‹ Le livre (volume 5)Chapitre 126 sur 173 · livre · texte numérisé non relu

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C'est certainement pousser trop loin le respect de sa plume que de recueillir si pieusement les moindres éclaboussures dont elle étoile le papier ! On n'aura bientôt plusdans les analyses bibliographiques assez de place pour les œuvres originales, tant on en aura perdu à rendre compte des livres fabriqués avec des comptes rendus.

La curiosité publique à Tcndroit du théâtre et de tout ce qui s'y rattache — même à l'envers — tourne à la monomanie : M. Camille Le Senne en abuse pour

former un volume avec ses vieux comptes rendus de la saison 1883-84! Son volume manque à la fois d'actualité, d'autorité et d'utilité. Quand Sarcey lui-même, qui, après tout, exerce encore un certain ascendant sur l'opinion et qui possède en matière d'art dramatique, une incontestable érudition et une esthétique contestable, mais au moins une esthétique, Sarcey refuse sagement de rassembler en tas des chroniques du lundi, M. Le Senne ne connaît poipt ces timidités; et il nous offre le plaisir de connaître sa pensée sur Severo Torelli, sur Smilis, sur Theodora, pièce à laquelle, en considération sans doute des décors, il n'hésite pas à consacrer tout d'une traite quarante pages! — Un tel livre n'aurait sa raison d'être que s'il avait tout bonnement la modeste prétention d'enregistrer les annales du théâtre. Mais quoi ? La place est prise et bien prise parla publication déjà ancienne de MM. Noël et Stoullig.

M.. C. Le Senne marque sur son volume : Première Série, et qui indique son dessein d'exhumer coup sur coup des comptes rendus de 1884-85, i885-86, 1886- 87, 1887-88!

Ce dessein n'a-t-il rien qui vous fasse frémir? Tel fatras pour toujours nous pourrait endormir !

Le Flibustier, comédie en vers, en trois actes, par Jean Richepin. Paris^ Maurice Dreyfus, 1888. Un vol. in.8*. — Prix : 4 francs.

On est, depuis longtemps, au théâtre, habitué à produire, avec le maximum de moyens, — j'entends moyens mécaniques et matériels, — le minimum d'effet. Les scènes de drame ou de comédie tournent au cirque, et l'action s'y perd dans l'exhibition. Quant à l'émotion, rien n'est trop gros, — ou trop subiil, — pour la susciter; et comme, le plus souvent, elle reste réfractaire, on s'en va disant qu'en nos jours sceptiques les mouvements du cœur n'obéissent plus qu'au café et à la digitale, et que, si les mouchoirs se portent à la figure, c'est peut-être pour cacher un éclat de rire et étouffer une crise de toux, mais jamais pour étancher les larmes des yeux.

Richepin vient de nous démontrer que nous ne valons pas mieux que nos pères, c'est-à-dire que les sentiments simples et sincères, les passions honnêtes et ingénues sont sûrs de nous toucher, et que les beaux vers nous font toujours vibrer, comme un violon sous l'archet.

Nous n'avons pas l'habitude au Livre de rendre compte des pièces de théâtre ; mais ceci est une oeuvre littéraire, et il nous appartient de la caractériser. Nous le ferons d'un mot : on a critiqué l'approbation, l'intrigue, la charpente dramatique, la vraisemblance, le nœud et le dénouement, et l'on a eu cent fois raison, car on épluchait un chef-d'œuvre, b.-h. g.

Une première par jour; oàoseries sur le Théâtre, par Albert Soubies. Un vol. in-i8. Paris 1888. A. Dupret.

Livre curieux, piquant, né du journalisme mo-i derne, ces Causeries sur le Théâtre méritaient de survivre à l'occasion qui les a engendrées en sortant du milieu où elles se sont produites. Un directeur de journal demande à son soiriste d'ajouter des.éphêmérides au courrier théâtral. Celui-ci confie le soia de cette tâche nouvelle à l'un de ses collaborateurs, M. Albert Soubies, un chercheur, qui a l'heureuse idée de faire porter son enquête quotidienne sur les premières représentations, tant du répertoire comtemporain que de l'ancien répertoire.

C'est ainsi que le volume commence au 1*' janvier par l'annonce de la « première » de la Phèdre dt Racine, à l'Hôtel de Bourgogne en 1677, et se termine au 3i décembre i855 par un acte de Lambert Thibanst et A. Decourcelle au Gymnase : Je dîne che; ma mère, La diversité des époques et la variété des genres rendent la lecture de Une première par joar* non seulement facile, mais très attrayante. Mais quel martyrologe que ce livre! quel témoin de la fragilité des jugements portés par le public des premières nprésentations. Je ne veux citer qu'une de ces victimes — exemple mémorable, — le malheureux Bizet moorant de trois succès d'estime : Les pécheurs de perles^ l'Artésienne et Carmen. e.c

HISTOIRE

— Chronologie — Documents — Mémoires —

MémoireB et SouvenirB du baron Hyde de Neuville. — La Révolution. Le Consulat. V Empire. — Un vol. in-8» de 538 pages. Paris, libr. Pion; 1888.

L'ouvrage que voici ajoute un livre original et Oftirant à celte bibliothèque de mémoires, embras-

sant le siècle tantôt écoulé depuis la Révolution, q8« 'nous devons à l'éditeur du recueil posthume de M. Hyde de Neuville. Pour notre part, nous éprouvons envers les volumes de Mémoires,— ceux-là seulement, bien entendu, que l'on doit à des écrinins intéressants et dignes à quelque titre de notre atten-

CRITIQUE LITTERAIKE DU MOIS

tion|— un double sentiment, contradictoire aussi, fait de méfiance et d'attraction. En général, les mémoires, — toute question de talent de plume réservée, — dépourvus de Tesprit de justice et de vérité, œuvre d'apologie personnelle, de malveillance contenue, d'orgueil humilié, de rancune expectante et timide, mentent sur les gens et les faits contemporains, mais iis disent la vérité sur Tauteur, en révélant à la fois ce qu'il est avec ce qu'il croit ou voudrait être. Les Mémoires du baron Hyde de Neuville échappent. à ce signalement, grâce au bonheur qu'ils ont de n'être pas la vaniteuse autobiographie d'un romancier, ni le pro domo d'un homme d'Etat mâtiné de gendelettre. C'est proprement les aventures d'un conspirateur, le récit très animé d'une sorte de representative-man de cette classe d'ardents, quelquefois ténébreux, que l'on est tenté de comparer au chasseur, à l'état primitif et sauvage; à cette différence près que, sans le grand air, l'idée de chasseur ne se conçoit même pas, tandis que le conspirateur semble respirer, par définition, dans les plus étroits cachots, dont il voit sans horreur les portes s'entre-bâiller sans cesse d'elles-mêmes devant lui. Il admet aussi l'agitation perpétuelle, le déplacement à la minute de tout gîte ou asile, les noms et les métiers d'emprunt, les travestis, etc., etc., et l'on n'en connaît guère qui se soient reposés et tenus satisfaits, même à l'avènement des régimes et des personnages, objet de leurs durs martyrs. Hâtonsnous de mettre cette affirmation sous la garantie d'un bon témoin, M. Hyde de Neuville lui-même, qui rapporte le trait à la date de 1799-1800. Dans un de ses fréquents voyages clandestins auprès des princes, Hyde de Neuville se trouva, partant un soir de Boulogne, en barque, sur une mer très orageuse, da|^ la compagnie de Georges Cadoudal. Ce dernier, en proie à l'agitation d'un mauvais sommeil, dans celte coquille de noix, assaillie par les vagues furieuses, en pleine nuit sans étoiles, se souleva sur son coude et R m'appelant de sa forte voix : Hyde de Neuville, me dit-il, savez-vous ce que nous devrions conseiller au roi, s'il remonte sur son trône? — Non, mon ami, répondis-je. — Hé bien, reprit-il, nous lui dirons qu'il fera bien de nous faire fusiller tous les deux, car nous ne serons jamais que des conspirateurs; le pli en est pris. » Cependant, il y a conspirateur et conspirateur. Les professions et les opinions, avons-nous dit ailleurs, ne sont que des effigies ; le métal, c'est le caractère. Hyde de Neuville appartient à la famill» des intelligents, des généreux et des sympathiques, tandis , que Georges Cadoudal a été appelé le moins chevaleresque des hommes.

Ceite doctrine de'l'atavisme, que nous acceptons à l'occasion et d'une façon paradoxale (j'entends plutôt par voie de contraste que de ressemblance), cette doctrine peut triompher dans la personne de l'auteur de ces mémoires. Guillaume-Jean-Hyde de Neuville, né le 24 janvier 1776 à la Charité-sur-Loire, d'une famille anglaise émigrée en 1745, à la suite des Scuarts, écrasés à Culloden, « avait, dit Lamartine, dévoué sa jeunesse, sa fortune, sa tête, à la maison de Bourbon. Né de sang anglais, il avait apporté en

France ce fanatisme obstiné du Parlement des Stuarts, qui personnifie dans une race royale, Thonneur, la religion et la patrie, et à qui l'expatriation et l'échafaud ne paraissent que des devoirs de leur culte. Conspirateur infatigable sous la République et sous TEmpire, émissaire courageux du roi et des princes à Paris, vivant la moitié de sa vie sous de faux noms, se jouant de la police, du Directoire et de Bonaparte, par une police plus occulte dont il avait ourdi les fils jusque dans la capitale, au profit des Bourbons... » Tel était celui que le grand poète, dans un tableau de la Chambre, sous la Restauration, signalant n sa noble figure, sa taille élevée, sa figure martiale », appelle « une sorte de tribun de la Royauté ».

Hyde de Neuville, pressé par l'amitié d'écrire ses Mémoires, a donc raison de dire en tête des notes éparses qu'il s'est décidé à rassembler : « Si une vie tient du roman, c'est bien la mienne. » Né en 1776, mort en i857, plus qu'octogénaire, il a prouvé que tant d'épreuves et de dangers convenaient fort à son tempérament. Les Mémoires, publiés par les soins de ses deux nièces, la vicomtesse de Bardonnct et la baronne de Laurenceau vont seulement des premières années du baron ea province, à son retour à Paris, après un long exil en Amérique, le 10 juillet 1814. Privé en pleine jeunesse de l'appui paternel, Hyde de Neuville eut du moins le bonheur de trouver dans la mère qui lui restait une personne de mérite extraordinaire et douée d'un cœur vaillant autant que charitable, qui fui du plus précieux secours à grand nombre de ses amis, au plus fort des menaces de la Révolution. Dès sa première jeunesse, lui-même, digne fils de cette mère, témoigna d*une intrépidité native, dont on cite encore les anecdotes. Il commença ses études, en 1787, au Collège royal de Sainte-Marie de Bourges et vint les continuer à Paris, en 1790, au collège Cardinal-Lemoinne. On approchait des jours de tempête, et la constitution civile du clergé, décrétée le 23 décembre de la même année, indique à quelles dures épreuves devaient être alors soumis les établissements ecclésiastiques.^ Nommé lieutenant dans la cavalerie, le jeune Hyde renonça au service pour ne pas prêter serment, et, pendant quelque temps, nous le voyons fougueusement contre-révolutionnaire, donnant à la politique a tous ses instants, toutes ses pensées », se dévouer, non sans péril, à la personne de Marie-Antoinette, apostropher Théroigne de Méricourt dans une de ses harangues à la populace, se faire remarquer de la Reine par scSn courageux zèle, mais en même temps alarmer son père par l'exagération de ce royalisme. Ce père poussa même l'inquiétude jusqu'à*venir en personne à Paris reprendre son rejeton et le ramener au foyer natal; mais presque au retour de cette expédition, il mourut. Après quelques mois donnés à la vie de famille, Hyde de Neuville revint à Paris le lendemain même dil 10 août. |1 nous dépeint l'horrible aspect des Tuileries, les séances de la Convention pendant le procès du Roi. C'est appuyé sur le bras de ce généreux de dix-sept ans que Malesherbes sortit de la Convention. Il nous dit la marche de la révolution après la mort du Roi, les excès de

LE LIVKE

Fouché k Nevers, son propre emprisonnement à Cosne, le complot formé pcnir délivrer la Reine. Plusieurs apostasies de prêtres renégats et de lâches nobles inspirent à Hyde cette réflexion : « Tout est interverti dans les révolutions extrêmes, on trouve le crime où Ton cherchait la vertu, mais celle-ci reparaît à son tour, où on l'attendait le moins. » Quelqu^un a dit, ou à peu près, dans le même ordre de pensées : Quand la tranquillité règnes on ne croit pas à la possibilité de'certains soulèvements, ni qu^ils pourront jamais s^éteindre quand ils ont éclaté. L^auteur des Mémoires raconte ensuite le procès, la dernière communion et la mort de la reine, le g thermidor, la réaction, Bonaparte en vendémiaire, la petite Vendée dans le Sancerrois dont le jeune Hyde défend les principaux auteurs, la chute prochaine du Directoire, le rôle de Pichcgru, le salon de M™* de Staël, le 18 fructidor, l'emprisonnement au Temple et la déportation des principaux membres des deux Chambres, parmi lesquels M. de La Rue, beau-frère de Hyde. Les souffrances de la traversée, la misère à Cayenne, Tévasion de Pichegru, de La Rue et plusieurs autres, leurs dangers de toute sorte (y compris les tigres et la famine), depuis leur fuite de Sinnamary, à travers les savanes d'Amérique, jusqu'à l'arrivée en Angleterre, remplissent d'un intérêt palpitant le chapitre vi (1797-1799)- Le chapitre vu (1799), abordant un sujet plus vaste, ne nous passionne pas moins, au contraire. Il renferme : l'état des partis avant le 18 brumaire; le plan royaliste, renversé par le 18 brumaire; deux entrevues (à Tune desquelles assiste Tallcyrand) de Hyde de Neuville avec le premier consul. L'impression produite par le jeune royaliste est consignée dans ces termes par le général Gourgaud : • Hyde de Neuville parut un jeune homme spirituel, ardent. » Le voilà peint en deux mots. Celle produite par le grand victorieux sur son visiteur est moins facile à résumer à travers les formules hésitantes que dijte à Hyde son rôle politique. Mais l'aJmiration au dedans n'est point douteuse. Peut-être, malgré les persécutions, a-t-il subi le charme. Quoi quMl en soit, il a dit le mot décisif: « Nous n'avons pas de Bonaparte dans notre parti. » Évidemment, il admire le 18 brumaire; il n'a pas été le seul alors, il ne le serait pas non plus aujourd'hui. Un homme, dont l'hostilité de race aux Napoléons rend le témoignage probant, dans l'espèce, le feu duc de Broglie, goûtait beaucoup aussi « l'acte ». Voici ce qu'il écri< en voyant de la terre des Ormes, chez M. d'Argenson, devenu son beau-père, passer les déportés de fructidor : • Le spectacle était douloureux, rindignaiion grande, mais la tonsternation plus grande encore. Chacun voyait recommencer le règne de la Terreur et s'y préparait avec résignation. Ceux qui n'ont point vécu à l'époque dont je parle, ne sauraient' se faire aucune idée du profond découragement où la France était tombée dans l'intervalle qui s'est écoulé entre le 18 fructidor et le 18 brumaire. En rentrant à pleines voiles sous le régime de la Terreur, elle y rentrait sans consolation et sans espérances. Le 18 brumaire fut une délivrance, et les

quatre années qui le suivirent furent une série de triomphes au dehors sur les ennemis, au dedans sur les principes du désordre et sur l'anarchie. Ces quatre années sont, avec les dix années du règne de Henri IV, la meilleure et la plus noble partie de l'Histoire de France. » Les chapitres suivants comprennent le renouvellement des hostilités en Vendée et la soumission des insurgés, la découverte de l'agence royaliste à Paris, la bataille de Marengo, Talleyrand et Fouché, la vie clandestine de Hyde en Normandie et à Paris, la machine infernale et l'accusation de complicité qui pèse sur Cadoudal (de celui<i, l'on ne répondrait pas) et Hyde de Neuville, dont le caractère et les précédents nous répondent. Une recrudescence de la persécution consulaire décrète la capture de Hyde mort ou vif. Le sombre chapitre i (i 802-1 804) qui rapporte le complot de Georges et de Pichegru, le drame du duc d'Enghien, l'exécution de Cadoudal et l'exil du douteux Moreau, est coupé de l'inévitable intermède comique des drames de la réalité. Hyde, forcé de fuir, caché aux environs de Lyon sous le pseudonyme de docteur Roland, y pratique le vaccin de façon à obtenir les félicitations du ministère de l'intérieur, qui le traque d'ailleurs. A la faveur de l'Empire raffermi, Hyde qui fut aussi heureusement partagé comme époux que comme dis, vit son héroïque femme suivre l'empereur d'étape eo étape à travers l'Allemagne, pour obtenir la grâce du proscrit. Voyage deux fois pénible à cause des continuels passages de troupes et des obstacles sans cesse renaissants à une rencontre avec César, toujours en marche. Cette noble épouse obtient seulement une grâce, conditionnée, si l'on peut dire, du départ de Hyde pour les États-Unis. Mais Napoléon sensible au magnanime, même quand la raison d'État dicuit ses rigueurs, a dit de l'admirable sollicitude que rien n'avait lassé dans cette dure poursuite : Cest français, c'est une brave femme! Témoignage que le baron Hyde de Neuville, le royaliste incorruptible, enregistre avec un juste orgueil, comme adressé à l'être le plus cher, par le meilleur juge. Après un séjour à Barcelone, une quasi-capture par des pirates, très curieux chapitre où l'on trouve aussi le souvenir de rencontres avec Chateaubriand, le tableau des mœurs espagnoles d'alors, des détails sur le favori Godoli prince de la paix, Hyde s'embarque pour New-York, le 2* mai 1807. Les dernières pages de ce livre très vivant contiennent le récit du long séjour de notre Français aux Etats-Unis, l'aspect de la nation américaine, ses mœurs et usages à ce temps, its relations de Hyde avec le général Moreau. Ce personnage heu-% reux de nos défaites, triste de' nos succès, mort comme il convient dans l'état- major des souverains alliés, à qui il a manqué seulement d'être le ministre de la guerre de Bernadotte combattant les Français, Moreau inspire à Hyde une sympathie personnelle qui ne l'aveugle pas sur la valeur de Tex-républicsin, tout prêt à s'offrir à la monarchie. La rentrée de Louis XVIII aux Tuileries rouvre, après sept années d'absence, les portes de la patrie à l'un de ses vrais enfants, dans la personne de l'auteur de ces Mé-

moires. La vie ultérieure de cet homme d'esprit et de caractère qui emporte notre cordiale estime ne relève pas de cet article, qui doit s'arrêter à la limite des Mémoires, c*est-à-dire Tannée 1814. Nous aimons cependant à conclure, par ce irait fort aimable, de la fin du volume. « Les troubles politiques qui avaient successivement agité Saint-Domingue et File de Cuba, avaient attiré à New-York, dans le courant de Tannée 1800, une foule de réfugiés français, dont un grand nombre étaient privés* de ressources. Ce fut pour les enfants pauvres de ces colonies que M. Hyde de Neuville parvint à créer, sous le nom d^Economical School, une école qui réunissait, au commencement de 18 10, plus de deux cents élèves... Un dès élèves de VEconomical School fut le jeune Ricord, dont la mère chargée de deux enfants se trouvait parmi les réfugies français aux Etats-Unis. Le docteur Ricord, dont la haute réputation et le génie médical sont connus universellement, était Taîné de ces enfants. Le baron Hyde de Neuville, devenu ministre de France en 18 16, sur cette môme terre qui avait été pour lui celle de Texil, retrouva le jeune Français, si digne de son intérêt. Il lui facilita son retour en France et le suivit, dès lors, avec une affection toute paternelle. Le baron Hyde de Neuville, après de longues années, allait chercher son jeune protégé dans le somptueux hôtel de la rué de Tournon, où le docteur Ricord a réuni des chefsd'œuvre de Part ancien et moderne, a Que de magnificences, mon cher ami, je me perdais dans votre palais, dit-il en apercevant le docteur. — Comment cela se peut-il ? reprend Ricord, c'est vous qui Pavez bâti. » — Mot charmant que nous couronnons par

celui que proférait M. Hyde de Neuville, sur srni lit de mort, lorsque le docteur, lui prodiguant ses soins, lui rappelait, les larmes aux yeux, Padoption dont il l'avait entouré dès son jeune âge. — « Qui ne vous aurait adopté, mon ami ï » — Paroles touchantes de deux âmes faites pour se comprendre. »

Dans V Appendice de ces Mémoires on trouve des documents relatifs à la communion de Marie-Antoinette à la Conciergerie, des papiers de l'agence royaliste et des lettres du général Moncey et du comte'de Bourmont, l. d.

Histoire da peuple anglais, par John-Richard Green, traduite de l'anglais par Auguste Monod, et précédée d'une Introduction par Gabriel Monod. Deux vol. in-8». Paris, 1888. Librairie Pion.

Nous appelons tout d^abord Tattention du lecteur sur le litre du livre que MM. Auguste et Gabriel Monod présentent au public français. Sans être très riche» de ce chef, nos bibliothèques, pourtant, ne sont pas absolument dépourvues d'ouvrages consacrés à l'histoire d'Angleterre. Si M. John-Richard Green, en son œuvre, n'avait étudié le sujet sous un nouveau jour; si cette œuvre n'avait d'autre droit à notre curiosité que son origine anglaise, peut-être, quelle que fût d'ailleurs sa valeur littéraire, jugerions-nous ce droit insuffisant. Mais il n'en est pas

ainsi, et le travail de M. J.-R. Grecn, au contraire, heureusement inspiré de l'esprit moderne, est absolument original. « Le but de mon livre, dit l'auteur dans sa préface, est défini par son titre même : c'est une histoire, non des rois anglais ou des conquêtes anglaises, mais du peuple anglais. » Il nous fait donc le tableau de la formation du peuple anglais prise et , suivie dans tous ses développements, depuis son exode de la patrie primitive, située au cœur de la péninsule qui sépare la Baltique de la mer du Nord et dont le petit territoire forme aujourd'hui le Sleswig, jusqu'à la chute de Napoléon, avec un Épilogue de quelques pages conduisant jusqu'aux réformes qui amenèrent le renversement du cabinet libéral, en 1874, et le remplacement de M. Gladstone par M. Disraeli comme président du Conseil. Eh bien, en ces deux tomes compacts, l'historien passe rapidement sur les détails des guerres et des négociations, sur les aventures personnelles des rois et des nobles, sur les fêtes des cours ou les intrigues des favorites ; il s^appesantît de préférence sur les incidents du développement constitutionnel, intellectuel et social, qui nous font connaître l'histoire de la nation elle-même. C'est ainsi qu'il parle plus longuement du poète Chaucer que de Crécy; de Caxton, le célèbre imprimeur, que du conflit entre les maisons d'York et de Lancastre; de la loi des pauvres d'Elisabeth que de sa victoire à Cadix. A l'exception de la guerre de Cent ans, qui n'eut d'ailleurs que de funestes résultats, les guerres — dont le rôle est secondaire dans l'histoire réelle des nations européennes — jouent dans l'histoire d'Angleterre un rôle particulièrement insignifiant. Et, voilà pourquoi M. Green, qui mesure la place aux gloires de Crécy, la fait très large aux maux et aux misères qui ont inspiré les vers de Langland et les prédications de Bail. Par contre, jamais II n'a manqué à s'étendre sur les victoires pacifiques. Il n'hésite pas à faire figurer parmi les exploits des Anglais la Faërie Queen de Spencer et le Novum Organum de Bacon ; il place Shakespeare parmi les héros du siècle d'Elisabeth, met les investigations scientifiques de la Société royale en parallèle avec les victoires de Cromwell, et s'occupe avec une égale sollicitude des figures traditionnelles de l'histoire politique et militaire et. de personnages dont les historiens ont d'ordinaire peu de souci : des prTfdicateurs, des poètes, des imprimeurs, des négociants et des philosophes. Considérant qu'en Angleterre, plus que partout ailleurs, le progrès constitutionnel a été la conséquence du développement social, il s'applique à montrer pour toutes les grandes crises — tellas que la révolte des paysans ou la formation de la monarchie des Tudor — à quel point rhistoire politique est déterminée par les évolutions sociales; et il apporte le même soin scrupuleux à noter les progrès religieux, intellectuels et industriels de la nation elle-même. Nous en avons dit assez pour mettre le lecteur à même de constater l'originalité des points de vue où s'est placé M. Green pour écrire cette Histoire du peuple anglais. L'Introduction dont M. Gabriel Monod a fait précéder la tra-

duction française — elle-même très remarquable — est un chapitre de critique littéraire et de biographie auquel la mort prématurée de J.-R. Green communique une émotion particulière ; mais cette introduction est aussi un morceau d'histoire des meilleurs, où trouvent place les vues politiques les plus élevées, en même temps que les considérations les plus sages sur l'entente de l'Angleterre et de la France, également nécessaire à la prospérité de Tun et de l'autre peuple.

L'AssasBinat du maréohal Brune : Épisode de la Terreur planche, par le commandant Vermeil de CoucHARD. Un vol. in-8®. Paris, 1888. Librairie Perrin.

Tous les partis comptent de ces pages néfastes qu'ils voudraient arracher de leur histoire, mais en vain; elles y demeurent comme une souillure indélébile : tel est le meurtre du duc d'£nghien, tel l'assassinat du maréchal Brune. Le souvenir de l'un et de l'autre crime a été récemment évoqué par deux historiens qui ont apporté de nouvelles clartés sur la partie des faits restée obscure. Nous avons déjà parlé du livre que M. Henri Welschinger a consacré à la première des deux victimes. C'est M. le commandant Vermeil de Couchard qui fait aujourd'hui la lumière sur le sinistre épisode de la Terreur blanche dont Avignon fut le théâtre. L'auteur prend les faits au moment où le général en chef de l'armée du Var part de Toulon, dans la nuit du3i juillet au i^'août i8i5> pour aller rendre compte au roi Louis XVUI de la mission qui lui avait été confiée par l'empereur, et le conduit jusqu'au terme du drame, dans le décor de la poste aux chevaux, sur la place de la Comédie, à Avignon, le 2 août. Le récit est écrit avec une sobriété qui laisse à l'action toute son éloquence et par conséquent son émotion. Mais le livre se poursuit, au delà du récit, dans une suite de pièces non moins émouvantes où se trouvent retracés tous les incidents de la lutte interminable que la maréchale eut à soutenir contre la crainte qu'inspiraient dans le pays les assassins de son mari, connus de tout le monde. Cette lutte dura près de six ans et se termina par un arrêt de la cour d'assises du Puy-de-Dôme, à la date du 19 mars 1821, condamnant à la peine de mort ce Guindon dit Roquefort, qui payait pour les vrais coupables. — L'ouvrage très complet de M. le commandant Vermeil de Couchard est publié sous les auspices du Cercle militaire.

La Vendée angevine : les Origines, l'Insurreotion (janvier 1789 — 31 mars 1793), d'après des documents inédits et inconnus, par Célestin Port, membre de l'Institut, archiviste de Maine-et-Loire. Deux vol. in-8*». Paris, i888. Librairie Hachette.

C'en est fait! la catholique Vendée : invention de rapsodes en prose ; la Vendée monarchique : légende vide ou peuplée seulement de fantômes et de songes; et les héros vendéens, « les derniers héros » comme les appellent les Concourt dans leur Journal : tradi-

tions factices, créations d'un idéal d'ignorance, entretenues par la routine, propagées par des publica* tions insipides quand elles ne sont pas méprisables; et les hauts faits de ces preux : compilations d'orateurs en retraite, de bourgeois lettrés, de dames studieuses essayant, comme par manière de déclamatioa à la romaine, sans doute, de peindre leur Vendée. De cette légende, « qu'exploitent, après l'avoir créée, les habiles, » il faut faire son deuil, après avoir lu les deux volumes de la Vendée angevine, si l'on accepte les conclusions de l'auteur £t l'on doit les accepter ou bien prendre sa part des aménités dont j'ai cité quelques exemples et que M. Célestin Port réserve à ceux qui ne partagent pas son opinion. Car il a le langage rude, M. l'archiviste de Maine-et-Loire ^ il est prompt aussi à s'alarmer et, de même, à accuser. Prévoyant la contradiction, — comme il est facile de la prévoir, — M. Célestin Port confie au public qu'après avoir longtemps répugné à publier ce livre, quand il eut résolu de le faire, la presse ne roulait pas encore qu'il se sentait « tout enveloppé déjà de menaces sourdes et de misérables entraves ». « Quelle pitié ! » ajoute-t-il. Quelles singulières insinuations ! dirons-nous ; mais c'est affaire qui ne nous regarde point. Ce qui intéresse le lecteur, c'est de ^ connaître la marche suivie par l'auteur. Le dépouillement d'une s^rie de documents inconnus, déposés aux archives d'Angers, lui a donné, paraît-il» une notion (M. Port dit une a entrevue »] du pays, des mœurs et des habitants contraire à l'idée généralement acceptée à ce sujet. En outre, il a trouvé dans la découverte inespérée des Cahiers des paroisses U révélation des véritables sentiments de la population, ' se traduisant par « l'applaudisement inouï de 1789.» En dernier lieu, la rencontre et la réunion, au cours des ans, de pièces originales, rapports, lettres, dépo* sitions de témoins et d*acteurs du drame, lui ont d'abord donné l'éveil et finalement inspiré la conviction que tout ce que l'on avait écrit sur la Vendée était faux. C'est ainsi qu'il disculpe le clergé d'avoir soulevé la guerre civile. Le clergé n'avait pas sur les paysans une autorité morale suffisante. Le soulèvement a été engendré par l'excès des charges financières, par l'impôt du sang et autres maladresses des pouvoirs publics lointains, perfidement exploitées par la conjuration incessante des gentilshommes émigrés. Le clergé n'a rien fait qu'attiser le feu. — Au premier rang des légendes dont M. Célestin Port fait table rase est celle de Cathelineau; aux fantômes acceptés par notre crédulité, il espère avoir substitué et avoir « ramené sous le soleil, en pays ami, des hommes comme nous, ayant âme et figure humaines. » — Nous attendons les répliques.

Mabillon et la Société de l'abbaye de Saint- Germain des Prés à la fin du XVII« sièole, 1654-1707, par Emmanuel de Broglie. Deux vol. in-8«. Paris, 1888. Librairie Pion.

« Vers la fin de 1664, o" eût pu voir, se dirigeant du côté de l'imposante abbaye de Saint-Germain

des Prés, un jeune religieux couvert de la robe noire des bénédictins; sur sa figure douce et bienveillante se lisaient déjà les traces de la souffrance et du travail. Portant sur son dos, comme la règle le voulait, Je sac qui contenait son mince bagage, le moine s'avançait avec la démarche tranquille et grave qui convenait à son état. Il traverse le quartier, alors désert et peu habité, qui environnait Timmense enclos occupé par Tabbaye, dont les divers bâtiments entouraient irrégulièrement l'église principale, seule aujourd'hui encore debout et à sa place... » — N'est-ce pas, cela, un joli début'de roman historique à la façon de Dumas père. Il n'en est rien pourtant, ces lignes sont les premières d'un livre qui porte le titre sérieux placé en tête du présent article, mais le livre, en lui-même, est moins sévère que son titre. L'idée de l'ouvrage est vraiment ingénieuse, bien peu commune et trahit, en même iemps que le culte élevé des lettres, une pensée de charité très particulière, fort noble aussi, une évidente et bien délicate intention de posthume charité littéraire.

Dans le rayonnement des grandes gloires du xvii* siècle, nos yeux éblouis ne distinguent plus tout un groupe de savants et d'érùdits brillant d'un moindre éclat sans doute, mais laborieux et spirituels, une société nombreuse d'hommes éminents, d'esprits solides, utiles, qui, pour vivre un peu dans l'ombre, n'en déployaient pas moins une activité intellectuelle des plus fécondes, en échange constant de relations d'idées, de correspondances, de livres, non seulement d'un bout à l'autre de la France, mais encore à l'étranger, aux quatre points cardinaux de la rose des vents scientifique. Ce monde à part, peu connu de la cour et de la ville, cette élite de modestes et « rudes ouvriers littéraires » poursuivait un but commun. Découvrant, interprétant, publiant les textes des anciennes chartes, des manuscrits antiques, ces documents des vieux âges « qui sont comme le fpndement de notre histoire », ils posaient les fondations solides de la moderne érudition littéraire et historique. « Travailler à arracher au passé son secret, faire avancer la science, c'est là leur mission, Ieur*vo4ationy et ils s'y enferment sans regret, sans aspiration autre, même avec un certain sentiment de fierté et la conscience de travailler ainsi efficacement à la grandeur du pays. »

Eh bien, c'est à cette société d'honnêtes gens tombés dans l'obscurité que M. Emmanuel de Broglie a consacré les deux volumes qui nous occupent. Ce monde très peu connu, qu'il veut replacer dans la lumière qui lui est due, c'est autour de Mabillon, l'illustre bénédictin, qu'il le met en mouvement. Et le défilé de ces esprits libres et de gens d'esprit, de vrais savants modestes et de pédants vaniteux, gens d'église pour la plupart, mais tous également animés d'une bonne foi, d'une indépendance de jugement indiscutables et qui frappent, ce spectacle, disje, est vraiment des plus attachants, parfois même fort amusant dans l'élégant récit de M. Emmanuel Broglie. Il est fait pour attirer et retenir tous ceux qu'intéresse l'histoire morale du passé.

Nous avons cité les premières lignes de l'ouvrage, nous citerons en terminant quelques-unes des dernières ; elles complètent le portrait du grand bénédictin que nous avons vu arriver jeune homme à Paris : a L'aimable et douce figure de Mabillon, à moitié cachée sous son noir capuchon, conserve, malgré la distance des temps, malgré son austérité toute monacale et l'uniformité d'une vie dont rien ne vient troubler le perpétuel labeur, un attrait singu* lier. Ce moine à Tardente piété, qui se trouve être en môme temps l'un des plus grands érudits des temps modernes ; cette candeur de l'àme jointe à de si puissantes facultés intellectuelles ; ce cœur d'enfant chez le critique qui pose d'une main ferme les règles de la science la plus délicate ; tout ce mélange de qualités diverses dans le cadre grandiose de la vie religieuse du xvii® siècle, ne forme-t-il pas un ensemble plein d'originalité et de noblesse, dont la vue élève et fortifie ? » — L'image me semble parfaite, complète en ces quelques traits choisis avec beaucoup d'art et groupés, retracés avec un égal talent. Elle montre Thomme; on le voit à ne plus l'oublier; elle le fait admirer et aimer.

La Maison du Temple de Paris : Histoire et Description, avec deux planches, par Henri de CuAZON. Un vol. in-8*. Paris, i8S8. Librairie Hachette.

Archiviste aux Archives nationales, M. Henri de Curzon tient sous sa main tout ce qui subsiste de cette Maison du Temple et de son Enclos dont il ne reste plus pierre sur pierre, c'est-à-dire qu'il dispose des archives mêmes du Temple qui ont été recueillies dans notre grand dépôt national. Â Taide de ces précieux documents, formant encore, malgré des pertes nombreuses, un ensemble considérable, il a retracé l'histoire de l'illustre établissement religieux et seigneurial qui, pendant près de sept siècles, exerça .une si grande influence autour de lui, sous les deux ordres du Temple et de l'Hôpital qui l'ont tour à tour occupé. L'auteur a mis une sollicitude particulière à restituer et à' décrire les principaux édifices qui composaient la Maison, Au préalable, il consacre un chapitre au personnel : chevaliers, religieux et laïques, et à la vie copventuelle. C'est dans lé* second chapitre qu'il aborde la question archéologique jusqu'à présent négligée par les historiens. Ce chapitre est donc le plus neuf, partant, le plus intéressant de l'ouvrage. Il décrit donc l'Enclos du Temple et les monuments conventuels : l'Église ancienne : la Rotonde, ses chapelles, tombeaux et sépultures, son mobilier et sa décoration; puis les autres chapelles de l'Enclos; — ensuite le Donjon : la Grosse Tour, la Tour de César, le Colombier ; — enfin le Couvent et son Cloîtré, le Palais prieural, les jardins, fontaines et murailles de l'Enclos. Deux planches accompagnent cette description : l'une est le Plan de l'église, restitué par M. de Curzon ; l'autre a l'Église du Temple de Paris, veûe de sa principalle porte », reproduction d'une ancienne gravure.

La seconde partie du livre montre le mécanisme * de l'Administration intérieure : ses privilèges en matières ecclésiastique, financière et domaniale; ses droits de justice et de voirie; le développement de son domaine et de ses finances. — Une troisième et dernière partie est consacrée aux Relations extérieures : aux hôtes du Temple, aux séjours des rois, des princes, etc. ; au trésor royal et aux dépôts des particuliers, à la prison d*État et de ville, aux habitants de ^Enclos, à Pasîle et au commerce, aux franchises et métiers qui s'exerçaient dans Tcnceinte du Temple. M. de Curzon publia enfin en appendice la Censive du 'femple, c'est-àdire le très curieux état de toutes les rues de Paris dans lesquelles la Maison a possédé quelque terre ou hôtel et exercé quelque droit. Ce document, dans sa sécheresse apparente, est peut-être un des plus vivants du volume, celui qui parle le plus à l'imagination. On y revoit tout le vieux Paris en mouvement. En outre, a nos édiles » pourraient le consulter afin d'y apprendre le vrai nom de certaines rues grossièrement défiguré et le rectifier: telle la rue Galande, qui va de la rue du Petit-Pont à la place Maubert et qui reçut son nom de M»' Guillaume de Garlande; ce prélat fit, en 121 6 et en 1224, donation au Temple de biens qu'il possédait dans cette rue, si môme il

ne la possédait toute. — Le livre est plus facile à parcourir qu'à lire, car M. de Curzon s'interdit sévèrement d'ajouter la moindre grâce de style à la nudité du document. e. g.

L'Empire byzantin et la Monarchie Aranque, par

A. Gasquet, professeur d'histoire à la Faculté des lettres de Clermont-Ferrand. Paris, Hachette . et C'% 1888. Un vol. in-8^

Ce gros ouvrage prend l'empire au moment où il se transfère décidément à Byzance et du latin devient grec. On croit assez généralement que la conquête franque en Gaule n'a rien à faire avec l'empiré romain, et que, si les deux pouvoirs sont entrés en relations, ce n'a jamais été que comme ennemis, le barbare battant et chassant le civilisé. On sait bien que les rois francs ont reçu de Byzance des titres et des insignes; mais cela ne compte pas dans la vue d'ensemble qu'on sç fait de l'histoire, et l'on n'y attache pas beaucoup plus d'importance qu'on en attacherait à quelque marque honorifique dont il aurait plu à Soulouque d'investir Napoléon !«'• En quoi Ton se trompe, comme le démontre savamment et en détail M. Gasquet. Il reconstitue avec infiniment de patience et d'érudition, « la suite des relations diplomatiques qui ont uni, pendant des siècles encore après la chute de l'empire d'Occident, la Gaule franque au vieil empire romain. » Les conquérants barbares, directement en lutte avec le patrice italien et ses troupes, dès qu'ils l'eurent réduit à l'impuissance, se tournèrent vers Constantinople. Ils s'avouèrent vassaux pour éviter d'être réclamés comme sujets. D'un autre côté, les populations de langue romaine acceptèrent plus volontiers la domination d'un

dignitaire romain qu'elles n'auraient fait d'un roi barbare, a Ce compromis, dont l'étrangeté contrarie nos habitudes de netteté et de précision (l'auteur est-il bien sûr que l'histoire de l'avenir n'en pourra pas dire autant de plus d'un compromis accepté de nos jours f), était alors commandé par d'impérieuses nécessités... . Il ménageait habilement la transition entre le régime de la domination directe de l'empereur et la pleine indépendance des souverains baibares. » Le rôle de l'Église dans tout cela fut capital. M. Gasquet le dégage et le caractérise avec une grande netteté. Il fait voir fort bien que l'histoire politique se confond en ces temps avec l'histoire religieuse, et qu'il n'a fallu rien de moins qu'un schisme, celui de Photius, pour consommer entre l'Orient et l'Occident une séparation que tout rendait nécessaire. En effet, a croire que par le couronnement de l'an 800, un empire nouveau fut fondé en antagonisme avec l'empire d'Orient, si bien que l'unité du monde chrétien dût en paraître détruite, c'est prêter aux hommes du IX* siècle des intentions et des idées politiques dont ils étaient fort éloignés et dont il n'existe do trace dans aucun document contemporain. Le principe de l'unité de l'empire ne fut pas un instant mis en question. Charlemagne prit le titre» d'empereur, parce qu'il considéra le trône comme vacant depuis la mort du fils et du pupille de l'impératrice Irène. Quand il s'aperçut de la solidité de la domination d'Irène à Constantinople, il s'arrêta à la pensée d'un mariage «vec la vieille souveraine, qui eût confondu sur leurs têtes les droits de l'Orient et de l'Occident. » Plus tard, lorsque Irène eut été détrônée par Nicéphore, la politique de Charlemagne aboutit, après dix ans, à reconstituer l'unanimité, c'est-à-dire l'unité en deux personnes de l'empire, sur la base de l'orthodoxie chrétienne représentée par l'évéque de Rome.

En résumé, c'est l'histoire' de l'idée impériale, héritée de Rome et modifiée par le christianisme, que M. Â.Guasquet, a pour employer ses propres paroles, suivie dans son évolution à travers cinq des siècles les plus obscurs et les plus imparfaitement connus de notre histoire. Ces études se proposent de mettre en présence, en montrant les résultats de leur action commune, les trois grandes puissances du premier moyen âge: l'empire byzantin, la papauté et la monarchie franque.

Tel est le programme de l'auteur. Il l'a rempli, et il peut se rendre cette justice d'avoir fait le possible pour, en quelques points, modifier « des idées, ou trop vagues, ou décidément erronées. »

Cola di Rienzo. Histoire de Rome de 1342 à i354, par Emmanuel Rodocanachi, membre de la Société des études historiques. Ouvrage orné de six gravures hors texte et de dix-neuf vignettes, accompagnées d'une carte et de deux lettres inédites de Cola di Riento. Paris, A. Lahure, 1888. Un vol. in-S®. — Prix : 7 fr. 5o.

Ce gros volume, consacré au dernier tribun de Rome, est une monographie consciencieuse, qui, si elle

De nous apprend rien de bien nouveau, réunit et concentre les notions épaVses dans une foule de grands ouvrages ou de mémoires spéciaux sur l'histoire italienne à cette époque. Uauteur s'est conformé rigoureusement à l'ancienne définition suivant laquelle l'historien narre et ne prouve pas. Ce n'est pas qu'un enseignement ne ressorte de son récit; mais il ne l'en dégage pas lui-même, et si, dans le courant de la narration, il apprécie, par une brève réflexion ou une épithète, les caractères et les faits, il ne s'ar-

rête pas à discuter ni à formuler un jugement. Le livre n'y perd rien en intérêt pour le lecteur, au contraire. Nous sommes un peu déshabitués de cette manière d'écrire l'histoire. Elle a bien ses qualités, et tous ceux qui ouvriront l'ouvrage de M. Emmanuel Rodocanachi en conviendront avec moi.

Je ne parle pas des gravures dont le texte est orné. La charité me le défend. Il y a une bonne carte; mais il n'y a pas d'index, ce qui est fort à regretter.

Les Artistes oélèbres : Gavarni, par Eugène Fougues. Paris, 1888. Librairie de l'Art.

L'exposition de la caricature française au xix* siècle a fait tout à coup surgir à la devanture des libraires de nombreuses publications spéciales où le sujet est traité, soit dans son ensemble, soit sous la forme de biographies isolées. Parmi ces dernières, l'une des plus intéressantes est celle que M. Eugène Forgues a consacrée à Gavarni. Je dois dire, cependant, que cette étude n'est pas née de la circonstance, car elle était annoncée depuis longtemps pour paraître dans la série des Artistes célèbres, publiée par la librairie de TÂrt, sous la direction de M. Eugène Mûntz, et elle est datée de 1887. L'auteur porte un des beaux noms de la période romantique; il est le fils d'Emile Forgues, du spirituel Old Nick qui fut l'un des plus anciens amis de l'artiste; et leur amitié ne fut interrompue que par la mort. L'étude de M. Eugène Forgues est biographique plutôt que critique ; ce qui lui donne une valeur toute particulière, c'est une suite de lettres adressées au père de M. Eugène Forgues par Gavarni, aux époques les plus diverses de sa vie, et encadrées à propos dans le récit. L'illustration a été choisie également avec un goût parfait pour nous faire assister à la naissance, au développement et à la merveilleuse floraison du talent de Gavarni ; « floraison merveilleuse », disons-nous : Que le premier dessin de Gavarni, en effet, l'intérieur de sa chambre à Tarbes en 1826, ce maigre trait d'arpenteur-géomètre soit sorti de la même main que Thomas Vireloc^ue, ce chef-d'œuvre, cela passe l'imagination. Quand l'on a comparé ces deux extrêmes, on se sent à jamais impuissant à condamner une jeune vocation sur ses débuts.

Les Prinoesses artistes, par Antont Valabrègue. Un vol. de la Collection bleue. Paris, 1888; A. Dupret, éditeur.

M. Antony Valabrègue est un de ces curieux, un de ces voyageurs à travers le monde artistique qui

ne fréquentent pas volontiers les grand'routes. Avec le même parti pris que des chemins battus, il se tient à l'écart des capitales, des cités illustres; de préférence, son goût discret et délicat le conduit aux sentiers à peine frayés .de l'histoire de l'art, aux retraites oubliées ou dédaignées par les globe-trotters de la critique. De. ces promenades de découverte, nous gardions déjà le souvenir d'une intéressante monographie de Claude Gillot, le maître de Watteau. D'une récente excursion dans la banlieue de l'École française, M. Antony Valabrègue, aujourd'hui rapporte une aimable trouvaille, ce gracieux sujet des Princesses artistes : princesses de la maison de Bourbon, depuis Marie de Médicis, jusqu'à la mélancolique figure de Marie d'Orléans — qui a laissé à Versailles la touchante statue de notre Jeanne d'Arc, — et, plus près de nous, contemporaine de l'heure actuelle, la princesse Blanche d'Orléans qui, en l'hôtel Czartoriski (l'ancien hôtel Lambert) peint de grands tableaux pour l'église Saint-Louis-en-1'Isle, sa paroisse; princesses aussi de la famille impériale, depuis l'une et l'autre impératrice, en passant par l'exquise et honnête figure de la princesse Charlotte, fille de Joseph, veu^e du frère aîné de Napoléon III et pour qui, fou d'amour — elle ne méritait pas d'être l'objet de la sinistre aventure — se tua Léopold Robert, jusqu'à deux autres princesses dont le nom figure, en tête du livret du Salon, sur la liste des artistes récompensés par le jury : M"'*' la princesse Mathilde, n^édaillée au Salon de i865 et la jeune princesse Jeanne Bonaparte, dont le talent très ferme, très consciencieux comme grandeur, a été reconnu par une mention honorable en 1886. Le portrait de M™* la princesse Mathilde est l'un des plus importants deJa série; à ce titre, un des plus complets et très exact. L'auteur de ce gracieux volume ayant çà et là parlé de quelques princes également artistes, nous regrettons qu'il n'ait pas trouvé l'occasion de placer le nom du prince impérial qui était merveilleusement doué en ce sens et qui a laissé non seulement des dessins mais aussi des morceaux de statuaire — à l'état de maquette, il est vrai — d'un sen-

tixnent d'art et d'un mouvement remarcjuables. M. Antony Valabrègue consacre un curieux troisième et dernier chapitre aux princesses étrangères. Les premiers pourtant nous touchent davantage.

Les peintres et les dessinateurs de la mer : Léon et Armand Paris, par MM. Tamiral Paris et L. DE Veyran. Premier fascicule, grand i&-8<>. Paris, 1888; Dupret.

L'amour de la mer, l'intelligence de ses beautés, la séduction qu'elle exerce sur Pâme moderne ne datent réellement que de ce siècle et non du commencement du siècle. C'est plus tard, quand on fut tombé dans le calme plat qui succéda aux commotions tragiques de la révolution et de l'empire, quand les esprits traversèrent cette crise morale si admirablement analysée par Alfred de Musset aux premières de la Confession d'au enfant du siècle. C'est alors seulement que Pâme moderne s'ouvrit aux émotions de la mer. Un concours de circonstances favorables contribua singulièrement aussi à développer et à propager cet amour de la mer : les séjours pério-

diques de la duchesse de Berry à Dieppe, d'Alphonse Karr à Étretat, l'action des romanciers, celle des peintres, la facilité accrue des voyages. Sans poursuivre davantage l'enquête sur les origines et les causes de ce goût devenu une vogue, puis une mode, puis une habitude sociale, on peut dire que l'amour et l'intelligence de la mer sont une conquête, un legs du romantisme, comme l'amour et l'intelligence de Shakspeare et de la musique. C'est pourquoi toute publication qui nous entretiendra de la mer, des choses de la mer ou no^s les montrera, ira droit à notre cœur, et c'est pourquoi le succès est promis d'avance à l'ouvrage dont M. l'amiral Paris a pris la direction avec une si haute compétence : Les peintres et les dessinateurs de la mer, dont nous avons sous les yeux le premier fascicule» Cette première partie reproduit des dessins et des eaux fortes de MM. Léon et Armand Paris, lieutenants de vaisseau. Celui-ci s'attache à nous montrer le navire en ses évolutions les plus variées; Pautre au contraire ne s'occupe que de ce qui se passe à bord et dessine les scènes de la vie maritime avec une verve et une précision remarquables. Nous suivrons attentivement le cours de cette intéressante publication. e. c.

N:^Sk^

GÉOGRAPHIE '*- Voyages — Mœurs et Coutumes ' —

Les Français dans les îles de la Manohe {lies An glo- Normandes}, par Aristidb et Charles Fré- MiNB. Un vol. in-8^ carré, illustré, de la Bibliothèque coloniale et de voyages; Paris, A. Picard et Kaan, '1888. -- Prix : 2 fr. 5o

La bibliothèque coloniale comptait déjà uti certain nombre de volumes, les Français au Canada, les Français en Ama:çonie, les Français à Obock, les Français à Madagascar, les Français en Guyane, les ejcplorations de Paul Soleillet en Afrique, Origines de la conquête du Tonkin^ Nos explorateurs en Afrique; auteurs : MM. Chalamet, Coudreau, de I^voyre, Fernand Hue, et pour les quatre derniers volumes, M. Jules Gros. D'autres volumes sont annoncés comme étant en préparation : les Français au Cambodge, les Français en Tunisie, les Français au Sénégal, les Français en Algérie, D'autres encore suivront. Tous ces travaux de. librairie ont et auront leur utilité. Sous l'empire de certaines passions, des partis d'opposition ont souvent nié que nous fussions capables de coloniser; ils le niaient il y a quelque cent vingt ans, ils l'ont nié en i83o et hier encore; or à lire les divers volumes de cette bibliothèque, la jeunesse de nos écoles apprendra que ni l'esprit d'entre-

prise, ni le courage, ni la persévérance, ni tant d'autres qualités n'ont manqué aux Français. D'entre les volumes publiés, — ne parlons que de ceux-là, — il en est un, toutefois, qu'il faut mettre à part : celui qu'ont donné MM. Frémine. .

L'ouvrage ne présente pas, certes, cette sorte de mérite que nous avons dite; il ne saurait être tenu pour travail utile. Au reste, l'histoire de la colonisation française et l'histoire des îles, de la Manche sont deux histoires distinctes : les îles de la Manche sont soumises, si l'on veut à un protectorat, et, ce protectorat, ce n'est pas nous qui l'exerçons. Mais l'ouvrage n'est pas seulement intéressant à cause du sujet traité, — qui ne tournerait pas sans quelque émotion ces pages où il est parlé de la conquête, de l'occupation souvent disputée de ces îles normandes! ^ il est intéressant encore, ^ les lettrés ne manqueront point de s'en apercevoir, — pour les qualités de style qu'il laisse discrètement paraître. Les Français dans les fies de la Manche sont un livre écrit.

MM. Frémine ont souvent abordé ces îles qu'ils

aiment jalousement, souvent ils les ont visitées; ils ont mis le pied sur ces rochers dont on parlait il y < trois ans, dont on parlait hier à la Chambre des Communes, ils connaissent les Ecréhan et les Min-

CRITlQUfc LITTÉRAIRE DU MOIS

quiers. Ils se sont enquis des événements dont l'archipel a été le théâtre, ils ont puisé des renseignements très complets aux sources les plus sûres, et après nous avoir fait jeter un coup d'oeil sur le groupe des îles et îlots, après nous avoir parlé du cataclysme de 709, ils ont pris à tâche de résumer en toute simplicité, les notes patiemment prises. Ils sont demeu- ' rés écrivains se faisant historiens. Leur récit a de Tallure, il trahit le mouvement de leurs propres passions: nulle part, à aucune page, le procédé ne se laisse découvrir, et leur phrase, c'est eux vivant la vie des gens de guerre ou des aventurière quand régnent Robert le magnifique et Guillaume le conquérant, quand Philippe-Auguste conquiert la Normandie, quand luttent et bataillent tant de braves gens avant et après Jeanne la pucelle, et plus tard, bien plus tardj lorsque Rullecourt, ce capitaine de qui Claretie a conté l'entreprise, quittait Granville pour reprendre nos îles, c'est eux, avec leurs passions, c'est eux, avec leur âme de poète.

Avant l'exposé des faits historiques qui comprend sept chapitres, un premier chapitre consacré à la géographie de l'archipel, — des renseignements géologiques, des renseignements touchant le climat, — et lux dernières pages du livre, dans un dernier chapitre des considérations sur le caractère et les mœurs des insulaires, sur l'organisation administrative, judiciaire, politique. Ce jugement : les îles viendraient à être rattachées à notre territoire qu'il nous conviendrait de ne modifier en rien cette organisation consacrée par les siècles.

Le livre est pour nos enfants. Il est pour nous également. F. G.

L'Islande et l'archipel des Féroé, par le D' Henry Labonne. Un vol. in- 16, orné d'une carte et de 57 gravures. Parjs, 1888. Librairie Hachette.

Les régions arctiques, comme l'Afrique centrale, comme les parties encore difficilement accessibles de la terre, exercent sur la curiosité de l'homme Une fascination qui ne saurait se prolonger désormais bien longtemps encore. Déjà le cap Nord, à l'extrémité la plus reculée de la péninsule Scandinave, est devenu un but de « voyage de vacances » adopté par la mode. On y va par trains de plaisir. — D^autre part, Nordenskiold, le célèbre voyageur suédois, a parcouru ùi révélé à la sience la partie centrale du Groenland; et voici M. le D' Henry Labonne qui entend ne plus nous laisser rien ignor^er de Tlslande ni de l'archipel des Féroé.

C'est Reykjavik, la capitale, qui naturellement l'arrête d'abord, puis le curieux phénomène des Geysers lançant vers le ciel leurs colonnes d'eau bouillante, et l'Hékla, le célèbre volcan, dont il fait l'ascension. Au nord, il nous fait vivre en compagnie des rennes, des phoques, des renards bleus; et, au sud, il nous fait assister à l'ingrat labeur à travers mille périls de nos pauvres et vaillants pêcheurs d'Islande. Et ce passage du nord au sud parmi d'affreux déserts ne s'effectuerait pas sans le secours du poney islan-

dais, ce merveilleux ami dont le D' Labonne parle en termes attendris véritablement touchants. Mais les habitants aussi de ces contrées sauvages savent se faire aimer, pour peu que l'on partage leur vie aux mœurs primitives et patriarcales pendant la nuit de sept mois que l'on passe enfermé dans l'intérieur des bars, A ces descriptions tracées d'une plume alerte et pittoresque, le O' Labonne a voulu joindre un ensemble de documents plus précis encore. La plupart des 57 gravures qui accompagnent son récit ont été exécutées d'après des photographies qu'il a prises luimême en présence des spectacles grandioses dont elles fixent le souvenir.

Voilà donc, avec sa carte, un très bon livre de plus dans la collection des Voyages illustrés.

La seconde Expédition suédoise au Groenland (l'Inlandsis et la Côte orientale), par A. E. Nordenskiold, entreprise aux frais de M. Oscar Dickson, traduite du suédois par Cl^arles Rabot. Un vol. grand in-octavo contenant iSg gravures sur bois et 5 cartes hors texte. Paris, 1888. Librairie Hachette.

La relation du Voyage de la Vega autour de PAsie et de V Europe, antérieurement traduite par M. Ch. Rabot, avait dc'jà popularisé en France, dans le monde savant, le nom du célèbre voyageur suédois; on le vit bien à l'accueil que lui fit la Société de Géographie lorsqu'il vint à Paris, il y a un an ou deux. Désormais les faits et geste^ et récits du baron Nordenskiold ont le privilège de fixer l'attention et les sympathies du public français, et à juste titre. La Seconde Expédition suédoise au Groenland, en efiet, i.ustifie en la confirmant la haute opinion que les nombreux lecteurs du Voyage de la Vega avaient conçue déjà de Taudacieux explorateur des régions arctiques. Il faut le dire, les résultats de la nouvelle expédition que la libéralité du baron Oscar Dickson lui permit d'entreprendre, réalisent si même ils ne les dépassent,ceuxque pouvait ambitionner un voyageur en un tel pays dont le climat, les brumes et les glaces rendent l'accès si incertain. Et c*est précisément cette lutte contre les éléments qui fait l'émotion et la vie du récit et de son heureux dénouement. Car Nordenskiold, le premier — depuis, dix siècles que Eric-le- Rouge découvrit le Groenland — a osé s'aventurer et a pu pénétrer à l'intérieur complètement inconnu de la vaste péninsule, et pendant trente et un jours parcourir Vlnlandsis, c'est-à-dire l'un des immenses glaciers, qui recouvrent et empâtent d'une carapace cristalline certaines parties des terres polaires, et en particulier, croit-on, tout Tintérieur du Groenland. Cette exploration terminée — au prix de quels efforts ! — Nordenskiold réussit également à forcer la banquise qui bloque la partie orientale des côtes opposée à l'Islande et à jeter l'ancre dans une baie du littoral où, depuis trois cents ans, aucun navire n'avait mouillé. Il ne s'agit pas là, on le comprend, d'une puérile satisfaction d'amour-propre. Le vaillant explorateur de ces tristes régions y a retrouvé les traces

d'une faune e d'un lempa ai

d'une flore subtropicales, les vestiges e Groenland était une sorte de paradis

pâle, NordensfcioM rapporte des observations orii nales sur nombre de queslions géologiques non res lues encore. 11 nous parle enfin et longuement d'u peuplade du Groenland, les Eskimos (lie), •■ qui p

s naïves et se bonhomie s'est acquis la ifm-

t trop honorer 'ci relercier les homtnes comme M. Oicar Dickson doai inielligente générosité permet k un NardcDskiold e rendre de tels s

QUESTIONS POLITIQUES ET SOCIALES

L« Peuple allomand : aes Forces, ses Ressoaro«9, par Chakles GR«t>. député de l'Alsace an Reichstag. Un toI. in-i6. Paris, i8SS. Librairie Hachette.

Si U France — Di omen avenant; — est destinée i disparaiire du premier rang des grandes puissances dans un avenir plus ou moins prochain, nous n'aurons point i nous plaindre de n'avoir pas été avertis. On comptera, parmi tes avertissements les plus sérieux, le livre de M. Charles Grad, député de l'Alsace- Lorraine au Reichstag : Le Peuple allemand, ses [ forces, ses ressources. A raison Û6 son mandat législatif, en elTei, l'auteur étant tenu de suivre les aHaires I publiques de l'Allemagne, «es Informations s'imposent à la vigilance de nos hommes d'État avec une ' autorité eicepiionnelle. L'appel à la juste appréciation des choses est d'autant pins éloquent en cette étude que toute déclamation en est absente, que M. Ch. Grad s'abstient de conclure, qu'il s'en tient à l'exposé des forces du peuple allemand, de sa constitution, de son état social et de ses ressources matétérielles. Il abandonne au lecteur le soin de formuler les conséquences logiques de la situation. Il n'y a pas â se dissimuler qu'elles sont graves, chargées pour nous d'inquiétude; fût-ce dans le seul tableau dM nv^u'^'^mi-.nt comparatif de la population dans les

ditrérents États. Les chapitres consacrés aui forces militaires de l'Allemagne, à ses ressources lîscalei, i sa politique coloniale sont pleins de détails qui, s'ils ne sont pas absolument nouveaux, prennent une nouvelle importance à être rapproche's les uns detautrei. Le chapitre le plus neuf, qui nous révèle le défaut de la cuirasse du colosse, est celui où M. Charles Grad retrace l'histoire du mouvement socialiste. Certes, en France aussi le problème social est chargé démena- (antes incertitudes; mais nulle part, peut-être, la menace n'est-elle, de ce fait, plus formidable qu'en Allemagne.

En publiant le Peuple allemand, le dépoté de l'Atsace-Lorraine au Reichstag a donné un téniDignigc du culte fidèlement entretenu dans son cvur pour la patrie perdue. Mis en présence de faits d'une telle gravité, resterons-nous divisés, dispersant nos efforts dans les misérables luttes du jeu de bascule parlementaire, détournant nos regards du seul objectif qui devrait nous unir en vue du péril national! En ce livre sur l'Allemagne, qui donc est en que^ tion; Est-ce bien le peuple allemand? Non pss- Rappelons-nous, avec M. Grad, l'avis donné par Lope de Véga aux spectateurs frivoles dans le prologue d'un de ses drames : • Prenez-garde ! Il s'agit là de nous-mêmes. *

Sanunaire. — Institut, Sociétés savantes ; Nouvelles académiques. — Bibliotkëqubs publiques et hlivÉts, FRANÇAISES ET ÉTRANCÈws. — PUBLICATIONS NOUVELLES (Bibliographie du itioi». — Ouvrages signalés de ^étranger). — Publications annoncées ou eh pbéparation, tant en France qu'en europb. — Nouvelles LrTTÉRAiBBS DIVERSES : Miscttlanées. — Nécrologie des hommes de lettres et de science récemment décédés. — Oocuhents BiBLioGRAPHEiiUEs DiS MOIS T Sommalrg des périodiques français. — Principaux articles litti' raires parus dans la presse quotidienne.

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80CISTBS SAVANTES

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Un don de l'Etat à la Société de l'hifloire de la Révolution française. — M. G. Larroumet, direcicur des Beaui-Arts, vient, sur la proposition deM.Champ-

à la Société de l'histoire de la Révolution française 'e moulage de diT groupes de la période révolutionnaire de 1790 à 1793 symbolisant la Raison, la Force, la Fraternité, le» Venus civiques, l'Édocaiion du citoyen, la Liberté et l'égalité, etc. Ces groupes, attribués ao sculpteur Boizot, n'avaient jamais été moulés depuis le premier Empire. Un bas-relief représentant U table de la Constitution et des Droits de l'homme ■era joint b ce don, ainsi que les bustes de Marai, de Barra et de Viala, de U manufacture de Sèvres. C'eal ainsi qu'un fonds curieux cl inconnu s'ajoute à tous les sDuienirs historiques de la Révolution que recherche, pour en faire l'exposition aux Tuileries, en i88y, une Société composée d'hommes émineniB dans le Parlement, l'histoire, l'art, le journalisme, et qui a pour président d'honneur M. Carnot, président de s Républiqi

Travaux de la Société de Vhistoire de ta Révolution

~ M. Georges Meunier, aui

ur d'une remarquable

histoire de l'Europe et secret

ire de la Société, est

de la guerre, des re-

cherches sur la correspondanc

e des représentants en

mission.

CoHcoun à la Société historique littéraire de Paris, — Cette société propose des prix de î,6oo, 2,000 lit 1,600 fr. pour une monographie sur ks Rapports entre la Lithuanie et la Pologne dans les années i386-;56(f. Dernière date ; li. lévrier 1890.

La Société de géographie et l'Exposition. — Un congrès. — La Société de géographie de Paris a résolu de profiter de l'Exposition universelle de i88() pour réunir à Paris un congrès iniernationHl des sciences géographiques. Ce congrès se tiendra au mois d'aoili de l'année prochaine et sera divisé en sept sections.

Chaque société ferait é représente un exposé son iherches et des publical

ir pour le pays qu'elle ire des voyages, des r«- ; qui, depuis un siècle, progrés de la géogra-

L'Institut anthropologique à l'Exposition. — En réponse à une demande qui lui avait été adressée par la Société, l'École et le Laboratoire des Hautes Études d'anthropologie, M. Luckroy a décidé qu'un emplacement serait affecté, en 1S89, dans l'Exposition du ministère de l'instruction publique et des beaux-arts, à ces trois établissements scientifiques, que Broca désignait sous le nom d'Institut anthropologique.

Les bibliophiles rouennais.— La Société n de bibliophiles a distribué à ses membres les Satires inédites de Garaby de la Lujerne, publiées par M. Eugène de Beaurepaire. (Rouen, imp. Cagniard;

BTRAnOBR

Allema^e. — Un congrès de philologues. — Le congrès des Neuphilologen vient de se tenir à Dresde. A celte occasion, on avait organisé une exposition d'estampes, dessins et ouvrages de nature à faciliter l'intelligence de Shakespeare, de Walier Scott, de Burns, dii Molière et de Dante. La belle collection

dantesque du baron Lavelle formait une part importante de Texposition.

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Congrès géodésique der Sa l:^ bourg, — La France a été représentée au congrès géodésiqi^e international, qui s'est ouvert le 17 septembre à Salzbourg, par MM. Faye et Tisserand, membres de Tlnstitut et du bureau des longitudes, délégués du ministère de rinstruction publique, le colonel Derrécagaix, directeur du service géographique et le commandant Bassot, chef de la section géodésique, délégués du ministère de la guerre, et Lallemand, ingénieur des mines, secrétaire du comité du nivellement général de la France, délégué du ministère des travaux publics.

M. Lallemand y a fait une intéressante communication sur l'abaissement continu du soi de la France depuis quelques années.

Dessins originaux de Gœthe. — La Goethe-Gesellschaft va distribuer à ses membres un albjim de vingtdeux dessins dus à Gœthe lui-môme et accompagnes d'un texte par M. Ruland, le directeur du Musée national de Gœthe, à Weimar.

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Angleterre. — Onzième meeting de la Library Association, — La Library Association du Royaume- Uni a tenue sa onzième réunion annuelle le 4 et le 5 septembre, à Glasgow, sous la présidence du professeur Dickson. On a beaucoup remarqué le travail dont Mr. Ctaristie a donné lecture sur la bibliographie des Elzeviers. Signalons encore une découverte de Mr. Folkard, bibliothécaire de la Wigan Library, présentée k l'association par Mr. Blades : c'est un curieux petit traité, imprimé en 1699 sans nom d'auteur, ni date, ni lieu d'impression, et intitulé : An Overturefor founding and maintaining a Bibliothecke in every Paroch throughout Kis Kingdom, humbly offered to the considération of this Assembly.

Congrès géologique inter.uilijnal. — Ce congrès s'est ouvert à Londres, dans le théâtre de l'Universiié, Burlington Gardens, le 17 septembre dernier. La France y était représentée par MM. de Lapparent, Michel-Lévy, Gaudry et Gosselet. La langue officielle du congrès est le français.

Autriche. — Congrès de géologues et d'ingénieurs à Vienne, — 11 s'est ouvert, à Vienne, un congrès international de géologues et d'ingénieurs des mines, appelé Allgemeiner Bergmannstag ; quatre cents membres le composent. Plusieurs délégués représentent la France. La première feuille d'une carte géologique de l'Europe, de grandes proportions, a été soumise à rassemblée, qui est allée ensuite visiter l'exposition industrielle.

Belg'ique. — Une nomination à C Académie royale d*Anvers, — M. Henry Révoil, architecte de la cathédrale de Marseille, correspondant de rinstiiut, bien connu par ses nombreux travaux et par son grand ouvrage sur l'architecture romane dans le midi de la France, vient d'être nommé membre agrégé de l'Académie royale d'Anvers, en remplacement de M. Questel, i'éminent architecte français récemment décédé.

Cette Académie ne renferme que quinze membres belges et dix membres étrangers.

Hollande. — Concours à Harlem. — La Société hollandaise de Harlem a publié le programme de ses concours pour 1889 et 1890. Les mémoires qui devront être remis avant le i" janvier 1889 porteront surtout sur le^invertébrés, la botanique, les gaz, la refraction, l'acoustique et la mesure des triangles. Ceux dont la date extrême de dépôt est le i" janvier 1890 rouleront sur l'analomie, les bactéries, le protoplasme, l'électrodynamique, la réflexion des ondes dans les tubes élastiques, et les réticules micrométriques. Le texte de ces questions, trop long pour être transcrit ici, a été publié par la Revue scientifique (25 août). On peut aussi se le procurer en s'adressant au secrétaire de la Société, M. le professeur J. Bosgcha, à Harlem, à qui doivent être envoyés les mémoires.

Le prix offert pour une réponse satisfaisante à chacune des questions proposées consiste, au choix de l'auteur, en une médaille d'or frappée au coin de la Société et portant le nom de l'auteur et le millésime, ou en une somme de i5o florins; une prime supplémentaire de i5o florins pourra être accordée si le mémoire en est jugé digne.

Les mémoires doivent être écrits lisiblement en hollandais, français, anglais, italien ou allemand, mais non en caractères allemands.

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Italie. — Un concours à Milan. ■— L'Institut des sciences, arts et lettres de Milan met au concours une Histoire de l'hypnotisme. Le prix consiste en une somme de i,3oo fr. et une médaille d'or d'une valeur de 5oo fr.

Russie. — Une édition académique des œuvres de Lomonossof. — La seconde section de TAcadémie russe fait appel à tous ceux qui ont quelques écrits de Lomonossof, en les priant de les lui communiquer pour servir à la nouvelle édition qu'elle prépare des œuvres de cet écrivain. Tous les documents seront scrupuleusement rendus à leurs propriétaires.

Suisse. — La Historische Vcrein de Schatfhouse recueille, dans un but de publication, les inscriptions qui se trouvent en si grand nombre sur les • maisons particulières en Suisse. Beaucoup sont remarquables par leur bizarrerie et leur humour.

BIBL.IOTHBQUE8 PUBL.IQUBS ET PRIVEES

' Avis. — Le secrétaire de la rédaction du Livre recevra avec reconnaissance tous les renseignements que messieurs les conservateurs et bibliothécaires de France et de l'étranger voudront bien lui faire parvenir, et il en sera scrupuleusement tenu compte dans cette partie de la Gai^ette bibliographique.

FRANGE

Bibliothèque nationale, — Il va être installé, à l'usage des travailleurs qui fréquentent la Bibliothèqite, une buvette où ils' pourront, sans se déranger, pour ainsi dire, couper leur journée de travail par un repias réparateur à un prix très modeste. C^est là une excellente innovation* Nous regrettons d'apprendre, d'autre part, que le projet d'éclairage électrique et de séances du soir, dont il avait été parlé, est abandonné, pour le moment du moins.

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Arsenal, — Aux candidats bibliothécaires. — Le i5 aovembre prochain, il sera ouvert, dans une des sattes de la Bibliothèque de l'Arsenal, une session d'exameapour l'obtention du certificat d'aptitude aux fonctions de bibliothécaire dans les bibliothèques universitaires.

Les registres d'inscriptions sont clos le i3 octobre à 4 heures.

Le nouveau bibliothécaire. — En remplacement de M. Robertet, récemment décédé, M. Lockroy a confié ses fonctions de bibliothécaire de l'Arsenal au D' Robinet, historiographe de Danton.

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Nos Archives. — On lit sous ce titre, dans le Jour^ nal des Arts du 24 août, un article signé Auv. Dalligny, auquel nous faisons les emprunts suivants :

c Nous avons dit comment, de 1862 à 1886, plus de deux cents volumes contenant la « Collection des • inventaires sommaires des archives départementales « antérieures à 1790 9 avaient été classés, rédigés et publiés.

• Un rapport récemment adressé au ministre de l'instruction publique et des beaux-arts, nous apprend quelle suite a été donnée pendant l'année 1887 à cette œuvre de classement et qu'elle était, à la fin de décembre dernier, la situation de nos archives nationales, départementales, communales et hospitalières...

« L'installation des collections à l'ancien hôtel de Soubise est satifalsante sous certains rapports : ■ Mais — fait*on observer avec raison — les bureaux sont situés à une distance excessive des collections : cet éloignement rend la surveillance difficile et les communications longues et pénibles. La place offerte aux travailleurs est plus défectueuse encore que celle qu'occupent les bureaux. Une salle basse, mal aérée, mal éclairée, malsaine et de moitié trop exiguë, sans

les dépendances nécessaires pour la conservation provisoire des documents, sans même un recoin où il soit permis aux chercheurs d'interroger les archivistes ou d'attendre le résultaf de leurs demandes, voilà tout ce que l'administration peut mettre à la disposition du public. On ne saurait imaginer un grand service national plus misérablement installé. L'École des Chartes, qui est logée dans une annexe des bâtiments des archives, n'est pas moins à l'étroit. On se préoccupe de lui trouver un emplacement mieux approprié à ses besoins. De la décision à intervenir à cet égard dépendra la double installation des Archives et de l'École. Il importe que la solution ne se fasse pas trop attendre...

« Mais ce n'est pas seulement à Paris que l'insuffisance et l'appropriation du local causent des embarras; on en soufTre également en province... Or, si les départements ont la garde et la jouissance des archives qui leur sont propres, les collections que for? ment ces archives sont une propriété nationale, et il est du devoir de l'État de prendre toutes les mesures nécessaires à leur conservation.

« Voici, d'après le^ rapport qui nouS occupe, quelques renseignements sur la façon dont sont installées les archives dans les départements qui, jusqu'ici, ont montré pour elles le plus de sollicitude.

m Le département de la Côte-d'Or, qui possède les collections les plus volumineuses après celles des Archives nationales, avait seul, dès «1833, consacré à ses archives un édifice spécial, l'ancien Hôtel de Ville de Dijon, où elles sont encore.

« Dans le Nord, dont les archives comprennent une partie des collections des ducs de Bourgogne et sont, par leur importance, les premières après les archives de la Côte-d'Or, on construisit pour elles, dès 1841, un véritable palais qui remplit toutes les conditions d'isolement, de sécurité et d'aménagement désirables.

« Dix ans après, l'Aube imitait cet exemple. La Somme, Maine-et-Loire et le Puy-de-Dôme offrent d'excellentes installations placées dans des chapelles d'établissements ecclésiastiques supprimés.

« De 1841 à 1854 on avait créé trente-cinq dépôts qui par suite d'encombrement, appellent aujourd'hui une réorganisation.

« De i854 à 1870, il y eut une nouvelle poussée, parce qu'à la suite d'inspections plus sérieuses, on fît amener au chet-lieu du département toutes les collections qui, malgré la loi du 5 brumaire an V, 26 octobre 1796, étaient restées dans les greniers des greffes des vieilles juridictions abolies ou dans ceux des anciens districts.

« En présence de cet accroissement, la Drôme, le Gard, TAin, la Vienne, le Tarn, le Calvados, la Haute-Marne, la Dordogne, les Bouches-du-Rhône, rOrne et nombre d'autres départements affectèrent des constructions spéciales aux archives de la pro-. vince. Saône-et- Loire, l'Eure, la Marne, la Gironde et Seine-et-Oise firent bâtir des locaux isolés.

« Depuis 1870, on a augmenté les galeries des dépôts déjà existantes dans le Morbihan, les Basses- Pyrénées, la Haute-Loire, la Haute-Saôae et Tisère; les Ardennes, la Meuse et la Lozère ont acheté des maisons particulières pour y loger leurs archives ; l'Hérault, les Hautes-Alpes, les Basses-Alpes, la Manche, la Charente-Inférieure, le Doubs, le Finistère, riUe-et-Vilaine, la Haute-Savoie et la Seine ont fait les frais de constructions séparées de tout voisinage inquiétant; le département de* Vâucluse a installé ses collections dans un corps de logis du Palais des papes; celui de Loir-et-Cher, dans une ancienne chapelle ; Indre-et-Loire et le Rhône ont aussi fait élever des édifices spéciaux qui sont presque terminés...

a On ne saurait, du reste, prendre trop de précautions, car on a de nombreux exemples de catastrophes irréparables : en 1804, les archives de PAriège on', été brûlées; en 1808, ce furent celles des Hautes-Pyrénées; en 1839, celles du Cher; en i885, lors de l'incendie de la préfecture, celles de TAin faillirent rêtre ; il n'y a pas bien longtemps, une partie de celles de la Lozère ont été mises en cendres pendant qu'on en opérait le déménagement.

« Afin d'obvier au défaut de place, on a décidé de détruire tous les papiers que l'on considère comme inutiles...

a Pour se faire une idée de ce que sont les dépôts des archives départementales, il faut savoir que, du commencement de i885 à la fin de 1887, — deux ans, — il y a été versé par les bureaux 178,374 liasses et registres.

« C'est dans cette masse de documents et de pièces qu'il faut trier les papiers dont la destruction ne doit nuire en aucune façon à l'administration et aux particuliers.

« On ne saurait donc apporter — dit le Rapport — trop d'attention à l'examen des papiers à élaguer. Il faut les étudier un à un, vérifier s'ils font double emploi avec d'autres pièces de la même collection, si les indications qu'ils contiennent sont résumées dans des travaux d'ensemble; il importe de prévoir les délais pendant lesquels ils peuvent être recherchés à titre de preuve, etc., etc. Afin que la suppression ne soit pas accomplie légèrement, les instructions ministérielles exigent la rédaction d'un inventaire détaillé, l'examen des dossiers par une commission locale, l'avis du Conseil général, enfin l'approbation du ministre...

« Les Archives nationales qui ne reçoivent de pièces que venant des administrations centrales où le triage est déjà fait, n'ont procédé en 1887 ^ aucune destruction.

« En dehors de ce classement en quelque sorte

journalier, les archives poursuivent un autre travail non moins grand et non moins important, c'est l'inventaire des pièces de toutes sortes appartenant à Paris et à la province, antérieures à la Révolution,

« A Paris, dans le courant de 1887, on a publié notamment : le premier volume du Répertoire des ar^ rets du Conseil d'État sotis Henri IV, et commence le second volume; V Analyse des procès-verbaux du Conseil de commerce, qui en est à sa quarante-septième feuille d'impression ; la Revision des tables des procès-verbaux de la Convention ; enfin VInventaire gé' néral sommaire de nos archives nationalet^ et le Relevé numérique de toutes les minutes et registres du Parlement de Paris,

« En province, au cours de la même année 1887, les archives départementales, communales et hospitalières ont rédigé 14,682 articles de VInventaire des documents antérieurs à /790. Le chiffre total des volumes de cet Inventaire s'élevait, au 3o juin 1888, à 243.

« A ceux qui douteraient de l'utilité de ces collections, nous répondrions avec le Rapport que, pendant l'année 1887, il a été fait t3,2i5 communications aux archives nationales et 63,369 recherches dans les archives départementales.

a A la fin de l'ancien régime, un certain nombre de manuscrits provenant des établissements civils ou religieux qui étaient supprimés ont été attribués aux archives départementales au lieu d'être remis aux diverses bibliothèques. On vient de dresser l'inventaire de ces manuscrits dont le nombre s'élève à 1,814.

<x Des instructions sont depuis longtemps données pour que l'on meite finalement en ordre les archives comprises entre 1790 et la Constitution de l'an VIII; il est plus que probable que « ce dépouillement qui permettra aux historiens futurs d'étudier à l'aide des pièces originales elles-mêmes les débuts de la Révolution française », sera complètement terminé pour le centenaire de 1889.

« On peut lire à la suite du Rapport que nous venons d'analyser, la liste des dons faits par les particuliers aux archives départementales du i" juillet 1886 au 3o juin 1887. Cette liste, dans les détails de laquelle nous ne saurions entrer à cause de sa longueur, est vraiment fort intéressante et prouve, une fois de plus, combien chez nous, qui ne savons rien respecter du présent, on est soucieux de conserver tout ce qui touche au passé. »

Société des bibliothèques françaises. — Nous empruntons au Gil Blas (21 août) les noms des membres de la Société des bibliothèques françaises &

Mb' le duc d'Aumale, président d'honneur : MM. le baron Jérôme Pichon, président et doyen; le baron Dunoyer de Noirmont, le comte de Lignerolles, Duriet de Verninac, le comte de Soultrait, le vicomte Frédéric de Janzé, Charles Schefer, de l'Institut; M"'« la comtesse Fernand de la Ferronays;

GAZETTE BIBLIOGRAPHIQUE

MM. de Rray, le duc de Fitz-James, le marquis de Biencourt, Guiot de Villeneuve ; M*"* la marquise de Nadaillac; MM. Tabbé Bossuet, le comte Lanjuinais, le comte de la Béraudière, le duc de la Trémoille, Emmanuel Bocher, le comte de Longpérier, le baron de Lassus, le baron Porialis, le baron de Saint'Geniez, le vicomte de Savigny de Moncorps, le comte de Mosbourg et le prince de Metternich.

ETRANGER

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Angleterre. — La bibliothèque de V Alpine Club. — L'Alpine Club anglais va publier le catalogue de sa bibliothèque, rédigé par le professeur F. Pallock, bibliothécaire honoraire du Club.

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PUBLICATIONS NOUVELLES

Ouvrages récemment parus. — Bibliographie' du mois.

— Paris — Province — Étranger —

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Avis. — Le secrétaire de la rédaciidh prie MM. les directeurs de revues, éditeurs et libraires, de vouloir bien lui adresser les informations qu'ils désirent porter à la connaissance du public, touchant les publications nouvelles, les ouvrages en préparation, les articles littéraires ou bibliographiques parus ou à paraître, les cataloeiies. ventes, etc., tant en France qu^à l'étranger.

FRANGE

La ré/orme de Vorthographe, — Le yS^ fascicule du Musée pédagogique qui se publie chez l'éditeur Ch. Delagrave, consiste en un travail de M. Arsène Darmesteter intitulé La Question de la réforme orthographique (broch. in-8<>. Prix : o,5o). L'auteur est partisan convaincu de la simplification de Porthographe. Sans parler des considérations purement scientifiques, elle s'impose, diaprés lui, pour différents motifs : l'enseignement de la langue doit en être facilitée, d'où une notable économie de temps qui permettra d'aborder plus sérieusement l'étude de matières trop négligées et de résoudre la question du surmenage dans les écoles primaires; le principal obstacle à la diffusion de la langue française dans nos colonies et les pays d'Orient disparaîtra du même coup.

Pour mieux faire comprendre la question, l'auteur expose d'abord notre système de graphie dont il met t-n relief les multiples complications; puis, il trace rhistorique de ces complications, les tentative^ antérieures pour y porter remède ; il établit Timpossibilité pratique d'une orthographe phonétique et la nécessité absolue d'une unité orthographique, c'est-à-dire d'une graphie officielle qyi ne saurait être autre chose qu'une simplification méthodique de l'orthographe actuelle : suppression des doubles valeurs de l'alphabet, suppression des lettres inutiles que la tradition aiiribuc à certains mots. Ces modifications devraient ctre réparties sur une longue suite d'années et échelonnées suivant leur importance et leur facilité. Ainsi accomplie, la réforme orthographique serait acceptée avec empressement, et les gens qui lisent et écrivent,

c'est-à-dire bientôt la nation entière, salueraient avec bonheur cette économie d'efforts et de travail.

Un Anglais dirait que M. Darmesteter est un peu sangxiine.

— Le 9» fascicule du Dictionnaire des finances, de M. Léon Say, que vient de faire paraître la librairie Berger-Levrault et C'*, est particulièrement intéressant.

Parmi les articles qu'il contient, nous citerons une savante étude de M. J. de Crisenoy sur la législation financière des chemins vicinaux et ruraux. Au moment où l'on s'occupe de créer des ressources pour donner une extension nouvelle aux chemins vicinaux, il était utile de grouper sous une forme claire et précise une masse de renseignements statistiques qui, jusqu'à ce jour, étaient disséminés un peu partout.

Daus un .autre article : Communes, M. de Crisenoy nous montre comment les communes ont été créées et comment elles se sont développées, et en même temps il nous donne la législation financière qui les régit pour tout ce qui concerne l'administration de leur patrimoine et la gestion de leurs revenus.

En dehors de ces mots signalons au lecteur l'article de M. Couder, ancien directeur général de la comptabilité publique au ministère des finances, sur la comptabilité publique, dans lequel l'auteur s'est efforcé de donner aux hommes d'étude un aperçu aussi complet que possible des divers éléments de comptabilité et de statistique contenus dans les comptes publiés par l'adininistration des finances.

Le supplément au Larousse, — Les 22* et 23*^ fascicules du 2* Supplément au Grand Dictionnaire Larousse viennent de paraître. Nous y trouvons deux longues études sur le Collectivisme et le Cléricalisme, une description du musée de Cluny, un exposé complet des Collections appartenant aux amateurs les plus célèbres, de nombreuses biographies, notamment celles de Cleveland et de Cluseret, un article sur la Colonisation et les Colonies, qui est un véritable traité sur la matière, une importante étude sur le Congo actuel; un travail philosophique sur le Conditionnalisme; des articles sur les Congrégations religieuses, les Congrès, l'organisation du Conseil d'État, des Conseils académiques, des Conseils généraux; la nomenclature des grands prix au Concours général. Citons encore les articles : Conductibilité, Coopération, Coquille^ Corée; les comptes rendus du Conclave de Léon XIII par de Cesare, de Confession par Tolstoï, de la Conscience psychologique et morale par Carrau, des Corbeaux, pièces en 4 actes, de Becque, des Contes d'Hoffmann, opéra d'Offenbach; enfin les biographies de M. Compayréy de Fabbé Constant, du peintre Benjamin Constant, etc. — Prix du fascicule : i fr. 10.

Deux nouveaux journaux hebdomadaires, — On nous annonce l'apparition d'un nouveau journal hebdomadaire : VÉcho républicain, dont le rédacteur en chef est M. Armand Strauss.

— Nous recevons en même temps le premier numéro de Le Grincheux, Ce litre nous dispense d'exposer sa ligne de conduite; son caractère restera satirique et littéraire.

Nous souhaitons la bienvenue à nos nouveaux confrères.

ETRANGER

Allemagttb. — Bismarck en français. — La Ga- ^ette de Cologne, dans son numéro du jeudi 9 août, signale un fait assez étrange pour être rapporté. Sous la rubrique : Art, Science et Vie, la feuille allemande s'exprime ainsi :

« Le 14* volume des discours du prince de Bismarck, traitant des événements de 1886 et de 1887, vient de paraître à Berlin en langue française, chez Péditeur Wilhelmy. Cette tradjuction française sera, à défaut d'une édition allemande qui n'existe que pour les deux premiers volumes, un manuel indispensable aux hommes politiques, aux représentants du peuple et aux historiens. »

Bibliographia Schopenhaueriana. — On a publié dernièrement en Allemagne une bibliographie des œuvres de Schopenhauer, ornée de son portrait. L'ouvrage a pour titre : Edita et Inedita Schopenhaueriana.

Nouveaux périodiques, — Un nouveau périodique

consacré à la musique, le Central blattfar Musik, a récemment paru à Leipzig.

Il vient de se fonder à Oûsseldorf une revue d'art chrétien, Zeiischrift fur Christliche Kunst, sous la direction du docteur Alexandre Schnûtgen.

— A signaler parmi les articles des grands périodiques de septembre :

Deutsche Rundschau : Chamisso naturaliste, par du Bois-Reymond. — La Haute-Autriche et ses poètes, par A. Horawitz. — Une robinsonnade allemande, par P. Strauch.

Nord und Sud : Idées pour une histoire de l'habitation, par Jacob Falke. — Jean Paul à Weimar. par Brix Foerster. — Mirax, par K. Lasswitz.

UnserfiZeit : La régularisation du bas Danube, par J. H. Schwicker. — L'art industriel allemand a l'exposition de Munich, parE. Berlepsch. — Charles Darwln et les savants allemands, par W. Breitenbach.

Blatter far litterarische Unterhaltung : Le caractère de la comédie, par E. Mauerhof. — Romans et nouvelles, articles de E. Wechsler, F. Rueffcr, B. Mûnz, E. Ziel. — Le Gœthe-Jahrbuch, par W. Buchner. — La littérature italienne pendant la Renaissance, par O. Speyer.

Maga!{in fQr die Litteratur : Zola et l'avenir de la littérature, par E. Jagow. — A.-N. Maîkof, par Roskoschny. — Trente ans de Paris (d'Alph. Daudet), par A.-G.de Suttner.— Littérature anglaise, parD. Asher.

— La chanson populaire en France, par C. Glûmcrj

— L'histoire en France, par E. Groth. — Madame Chrysanthème (de Pierre Loti), par Louis de Hesscm.

— Nous devons à M. Louis de Hesscm les informations suivantes :

Une histoire de la littérature italienne. — Le professeur Gaspary, de l'Université de Breslau, vient de faire paraître chez R. Oppenheim, à Berlin (J. Pcclman et C'% 189, boulevard Saint-Germain, à Paris) le second volume de son Histoire de la littérature italienne, La première partie, allant des origines à Pétrarque inclusivement, parue il y a trois ans, suffisait à faire entendre que cet ouvrage serait un des meilleurs qui aient jamais été publiés sur ce sujet; ce second volume consacré à la Renaissance, tient parfaitement ce que son précédent permettait d'attendre. Parmi les chapitres les plus remarquables je citerai ceux de Machiavel, de Boccace et surtout du drame; certaines parties sont il est vrai traitées avec trop de conscience, de sorte que parfois une trop grande place est accordée à des œuvres dont l'importance relative ne méritait pas tant d'honneur. Mais celte Histoire de la littérature italienne a de hautes qualités d'érudition et de recherches qui en font un guide sûr: M. Gaspary possède admirablement son sujet et l'on

GAZETTE BIBLIOGRAPHIQUE

doit lui rendre cette justice que pour renseigner et éclairer son lecteur, il s^esi livré à un travail -prodigieux.

La Jeune-Allemagne^ dont les tendances naturalistes — je me sers de ce mot absurbe parce quMt est devenu officiel en quelque sorte — sont la marque distinctive, a déployé une grande activité en ces temps derniers. Ses écrivains les plus en vue ont donné chacun leur roman : le meilleur de tous est certes Meister Timpe, de Max Kretzer (Berlin, S. Fischer, et Paris, J. Peelman et C'% 189, boulevard SaintGerinain)<

Max Kretzer, aujourd'hui âgé de trente-quatre ans, est fiisdeses propres œuvres. Né d'un aubergiste de province, il alla à Pécole jusqu'à treize ans, entra ensuite comme ouvrier dansune fabrique berlinoise, se fit peintre et ne commença à écrire que pendant une longue maladie provoquée par une chute faite d^un deuxième étage. Certes il y a un mérite peu comnjun d'être parti de là pour arriver au point actuel; la route parcourue, à force d'énergie et de travail, est énorme, ainsi que Ton peut le conclure de Tatticlc consacré à Meister Timpe par Wolgang Kirchbach, dans le Magasin far die Litteratur des In und Auslandes.

« Cette simple histoire est menée avec l'aisance ferme et consciente d'un artiste sûr de lui-même, sachant faire tenir la société entière dans un cadre restreint. Tout porte dans ce livre, le trait le plus insignifiant a sa raison d'être et produit son effet, et rhabileté avec laquelle Kretzer s'ingénie à décrire les menus détails de la vie rappelleraient d'une manière aussi frappante Dickens que Jean-Paul, si elle n'avait une allure si originale. Ce Meister Timpe est un coup de maître auquel nous ne nous serions pas attendus si tôt de la part de Kretzer. Puis la langue y est meilleure que dans les ouvrages précédents : on y sent bien encore l'effort de l'écrivain qui se surveille sans cesse pour arriver à bien écrire, mais cette fois Kretzer semble avoir fait sa paix avec la grammaire. D'ailleurs cette sorte de maladresse dans le maniement de la phrase qui caractérise Kretzer a ses avantages; elle a quelque chose de la raideur des anciens graveurs sur bois qui, pour avoir le burin lourd, n'en savaient pas moins faire des chefs-d'œuvre. »

Angleterre. — Le nouveau roman de Mr. William Black, In Far Lochaber, est publié ce mois-ci par Sampson, Low et C".

— Le D' Birbeck Hill publie (Clarendon Press) une série de lettres inédites de David Hume. On trouve aussi dans cette intéressante correspondance une lettre d'Adam Smith, et deux de Hutton, Frère Morave fameux de son temps.

— La maison Longman annonce pour ce mois-ci la Vie du comte de Godolphin, Lord High Treasurer sous la reine Anne, par Hugh Elliot, d'après des documents inédits.

Les mêmes éditeurs font aussi paraître un projet de réforme sociale intitulé Practicable Socialism, par Mr. et Mrs. Barnett. •

— Mr. Gerald Massey publie chez Kegan Paul, Trench et C'«, une nouvelle édition complètement refondue de son livre sur Shakspere and the Sonnets. Elle a pour titre : The Secret Drama of Shakspere* s Sonnets.

— Le volume d'octobre de la série des Great Writers publié par l'éditeur Walter Scott, est une biographie de Crabbe, par Mr. T. E. Kebbel.

— Le volume de ce mois-ci dans la collection appelée Camelot Classics, est l'œuvre de Mr. W. B. Yeats, et a pour titre Fairy Taies et Folk Lore 0/ the Irish Peasantry {Contes de fées et légendes des paysans irlandais).

— Mr. Elliot Stock, l'éditeur bien connu de Pater noster Row, Londres, nous envoie la première- partie du deuxième volume de son Book'Prices Current, ce rélevé si curieux et si utile des prix atteints par les livres exposés en vente publiqu^ à Londres.

Nous avons aussi reçu de chez lui un charmant volume gr. in-8<», imprimé avec luxe sur papier teinté, et intitulé : The Early Writings of William Makepeace Thackeray, par Charles Plumptre Johnson. C'est une heureuseidée que d'avoir recherché,dan8 les journaux et magazines du temps, les écrits de la jeunesse de Thackeray. Tout est intéressant dans la vie d'un grand écrivain, et rien ne Test plus que de prendre sur le vif la première apparition et les premiers développements de son talent. Mr. Johnson s'est acquitté avec goût et esprit de la tâche pieuse qu'il s'était donnée, et a augmenté l'attrait de son livre en le semant d'illustrations curieuses et finement exécutées d'après Thackeray, Chinnery, F. Walker et R. Doyle.

— Les éditeurs Ward et Downey publient un nouvel ouvrage de Mr. Thomas Purnell intitulé Dust and Diamonds {Poussière et Diamants,)

— F. Warne et C* mettent en vente un roman en un volume intitulé Philip Mordanfs Ward, L'auteur est la fille du poète-journaliste Charles Kent.

La brochure du D'" Macken^^ie. — On lit dans le Figaro du 14 septembre :

« Les procédés du docteur Mackenzie sont singuliers.

a Sa brochure la Maladie de Frederick le Noble va paraître simultanément dans trois semaines à Londres, à Paris et à Berlin; à Paris c'est la maison Ollendorffiquiest chargée de l'éditer. A cela rien d'éton-

tAi

nant. Mais on noua affirme que M, Mackenzie s'oppose absolument à ce qu*il soit donné dans la presse des extraits quelconques de sa brochure, môme quand cette brochure aura été mise en vente depuis plusieurs jours. Il espère en augmenter ainsi la vente et il est très résolu, en attendant, à poursuivie tous les journaux qui reproduiraient une ou plusieurs de bes pages. »

Belgique. — Léon XIII et le Catalogue idéologique. — M. F. Nizet, dont nous signalions^ dans la livraison d'août, le nouveau système de classification bibliographique, nous envoie une brochure de quelques pages contenant la Bibliographie de Léon XIII d^après le catalogue idéologique (Bruxelles; impr. Vanbuggenhouldt; 1888, in-8<*; 9 PpO- ^^ spécimen suffit pour montrer de quelle commodité serait pour les travailleurs le catalogue systématique entrepris par M. F. Nizet. Le but de cette publication est de donner plus de force à la cause qu'il soutient, et d'engager tous les États, si possible^ à s'entendre pqur organiser internationalement le répertoire bibliographique de tous les hommes marquants, de tous les mouvements sociaux, littéraires et scienti6ques, d'après le plan expliqué dans sa brochure : Projet d^un catalogue idéologique {realcatalog) des Périodiques. Nos vœux bien sincères accompagnent ses elTorts.

Espagne. — Une nouvelle revue. — Depuis le 10 mai parait à Madrid une revue philosophique, politique et littéraire, intitulée La Vox de la Verdad. Le directeur est don Eugenio Fernandez Hidalgo. Elle paraît trois fois par mois.

états -Unis. — La table analytique du Harper^s Weekly. — Un de ces humbles pionniers littéraires, dont on ne sait jamais les noms et dont on consulte incetsamment les travaux, Mr. W. M.Griswold, d'East Capitol Station, Columbia, vient de terminer l'index ou ubie analytique du journal hebdomadaire/fâr/7^r'5 Weekly, de 1867 à 1887 (Prix : 2 dollars 5o cents). On doit à Mr. W. M. Griswold plusieurs compilations de ce genre.

— La maison Houghton, Mifflin etC*' a mis en vente le 12 septembre dernier: The History of Tennessee y par James Phelan ; The Guardians, roman annonyuie; Molly Bishop's Family, par Catherine Owen, et Romances, Lyrics and Sonnets choisis dans les œuvres poétiques d'Elizabeth Barrett Browning.

Oscar Wilde, avec illustrations par Walier Crâne ci Jacomb-Mood.

— La maison Tickner et C** a publié le mois dernier Western China, voyage au grand centre bouddhiste du mont Omei, par le Rév. Virgil C. Hart, qui a longtemps parcouru les contrées dont il parle; X Short History of the Sécession War, par Rossiter Johnson ; The Dead Dole {La Poupée morte) et autres vers, par Margaret Vandegrift, et Little Helpers (Petifs serviteurs), histoire pour les enfants, par la môme.

Italie. — M. Avancinio Avancini vient de publier un volume de vers remarquables (Milan, Bortolotti).

— Le D*" Gustavo Boralevi a fait paraître chez R. Guistiy à Livourne, une étude historique intitulée / primi mesi del Pontificato di Paolo IV.

-7- Le professeur Licurgo Capelletti, auteur d*une histoire remarquée de la Révolution française, vient de publier une conférence faite par lui au cercle philologique de Livourne sous ce titre Afaria Antoniettaf regina di Francia (Foligno, P. Sgariglia).

— Le premier volume du cataloque des Opère délia bibliografia bolognese che si conservano nella biblioteca municipale di Dologna, par M. Luigi Frati, vient d'être publié chez l'éditeur Zanichelli (Bologne). 11 n'a été tiré qu'à 25o exemplaires.

— Roberis frères ont récemment mis en vente The Story of an African Farm, par Ralph Iron. Ce pseudonyme cache une . toute jeune fille, Miss Olive Schreiner, qui raconte, dans ce livre original et vivant, ce qu'elle a vu et expérimenté. Chez les*mômes éditeurs : The Happy Prince, and other Taies, par

Publications de Véditeur S, Lapi. — L'activité du grand éditeur de Cîttà di Castello ne se ralentit pas. Nous n'avons pas moins de sept ouvrages à signaler aujourd'hui. D'abord trois brochures ou plaquettes; l'une de M. Giuseppe Falcone di Giuseppe, où fauteur compare avec esprit et sentiment deux versions de la même touchante histoire, le Geoffroy Rudel de Henri Heine et le Jaufrè Rudel de Giosuè Carducci; l'autre, sous le titre de // Passo di A ckeronte, CBi une étude comparée, pleine de chaleur et de pénétration, de l'enfer de Virgile et de l'enfer du •antejla troisième, par Roberto Mocavini, est intitulée : Argante e Tancredi, avec ce sous-titre : Studio sul Tasso, et contient d'intéressants et curieux parallèles entre la Gerusalemme liberata et la Gerusalemme conquistata.

M. Giovanni Zannoni apporte une importante contribution à l'histoire de la littérature macaronique avec un beau volume sur les précurseurs de Merlin Cocai(/ Precursori di Merlin Cocai, Studi e Ricerche; in-8«).

Il faudra désormais, chaque fois que Ton voudra parler de l'histoire de la musique au commencement du xvi" siècle, consulter le livre de M. A. Ademoiln sur les virtuoses de la cour de Manioue [La beWAdriana ed altre virtuose del sua tempo alla Carte

GAZETTE BIBLIOGRAPHIQUE

di Mantovàj.LtL reproduction d'un portrait d'Adrien ne articles de revue et les mémoires académiques relaavec cette légende :

Quant spectaSf Adriance est, muta, silentis, imago. Hoc melius nam si concinat ignis eris.

illustre agréablement ce volume, bourré de documents inédits.

M. Emilio Costa a formé une Antologia délia lirica htina in Italia nei secolo xv e xvi, qu'il fait précéder d'une savante préface, et qui ravira tous ceux qui restent les amants fidèles de la muse qu'invoquaient Horace, Ovide, Catulle, Tibulle et Properce.

Enfin, S. Lapi met en vente le premier volume d'un

grand ouvrage, sorte de monument national que

M. Francesco Fortunato Carloni élève aux Italiens

qui se sont illustrés à l'étranger {GVItalianialVestero).

Ce premier volume est consacré aux hommes de

guerre (armées de terre) depuis le viiC siècle jusqu'au prince Eugène de Savoie, et dédié « all'escrito e ail' armata d'Italia ». L'auteur fait appel à tous les lecteurs qui découvriraient des lacunes ou des erreurs dans ce répertoire des gloires italiennes à l'étranger.

— MM. A. Manno, E. Ferrero et P. Vayra viennent de faire paraître un grand ouvrage historique intitulé Rela:çioni diplomatiche délia Monarchia di Savoia délia prima alla seconda restaura^ione (i 559-1814]. Il est publié par la « R. Deputazione di storia patria di Torino ».

— Le comte Luigi Manzoni a rédigé une bibliographie historique de Bologne qui comprend même les

tifs à cette histoire {Saggio di una bibliografla stO' rica Mognesé), La première partie en a paru récemment.

— Le professeur G. Marinelli, de l'Université de Padoue, a publié pour le Club Alpin italien une étude sur les Alpes Carniques, avec carte.

— Le troisième et le quatrième volume du grand ouvrage du cardinal Massaia / miei trentacinque anni di missione nelVAlta Etiopia, ont été^mis en vente récemment (Rome, typographie polyglotte).

— M. Gahriele Serafino vient de publier (Turin, L. Roux etC. Descritto) un livre intitulé Ricordi délia Sardegna, où il étudie le caractère, les mœurs, les coutumes et les légendes des Sardes.

États-Unis. — Journaux en langue française, — Trois journaux rédigés en français par des Canadiens, viennent de se fonder aux États-Unis : le Nouvelliste publié à Marlboro, VOuest français à Bay City, Massachusets, et la Galette à Brockton, Massachusets.

Pologne. — Le professeur Rostafinski a dernièrement publié une remarquable bibliographie de la Botanique polonaise au xvi» siècle. Le sixième numéro du Pe^eglad bibliografl o:(nyyd}i D' Kysorcki, donne un supplément utile à cette bibliographie.

-y£hE.^^

ON - i

PUBLICATIONS ANNONCÉES OU EN PREPARATI

en France et à l'Etranger A ^

FRANCS

— La librairie Dentu prépare, en vue de l'Exposilion universelle, un ouvrage intitulé : Le Livre d'Or de France (Lettres, sciences et arts). — Elle est, dès à présent, assurée de la collaboration de nos plus grands savants, écrivains et ariistes. — Dans cette œuvre unique, aucune distinction d'école ne sera faite, ou plutôt toutes y seront représentées. Réunion de toutes les illustrations françaises contemporaines, le Livre d'Or sera un grandiose et admirable monument élevé à la gloire de la France du xix* siècle.

Afin de donner à cette œuvre le caractère national qui lui convient, ses premiers collaborateurs ont décidé de faire abandon de tous leurs droits ; en d'autres termes, tous les bénéfices du Livre WOr sont destinés aux savants, écrivains et artistes pauvres, et ils seront

versés entre les mains de M. le ministre de rinstruction publique et des beaux-arts.

Nous reviendrons prochainement sur cette œuvre qui honore les directeurs de la célèbre maison d'édition.

A partir du i5 octobre prochain, les souscriptions seront reçues au siège de la librairie Dentu, 3, place de Valois, à Paris, et dans toutes les grandes librairies de l'Europe.

— Le nouvel ouvrage de M. Pontsevrez, Propos de Cardénio, annoncé depuis plusieurs mois, paraîtra le i5 octobre. C^est un volume de bibliophile et de délicat, tiré à 3o8 exemplaires, avec une eau-forie de Félix Oudart. Tous les exemplaires sur papier Hollande et bon nombre de ceux qui sont imprimés sur > vélin ont été souscrits d'avance.

— Le quatrième volume de l'Anthologie des Poètes contemporains commence de paraître dans la maison Lemerre. Le premier fascicule comprend des poésies de Paul Bourget, Victor Biliaud et Georges Gourdon. C'est avec un véritable intérêt que tous les amis de la poésie, tous ceux qui s'intéressent à Thistoire littéraire de notre temps, suivent cette publication que réditeurdes poètes était mieux à même que personne d'entreprendre, et à laquelle des notices à la fois justes et piquantes donnent tant d'agrément.

— Un éditeur de province bien connu des Parisiens bibliophiles, M. L. Clouzot, de Niort, prépare un volume pittoresque qui sera un régal et une rareté : En Sèvres, notes de voyage par L. de Kadoré, avec préface de Pierre Loti. Le volume in-8, illustré par G. Fraipont, Duplais-Destouches, Combe-Velluet, Gaignard, Thibaudeau , Lecoq d'Ârpentigny, Bernard, etc., sera réservé exclusivement aux sous* cripteurs, et tous les exemplaires, tirés sur papier impérial du Japon, seront imprimés à leur nom. Le prix de souscription est de lo francs, payable après livraison de l'ouvrage.

BTRANOBR

Allemagne. — M. Ewald Plûgel prépare une édition de la Correspondance de sir Philip Sidney (i 554-1 586). Il recherche diverses lettres écrites par Sidney à Hubert Languet, et prie les archivistes et bibliothécaires de le renseigner au besoin sur les Sidneyana inconnus jusqu'ici.

— On annonce comme devant paraître à Berlin, à partir d'octobre, spus la direction dé M. Pentzhorn une Deutsche Kunstgewerbe^eitung{GeiZcttt allemande des arts industriels).

— Sous* le titre Berlins Grossindustrie, l'éditeur Schon, de Berlin (Paris, Peelman et C'*, 189, boulevard Saint-Germain), prépare un ouvrage de grand luxe, illustré de très nombreuses gravures et destiné à faire connaître l'industrie berlinoise. La forme adoptée est celle des monographies détachées et rappelle donc jusqu'à un certain point les classiques Usines de la France, de Turgan. L'ouvrage aura 24 livraisons.

— L'éditeur Paeiel, de Berlin, publiera incessamment la dernière œuvre de Th. Storm, le nouvelliste remarquable dont nous annoncions la mort dans notre dernière livraison.

Angleterre. — Le D** K. D. Buelbring' prépare pour la Société des anciens textes anglais {Early English Text Society), une édition de la version métrique des Psaumes de William of Shoreham,

d'après les manuscrits du British Muséum et du Trinity Collège, à Dublin.

— La maison Cassell annonce pour cet automne, entre autres publications nouvelles : The Admirable Lady Biddy Fane, roman en trois volumes par Mr. Frank Barrett; deux nouvelles, l'une par Mr. Manville Fenn : Commodore Junk, et l'autre par Q. : The Astonishing History of Troy Town {V Étonnante histoire de la ville de Troie); The Truth about Russia {La vérité sur la Russie), par W. T. Stead; France as it is (la France telle qu'elle est), par A. Lebon et Paul Pelet; Flora's Feast, a Masque of Flowers, texte et illustrations par Walter Crâne; Heroes of Every-Day Life {Héros de la vie de tous les jours), par Laura Lane, et, parmi leurs publications plus spécialement américaines, plusieurs romans : The Veiled Beyond, par Sigmund G. Alexander, Orion the Gold-Beater {Orion le Batteur d'or), par Sylvanus Cobb; 8g, par Edgar Henry, et Another's Crime [le Crime d*un autre), par J. Hawthorne.

Elle promet, en 'outre, l'achèvement de plusieurs publications de longue haleine, notamment de VEncyclopcedic Dictionary,

— Chatto et Windus annoncent The Eulogy of Richard Jefferies, par Waller Besant.

— La Clarerdon Press annonce, entre autres ouvrages dans presque toutes les branches des con* naissances humaines : le Catalogue des manuscrits persans de la Bibliothèque bodliienne, par H. Ethé; Collected Essays, par le Rév. Mark Paitison (2 vol.) ; Unpublished Letters of David Hume to William Strahan, par le D' G. Birkbeck Hill (nous parlons ailleurs de cette importante publication); The Gild Merchant , pour servir à l'histoire municipale de l'Angleterre, par le D' Gross (2 vol.); The Dynasty of Theodosius, ou sept années de lutte avec les barbares, par le D' Thomas Hodgkin; le premier volume d'une géographie historique des colonies britanniques, par C. P. Lucas, où il sera traité des dépendances de là Grande-Bretagne en Europe, en Asie Mineure et dans l'océan Indien; An Essay on Pos' session in the Common Law, par F. Pollock et R. S. Wright; une traduction en prose anglaise du Beowulf, par le Rév. John Earle; une nouvelle édition du Dictionnaire du vieil anglais de Stratmann, entièrement refondu par Henry Bradley; la traduction par J. E. Marsh de l'ouvrage du professeur Van't Woff, Dix années dans l'histoire d'une théorie; toute une série de volumes qui s'ajouteront à la collection des livres sacrés de l'Orient; The Chronicle of Gaifridus le Baker, of Swinbroke, d'après le manuscrit de la Bodléienne, par E. Maunde Thompson, etc., etc.

— Mr. John S. Farmer va publier, pour les souscripteurs seulement, un ouvrage intitulé Americanisms Old and New, C'est un dictionnaire de

GAZETTE UlBLIOGRAPHiQUE

mots, de termes, et d'expressions, usités dans les États-Unis, TAmérique anglaise, les Indes occidentales, etc., avec le sens, la dérivation, les applications, des notes anecdotiques, historiques et.explicatives, et une introduction littéraire. Les souscriptions sont reçues chez MM. Poulter et fils, 6, Arthur Street, West, £. C, Londres.

— Mr. Gotlancz, de Christ^s Collège, Cambridge, prépare, pour la Société des anciens textes anglais, une nouvelle édition du fameux manuscrit anglosaxon conservé dans la « Cathedral Library » d'Exeter et connu sous le nom de « The Exeier Book. 9

— L'éditeur Hoggs annonce pour la saison qui vient The Makers of British India (Ceux qui ont fait PInde britannique), par W. H. Davenport Adams; Brave Little Women, récits de faits d'héroïsme dus à des jeunes filles, par Marie Trevelyan; Tkat Boy Jack! par Helen H. Rogers; A Living Story, or the Would'be Authoress (Histoire vivante, oh la Femme qui veut être auteur), par A. W. Wright; Red Her» . ring, or A llie's Little blue Shoes {Hareng saur ou les Petits souliers bleus d'Allié), par Frances Armstrong; The Romance of the Mountains, par Ascott R. Hope.

— A la prière du D' Furnivali, le D' Max Kaluza a entrepris, pour la Chaucer Society, une édition du

* texte anglais du Romaunt of the Rose, jadis attribué par erreur à Chaucer, en parallèle avec le texte original français.

— MM. Longman promettent une édition illustrée du Last Journal de Lady Brassey, et deux volumes de Mr. Andrew Lang; Pun sera un recueil de poésies, et l'autre contiendra, sous le titre de Letters on Literature, I9 réimpression des lettres insérées par l'auteur dans St. James's Galette.

— MM. Macmillan publieront à la fin de cette année un nouveau roman de Mr. J. H. Shorthouse, The Countess Eve.

— L'éditeur J.-C. Nimmo promet pour celle fin d'année The Mirror of the World, traduction d'un des derniers ouvrages de M. Octave Uzanne, avec les illustrations de Paul Avril ; The Réminiscences and RecoJlections of Captain Gronow, anecdotes des camps, de la cour, des clubs et du monde (1810-1860}, en 4 vol. illustrés par Joseph Grego; The Memoirs ofCàunt Grammont, avec les admirables dessins de Boisson, gravés par C. Delon, qui ornent la magnifique édition française donnée cette année par l'éditeur parisien Conquet ; *une nouvelle édition da An Apology for the Life of Mr. Colley Cibber written by Himself, avec portraits par R. B. Parkes et eauxfortes par A. Lalauze (2 vol.); Illustrations of Sèvres Porcelain, avec la traduction du texte de M. Ed. Gar-

nier ; une nouvelle édition de Walton and Cotton^s Complète Angler par John Major, avec gravures et eaux-fortes, et une édition revue des Lyrics from the Song-Books of the Eli:çabethan Age de Mr. A. H. Builen.

— Mr. E. Peacock a terminé le roman auquel il travaillait depuis plusieurs années. Il est intitulé Narcissa Brendon, et l'action se passe entre 1880 et i885.

— L'ouvrage de miss Frances Power Cobbe intitulé The Scièniific Spirit of the Age va être publié chez les éditeurs Smith, Elder et C».

— Elliot Stock va mettre en vente Foreign Visitors in EnglanJ and what they hâve thought of us, notes sur les livres et les opinions des étrangers qui ont visité l'Angleterre pendant les trois derniers siècles, par Mr. Edward Smith. Il annonce aussi un volume de vers intitulé The Silver Cord (la Corde d'argent), par Frances Dawe.

— MM. Swan Sonnenschein et C* annoncent pour cette saison un nouveau roman de Mr. F.-C. Philips, intitulé Little Mrs. Murray ; Elfriede, par le professeur Hausrath (George Taylor); un ouvrage illustré sur la traite des nègres intitulé Blackbirding in the South PacifiCy par A. W. Churchward ; Queen's Land, roman dont la scène est en Arabie, entre Aden et la Mecque, par le Commandeur Lovett Camfiron ; A New Era of Thought, par C. H. Hinton, où l'auteur traite, avec tout le sérieux que peut comporter la matière, — et nous sommes loin d'en rire, — de l'existence d'êtres d'une organisation supérieure à la nôtre et à celle de tous les ôtres connus soumis aux trois dimensions; une traduction de VImmortel de Daudet, par le professeur A. W. Verrall, de Cambridge et Mrs. Verrall ; Kept Secret (le Secret gardé), roman par Mrs. Spender, et un autre roman du comte de Desart, intitulé Herne Lodge.

-^ MM. TrQbner et C'" publieront prochainement une nouvelle édition des Ballads of Hans Breitmann, revue par l'auteur, et contenant plusieurs poésies anglo-allemandes.

Les mêmes éditeurs annoncent un nouveau dictionnaire arabe-anglais par Mr. Habib Anthony Salmoné, maître de conférences de langue arabe à « University Collège », Londres.

— Les éditeurs F. Warne et C'* vont publier, dans leur collection si utile et si connue sous le nom de Chandos Classics, une édition complète des œuvres poétiques d'Edgar Allan Poe. Le volume, dû aux soins de Mr. John H. Ingram, contient ur granJ nombre de pièces qu'on ne trouve dans aucune autre

5tô

édition collective, ainsi que beaucoup de passages supprimés ou inédits.

Etats-Unis. -^ Le général Granta, paraîc-il, laissé

en manuscrit un grand nombre d^anecdotes humou-

ristiques, relatives à sa vie militaire. Elles vont être

' bientôt publiées, probablement chez C. L. Webster

— MM. T. Y: Crowell et G'/ se proposent de publier en automne une édition des œuvres de Tolstoï en i3 vol., une édition des œuvres en prose de Victor Hugo en i5 vol., traduction nouvelle et illustrations; The CaptaifCs ^og, traduit de Louis Enault, avec illustration.*^ ; The Life of Lafayette^ par Lydia Hoyt Farmer; Famous American Sfatesmen, par Sarah K. Bolton, etc.

— Harper et Frères ont en préparation : Modem Science in Bible Lands, par sir J. W. Dawson ; Shoshone and other Western Wonders, par Edwards Roberts, et Earth in Past Ages, par Mrs. S. B. Herrick.

— Les éditeurs Pagan et Ross, de New- York, ont 80UB presse un nouvel ouvrage de Mr. John D. Ross intitulé : ScoUish Poets in America,

Italie. — Le centenaire de Christophe Colomb. — Le gouvernement italien a décidé de célébrer le quatrième centenaire de la découverte de PAmérique par Christophe Colomb par la publication de la collec-

tion des ouvrages du grand navigateur et de tous les documents qui peuvent jeter quelque lumière sur sa vie et ses voyages.

Un comité ayant à sa tête le président de Plnstitut historique italien, et composé d^historiens éminenis, a été nommé pour préparer cette publication.

— On annonce que Louis XIII a autorisé la publication d^un grand ouvrage historique : Codex diplO' maticus, ecclesiasticus et civilis urbis, qui traite en particulier de Pbistoire de Rome au moyen âge, et spécialement pendant le règne de Grégoire le Grand. On affirme que le pape aurait consacré ses loisirs à revoir cet ouvrage.

— M. G, A. Parodi, déjà avantageusement connu par son travail intitulé : / rifacimenti e le tradui^ioni italiane delV Enéide di Virgilio prima del Rinascimento, prépare une étude sur César dans la liliérature italienne du moyen âge {I fatti di Cesare nella litteratura italiana del Medio Evo), Elle fera partie des Studii di filologia roman:(a que publie Ernesto Monaci.

— M. A. G. Spinelli prépare une édition cocQplète des œuvres du grand archéologue italien Muratori.

— L'éditeur Carmelo de Stefano, de Messine, promet à bref délai un ouvrage important du professeur Giuseppe Sergi : Antropologia e Scien^çe Antropologiche.

NOUVELLES LITTÉRAIRES DIVERSES — Miscellanées françaises et étrangères —

FRANGE

La Grande Revue. — La Revue de Paris et de Saint- Pétersbourg, que dirigent si brillamment Arsène Houssaye et Armand Silvestre, vient d'être obligée de changer son titre, qui appartenait déjà, paraît-il, à un autre recueil. Elle s^appellera désormais la Grande Revue, titre qu'il ne faut pas considérer comme une manifestation d'orgueil, mais comme une indication de la largeur d'idées qui préside aux choix des œuvres insérées dans cette publication.

Nous sommes certains que, sous ce litre comme sous l'ancien^ son succès ne diminuera -pas.

Une nouvelle maison d'^édition, — Nous apprenons qu'une maison d'édition, V Éditeur parisien, 108, rue Richelieu, vient de se fonder dans le but d'éditer, à ses risques et périls, les œuvres littéraires des jeunes auteurs.

Les manuscrits seront reçus à partir du mercredi i5 courant. On peut prévoir une avalanche.

GAZETTE BIBLIOGRAPHIQUE

Ce que les bibliophiles peuvent voir che:ç M, Léon Gruel. — On écrit à VAthenceum : *

■ Une relique historique vient d'être mise au jour à Paris. C'est un exemplaire de The New Testament (London, i6561 et de The Whole Book of Psalms (London, 1654), les deux réunis dans une belle couverture brodée en soie^ portant sur un des plats le portrait de Charles I*% avec la moustache, mais point de barbe, et sur l'autre la tête charmante, toute bouclée, de Henrietta Maria, à qui sans doute le volume appartenait. Chaque portrait est entouré d'un cordon de soie formant un petit cadre ovale, et a, en haut et en bas, une bordure de fleurs et d'insectes. Le volume a deux fermoirs en argent. La reliure est doublée de tabis rose. Le livre, qui n'a que 5 pouces et demi de hauteur, est en parfait état de conservation, et son possesseur actuel, M. Léon Gruel, 418, rue Saint-Honoré, en communiquera la vue à tous ceux qui s'intéressent aux reliures brodées. Il n'est pas à vendre, w

Les statues. -^ Comme nous l'avions annoncé, la statue de Bizeux a été inaugurée à Lorient, le 9 septembre. M. Eugène Manuel y représentait le ministre de l'instruction publique et des beaux-arts. MM. Renan et Jules Simon ont prononcé des discours. C'était une belle occasion pour les poètes de se faire entendre. Ils en ont largement profité. M. François Coppée, entre autres, a lu une pièce de sa composition en rhonneur du • barc^e d'Arvor ».

La veille, la statue du docteur Guépin, œuvre du sculpteur Léofanti, était inaugurée à Pontivy. Là auàsi, M. Jules Simon a pron(Sncé un discours.

Dans sa réunion du 25 août, la Société des écrivains et artistes espagnols a ouvert une souscription populaire pour contribuer à l'érection de la statue de Balzac à Paris.

La statue de Le Verrier, dont l'exécution a été confiée à M. Chapu, est complètement terminée. Elle est exposée dans les ateliers de M. Magne, architecte et gendre de l'illustre astronome. On sait qu'elle a été exécutée avec le produit d'une souscription publique dont l'Académie des sciences et l'Association française, fondée par Le Verrier, ont pris l'initiative^

Le monde astronomique apprendra avec satisfaction que M. le ministre de l'instruction publique a donné l'autorisation d*ériger cette statue dans la cour de l'Observatoire, dont l'inventeur de la planète Neptune a été le directeur.

La statue de William Shakespeare, qiie l'on installe à l'angle de l'avenue de Messine et du boulevard Haussmann, et dont nous avons déjà parlé, sera inaugurée le 14 de ce mois. Lord Lytton, ambassadeur à Paris, M. Mézières, au nom de TAcadémie, et M. Jules Claretie, au nom du Théâtre-Français, prononceront des discours à cette cérémonie.

M. H. de Bornier a été chargé d'écrire, pour la

circonstance, une pièce de vers, qui sera dite par M. Mounet-Sully.

Clément Marot aura bientôt son monument à Cahors, où il est né.

La Société des études littéraires, scientifiques et artistiques du Lot vient d'obtenir, à cet effet, du conseil général un terrain pris sur le jardin de la préfecture et 100 francs de subvention.

Des listes de souscription vont être prochainement lancées et tout fait présager la réussite de ce projet.

Le centenaire de Buffon. — La municipalité de Montbard (Côte-d'Or) a organisé des fêtes, qui ont eu lieu le 16, le 17 et le 18 septembre, pour la célébration du centenaire de BufFon, né dans cette petite ville en septembre 1707. M. Grandidier y représentait rinstitut de France.

Dans son article sur les Caricaturistes français ^ M. Augustin de Buisseret est forcément amené à parler de l'ouvrage récemment publié par la maison Quanti n, les Maîtres de la caricature française au XIX* siècle. Les éloges bien mérités qu'il lui accorde sont cependant mitigés par une critique sur la correction typographique, laquelle n'est pas, dit-il, «c précisément irréprochable •. Le seul exemple qu'il en apporte est le nom de Baudelaire imprimé Beaudelairey et il déclare que a M Quantin, avant la mise en société de sa maison, fi'eût jamais laissé imprimer » cela. Le bon lecteur, qui comprend les phrases telles qu'elles sont faites, se demande pourquoi M. Quantin laisse imprimer après ce qu'il n'eût pas laissé imprimer avant. 11 y a, en effet, de quoi rendre rêveur. Mais ici M. Augustin de Buisseret ne dit pas précisément ce qu'il veut dire, et l'hommage qu'il ne peut s'empêcher de rendre à M. Quantin se tourne, dans son esprit, en blâme à l'adresse de la direction actuelle de la maison. Il est regrettable que ce blâme s'appuie uniquement sur une orthographe fort discutée, car on sait que Baudelaire a, toute sa vie, bataillé pour empêcher qu'on écrivît Beaudelaire, sans, d'ailleurs, y réussir tout à fait. Nous ignorons, pour notre part, si M. Armand Dayot n'a pas ses rai« sons pour adopter la forme qui horripilait le poète. Où serait alors la faute d'impression?

Nous en trouverions bien plutôt une, — plus fâcheuse, à coup sûr, puisqu'elle dénature le sens, altère la langue et prête à rire, — dans une phrase du même article, où M. Augustin de Buisseret parle de V Immortel, a cet enfant, si mal bâti, d'Alphonse Daudet, dont on nous rabat les oreilles ». Pour que le vent des conversations littéraires suffît à rabattre les oreilles, il faudrait les avoir longues. Cette supposition n'est pas admissible. C'est donc rebattre que nous devons lire. Eh bien, nous avons trop l'expérience du métier pour nous étonner qu'une faute semblable échappe, non pas seulement à l'oeil de l'auteur, mais au soin avec lequel l'éditeur si compétent de VArt, M. Rouam, surveille ses publications.

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ETRANGER

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Allemagne. — Une trouvaille allemande. — Il paraît que les écrivains français n^ont plus d^imagination et sont obligés de puiser leurs sujets dans la littérature allemande. C*est, du moins, la Post qui le prétend. Ainsi, rimmortel, de Daudet, ne serait qu^une adaptation du Manuscrit perdu, de Freytag; Made^ moiselle de la Seiglière, de Sandeau, c'est le roman le Portrait de PEmpereur, de HaufF, et le Maître de Forges, de M. Ohnet, ressemble, à s'y méprendre, au Coup de marteau du forgeron, de Werner.

La Post veut bien convenir que les Français on pour eux la manière de traiter les sujets, mais elle ajoute aussitôt que a Pidée et Poriginalité leur manquent plus souvent qu'on ne croit ».

— La revue Deutsche Dichtung, dirigée par K. E. Franzos et souvent signalée par nous à nos lecteurs, passe de Stuttgart, où elle était éditée par la maison A. Bonz et C% a Dresde, où l'éditeur L, Ehlermann continuera à la faire paraître. C'est d'ailleurs le seul changement qui récitera de ce déplacement, la revue gardant le même programme.

Angleterre. — La pudibonde Angleterre. — Dans une des lettres anglaises qu'il fournit au Figaro, T. Johnson nous apprend que la Société pour la répression du vice a cité en simple police un libraire coupable d'avoir vendu le Décaméron et les œuvres de Boccace. L'avocat de la société a môme pris la peine de lire au jug,e quelques passages de ces deux ouvrages, pensant probablement que le Décaméron et Boccace étaient des auteurs modernes, dont le magistrat n*avait jamais entendu parler.

Le correspondant ajoute : « ^ propos du procès intenté à l'éditeur de M. E. Zola, j'ai prédit que les diverses sociétés vertueuses dont nous jouissons essayeraient d'interdire la vente en Angleterre d^un nommé Molière ou d'un nommé Rabelais; on admettra que nous sommes sur la route qui conduit à ces absurdités. Heureusement, le magistrat de simple police était un lettré^ ayant lu ses classiques; il a condamné l'Association aux frais du procès; mais cette exagération de vertu n'est-elle pas jéellement bien amusante ? »

Une statue à Marlowe. — Il ^'«;at formé, à Londres, un comité pour élever un monument commémoratif au grand prédécesseur de Shakespeare, Christopher Marlowe. Les secrétaires sont Mr. F. Rogers, 62,

Nicholas street, E., et Mr. J, E. Baker, i65, Asylum Road, Hatcham, Londres.

Un monument à la mémoire des correspondants de journaux. — On vient de faire placer dans la crypte de la cathédrale de Saint- Paul, à Londres, une grande plaque commémorative en l'honneur des vaillants correspondants de la presse anglaise qui ont trouvé la mort au Soudan.

Au-dessus des noms, on voit un )ournaliste prenant des notes au milieu des combattants. Sur des panneaux placés à droite et à gauche sont figurés les représentants de la presse avec leur costume spécial et des armes de soldat. Un autre panneau représente VHistoire écrivant sur des feuilles de papyrus déroulées, et Britannia pleurant.

Ces panneaux se relient entre eux par des branches de palmier, de mimosas et des fleurs de lotus.

Les dessins sont dus au ^crayon de M. Herbert Johnson.

Le plagiat en Angleterre. — M. Marmier, de l'Académie française, vient d'écrire à M. Arsène Houssaye la lettre suivante :

« Mon cher ami,

« Connaissez-vous un ouvrage anglais en 3 vol. in-8* intitulé : The men and women 0/ France during the last century?

a Je l'ai trouvé dans un de mes bouquinages et l'ai acheté, curieux de voir comment les Anglais parlent de nos illustrations du xvni^ siècle.

a Ils en parlent très agréablement et très aisément.

« J'ouvre le premier volume de cette jolie collection britannique.

« Je commence par une biographie de Dufresny. C'est la traduction littérale d'un de vos charmants récits.

«,Puis vient Fontenelle, Piron, BoufHers, etc., etc., la reproduction de votre Galerie de portraits du XVIII* siècle, et pas un mot de vous, pas une seule fois votre nom, ni daijs l'introduction, ni dans aucun des trois volumes.

« Le plagiat est complet. Si vous désirez voir ces trois belles traductions, je les mets à votre disposition.

« Au revoir, cher ami,

«Xavier Marmier.*

États-Unis. — Innovation dans le commerce des

livres anciens. — Un libraire de Milwaukee, M. C. N. Caspar, a inauguré un nouveau système de vente pour lequel il a pris un brevet et qu'il appelle « Mail Book Auction », quelque chose comme les Enchères par la poste. 11 envoie à sa clientèle des catalogues sans prix marqués, et les amateurs offrent la somme qu'ils veulent mettre à ceux des livres qui leur conviennent. Si l'offre est acceptable, les ouvrages sont envoyés à celui qui les a demandés le premier; sinon ils appartiennent, au bout d'un mois, à la personne

1, d'ail-

qui a oITerl le prii le plus élevé, que lïur's, ce prit.

Le même libraire prépare un Directory of the Am. rican Book, Neais and Stationery Trade, qui aeri à en iuger par le prospectus, une mine de renseigni ments précieux pour tous ceui qui s'occupent d Je l'indoairie des livre».

GAZETTE BIBLIOGRAPHIQUE

tendue lettre originale de Christophe Colomb, date du 2 avril i5oz.

Cette lettre était l'ceuvre d'un faussaire, qui a copié avec adresse l'original religieusen au palais municipal, k Gfnes.

Burni en Amérique — On a dy^i statue en bronze su poète écossais Robert Burns, à Albany, capitale de l'Ëiai de New York.

Un /aux autographe. — On lit dans la Justice du i(] aoîit ;

Nous apprenons de M. Henry Harisse, le savant bibliographe, qu'il vient d'être mis en vente à New York, au pHï de 2,000 dollars (io,ooo fr.), une pré-

Émile Zola persécuté. — Il paraît qu'en fait de sévérité contre les ceuvres de M. Zola, l'Angleterre a été dépassée par l'Amérique. Le journal le Critic, de New-York, annonce que, dans le Tennessee, tous les vendeurs des traductions de romans de M. Zola ont

'S de 11

indec

Russie. — Le Bibliographe, revue mensuelle, que publie M. Lissovski, a, nous dit le Polybibiion, considérablement étendu son cadre, surtout dans la

MQROLOeie

Franoe. — M. Louis Barbier, ancien bibliothécaire du Louvre, est mort à Passy, à l'âge de quatrevingt-huit ans (8 septembre).

— On

mort de M. Henri-Uonard Bordlur, né à Paris le 8 août 1S17 Ancien élève de l'Ecole des Chartes, i qui l'on doit un grand nombre de travaux et dissertations, M. Bordier, qui avait été archiviste aux Archives nationales de iS5l b lS53, occupait en dernier lieu les fonctions de bibliothécaire honoraire au département des manuscrits de la Bibliothèque nationale. Il était, en outre, depuis quelques années, membre du Consistoire de Paris et du Conseil central des Eglises réformées de France.

Id, <

t quclqu.

— M. T. Colan Suisse, à Grindelw nés de vacances.

Il était un des collaborateurs les plus assidus de République française, qu'il avait pendant quelqi temps rédigée en chef.

Mé en 1S14 à Lemée (Aisne), où son père était pa teur, M. T. Colani embrassa la carrière p et, après avoir été couronné par la Faculté de cheo-

Ile,

logie protestante de Strasbourg,, il fonda la Revue de théologie et de philosophie chrétiennes. On lui doit également un certain nombre de travaux de critique sacrée, d'histoire et de philosophie. Il avait été, en 1876, rédacteur en chef du Courrier littéraire.

lort de M. Lugène Dacosta, le 3rut\;=seur de mathérnatiques bien connu.

M. Dacofita était le père des|deui Dacosta, Charles ;t Gaston, qui jouèrent un si grand rôle dans l'insur-

vient de faire adopter par le Conseil grammaire à l'usage des écoles de Par

—Nous apprenons la mortde M. Jos.des Guetz, de la i'iilrie, qui s'est éteint avaiii-hier après une année

de souffrances laoût).

M. Lévy-Bing. ancien banquier, autei

Linguistique dévoilée et d'autres travaux ou sa d'hebraiiant n'a d'égale que l'audace de sesi s'est noyé le ï8 aoùi, dans l'elang de Saintprés de Rucil, Il était âgé de soizanle-quinze a

— On annonce la mort (septembre) du frère de M»« Marie Laurent, M. Henry Luguet, auteur dramatique, acteur et ancien directeur de théâtre à Paris et à Saint-Pétersbourg; il était âgé de soixante-sept ans.

— *tm»'

— M. Denis Louis, directeur de la Ga:(ette de Pcronne, vient de mourir (août).

Ancien chef de bataillon, M. Denis Louis consacra toute la seconde partie de sa carrière à combattre par la plume pour la République.

— M. Reinhard Munclo, propriétaire de la Nouvelle Galette de Mulhouse, est mort le 14 août dernier, à rage de soixante-douze ans.

-►Mt**-

-*- La mère de Tandon député de PEure, M. Janvier de La Motte, et de la baronne Lepic, M'"^ Perrot, est morte au commencement de septembre, à Aiguebelles, dans le département de la Sarthe, où elle se trouvait en villégiature.

Femme de beaucoup d^esprit, écrivain à ses heures, elle a publié un certain nombre de romans sous lepseudonyme de Gennevraye, qui était son nom de jeune tille.

— »mi"

^^ M. Léon Supersac, auteur dramatique, vient de mourir de la poitrine à la maison Dubois (septembre). 11 étuit âgé de cinquante-six ans.

Après avoir fait ses études au collège Sainte-Barbe; il collabora, dès Page de vingt ans, avec son frère Auguste Supersac, plus âgé que lui de seize ans. Tous deux tirent Une femme heureuse, comédie en un acte, jouée à rOdéon, en i858^avec succès.

A la mort d'Auguste, en 1861, Léon travailla seul pour le théâtre. On a de lui plusieurs petites pièces qui réuBsinent : la Comtesse de la rue Cadet, au Palais-Royal (i863); les Amoureux de Marton, en vers, à rOdéon (1868); Prologue d'ouverture, en vers, pour rinauguration, en 1869, de la salle du Vaudeville, à la chaussée d'Antin; Arlequin et Colombine, en vers, nu Vaudeville (1869); Ma cousine, en prose, au même

théâtre (1873).

Depuis plusieurs années, M. Supersac remplissait lus fonctions de lecteur à TOdéon.

ÉTRANGER

pro-

AlllMWPflf**^- *■" ^" annonce (août) la mort du profcftucur R. Claudius, de Bojin, un des physiciens les plut distingués de PAIlemagne et membre correspondant *de TAcadémie des sciences de Paris. En 1882, M. C'Iaudius avait obienu le grand prix Poncelet pour ftCi travaux de physique mathématique. Il est mort âgé de ftoixanie-sixans.

— Nous apprenons la mort du D» Heinrich Rcschauer, ancien rédacteur en chef de la Deutsche Zeitung, et publicisie distingué.

On annonce la mort du D"- Emil Winkler, professeur à la haute Ecole technique de Berlin.

■IWI*

F. W. Jâhns, e*st mort à Berlin, le 8 août dernier. Professeur de musique très estimé, compositeur de talent, il a dirigé pendant vingt-cinq ans la grande société chorale fondée par lui en 1845 et s'est fait remarquer en cuire par deux ouvrages sur Weber, sa vie et ses oeuvres. •

— Le 20 août, Karl Bayer, auteur dramatique et romancier, est mort à Mœdling, âgé de cinquante- * trois ans. Il a donné de nombreuse» pièces au Fursi- Theater, de Vienne, dont il était l'auteur le plus joué.

«Itti*

— — Fr. Beck est mort le 3o août, âgé de quatrevingt-deux ans. Très versé en philologie et en philosophie, il a publié différents volumes sur ces sciences; mais il est plus connu cependant comme pqète et nouvel liste. Son Histoire d^un tailleur de pierre allemand est devenue classique, pour ainsi dire.

«mi"

Angleterre. — Un archéologue anglais, bien connu dans le Lancashire, Mr. John Eglington Bailcy, vient de mourir à Page de quarante-huit ans. Il laisse, outre ses études locales, une vie de Thomas Fuller, et d^autres travaux biographiques.

— Un jeune mathématicien de grand avenir, M. Arthur Bucchheim, fils du professeur Bucchheim de King's Collège, à Londres, est mort le 9 septembre. Il n'avait que vingt-neuf ans.

«Itl»

— Nous apprenons la mort (20 août) de Mr. William Chappell, auteur d'ouvrages fort importants sur sur la vieille musique populaire anglaise, notamment: Popular Music in Olden Time et National English airs. Il était né en 1809.

— «Ilti"

^— On annonce la mort (août) de Mr. Eassie, auteur de Healhy Houses (Maisons salubres).

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