‹ Le livre (volume 5)Chapitre 139 sur 173 · VOYAGES ET LITTÉRATURE · texte numérisé non relu

VOYAGES ET LITTÉRATURE

XAVOIRB SUR lU DtCOOTBRTB DE L'AEABiqnE AD X' aiÉCLS

TALACBIB ET MOLDAVIB — O» VOTAOE KM I>EIiaE — I.» PATB DH COSAQUES

THADITlûie D-ALLEM*0«B — ÉRIC XIV — tA BIBLIOTHâaOB a*I«TE-QE»B7I*T¥

Dd volume in-t6, broché 3 fr. 50

L'Àdminàtraleur-Gérant : A. S*DraAB

SOMMAIRE QËNËRAL

Livres d'étreiuieB pour 18B9. — Critiqua littéraire du mois. — Romans. — Mèlangos littéraires. — Poésies. — Histoire. — Beaux -Arts. — Géographie. — Bibliographie. — Mélangea — Gaeetts bibliographique. — Doouments bibliographiques, eto.

LES LIVRES D'ETRENNES POUR lî

mpét.

LE Bonhomme birennes peuise réjouir; les livres ne chôment poini, ils s'entassent, ils s'amoncellent, ils s'ëiageni en murailles dorëns, ils croulent en avalanches; petits albums ou lourdes publications illustrées, ilss'epanJent partout si pressés, si variés, si quSteurs de regards, que c'est à dérouter l'entendement et i appeler la foudre divine sur celte {Bibliopolis) accapareuse, i:

rie supplications. Chaque année, ni envahies par les nouveaux venus, et telle surabondance de productions, mandons avec l'exclamation du bon peuibien adielertout cela?» — Chaqi cependant noua apporte des livres i volumineux ouvrages qui viennent ceuvres de l'année précédente, qui délieront tous les bibliographe Ces livres du renouveau annuel (gradation dans la forme et la délie:

puis la litléralure bébé jusqu'aux g des hisioriens de l'art, depuis le volume véiu de toile pourpre à dorures sur tranches jusqu'aux publications pour les pseu do- amateurs amis de l'à-peu-prés, tout s'y trouve, tout s'y rencontre avec profusion, l'amusant, le sérieux et l'invraisemblable. Les bras ■e fatiguest à remuer ces grosses pièces de siège

I braquées sur le mouvement public des cadeaux, et

l'esprit ne peut qu'inventorier à la légère tous ces

I textes à vignettes faits pour csbaudir l'enfance éter-

I Bon gré, mal gre, il est néanmoins de notre devoir I le plus strict de tracer des voies au milieu de cette ' forft d'teuvrcs imprimées et de servir de guide à nos

litsd'une n'ayant que des 10US de- travaux et d'efforts; Qui donc I font éclater les rires

égale

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nbrables, de incroyables d'une infinie

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du Livre, nous allons vous faire gentiment le boniment en faveur de tout ce qui s'est fait de beau, de bien, d'exquia et de superlatif en fait de littérature brochée à l'aurore de cette année qui verra la gloire de la tour Eiffel.

Lihrairie Hachette. — Cette maison, qui continue à tenir dignement sa .place à la tête de la librairie française, poursuit les grandes publications qui font sa gloire et, à l'occasion de cette lin d'année, en achève quelques-unes ou en commence d'autres. Sans paner de la Collectioi de* Grands Itcrivains

Cl 8

français^ sous la savante direction de M. Regnier^dont chaque volume est ici Pobjet d'une étude spéciale dés quMl paraît, nous devons une mention à VHistoire des Grecs, par M. Victor Duruy, dont le troisième et dernier volume, allant du traité d'Antalcîdaf à la ruine de la Grèce extérieure, vient d'être mis en *ente (i vol. in-8*, illustré, 25 fr.) Les innombrables gravures contenues dans les cinq volumes de l'Histoire de Rome et dans les trois de l'Histoire de la Grèce, sont une évocation complète de l'antiquité. Rien n'est livré à la fantaisie : ce sont les monuments euxmêmes qui parlent. Les choses inanimées prennent une voix. Voici la véritable illustration moderne, archéologique et certaine^ et, entre toutes les librairies, la maison Hachette mérite son éloge pour conduire le mouvement avec l'ampleur que lui donne sa puissance.

Seul, ce tome III de VHistoire des Grecs qui vient de paraître, contient 639 gravures, i3 cartes, 6 planches hors texte. La quantité est peu de chose ? Si fait ; elle est tout, quand la qualité n'y perd rien. Voici une restauration de l'Altès d'Olympie, due à M. Victor Laloux, qui suffirait à elle teule à l'illus- ' tration d'un livre. *

Quelle noble figure que celle de M. Duruy! Personne, plus que lui, n'a contribué au développement de l'histoire moralisatrice, personne n'a été plus profondément libéral. Son portrait est au frontispice de ce volume, et cependant sa tête de Romain eût été mieux placée avec l'Histoire de Rome. Modeste, de la modestie vraie des vrais savants, il dit en terminant : « On fera mieux plus tard «». Non. On fera peut-être autrement^ encore que nous ne voyions pas ' comment ; mais on ne fera pas aussi bien. Vous dites, dans votre vieillesse attristée par les deuils de famille, aujourd'hui fléchissant sous le poids des ans, mais sans dire adieu aux Lettres, les grandes consolatrices, je répète le mot du vieil Entelle :

Hic cœstus artemque repono.

Nous espérons que vous enrichirez encore le patrimoine de la république des Lettres, mais déjà vous pouvez assurément dire, si vous ne voulez qu'on le diac pour vous :

Exegi monumentum^ œre perennius.

Poursuivant sa magnifique collection de VHistoire de Vart, la maison Hachette a eu l'heureuse idée de l'attaquer de front à diverses périodes. Pendant que MM. Perrot et Chipiez continueront leur magistral exposé de l'Art dans l'antiquité, M. Eugène Mûntz aborde la Renaissance, C'est l'Italie qui se présente en premier lieu par ordre de date et par droit de conquête. Elle est contenue dans un volume de 75o pages. Il fallait faire entrer ce vaste sujet dans ce lit de Procuste et l'auteur a été un bon tyran. Tyran habile, car ce n'était point chose aisée de tout dire en gardant toutes les proportions ; tyran savant, car la science est profonde qui sait donner à chaque chose sa vraie place sans rogner brutalement la tête et les pieds. Ainsi^ pour ne citer qu'un point,

l'architecture de la Renaissance a été ramenée à son développement voulu. Trop volontiers la Renaissance monumentale est complaisamment décrite, sans doute parce qu'elle frappe les yeux de la foule et qu'elle arrête par force les regards du passant. Cependant, l'architecture n*est point le réel triomphe de la Renaissance, elle ne fait pardonner son retour au passé que par la surcharge de ses richesses, et une cathédrale ogivale n'en restera pas moins la plus belle expression du génie humain.

Il n'y a plus rien à jdire sur M. Eugène Mûntz. Ce nouvel ouvrage ajoute sans doute un nouveau lustre à sa couronne ; mais elle avait déjà tous les fleurons ducaux et il lui manque peu de chose pour se fermer en courbe royale. Il sait satisfaire le savant et l'amateur. Érudit et vulgarisateur, il est aussi et par-dessus tout un artiste.

Une fois de plus nous n'en prendrons pour preuve que l'illustration de ce livre, qu'il a dirigée avec un soin jaloux et qui est entièrement sienne. Combien de gravures dans ce livre ? Nous n'avons pas eu le temps de les compter et, par une modestie rare, l'auteur et les auteurs ne les ont énumérées ni sur le titre ni à la table. Mais elles sont bien 8oo. Combien faudrait-il en enlever, non de mauvaises, mats de médiocres? Pas 20. Ce résultat paraîtra extraordinaire à qui connaît les détours de l'illustration moderne. Les planches hors texte, celles en chromo surtout, ne sont pas innombrables, mais la qualité est superfine.

L'illustration de ce livre est digne de marquer une date. Encore un pas, un faible pas, et les procédés de reproduction photographique auront dit leur dernier mot, et voici, dans le fond comme dans la forme, un livre de premier ordre.

Après son beau livre sur la Perse, la Chaldée et la Susiane, M"** Jane Dieulafoy complète aujourd'hui ses prodigieuses relations archéologiques par le Journal de ses fouilles à Suse (1884- 1886) (i vol. in-4*; 3o fr.}. Le courageux ingénieur et sa courageuse femme étaient revenus de leur premier voyage anémiés par la fièvre et se promettant bien de ne plus « se désaltérer à des sources étrangères ». Mais le feu sacré qui les brûle n'était pas éteint et, avec la santé, il se réveilla plus ardent que jamais. Malheureusement pour eux, heureusement pour la science, un reliquat se trouve disponible sur le crédit affecté aux Musées. Ils ne calculent pas si celte faible somme leur sera suffisante : ils vont partir. Les voilà partis, sans attendre que toutes les difficultés diplomatiques soient aplanies. La fièvre a repris M™* Dieulafoy, mais ce n^est encore que la fièvre scientifique. Elle n'en nVst pas moins troublée et, détail amusant, elle perd au départ, comme un Parisien s'embarquant pour Nanterre, son billet de chemin de fer et la clef de ses malles.

Nous ne rappellerons pas l'importance des fouilles exécutées près du tombeau de Daniel, au palais d^Ar* taxerxès Memnon. Elles tiennent de la légende. Tout Paris en a vu le miraculeux résultat au Louvre, devenu trop petit pour toutes ces richesses, e« le monde

LIVRES D'ÉTRENNES

entier en a lu la description dans tous les journaux. Ce que Ton se tîgure difficilement, quand on n'a pas lu le Journal de M*"* Dieulafoy et quand on n'a pas vu les gravures exactes et parfaites qui l'illustrent, c'est Taspect du pays qu'il s'agissait de fouiller. Point de monuments^ ruines sans doute, tnais dont les vestiges encore debout semblent parler la voix du passé. Ici, rien de cela : le désert et ses tumulus, qui ressemblent à un amas de cendres. C'est la désolation et le doute; il y faut le courage et la foi.

Au début de son livre L'Alsace (i vol. in-4*; 3o fr.), M. Grad nous demande: o Aimez-vous l'Alsace? C'est un beau pays, une terre bénie du ciel. » Sans doute, du nord au midi, de l'est à l'ouest, la France est belle partout. Belle par son sol, douce par son climat, vé* nérable par ses monuments, grande par ses enfants. Et c'est pourquoi l'on nous envie. Eh bien! entre toutes les belles provinces du doux pays de France, l'Alsace était large et riche. Et c'est pourquoi nous ne nous consolerons point de l'avoir perdue.

Aujourd'hui qu'il est interdit même de s'y promener en touriste , M. Grad nous rend l'Alsace tout entière dans son beau livre et nous la montre mieux que nous ne l'aurions vue nous-mêmes. Enfant du pays, le représentant au Reichstag, comme il le représentera un jour à la Chambre des députés, M. Grad est un Alsacien et un Français. C'est aussi un savant à qui pea de branches des connaissances humaines ' sont restées étrangères.

Économiste de la bonne école, il est agronome pour nous expliquer les cuhur^s d'Alsace, ingénieur pour faire toucher du doigt les progrès de son industrie. Dans ce livre énorme de plus de i,ooo pages, d'un texte serré, tout est dit qui pouvait ûtn dit sur l'Alsace et tout est bien dit. 400 gravures des mieux soignées nous donnent le pays : ses magnifiques paysages de montagnes et de plaines, ses monuments encore conservés et ses vieilles ruines féodales, ses habitants avec leurs mœurs prises sur le vif, leurs chasses, leurs fêtes, leurs coutumes, le travail enfin, celui de la terre comme celui des mines. Sans parler de Henner à qui le livre est dédié et de Jundt, mort trop tôt pour ses amis et pour l'art, les peintres d'Alsace sont nombreux et l'éditeur n'a eu qu'a faire graver leurs principales œuvres pour transporter dans son livre la vie même de leurs compositions.

Parmi les autres Livres nouveaux qui sont sur notre table,nous remarquons tout particulièrement un gros et beau volume de M. G. h\&\ss9.s, Les grands Voyageurs de notre siècle, commençant avec François Levaillant et finissant avec M™' Jane Dieulafoy et M. Savorgnan de Brazza. La France fait bonne figure dans ce catalogue d'explorateurs héroïques, et les noms de Cailiié, de d'Urville, du Père Hue, de Garnier, etc., vont de pair avec ceux des voyageurs les plus illustres de toutes les nations : Livingstone, Burton, Vambéry, Schweînfurth, Stanley, Nordenskiôld, et Prjewalski dont la mort récente a douloureusement ému le inonde savant. Ce volume (in-4<>; cart., 25 fr.) est iliuscré de deux cent sept dessins gravés sur bois, de

quarante-trois portraits de voyageurs, et de quarante* trois cartes itinéraires.

Cet important ouvrage de vulgarisation géogra* phique nous conduit naturellement à parler de la publication si intéressante entreprise, il y a déjà vingt-neuf ans, par M. Edouard Charton sous le titre Le Tour du Monde, et accueillie dès le début par un succès qui n'a cessé de croître, parce qu'il est toujours de plus en plus mérité. Les deux volumes de cette année (in-4<», 25 fr'.) contiennent le Journal des fouilles de M^* Dieulafoy; une exploration des lacs de l'Afrique équatoriale, par M. VictorGiraud;^! travers P Alsace et la Lorraine, par M. Charles Grad; Sur les Frontières du Tonkin, par le docteur P. Neis, un Voyage daus l'ouest africain, par M. Savorgnan de Brazza; un Voyage en Tunisie, par MM. R. Cagnat et H. Saladin; un Voyage chéries Cannibales du nord* est de l'Australie, par M. Cari Lumholtz, et un Voyage che:( les Bénadirs, les Çomalis et les Bayouns, par M. G. Révoil, sans compter d'autres relations d'une moindro importance ; le tout amplement illustré de scènes, types, cartes et plans. On voit que par les sujets, aussi bien que par les écrivains qui les ont trai« tés, cette année du Tour du Aîonde est au moins au niveau des vingt-neuf qui l'ont précédée.

Nous ne quitterons pas les livres de voyages de la maison Hachette sans parler de la traduction donnée par M'^^L. Trigaut de la relation de l'expédition américaine à la suite de Lady Franklin, conduite par Adolphe W. Greely en 188 1-1884, Dans les glaces arctiques; (i vol. in-8°; i3o gravures sur bois et 4 cartes, i5 fr.). Rien de plus émouvant, ni déplus propre, en excitant la curiosité de la science, à Incul* quer, par la contagion de l'exemple, le mépris des souffrances, le culte de l'homme et l'invincible attachement au devoir.

Une des gloires de la maison Hachette, et non la moindre, c'est d'avoir toujours donné, au milieu de tant d'ouvrages de littérature pure, de haute science et d'art qu'elle édite constamment, sa sollicitude, nous dirions presque la tendresse de ses soins^ aux publi« cations destinées à la jeunesse. Elle comprend à merveille, ainsi, du reste, que plusieurs autres maisons françaises, la mission éducatricede la librairie, et elle sait offrir aux jeunes lecteurs, sous les aspects les plus ingénieusement renouvelés et les plus divers, des livres qui instruisent et moralisent en amusant. La collection in-8^, à 4 fr. le volume broché, si bien imprimée et si heureusement illustrée, vient de s'enrichir de cinq ouvrages que nous ne saurions trop recommander à ceux qui donnent ou désirent des étrennes. Le. premier, le Fils Valensé, est dû à un homme aimé des enfants au milieu desquels il a passé sa vie, M. J. Girardin, dont la mort récente est un deuil pour tous ceux qui s'occupent d'éducation (i vol. in-S^i 118 vignettes, par Tofani; 4 fr.). M"*" Colomb, dont le nom n'a pas une popularité moindre, donne les Révoltes de Sylvie avec 1 12 gravures dues à Tofani également. Est-il nécessaire de dtre que ces récits charmants sont de véritables œuvres d'observation morale l et de talent littéraire, et que les mamans et les papas

y trouveraient un intérêt, autre peut-être, mais aussi grand, que leurs enfants, garçons ou filles?— Toujours dans la même série, nous trouvons les Premières pages de M"* Zcnaïde Fleuriot, autre écrivain attitré de la maison, avec yS gravures d'après Adrien Marie ; puis Le général du Maine, amusante et toucnante histoire d'un petit garçon qui figure comme général dans le cirque d'un nouveau Barnum, par M"*^ P. de Nanteuil (70 gravures d*après.Myrbrach), et enfin la Filleule de saint Louis, sctnt& de la vie au xiii* siècle, par Frédéric Dillaye, avec So gravures dessinées par Ed. Zier.

LaBibliothèqite des Merveilles s'est augmentée d'un ouvrage sur les Abeilles, par M. J. Pérez (i vol. in-i6; J19 vignettes, par Clément; 2 fr. 25), et d'un excellent petit livre de vulgarisation historique, littéraire, et archéologique intitulé les Spéciales antiques, par L. Ange de Lassus, avec 25 intéressantes vignettes représentant des ruines ou des restaurations des théâtres les plus fameux de l'antiquité. Signalons aussi une monographie de Callot, par M. Bouchot, et le Pôle Sud pour lequel M. W. de Fonvielle revendique justement un peu de l'attention qui semble Touloir accaparer son frère le Pôle Nord.

Nous ne citons que pour mémoire la Bibliothèque rose, si connue et si aimée de toutes les mères de famille, et où les publications récentes soutiennent sans désavantage la comparaison avec les livres désormais célèbres où M™'' de Ségur raconte aux générations successives les aventures de la Poupée modèle et les Malheurs de Sophie. En voici les titres : La Petite Chaillonx, par Élie Berthet; le Petit Chevrier, par W'"* J. Cazin ; Thérèse à Saint-Domingue, par M'°* de Stoliz (chaque vol. in- 16, illustré, 2 fr. 25). • La Bibliothèque des Écoles et des Familles fournira aussi un choix très varié d'ouvrages instructifs et agréables à lire, tous abondamment illustrés, tels que la Suisse ou l'Italie pittoresque, de Gourdault (i vol. in-8°. 2 fr. no), Mœurs et instincts des animaux^ de Pouchet (1 vol. in-8°, 3 fr. 40), Vieilles histoires de ta Patrie, de M"** de Witt, née Guizot (i vol. in-8®, ? fr. 40). Enfin l^s publications périodiques, Mon Journal, recueil mensuel pour les enfants de cinq à six ans (i fr. 80 par an), et le Journal de la Jeunesse, recueil hebdomadaire illustré (20 fr. par an), sont des magasins de lectures utiles et divertissantes, dont les enfants peuvent apprécier le charme toute l'année, prolongeant ainsi d'une année à l'autre le plaisir des étrennes.

Nous nous reprocherions de quitter la maison Hachette sans dire un mot d'un nouvel ouvrage de de M'"^ de Witt, née Guizot, les Femmes dans Vhistoire (i vol. in-8*; 7 fr.). Ce beau recueil de portraits féminins, qui commence par les types légendaires de l'antiquité grecque et biblique, et finit à Miss Florence Nightingale et aux Petites Sœurs des Pauvres, serait bien près d'être complet si l'on y trouvait celui de l'auteur. On y trouve du moins son érudition si délicate et si virile à la fois, et son talent si distingué de moralité et d'historien* ■ ^

Maison Quantin. — Toujours vivante, remuante, productrice à outrance, cette maison d'impression et d'édition qui s'est acquise tant de droits à l'estime publique des amateurs d'art et des lettrés. Cette année encore dans ses publications de nouvel an, les éditeurs delà rue Saint-Benoît se sont montrés édec* tiques en soumettant aux acheteurs les plus variés des ouvrages d'histoire, des monographies ethnographiques, des contes, des livres d'art et de très nombreuses publications pour la jeunesse.

Nous signalerons en premier lieu la belle édition illustrée de V Histoire de la Société française pendant la Révolution, par Edmond et Jules de Concourt. Un volume in -4" raisin, avec de nombreuses reproductions en noir et en couleur des documents du temps, sous couverture en chromotypographie, imitation de tentures de l'époque. (Prix broché : 3o fr.)

Jusqu'à présent, la Révolution française n'avait guère été étudiée que dans ses faits politiques et militaires; nul ne s'était encore avisé de nous en donner une histoire intime.

Il était réservé à MM. de Concourt d'écrire, les premiers, cette histoire en entier et d'en faire un monument durable. Tout un monde pittoresque et grouillant, si complexe et si varié dans ses idées, ses habitudes, ses préjugés, revit merveilleusement dans leur livre au vif coloris, au style savoureux. Ces pages ouvrent aux lecteurs les salons, les cafés, les théâtres ; la physionomie des rues de Paris, en un mot, tout ce qui transporte comme par enchantement dans cette curieuse époque qui va de 1789 k 1794, tout cela est décrit de main de maître et a l'attrait d'un roman. Dans une suite de chapitres tour à tour légers ou sérieux, les auteurs ont étudié la société, les modes, l'instruction, la religion, la f&{nme et Tamour de ces temps troublés.

Un ouvrage d'une allure aussi piquante appelait une illustration curieuse et fouillée ; la reproduction de gravures du temps, les facs-similés des modes, des intérieurs, des divers corps d'état, et en particulier des scènes de la rue si nombreuses et si variées à cette époque agitée, nous offrent un véritable panorama sans cesse en mouvement. Ne pouvant faire ici l'énumération complète de l'illustration, nous devons au moins signaler au passage la magnifique planche en 'Couleur, Promenade publique d'après Dcbucourt, reproduite excellement par la chromotypographie.

A la veille du grand anniversaire, cet ouvrage csi appelé à occuper une place d'honneur dans les bibliothèques de tous les amateurs sérieux; nous félicitons la maison Quantin d'avoir pensé à le publier au moment opportun.

A côté du livre de MM. de Concourt, la maison Quantin a lancé une œuvre de Sacher-Masoch qu'elle pense destinée au plus grand succès.

Les Contes juifs forment un magnifique volume in-4° carré de 3oo pages, comprenant 100 en-tétc$ou culs-de-lampe et 27 grandes compositions hors texte, avec une jolie couverture enrichie d'une héliogravure en couleur. (Prix, > broché : 3o fr.) En écrivant les Co^2f«JMl/s, -Sacher-Masoch a composé une série très

LIVRES D'ETRENNES

variée de petits poèmes en prose, pleins dMxnagination, d'entrain, de verve, de contrastes piquants, de dialogues animés, tantôt plaisants et comiques, tantôt graves et sévères, toujours d'une vérité rigoureuse. Uesprit humoristique de l'auteur, sa poésie pénétrante, son style sobre et nerveux, très personnel, font de cet ouvrage une merveille unique et sans aucun précédent.

La maison Quantin ne pouvait quMllustrer richement les Contes juifs. Des artistes, qui se sont fait une spécialité par leur connaissance intime de la Vie juive, MM. Alphonse Lévy, Henri Lévy, Emile Lévy, Edward Loevy, Vogel, Worms, Schlesinger, etc., ont interprété ces vingt-six contes avec esprit, vérité et talent.

Leurs principales compositions ont été reproduites en différents tons par la gravure en taille-douce; 100 dessins d*un caractère très original sont, en outre, semés dans le texte ou y forment en-tête ou cul-delampe. La couverture est ornée d'une magnifique héliogravure en couleur ; le papier, spécialement fabriqué pour cet ouvrage, est de premier choix; le tirage est d'une perfection absolue.

Arrivons à cette magnifique Collection du Monde pittoresque qui comptait déjà, VAngleterrCf V Extrême Orient et les Environs de Paris et qui vient de s'enrichir de V Italie du Nord, par G. de Léri?, un volume grand inS'*, illustré de nombreux dessins exécutés d'après nature par les meilleurs artistes. (Prix : Broché, 25 francs; relié, 3i francs.)

L'Italie diâ Nord comprend Tétude pittoresque, anecdoiique de toute la partie de la péninsule située entre les Alpes et Rome, c'est-à-dire depuis le Frioul italien, donc la description détaillée n'a jamais été faite, jusqu'k Sienne, en passant par Turin et le Piémont, Gènes et la rivière du Levant, Milan et la Lombardie, Vérone, Venise et la Vénéiie, Florence et la Toscane. Comme le dit M. de Léris dans sa préface, il n'est pas aisé d'écrire un livre sur l'Italie, tant il existe d'è-iudes sur ce merveilleux pays cher aux touristes de toutes les nations ; mais la plupart des auteurs précédents n'ont traité qu'une question spé-ciale, n'envisageant l'Italie qu'en voyageur désireux de noter ses impressions générales, ou en critique pour qui les merveilles d'art renfer.uées à Venise, Florence, Milan, etc., sont la préoccupation principale. 11 était bon d'étudier aussi a l'Italie moderne », de noter ce qui devait être le moins connu sur l'histoire, sur l'art, sur l'administration, sur les établissements publics et privés, sur la presse, le théâtre, la société, en un mot sur !a vie générale du pays.

Ces conditions sont pleinement remplies, et M. de Léris ne s'est pas trompé lorsqu'il a écrit : • J'ai voulu que cet ouvrage présentât une utilité réelle, qu'il proliiàt au voyageur et plus encore au lecteur qui, de chez lui, voudrait se faire une idée juste de l'Italie à l'époque actuelle ». Le grand mérite de cet ouvrage, au style plein de couleur lorsqu'il s'agit de décrire les belles contrées du nord de l'Italie, sobre et précis dans l'exposé des renseignements techniques, est de fournir à tous les lecteurs le plaisir que [es uns se

promettent, les documents nécessaires aux autres sans qu'il y ait pour aucun d'eux la moindre fatigue à parcourir ces 5oo pages, où les gravures les plus fines, les plus délicatement exécutées, s'iutercaîent dans ce texte si attachant.

Le succès de V Italie du Nord ne sera pas moindre que celui des ouvrages précédents de la même collection.

Nous mentionnerons encore parmi les ouvrages de premier rang de la maison Quantin VHistoire de

t Ecole navale et des Institutions qui l'ont précédée, par un ancien officier, avec Lettre- préface du vice-amiral Jurien de la Gravière, de l'Académie française. Quarante compositions hors texte de Paul Jazet, gravées sur bois. (Prix : broché, 25 fr. ; relié, 3o fr ) ,

« C'est une pensée heureuse, comme le dit excellemment le vice-amiral Jurien de la Gravière dans la lettre de félicitations qu'il adresse à l'auteur, c'est une pensée heureuse que d'avoir entrepris l'histoire des institutions qui, depuis le temps de Richelieu et de Colbert, ont assuré le recrutement du corps d'officiers destiné à former la base de ce qui nous avait manqué jusqu'alors : une marine permanente. »

A l'heure actuelle, où tout ce qui touche à la marine a le don d'exciter le puissant intérêt du. pays tout entier, c'est une oeuvre saine et patriotique que de rappeler, ce qye fut l'Ecole navale, cette héroïque pépinière d'amiraux, qui, depuis plus d'un demisiècle, a produit tant d'illustres hommes de mer.

Faire l'histoire des institutions qui l'ont précédée, depuis les brillants et batailleurs gardes de la marine jusqu'aux jeunes élèves du collège d'Angoulême, suivre pas à pas, à travers les événements, la vie in> lime de chacune de ces institutions, tel a été le but de l'auteur qui a essayé d'exposer avec impartialité, dans la partie consacrée spécialement à l'École navale actuelle, ce qu'elle a été autrefois et ce qu'elle est aujourd'hui.

Quarante dessins hors texte, œuvre de M, Paul Jazet, un de nos meilleurs peintres de marine, font passer sous les yeux du lecteur une série d'uniformes anciens et modernes, de vues intérieures du vaisseau, de scènes de la vie du Borda, qui jettent sur le texte un reflet brillant, en même temps qu'ils font de l'ouvrage, dû à la plume d'un écrivain dont les preuves ne sont plus à faire, un livre de très grand luxe, malgré la modicité de son prix.

Nous passerons enfin en revue les ouvrages pour la jeunesse publiés par la maison Quantin.

La maison Quantin, qui depuis quelques années a pris à lâche d'offrir à la jeune génération les modèles les plus exquis du genre, a groupé cette année, sous des titres divers, un certain nombre de volumes dignes de leurs aînés, tous d'un prix étonnamment modique, bien qu'illustrés à profusion par les meilleurs artistes, et que nous sommes heureux de faire connaître. En tête nous parlerons de deux beaux volumes magnifiquement illustrés :

1® La Babylone électrique, par A. Bleunard, où l'auteur, docteur es sciences, professeur au lycée d'Angers, tout en restant dans les données les plus

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