cette preuve de la persistance de certaines de nos idées. Nous n'avons jamais pu voir dans ces augustes mortels, — sans parler même des tragédies réelles qui viennent seules rompre la monotonie de leur vie factice, — que des malheureux condamnés à ne pas manger des mets qu'ils aiment et à voir des gens qu'ils n'aiment pas. Trois seules royautés nous paraissent dignes d'une convoitise ou d'un regret : celles de l'homnoe de beaucoup d'esprit, de la femme très jolie, ou du bon Parisien orné de cent mille livres de rentes qui ne doivent rien à personne, comme dit l'honnête peuple. Que si l'on trouve notre compassion vraiment excessive pour les têtes couronnées, ce n'est point l'exemple de la royale martyre, objet du livre que nous annonçons, dont on pourra s'armer pour combattre nos dires. Marie-Antoinette sera dans la durée des âges le proverbial type du malheur extrême, et l'on imagine rien de plus atroce que ses dernières années. Elles ont dû lui faire paraître douce n'importe quelle mort. La frivolité de ses plaisirs et de ses compagnies au début, — on nous permettra de dédaigner des accusations plus graves touchant la fidélité conjugale de la reine, — ne devait pas empêcher la plus héroïque noblesse d'âme devant les plus effroyables rigueurs de la destinée. Aussi la postérité tiendra toujours pour un digne sujet d'admiration la fin de Marie-Antoinette. Nous laissons aux émules de Bouvard et Pécuchet y le soin d'étudier les causes de la Révolution française, de les voir toutes contemporaines de l'événement lui-même et d'imaginer que telle modification dans l'attitude du Roi aurait pu détourner ce « boulet chargé de toute éternité, » et que je vois commencer sa parabole un siècle au moins avant qu'il ne s'abattît sur la maison de nos grands-pères, pour la détruire et la renouveler. Mais il est certes un fait que l'on peut, en toute tranquillité de conscience, faire immédiatement responsable des épreuves de la jeune Autrichienne, devenue l'épouse du Dauphin, successeur prochain de Louis XV. C'est l'accueil que la princesse étrangère reçut dans sa nouvelle famille et la malveillance qu'elle ne devait pas I

cesser de rencontrer dans l'entourage royal et dans une partie de la noblesse. Nous écrivons ces lignes à quelques pas du bizarre monument, dit expiatoirCy élevé à la mémoire des deux souverains décapités. Cependant, le véritable, l'unique monument, c'est notre souvenir, c'est l'occupation de notre cerveau par telle figure ou tel nom. A ce titre, Marie-Antoinette est une des plus richement partagées entre les grandes images du passé. Constamment elle revient dans nos entretiens ; ses malheurs ont éveillé autant de passions posthumes que sa beauté, — laquelle, soit dit en passant, nous semble avoir dû beaucoup aux atours et aux falbalas, — soulevait d'adorateurs, dans les journées riantes (très rapides et très courtes) de son émouvante carrière. On composerait toute une bibliothèque rien qu'avec les ouvrages romanesques et documentaires consacrés à cette mémoire. Sans parler du livre nerveux et coloré de MM. de Concourt, nous mentionnions dernièrement : un Complot sous la Terreur y de M. Paul Gaulot. Plus prés de nous encore, c'est-à-dire, paru d'hier, voici l'ouvrage de M. F. de Vyré. L'on pourrait en critiquer l'arrangement un peu naïf et parfois l'éloquence d'académie de province; mais l'auteur nous pardonnera, je pense, ces réserves légitimes, en considération du plaisir très sincère que nous apportons à recommander l'ensemble de son travail, comme une lecture très saine, et aussi fort instructive, sans aucun étalage d'érudition. On voit que M. de Vyré a bien lu tout ce qui de près ou de loin intéresse son sujet; on voit aussi que la profondeur de ses attachements et même de ses convictions, ne trouble pas son lucide jugement. Le livre coupe en trente chapitres, subdivisés eux-mêmes en quantité de morceaux portant chacun l'indication de son thème spécial, aborde successivement : la naissance et l'éducation de Marie-Antoinette, son mariage, la famille royale, Marie-Antoinette à Versailles, la Dauphine, la mort de Louis XV ; — M a rie- Antoinette reine de France, la reine à Trianon, premières années du régne, la reine et la société du xviii* siècle, l'empereur d'Autriche à Versailles ; la dynastie royale, la guerre et la paix, la guerre, mort de Marie-Thérèse, naissance du Dauphin, la paix avec l'Angleterre; — la reine avant la Révolution, la reine et ses enfants,

la reine et la politique, la reine et les Etats Généraux, la reine aux journées d'octobre; — Marie- Antoinette aux Tuileries, la reine et Mirabeau, la reine et rÉmigration, Varennes; — le roi et la reine à Paris, la reine aux journées des 20 juin et 10 août, la famille royale au Temple, mort de Louis XVL le Temple et la Conciergerie, mort

Page 1