‹ Le livre (volume 5)Chapitre 125 sur 173 · GIS · texte numérisé non relu

GIS

I par Michel

l.in-i8. Paris,

r Michel Fratc.nty (lieute- - Prix : , fr. 50.

vol. in-iB. Paris, tWnl 11.

i, par Louis D;schamp).

J fr. JO.

Au Val d'Andorre, par Sulter-Iiumaq. Un v:l. in-iS. Mourlon. — Prix : i franc.

Le Colporteur jtiit,- par Louis Noir. Un >ol. in-18. Li-

Un Prêtre dans la maison, par Arm.ind Dubarry. Paiii, Dentu. Un vol. in-iB. — Prix ; j fr. jo.

Hèmoirea dlun lit, par Belz de Vida*. Paris, Dentu. lo-iS. - Prix: jfr, jo.

Ganthariiiad«8, par Théo-Cntt. Paris, Dentu. In-iS.

Lee Rostang, n

Paria, Lihrairie mond

, par Gtorfici Régnai.

Les ZigxagB d'an Curieux. Causerie* sur l'art des livres et la littérature d'art, par Octave Uzakne. Paris, maison Quantin, t8S8; Un vol, in-i6.

L'éclair fait des zigzags, et l'esprit aussi. Tout ce -qui est primesautier, soudain, impromptu, tout ce qui jaillit à un choc inattendu, tout ce qui est capricrieui, ardentet sincère, priicède ainsi, plus ou moins. Les Essais de Montaigne sont des Zigzags, et les ^'gj'g^ de M. Octave Uzanne ne sont point sans étroits liens de parenté avec les Essais.

On connaît l'érudition spéciale et inielli gemment compréhcnsive, profonde d'allures légères, exacte et aimable, à la fois élégante et négligée, technique et r marque tout ce qu'il louche

dans le doi

^ du li

iuffit d

t d'éditions

quelqu'une des études dont il a enrichi la de* petits chef* d'ceuvre des siècles demie lelé l'un des délicieux volumes r£ivn(in7 et s'arrêtent au Miroir du savoir quelle intime et juste connaissa' humain se caéhe sous tes arabesques de sa fantaisie. L'ouvrage que nous avons sous les yeux ressemble

naturelle

devanciers et lient ce qu'ils promettent. C'est ainsi dire, la continuation de Nos amis les i885, qui, lut-meme, se rattache ni nux Caprices d'un bibliophile [Eà. Rouveyre, 1878). Les huit chapitres dont il se compose traitent successivement des écrivains, du public et de la réclame; des femmes bibliophiles, écrit à propos du livre de M. Quantin-Bouchart, el où la sincérité l'emporte aur la galanterie ; de la gravure ; des publications posthumes; du grand Balzac, étudié ici sous des aspects nouveaux par un admirateur affiné et conscient; des bibliophiles colleclionneurs, ut particulièrement du fof lié, M. Charles Cousin ; del'Hôiel Drouot el de la curiusilé; cl des amateurs d'autographes. Tous morceaux de haute graisse bibliophilique, et et où les os mCme^ «ont mirifiquement remplis de moelle artistique et littéraire, si qu'il fait bon vraiment les avoir è explorer, retourner et dévotieuse-

Les lecteurs du Livre en ont, à coup sQr, c le goût. C'est en effet à notre publication que M. Octave Uzanne a donné la primeur de ces pages, où la science se champanise, si je puis dire, et fait sauter.

Me

pour lui donner plus de retentissement et plus de loroe, le bouchon du bon sens. Aussi les lecteurs du Livre, n'en seronl-ilï que plus ardents à s'assurer la possession d'un volume typographiquement irréprochable, enveloppé d'une de ces couvertures que M. O. UïBnne invente avec un goût si sûr dans son audacieuse originalité, orné d'une eau-Torte fantastiquement bizarre et joyeusement abracadabrante, renfermant enfin, toute parfumée d'iconophilie ei d'autographophilie, la quintessence même de ta bibHofolie dont peut s'fprendre te plus raffiné des artistes et le plus délicat deu lettrés. b.-h. c.

ŒhtvTOfl posthumes de Angaate Barbier, Étadea littéraires et artistiques. Un vol. in 1 8, Paris,

i88S, L. Sauvaitre.

MM. A. Lacaussede et E. Cranter, deux poètes,

revoir et à mettre en ordre cette édition des Œuvres posthumes de l'auteur des ïambes, n'ont pas jugé qu'il fut utile de nous dire où et sous quelle forme ils avaient trouvé les fragments qu'ils viennent de publier Et dont je compose le quatrième volume de la série. Ce détail pourtant ne manquerait pas d'intérêt ; car ces pages que je considère comme une colleciion de fragments, notes, morceaux, extraits o\i peniées, \es éditeurs leur donnent le litre d'Etudes, titre un [eu ambitieux peut-être, en l'espèce assurément, Auguste Barbier avait étudié les ceuvres et les hommes dont il parte : cela ne fait pas l'ombre d'un doute, mais la façon dont il en parle a bien plutôt la vive allure et le trait spontané d'impressions ressenties en quelque lecture et notées aussitôt, que la Jémarche solennelle et grave à en être parfois pesante du genre ^tude. Et

concises, ont la chaleur et la vie qui se dégageraient des feuillets d'un journal intime tenu par un poète, par un lettré aui larges vues, par un philosophe épris d'idéal et confessant ses émotions et sea jugements, chsiuc (ois que, par hasard ou de propos délibéré, Il VetI abandonné à méditer sur les écrivains grecs et lat,r>*, profanes ou religieux et de même sur les protarcuri el les poètes français et étrangers depuis la /cr.ïiuaDce œuvre d'un pensant, te livre quelque titre ',;'-ja lui donne, fournit ample matière à la pensée.

laiMbalIahl Les Anglais jagéa par un Indien, par Hadii Miiiw. Un vol. in-i8. Paris, i88a, Paul Ollendorfl".

D'un passage de ce livre écrit avec une connaissance parfaite de ta langue française et même des parisianismes les plus récents, il'résulte que l'auteur Hadji Mina, Indien et sujet anglais de naissance, a Clé instruit dans une pension an glo- française, en Suisse, et a séjourné quatorze ans tant sur le continent qu'en Angleterre. L'aisance et la verve du styte, pour nous être de la sorte expliqués, n'en révèlent pas moins, de la part d'un étranger, un don d'assimilation extraordinaire et une intelligence peu

De ta première i la dernière page, il est vrai, cette verve est entretenue par la passion qui brille au cceur de Hadji Mirza et traversa son œuvre. U sensée cette passion nous serait confié dès le litre, si nous comprenions l'exclamation que l'auteur y a inlro- .duite en son idiome natal : • Innshatlak .' Avec l'aide de Dieu '. ■ s'écrie-t-il. Rapprochée du sous-iitrc : Les Anfelais jugés par-un Indien, quel autre sens peut-elle avoir, cette invocation, si ce n'est celui d'un cri de guerre contre l'Angleterre; "^

t. L'Indien hait l'Anglais de toute ta haine que le cc>n;ui$ garde contre le conquérant! Il hait l'Angtais qui le tient sous le joug et lui crache l'insulte cl le mépris au visage! Il le hait, parce que celui-ci le souille par sa présence, parce qu'il le pille et le ruine, et s'enfuit chargé de ses dépouilles... comme un bandit. ■ La déclaration est formelle, et c'est elle qui clôt le dernier chapitre du livre; telle est l'impression sur laquelle Hadji Mina veut se séparer du lecteur : pj-écaution superQpe, car il &l bien impossible d'échapper à une impression qui se renouvelle, de ligne en ligne, d'un bout à l'autre du volume. Celle haine de l'écrivain indien est tellement manifeste qu'on est tenté de se demander en tcrmani le livre, si l'auteur hait l'Angleterre parce qu'elle est réellement telle qu'il nous la montre, c'est-â-dire menteuse, voleuse, perfide, cruelle, lâche et de plus profondément rilicule, ou s'il ne la *oit pas ainsi parce qu'il la hait. Mais non, Hadji-Mirza laisse peu de prise au doute au sujet des faiis qu'il rapporte et des moye» de domination employés par les Anglais en Egypte ei surtout dans l'Inde. Il cite les télégrammes officieli et nombre de journauic indiens A leur date. Le livre, en outre, est rempli de détails des plus curieui, peu connus en France, sur les mœurs des émirs soum'it, des Indiens, des cypaies, des officiers et fonctionnaires anglais, sur l'attitude respective de l'Angleterre et de la Russie- f^ lecture à^Innshailak! qui réiouirs les Anglophobes est faite pour attrister ceux qui comme nous voudraient aimer ce grand peuple notre voisin, admirable par tant de c6tés et par quelques

Œuvres posthiuneB de Piron (Prose et Ver«\

accompagnées de la correspondance adressée à Piran par Af"' de Bar, publiée sur les manuscrits autographes originaux avec une Introduction el des notes par HoNoaâ Bonhouue. Un voL in-i8. E. Deniu.

L'ai-je écrit sans rougir, ce nom du trop célèbre auteur de l'Ode à Priape. Car le pauvre Piron traim toute sa vie comme un boulet le poids de ce pécbé de jeunesse, et son nom en reste taché devant la postérité. Le chàii ment est excessif pour une improvisation vingtième année après boire, car lui-même il nous

« mit à l'hyn

le folle.

CRITIQUE LITTÉRAIRE DU MOIS

tenelle lors de la candidature du poète bourguignon à TAcadémie : « Si Piron a fait la fameuse ode, il faut bien le gronder, mais ^admettre; s^il ne Ta pas faite, fermons-lui notre porte. » A le juger sur sa réputation, Piron fut en amour plus sensuel que sentimental. Cependant il ne fut pas toujours abandonné aux nymphes vénales et banales. Au moins eût-il deux belles et longues liaisons avec deux femmes qui restèrent ses amies; mademoiselle Quinault, la célèbre soubrette de la Comédie-Française, dont M. Honoré .Bonhomme a déjà publié les charmantes lettres à Piron et mademoiselle de Bar : « l'une, anged^amour et de poésie; Pautre vrai démon à damner plusieurs saints. » C'est précisément .la correspondance avec M"' de Bar qui suit immédiatement Pintroduction, M. Honoré Bonl\omme publie en outre un conte sur un sujet donné par J.-B. Rousseau, une notice sur la femme de Piron, une autre sur les premières amours du poète, un récit de ses relations avec Fréron et Tabbé Desfontaines, des lettres à diverses personnes, le testament littéraire sous forme de lettre à PAcadémie française, et finalement différentes pièces de vers: contes, épîtres, épigrammes, chansons, etc. Cette publication met en lumière certains traits de la physionomie de Piron que jusqu'ici Pon n'avait même pas entrevus. Elle piquera la curiosité des fervents du XVI ii« siècle.

Tableaux algériens, par Gustave Guillaumet. Un volume in-40, illustré de douze eaux-fortes par Guillaumet, Courtry, Lerat, Géry-Bichard, Mûller et Toussaint, de six héliogravures par Dujardin, et de cent vingt-huit gravures en relief, d'après les tableaux, les dessins et les croquis de Partiste, précédé d'une Notice sur la vie et les œuvres de Guillaumet par Eugène Mouton. Paris, 1888. Librairie Pion.

La mort tragique prématurée, volontaire de Guillaumet au lendemain de son plus giand succès, et par cela même d'autant plus inexplicable, le prix considérable, sans précédent pour lui, dont fut payé l'un de ses derniers tableaux, ce chiffre, redit, exagéré peut-être par la chronique, entourant d'une auréole d'or la palette du peintre de Vlntérieur saharien apprenant au grand public son nom, qui n'avait pas jusque-là, franchi le cercle d'estime du monde de l'art l'ensemble de ces diverses circonstances, si Pon 7 ajoute surtout la soudaine révélation sur le tard de véritables qualités d'écrivain -> ce concours de faits imprévus a exercé sur Popinion même de la critique, une influence grossissante, et lui a fait dépasser quel* que peu la juste mesure de Péloge en ses- jugements sur le talent de Gustave Guillaumet. Avec certains dons innésy en efifet, le talent chez le peintre du Sahara est plutôt une conquête de la volonté que la manifestation d'une puissance ou de facultés géniales ^génial power. Et cette force de volonté se marque dès son premier pas, dès son premier essai de dessin. M. Eugène Mouton en la substantielle Notice sur la vie et les œuvres de Guillaumet placée en tête des Tableaux algériens nous dit ce qu'était cet essai : « la

copie réduite d'une grande gravure d'après un paysage du Poussin, où le travail est microscopique au point qu'on ne peut le démêler qu'à l'aide d*une loupe, a C'est la volonté énergique et tenace — malgré de soudains découragements — qui le maintint dans la voie du progrès constant jusqu'à la dernière heure. Car il y a un écart de talent considérable entre l'auteur /le Vlntérieur saharien et celui de la Prière du soir, non comme valeur de composition, mais comme vision exacte des phénomènes atmosphériques de la lumière, et au point de vue aussi de la facture, qui a singulièrement gagné en puissance, au prix, il est vrai d'une certaine lourdeur.

. Conduit une première fois par le hasard propice en Algérie, quand il était parti pour aller en Italie, Guillaumet y retourna neuf autres fois. Dès le premier voyage, il y avait comme Eugène Fromentin, il y trouva son œuvre de peintre. Mais Fromentin ne sortit guère que par exception du verdoyant Sahel, celte Normandie algérienne dont les fraîches élégances encadrant le luxe et la noblesse des mœurs féodales Pavaient captivé et correspondaient mieux à la nature de son talent. Guillaumet, au contraire, poussant plus loin vers le sud, ne se plut qu'aux spectacles plus austères, plus rudes du paysage et de la vie du Saharah; c'est à Pintense lumière du désert que s'ouvrirent les yeux du peintre.

Comme Fromentin également — mais, il faut le dire, à Pinstigatfonde M"** Adam qui les lui demanda pour la Nouvelle Revue — il chercha, trouva, revit et écrivit les notes qu'il avait prises sur place en ses divers séjours en Algérie. Publiées d'abord en ladite revue, ces notes forment aujourd'hui la matière des Tableaux algériens, qut la librairie Pion a édités avec* un luxe d'illustrations qui nous console un peu de ne pas voir réalisé le projet que Partiste avait formé d'illustrer lui-même son livre. On peut lire en tête de ces lignes Pénumération des gravures de toute sorte qui accompagnent le texte. Les héliogravures de Dujardin, comme les eaux-fortes tant de Guillaumet lui-même que d'eaux-fortistes éminents reproduisent les principaux tableaux du peintre : quant aux gravures en relief, c'est dans les cartons de l'auteur qu'on a trouvé les cent ving-huit dessins dont elles sont en quelque sorte le fac-similé. Il en est dans le nombre, comme les deux vues de VOuedjer, qui dans leur admirable et savante simplicité atteignent au plus grand style ; dans les autres c'est la force qui domine. C'est la force aussi qui est la marque chez lui du style de l'écrivain, et non plus comme chez Fromentin Pélégance et la parfaite correction; c'est la force de Pimpression et celle.de l'expression; tout cela est d'un homme qui sait voir et qui fait voir. Pour terminer et afin de montrer cette force en action, je détache de la ^galerie des tableaux algériens un morceau achevé, complet, parfait en vingt lignes, un chef-d'œuvre digne de rester et de figurer dans les recueils de Morceaux choisis. Il est intitulé : Le Fou.

« La foule qui le connaît se range sur son passage. C'est un fou...

M U f;i arche dans la rue, les yeux ouveru, insensible â IVcUt du ciel» au murmure des eaux. Il va fievant lui, errant, poussé par le hasard. Le soir le %\xrpttnd loin de la ville ou loin du douar. Il se couche, et Tétoile seule peut voir ce vagabond qui dort. La porte où il frappe est sanctifiée : elle s'ouvre; • on Taccueilie; on lui fait place au foyer. Dans la rue ^ comme dans le sentier désert, sa rencontj-e est un heureux présage. La poussière qu'il foule est sacrée. Toucher son vêtement préserve du mal. Un lambeau du haillon qui le couvre devient amulette. Au seuil , de la tente, on fait taire les chiens, des qu'il paraît. Le chef s*inctine devant lui et le baise au front, car il attire les bénédictions d*Allah. Cest un fou ; Allah garde cette âme innocente.

« On le laisse ainsi suivre son destin : 11 vieillit; sa barbe blanchit, son front se ride, ses yeux se ferment ; Il meurt.

a Fù ses frères, recueillant sa précieuse dépouille, l'ensevelissent en terre sainte, auprès des tombeaux augustes des marabouts. »

N^est'Ce pas que la page est vraiment belle?

No* AnoètreSf par Jean Revel. Un vol. in-i8, Paris,

i88d, G. Charpentier.

Si par devoir professionnel, nous ne nous faisions une obligation de ne point nous arrêter sur une première impression défavorable, nous n'aurions pas franchi la vingtième ligne du volume de M. Jean Revel. Nous Teussions fermé sans être tenté de tourner le feuillet n'^ i. 11 serait difficile en effet, d'accumuler au seuil d'un livre une égale somme d'images répugnanteS) d'entasser autant d'immondices en un si petit cadre et de le faire avec une «gale complaisance, avec une satisfaction plus évidente, avec une plus visible recherche de l'expression nauséabonde. Nous l'avons tourné pourtant, ce premier feuillet, et le suivant et bien d'autres à la suite. Et nous ne regrettons point de l'avoir fait, en dépit de la fatigue initiale et de l'effort qu'impose au lecteur le maniérisme prétentieux et afiectc de l'écrivain. M. Jean Revel a vu JcruBolemi l'Egypte, Aden, le Liban, la Turquie, la Grèce avec les yeux d'un homme prompt à saisir ^e pittoresque des formes et des couleurs et il parle des races qui occupent ces contrées diverses avec un esprit nourri d'érudition et familier avec la méditation philosophique. e. c.

Œuvres et oorrespondanoes inédites d'Alemborti publiées avec introduction, notes et appendice, par M. Charles Henry. Un vol. in-8*. Perrin et C**, édit. Paris, 1888.

U entre beaucoup de méfiance dans le sentiment avec lequel nous accueillons les « raclures de tiroirs»; et la fureur de Pinédit nous cause fréquemment plus d'irritation que d'enthousiasme. Toutefois, il faut prendre sur sot et se dégager de tout ce qui ressemblerait à un parti pris, surtout quand c'est un érudit

aux connaissances aussi rariées. us chircà6::r ssui infatigable que M. Charles Henri qui presd U pc:a« d'exhumer et de publier des isorceasx usqu'iLcn enfouis dans l'ombre et la poussière des archives. Ea outre la personnalité de d'Alembert excite une srnpathie et une curiosité si justifiées que l'on peut accepter comme une bonne fortune la pubiicaUon de pages inconnues, sorties de sa pensée.

Le volume présenté par M. Ch. Henrj en coatient de fort intéressantes, les unes dans l'ordre doctrintU — ce sont des fragments plus ou moins éteados sur, la véritable religion. — La liberté humaine et ^en^ tence de Dieu. — La troisième lettre sur la destructica des jésuites. — La République des lettres en i';6o et la presse. — V Esthétique de vues. — La théorie de la musique. — L'Opéra. — Les autres, d*ordrc biographique, comprennent une correspondance avec Catherine II, et notamment les lettres échangées entre d'Alembert, M. d'Odar et M. de Nicolai au sujet de la proposition faite au philosophe français du protectorat du tzarewich, des lettres à M"* deLespinasse sur la cour de Berlin.

M. Charles Henry a même eu la main assez heureuse pour rencontrer des lettres inédites de V'oltaire. C'est dans l'une d'elles qu'à propos du prix des livres et des difHcuités qui arrêtent le Dictionnaire encyclopédique : « Je voudrais bien savoir quel mal peut faire un livre qui coûte cent écus. Jamais vingt volumes in-folio ne feront de révolution; ce senties petits livres à trente sols qui sont à craindre. 5t r£vangile avait coûté 1,200 sesterces, jamais la religion chrétienne ne se serait établie.

Voltaire a-t-il replacé ailleurs cette boutade rmais il me semble qu'avant la découverte de cette lettre par M. Ch. Henry, elle n'était pas absolument égarée.

Ce qui n'empôche pas le volume d'être, au moins dans sa majeure partie, fort attrayant pour ceux qui ne veulent laisser d'impénétré rien du xviu* siècle.

Mélanges et Portraits, par E. Caro, de l'Acadcmic française. Deux vol. in-i8, formant yoS pages. Paris, librairie Hachette et C'«, 1888.

Je ferme les yeux... Plus d'un quart de siècle m*est enlevé de dessus la tête, avec son poids de deuils et de souvenirs, d'expériences et de résignations; alors, distinctement, je me revois dans une antique ville universitaire du Nord, au centre d'une salle sordide d'hôtel municipal « vieux jeu », en présence, — tel un accusé devant le tribunal, — de cinq à six messieurs, assis là, pour me poser tour à tour diverses questions. C'était la première séance de l'examen oral, pour le baccalauréat, à la Faculté des lettres récemment créée à Douai, et qui comptait parmi ses professeurs des noms célèbres, ou bien près de l'être, et même un, superlativement glorieui^ Il y avait là le courtois et savant M. Filon, dontl'tffabilité encourageante, me sauva du mauvais vouloir de son collègue chargé de la partie « sciences »i et qui était déjà le personnage cassant, têtu, nuieitx a toute contradiction, que l'on a vu traiter si gracictt-

CRITK^UE LITTÉRAIRE DU MOIS

sèment les plus vieux docteurs de PAcadémie de médecine... le même enfin, à qui M. Renan, dit avec tant de grâce, en le recevant sous la coupole : « Soyez le bienvenu, monsieur; nous vous communiquerons de nos doutes, et vous nous communiquerez de votre assurance. » Il y avait là, d*éminents lettrés, tels que M. Martha... et, tout près du doyen, — il me semble le regarder encore, — un très bel homme de vingthuit ans environ, au physique à la fois élégant et robuste, avec un monocle collé sur VœU. Il m^inquiéta bien un peu, par sa façon de me « retourner » sur la philosophie, comme s'il se doutait que je fusse un échappé de rhétorique, passant presque en fraude, avant sa dernière année de collège... mais finalement, je le trouvai favorable. Aussi, pour avoir contribué par sa boule blanche au résultat heureux d'une épreuve tentée contre le gré de la famille, et avec la malveillance de notre proviseur, j'avais conservé à M. Caro le souvenir affectueux de cette première rencontre. Plusieurs années se passent; M. Caro qui languissait à Douai, malgré le succès extraordinaire de son cours et de sa personne, est nommé à Paris; il y réussit de la façon la plus brillante comme maître de conférences à l'École normale, et comme professeur de philosophie à la Sorbonne. A cinq années d'intervalle, il est élu membre de l'Académie des sciences morales et politiques, et de l'Académie française. Pour son malheur, il devient un « homme du jour n, recherché à ce titre dans les salons à la mode; on Ty choie avec l'ostentation traîtresse de ces lieux hostiles à l'esprit. Cet homme, d'un véritable mérite, se fait le directeur spirituel, où plutôt le camarade mystifié d'un clan de sottes, bonnes pour apprécier l'intelligence d'un beau ténor où la poésie d'un fort dragon... et riant entre elles, et même avec leurs correspondantes, de la crédulité du professeur-académicien devant leurs grimaces d'attention sympathique. On le voit dans les loges et les bai* gnoires de « la comtesse » et de « la belle madame ». Tout son talent et ses honneurs ne le sauvent pas du ridicule de l'universitaire dameret. On me comprend, sans que j'insiste. Le normalien enseignant apporte une marque indélébile dans sa galanterie présomptueuse ou fade. Il arrondit alors le bras ou la phrase d'une sorte qui prête à rire aux gommeux, devant cette affectation de légèreté où s'attardent des grâces encore classiques. Le malin Prevost-Paradol lui-même et l'étincelant About ont été dans leur personnage vis-à-vis du féminin, l'un maladroit, l'autre inconvenant. La faveur douteuse de cette clientèle mondaine, — sans parler de la neutralité ironique des confrères, — devait enlever à M. Caro l'appui de sa clientèle naturelle^ rendue déjà malveillante par une autre cause, celle-ci tout à Ilionneur de M. Caro : sa fidélité aux doctrines spiritualistes et son beau courage moral devant des auditoires désormais habitués à voir plier leurs maîtres, les uns tremblant pour leurs places, l'es autres pour leur peau... et, non sans raison, comme on l'a pu voir dans certaines récentes agitation^ du pays latin. Alors, commença l'eaLpiation par trop cruelle, de bon-

heurs en somme rapides, mais légitimes. C'>îst, avant tout, un grand deuil domestique... et puis surviennent tumultes au cours, manifestations hostiles en plein cimetière, devant la tombe d'un confrère, attaques de feuilles de chantage qui s'acharnent avec une inexpliquable violence contre cet infortuné favori de la fortune, et lui empoisonnent l'existence au point qu'il songea quelque temps, dit-on, à fuir l'air de Paris. Sans doute on le voyait bien encore, dans' certaines réunions, visé par des dames, — ohl. plus de « belles madames »! — de sexe et de visage particulier, en quête de prix Monthyon ou de voix pour leur époux candidat. Le charme n'y était plus, la confiance moins encore... et peut-être la maladie qui devait bientôt emporter cet homme de réelle valeur a-t-elle reçu le développement si brusque de son germe de mort dans le chagrin de cette trahison de l'étoile jadis amie. Ce philosophe nous lègue donc, par l'exemple de sa carrière, une leçon de philosophie plus éloquente qu'aucune de celles renfermées dans ses livres. Voici dix mois qu'il a cessé d'être; déjà toutes ses places sont remplies par des successeurs, son image est déjà pâlie dans toutes les mémoires, et le souvenir de sa mort si récente est déjà lui-môme indistinct. En eff'et, cette mort eut lieu en juillet dernier, et les réclames de librairie pour le dernier ouvrage de M. Caro la placent en automne. Nous venons de donner à la très intéressante personnalité de Tauteur l'espace qui aurait appartenu de droit à l'ouvrage annoncé plus haut, s'il s'était agi d'un livre nouveau. En réalité, c'est un recueil d'articles déjà publiés dans des périodiques très répandus. On y retrouve tout le talent de diction, et cet .art d'exposer les doctrines, et cette fermeté courtoise à les combattre, qui distinguaient M. Caro, qui ont fait la vogue de son enseignement et vouent son nom à noire respect. Les deux volumes récemment parus comprennent vingt-trois substantielles études, intitulées : Souvenirs d*un enseignement à la Sorbonne; Essais de psychologie sociale; la Peur; la Responsabilité dans le rêve; de la Solidarité morale; les Idées antiques sur la mort; le poème de Lucrèce; Essai sur le génie dans l'art; les Causes finales; la Parole intérieure; Joseph Joubert; Maine de Biran; M. Vitet; B. Nisard (trois articles); Saint-Marc Girardin; Hippolyte Rigault; Maurice de Guérin; Alfred Tonnelle; Doudan; Frédéric Amiel (deux articles); Pensées d'un solitaire. Nous ne féliciterons pas M. Caro de ce dernier morceau dont l'excessive complaisance causa, pour sa part, le délire de vanité ridicule que devait étftler a le Solitaire ». Par contre, nous louerons l'excelletite notice sur M. Caro, placée en tête de ces deux volumes par M. Martha. l. d.

Les Familles bibliques, conférences à la réunion des pères de famille, par le R. P. Matignon, de la compagnie de Jésus. Cinquième série : Les Mâchabées. Un vol. in-12. Paris, Victor Palmé, 1888. — Prix : 3 francs.

Dieu nous enseigne nos devoirs, à nous tous, d'une manière souveraine et digne de lui; il nous

LE LIVKE

instruit par des leçons et par des exemples. — Après avoir rapporté les « leçons » dans cette longue suite de conférences qu^il a ensuite publiées en quatre volumes : les Droits de Dieu sur la famille, la Famille et PÉtat, les Épreuves et les Joies de famille, les Devoirs de Vépoux, le R. P. Matignon, continuant à rappeler les enseignements de Celui qui commande, a, dans de nouvelles conférences, proposé en « exemple » la vie des plus illustres serviteurs de l'ancienne alliance. Il a dît les veitus qu'avaient prouvées et les patriarches^ et les familles en Israël, ta maison de David, la famille de Tobie, celle de Job; quatre séries de conférences, quatre volumes, et voici le cinquième avec les conférences dans lesquelles il a parlé des Machabées, martyrs de la foi et de ces autres Machabées, les héros de Tindépendance.

Plus tard, il ouvrira le Nouveau Testament; il donnera et commentera d'autres exemples de vertus chrétiennes.

En ce cinquième volume, il célèbre, comme il convient, le courage du vieillard Eléazar, celui de ses fils spirituels; peut-être, relatant les actions des Asmonéens, de Mattathias et de ses enfants, Juda, Jonathan, Simon, le conférencier fait-il regarder un peu trop exclusivement à la fin, — à la fin telle quMl la conçoit et qu'ils l'ont poursuivie, — et regarder pas assez aux moyens qui ne sauraient tous se justifier; mais n'allons pas le prendre à partie sur ce point, quand, sur tant d'autres, nous sommes en désaccord avec lui; il n'a pas entendu faire œuvre d'historien, peut-il répondre pour sa décharge, — d'autres s'appliqueront à l'étude des règnes d'Antiochus, "Epiphane et de Demetrius, — il a seulement voulu par- , 1er pour l'édification des fidèles de la véritable Église catholique, apostolique et romaine.

Le R. P. Matignon dit bien ce qu'il pense avoir à dire; il le fait dans un langage très simple, et rien dans sa phrase pour l'enchantement de l'imagination: de la sévérité, de l'austérité plutôt. Car il s'adresse moins à la sensibilité qu'à la volonté; c'est l'action qu'il prêche, c'est la foi agissante, non l'amour, non la contemplation, non le mysticisme. f. g.

Boarron et le genre burlesque, par Paul Morillot, ancien élève de l'École normale supérieure, chargé de cours à la faculté des Lettres de Grenoble, lauréat de l'Académie française. Parts, H. Lecène et H. Oudin, 17, rue Bonaparte, 1888. In-8* de 432 pages, avec un portrait de Scarron. — Prix : 8 francs.

Voici, sans conteste, l'un des meilleurs et plus attrayants ouvrages qui aient paru en ces derniers temps : les amis des lettres aussi bien que les amis de l'étude historique, — les bibliophiles et simples curieux comme les travailleurs de tout ordre, — le rechercheront avec le même empressement, l'accueilleront avec la même faveur et le liront avec un égal profit. Ce bon livre, en effet, par l'excellence de sa forme non moins que par la multiplicité et la variété

des faits qu'il renferme, a de quoi satisfaire aux exigences des uns et des autres; il se divise en deux par-^ ties principales, l'une relative à la vie, l'autre consacrée aux œuvres de Scarron ; nous allons tâcher d'en faire connaître succinctement le contenu.

Paul Scarron n'a pas manqué de biographes : Bruzen de la Martinière, ChaufTepié, La Beaumelle, au siècle dernier, et, de notre temps, le duc de Noailles, M"» Guizot, Edouard Fournier, M. Henri Chardon, etc., ont consacré des essais plus ou moins étendus au célèbre « Empereur du Burlesque >, les uns visant directement Scarron lui-même, les autres s'occupant plus spécialement de sa femme, la future marquise de Maintenon. Par malheur, ces biographes se sont trop souvent inspirés les uns des autres, reproduisant ainsi des allégations erronées ou laissant subsister des lacunes qu'il était réservé à M. Paul Morillot de rectifier ou de combler. « C'est, dit avec raison notre auteur, dans les œuvres de Scarron luimême, qu'il faut surtout chercher sa vie; il s'est dépensé chaque jour en petites pièces de vers, en épîtres, en lettres : beaucoup, sans doute, ont disparu, mais beaucoup existent encore et c'est de cette poussière qu'il faut tenter de faire sortir un Scarron plus vivant, lié plus intimement à ses contemporains et à son époque. Quelques points resteront encore obscurs; mais mieux vaudra signaler les lacunes que tenter de les combler par des anecdotes peu sûres et par les bons mots peu authentiques qui traînent dans les anas» » — Suivant rigoureusement la régie qu'il s'est tracée, M. P. Morillot prend Paul Scarron à sa naissance (Paris, 4 juillet 1610) et le suit, pour ainsi dire, pas à pas dans toutes les circonstances de sa vie, n'avançant rien qu'il ne puisse appuyer sur un document certain ou sur une preuve valable. Après nous avoir conté l'enfance peu heureuse de Scarron, qui n'oublia jamais les méfaits de son acariâtre belle-mère, il nous le montre^ devenu chanoine de Saint-Julien, menant dans le Maine une agréable vie, assez peu édifiante d'ailleurs, parmi ses protecteurs et ses amis. Ce premier chapitre^ renfermant une peinture achevée de la vie provinciale dans la première moitié du xvii* siècle, n'est pas une des parties les moins attrayantes de cette étude qui contient tant d'autres pages instructives. Jusqu'alors l'existence de l'aimable abbé n'offre rien de très pénible : menant une vie joyeuse, faisant des escapades de nuit, galantisant les dames, dépensant follement une santé qu'il croyait devoir être inusable, il n'aurait, malgré ses minces ressources, vraiment point trop à se plaindre; mais voici que, par suite d'une aventure maintes fois racontée et plus ou moins authentique, Tétrange maladie qui le martyrisa jusqu'à la fin de ses jours vient à fondre sur lui. Adieu les plaisirs et les fêtes; avec les maux intolérables, tout un cortège de soucis, de chagrins, de misère s'attache au malheureux Scarron qui ne conservera pour tous biens que son incroyable gaieté et son intarissable verve. Il lui faut revenir à Paris, après d'inutiles et douloureux séjours aux eaux de Bourbon, puis à l'hôpital de la Charité. Autre malheur, son

CRITIQUE LIT- r.RAIRE DU MOIS

père, le conseiller Scarron, Pétrange personnage que Ton appelait VApotre, tombe en disgrâce, perd sa charge et voit très menacées sa fortune et celle de sa nombreuse famille. Mais Paul Scarron est bon fils, etc^est là un des plus beaux côtés de son caractère; il s'attache avec une infatigable énergie à soutenir et à relever son père, bien durement, sinon injustement frappé. Démarches, placets, courtisaneries, rien ne lui coûte, rien n^est épargné, et quand, pour prix de tant d'efforts méritoires, il va enfin obtenir le rétablissement de V Apôtre dans sa condition et dans ses biens, il a la douleur de le voir mourir.

Nouveaux chagrins : la mort du vieux conseiller, qui aurait dû procurer à son fils une certaine aisance, devint au contraire pour Uii la source de longs ennuis et d'un interminable procès. Il faut lire, pour comprendre les mécomptes de Scarron, le récit de M. Paul Morillot» qui résume avec une clarté parfaite les détails de cette lutte de neuf années entre le pauvre t cul-de-jatte » et ses beaux-frères et la triste issue de toute Taffaire pour Théritier, victime à la fois de son imprudence et de son désintéressement. Comme s'il n'eût point eu assez de ses incessantes tortures physiques et de ses démêlés avec les siens, la politique réservait à Scarron de nouveaux déboires.. La guerre de la Fronde venait d'éclater : d'abord royaliste, Scarron ne tarde guère à se déclarer contre Mazarin; entraîné comme tant d'autres, en pareilles occurrences, par le mouvement qu'il avait l'air de diriger, il se fait mille ennemis et est en butte aux plus noires et plus dommageables calomnies; aussi, quand la guerre civile a pris fin, se trouve-t-il plus malheureux et plus pauvre que jamais, en proie à un découragement qui le pousse à former d'aventureux projets et le décide même à aller tenter fortune en Amérique. Par bonheur pour lui, il ne peut mener à bonne fin ces dessins chimériques et une circonstance se produit qui fixera son sort pour les dernières années qui lui restent à vivre; nous voulons parler de sa liaison avec Françoise d'Aubigné.

Le chapitre consacré à cette dernière période de la vie de Scarron (i 65 2- 1660) n'est pas seulement une merveille d'érudition, de tact et de judicieuse critique, c'est aussi l'un des tableaux les plus complets que l'on possède sur le Paris du milieu du xvii* siècle. Nous regrettons de n'avoir pas l'espace nécessaire pour en donner l'analyse détaillée qu'il mérite: il nous sera permis^ cependant, d'en signaler les points principaux. C'est d'abord l'histoire du mariage de Scarron, qui a donné lieu à tant de récits plus ou moins fantaisistes et que l'on trouve ici présentée sous son véritable aspect; puis, quand le pauvre ménage s'est enfin installé dans le modeste logis de la rue Neuve-Saint-Louis, M. Morillot nous introduit dans la chambre du paralytique, nous montre la société qui y fréquente, décrit et dénombre les grands seigneurs, les gens de lettres et les femmes qui s'y rassemblent; il dépeint à merveille cette société, la plus polie qui fût alors, dont les caractères distlnctifs sont un mélange de libertinage modéré, d'esprit

B1BL. MOD. — X

satirique et de gaieté. — Quel fut, au milieu de cette société brillante, pleine de dangereuses séductions, le rôle de M™« Scarron? Quelle fut son attitude à l'égard des galants courtisans? Que doit-on penser des allégations de Tallemant au sujet de Villarceaux et delà fameuse chambre jaune de Ninon de Lenclos ? En un mot, la future marquise de Maintenon est-elle restée vertueuse? — Grosses et obscures questions que notre auteur étudie et s'efforce de résoudre avec un grand bon sens, avec une conscience et une délicatesse parfaites. — Avec lès derniers jours de Scarron, marqués par ses tentatives désespérées pour guérir et ses entreprisés désastreuses pour s'enrichir, se termine la partie biographique de l'ouvrage. La sèche analyse qui précède ne peut assurément en faire apprécier le mérite; elle peut suffire toutefois à en faire saisir l'extrême intérêt et à inspirer le désir de la lire.

Comme on l'a indiqué plus haut, la deuxième partie du livre, en tous points digne de la première, est exclusivement consacrée aux œuvres de Scarron. C'est, en même temps qu'une très complète étude de ses écrits, un précieux chapitre de notre histoire littéraire, renfermant le meilleur essai qui ait paru sur la littérature burlesque. Sans doute, l'auteur n'a point épuisé la' matière, non plus d'ailleurs que ceux qui ont, avant lui, abordé le mâVne sujet, et nous ne possédons point encore en notre langue, sur ce curieux genre littéraire, un ouvrage comparable à celui de l'Allemand Floëgel. Mais il ne faut pas perdre de vue que M. Paul Morillot ne s'est pas proposé de traiter le sujet à fond ; il s*est borné à tracer les grandes lignes de l'histoire du burlesque, disant tout ce qu'il importe de savoir sur ce genre et plus spécialement tout ce qu'il faut connaître pour se bien rendre. compte du rôle et de la valeur littéraires, et, si ce mot ne paraît pas trop fort, du « génie » particulier de Scarron. Sous ce rapport, M. P. Morillot n'a vraiment plus rien laissé à dire; qu'on en juge par ce sommaire très abrégé des cinq chapitres consacrés k l'œuvre relativement considérable et si variée de l'inoubliable railleur.

Le premier de ces chapitres a trait aux Poèmes travestis, autrement dit à l'œuvre burlesque de Scarron : le Typhon, l^Enéide travestie, l'ode (THéro etLéandre y sont, comme on pense, examinés et critiqués à fond ; la comparaison de Scarron avec ses devanciers et ses imitateurs, de Marot et Rabelais jusqu'à Sarrasin et Saint-Amant, n'est pas la partie la moins intructive et la moins attrayante de ce chapitre. — Viennent ensuite les Pamphlets et Ga:{ettes (Mazarinades, Légendes, Courriers, etc.) auxquels Scarron appliqua le genre burlesque. Ce n'est pas là la meilleure portion de son œuvre; il n'en tira guère de profit, n'en recueillit pas grand succès et n'en obtint souvent aue des mécomptes. — Ce sont ensuite les Poésies diverses ^ telles que le Testament, — les odes burlesques, héroïcomiques, ou héroïques, — les épithalames et sonnets, — les ballets, mascarades et chansons que Scarron produisit en si grand nombre, pièces amusantes, légères, fugitives, dont les meilleures et les

plus dignes d'être relues sont à coup sûr les Epîtres {Epîtres à Pellisson, Epîtres chagrines), productions souvent excellentes, où Scarron, s'ëlevant peu à peu, prodigue les peintures fines et spirituelles, et atteint parfois une certaine hauteur de satire. — Le Théâtre, pour lequel Scarron avait un goût naturel irrésistible, forme l'objet du quatrième essai. On y voit pourquoi son œuvre dramatique, aujourd'hui si oubliée et dédaignée, a pu rester si longtemps populaire, — comment, malgré de graves défauts, elle a beaucoup servi la cause de la comédie en France, « en rendant possible Molière », — comment, enfin, du bouffon et du burlesque, Scarron s'est élevé souvent au vrai comique et parfois même à la vraie noblesse (voir notamment VEcolier de Salamanque ou les Généreux Ennemis.) — Dans son cinquième chapitre, M. Paul Morillot s'occupe de Scarron romancier et auteur de nouvelles. Après avoir montré l'importance du Roman comique, raconté ses origines, exposé son succès et son influence, il s'attache à faire ressortir l'originalité et les mérites des Nouvelles injustement méconnues de Scarron. Il termine son étude par un essai sur la Langue et le style de Scarron, qui est un des morceaux les plus judicieux et les plus utiles que l'on puisse lire.

Tels sont les principaux points traités dans ce remarquable ouvrage par M. Paul Morillot, On ne saurait mieux terminer cette aride «nalyse qu'en reproduisant le jugement porté par le savant professeur sur l'écrivain dont il a si bien raconté la vie et si complètement examiné les œuvres. « Scarron, ditil, a restauré le genre de la poésie légère où avaient brillé nos ancêtres et où excelleront toujours les esprits vraiment français. Il a fait revivre la poésie si charmante et si claire de Villon et de Marot; il a été un peu plus qu'un petit poète et a presque été un grand prosateur. En un -court volume, il a fait le meilleur roman du siècle; en quelques pages, la meilleure nouvelle. Il a inauguré le roman d'observation, la peinture des caractères vrais, des mœurs réelles; il a ouvert la carrière que Le Sage et l'abbé Prévost ont parcourue depuis avec tant d'éclat; il a créé en France la nouvelle, aujourd'hui si florissante. Il a parlé la langue la plus pure et la plos vive, débarrassée des latinismes encombrants et retrempée aux-sources du vieux fonds gaulois; s'il avait fait exprimer à cette langue plus d'idées, il aurait pu ravir à Pascal la gloire d'avoir fondé la prose française! — Scarron, dont on a singulièrement exagéré les défauts et qu'on a bien à tort chargé de toutes les impuretés de l'époque, mérite d'occuper dans l'histoire de notre littérature une place plus honorable que celle qu'on lui accorde d'ordinaire. »

Il n'est pas besoin d'ajouter que ce très intéressant ouvrage, qui renferme plusieurs appendices, contient une bibliographie des Poésies de Scarron. Toutefois, nous nous permettrons d'exprimer un vœu pour la seconde édition, qui ne peut se faire beaucoup attendre, de ce livre si remarquable : nous désirerions que Tauteur y joignît une bibliographie

de Vœuvre complète de Scarron et un index de tous les noms cités au cours de cette volumineuse et précieuse étude d'histoire littéraire. Phil. Min.

Episodes, (poèmes i886'j888), par Henri de Régnier. Un vol. grand în-i6 carré. Paris, Vanier, éditeur.

Ce n'est point critiquer M. Henri de Régnier, c'est le combler de joie que de signaler la bizarrerie, l'étrangeté, Vinouîsme de ses poésies. Ne disons point seulement de ses vers, car il serait injuste de le traiter en simple versificateur, il possède assurément une certaine conception poétique; et comme versificacateur, il faudrait le traiter tour à tour en artiste et en barbare.

Les Épisodes sont des poèmes symboliques, empreints d'un sensualisme raffiné, panaché d'idéal; ils reflètent assez exactement cette espèce d'hystérie mentale dont sont atteints nombre de jeunes esprits distingués de cette fin de siècle.

Analysez par exemple le poème /e Verger ràms un verger dépeint avec un luxe d'épithètes inatten» dues, trois femmes sont assises près d'une source :

Et la Première était gracile et toute ceinte D'une robe pudique à plis multipliés, L'Autre, en sa nudiié conviait à l'étreinte Sans défense des bras, sous son col repliés. Et la Troisième avait la robe d'hyacinthe.

ETt toutes trois semblaient depuis l'éternité Des siècles, être là, pour guetter la venue, En ce verger floral, de l'Avril visité. De Celui qui viendrait, d'une terre inconnue, Vers leur divine et leur fatale trinité.

Il vint, choisit la timide, la gracile, la pudique : La vierge se leva soudain et le suivit,

L'Autre attend, patiente, « s'étirant en la pleine chaleur,

Sachant qu'il reviendra vers le site béni.

Il revient en effet :

Le Ravisseur joyeux et sûr, s'élance, se fond D'un élan sur la chair magnifique et tentante Et l'emporte rieur vers le fourré profond.

CRITIQUE LITTERAIRE DU MOIS

Et la troisième attend, se disant :

« Suis-je pas le baiser dont sa lèvre voadra. Moi la seule tentation de la chair lasse, Pêche miraculeuse, aux aigreurs de cédrat,

Je ne tenterai pas la d^îfense qu'invente

La Vierge et j'offrirai mon corps impartial,

(Impartial est joli comme épithète à corps !)

Dans la sécnrité de la femme sarante, Sereine à tout jamais d'avoir connu le mal.

Et en effet ringénu, le doux passant, oublieux de la vierge sainte, oublieux de la femme franchement abandonnée sans artifice, viendra — dernière décadence de son désir inassouvi et moins noble — aux bras de la savante, c^est-à-dire de la science.

Le poème est d'un poète qui songe, et aussi celui des Mains et les autres, chacun précédé d^un sonnet préliminaire, — car M. de Régnier, dans l'exécution du livre comme dans la compositioi} de chaque pièce, recherche à outrance l'ordonnance artificielle.

Mais au fond, beaucoup plus de griserie de mots que d^ivresse, d'idées et de sentiments; un parti pris de froideur, d'impassibilité que l'école symboliste du décadent emprunte tout simplement à Leconte de Lisie : ces messieurs font leurs vers en des attitudes d'hiérophantes. Us sont convaincus qu'ils remuent le verbe, et, au plus intime de leur œuvre, on perçoit toujours un parfum révélateur : verbum caro factum est. Ces messieurs veulent être surtout suggestifs : on ne peut nier que M. Henri de Régnier le soit.

Est-il bien nécessaire, pourtant, pour évoquer dans l'esprit du lecteur des formes et des couleurs et des mouvements et les transformer en idées et en sensa^ lions, est-il bien nécessaire de désarticuler le vers, au point de le réduire à une prose de décadence mais sans cadence ?

M. de Régnier, pour qui Mal herbes n'est pas venu, veut nous enseigner, par son exemple, le pouvoir d'un mot mis hors de sa place. C'est fort bien. Mais quand au mépris de l'exigence musicale de l'oreille qui se refuse à l'absence de césure et à l'hémistiche arrêté sur une muette, il écrit des vers comme ceux-ci :

Et dédaignant Vaide factice d'aromates...

Et des arbres se i^tachait en avalanches...

Vibre le rire triomphal et péremptoire...

Moi la seule tentation de la chair lasse...

Ce songe d*une fête vague dans un soir...

Les cierges blancs comme la toison des brebis...

Que nos épouies traînèrent par les chemins.

etc., etc., etc.

Je me refuse à les accepter comme un progrès mirifique, un raffinement exquis de l'art, je les subis comme un retour odieux à la barbarie.

Il ne m'est pas davantage possible de penser que

c^est améliorer la langue française, que de lui imposer des acrobaties et des dislocations de style dans ce goût :

Au ciel d'or vespéral strié du sang d*un astre, Agonisant sa mort et son tragique soir Quel amour en péril va rire son désastre.

A part cela, M. de Régnier a du talent.

PZ.

Poètes Ijrriques français du XIX< siècle. Extraits, par G. RoBERTET, ancien professeur de l'université, administrateur de la bibliothèque de l'Arsenal. Ouvrage conforme aux programmes officiels du 10 août 1886 et du 22 juillet 1887, Deux voL in-i6. Paris, Alph. Lemerre, 1888. — Prix : 5 francs les deux volumes.

Les extraits sont précédés d'un essai sur la poésie lyrique et accompagnés de notices biographiques, critiques et bibliographiques.

Dans l'essai, l'auteur s'applique surtout à distinguer entre la poésie lyrique d'une part et la poésie épique, la poésie dramatique, d'autre part; il montre à quels moments d'une civilisation, les poètes lyriques se peuvent lever et chanter, et leurs poèmes, il les caractéri&e par les sentiments ou les aspirations qui s'y trouvent célébrés. L'essai est un court, très court chapitre de l'histoire du mouvement de la pensée à travers les âges, et nous ne pouvons nous défendre d'éprouver le regret que M. Robertet n'ait pas cru devoir aborder la question de la poésie lyrique du point de vue esthétique. Les poèmes et poésies sont des « documents », sans doute, mais ils ont été et demeurent autre chose que des documents. Nous nous répétons, mais ne faut-il pas s'alarmer un peu à voir les jeunes gens des écoles primaires ne tenir compte que de ce qui se peut apprendre ? Savoir, c'est leur « Sésame, ouvre-toi »; comme ils n'aiment point du tout l'égalité dont ils parlent, et, comme ils veulent l'emporter sur ceux qui les approchent, ils ne recherchent que la seule supériorité qu'on leur a laissé concevoir, la supériorité intellectuelle; et l'ouverture d'intelligence, l'habileté à saisir, l'esprit de finesse, mérites qu'ils peuvent bien posséder, quelques-uns, mais qu'ils ne soupçonnent «pas, et dont ils ne feraient aucun cas; c'est la «somme» des connaissances qui» pour eux, a de la valeur. Ne conviendrait-il de tâcher à les amener à deviner de délicates jouissances, de les initier à tout ce qui relève du goût et de l'amour du beau ?

Les poésies sont empruntées à Chénier, Béranger, Millevoye; M"« Desbordes- Val m#re, Lamartine, les deux Deschamps, Delavigne, de Vigny, Musset, Hugo, Brizeux, Sainte-Beuve, Barbier, Gautier, Laprade, Pierre Dupont, M"« Ackermann, Soulary, Leconte de Lisle, André Lemoyne, Banville, Theuriet, SuUy- Prudhomme, Coppée, Déroulède, J. Aicard, Silvestre, et toutes les poésies recueillies n'ont pas proprement ce qu'on peut appeler le mouvement lyrique; qu'importe, il en est peu qu'on désirerait voir retranchées; aux choix qu'a faits M. Robertet, on ne peut qu'applaudir. ^' G.

Poésies complètes, édition entièrement revue et corrigée par Gustave Le Vasseur. Paris, Alphonse Lemerre, 1888. Un vol. in-S®.

Ce volume, qui porte sur le faux-titre le chiffre II, ce qui suppose un premier tome, prend le titre général d'Études d'après nature, et se divise en préface (en vers, elle aussi), églogues, caractères et portraits rustiques, toasts agricoles, paysages, et çà et là. La préface nous assure que Tauteur serait « très flatté » que, des fleurs de poésie quUl nous offre,

... « on pût faire le thé De la famille.

Et de fait, ce sont des vers suffisamment aromatisés de poésie, pour en faire une liqueur agréable sans être excitante, et où Teau chaude joue le rôle prépondérant. Ni la connaissance de la langue, ni les ressources de la versification, ni l'invention du sujet, ni l'esprit ne manquent à ce^ poète bonhomme et familial. Je n'en veux donner pour exemple que ce portrait de maître Aliboron :

La voix

Claironne, la figure est drôle, mais parfois,

Accablé sous le faix et le nez contre terre,

L'âne laisse échapper un rire solitaire.

Que flaire l'insolent et quel miasme subtil,

Tient sa narine au vent? De qui rit-il?

Qui sait ? Mais comme rire est le propre de l'homme,

L'homme est jaloux, je crois, de la bête de somme...

Cela, comme tout le reste, n'est pas du grand art; mais à un chanterur qui n'aspire qu*à être le grillon du foyer, — à moins qu'il ne soit le barde des banquets agricoles normands, — je ne vois pas ce qu'on pourrait demander de mieux.

Gabriel Vicaire. — Le Miracle de Saint-Nicolas, Paris, Alphonse Lemerre, 1888. Un vol. in-i8. •— Prix : 3 francs.

Le poète Gabriel Vicaire, en passe de devenir un homme académique, en attendant d'être académicien, a mis en vers une vieille légende d'enfants menacés par un* hôtelier cupide, mis au charnier, et ressuscites par Saint-Nicolas qui, non content de rendre la vie aux victimes, laisse au meurtrier l'occasion du repentir. Dirais-je qu'il y a, dans cette sorte de restauration artistique, des vers heureux, des accents émus, des envolées lyriques, un sentiment touchant de la vieille foi mi-catholique et mi-paîenne ? Ce serait, je crois, superflu pour qui connaît M, Gabriel Vicaire, et tout le monde doit le connaître aujourd'hui. Je me contente donc de renvoyer le lecteur au petit volume qui porte pour épigraphe :

Il était trois petits enfants

Qui s'en allaient glaner aux champs.

Théâtre complet de Ernest Legouvé.—Com^it» et drames, avec préface, tome premier. Paris, 1888, Paul Ollendorfif, édit. Un vol. in-18 jésus. — Prix:

3 fr. 5o.

C'est une heureuse idée d'éditeur et d'auteur que la publication du théâtre complet de M. Legouvé. Quelle meilleure occasion de revoir le théâtre des cinquante dernières années : un demi-siècle théâtral. La première pièce de M. Legouvé, Louis de Ligne' roîleSf fut représentée le 6 juin i838. C'est celle-là qui commence \t volume ', Par droit de conquête, en fait le milieu; AdHenne Lecouvreur, spécialement écrite pour M"« Rachel, le complète. Trois succès de la Comédie -Française ; des succès persistants; Adrienne Lecouvreur, reprise au commencement d'avril 1888 avec une interprétation tout juste passable, a cependant plu encore au public, qui ne s'inquiète pas de l'erreur des auteurs : peu lui Importe qu'Adrienne soit morte non pas empoisonnée mais emportée par la dyssenterre et que la duchesse de Bouillon soit innocente de cette mort; les dramaturges l'ont chargée de ce crime, par suite d'une confusion, tout bonnement parce que sa belle-mère Marie-A.nne Mancini, fut compromise avec la Voisin; mais comme ladite duchesse de Bouillon n'était pas de mœurs austères^ et ne craignait pas de se commettre avec les gens du théâtre, — ses bontés nocturnes pour Tacteur Baron en font foi, — il n'a point paru i MM. Scribe et Legouvé, qu'il y eût à se gêner avec elle.

M. Legouvé a placé en tête de chaque pièce une courte préface destinée à dégager le sujet : est-ce défiance de l'intelligence du lecteur ou de la clarté de son ouvrage i N'approfondissons pas son motif et contentons-nous de les lire, ces préfaces, d'une précision excellente, et qui ont le mérite de montrer comment on prépare une pièce bien faite. Celle de Louise de LigneroUes est tout particulièrement intéressante: M. Legouvé Ta reprise d'une page de ses Soixante ans de souvenirs.

Quand auront paru les autres volumes, nous nous proposons de payer en un seul article l'ensemble du théâtre de M. Legouvé.

Impressions de Théâtre, par JtJLEs Lemaitrb; deuxième série. Un vol. in-18 jésus. Paris, x888. Lecène et Oudin, édit. — Prix : 3 fr. 5o.

Il y a quelque chose d'inquiétant dans le soin hâtif que met M. Jules Lemaître à recueillir en volumes

ses moindres pages. Il semble quUl ait le pressenti- | ment d'une fin prématurée et ne se fie pas à la piété de ses amis survivants pour la publication de ses œuvres complètes. Ainsi l'on retrouve dans cette seconde série des Impressions de théâtre jusqu'à de courts alinéas sur le cirque d'Été, sur les Folies-Bergèrej sur l'Hippodrome, sur le Nouveau Cirque : de banales broutilles, de la raclure d'écritoire. Oncomprend encore l'anicle sur la foire de Neuilly; un esprit ingénieux et subtil comme M.Jules Lemaître y pouvait chercher les traces du théâtre de la Foire; il est des baraques foraines qui valent bien le chariot de Thespis, ei le critique, ne voulût-il que s'égayer, y trouverait ample matière. Mais ce n'est pas même cela que M. Lemaître va voir et rapporte. Ce n'est que l'aspect extérieur de la fête, ce sont les baraques de phénomènes ou Içs arènes de lutteurs, qui l'attirent et le réjouissent; tout cela lui semble nouveau, il en parle ' comme d'un monde tout à coup découvert. Nous sommes déçus, car nous avons le droit d'attendre de lui davantage ou autre chose.

De même son article sur les cafés-concerts nous laisse mal satisfaits. C'était fort bien pensé de donner son attention à cette forme chaque jour multipliée du divertissement scèni que. M. Jules Lemaître mieux que personne pouvait écrire des pages excellentes sur le sujet : il a Phumeur eifcore neuve, le style souple, impromptu.

Il rapporte de province une heureuse disposition d'homme impressionnable qui se perd rapidement dans la vie agitée et surchauiTée de Paris. Le malheur est que M.Jules Lemaître s'en est tenu à traduire son impression superficielle, il n'a fait qu'indiquer le sujet d'étude plutôt qu'écrire l'étude elle-même. Il a défloré l'idée d'article sans la féconder.

Le critique renommé du Journal des Débats répondra qu'il n'attache pas la même importance à ces questions secondaires, — voire tertiaires — qu'à une œuvre d'Alexandre Dumas, ou à plusieurs œuvres de Sardou. Soit, mais du moment qu'il les touche, et non seulement dans un article éphémère, mais dans un volume qui suppose un choix

Certes, quand M. Jules Lemaître se trouve aux prises avec un sujet de résistance, il déploie sans marchander toutes ses ressources de fine malice, de critique pénétrante, de diction spirituelle; tout au plus lui reprocherait-on sans injustice un abus de l'ironie, et parfois un laisser-aller trop facilement imité des allures lâchées de Sarcey dans ses mauvais jours. C'est en tous cas trop tôt user de ce procédé de bonhomme : Sarcey n'a risqué d'entretenir son public de ses caleçons qu'après une quinzaine d'années de relations quotidiennes, et encore son public ne l'a-t-il excusé que par la considération d'un abaissement intellectuel causé par Iç surmenage. Le public disait « abaissement », M. Jules Lemaître, plus moderne que le public ne craint pas d'écrire le mot avachis-' sèment. N'allez pas croire qu'il rapplique à Sarcey!

Parmi les morceaux les plus intéressants rassemblés dans ce volume, il faut mettre au premier rang la critique de deux drames de Sardou : Patrie et la Tosca.

M. Jules Lemaître établit un parallèle très original entre Patrie et Horace de Corneille; et, ce que vous ne soupçonneriez pas du premier coup, c'est le drame de Sardou qu'il trouve supérieur, et il en donne des raisons, sinon probantes, du moins fort bien démontrées. L'analyse de la Tosca est un réquisitoire excellent contre la mise en scène des tortures physiques. On ne peut moins louer Sardou ni le mieux condamner que le critique ne fait en jugeant successivement Patrie la tragédie puissante, et la Tosca, le drame violent qui se pourrait réduire à une pantomine comme le fait voir insidieusement M. Lemaître. Il a même tant d'admiration pour les beautés de Patrie qu'il n'en aperçoit plus les ficelles trop visibles.

Le cartouche de la couverture porte encore les noms de Racine, de Voltaire, de Marivaux, de Musset, d'Augier, de Ponsard, de Catulle Mendès, d'Emile Bergerat, etc., etc. Chacun de ces auteurs n'y est que pour une pièce. Mais il est vrai qu'à propos de cette pièce M. Jules Lemaître élargit son article en étendant son appréciation soit à l'ensemble de l'auteur, soit aux alentours de la thèse qui se trouve au fond du drame.

Ce n'est pas somme toute du temps perdu que les heures employées à relire ces articles; et ceux qui ne les ont pas lus de semaine en semaine, y trouveront du plaisir et du profit, malgré l'éloignement et la circonstance qui les a fait naître : dans presque tous en efitet M. Jules Lemaître a dépose des idées neuves, ou bien ouvert un point de vue nouveau sur de vieilles idées; dans tous il a répandu beaucoup d'esprit, de cet esprit qui lui appartient en propre, et qui est un curieux mélange de dilettantisme élégant et sceptique — c'est ce qui lui vient de Térudition, — et de naïveté un peu... gobeuse, — c'est ce qui lui vient de la nature, et cette qualité là n'est pas le moindre charme de ses écrits. 11 s'en défera graduellement au séjour de Paris. pz»

Le Thè&tre à Paris, par Camille Le Senne, première série — 1883-84. — Un vol. in-18 jésus. H. Le Soudier, édit. Paris 1888. — Prix : 3 fr. 5o.

Tout bourgeois veut biîtir comme les grands seigneurs ; Tout petit prince a des ambassadeurs.

Tout marquis veut avoir des pages.

Le bon La Fontaine ajouterait de nos jours : tout articlier qui rend compte d'un livre ou d'un vaudeville, se croit critique littéraire, et veut avoir son

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