‹ Le livre (volume 5)Chapitre 140 sur 173 · CS · texte numérisé non relu

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exactes^ et en n'imaginant que des probabilités que l'on peut dès à présent considérer comme des certitudes, a évoqué les miracles que peut produire Téiectricîté, miracles qu'il a su rendre compréhensibles pour tous, même pour ceux dont la culture scientifique est rudimentaire.

Pour mieux montrer ce que peut la science humaine, aidée du courage et de Tesprit d'entreprise, l'auteur a placé son action dans les contrées les plus dépourvues de ressources naturelles, dans ces plaines de la Mésopotamie qui furent le berceau des premières civilisations^ mais qui, avec les ravages du temps, l'incurie des Arabes et les changements climatériques, sont devenues d'immenses déserts de sable.

Cet ouvrage efet loin d'être exclusivement scientifique et l'intérêt n'est pas uniquement concentré sur la reconstruction de Babylone : à travers les péripéties de la gigantesque entreprise, l'auteur a su placer un chaste roman d'amour que tous pourront lire, et qui, tout en prêtant à l'œuvre l'attrait d'une intrigue romanesque, lui laisse toutes les qualités d'un livre spécialement écrit pour la jeunesse.

2» François 'François, par Edgar Monteil. C'est l'histoire d'un jeune Parisien qui, à l'âge de seize ans à peine, voit son père, professeur dans un lycée, frappé d'un cruel accident et mis dans l'impossibilité de subvenir aux besoins d'une nomJbreuse famille. Le jeune homme comprend les nouveaux devoirs qui lui incombent : avec une noble témérité, il jure, malgré sa jeunesse, de s'expatrier et de ne revenir qu'au bout de quatre années après avoir conquis la fortune. Il va dans l'Amérique du Sud, pour le compte d'un négociant du Havre; mais, à peine débarqué, son caractère entreprenant l'entraîne dans une série de périlleuses aventures âont il ne se tire que grâce à un courage et une ténacité à toute épreuve. Il finit par recevoir la récompense de tous ses efforts, car, après avoir failli être dévoré par des Indiens anthropophages, il peut leur échapper et revenir plus tard se venger de leurs cruautés, puis exploiter « la rivière d'or » qu'il a découverte pendant sa captivité.

Cette histoire, si intéressante dans sa simplicité^ est agrémentée de nombreux et jolis dessins qui en font un véritable beau livre.

Dans la Bibliothèque de la Famille, pour les enfants d'une douzaine d'années, les Contes cTun vieux Savant, par M. de Graffigny, amusante vulgarisation de nos grandes découvertes scientifiques modernes.

Vient ensuite, pour les enfants de huit à dix ans, la Bibliothèque de P Éducation maternelle. Elle s'enrichit cette fois de quatre ouvrages nouveaux d'un sentiment élevé, d'une allure distinguée, qui ne peuvent qu'inspirer les idées les plus saines et les plus délicates. M">« de Witt, née Guizot, avec ses Héros modestes nous fait aimer le spectacle du devoir accompli simplement, et prête à ses personnages et à leurs aventures un style enchanteur dont tout le monde a pu depuis fort longtemps apprécier la saveur et la justesse. L'Histoire d*un Enfant de Paris (1870-1871) fournit au talent souple et fin de M™* Mesureur l'occasion de nous rappeler une des

époques les plus sombres de notre histoire et d'en tirer une haute moralité et une grande leçon. Avec Jacques V Abandonné, de Marc Anfossi, nous voyons se développer les conséquences du plus pur amour fi'ial à travers mille péripéties romanesques.

Enfin la Vengeance d*un Hautecœur, par M""* de Bellaigue, est un aimable récit du vieux temps, dont la dernière phrase du livre résume bien Tesprit : « Ici vivait, il y a bien longtemps, le seigneur Alain « de Hautecœur, qui ne connut d'autre vengeance que « de rendre le bien pour le mal. v

Dans la Bibliothèque enfantine, pour les tout petits, signalons comme nouveautés : Moi et mes Poupées, par M""« de Sobol, et les Bons Points de Bébé, par M°>' de Bosguérard, deux gracieux opuscules dont la place est tout indiquée dans les bibliothèques minuscu[es et sur les petits guéridons, au milieu des jouets et des mobiliers en miniature.

Il n'est pas jusqu'à l'image à un sou dont la maison Quantin n'ait renouvelé la vogue. Aujourd'hui cette collection est universellement connue et goûtée par tous les petits amateurs. De magnifiques albums réunissent par vingtaines ces images artistiques imprimées en couleur. Il faut leur ajouter cette année un album nouveau de 20 Fables de La Fontaine, véritable merveille de composition et d'exécution.

Nous ne pouvons que citer les titres nouveaux des plus petits albums dont le prix varie de o fr. i3 à o fr. 75, savoir : Frère et Sœur, Jean le Chanceux, la Semaine de Julie, Cendrillon, Tom Pouce, Saint Nicolas et Guilleri, Gribouille; mais nous devons une mention toute particulière à La Comédie ckej Bébé, magnifique recueil de Bouisset, imprimé en chromotypographie et sous un cartonnage en couleur. Texte amusant et original, illustrations d^un coloris vif et distingué, tout se trouve réuni pour charmer à la fois l'œil et l'esprit; c'est un digne pendant aux Bébés d'A Isace-Lorraine.

Firmin-Didot et C®. — Comme d'ordinaire, les publications de cette célèbre maison d'édition sont, à ce moment-ci de l'année, peu nombreuses; mais toutes ont une importance considérable et sont exécutées avec une perfection digne du nom des Didot. Nous ne faisons qu'indiquer, n'ayant pas encore été mis à même de les voir, V Expédition de Charles VIII en Italie, histoire diplomatique et militaire, publiée sous la direction et avec le concours de M. Paul d'Albert de Luynes et de Chevreuse, duc de Chaulnés, par H.-Fr. Delaborde (i vol. in-4<>, ill., 3o fr.); Saint Denys Varéopagite, évêque d'Athènes et de Paris, patron de la France, par l'abbé Vidian (i vol. in-4<», ill., 3o fr.), et la Guerre de Crimée, par Gustave Marchai (in-8«, ill., 8 fr.).

M. Alexis Belloc, inspecteur du contrôle i la direction générale des postes et des télégraphes, a écrit pour la maison Firmin-Didot une savante monographie de la Télégraphie historique, depuis les temps les plus reculés jusqu'à nos jours, illustrée de 76 gravures un peu froides d'aspect, mais d'une grande netteté ev souvent d'un véritable intérêt technique.

LIVRES D'ÉTRENNES

Le texte, très complet, nous donne les plus curieux détails sur les systèmes de communication à distance, depuis les étendards et le feu jusqu^au téléphone, (i vol. in-8<>, 8 fr.)

La belle édition de Walter Scott entreprise par la maison Firmin-Didot se poursuit dans les conditions qui ont fait son succès. Le volume de cette fin d'année est le Pirate, traduction de Robert de Cérisey, avec des dessins, toujours charmants et souvent remarquables, d^ Ad. Lalauze (i vol. in-8^ lo fr.)-

Pour la collection intitulée la France moderne — on sait que la maison Didot a déjà toute une série d^ouvrages sous le titre commun PAncienne France — M.Edmond Deschaumes a écrit la Retraite In/er^ nale {1870-1871), récit ému et émouyant des désastres de la France et de Phérolsme de ses soldats. Le volume (in-S®, 8 fr.), illustré de 26 gravures hors texte inédites par Quesnay de Beaurepaire et d'une carte de la campagne de la Loire, n'est pas seulement un monument à la gloire de Chanzy; c'est une leçon pour les générations nouvelles, et la navrante relation de nos efforts et de nos revers se termine en un appel à la discipline, au courage et à l'espérance.

L* École des Beanx-Arts, par Alexis Lemaistre ( i vol. in>8*; 10 fr.], a la gaieté du monôme, son brillant de jeunesse, son éclat.

II est « gai par bouffées et par endroits mélancolique, ainsi qu'est la vie », et ainsi que le dit la préface.

Tout s'y trouve : les ateliers, les cours, les concours, les modèles (vôtus), les institutions et le règlement. Au point de vue documentaire, c'est complet. Et surtout, c'est écrit d'un bout à l'autre avec un entrain charmant et endiablé, avec la gaieté qui est le fond obligatoire de l'artiste français, et aussi la note émue, qui n'a point de fausse honte et qui se montre, communicative, devant le monument d'Henry Regnault comme ailleurs.

M. Alexis Lemaistre, un élève comme il le dit, aime sa maison et ses maîtres. Tous l'aiment de môme. Charmante camaraderie de Tart, surtout au début de la vie où les rivalités n'ont point obscurci les sentiments naturels de cordiale fraternité. Foin de la morgue anglaise et du pédantisme allemand; mais que d'études profondes et de travail sérieux sous ces apparences légères!

L'auteur se révèle aussi — les journaux illustrés vous l'avaient déjà fait pressentir — un dessinateur de premier ordre. Ses 60 compositions sont parfaites, réalistes et gracieuses, pleines d'un sentiment artistique que la gravure sur bois de M. Hayot n'a point altéré. Et ce ne sont que portraits 1

Les familiers s'y reconnaîtront! Les anciens revivront leur jeunesse dans ce joli livre. Les jeunes gens qui hésitent entre diverses routes vont se décider à entrer à l'École. Tous lui feront fête.

L'Art étrusque, par Jules Martha(i vol. in-40; 3o fr.), est le livre le plus important que la maison Didot offre au public cette année. L'éloge du fond n'est pas à faire pour ce livre, puisque l'Académie des inscriptions et belles-lettres l'a couronné au concours

dans sa séance du 18 novembre 1887. L'auteur s'était déjà indiqué brillamment par son manuel d'archéologie étrusque et romaine publié par la maison Quantin dans sa Bibliothèque de l'enseignement des beauxarts. La maison Didot, suivant sa coutume, a donné à l'ouvrage une forme extérieure en rapport avec sa valeur.

Dans nos bibliothèques modernes, les rayons consacrés à l'art sont encombrés. On ne saurait s'en plaindre. C'est un amoncellement de richesses, et non un fatras comme dans ceux réservés à la littérature décadente. Ici, l'on a le respect du passé, car c'est un passé éblouissant, désespérant pour les conceptions nouvelles. Il n'y a rien de nouveau, la forme du Beau elle-même change-t-elle ? Oui, dirait-on, et les modèles^de Baudry et de Chapu ne sont plus les modèles antiques. Cependant, voici qu'en Grèce, en Éirurie, à Rome on retrouve des « Petites femmes » qui semblent être celles de nos salons et de nos boulevards.

Toutefois, ne développons point ce paradoxe et lisons ce beau livre qui nous apprendra encore bien des choses. Entre autres, que l'on était assurément mieux enseveli autrefois que .nous ne le sommes aujourd'hui. Sans aller jusqu'à envier l'impénétrable mystère des Pharaons, il semble que je reposerais d'un meilleur sommeil si mon cercueil, mon urne funéraire plutôt, était abritée dans une tombe comme la tombe del Cardinale retrouvée à Corneio, L'architecture funéraire est caractéristique en Étrurie. Les emblèmes de la vie y étaient représentés par des peintures et des mosaïques qui sont aujourd'hui la source la plus sûre pour reconstituer la vie.

Que ce ton léger n'écarte point les savants de ce livre. Nous avons tort de le prendre ; mais nous vou- Ions seulement dire que, pour être étrusque, le sujet n'est point rébarbatif. Gens graves et gens du monde y trouveront leur plaisir.

L'illustration com)>orte 403 numéros. Elle est donc foisonnante comme l'exige la librairie moderne. Elle est exacte et archéologique. Nous aurions toutefois désiré un plus grand nombre de planches en couleur, car jamais la polychromie n'aurait été plus facile et plus opportune. On nous dira que la coloration des poteries étrusques est si connue qu'elle se devine : c'est une excuse.

Allons, amateurs et artistes, serrez les rangs de vos volumes et faites encore une place à celui-ci.

Librairie Henouard. — M. H. Laurens, le jeune et actif éditeur qui possède actuellement cette importante maison, lui conserve toujours son ancien titre; mais il sait la rajeunir et lui donner de l'essor.

Entre autres, il publie trois volumes pour les étrennes de cette année. La Clef de la Science est un ouvrage aujourd'hui classique. .Le docteur Brewer avait eu une idée bien simple : pour toutes les questions que nous suggèrent les phénomènes du monde physique... et les résoudre. L'abbé Moigno, son collaborateur pour l'édition française, apporta le contingent de sa science essentiellement vulgarisatrice, et ainsi fut créé un livre qui s'est vendu jusqu'à ce jour

à plus de 200^000 exemplaires, tant il répondait à un besoin. Mais si la curiosité de savoir est toujours la même, les moyens de la satisfaire ont quelque peu changé. La science marche. Aussi, pour la suivre, M. de Parville a-t-il dû rajeunir l'ancien thème. Il s*est acquitté de sa tâche avec la compétence et Tesprit pratique qu^on lui connaît, et la nouvelle édition, sous la forme d'un bel in-8® illustré, est par excellence un livre d'Etrennes utiles.

La Sculpture, de Charles Blanc, forme le 7' volume de la Bibliothèque d* Histoire de VArt. Nous pensons du bien de cette bibliothèque, mais nous en pensons plus encore de la Bibliothèque de l'Enseignement des Beaux^Arts, fondée par M. Quantin, et cela nous gêne pour en parler. Assurément, toute concurrence est permise, et le public n'a qu^à gagner à ce tournoi entre éditeurs. Ici, cependant, l'imitation est un peu \ive. Signé par Charles Blanc, le grand maître es vulgarisation artistique, ce livre ne peut être que bon. Mais le titre est vague. S'agit-il d'un morceau d'éloquence sur la sculpture et son esthétique : c'est parfait. S'agit;il, au contraire, comme on pourrait le préférer, d'une histoire : ce n'est plus cela, et on a mis en volume des pages qui n'avaient pas été écrites dans cette intention. L'illustration est correcte, mais froide.

La 'Loire, — Nous parlerons volontiers de ce volume qui est original et qui constitue une forme assez nouvelle en librairie. Le format serait très heureux si le dos était moins épais; étant donné le texte à composer, il eût mieux valu avoir un centimètre de moins ^'épaisseur et quelques centimètres de plus de surface; mais nous supposons que l'éditeur n'est pour rien dans ce mécompte, il aura été surpris, à la fin de l'ouvrage, par une abondance de texte non prévue au début. M. Louis Barron a dû^ en eflet, avoir les coudes bien gônés! Dans les Environs de Paris, publiés avec tant de succès, il y a deux ans, par la maison Quantin, il disposait d'un gros volume, large et touffu, pour Seine-et-Oise et quelques coins de Seine-et-Marne. Ici, le moule est bien plus étroit et il s'agit d'y faire entrer un quart de la France î

Car ce n'est point la Loire et ses rives, du Puy à la mer; que l'auteur va nous faire traverser, mais le bassin tout entier, môme avec des incursions en dehors, le Morvan, le Berry, le Vendômois, l'Anjou. Qu'en résulte t-il? Une course au clocher où Ton s'essoufHe; une succession de vues si rapidement esquissées qu'elles deviennent des mirages; un kaléidoscope de l'esprit et des yeux. On est ébloui, mais rien ne reste dans la mémoire. Ce reproche fait au plan général de l'ouvrage, il faut reconnaître que M. Barron s'est tiré avec honneur d'une tâche aussi difficile. Sa plume, toujours facile, est élégante. Les questions d'histoire et les critiques artistiques sont agréablement mêlées au récit, juste assez pour lui donner de l'intérêt sans l'étouffer.

Si la place ne nous était pas aussi mesurée au milieu de cet encombrement de fin d'année, nous aurions parlé longuement de l'illustration de ce livre, bonne i

occasion pour traiter du présent et de Vavenir du frocédé. En un mot, en tant que simple trait noir sur papier blanc, il nous semble avoir fait son temps. L'œil demande aujourd'hui quelque chose de moins froid. M. Chapon a fait ce qu'il a pu, mais il ne peut éviter l'impression glaciale du système. Ce n'est pas que le talent lui manque, car tel dessin, comme la porte de la chapelle du lycée de Vendôme, est une perfection; mais il aura eu des surprises.

En somme, livre intéressant et tentative curieuse. Elle sort de la banalité générale»

Librairie E. Pion, Nourrit et G'*. — Toujours sur la brèche et toujours victorieuseaux approches des étrennes, la ^ librairie Pion et C' mérite tous éloges pour la variété qu'elle apporte dans ses publications et la bonne grâce qu'elle met dans l'édition de ses albums humoristiques, conçus et exécutés par les maîtres parisiens du crayon. — Cette année l'apport bibliopolesque de la maison Pion n'est pas considéra* ble, mais il est excellent, il faut d'abord parler de la principale œuvre des éditeurs.

Du Caucase aux Indes, à travers le Pamir, par Ga« briel Bonvalot. (1 vol. in-S<»; prix: 20 fr.) — De tous les voyages d'exploration, ceux qui se font à travers le froid sont ceux qui demandent le plus décourage. Encore les navigateurs, qui ne posent pas comme principe au départ que leur vaisseau sera détruit, ont-ils cet abri flottant qui les suit partout. Mais ici, rien de cela : il s'agissait de franchir des montagnes inaccessibles, à travers des tourmentes de neige, par un froid sibérien, sans itinéraire certain, sans guides, sans secours possibles. II n'y a que les doux pour entreprendre de CCS choses, et M. Bonvalot est un doux par excellence. Il a la douceur et la force. Mais encore pourquoi ce grand voyage r Dans quel but pratique? Quel sera le résultat et quelles seront les récompenses? Ces préoccupations ne sont point dans l'esprit d'un tel voyageur. Bonvalot aime le voyage pour le voyage, le péril pour le péril, la science pour la science. Ce sont là fleurs de Gaule, et Bonvalot est un Gaulois de Bourgogne.

« Avec quels honneurs vous allez être reçu dans votre pays! » lui disait aux Indes lord Dafiérin; mais Bonvalot savait qu'on ne porte plus de palmes, au pays de France, au-devant des hommes qui ne sont pas des hommes politiques. On l'a décoré.

Si ceux qui le connaissent et qui l'aiment disent tant de bien de lui, c'est que sa modestie égale son mérite. Cette modestie, ou plutôt cette insouciance charmante de ce .qu'il fait de grand, est extrême. £lle se dégage de la lecture de ses récits comme une fleur de neige, c'est le cas de le dire ici. Elle est môme contagieuse, car son ami Pépin, Albert Pépin, qui l'a accompagné, qui a souffert comme lui et qui a rapporté tant de curieux dessins, est toujours au diapason de Bonvalot.

Il est difficile de résumer ce voyage, car les faits s'y succèdent rapidement et sans phrases. Dans les villes, dans les oasis de repos qu'ils rencontrent, ils se hâtent et ne les décrivent point. Ce qu'il leur faut, c^esi

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la steppe, la montagne, la lutte contre les éléments. C'est une forte lutte, majestueuse et sévère. Les termes mêmes ont leur grandeur :

La question russe se posait trop vivement pour que l'explorateur Técartât. Mais il se contente de dire, loi qui a été où peu sont allés et qui a vu et entendu bien des choses: «... Les Russes viendront-ils jamais dans les Indes i Nous ignorons l'avenir, mais nous savons que quelques uns les attendent et que beaucoup s'attendent à les voir arriver. » Il faudra supprimer cette phrase dans l'édition anglaise!

M. Albert Pépin nous donne plus de deux cent cinquante dessins et croquis, traités au procédé avec assez d'habileté, mais qui ont surtout un sentiment de réalité qui en fait le charme. C'est la vérité prise sur le fait; l'ariiste a dû regretter que ses modèles, hommes et choses, ne fussent pas plus esthétiques, mais il nous les montre tels qu'il les a vus. Cette sincérité est un grand et rare mérite.

En somme, coutumière du fait, la maison Pion édite là un bon et beau livre.

A côté de cet ouvrage d'exploration, la librairie Pion a donné cette année, dans le genre plus gracieux. Les plus jolies Chansons du pays de France (i vol. in-8" ; illustré par Lucien Metivet; prix : 20 fr.). — Le Folktore français et étranger a été, depuis ces dernières années, Tobjet de nombreuses études et la librairie Maisonneuve, entre autres, en a publié une précieuse collection. Rien de plus captivant en effet que de surprendre l'àme d'un peuple dans la naïveté de ses chansons populaires. Il s'en dégage toujours un charme indéfinissable : toutes les belles passions, la guerre et l'amour surtout, y sont exaltées, et toujours on sent sous les paroles de l'àme la patrie. Graves considérations pour un sujet léger!... Ce livre que nous \ donne M. Catulle Mendés est délicieux de tous points : le choix est ingénieux. Les auteurs ne sont point ^ cités pour celte raison qu'on ne les connaît guère : là d'ailleurs, plus encore que pour les chants d'Homère, l'œuvre est multiple, chacun y a apponé son couplet. Quelques-uns même en ont trop ajouté, et le seul reproche que l'on puisse faire ici est un excès de longueur. Un sonnet ne supporte pas plus de quatorze vers, et une bonne chanson ne devrait pas dépasser trois à quatre couplets. MM. Emmanuel Chabrier et Armand Gouzien, ont noté ces airs légers avec une discrétion très artistique. Le dessinateur, M. Lucien Metivet, les a illustrées de la plus galante façon.

Le titre dit du recueil : Chansons tendres. Pour qui sait lire, celte division promet" qU*on en offrira d'autres au public. Nous sommes convaincus qu'il fera assez de succès à celte première tranche du gâteau pour qu'on lui en découpe encore.

Nous ne quitterons pas la librairie Pion sans parler •de ses charmants albums, au nombre de quatre, qui charmeront tout un public d'esprits jeunes où le ressort du rire est resté intact.

Caran d'Ache s'est livré aux plus amusantes fantaisies, aux imaginations les plus originales, dans son Album sur les Courses dans Pantiquité {i vol., 10 fr.). -Cette antiquité est extraordinairement moderne. Sous

le voile toujours transparent de Pallégorie, sous une forme quasi grecque et ironiquement mythologique, le merveilleux dessinateur détaille tous les épisodes des courses à Paris, au temps d'une République athénienne, qui est notre troisième République. Les jockeys, les sportsmen et les sportswomen, les propriétaires d'écurie, les cochers et les palefreniers, les parieurs, la foule des curieux, depuis les hommes politiques en vue jusqu'aux simples gavroches, défilent sous nos yeux, bizarrement déguisés à la mode d'Athènes. Ces figures actuelles, qui semblent sculptées sur des bas-reliefs du siècle de Périclès, ont une allure des plus bouffonnes. Il y a un piquant et continuel contraste entre la physionomie antique de ces admirables dessins et leur expression toute moderne. C'est un joyeux tour de force qui rappelle dans son genre Orphée aux enfers et la Belle Hélène.

L'album de Mars intitulé Aux rives d'or est non moins amusant dans une note de modernisme à ou-* trance. — Le dessinateur attitré de toutes les élégances mondaines nous promène de Gênes à Marseille sur toutes les plages de cette côte d'azur qu'il peuple de créatures exquises et ensorcelantes; ses croquis sont vifs et spirituels comme ses légendes, et il nous donne un ragoût très gratiné du monde étranger qui fait florès sur les côies du Var et des Alpes-Maritimes. — (Le volume in-8", oblorig, 10 fr.)

Boutet de Monvel, qui est le dessinateur attitré de la maison Pion et qui depuis cinq ou six ans y signe des chefs-d'œuvre de composition et d'art, nous donne cette année un album de Fables choisies de La Fontaine pour les enfants (1 vol. in-8® oblong, lofr.).

Les vingt-six fables qu'il a choisies sont les plus connues, celles qui ont bercé notre enfance dès le pensionnai. 11 les a paraphrasées du crayon et aussi du pinceau avec esprit et bonheur, et la maison Pion a tiré cet album en couleur avec Thabileté dont elle est

coutumière.

Le dernier album qu'il nous reste à ciier est la Chasse à courre, notes et croquis par Crafty (i vol. oblong, 10 fr.). — M. Crafty, lui aussi, est un fidèle de la librairie Pion, et nous avons de lui près de six à huit albums charmants, tous consacrés au sport hippique. Celui de cette année ne leur est pas inférieur et rappelle par plus d'un point les admirables fantaisies anglaises signées par Caldcott, Leech etRawlandson.

Librairie Boussod, Valadon et G'«. — Après leur grand succès de l'an dernier, obtenu avec VAbbé Constantin, de Ludovic Halévy, illustré par Madeleine Lemaire, les éditeurs devaient au public un nouvel ouvrage de maître illustré avec la modernité qui a tant contribué à la réussite du joli livre de Halévy. Ils .ont choisi une œuvre de Maupassant, d'une morale élevée, d'un charme un peu triste, pouvant être placé entre toutes les mains; ils ont plis Pierre et Jean dans le bagage du jeune maître, et ont confié l'illustration à M. Albert Lynch pour les grandes compositions hors texte, et à M. Ernest Duez pour les têtes de chapitres et culs-de-lampe.

Le format adopté a été, ainsi que Tan passé, le grand in-4<*, qui permet à la reproduction des compositions de ne pas trop se restreindre tout en laissant au texte des marges harmonieuses. Le prix est resté fixé à 60 francs le volume. Les aquarelles, dessinées par Albert Lynch pour Pierre et Jean, sont des chefs-d^œuvre de grâce, d*élégance, de finesse, de distinction et de modernité; il y, a plaisir à suivre les progrès de ce très jeune peintre depuis les compositions faites par lui pour les livres d'Octave Uzanne jusqu'aux incomparables tableaux qu'il vient de signer aujourd'hui.

L'ouvrage de Maupassant éta^t cependant assez malaisé à illustrer; sa psychologie serrée, la passion concentrée dans une âme d'Hamlet moderne, prêtaient peu à la manifestation du peintre; Albert Lynch a revécu le roman au Havre même, et il est parvenu, après un long labeur, à nous donner cette admirable série de tableaux qui méritent de lui faire un nom consacré dans le monde des artistes et des amateurs.

Les petites vignettes de Duez sont jolies, comme tout ce qui sort du pinceau élégant de cet aquarelliste mondain; mais elles ne sont pas d'une note aussi exquise que les œuvres de Lynch.

MM. Boussod et Valadon ont fait, avec Pierre et Jean, une œuvre d'art véritable, en dépit même de Théliogravure qui chagrine tant d'amateurs; il faut espérer que le succès de ce livre les poussera à nous donner fréquemment des ouvrages de cette rare valeur.

Librairie Fume, Jouvet et G'^ — Cette année, les publications d'étrennes de la librairie Jouvet et C'^ sont particulièrement intéressantes. Les éditeurs se sont efforcés de se maintenir dans la voie où ils se sont engagés, de faire de beaux ouvrages à bon marché. La faveur du public les a encouragés, il est vrai, et les suffrages de l'Académie française, qui vient de décerner à la fois deux prix Montyon, l'un à VExpérience du grand-papa, par Élie Berthet, l'autre à la Tâche du petit Pierre, par M™« Charles Bigot, ont consacré des succès très légitimes.

Jules Gourdault, dans un luxueux volume : De Paris à Paris à travers les deux mondes, transporte vje lecteur, par une gigantesque excursion aux deux hémisphères, à travers les grandes capitales et les }eunes métropoles que notre siècle a vues naître pour la plupart. Il retrace les phases que ces villes ont traversées depuis leur fondation jusqu'à nos jours, les décrit avec soin, et donne de curieux détails sur les mœurs de leurs habitants, ainsi que sur les arts et les industries qui font leur grandeur. De nombreuses vues panoramiques à vol d'oiseau, dues au crayon habile et patient de H. Clerget, fixent dans l'esprit du lecteur la physionomie exacte de ces grandes cités, ainsi que la configuration du terrain où elles se sont élevées. Les documents tout actuels dont l'auteur s'est servi forment un des principaux attraits de cette belle publication, (i vol., 10 francs.)

Dans la collection des grands volumes in-4% nous

remarquons cette année trots ouvrages intéressants et moraux : les Contes de la mer et des grèves {i vol., 5 francs), par Jean de Nivelle (Charles Canivet) un auteur très aimé'du public, forment une série de tableaux qui, au mérite de l'exactitude, joignent une couleur et une saveur de terroir particulières. Tout en faisant agir, dans ces nouvelles et légendes du pays normand, des enfants et des hommes, dans un cadre parfois miraculeux, Jean de Nivelle s'est cependant efforcé de mêler quelque réalité à cette poésie des choses qui donne un charme particulier à tant de récits imaginaires. Les nombreuses illustrations sont dues au crayon de Ferdinandus, A. Guillemet et £. Matthis. Les enfants comme les grandes personnes prendront un vif plaisir à cette attrayante lecture.

C.-E. Matthis, un des rares artistes écrivant euxmêmes, et avec un égal talent, les livres qu'ils illustrent, offre cette année aux jeunes filles, que l'on oublie trop dans les publications de jour de Tan, une trilogie d'un intérêt saisissant, intitulée : Nos petites braves. L'invasion, l'incendie, l'inondation servent de thème à trois genres d'héroïsme : en Lorraine, pendant la guerre de 1870, une enfant, pour sauver la vie d'un brave chasseur des Vosges caché sous son toit, tient tête à des soldats prussiens qui ont envahi sa demeure en Tabsence de ses parents; en Bretagne, une jeune fille, un modèle de délicatesse et de courage, arrache aux flammes, au péril de sa vie, une fillette endormie; enfin, en Gascogne, une orpheline, recueillie par des maîtres généreux, paye sa dette de reconnaissance en conduisant dans une barque, à travers des périls sans nombre, jusqu'à ce qu'ils soient en sûreté, les enfants confiés à sa garde. Ces trois jeunes filles se meuvent dans un cadre pittoresque, soigneusement décrit, au milieu de personnages étudiés avec conscience. Les détails instructifs abondent, aussi le succès de ce volume égalera-t-il sûrement celui des précédents ouvrages du môme auteur.

Nos petits amis, par Albert Girard (i vol., 5 francs), sont présentés au public, dans une préface élégante et spirituelle, par Louis Ratisbonne. Les héros des cinq touchantes nouvelles qui forment l'ouvrage et qui symbolisent le courage devant Tennemi, la compassion généreuse dans la vie des villes, l'abnégation d'un déshérité de la nature^ l'héroïsme simple et grandiose du marin, les minuscules tempêtes de la vie de collège, sont de braves enfants, maîtres des instincts mauvais qu'ils dominent au profit des sentiments patriotiques et généreux. L'auteur s'est efforcé d'amuser, d'instruire et de moraliser ses lecteurs : à notre avis, il y a réussi.

Grâce aux incessantes modifications ou aux transformations capitales qu'ont subies les costumes militaires depuis quelques années, les uniformes de nos soldats sont pour la plupart ignorés de la masse même des Français. Dans un grand album oblong qui a pour titre : VArmée française, M. G. Gaulard a groupé, sur des planches imprimées en couleur, soixante-quinze uniformes de cavaliers ou de fantas-

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sins (i vol. in-4^, 5 francs). Les soldats sont campés avec crânerie, et les costumes dessinés avec exactitude. Un texte clair et précis, écrit par un officier érudit^ aipsi que des tableaux relatifs aux tenues et aux eCTectlfs des différentes armes, complètent ces connaissances techniques que tous les Français devraient avoir, parce qu'elles rassurent pour le présent et pour Tavenir. Cet album devrait être entre les mains de tous, de la jeunesse surtout, car son but patriotique est de faire connaître et aimer notre armée.

Librairie J. Hetzel et G'«. — 11 est difficile de rêver un succès de meilleur aloi dans le public soucieux de bonne et saine littérature, que celui de la Bibliothèque d'Éducation et de Récréation, fondée par le regretté P. J. Stahl, et qui depuis un quart de siècle a suivi imperturbablement le programme tracé par son éminent créateur.

On se rappelle avec quel tact il sut s^entourer de collaborateurs capables de le seconder et de concourir à Texécution du plan quMI avait conçu. Jules Verne date de la première heure, ainsi que Jean Macé. Et combien d^autres sont venus, depuis, compléter la plus belle collection qui fût jamais !

Les heureux efiets d'une aussi excellente cause font apprécier Tinfluence exercée sur la jeunesse, par cette littérature qui, sortant des sentiers battus, se lançait à travers des seniiers nouveaux. Avant l'initiative de P. J. Stahl, il n'y avait pas de littérature réellement à Tusage de la jeunesse, et s'il en existe une aujourd'hui, c'çst bien à cet écrivain précurseur qu'on la doit, à son amour profond du jeune âge, à son ardeur sans pareille au travail, produisant de nombreuses œuvres personnelles, et traçant à ses collaborateurs le plan des ouvrages qu'il attendait d'eux.

Aujojird*hui, l'expérience est, on peut le dire, concluante. Le succès est là pour attester l'opportunité d'une idée qui a fait son chemin, et à laquelle le nom de P. J. Stahl restera à jamais attaché.

On verra, par la nomenclature des nouveautés de l'année, avec quelle sollicitude la Bibliothèque d'^Éducation et de Récréation poursuit, sous la direction de son fils, une œuvre féconde, et qui n'a jamais dévié de la ligne tracée, c'est-à-dire du programme primitif qui se proposait d'instruire en amusant. Il y a là tout un art particulier, qui tiendra une grande place dans l'histoire littéraire de ce siècle, et dont l'action, fort heureusement pour nos enfants et pour nous, est loin d'être épuisée.

Voici les titres des seize nouveaux ouvrages qui viennent enrichir la Bibliothèque d'Éducation et de Récréation :

Deux ans de Vacances, par Jules Verne ; les Exilés de la Terre, par André Laurie; Contes de tous les PaySf par Th. Bentzon ; le Parrain de Cendrillon, par L. Ulbach; Fi7* de Veuve, par S. Blandy; les Mines de Salomon, de Rider-Haggard ; Pour les Enfants, par Erckmann-Chatrian; Scènes de la Vie des Champs et \

des Forêts aux États-Unis, par E. Van Bruyssel. Dans la Petite Bibliothèque blanche : les Douij^e, par M. Bertin ; Histoire d'une bonne Aiguille, par H. Durand ; quatre albums Stahl : deux en noir, les Petits Ber* gers, par L. Frœlich ; Petites Tragédies enfantines, par Froment; deux en couleur : Une Maison inha^ bitable, par Kurner, et l'Homme à la Flûte, par de Lucht. Enfin les deux beaux volumes formant la 24® année du Magasin d'Éducation et de Récréation, tomes 47 et 48.

Après un examen très attentif, nous allons résumer notre opinion sur chacun d'eux.

Ce que nous pouvons dire dès à présent à nos lecteurs, c'est qu'ils peuvent puiser dans cette collection, sans avoir à redouter d'y trouver un seul volume médiocre: à titres différents, tous sont utiles et charmants, et près d'eux s'élève leur ancêtre, le Magasin d'Éducation et de Récréation, qui fut l'origine de cette collection sans rivale et qui, pour l'année 1889, a déjà fait provision de romans, de comédies, d'articles de toutes sortes dus aux collaborateurs si bien choisis par M. Hetzel : Jules Verne, E. Legouvé, André Laurie, Gennevraye, B. Vadier, Genin, Bentzon, Lermont, etc.

La Bibliothèque d'Éducation et de Récréation compte parmi ses collaborateurs les écrivains contemporains les plus renommés. Elle a choisi celles de leurs œuvres qui pouvaient le mieux convenir à la jeunesse, et c'est à ce titre qu'elle publie cette a[inée le Parrain de Cendrillon, par Louis Ulbach. Jeunes filles et jeunes gens s'intéresseront aux tribulations de cette charmante fillette dédaignée, sinon maltraitée par une belle-mère, en tout cas, n'ayant point l'occasion de dépenser les trésors d'affection qu'elle doit refouler en son cœur, et dans Tàme de laquelle ne dorment ni un projet de vengeance, ni même une idée de rancune. Disons que tout finit pour le mieux, et que Louis Ulbach, après avoir fait verser bien des larmes, ramène aussi bien des sourires sur les lèvres des jeunes lecteurs, empoignés, c'est le mot, par les nombreuses vicissitudes de l'aimante et gentille petite Cendrillon. Emile Bayard a trouvi dans le Parrain de Cendrillon le sujet d'une de ses plus délicates illustrations (i vol., 9 fr.}.

L'un des plus curieux ouvrage delà maison est as sûrement le livre de Jules Verne : Deux ans de Vacances (i vol. in-8* illustré, prix : 9 fr. — Rarement le célèbre auteur a été mieux et plus sainement inspiré que dans ce nouvel ouvrage. Ces aventures peu ordinaires de quelques enfants de nationalité et d'âges différents, sont d'un enseignement parfait. Elles rhontrent que la solidarité, en présence de périls communs, est une nécessité; et aussi que les rancunes s'effacent, de môme que les aspérités du caractère s'émoussent dans un commerce quotidien et dans une préoccupation constante de lutte pour la vie. Elles montrent, en outre, que les jeunes gens livrés à leur propre initiative deviennent plus vite des hommes, et elles constituent un éloquent plaidoyer en faveur d'une éducation plus virile de la jeunesse. C'est une perle de plus dans la collection si

nombreuse et si variée des romans de Jules Verne, dont chaque livre nouveau est une surprise. Celui-ci sera certainement remarqué dans Tœuvre considérable du maître, à Tégal de son chef-d'œuvre Plie mystérieuse.

Les 'Voyages extraordinaires, complétés par la Découverte de la Terre, la Géographie de la France, et les Voyages au Théâtre, forment un magnifique rayon de bibliothèque. Deux ans de Vacances est le vingt-neuvième volume; le trentième aura pour litre Famille sans nom, et ce sont les heureux abonnés du Magasin d'Education et de Récréation qui vont en avoir la primeur.

Autre ouvrage sous ce titre : Les Mines de Salomon, par Rider Haggard (i vol. in-8**, 7 fr.)» Impossible de jêver aventures plus saisissantes et plus terribles que celles de ces trois hommes qui, sur la foi de données bien vagues, se lancent à travers Tinconnu, dans les régions les moins explorées de TAfrique australe, pour retrouver le frère de l'un d'eux parti à la recherche des trésors de Salomon. Le récit, écrit sous forme personnelle, est vif et rapide, et Télément comique s'y mêle, la plupart du temps, aux situations les plus critiques. La Bibliothèque dEducation et de Récréation^ qui a fait connaître au jeune public français les grands écrivains étrangers, Stevenson, Mayne-Reid, S. May, Mapes, Dodge, Alcott, Dickens, Tolstoï, ne pouvait laisser passer un livre aussi original, sans l'offrir à ses lecteurs fidèles. Nous sommes convaincus que ceux-ci lui en sauront le plus grand gré. L^étrangeté de ce livre est admirablement rendue par un artiste bien connu, Riou.

André Lauric a également fourni à la maison Hetzel les Exilés de la Terre (i vol. in-S*, 10 fr). Le conteur aimé et déjà célèbre, auquel les lecteurs de la Bibliothèqite dEducation et de Récréation doivent tant d'intéressants récits, sans parler de son admirable et importante série de la Vie de Collège dans tous les Pays, si vraie, si animée, n^a jamais môle d^aventures plus extraordinaires à des données scientifiques mieux étudiées. Les événements qui se déroulent, depuis quelques années, dans le Soudan, forment le drame terrestre de ce livre aussi plein de couleur que d'imprévu; il est divisé en deux parties : Le Nain de Rhadamèh et les Naufragés de VEspace, L'intérût ne fléchit pas un instant, ici aussi bien que là.

N'oublions pas la bibliothèque de l'éternelle M^'^Liii et de son Cousin Lucien.

Des diverses parties de l'œuvre d'éducation et de récréation de la Librairie Hetzel, celle de laquelle on Ta louée le plus unanimement, le plus libéralement, et partout, et toujours, et sans réserve, c'est cette collection si varice de cent vingt-cinq albums, que Stahl a créée au jour le jour, et avec un plaisir si évident qu'il a dû considérer cette part de ses travaux comme une sorte de récréation pour lui-même.

Quatre œuvres nouvelles viennent grossir ce trésor littéraire et artistique du premier âge : deux albums en noir, les Petits Bergers, illustré par Frœlich, et Petites Tragédies enfantines, illustré par Froment.

L*un et l'autre, sous un texte volontairement na'if, si bien commenté par le crayon de l'artiste, renferment d'excellentes leçons.

Nous signalerons enfin un petit livre curieux de M. Durand, Histoire d'une bonne aiguille. Voici un petit volume destiné à prendre une place à part dans la Petite Bibliothèque blanche, et qui mérite cet honneur, grâce à des qualités charmantes d'imagination et d'humour. Tout est réuni dans ces mémoires d'une aiguille qui, sortie enfin fine et acérée des nombreuses mains qui ont contribué à sa fabrication, exécute à son tour beaucoup de travaux, voit beaucoup de choses et sait très bien conter. Les Anglais sont passés maîtres en ce genre particulier, et les lecteurs prendront un intérêt extrême à cette historiette très artistement illustrée, tout en puisant de bons et utiles exemples dans ces pages où l'enseignement moral se trouve joint à beaucoup d'esprit.

Librairie J. Rothschild. — La maison J. Rothschild s'est placée au premier rang cette année par des publications d'ouvrages considérables qu'elle a faites avec un goût, un soin et une profusion d'art dont on ne saurait trop la féliciter. Parmi les livres d'éirennes- aucuns ne sont plus recommandables que ceux dont nous allons parler; ils sont édités avec un grand souci de la perfection, et les sujets sont traités par des écrivains hors ligne qui ont consacré de longs loisirs aux ouvrages durables qu'ils viennent de terminer.

En premier lieu nous parlerons du livre admirablement exécuté qui porte simplement pour titre:

Honoré Fragonard; sa vie son temps et son œuvre, par le baron Roger Portails, un très fort volume, petit in-folio, sous couverture en 10 couleurs par Mangonot; ouvrage de luxe, orné d'eaux-fortes, héliogravures et reproductions typographiques, no planches hors texte, et 100 illustrations dans le texte; l'ouvrage est tiré à 1000 exemplaires numérotes à la presse dont 4 parchemin (Prix : 1000 fr.); 20 japon (Prix : 200 fr.); 180 vélin à la forme filigrane (Piix: 100 fr.); 876 simili-japon (Prix* 60 fr. ; relie 75 fr.}-

Le plus spirituel et le plus parisien des peintres, Honoré Fragonard, vient de trouver son historien. Une étude détaillée, remplie de documents inédits ci richement Illustrée, était bien due à l'auteur de VES' carpolette et de la Fontaine d^amour,

M. le baron Roger Portails, que ses travaux sur les dessinateurs et les graveurs du xviii^ siècle avaient préparé à cette agréable tâche, a étudié le charmant artiste sous les faces multiples de son talent; à ses débuts d'abord, quand l'élève de François Boucher est sous sa prépondérante influence et que ses tableaux et panneaux décoratifs se confondent avec ceux du maître; puis à Rome, à l'Académie de France, devant les grands maîtres italiens, courant avec Hubert Robert et l'abbé de Saint-Non les villas et les ruines, et dessinant d'un crayon léger ces merveilleuses sanguines que l'on admire dans les collections.

De retour à Paris, le jeune artiste veut frappci ui»

LIVRES D'ÉTRENNES

grand coup, tenter la grande peinture et se faire agréer àl^Académie royale. Son tableau de Corésusse sacrifiant pour sauper Callirhoé, acheté par le Roi et destiné par lui à être reproduit en tapisserie aux Go> belins, — on peut encore Tadmirer au Louvre, — fait pousser des cris d^admiration, et Diderot, qui n^était pas toujours tendre, dans son Salon de 176S, le proclame une belle chose.

. Puis la fougue de la jeunesse entraîne Fragonard dans le monde du théâtre et de la galanterie. Les seigneurs de la cour, les fermiers généraux lui demandent des tableaux de boudoir et de petite maison. L'Escarpolette, la Gimblettey le Baiser à la dérobée, le Sacrifice de la Rose, Vlnstant désiré, le Serment d'amour, datent de ce temps de folle ivresse, et le ^ peintre cède d'autant plus facilement aux désirs des amateurs que sa nature le pousse aux sujets amusants et gais. La femme lui plaît à peindre et il plaît aux femmes, quitte à rompre avec elles, quand la vivacité de son caractère Vy conduit.

C'est ce qui arrive avec la Guimard, la danseuse célèbre, baptisée par des malveillants le Squelette des Grâces, qui lui fait peindre à plusieurs reprises son portrait et décorer le Salon de son hôtel de la Chaussée-d'Antin. Il se brouille avec elle et laisse Louis David l'achever. M"* Du Barry lui achète des dessus 'de porte pour son pavillon de Luciennes, lui commande de grands panneaux décoratifs, les fameuses peintures qui sont à Grasse maintenant, et les lui laisse pour compte. Cest pour le baron de Saint-Julien, fermier général, alors propriétaire de Thûtel de la famille de Rothschild (rue Laffitte), qu'il fît la Main chaude ^\ le Cheval fondu, et pour quelque autre financier, la magnifique toile décorative de la Fête de Saint-Cloud, actuellement dans la salle à manger de la Banque de France.

Plus tard, son talent se modifie sous l'influence de la famille qu'il s'est créée. Fragonard reproduit dans de fraîches compositions ses enfants, sa femme, sa belle-sœur, Marguerite Gérard, une artiste elle aussi. La Famille du Fermier, la Bonne Mère, la Visite à la nourrice, THeurense Fécondité, sont des tableaux de famille et d'intérieur, d'une sentimentalité fine et moins larmoyante que celle de Greuze.

Fragonard était encore un peintre de paysages émérite, un miniaturiste prime-sautier, un eau-fortiste plein de ragoût dont les planches trop rares sont de petits chefs-d'œuvre. Il a plusieurs fois retouché celles de M"" Gérard, cette belle-sœur qui lui adressait ces billets enflammés et sentimentaux d'un caractère si intime, que Tauteur a eu la bohne fortune de découvrir.

On trouvera à la fin du volume, dans des catalogues dès longtemps réunis par Fauteur, la mention de tous les tableaux et des principaux dessins dont il a été posâible de suivre le passage à travers les ventes et les collections, avec les prix obtenus. Une Iconographie de l'œuvre de Fragonard complète le volume il 1 astre d'une profusion de reproductions de toutes Portes.

Ces tableaux charmants, ces dessins croustillants, |

ces gravures où le maître a mis son empreinte, l'édî* teur Rothschild en a fait reproduire près de 220 hors texte, comme planches séparées, et dans le texte par les procédés les plus parfaits.

Les eaux-fortes sont des meilleurs faiseurs : Lalauze, Champollion, Courtry, de Mare, Wallet, Greux, Moeziès, Jasinski ; les héliogravures de Dujardin, les photolithogravures par Avon rendent la fleur des dessins et peintures, dans tous lestons de' la sépia, du bistre et delà sanguine. Les principales collections se sont libéralement ouvertes pour donner à cette publication tout son lustre. Aussi croyons-nous Fragonard, sa vie, son temps et son œuvre, appelé à un grand et légitime succès que justifie le renom du peintre le plus sympathique de tout le xviii" siècle.

M. Rothschild a encore publié un ouvrage de M. Charles Yriartequi a fait sensation dans le monde des historiens.

César Borgia. — Sa vie, sa captivité, sa mort, d'après les papiers d'État des dépôts d'Italie et ceux de Castille et de Navarre, par Charles Yriarte. — 2 volumes imprimés avec luxe, grand in-8^ sur beau papier; ornés de vues,- portraits, cartes, médailles, etc. — Prix des deux volumes : 20 francs. —

Le nouvel ouvrage que l'auteur de la Vie d'un patricien de Venise et deRimini sous les Malatesta vient de faire paraître, comblera une lacune dans l'histoire de ritalie aux premières années du xvi* siècle.

Malgré le sanglant prestige du nom des Borgia et les nombreux écrits auxquels ils ont donné lieu, on n'a jamais su jusqu'ici, d'une façon complète, les destinées du Terrible fils d'Alexandre VI et de la Van* nozza. •

Sa vie est très courte : né en 1476, il meurt en i5o7; mais, dès la fin de i5o4, les historiens italiens le perdent de vue; ils enregistrent son départ pour TEspagne, sa captivité dans une forteresse de la Ckstille, sa fuite en i5o6, et sa mort inattendue au printemps de l'année iSoy.

Les quelques lignes consacrées çà et là à ces quatre années de la vie du Héros vont devenir une partie du sommaire du nouveau livre de M. Charles Yriarte; er, si l'auteur avait suivi sa première pensée, il aurait même intitulé son œuvre : César Borgia en Espagne,

Il se proposait en effet, averti par quelques documents rencontres en Navarre, de montrer seulement les dernières convulsions du duc de Valentinois, son énergie insurmontable dans la défaite, ses intrigues derrière les murs des divers châteaux forts où il fut enfermé, sa fuite aventureuse à travers la Castille jusqu'à la capitale de la Navarre, où il se réfugia chez le roi Don Juan, son beau-frère; et son trépas glorieux dans une escarmouche sous les murs de la petite ville de Viana.

Ce n'était pas assez de suivre son héros jusque sur le champ de bataille de Mandavia, l'écrivain a voulu dresser son acte mortuaire, restituer son sépulcre, et fouiller le sol de la rue de Viana qu'une tradition constante, coïncidant avec les indications de chroniqueurs peu connus hors de la Navarre, désignait comme la fosse obscure où un- prince de l'Eglise, animé de la

haine du nom des Borgîai a fait jeter ses ossements après avoir détruit son tombeau.

Nous avons donc là un César Borgja peint en pied, sur le théâtre où il évolue, dans son milieu pittoresque et dramatique. Toutes les scènes légendaires, les meurtres, les sacs de villes, les sombres e^^cutions de Sinigaglia, la mort d'Alexandre VI et les convulsions de César frappé du même coup, traqué par ses ennemis, nous offrent une série de tableaux d'un rare intérêt, dépouillés cette fois des exagérations de la légende et présentés sous leur véritable jour.

Pour [ce qui concerne la Captivité en Espagne — la Fuite — et la Mort, c'est aux dépôts de Valence, de Simancas, de la Bibliothèque de l'Académie de Thistoire de Madrid, à ceux des Archives d'Ossuna (déjà séquestrés, mais fouillés, pour tout ce qui concerne César, par nxonorabte HbUothécwre Oliver y Hurtado); et enfin aux riches Archives de Pampelane eti celles des Basses-Pyrénées et de la Maison d*Albret. que Tauteur a demandé leur secret pour restituer avec sécurité cette période inconnue, mais dont les chroniqueurs castillans et navarrais avaient déjà fait ressortir l'importance.

L'écrivain s'est préoccupé d'écrire un livre d'histoire où le document n'embarrasserait point le récit ; il l'a donc fondu dans l'œuvre elle-même, et s'est borné uniquement à reproduire les pièces d'une importance capitale et complètement inédites.

Le travail se compose de deux volumes enrichis, non point d'illustrations proprement dites, mais des monuments, portraits, médailles, édifices, écussons, autographes et cartes géographiques, qui sont des commentaires et des preuves irréfutables à l'appui du récit.

Tout autre est l'ouvrage suivant : les Chevaux de course. — Historique description et pedigree des étaloits pur sang anglais et français et des juments les plus célèbres ayant paru sur le turf depuis 1764 à 1887, par S. F. Touchstone (de la Vie sportive). Un volume in-tolio oblong avec 60 chromo, dessinés d'après nature par Cotlison, Pénicaut et Le Nail;

— texte orné de 180 vignettes par Crafty, Cotlison, Le Nail, Arsenius, Pénicaut, Cousti^rier, etc. — Avec lettre, préface du duc de Beaufort. — Impression faite à 75o exemplaires numérotés à la presse. — Prix 60 fr.

— Relié, 75 fr.

Les courses sont aujourd'hui entrées dans nos mœurs, elles ont acquis en France droit de cité et on ne pourrait y toucher sans soulever de toutes parts des protestations .légitimes , on en a eu la preuve quand, au printemps de 1887, la suppression des listes des bookmakers, pendant six semaines, mit leur existence en péril. Il est non moins vrai que, généralement, on sait uial en comprendre l'utilité et la nécessité. Les courses sont pour le public un simple passetemps ; mais les sociétés qui les dirigent poursuivent un but plus élevé, elles encouragent les éleveurs, par les allocations qu'elles leur offrent, à produire des chevaux parmi lesquels la sélection permettra de choisir des étalons appelés à infuser à nos races le sang qui leur est indispensable..

Elles permettent d'obtenir des animaux de tête qui, par des croisements avec les autres races, améliorent sans cesse l'ensemble de l'espèce. Les résultats qu'on a atteints sont trop évidents pour qu'on ait besoin d'insister ; il est donc permis d'affirmer que les grandes sociétés ont bien justifié le titre de Sociétés d'eih couragementf et que c'est surtout grâce à elles qu'une amélioration notable a été obtenue dans notre production chevaline.

Ces vérités essentielles ont besoin d'être répétées souvent pour être reconnues et acceptées de tous; c'est là un des buts que s*est proposés S. F.Touchstone en exposant les doctrines qui ont présidé à la création des deux grandes Sociétés d'encouragement et en faisant ressortir qu'elles seules pouvaient obtenir des résultats indispensables que réclamait la remonte et qui peuvent assurer l'avenir de notre cavalerie.

Puis, la théorie exposée, il a demandé à la pratique de fa justifier» il n^étaltpas possible de rappeler dans un seul ouvrage la carrière d» tnms les chevaux qui se sont illustrés au haras, après avotr brtUê sur le turf. Une sélection était donc nécessaire, et, ottinl* lement, il dut avant tout porter son choix sur les étalons qui ont rendu et rendent encore le plus de services à l'élevage. Dans cet ordre d'idées, une place revenait aux juments qui ont contribué pour une bonne part à établir la réputation de notre production de pur sang.

Touchstone s'est, avec raison, appliqué à exposer les principes suivant lesquels ces réalités avaientété obtenues, les croisements qui réussissent le mieuX) les combinaisons de sang auxquelles on doit s'attacher de préférence. Il aainsi cherché à faire un livre pouvant être utile aux éleveurs, et à constituer en quelque sorte un document authentique pour l'histoire du cheval pur sang.

Parmi les nombreux ouvrages publiés, en Angle* terre principalement, sur les chevaux pur sang, il n'en est aucun qui l'ait été au point de vue iconographique des couleurs.

L'éditeur a donc voulu faire un livre qui intéressera non seulement en France, mais les sporismen dans le monde entier. Les 60 portraits en chromo sont exécutés d'après les aquarelles de Cotlison, Le Nail et Pénicaut; c'est Thurwanger qui les a mises sur pierre et c'est la maison Lenavéier qui a exécute les planches.

Le texte est divisé en quatre parties; en tête se trouve une lettre du duc de Beaufort, un des plus célèbres et des plus estimés sportsmen en Angleterre.

Ces études sont suivies d'un tableau général donnant un résumé des pedigrees de tous les meilleur chevaux de courses, et enfin un exposé des princip généraux de l'élevage et des croisements de form , avec des tables alphabétiques très détaillées à la de l'ouvrage.

Il faut mentionner encore 180 illustrations, tant lettres ornées par Grafty, que vignettes, en-teics culs-de-lampe, dessinés par ArseniUs, Cotlison, "* çaut. Le Nail, Cousturier, etc.

LIVRES D'ETRENNES

L'ouvrage est publié sous les auspices de M. Au* gusie Lupin, le doyen des éleveurs français. Chaque exemplaire est numéroté à la presse.

La place nous fait défaut pour parler comme il conviendrait d'un superbe volume-album : l'Eau, 23 compositions par A. Sezanne. Ouvrage in-folio superbement édité et sur lequel nous aurons à revenir à la première occasion.

Librairie des Bibliophiles. (Éditions Jouaust.) — Bien que la Librairie des Bibliophiles ne fasse pas paraître ce qu'on appelle ordinairement des livres d'étrenneS) elle n'en réserve pas moins pour la fin de l'année ses plus belles publications à gravures. Fidèle à cette tradition, elle se présente encore cette fois au public amateur avec des ouvrages dignes de fixer son attention. •

Nous signalerons d'abord, dans la Bibliothèque ar^ tistique, moderne, les Filles du feu, de Gérard de Nerval : c'est un recueil de nouvelles, dont la plus connue est Sylvie, qui a plus contribué que toutes ses autres œuvres à rendre populaire le nom de cet original écrivain. De gracieux dessins d'Emile Adan, le peintre de genre bien connu, merveilleusement gravés à l'eau-forte par Le Rat, ornent cette jolie édition, que vient compléter une intéressante notice sur Gérard de Nerval, due à la plume de M. Jules Levallois, Ttin des critiques les plus autorisés de l'école de Sainte-Beuve. — Le prix de l'ouvrage est de 25 francs.

Dans la Petite Bibliothèque artistique, déjà si riche en ouvrages de toute sorte, on trouve, cette année, une édition du Vicaire de Wakefleld, de Goldsmith, pour laquelle l'éditeur a adopté avec raison la traduction de Charles Nodier, qui a le mérite de rendre avec une grande exactitude l'esprit de l'œuvre originale. Les eaux- fortes qui ornent le texte sont de M. Lalauze, qui excelle, on le sait, dans la composition des scènes d'intérieur, et dont le talent, toujours en progrès, ne s'est jamais manifesté d'une façon plus brillante. Cette jolie édition, qui forme deux petits volumes, est vendue 25 francs.

Il ne faut pas oublier un intéressant ouvrage qui a paru cette année dans la môme collection : les Caquets de VAccouchée, une bien curieuse peinture de la vie bourgeoise au xvii* siècle, qui venait faire le penf dant des Quinze Joyes de mariage, cette piquante et philosophique satire des mœurs de la fin du XV* siècle. Ces deux ouvrages, pour chacun desquels M. Louis Ulbach a écrit une préface, sont ornés de gracieuses et spirituelles eaux-fortes de Lalauze, qui a retrouvé, à cette occasion, le succès qu'il avait obtenu avec la Physiologie du Goût, pi^bliée, il y a quelques années, dans les mêmes conditions.

A côté de cette importante série des œuvres les plus remarquables dans le domaine du conte et du roman, il ne faut pas oublier la collection plus modeste des Chefs-d'œuvre inconnus, publiée dans le même format, et dont les eaux-fo!rtes de Lalauze ne sont pas le moindre attrait. Cette ilégante collection, interrompue par la mort du regretté Paul Lacroix,

qui l'avait fondée, et reprise par M. Maurice Tourneux, vient de donner les Confessions du comte de *** un roman très intéressant, et pourtant bien peu connu, de Ch. Pineau-Duclos, le célèbre auteur des Mémoires secrets des règnes de Louis XIV et de Louis XV. Cette curiosité littéraire a été remise au jour par un érudit des plus appréciés, M. Eugène Asse,^qui a écrit sur Duclos une excellente notice.

Les amateurs de livres d'art retrouveront avec plaisir le Livre d'or du Salon de peinture et de sculpture (prix : 25 fr.), rédigé par M. Georges Lafenestre, et contenant la reproduction à Peau-forte des principales œuvres du Salon annuel. On comprend l'importance et rintérét toujours plus grands que prend cette publication, qui en est à sa dixième année et dont la collection formera l'histoire en même temps la plus exacte et la plus pittoresque de l'art à notre époque. Le volume de i888, orné, comme les précédents, de quatorze planches gravées chacune par un artiste différent, contient la tabl^ générale de toutes les œuvres décrites pendant les dix premières années de la pu« blication.

Librairie Daorooq — Le chef de cette maison de publication qui a donné d'excellents livres pour la jeunesse est mort an cours de l'année dans la force de l'âge, mats ses héritiers continuent à donner à la librairie qu'il avait fondée une impulsion aussi grande qu'auparavant. — Nous comptons quatre nouvelles publications à cette librairie.

i* Le Tambour de Wattignies, par Sixte Delorme, édition de luxe, format in-4<* écu, illustré de loo beaux dessins. - Prix, 6 fr.

Sôus le titre le Tambour de Wattignies, M. Sixte Delorme publie le i^cit le plus complet et le plus émouvant de cette bataille de deux jours, où suivant le mot de Jourdan, tous les soldats de l'armée du ^Qvà furent^ des héros.

Ce récit entraînant, sincèrement ému, a le vif intérêt des grands romans nationaux et Texaciiiude absolue de l'histoire documentaire. L'auteur a puisé aux sources les plus sûres, kux archives de la guerre, dans la correspondance des ministres, des généraux, des représentants du peuple; il a visité les champs de bataille, étudié avec soin nos pays du Nord et recueilli les traditions les plus dignes de foi.

Autour de Carnot, l'organisateur de la victoire, de Jourdan, général en chef à trente-deux ans, de Duquesnoy, le commandant de la colonne infernale, il a groupé de beaux types populaires : Tobie et Siroh, les héroïques tambours, la mère Montargis, le capitaine Pépin, Ghislain Eliet, le vieux paysan patriote, et sa douce et courageuse Madeleine. L'enseignement historique n'a peut-être jamais été présenté sous une forme plus attachante.

L'œuvre a une incontestable valeur littéraire; les remarquables dessins de MM. Mouchot, Julien. Bodmer, Borionne, Maury, gravés par Méaulle, lui donnent un caractère artistique.

Inspiré par un patriotisme éclairé, ce livre ne fournira à la jeunesse que des notions justes sur les

hommes et les cvéncmcnts; il lui apprendra ce que peuvent, aux heures terribles, V amour du pays, le sentiment du devoir, le courage discipliné.

Le second livre publié par la Librairie Ducrocq a pour titre le Secret du gouffre, Aventures d'un chaS' seur d'insectes, par Paul Combes, prix, 6 fr. — C'est un modeste instituteur de village qui nous raconte lui-même, avec une sincérité et^une simplicité pleines de charme, Thistoire de sa vie. Passionné pour rétude de la nature, il la fait vivre dans son récit, et nous intéresse aux faits et gestes du monde des insectes.

Le principal intérêt de ces aventures se concentre autour du « secret du gouffre ». C^est avec une émotion croissante que Pon suit les péripéties de la découverte de ce secret, et des conséquences qu'amène cette découverte.

En somme, le nouvel ouvrage de M. Paul Combes est un livre attachant et instructif, bien écrit, fort bien illustré, accompagné d'une jolie berceuse en musique, splendidement relié et d^un bon marché exceptionnel.

Un autre ouvrage pour adolescents, les Enfants de pécheurs, Hélène et Léon, avec compositions et texte de Henri Bacon mérite d'être encouragé \i vol. in-8^ 6 fr.).

La charmante histoire que M. Bacon raconte à nos jeunes lecteurs a été écrite et dessinée au milieu d'une famille de pécheurs, et conserve toute la saveur d'une idylle maritime.

Après avoir lu ce petit volume album, le lecteur connaît les moeurs, les joies et les peines de tout ce monde du littoral que nous ne voyons que dans nos vacances à la mer, et qui est si vaillant et si curieux.

En outre des tableaux si gracieusement composés par M. Bacon, gravés avec tant de soins par M. Méaulle, des figures spéciales ont été ajoutées et forment pour les jeunes excursionnistes un vademecum facile à consulter; et comme il est charmant de connaître et de suivre le langage de tous les signaux qui se font sous nos yeux, qui disent de si grandes et si terribles choses, l'annonce d'une tempête, Parrivée d'un navire ayant des malades, à bord, rien n'est indiffèrent alors que Ton possède la clef de ce langage ihuet.

Entin la Librairie Ducrocq a publié une œuvre importante, les Deux France, histoire d'un siècle (1789- 1889), récitsd'une aïeule centenaire, par M. de Lescure.

Dans cet ouvrage patriotique l'auteur s'est applique à peindre, dans une série de tableaux contrastés et de figures caractéristiques, la France du passé et celle du présent, la France d'hier et celle d'aujourd'hui ; il s'est plu à retracer les variations de uiœurs, d'usages, de costumes, et plus encore les évolutions d'idées qui les distinguent; il a mis 1er tout en action sous la forme d'épisodes dramatiques et romanesques, derrière lesquels le décor historique est solidement planté, et où la fiction n'a d'autre but que d'éclairer la vérité.

Le volume est très joliment illustré de gravures sur bois ; il est de ceux qui s'imposent par le sujet traité,

le nom de l'auteur et la décoration artistique qui sV fait jour.

Maison A. Le VasBeur et G<*. — Un seul volume important publié par cette librairie. Il est intitulé : Autour du drapeau, par le général Thomas, illustrations de Sergent (i vol. in-8« broché, 5o fr.).

La maison Le Vasseur, qui se contentait principalement, jusqu'à ce jour, de vendre les livres des autres, s'est décidée h. appliquer son activité et son intelli* gence à la création d'un bel ouvrage pour son propre compte. Nous l'en félicitons d'autant mieux que, pour ne pas être tout à fait un coup d'essai, ce n'en est pas moins un coup de maître.

Aucune autorité militaire, plus respectable et plus respectée, ne pouvait être choisie mieux que le général Thomas pour retracer ce siècle de patriotisme (1789-1889) où, successivement, tous les partis se groupèrent autour du drapeau français. C'est ici l'histoire du drapeau tricolore. Comme Ta dit Lamartine, il a fait le tour du monde. Nous en connaissons aussi un autre. Sans retour, il appartient au passé; mais il ne s'est pas amassé moins de gloire autour du vieui drapeau blanc. Le succès certain de ce livre nous en promet un autre, dont il ne sera que le tome II. Nous l'attendons.

Commençant à Valmy, les premiers chapitres du livre ne sont que des étapes de la victoire*. Un crime: l'odieuse guerre d'Espagne; un linceul, la campagne de Russie. Avec raison, l'auteur a développé la campagne de France de 181 5 : « Il est pénible sans doute, dit-il, de lire le récit prolongé d'une série de défaites, mais il est consolant de voir combien ces défaites ont été glorieuses. » Puis vientl'histoire ensoleillée de la conquête de l'Algérie. Ensuite, les expéditions du second empire, la Crimée, l'Italie, la Chine, le Mexique : toutes à l'honneur de nos armes, toutes à la confusion politique de l'illuminé qui les entreprenait. Alors l'expiation de Sedan où les innocents payent pour les coupables; Coulmiers; la fin!... « Tout est perdu, fors l'honneur! » Enfin, un peu de succès revient à nos armes comme si, en môme temps qu'un jeune soleil, il devait se lever pour nous des pays d'extrême Orient.

M. Lucien Sergent s'est tiré à son honneur de l'illustration. On ne peut demander que 200 illustrations soient 200 chefs-d'œuvre. Obligé de représenter successivement des races ditlérentes, msis dans des attitudes semblables, des costumes divers, mais toujours d'uniforme, sans parler de la variété monotone des batailles, l'artiste se répète nécessairement et trahit telle habitude de pose, telle simi* litude de trairquî donne à toutes ses compositions un air de famille. Cetécueil est impossible à éviter. Ces réserves faites, et personne ne les prendra pour une critique, l'illustration de M. Sergent mérite tous les éloges.

L'éditeur a eu l'heureuse idée de réchauffer, par une impression en deux tons, les principales compositions, et il a eu le courage, plus heureux encore, de résister à la sensation de la polychromie. Elle est à la mod*

LIVRES D'ÉTRENNES

et le sujet s*v prétait. Mais il n'en faut pas moins reconnaître qu'elle est de convention et le plus souvent criarde. Ici, avec les deux tons seulement employés, le résultat est parfait. Cela donne du modelé au personnage, du corps à l'ensemble : ce nVst plus un dessin, c'est un tableau. D'ailleurs, les amateurs du changement n'y perdront rien; on a intelligemment varié ces tons.

£n somme, tout à fait bon et tout à fait beau livre. Un conseil à l'éditeur : quand cette édition sera épuisée, et même avant, car les deux peuvent marcher de front, qu'il en fasse une populairt, je veux dire à très bon marché. Elle méritera de pénétrer partout et a sous le chaume » on pourra la lire longtemps. Cela vaudra bien les brochures sur le général Boulanger.

Librairie Marpon et Flammarion. — A cette librairie paraît un ouvrage depuis longtemps en cours de livraisons : les Premières civilisations, par Gustave Le Bon (i vol. in-S", lo francs). Les étrennes de 1889 ont suscité en abondance les ouvrages de haute science, mais ceux de vulgarisation sont aussi nombreux et aussi bien faits.

Il est difficile de s'entendre sur le mot vulgarisation, ou plutôt il est malaisé d'en définir les limites. Trop dire est un mal, ne pas dire assez est un mal plus grand encore. Le voile soulevé, le profane veut pénétrer dans le temple; il s'y perdra cependant s'il ne s'en tient pas aux grandes salles. D'autant mieux que les temples de la science sont innombrables et que, déjà, un simple coup d'oeil d'ensemble sur eux tous représente une somme de connaissances qui aurait jadis fait reculer Pic de la Mirandole lui-même.

Cette petite dissertation ne nous écarte pas de notre sujet, car c'est faire l'éloge de la bibliothèque Camille Flammarion en général et du volume de M. Gustave Le Bon en particulier. Les premières civilisations, celles de l'Orient, y sont toutes contenues : une vue philosophique sur l'évolution humaîne, l'Egypte, la Chaldée et l'Assyrie, les Jujfs, les Perses et les Mèdes, la Phénicie. C'est le berceau du monde, les sociétés bibliques.

Le volume a 800 pages in-8<*; il est illustré de q43 figures. C'est dire que le développement est suffisant. Pourrait-il être plus considérable? Sans doute, et vingt volumes y passeraient; mais alors ce serait la haute science au-dessus de la portée de tous. Pouvait-il être moindre? Non, car alors il eût été au-dessous. Vulgariser ne veut pas dire, car c'est un terme impropre, travailler pour le vulgaire. Il s'agit ici de la classe moyenne, de vous, de moi, de nous tous.

Sachons ce qui est dans ce livre, et nous serons déjà des savants présentables; ne le sachons pas, et il ne nous est pas permis de parler de ces choses. Loin de dire qu'entre le pas assez et le trop il n'y a pas de milieu, il faut dire au contraire que ce milieu est la vérité commune.

C'est le grand mérite de M. Gustave Le Bon de s'y être maintenu, et c'est ce qui fera le succès de son livre utile.

Signalons à la même librairie : Jean le Conquérant, par Edgar Monteil. L'auteur, dont le grand talent a toujours été reconnu par tout le monde, a su Tassouplir à la manière neutre qu'exige le livre destiné à la jeunesse, et jamais livre d'étrennes n'a été plus gai, plus verveux, plus enlevé que Jean le Conquérant. Ce livre est d'un genre entièrement nouveau; il se lie à l'histoire de notre empire colonial dont il ra* conte une des plus récentes conquêtes; il apprend aux jeunes gens, en les intéressant au suprême degré, comment on rend sa patrie plus grande et plus riche. L'intérêt du volume est d'autant plus vif qu'on trouve à chaque page des dessins spirituels dus à l'habile crayon de Montégut. Il n'y a pas de jeune Français qui ne doive lire Jean le Conquérant, et Jean le Conquérant fera des patriotes.

Enfin les éditeurs Marpon et Flammarion nous donnent encore les Secrets de M, Synthèse, par Louis Boussenard. Un excellent ouvrage gai, vivant et fort bien illustré (i vol. in-8° : 10 francs).

Librairie Maurice Dreyfous — Cet éditeur est un de ceux qui travaillent avec le plus d'activité et d'intelligence à renouveler les livres de prix et d'étrennes, aussi bien dans le fond que dans la forme. Nous avons à signaler ici les Martyrs de la science (i vol. in-8°; 3 fr. 5o\ par M. Gaston Tissandier, ouvrage illustré de dessins de G. Gilbert, gravés par Smeeton Tilly. C'est une troisième édition, revue et corrigée, il est inutile dès lors d'insister sur les qualités et l'attrait de cet ouvrage. L'auteur lui a donné pour suite et complément un autre volume, /65 Héros du travailj édité dans les mêmes conditions d'illustration, de format et de prix, et présentant une lecture aussi nourrissante, aussi attachante, plus riante peut-être que le premier. On y montre, non pas à l'aide de développements littéraires, mais au moyen de faits et d'exemples historiques, que les grandes œuvres sont le fruit de grands travaux, que le succès dans la vie est attaché aux efforts de la volonté et de la persévérance, et que les plus petits et les plus humbles peuvent, dans quelque carrière que ce soit, devenir, par la culture de l'intelligence, les plus grands et les plus illustres. Le lecteur n'y rencontrera pas une série de biographies, mais une suite d'épisodes méthodiquement groupés et qui ont exigé de patientes recherches. Le succès couronne, comme il convient, de si louables efforts, et ce second volume en est à sa seconde édition.

Dans un temps où l'éducation physique esta l'ordre du jour et où l'on vient de fonder une école normale de jeux athlétiques, le livre que M.Gaston Bonnefont vient de publier chez Maurice Dreyfous, les Jeux et les récréations de la jeunesse, répond à un véritable besoin (i vol. in-8": 6 fr.). L'auteur n'est d'ailleurs pas exclusif; il préfère être complet. Aussi divise-t-il son sujet en « jeux de l'intérieur » et a jeux de l'extérieur », faisant a chacun la part qui lui convient, et relevant le tout d'une érudition historique et cosmopolite qui ne laisse pas d'être piquante. Une préface, où l'éditeur émet en termes simples des idées justes et élevées.

BIBL. MOD. — X

ou

caractérise mieux que nous ne saurions faire cet utile ouvrage en déclarant qu'il est, à sa connaissance^ le seul livre sur les jeux où Tauteur ait parlé en père de famille et en éducateur. Cette appréciation, que nous croyons vraie, est un éloge auquel il n'y a rien à ajouter, si ce n'est peut-être que les illustrations très nombreuses et très réussies font de ce volume un des plus désirables livres d'ctrennes parmi les innombrables publications qui se disputent à ce moment de l'année la bourse du public.

Librairie Charles Delagrave. — On ne saurait prononcer le nom de cette librairie sans éveiller dans l'esprit le souvenir de mille publications gracieuses faites pour la joie et le perfectionnement intellectuel et moral de nos enfants. Les journaux comme le Musée des familles et le Saint-Nicolas sont un véritable bienfait pour le jeune âge et pour ceux qui sont appelés à le diriger dans ses études et ses divertissements. Parmi les publications non périodiques du même ordre^ que la librairie Delagrave met en vente à l'époque des étrennes, nous trouvons un livre-album intitulé la Journée du bon et du mauvais écolier, par tante Nicole, avec onze illustrations de J. Geoffroy, délicieusement enfantines (in-4° cart. : 3 fr.); Contes pour endormir ma petite fille, par la princesse Cantacuzène^Âltieri, avec trente-six compositions par A. Ferdinandus (in-4°: 2 fr. 25) j Qui est-elle? par Marthe Bertin, gentille histoire, gentiment illustrée par Â. Duplais-Destouches (i vol. in-4*' : 2 fr. 25); Ilias, conte oriental, que M. J. Protche de Viville fait se dérouler dans la fantastique ville de Gœmuchtèpe, au Turkestan, et que V.-A. Poirson illustre de quatorze amusants dessins (i vol. in-4<': i fr. 90); le Sosie, par le môme auteur et le même dessinateur, lequel saisit là une occasion bien naturelle de se livrer à son goût pour le japonisme (i vol. in-4": i fr. go); les Quatre Fils Aymon, qui n'ont qu'un rapport lointain avec les héros de la Bibliothèque bleue, par M. Pierre du Château; ce volume, orné par M. A. Sandoz de spirituelles illustrations ( i vol. in-4® : 2 fr. 25), tlles Deux A uberges, suivi de l'Ours et VAuge, par M. Jacques Porchat, beau livre pour lequel M. F. Régamey a fait quarante compositions marquées au coin de son remarquable talent (i vol. in-4^: 3 fr. 90).

Mais la librairie Delagrave ne publie pas, en dehors de ses éditions classiques, seulement des livres à l'usage des enfants et des adolescents. De tout temps elle a tenu à honneur d'attacher son nom à des ouvrages de littérature et de science, édités souvent avec luxe, toujours avec beaucoup de goût et de soin. £n tête de ceux-ci se place, cette année, le grand ouvrage de M. Hippolyte Gautier, Mw 7759(1 vol. in-4®: 5ofr.). Nous avons eu trop souvent l'occasion de parler ici de cette belle publication, à mesure que les livraisons se succédaient, pour que nos lecteurs en ignorent la double importance historique et artistique. Ce moisci même, dans notre Gazette bibliographique, étonné de ne pas recevoir de livraisons nouvelles, nous nous demandions avec inquiétude si quelque retard avait été malheureusement apporté à la poursuite de

Tœuvre. Le gros et superbe volume que nous avons sous les yeux nous répond éloquemment. L'œuvre est achevée et tient, dans son ensemble, toutes les promesses qu'elle faisait concevoir. Â cent ans de distance, et tandis que la France s'apprête à célébrer le souvenir de la preniière année de la Révolution, l'auteur et réditeur ont cru qu^il serait intéressant de revoir cette grande époque de 1789, non pas telle que la fait paraître un siècle de réflexions superposées, de commentaires contradictoires, de polémiques passionnées, mais telle que l'ont vécu nos pères. Le livre de M. H. Gautier ne raconte que 1789 isolément, mais avec des détails circonstanciés qu'aucune histoire, jusqu'à présent, n'a pu grouper, faute d'un cadre assez vaste. Il ne se borne pas au récit des faits : mœurs, modes, théâtres, écrits du jour, aspects de Paris, voyages en France, industries, arts, tout lui a fourni matières à descriptions. C'est la physionomie complète de la grande année qu'il s'efforce de rendre, et il était difficile d'y réussir mieux.

Les Alpes et les grandes Ascensions ^ par le savant géographe M. £. Levasseur, un des premiers qui donnèrent aux études géographiques en France l'impulsion dont elles avaient tant besoin, est aussi un ouvrage de haute importance vulgarisatrice. 11 est même quelque chose de plus, car M. Levasseur ne se fait pas faute de l'enrichir de ses propres remarques, de ses vues originales, des données qu'il a recueillies dans le cours de ses recherches et de ses explorations. Le livre (i vol. gr. in-8»: 3 fr.) est illustré de nombreux dessins et de cartes, et fait, par son exécution, quand on considère son extrême bon marché, le plus grand honneur à la maison qui l'édite.

Nous terminerons cette revue trop rapide et nécessairement incomplète, puisqu'il s'agit d'une des librairies où la production est la plus abondante, par la mention d'un véritable livre de bibliophile, la Farce du cuvier, comédie du moyen. âge, arrangée en vers modernes par Gassies des Brulies, avec sept compositions en taille-douce, hors texte, par J. Geoffroy (i vol. in-8®: 6 fr.). Le livre est très bien imprimé sur beau papier vélin, et les gravures de M. Geoffroy son^ à la fois d'une grande finesse de burin et d'un comique irrésistible.

Lôbrairie d'éducation de la jeunesse. — Cette maison d'édition, fondée par M. Charavay, nous offre trois volumes d'une bonne fabrication et très bien illustrés. D'abord un ouvrage de Jules de Marthold : Histoire d'un bonnet à poil, illustré par Job de i5o dessins très amusants. Ce roman premier empire, d'une allure vivante, est recommandable pour tous jeunes gens de douze à dix-huit ans (in-8*: 9 fr-)» Brave fille, par Fernand Calmettes (in-S*: 9 fr.)i est une œuvre dramatique, très bien illustrée par son auteur. Enfin, Entre cousines : Joy et Gypsy^ P»r Jacques Lermont, œuvre plus puérile et illustrée de 75 dessins de Leroux, fera la joie des fillettes et alimentera leur gaieté (i vol. : 5 fr.). La même librairie nous offre encore un délicieux petit livre-album pour les grands bébés, Quenottes et Menottes, dont Erncti

LIVRES D'ETRENNES

d'Hervilly a fait le texte, d'après Pédition anglaise, illustrée par Harriett et Bennett. Ce petit livre est exquis dUmpression.

Librairie Emile Testard et G'®. — En dehors de belles et nombreuses publications précédemment signalées et à côté de la Revue de familîey du Molière de Léman et de VEdition nationale de Victor Hugo, nous nous hâtons de mentionner à cette librairie la remarquable publication de PArt d^élre grand-père, de Victor Hugo. Précédemment publié dans Tédition nationale du Maître, ce volume y obtint un succès si légitime que Téditeur songea à utiliser cette publication hors ligne comme ouvrage d^étrennes.

L'illustration comprend soixante-huit planches dans le texte, d'après les compositions de nos peintres les plus illustres, et l'Art d'être grand-père (i vol. in-S®: 3o fr.) forme un admirable volume, imprimé par Chameroty qui est digne d'être recherché comme cadeau d'étrennes pour jeunes lettrés.

Librairie Paul OUendorff. — Le seul volume d'étrennes à signaler à cette librairie est les Veillées noires : Poèmes tristes, Pages d'album, Mélodies,' Au Coin du feu; nouvelles poésies, par L. Roger-Miles.

— Un volume in-4', grande impression de luxe, orné de 12 compositions hors texte spécialement faites pour cette édition et gravées à l'eau-forte par MM. J. Henner, Eug. Thirion, Louis Deschamps, Léon Comerre, J. Geoffroy, J. Bsnner, Aug. Pointelin^ Alex. Homo, Taxile Doat, Em. Bourdelle, etc.

— Prix : 20 francs.

Ce n'est pas une chose courante qu'un volume de poésies capable d'être un véritable ouvrage d'étrennes. Mais Fauteur l'a fait avec intention.

A. une époque où, par horreur de la banalité, les rioieurs s'évertuent à écrire, avec force bizarreries du vocabulaire, inversions de la phrase et désarticulations du vers, des poèmes incompréhensibles et d'ailleurs incompris, il nous plaît de rencontrer un poète tel que M. Roger-Miles qui croie encore à l'excellence de la langue, de la syntaxe et de la prosodie françaises, qui ne s'enveloppe d'aucunes ténèbres, qui ne cherche point à atteindre la poésie par l'effort et l'artifice, mais par l'émotion et la sincérité.

Son livre, les Veillées noires, est par-dessus tout, en effet, simple et humain ; il ne s'adresse pas à quelques rares initiés ; il peut se présenter hardiment au grand public.

Si l'on joint au plaisir de lire cette poésie saine et puissante, celui de regarder les admirables gravures qui ornent ce recueil, on comprendra sans peine que les Veillées noires, tirées d'ailleurs à un très petit nombre, vont être disputées par les bibliophiles. C'est là certainement une belle œuvre, dont nous devons féliciter le poète; mais à un point de vue plus spécial, auquel il nous plaît de nous placer, c'est une bonne œuvre; or ces dernières sont trop rares, pour que nous ne donnions pas un salut ami à celle qui se présente.

A la Librairie des Imprimeries réunies signalons un curieux ouvrage : l'Enseignement de Vart décoratif par E.-L.-G. Charvet, architecte (i vol. : 25 fr.).

Cet ouvrage est indispensable, non seulement aux professeurs des écoles de dessin ainsi qu'à leurs élèves, mais encore à toutes les personnes qui, par profession ou par goût, ont besoin de posséder un guide théorique de l'ornementation pratique.

Librairie de l'Art. — Un grand et superbe volume publié par cette librairie; un livre fait pour -être lu, feuilleté, regardé et inventorié à loisir; il est déjà célèbre, car il possède tous les sacrements du baptême, Alexandre Dumas a fait la préface, G. de Cherville a écrit le texte, et l'ouvrage a pour titre : les Chiens et les Chats d'^ Eugène Lambert (i vol. in-8". — Prix : 40 fr.). L'illustration comprend 6 eaux-fortes et 145 dessins d'Eugène Lambert. Nous ne parlerons point 'de la préface d'Alexandre Dumas, qui, reproduite par le Figaro et tous les journaux quotidiens, a été lue par la grande masse du public, car elle traite avec une verve exquise d'un sujet qui intéresse un peu tout le monde, les Chats et les Chiens, M. Dumas donnant tous ses suffrages au chat avec un peu d'injustice envers le chien. M. de Cherville, auteur du texte, intervient fort à propos avec une étude approfondie, comme lui seul pouvait le faire. En homme juste, il rend au chien ce qui est au chien, et confirme au chat les avantages convenus. Pourrait-on amoindrir ce petit félin dans un livre dont M. Eugène Lambert a signé lès eaux-fortes, les dessins» les croquis ; un livre où se déroulent à chaque page des scènes comme la Place enviée, les Quatre mousquetaires, Conduite échevelée, la Bonne mère. Hanneton, Papillon ? Et pourtant avec quelle maestria M. Lambert s'attache à peindre également les chiens, les griffons, bull-terriers, épagneuls, loulous!... Toussenel nous a donné VEsprit des bétes, Grandville a excellé dans la physionomie des animaux, des chiens et des chats. M. Lambert, lui, réalise un idéal entier. Non seulement il peint la ressemblance, traduit la physionomie, mais encore il fait vivre et pour ainsi dire parler.

Le texte de M. de Cherville est le digne complément d'une œuvre de ce genre. Nul ne pouvait nous initier avec plus d'exactitude aux mœurs des chiens et des chats, retracer leur vie intime, faire ressortir leurs qualité^, reprendre leurs travers. Et voyez en même temps quelle bonté d'âme un écrivain comme M. de Cherville peut puiser dans la contemplation de la nature! Sa première préoccupation, en entrant en matière, est d'établir, autant que possible, que le chien et le chat ne sont pas, autant qu'on l'a dit, d'humeur inconciliable, qu'il est aisé de les rapprocher, de les faire vivre ensemble en bonne harmonie. Bien plus, de ces rapprochements sont nés des amitiés durables, des dévouements dignes des temps antiques.

Ce livre est édité avec le luxe qui lui convient et mis en œuvre avec un goût parfait. Les admirables

croquis et compositions d'Eugène Lambert sont habilement encadrés dans le texte, soigneusement habillés et le tirage sur vélin glacé ne saurait être mieux réussi. — Les eaux- fortes, bien encrées et margées, sont de véritables œuvres d'art encastrées dans ce livre hors ligne, qui sera assurément l'un des plus gros succès de goût des étrenncs délicates de i88g. La Librairie de l'Art a mis au jour un livre qui lui fait le plus grand honneur à côté de tant d'autres belles publications de cette maison toujours laborieuse et active.

Librairie A. Lemerre. — Le moment n'est plus à l'imagerie banale et grossière. Il faut que les livres de Jour de l'An deviennent des choses de bon goût, tout à fait exquises. La maison Lemerre, dans ses différentes collections, offre au public ce que la librairie parisienne peut fournir de plus parfait.

Ce sont d'abord des volumes spécialement composés pour les étrennes et les cadeaux de fôte, et où les plus habiles dessinateurs ont illustré les plus célèbres poètes et conteurs. Binette, de François Coppée, avec des fantaisies de Henri Pille; Contes en prose; Poèmes et Récits, du même poète aimé et populaire, avec des dessins deMyrbach fort admirés; Contes pour les Jeunes et les Vieux, de ce charmant écrivain qui a nom André Theuriet, accompagnés de quatre-vingts gravures de Reichan; // était une /ois.,. et En ce temps-là, de Savinien Lapointe, illustrés tous les deux par Henri Pille; Contes de Paris et de Provence, de Paul Arène, avec quatre-vingts dessins de Myrbach; le Cheval bleu, où le merveilleux conteur Pouvillon a trouvé, pour l'illustrer, tout un groupe d'artistes de grand talent : voilà les chefs-d'œuvre que présente la maison Lemerre. Si l'on joint à ces livres : Marie, de Brizeux, avec des gravures de Henri Pille, et VAlphabet, conception ingénieuse du même dessinateur, on aura certainement le plus heureux choix pour les dons à faire à l'occasion de la nouvelle année. C'est la première fois que l'on met autant de soin dans le volume de Jour de l'An et qu'on le porte à un degré aussi marqué d'art et de bon goût.

Signalons aussi, en quatre volumes, V Anthologie des poètes du xix« siècle, avec des portraits. C'est, sous une belle reliure, un choix de ce que chaque poète, même vivant, a donné de meilleur et de plus caractéristique. Des notices d'écrivains distingués accompagnent les pièces de vers. Voilà un tableau complet de toute la poésie contemporaine, fort

agréable et instructif pour les jeunes gens et même pour ceux qui ne le sont plus.

Maison Alfred Marne et fils, à Tonrs. - Nous

ne recevons, cette année, que deux ouvrages assez peu importants de la maison Marne : les Explorateurs de V Afrique, par Paul Bory (i vol. in-8«> : 6 fr.), avec de très nombreuses gravures illustrant les explorations de Nachtigal, de Galliéni, de Stanley, de Brazza, de Samuel Baker, etc.; et les Grandes entreprises modernes, du même Paul Bory, qui décrit quelques-unes des merveilles dues au génie contemporain, et les entreprises gigantesques actuelles proportionnées aux besoins de notre époque (i vol.in-8°: 6 francs).

La maison Mame possède un fonds assez riche pour s'être montrée avare de publications de très grand luxe cette année; nous lui accorderons, l'an prochain, sans doute, large place dans notre revue d'étrennes. Aujourd'hui, elle ne nous a permis que de la saluer au passage.

Librairie A. Hennuyer. — Les quelques ouvrages d'étrennes publiés par la maison Hennuyer nous parviennent à la dernière heure, et nous ne pouvons leur faire large place au moment de mettre sous presse. Nous parlerons donc en hâte du volume de M. Lucien Bïsiri: Entre deux océans (i vol. in-8«: 10 francs), ouvrage d'actualité dans lequel Tauteur raconte avec esprit et verve les efforts faits pour faire communiquer l'Atlantique et le Pacifique. Un autre volume très instructif et amusant a pour titre : les Loisirs d'un campagnard (i vol., 5 francs). M.Pizetta, qui en est l'auteur, a cherché à réunir dans une forme vivante et pleine d'imprévu tout ce que la campagne peut offrir de ressources, tant dans l'herborisation que dans l'entomologie, la pêche, la chasse, etc. Dans un troisième ouvrage de la librairie Hennuyer, le Chef-d'œuvre de Papa Schmelt^, M. Paul Cellière nous présente un roman pour enfants, d'une note amusante et attendrie, qui est digne de grand succès (i vol. in-8°, relié : lo francs).

Nous ne devons pas oublier de rappeler ici les Exploits d'un Arlequin, par Raoul de Najac, avec dessins de F. Lix. Ce joli volume, qui donne une des expressions les plus séduisantes de la pantomime ressuscitée, est illustré de trente et un dessins très agréablement mis en scène par Lix, et qui égayeni la spirituelle et fine fantaisie de M. de Najad.

■ CONTES — NOUVELLES — FACÉTIES

Le Rosier de M"" Hnsson, par Goï de Maupas-

SANT. Paris, Librairie moderne, 1888. Un vol. in-i8 Jésus. — Hrii: : 3 fr. 5o.

L'histoire du Rosier de M"" Husson mentune des plusréussiesde toutes les nouvelle» du ' maître conteur Guy de Maupassant. D'une raillerie ' bon enfant fort amusante, elle cache la profondeur de ' l'observation, l'aigu de la satire, la crudle ej impitoyable philosophie sous une allure comique, mais de ce comique naturel, vrai, qui consiste à présenter les faits sous leur angle saillant, leur jour intéressant, avec leurs verrues sirnpleraent indiquées, nullement grossies ou déformées, Maupassant excelle dans ce ' genre d'érudes ; nul ne sait comme lui nous montrer les grotesques de la vie, les ridicules, en ayant l'air ' de narrer simplement les choses telles qu'il les a ' vues, telles qu'elles sont. L'aventure de la vieille dame pudibonde qui, grâce à ses démarches, à ses peines, à ses intrigues pour faire triompher la chasteté, la vertu, arrive à dépraver, â perdre à jamais d'ivrognerie et de débauche un simple et innocent : garçon est une véritable trouvaille; le Rosier de M"" Husson mérile de passer en proverbe, comme il est passé en légende dans la petite ville de Gisors,

illustrée, qui débute par cette savoureuse et élan- | nante nouvelle, capable de faire à elle seule la for- . tune du livre, renferme une série d'autres récits,

er. A câté de jolies esquisses passionnelles et parisiennes, comme £iir(jg-éff, (a Baroiiite, taCon- \ /ession, le Divorce, Un échec, eic, etc., il y a de désopilantes paysanneries, dont la plus surprenante est sans conteste Une vente. En résumé, un bouquet de premier ordre qui nous montre les plus étincelantes ' facettes du talent de Maupassant et assure le succès

L'Aventnre de Brisoart, par Aruahu Dayot. Paris, G- Charpentier et C<°, 1888. Un vol. in-18 |êsus. — Prix : 3 fr. 5o.

M. Armand Dayoi s'était surtout fait connaître

comme un érudit critique d'art; il se révêle éccivain

amusant, conteur d'esprit dans le volume Intitulé : t'Aventure de Briseart, où les aventures de voyages succèdent aux légendes, aux descriptions imagées, aux nouvelles, aux récits de chasse pittoresques. Tout cela est écrit sans prétention, avec un humour

chai

t, de 11

Raie

quand l'auteur parle de son pays, la Bretagne; public du monde, public Je liseurs, public de lettrés, tous feront bon accueil au nouveau livre. La plus importante de ces nouvelles, celle qui donne son titre à l'œuvre, est une idylle entre un jeune soldat d'artillerie et une paysanne, chei le père de laquelle le hasard lui a donné un billet de lo°ejncnt; les jeunes gens se voient, s'aiment, tout semble devoir s'unir pour leur bonheur, quand arrive brusquement un ordre de départ; le malheureui part pour le Mexique, s'y distingue, y est grièvement blessé, et quand il revient en France, sept ans après, l

:. Puis

Il à des

: de I

les <

e poursuite de panthères en Algérie, à 1 aux Baléares, en passant par Plouma* ie de Paimpol. C'est dire à quel point ivre qui parle un peu de tout, toujours

n de nal

Pas d'amour I Mceurs de proviaoe, par Charles

DE CoïNARD (Ch. Tranior). Un vol. in-18. Paris, 1888. Alphonse Piaget.

L'exactitude de l'observation et la ndélilé du tableau sont telles en ce roman que nous sommes tenté d'en faire l'objet de notre critique plutôt que de nos éloges. M. de Coynard, en effet, a choisi un milieu d'une telle vulgarité, il a tellement multiplié les té> moignages d'une intelligence et d'une éducation également communes chez l'un des personnages les plus importants et le plus souvent en scène que, à la longue, le lecteur en éprouve une lassitude voisine de l'ccoeurement. Je sais bien que cette vulgarité est rélément essentiel de la situation, néanmoins la remarque subsiste.

Agnès de Camerjean, pour sauver sa mère de la ruine, épouse le (ils d'une riche épicière. Elle n'aime

point son mari dont les mérites lui demeurent masqués par rinfériorité de sa belle-mère. Mais, — 6 miracle de l'éloquence politique ! — ayant assisté incognito à une réunion publique contradictoire où Eugène (c'est le nom du mari, et la mère dit « Ugène »), candidat à la députation, prenant la parole, a écrasé ses adversaires, la jeune femme en sort « bouleversée », le cœur transformé et désormais « petite fille auprès de l'orateur », devenu « son maître ». Belle exception aux phénomènes, je veux dire aux horions ordinairement consécutifs de semblables réunions; mais assu rément]moins extraordinaires encore que cet amour de répouse pour l'époux subitement engendré par la manifestation d'une réelle valeur intellectuelle jusque-là méconnue ! Je soupçonne l'auteur de cet honnête roman, M. Ch. de Coynard, d'être fort jeune.

Rodolphe et Cynthia, roman parisien par Arsène HoussAYE. Un vol. in-i8. Paris, 1888. Librairie Charpentier.

M. Arsène Houssaye, romancier, a su se faire un public qui lui demeure fidèle. L'annonce d'une œuvre nouvelle par l'auteur des Grandes Dames promet des joies particulières aux liseurs et surtout aux liseuses de romans. Ce public se recrute en des milieux très divers, quoique souvent issus l'un de l'autre: le boudoir et la loge également indifférents aux sévérités de l'école moderne, également repoussés ^ par le sérieux des « études » deMM.de Concourt et parles prétentions à la a science » professées par M. Emile Zola. L'accord entre M. A rsène Houssaye et ses clientes tient à ce que l'écrivain est resté attachée l'ancienne tradition du roma n d'imagination, c'est-à-dire à la fiction absolue dont il est aujourd'hui le plus brillant représentant. Il sait que son public n'a aucun souci de la réalité naturaliste, non plus que de goût pour l'observation fidèle des caractères, pour les subtilités de l'analyse psychologique, pour l'exactitude des tableaux de mœurs qu'on lui présente : toutes choses qui l'ennuient profondément en raison de leur profondeur même. Ce qu'elles demandent au romancier, les liseuses de romans, c'est précisément le contraire de tout cela, c'est d'être par la lecture arrachées aux réalités de la vie et transportées dans un monde fictif qui n'existe pas réellement, elles le savent, mais qui existe dans leur imagination, un monde où tous les personnages soient ce que l'on appelait si justement jadis des t héros de roman», héros dans le crime ou héros de vertu, mais héros, c'est-à-dire dépassant en tout, en qualités ou en laideurs physiques ou morales, la commune mesure de l'humanité, fabuleusement riches, merveilleusement beaux, extraordinairement forts, prodigieusement spirituels. Or M. Arsène Houssaye est sans rival dans cet art très particulier. Il excelle à faire se mouvoir ses personnages d'exception dans le milieu contemporain, dans une atmosphère de vraisemblance suffisante pour allumer la curiosité, tenir l'intérêt en suspens jusqu'au bout et satisfaire pleinement l'imagination.

Son dernier roman, Rodolphe et Cynthia, va pro-

longer sous la forme du livre le succès qu'il a déjà obtenu au rez-de-chaussée du Figaro.

NU; par Jacques Le Lorrain. Paris, Albert Savine, 1888/ Un vol. in- 18. — Prix : 3 fr. 5o.

M. Le Lorrain appartient, nous dit-on, et d'ailleurs il le montre, à cette école de romanciers qui s'attachent de préférence à la peinture des êtres complexes, à l'analyse des mobiles emmêlés et contradictoires, au développement de la lutte d'un cerveau délié contre les appétences ataviques du tempérament. Je me suis demandé ce qu'il pouvait y avoir de caché sous ce Nu du titre, que n'explique pas avec évidence le roman qu'il étiquete. Au sens propre, rien ne paraît le justifier, car si l'auteur est le contraire d'un prude, on ne saurait dire que son livre est une étude de nu, comme l'entendrait un peintre, un sculpteur ou M. Armand Sylvestre. Est-ce donc simplement une amorce aux passants, une enseigne provocante pour attirer les curieux dans la baraque? Je ne le crois assurément pas. Il y a là, j'en suis persuadé, quelque philosophique allégorie, quelque subtilité métaphorique, et le Nu que l'auteur annonce, c'est le nu de l'être intellectuel et sensoriel, c'est la Vérité momie, qu'il prétend tirer, toute ruisselante ei sans voiles, du double puits de l'intelligence et des sens.

Quoi qu'il en soit, ce roman porte la marque indélébile d'un vrai talent. Je désapprouve et je déteste bien des choses que M. Jacques Le Lorrain recherche et cultive comme des beautés. Son style, « tour à tour simple et chantourné », qui a moule toutes les rondeurs de l'idée avec une expressivité excessive », me paraît pénible, fatigant, impatientant à l'ordinaire, souvent faux, et de temps en temps ridicule. Il ne va pas toutefois jusqu'aux extrémités de la décadence, et je fais, entre M. Jacques Le Lorrain et M. Poictevin, par exemple, au simple point de vue du style, une différence toute à l'avantage du premier. Çà et là des pages, plus souvent des phrases, fort belles en elles-mêmes, mais faisant le plus singulier effet dans le milieu où elles s'égarent et détonnent, montrent que, si Tauteur écrit mal, c'est qu'il le veut bien. Il s'avisera peut-être un jour qu'il se donne beaucoup de peine pour gâter ses ouvrages, et il se contentera d'y mettre son talent tout nu, sans grimaces et sans contorsions. Ce jour-là, nous aurons un écrivain de race, connaissant à fond les ressources de la langue, et s'en servant, sans la corrompre ni la violenter, pour exprimer, dans leurs détours, leurs complexités, leurs nuances infiniment multipliées et fugitives, les idées qui éveillent le cerveau- et les passions qui remuent le cœur.

Derniers songes, par Francis Poictevin. Paris, Alphonse Lemerre, 1888. Un vol. in-18. — P"* •

3 fr. 5o.

L'auteur de Ludine et de Petitau nous donne ses Derniers songes. Il les fait précéder, suivant une

CRITIQUE LITTERAIRE DU MOIS

e honnête et bizarre, d'une lettre où un écrivain célèbre fait le procès de son livre. Celte fois, c'eit M. de Concourt qui ■ les honneurs de l'eiêcu' tion préalable chère à M. Francis Poictevin. 11 lui dit, en l'enguirlandant d'ailleurs ; « Vous aimez trop l'obscurité, 'la nuit dans le style > ; et il lui déclare qu'il Y a pour lui, oui, pour lui, de Concourt, • nombre de phrases tout à fait indéchiffrables ». Cela même est flatteur, puisque M. Poictevin trouve que la beauté et l'art ne sont que là où l'on n'y voit goutte. C'est du mains ce qu'il est permis d'inférer de sa

aigu et fastueui, en un même amour du mystère. •

Quoi qu'il en soit, il m'a semblé, à la lecture des morceaui: sensations, profils indistincts, sentiments ébauchés, passions vagues tout de suite effacées, paysages multipliés, succès:

par rien et ne conduisant à le décousu de leur péle-méle, l'ensemble de ce volume, que l'opacité des ténèbres où se complaît l'esprit de M. Poictevin s'est éclaircie quelque peu. Sans Être bien sur qu'il y ait, comme le lui dit gracieusement M. de Concourt, beaucoup de « victoires de la prose sur l'invisible, sur l'impalpable ■, ie m'y heurte à moins d'impossibilités de pensées ou de style.

■ l'écriture » y es

moins indéchiffrable que dans ses

ouvrages précède

nts :ilya comme un entre-bSiUe-

ment dans i'arcan

e. Je ne sais si M. Poictevin revien-

dra à plus de si

mplicilé encore et s'il consentira

quelque jour à s

dégager de son mieux des lacs

d'afféterie, de mi

vrerie, de décadentisme, de bizar-

rerie et d'insenséisme qui se croisent en tous sens uuiour de lui et où il se berce langoureusement comme dans un assoupissant hamac. Je ne crois pas qu'il ait jamais la grande envolée et le long souffle qui font les ceuvres d'art puissantes et durables. Mais i: saurait graver et ciseler d'eiquisfs ortevreries. Je n'en veyx pour preuve que tes deux ou trois pages

:■ ilr

ec un grand charme c crête, la légende de Lilie la veuve, devenue folle parce que sa petite Hétëna s'est noyée dans te lac. Quand on est capable d'écrire cela, on n'est guère excusable d'écrire tant d'autres choses si différentes. a. -h. □.

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Le Remords d'un ange, par Adolplie d'Enacry. ■arif, Jnlea RoulT. Un vol. ia-18. — Prix : j fr. jo.

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Les Chasseurs d'esolavea, par Louia Jacolliol. Paria, Marpon et Flammarion. In-i8. — Prix : j fr. Jo.

Un Lyoëe sous la 3* Répuliliiiue, par Paul Verdun. Parla, Dentu, Un toI. ln-18. — Prix : j fr. jo.

MÉLANGES LITTÉRAIRES " Critique. — Philologie. — Linguistique.

La Critique soiontiûq;ue, par Émii-b Hknkequin.

On vol. in-:8 Jésus. Paris, 1888. Perrîn et C", édit. — Prix r 3 fr. 5o.

Quelques jours avant l'apparition de son ouvrage en librairie, l'auteur, en pleine fleur de (eunesse et de talent, périssait dans la Seine ou dans l'Oise, en se baignant imprudemment trop tôt après le repas.

La formule usitée que sa mort cause utie grande perte aux lettres est ici exempte de toute banalité. Emile Hennequin était certes un des esprits les plus nourris et les plus sagacea de la jeune génération. Le livre dont nous avons à présenter l'analyse est une oeuvre de savante critique en même temps qu'un exposé solide de doctrine.

En ses deux cent cinquante pages il enferme un

cycle d'idées très étendu : la composition en est serrée ; chaque phrase est, si j'ose dire, une proposition à méditer ou à débattre; la lecture n'en saurait donc être rapide. Il n'en faut pas conclure qu'elle soit fatigante; à défaut de légèreté et de coloris, le style possède une clarté bienfaisante, et l'ordre dialectique est d'une rigueur qui soutient l'attention.

Pour ne pas dépasser le cadre dont je dispose ici, je me bornerai à l'analyse de la Critique scientifique ; aussi bien ce sont les idées de l'auteur et non les controverses qu'elles sont capables de soulever qu'il est intéressant de faire connaître.

M. Emile Hennequin demande d'abord qu'il soit établi une distinction essentielle entre ce qu'on est convenu d'appeler critique littéraire ou artistique' consistant en l'examen d'un poème ou d'un tableau en vue de le trouver bon ou mauvais, selon le goût personnel du juge, et l'analyse de ce poème ou de ce tableau en quête de renseignements esthétiques^ psychologiques, sociologiques, travail de science pure où l'on s'applique à démêler des causes sous des faits, des lois sous des phénomènes étudiés sans par* tialité et sans choix. Il propose de dénommer esthopsychologie cet ordre de recherches où les œuvres d'art sont considérées comme les indices de l'àme des artistes et de Tâmc des peuples. M. Hennequin reconnaît le premier que ce mot est incommode, disgracieux ; il s'excuse de l'employer faute de mieux, et lui donne pour synonyme Critique scientifique^ par opposition au sens vulgaire de « critique littéraire ».

Passons rapidement sur le chapitre qui présente l'évolution de la critique, commencée en France par les examens de Corneille et de Racine et par Boileau et Perrault, continuée en Angleterre avec Addison, en Allemagne avec Lessing, et aboutissant aux travaux de Sainte-Beuve et enfin de M. Taine, que. M. Hennequin considère comme la tête culminante de la critique contemporaine, tout en n'acceptant pas sans réserve ses théories et ses principes.

La Critique scientifique comprend deux parties générales : Tune d'analyse, l'autre de synthèse. Vanalyse se subdivise en analyse esthétique, analyse psychologique, analyse sociologique; — l'étude de chacune comprend trois stades : la théorie, — la pratique, — les rapports avec les sciences connexes.

La synthèse porte également sur les trois ordres de faits particuliers ou généraux de l'ordre esthétique, ou psychologique ou sociologique.

La critique de l'histoire se rattache à la critique scientifique et forme un chapitre spécial.

Sans nous embarrasser de l'énorme appareil d'érudition étalé par M. Emile Hennequin, et qui prouve avec quelle curieuse et laborieuse ardeur, il a fouillé son sujet de prédilection, dégageons sur chacun de ces points des idées dominantes.

D'abord, contrairement aux théories qui forment des émotions esthétiques une division spéciale séparée des émotions ordinaires, il énonce que l'émotion esthétique est une forme inactive de l'émotion ordinaire. Ses causes sont, à l'inverse des causes de l'émotion réelle, une hallucination que l'on sait in-

consciemment être fausse, que l'on sent n'avoir rien de menaçant, dont les images demeurent sans cohésion avec le reste du cours mental,* ne s'associent pas à des prévisions positives de peine ou de plaisir personnels. VHamlet, la Divine Comédie, la symphonie en ut dièze mineur, une cathédrale gothique, le Bon Samaritain de Rembrandt, sont des œuvres excitantes à un haut degré parce qu'elles sont tristes, et cepen. dant dénuées de tristesse, parce qu'elles n'ont de la douleur que le choc et non la blessure.

La difficulté est de mesurer l'intensité de l'émotion esthétique : M. Hennequin avoue que pour le moment c'est même impossible.

Au point de vue de la psychologie, un livre est d'abord ce qu'il est, mais ensuite il est le signe d'un état ou d'une succession d'états d'esprit : il s'agit de reconstituer par l'examen de l'œuvre le caractère, l'origine de l'auteur; ce qu'il doit à l'instinct, ce qu'il doit à l'éducation, à l'influence du milieu. La psychologie semble suivre une marche double : elle émet, grâce à l'introspection, des hypothèses, extrêmement probables, qu'elle vérifie ensuite sur des cas provoqués par la maladie ou l'expérimentation.

Or la critique scientifique doue la science mentale d'un nouveau procédé de vérification et d'investigation en permettant d'étudier le jeu des lois psychologiques chez toute une classe de personnes extrêmement intéressantes; les géniaux. L'estho-psychologie et la psychologie des grands hommes d'action rendront à la psychologie générale les mêmes services que la pratique de la dissection humaine à la médecine.

L'analyse sociologique paraît bien à M. Hennequin devoir être prise en considération : toutefois, c'est ici que sa critique est plus personnelle, plus indê* pendante : ce qui précède témoigne de ses connaissances acquises ^ce chapitre racontera ^ses vues originales. L'action des trois causes : hérédité, influence du milieu, influence de l'habitat, par lesquelles M. Taine s'efforce d'assimiler les artistes à leurs contemporains et à leurs compatriotes, est incontestable; toutefois M. Hennequin en réduit l'importance et la constance : pour faire justice d'une théorie qui se fonde sur la permanence des caractères de la race dans ses individus, il suffit d'observer que la ressemblance morale n'existe même pas dans la famille, entre parents et enfants. (Maigre notre résolution de ne pas controverser, nous ne pouvons nous abstenir ici de remarquer que l'assertion de M. Hennequin n'est vraie que des enfants sortant d'unions improprement assorties ; et qu'il y aurait ensuite à examiner le délicat problème de la paternité réelle.)

Le second principe par lequel M. Taine essaye de faire dépendre les arts ou les littératures des sociétés dans lesquelles ils ont pris naissance ne paraît pas mieux fondé. Car cette influence n'a rien de fixe ni d'identique. Le cas d'artistes en opposition avec leur milieu social paraît être plus fréquent que le contraire. M. Hennequin en arrive à contester la théorie de l'évolution telle que M. Herbert Spencer, notamment, la pose. Suivant lui, au contraire, tout être

CRITIQUE LITTÉRAIRE DU MOIS

tend à se défendre contre les changements que lui impose la nature. Cela sera vrai de Tôtre moral en lutte avec les dehors sociaux, comme de l'être physique en lutte avec les nécessités extérieures : de là les tentatives d'affranchissement qui sont le fait des artistes les plus doués de personnalité.

Reste enfin la troisième relation de dépendance que M. Taine a tenté d'établir entre Tartiste et l'habitat soit de sa jeunesse et de sa famille, soit de sa race. Dans l'état actuel de l'ethnographie, il n'est aucun ensemble d'observations sérieuses, aucune loi qui permettent de connaître l'influence que les caractères dimatériques, géographiques ou pittoresques d'un lieu peuvent avoir sur ses habitants.

Chacune des forces dont M. Taine a voulu mesurer l'effet existe sans doute et influe, mais cette influence est ou occulte ou variable.

L'analyse pratiquée par M. Hennequin pour asseoir sa doctrine, et dont il nous donne le résultat positif, est des plus intéressantes : il montre qu'à l'heure présente la musique, la peinture, la littérature en France comprennent les triomphateurs les plus divers.

D'où il conclut qu* « une littérature, un art national comprennent une suite d'œuvres, signes à la fois de l'organisation mentale générale des masses qui les ont admirées, signes de l'organisation mentale particulière des hommes qui les ont faites ».

Ce n'est pas là une proposition bien extraordinaire. L'intérêt nouveau n'est pas dans le théorème, mais dans sa démonstration.

Le rôle de la synthèse psychologique est de raviver les œuvres de leurs auteurs. L'analyse estho-psychologique « aura montré des hommes de génie ou de talent par leurs parties au repos ; la synthèse biographique utile seulement après le travail, en aura restauré le tout, rétabli le mécanisme de la façon dont il est agissant, productif, se formant et situé. »

D'un livre on déduit l'état d'àme d'un groupe* Mais ce groupe a réellement existé, il existe parfois encore. C'est ce groupe, ses principaux représentants, sa formation, sa durée, sa condition, ses mœurs, que la synthèse sociologique devra retrouver. C'est ici que la méthode historique et sociologique de M. Taine reprend toute sa valeur et toute son importance.

La critique de l'histoire se rattache à la même méthode et dépend des mêmes lois, parce que l'histoire d'une nation, d'une littérature est l'histoire des grandioses communications d'ondes vitales, prises et décrites dans la source, dans Tàme d'où elles s'élancent, mesurées dans leur parcours, dans les âmes où elles agissent, révélant par leur extension et par leur nombre combien un peuple compte d'hommes, d'êtres existant par soi et existant en autrui. Dans un appendice l'auteur trace le plan d'une étude complète d'estho-psychologie.

Tel est, en substance^ et dans ses grandes lignes, cet ouvrage qui n'eût sans doute été, si le destin l'eût permis, que l'introduction de travaux dans lesquels le jeune critique aurait appliqué ses théories, p. z.

Un rêve but le divin, par M"® Juliette Adam» Un vol. petit in-12 de 76 pages. Paris, 1888. Librairie de la Nouvelle Revue,

M"« Juliette Adam serait-elle spirite ? Étant spirite, serait-elle médium ?

Il ne nous a pas échappé que l'auteur (TUn .rêve sur le divin lente d'écarter d'elle tout soupçon de cette sorte, par la façon dont, en ce petit volume même, elle s'exprime sur le spiritisme. Néanmoins sa conception de la vie psychique, telle qu'elle l'expose, et son procédé d'exposition sont à ce point conformes à la méthode et aux doctrines de la secte, que les deux questions s'imposent à l'esprit. Qu'on en juge. Comment le livre fut-il écrit ? L'auteur, pendant que les pages se succèdent sous sa plume, a-t-elle conscience de son œuvre? Tant et de si graves pensées, de si hautes spéculations sont-elles l'expression finale de ses longues méditations, représentent-elles sa solution personnelle au sujet de l'éternelle énigme que les religions et les philosophies ont toutes prétendu résoudre ? L'introduction nous éclaire sur ce point.

M"* Adam se croit endormie, cependant elle voit et elle entend. — J'abrège. — Elle entend un soufHe léger qui passe et repasse. Des êtres de lumière lui apparaissent, âmes d'amis illustres, qui ne sont plus. Chacun d'eux lui parle tour à tour, lui dicte même a la bonne parole », lui fait entrevoir a les lointaines aperceptions du Vrai » ... « Une plume se trouva sous ma main tremblante, ajouta-t-elle; je la pris et longtemps je traçai des mots... Voici les pages qu'après l'évanouissement du mirage céleste, je trouvai écrites de ma main, lorsque je rouvris les yeux. » Eh bien, n'est-ce pas là exactement l'état d'inconscience et l'abstraction de la personnalité qui constituent le somnambulisme lucide du médium écrivant i Ces êtres de lumière, âmes d'amis disparus, reconnaissables, quoique transfigurés, qu'est-ce, donc, si ce n'est les esprits de ces mômes amis, apparaissant dans le rayonnement de cette forme immatérielle que, s'il nous en souvient bien, les adeptes d'Allan Kardec nommaient le « périsprit ? a Quant aux vérités ou plutôt, selon M'"* Adam, 0 la Vérité » qui se dégage de ses dictées, elle est, elle aussi, parfaitement conformé, nous semble-i-il, à la vérité selon la doctrine spirite : perfectibilité de l'âme au moyen d'épreuves subies tant en des incarnations humaines successives que parmi les cercles inférieurs d'Uranie : Uranie, où l'on jouit de a l'idéale clarté divine », étant quelque chose d'analogue au paradis chrétien.

M^^ Adam croit aussi aux communications entre les vivants et les morts; croyance qui est un article essentiel du cre^o spirite. Elle ne songe pas d'ailleurs à nier le spiritisme. Elle le considère seulement comme « un degré très inférieur de Tinitiation aux sciences sacrées » — sacrées est là pour occultes, sans doute, — et lui reproche surtout de demander aux âme$ « des manifestations matérielles, coups frappés, apparitions », etc., phénomènes, ajouterai-

LE UIVRE

je, qui se prêtent trop aisément aux jongleries des charlatans et des farceurs.

En résumé, spirite ou non, médium ou non; M"" Juliette Adam, en un Rêve sur le divin — dont l'imprimeur Chamerot faisait un bijou typographique, pendant que le dessinateur Fraipont jetait sur. la couverture un rayon de sa jolie fantaisie — M*"* Adam, disons-nous, a hautement affirmé en cette œuvre sa profession de foi spiritualisie et déiste. Étant donné le parti politique auquel elle appartient, elle a, de la sorte, .fait preuve d'un courage dont la directrice de la Nouvelle Revue a d'ailleurs fourni bien d'autres témoignages. e. c.

Ghroiiiq[U6 des élections à l' Académie française.

Deuxième édition, par Albert Rouxel. Didot.

Il y a deux ans, le Livre, en rendant compte delà première édition de cet ouvrage, avait formulé quelques critiques; nous confessons de bonne grâce que le public nous a donné tort; nous sommes heureux d'avoir à rendre compte d'une nouvelle édition, et le succès est d'autant plus flatteur pour l'auteur que les ouvrages sérieux comme celui-ci n'ont pas, d'habitude, le don d'entraîner les foules.

M. Rouxel est d'ailleurs trop modeste en se contentant d'indiquer que la deuxième édition est revue et augmentée ; pour dire plus exactement, cette augmentation constitue à proprement parler l'adjonction d'un tome II au tome l*" et l'ouvrage est passé de 3oo à 5oo pages. Le premier volume s'arrêtait au 7 janvier 1841, jour de l'élection de Victor Hugo; la seconde partie va maintenant jusqu*à la guerre de 1870 et l'élection de Jules Janin.

Notre époque est moderniste, peut-être malgré elle; mais les choses du passé la touchent de moins en moins. Est-ce une marque de décadence ou un désir de pousser en avant? Quoi qu'il en soit, il est certain que les querelles des anciens et des modernes (ceux de i683,^, les rivalités de la Cour et des salons de 1720, même la lutte du parti philosophique contre l'autorité royale qui devait préparer l'avènement de la révolution française nous intéressent infiniment moins que les faits contemporains.

A partir de 1840 l'intérêt est donc plus aiguisé et M. Rouxel sait le tenir en haleine. On aurait pu espérer, après la nomination de Victor Hugo, que le romantisme entrerait en triomphateur. Il n'en fut rien et ses victoires furent toujours chaudement disputées; Alfred de Vigny dut montrer une patience admirable et, entre autres, l'Académie lui préféra Saint- Marc Girardin. M. Rouxel fait une heureuse incursion dans le domaine du quarante et unième fauteuil ! à propos de Dumas et de Balzac. Une première fois, Balzac s^était effacé devant la candidature d'Hugo. Rien n'était plus capable de le toucher, aussi fit-il ce qu'il put pour le protéger. Il ne réussit pas; mais plus tard, il devait le venger dans le magnifique discours qu'il prononça sur sa tombe. Dumas fut moins patient. Mais avant d'abandonner la partie, il avait tort bien fait les demandes et démarches néces-

saires. Aussi M. Rouxel a-t-il raison de s'étonner du discours de M. de Noailles, recevant Alexandre Dumas fils en 1875 et disant que, si son illustre père n'avait pas obtenu les suffrages de l'Académie, c'était qu'il ne les avait pas sollicités. Enfin il faut savoir gré à M. Rouxel de venger la mémoire deNisard, si àpr^ ment poursuivi par Victor Hugo. Il y eut rarement un lettré plus délicat et un plus galant homme.

Avec Mb' Dupanloup, l'Académie entre dans une période de coalition religieuse qui fait élire M. de Falloux, Lacordaire, le comte de Carné, l'abbé Gratry. Mérimée et Sainte-Beuve tempêtent et se désolent, encore que les nominations d'Emile Augier, de Jules Sandeau et de Feuillet fussent pour lesconsoler. Mais Littré est battu et repoussé pour longtemps.

Entre temps, l'empereur publie sa Vie de César et des officieux font comprendre à l'Académie qu'elle devrait se couvrir d'honneur en offrant un fauteuil à celui qui détient un trône. Aussitôt la susceptible assemblée se rebiffe, nomme Dufaure, Prévost-Paradol, Jules Favre, Auguste Barbier. Les rapports deviennent alors si tendus que l'empereur refuse de recevoir les nouveaux élus. Ayant assez fait la coquette, l'Académie s'apaise dans la nomination d'Emile Ollivier, ministre en exercice. On s'embrasse. Âlaréception de M. de Champagny, M. de Sacy dit en mars 1870: 0 Le régime libéral de 1870 tiendra ce que 1789 avait promis. » Hélas ! l'Académie fut toujours maladroite en politique; cette fois, plus cruellement que jamais.

Dans son dernier chapitre, M. Rouxel reprend les élections du second empire au point de vue littéraire. C'est une étude très fine et serrée de près de l'époque que l'on a appelée une époque de décadence. Enfin l'ouvrage se termine par une liste chronologique des élections à l'Académie française, très soigneusement établie, et par une table des nonns cités, toujours précieuse. Ce beau volume est ainsi complet.

Il s'arrête à la guerre. Vingt ans se seront écoulés depuis, en i8go, quand la présente édition sera certainement épuisée. Que l'auteur ne craigne pas, dans la troisième qu'il nous donneraalors, de pousser son étude jusqu'à cette année même. On meurt beaucoup dans l'assemblée des immortels et bien des changements s'y seront produits. M. Rouxel objectera qu'il est difficile de parler des contemporains immédiats et que le terrain est brûlant quand il est échauffé de la lutte de la veille. Qu'il ne craigne rien et qu'il n'hésite point : ce sont là choses de tact, et il y «l maître.

Études littéraires : Henri Beoqne, Paul Boll^ get, GaJ^riel SéaiUes, Guy de Maupassant, p«r le comte Stanislas Rzewuski. Un vol. in-i8. Paris, x888. Librairie de la Revue indépendante.

Héraut passionné de « l'admirable littérature française » contemporaine, c'est pour les oreilles polonaises que le comte Stanislas Rzewuski a d'abord embouché le clairon de la Renommée et fait retentir

CRITIQUE LITTÉRAIRE DU MOIS

le nom de nos écrivains le plus récemment parvenu «^ à la notoriété. Mais il est jeune, ou doit l'être; il a tout au moins conservé cette belle ardeur d'admiration particulière à la jeunesse, qui étend à la personne même des écrivains le culte dont leurs œuvres sont Tobjet. Aussi tenait-il essentiellement à ce que ceux dont il avait fait tour à tour Tapologie dans les revues polonaises en fussent instruits et pussent le lire; comme, d'autre part, sa langue est assurément la dernière qu'ils songeraient à acquérir, fût-ce pour goûter les douceurs de la louange^ M. Stanislas Rze. wuski a voulu pousser la bonne grâce jusqu'à traduire lui-même ses articles, les faire imprimer et en former un volume qu'il pourrait envoyer ou même porter à MM. Becque, Bourget, Séailles et Maupassant. On n'est pas plus aimable. Je nomme seulement ces quatre écrivains, ils ne sont pas les seuls, pourtant, dont il parle sur le ton dithyrambique. Si M. Rzewuski a envoyé son livre à tous les auteurs dont le talent lui a inspiré les épithètes laudatives les plus flatteuses, toute l'édition y aura passé; et s'il a entrepris de le leur remettre en personne, la tâche sera de longue durée. Il n'est pas un poète, un romancier, un auteur dramatique, pas même un critique de quelque renom qui n^ait sa page, son paragraphe ou, pour le moins, sa ligne dans ces Études littéraires. Et leur talent, à tous — ou il s'en faut de peu — est qualifié de « génial ». Malgré un abus flagrant de l'éloge superlatif, la critique de M. Rzewuski n'est point du tout banale. Il dirige avec un art inflni l'analyse des œuvres qu'il étudie de façon à en mettre toute la valeur en lumière, et à les faire comprendre et aimer. Nous devons lui savoir gré du généreux effort avec lequel il s'applique et réussit, paraît-il, à propager dans son pays le goût de notre littérature contemporaine. e. c.

Les Poètes maudits, par Paul Verlaine. Nouvelle édition. Paris, L. Vanier, 1888. Un vol. in- 18. — Prix : 3 fr. 5o.

Cette réédition diffère de Tédition primitive, publiée il y cinq ans, en ce que M. Verlaine a découvert trois nouveaux poètes maudits, et en ce que M. Vanier a cru devoir faire insérer dans des lyres les six portraits, assez gauchement dessinés par M* Luque. Les trois poètes maudits découverts en dernier lieu par M. Verlaine sont M"« Desbordes- Valmore, M. le comte de Villiers de l'Isle-Adam, et un « pauvre Lélian » qui semble bien pouvoir être M. Verlaine lui-même. Pour célébrer ces nouveaux venus, d'ailleurs, M. Verlaine ne s'est point davantage que pour les premiers mis en frais d'analyse ou de subtilité. Quelques pages de vagues hyperboles, des citations, un gémissement sur l'intelligence de notre temps, c'est, en résumé, le contenu des six études. On n'en est plus à savoir, au reste, que le plus musical de nos poètes est en même temps un prosateur comateux et falot. Il faut savoir gré cependant à M. Verlaine de ce petit volume. II faut le complimenter d'abord des citations qu'il nous donne:

nous ne connaîtrions pas, sans lui, l'étonnant Bateau Ine de Rimbaud, et plusieurs des plus élégants poèmes de la première manière de M. Mallarmé. Mais le principal mérite de M. Verlaine est d'avoir imaginé pour son livre ce titre désormais célèbre, et qui suggère, en effet, l'un des plus intéressants problèmes de la littérature : la malédiction qui pèse sur certains écrivains. Il ne saurait être question, à ce point de vue, de Tristan Corbière, qui méritait pleinement la malédiction de l'oubli ; non plus que de M*» Des bordes- Valmore, bénie entre toutes les femmes de lettres au point d'avoir ses œuvres complètes dans la petite collection Lemerre. Il faut même avouer que la malédiction s'explique pour M. Mallarmé qui se complaît dans une forme nécessairement ésotérique; Rimbaud pareillement est un fantaisiste par trop « différent » pour que l'on puisse être sur pris de son peu de gloire. Pour ceux-là la malédiction consiste surtout en quelque ordre fatal du créateur, les prédestinant à une originalité excessive. Mais comment expliquer, sinon par une expresse malédiction du sort, l'ignorance du a grand public.» à regard des contes et des drames de M. de Villiers, des poèmes de M. Verlaine ? Assurément il n'est point d'auteur notoire qui puisse être comparé à M. de Villiers pour le délicat mélange d'une philosophie profonde, d'une ironie cruelle et de la plus émouvante musique des phrases; il y a dans les poèmes de M. Verlaine un charme de langueur et de doux abandon qui ne manque pas à séduire les âmes les plus ingénues. D'où vient donc l'obscurité relative de ces deux renommées? Pourquoi le a grand public » n'a-t-il pas entendu ces deux voix, qui semblaient les plus aptes à lui donner une joie d'art suivant ses goûts? M. Verlaine n*a point résolu plus que je ne tenterai de le faire ce problème, d'ailleurs aussi ancien dans son essence que la littérature ellemême. Mais il faut remercier l'auteur des Poètes maudits de l'avoir si nettement énoncé. r. o.

Les Poèmes d'Edgar Poe, traduits par Stéphane Mallarmé. Un volume in-S®. Bruxelles, Deman,

C'est la première fois que l'on traduit en français, d'ensemble, les poèmes d'Edgar Poe. Ces poèmes ont cependant une importance historique égale à celle des histoires en prose, qu'ils surpassent de beaucoup en importance littéraire. Ils représentent le premier et le plus sérieux essai d'un art nouveau, que plusieurs jeunes gens prétendent avoir inventé. Il est cruel d'avoir à parler des poètes symbolistes et décadents, ces poètes n'ayant, jusqu'à présent, rien produit qui justifie la moindre attention. Mais il est certain que Poe, dans ses poèmes, a inauguré une manière qui serait aujourd'hui la manière spéciale de ces symbolistes et de ces décadents, si ceux-ci ne se contentaient de pratiquer un charabia tout de fantaisie, à l'ombre des titres dont ils se sont affublés. Ce que ces jeunes banquistes voudraient nous laisser croire qu'ils font, une poésie

musicale, traduisant d'une façon symbolique et à dessein obscure des états de Pâme très subtils, Poe seul Pa fait en réalité. Il a énoncé, dans son Commentaire du corbeau, les principes de la poésie nouvelle ; il en fournit des exemples dans Eulalie, dans la Vallée de l'Inquiétude, dans les Cloches, et surtout dans la pièce (ï'Ulalume, véritable symphonie verbale, toute de musique et d'images symboliques. La nature môme de ces morceaux, où le sens des mots n'est qu'un élément accessoire, semblait rendre impossible toute traduction. Par un prodige de conscience et de compréhension, M. Mallarmé a pu, cependant, nous donner une traduction souvent parfaite de ces musiques incomparables. Quelque estime que l'on fasse des poèmes originaux de M. Mallarmé, il faut bien avouer que jamais une traduction n'a été à la fois plus fidèle, plus française et plus artistique que cette traduction des Poèmes de Poe. Il n'est point jusqu'aux sonorités voilées et lugubres d^Ulalume que M. Mallarmé n'ait su nous rendre , tout au moins nous faire pressentir. Citons, au hasard, une petite pièce : c'est un véritable poème en prose, et qui s'adapte, mot pour mot, aux vers anglais de Poe.

« Hélène, ta beauté est pour moi comme ces barques nicéennes d'autrefois, qui, sur une mer parfumée, portaient doucement le défait et las voyageur à son rivage natal. Par des mers désespérées longtemps coutumier d'errer, ta chevelure hyacinthe, ton classique visage, tes airs de Naïade m'ont ramené ainsi que chez moi à la gloire qui fut la Grèce, à la grandeur qui fut Rome. Là! dans cette niche splendide d'une croisée, c'est bien comme une statue que je te vois apparaître, la lampe d'agate en la main, ah ! Psyché ! de ces régions issue qui sont terre sainte. »

Ajoutons que l'impression de ce volume est luxueuse comme il convient, et que le portrait de Poe, au frontispice, est une assez piètre pochade de Manet, qui a fait d'admirables et suggestifs dessins pour une splendide traduction du Corbeau publiée jadis par M. Mallarmé. l. a.

Reoueil de textes étrangers.

Sous ce simple titre, M. Â. Lanier vient, patriotiquement, de publier un album, exécuté dans ses ateliers, qui fait le plus grand honneur à la typographie parisienne. Jusqu'à ce jour, l'Imprimerie Nationale semblait avoir le monopole des caractères anciens et étrangers; encore était-elle peu accessible au public, soit par ses prix^ soit plutôt par son dédain administratif qu'il ne plaisait pas à tout le monde d'affronter. Aussi beaucoup d'impressions savantes émigraient-elles à l'étranger, notamment à Vienne. Ces travaux pourront désormais rester en France. Montrant une fois de plus ce que vaut l'initiative privée, et battant du premier coup, sur le terrain artistique et pratique, la vieille maison de la rue

Vieille-du-Temple, qui n'a d'indiscutable que Tobscurité dont on entoure ses comptes, M. Lanier vient d'exécuter un volume aussi remarquable dans le fond que modeste d'apparence extérieure. Les savants l'apprécieront et les amateurs, même ceux qui ignorent le syriaque, le copte et le tchèque, y goûteront un régal des yeux.

'Wattignies (i5 et i6 octobre 1793), poème par Emile Blémont; illustrations de MM. Armand- Dumaresq, Dunks, H. Dupray, Moreau de Tours, Henri Pille. Un beau volume in-4«. Paris, librairie illustrée, 7, rue du Croissant.

M. Emile Blémont continue la série de ses poèmes patriotiques. Après la Prise de la Bastille et le Porte- Drapeau, et tout en mettant la dernière main au Siège de Mayence et à Saint- Just, il nous donne aujourd'hui Wattignies, œuvre de longue haleine, résultat d'études sérieuses sur cette grande époque de notre histoire, magnifique envolée de patriotisme qui trahit l'origine lorraine de l'auteur.

Wattignies est dédié à la mémoire des soldais français morts pour la République dans les batailles des i5 et 16 octobre 1793, mais il s'adresse surtout à la France nouvelle :

Vous, générations en qui l'avenir germe, Suprêmes rejetons du siècle qui se ferme. Travailleurs d'aujourd'hui qui combattrez demain, Que vos aïeux vaillants vous montrent le chemin.

Le poète, au début, nous fait des premières années de la Révolution un tableau synthétique où semble s'incarner le sentiment populaire. C'est d'abord Teathousiasme, les cris de joie et de délivrance, les nobles aspirations, les utopies fraternelles de la première heure :

Rien d'impossible alors ! Tout paraissait facile, On avait retrouvé la nature et l'amour, Après mille ans de nuit on arrivait au jour.

Heure unique ! élan pur ! sainte élévation ! On croyait abolir la haine et la souffrance, Les cœurs battaient alors non pour la seule France, ' Mais pour l'Europe, pour le monde tout entier !..•

CRITIQUE LITTÉRAIRE DU MOIS

Le peuple français devait, hélas! se réveiller bientôt terriblement désillusionné :

Od avait crié : Frère ! on retronvait CaTn.

Ce réveil sanglant et plein d'angoisses^ le poète nous le décrit de main de maître dans le chant IV», Stratégie révolutionnaire :

L'Europe féodale, avec tous ses soudards,

Tous les oiseaux de proie au champ des étendards,

Rois, margraves, barons, ducs électeurs d'empire,

L'aigle et le léopard, le pandour et le sbire,

Par les fleuves, par les montagnes, par la mer.

Se ruaient contre nous, et vingt siècles d'enfer,

Vingt siècles noirs, poussaient, voyant le jour éclore.

Tous les spectres d'antan pour étouffer l'aurore.

La Flandre était à sac. Lambesc et les Anglais

N'y laissaient rien debout. Deux cent mille boulets

Trouaient, démolissaient, brûlaient Valenciennes.

Condé tombait. Plus loin, victoires prussiennes.

Sur Mayencc éclatait un déluge de fer ;

Il fallait renoncer au Rhin ; Merlin, Kléber,

Après avoir lutté sous des voûtes de flammes,

Cinquante jours, partaient navrés, quoique sans blftme.

D'Ostende à Bâie, un monde entier, de tout son poids,

Faisait craquer le flanc de la France aux abois.

Le Piémont descendait des Alpes, son repaire.

Regardait Chambéry, Nice, et celte vipère

Se dressait dans son coin pour nous mordre au talon.

Devant cette avalanche formidable la patrie fait un suprême effort. La Convention délègue le grand Carnet et lui ordonne de vaincre.

Carnot arrive à Tarmée de Jourdan qui, hésitant devant sa lourde responsabilité, s'attardait à Guise; il lui conseille de dégager Maubeuge.

La dernière armée, ultime espoir de la République, se met en marche.

Déterminés, les yeux brillants, la tôte haute, Entre les pignons bruns étages sur la cdte, Us allaient leur chemin, les hardis compagnons. Balançant leurs drapeaux, enlevant leurs canons.

Mais voici les troupes nombreuses, disciplinées et fortement retranchées du vieux Cobourg. Le premier jour, les Français s'épuisent en vains efforts; cette partie fourmille d'épisodes et de beaux vers. Nous ne

pouvons résister au désir 4^ citer ceux-ci, qui s'adressent au tambour Sthrau. •

Pauvre petit tambour ! Trahi par sa victoire, Il gît, les doigts crispés sur la baguette noire, Lui tout à l'heure encor si vaillant et si beau. Avec son pantalon rayé comme un drapeau! Frère obscur de Barra, martyr que la mort frustre. Hélas! du laurier d'or, il devrait être illustre : On l'a bien retrouvé plus tard, sous une croix, Dans une fosse, avec sept grenadiers hongrois ; Mais Paris, pour qui l'art éternise l'exemple, N'a pas mis son profil sur le fronton d'un temple; Son nom n'est pas inscrit au coin d'un seul faubourg. 11 est mort tout entier. Pauvre petit tambour!

La nuit est venue ; les généraux de la Convention blessés, découragés, se réunissent. Carnot les ranime et, modifiant le plan d'attaque, prenant en main le commandement suprême, il les conduit de nouveau au combat.

Qui ne connaît les détails de cette héroïque jour« née, qui.sauva la République et la France.

M. Emile Blémont, avec une habileté et une souplesse de forme surprenante, a donné le relief poétique à ces faits dignes des époques fabuleuses.

Le poème se termine par un appel à la France nouvelle et nul, sans une noble émotion, ne lira les vers suivants :

France, rappelle-toi ce qu'ont fait tes enfants ! Sans jactance et sans peur, France de Wattignies, France des hauts projets et des profonds génies, France du passé noble et du libre avenir. Prépare le grand jour où ton deuil doit finir ! Némésis baisera ta sainte cicatrice.

Sois la guerrière, sois la pacificatrice ; Montre-toi la plus digne et gouverne à ton tour! Seule au monde, tu peux, ô nation d'amour, Sous ton chêne céleste à la rugueuse écorce, Concilier enfin la Justice et la Force.

Tel est le beau poème de M. Emile Blémont.

Il y manque, il est vrai, un peu de cet hystéricisme qui caractérise la plupart des œuvres modernes; mais il y passe en revanche un souffle de patriotisme et d'orgueil qui élève l'âme et réconforte le cœur.

Nos enfants pourront ouvrir ce livre sans crainte de dégénérer. * r. g.

HISTOIRE

— Chronologie — Documents — Mémoires —

La dernière maladie de Frédério le Noble, par le D' MoRELL Mackemzie. Un vol. in-i8. P. Ollendorff; Paris, i888.

La mort de l'empereur d'Allemagnei Frédéric III, hâtée par les médecins, n*est pas un cas exception*

nel. U semble qu'une fatalité particulière s'attache aux « grands de la terre », que plus haut ils siègent, plus mal ils sont soignés en ces maux.

Dont la garde qui veille aux barrières du Louvre, Ne défend pas les rois.

ei6

Le plus humble artisan^ le bourgeois le plus modestC| trouvent dans les^oins de la famille et du petit médecin de quartier une vigilance et une sollicitude plus éclairées. On n'a pas oublié la mort de Napoléon IIL II serait facile de rappeler d'autres exemples semblables ou sur le trône ou sur les marches du trône. Mais aucun n'est plus frappant que le cas de Frédéric III. Pendant un an et plus, les journaux du monde entier ont donné, jour par jour, heure par heure, pour ainsi dire, les détails les plus circonstanciés sur la dernière maladie du prince qui allait, pour si peu de mois, ceindre la couronne impériale d'Allemagne; ils nous ont révélé les querelles misérables des médecins réunis autour de lui, les pièges qu'ils se tendaient les uns aux autres, sans souci de leur infortuné malade, et, à son détriment, leurs réciproques empiétements sur leurs fonctions individuelles, les scènes odieuses, scandaleuses, qui se pas. sèrent à son chevet. Tous ces récits, que l'on pouvait soupçonner d'exagération, ont été confirmés, amplifiés depuis, et enrichis de révélations nouvelles, communiquées au public par les intéressés eux-mêmes, s'accusant mutuellement de véritables forfaits. Le mot n'est pas trop fort en présence notamment de certain acte de brutalité révoltante rapporté par le D' Morell Mackenzie dans sa déposition sur la Dernière maladie de Frédéric le Noble, acte de véritable sauvag&rie, qui eût sufH seul à tuer la trop patiente victime. Je suppose le lecteur au courant des faits généraux, et, entre autres, de l'opération de la trachéotomie, qui exigeait l'usage et le renouvellement fréquent d'une canule introduite dans la trachée, extérieurement, par l'orifice d'une incision pratiquée dans le cou; or le médecin anglais déclare que, ayant fait . fabriquer un tube de forme nouvelle, au moment de le poser, il invita par courtoisie son confrère allemand, le professeur von Bergmann, à assister au changement de tube, et il nous montre celui-ci, s'étant fait attendre presque toute la journée, arrivant enfin « dans un état de violente excitation », agissant « de la , façon la plus extraordinaire, la plus inconcevable n; ce qui veut dire sinon ivre, aux confins de l'ivresse. Mais ici il faut laisser la parole à l'auteur d'une si grave accusation :

« Le professeur von Bergmann plaça une chaise en face de la fenêtre et pria l'empereur de s'asseoir, puis, sans faire aucune remarque, il délia rapidement le cordon qui tenait la canule en position, la retira, et, employant une force considérable, il s'efforça d'introduire un tube qu'il tenait à la main... Il enfonça l'instrument dans le cou, mais l'air ne passa pas; la respiration de l'empereur devint alors très embarrassée et le professeur retira le tube. Il y eut alors un violent accès de toux et une hémorrhagie très considérable. Le professeur saisit une autre canule et essaya de forcer le tube dans la trachée. Cette fois encore l'air ne passa pas à travers la canule, et 11 était évident que, au lieu d'entrer dans le passage de l'air, elle avait été forcée sur le devant de la trachée, labourant les tissus mous et faisant ce qui est connu comme un faux passage. Le professeur retire une fois encore

le tube et il se produit un nouvel accès de toux violente et une grande perte de sang. Â ma grande consternation, le professeur von Bergmann enfonça pro* fondement son doigt dans la plaie, et, le retirant, essaya d'introduire un autre tube. Il n'y réussit pas mieux que précédemment, et, cette fois encore, cet essai infructueux fut suivi par une effroyable quinte de toux et par une copieuse perte de sang. Sur quoi, le D' Bramann, survenant, prend à son tour la canule et l'introduit sans difficulté. »

On croit rêver. Il n'est pas de famille d'ouvrier, je le répète, où pareil fait pût se produire; à la seconde tentative, sinon à la première, surtout en présence d'un autre médecin, la femme, nécessairement présente, s'interposerait violemment.

, En dehors des incidents étroitement relatifs à la maladie et apologétiques de sa propre conduite, on trouve dans la réponse du D' Mackenzie aux attaques furieuses dont il a été l'objet de la part de ses confrères allemands, peu d'observations à relever, peu de traits caractéristiques, concernant le prince auprès duquel il a vécu si longtemps. Cependant il témoigne et multiplie les preuves de sa bonté, de sa patience, de sa simplicité, de son courage, de l'amour qu'il porte à son peuple et du sentiment très élevé qu'il a de sa mission comme souverain. Us sont rares, mais il y a çà et là des mots touchants, d'autant plus qu'ils sont prononcés par un homme qui se sait condamné à une mort prochaine. Il est telle page que cette proximité rend singulièrement émouvante; celle, par exemple où, moins de quinze jours avant sa fin, nous le voyons, seul^ écoutant, assis dans une salle adjacente et fondant en larmes à l'audition d'hymnes sacrées, chantées admirablement par un chœur de quatre-vingts voix d'hommes; celle encore où il ne peut contenir son émotion en voyant a son armée ■ pour la première fois depuis son avènement au trône.

Le D*" Morell Mackenzie professe un véritable culte pour la mémoire de Frédéric III et pour la personne de l'impératrice Victoria. Les sentiments du jeune empereur et de son terrible Mentor pour l'une et pour l'autre étant bien connus, on ne sera pas surpris dès lors que le livre du médecin anglais ait été l'objet d'un acte monstrueux d'arbitraire iniquité et que la traduc^on en soit interdite en Allemagne. e* c.

L'Homme préhistorique, étudié d'après les monuments et les costumes retrouvés dans les différents pays de l'Europe, suivi d'une Étude sur les mœurs et les costumes des sauvages modernes, par sir Job» LuBBocK, membre de la Société royale de Londres, président de l'Institut anthropologique. Troisième édition, revue et augmentée, avec 228 gravures dans le texte. Deux vol. in-S» de la Bibliothèque scienti" fique internationale, Paris, Félix Alcan; 1888.— Prix : 1 2 francs. .

On the évidence ofthe antiqu\ty of man afforded by the physical structure of the somme Valley. C'est le titre d'un travail que sir John Lubbock donnait, il y a trente ans, à la revue anglaise d^histoire nato-

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en

relie. Il y a trente ans, on raillait Boucher de Perthes. Cuvier avait écrit : « Tout porte à croire que Tespèce humaine n'existait points dans les pays où se découvrent les ossements fossiles, à Pépoque des révolutions qui ont enfoui ces os; mais je n'en veux pas conclure que Thomme n'existait point du tout avant cette époque; il pouvait habiter quelques contrées peu étendues, d'où il avait repeuplé la terre après ces événements terribles. » Les disciples ne voulaient admettre aucune des réserves qu'avait semblé faire le Maître, et M. Élie de Beaumont repoussait dédaigneusement ridée de la coexistence possible de l'homme et du mammouth. Les silex de Menchecourt, de Saint-Âchcul, étaient, sans doute, disait ce savant, d'origine romaine, et, pour les dépôts de Moulin? Quignon, ils devaient recouvrir une voie romaine. En Angleterre, comme en France, on se refusait à visiter les gisements. M. Falconer vient à Abbeville, puis à Amiens, el sir John Lubbock, M. Prestwich, sir C. Lyell, d'un côté de la Manche; de l'autre, MM. Gaudry, Pouchet, Isidore-Geoffroy Saint-Hilaire, donnent raison au modeste savant d'Abbeville.

Aujourd'hui, VHomme préhistorique de sir John Lubbock compte quatre éditions anglaises et trois françaises.

A la première page de l'introduction, ces deux phrases : a Quelques écrivains nous ont affirmé que, pour employer les paroles de Palgrave, il nous faut abandonner le passé silencieux : faits ou chronologie, doctrine ou mythologie, en Europe, en Asie, en Afrique ou en Amérique, à Thèbes ou à Palenque, sur la côte de la Lycie ou dans les plaines de Salisbury, ce qui est perdu est perdu, ce qui est passé est passé à jamais. Et d'autres, plus audacieux, ont essayé de reconstruire l'histoire du passé ; ils n'ont que trop souvent permis à leur imagination de remplacer les recherches sérieuses, et ils ont employé la plume du romancier bien plus que celle du philosophe. »

De ces deux phrases, la première pourrait être retranchée; personne aujourd'hui qui ne s'intéresse à la préhistoire.

La seconde, par contre, exprime un jugement qui n'est que trop fondé. En notre pays surtout, non pas en dépit de certaines prétentions au titre de philosophe, m.ais parce qu'on nourrit ces prétentions-là mêmes, on fait de véritables romans.

Chez nous, les savants ne se défendent pas, la plupart, de dogmatiser : ce sont moins des recherches qu'il s'agit, pour eux de faire connaître, qu'une doctrine qu'il importe de faire prévaloir. Et ceux qui acceptent cette doctrine, d'affirmer plus hardiment encore ce qu'on ne devrait tenir que pour supposition peut-être ingénieuse, de soutenir les thèses proposées comme on défend une cause.

Et, venant après eux, les simples vulgarisateurs de faire leur métier de vulgarisateurs, de s'efforcer de satisfaire en môme temps qu'à de certaines curiosités, au goût toujours très vif du merveilleux.

Différences d'humeur en Angleterre, — non pas les propagateurs de bonne et de courte foi, et, avec eux, ceux qui s'emploient à des travaux de librairie,

il en est en tous pays, — mais les savants se plaisent à informer bien plus qu'à démontrer.

Ce qui fait qu'à quelque parti que l'on appartienne, on ne lit pas sans plaisir et sans profit les études de M. Bain, de M. Huxley, les travaux mêmes de M. Herbert Spencer; et quelque opinion que l'on se soit faite quant à l'origine de l'homme, quant à ses besoins religieux, quant au développement de la civilisation, on aurait tort de négliger les travaux des paléontologistes anglais.

Pour parler de Vhomme préhistorique, l'œuvre mérite d'être hautement prisée de ceux-là mêmes auprès desquels elle ne saurait faire tout entière et absolument autorité. Dans les chapitres où il est traité de l'emploi du bronze, de la pierre dans l'antiquité, des documents mégalithiques, des pfahlbauten et des kjôkenmôddings, des enceintes sacrées et des sépultures de TAmérique septentrionale, de l'homme des cavernes, un examen critique des divers monuments, et les hypothèses, les inductions, toujours présentées avec les plus expresses réserves. Un chapitre surtout, celui qui a pour titre : De Vancienneté de Vhomme (chap. XII, t. II), est remarquable pour qui s'intéresse aux méthodes d'investigation et de raisonnement dans les sciences naturelles.

N'oublions pas de rapporter l'avis de l'éditeur au lecteur : L'ouvrage a été traduit d'après la quatrième édition anglaise; sir John Lubbock a donné de nombreux ajoutés, mettant ainsi son travail au courant des plus récentes découvertes. Ce n'est pas troisième, mais bien cinquième édition que l'on aurait pu dire.

The Ghroniole of GLemendy; or the history of the IX joyous journeys. In which are contained the amorous inventions and facetious taies of Master Gervase Perrot, Gent., now for the first time done into Ënglish, by Arthur Machen, translator of the Heptameron of Margaret of Navarre. Privately printed for the Society of pantagruelists. Carbonnek, mdccclxxxviii. Un vol. petit in-8°.

Je ne sais si la dédicace de ce livre rabelaisien, je veux dire de haulte graisse, adressée au Right Honourable, Illustrious and Puissant Prince, Humphrey, duc de Glocester, chevalier de Tordre très noble de la Jarretière, etc., etc., est une satire barbelée ou l'hommage sérieux d'un humoriste. Le noble duc me semble le mieux situé pour en décider, et làdessus je m'en rapporte bien à lui. Mais ce que je constate dès les premières pages, sans l'ombre d'un doute, c'est l'esprit, le goût littéraire, la connaissance familière et intime de la langue jusque dans ses sources vives, le renouveau de Renaissance, si je puis dire, qui éclate à chaquie ligne dans ce qu'écrit Mr. Artbur Machen.

Des contes en eux-mêmes, je ne sais rien, sinon que, les ayant lus, je les relirai souvent, à petites doses, sans me lasser, comme on visite ces flacons qui contiennent une fine et réconfortante liqueur. Gervase Perrot, de Clemendy, gentleman, seigneur du manoir de Pullcwrv, — ce qui, au pays de Galles,

LE LIVKfe

je crois; veut dire « flaque de bière », — et maréchal des pots aux assises de l'Aie, ne jn*est, je Tavoue humblement, pas autrement connu. Il me suffit de savoir que, depuis The Discourse of Aie, traduit, paraît-il, du latin, jusqu'au dernier conte des neuf joyeuses journées, il se montre franc compère, aussi bon Gaulois qu^Anglais rabelaisien peut Pétre, gai à miracle, spirituel à plaisir, fécond en histoires réjouissantes où les personnages n'échappent au ridicule que par Tamour comme le peuvent désirer et faire des créatures en chair et en os, différentes de sexes et de natures semblables; en un mot, tel que nous connaissons les conteurs d'Italie et de France : Boccace, Marguerite, le seigneur des Accords, Camille Blessebois, TArétin, Béroalde de Verville, lePogge, La Fontaine, et tant d'autres, au premier rang desquels le traducteur anglais de Marguerite de Navarre et de la Chronique de Clemendy est désormais sûr dq sa place.

Le volume est imprimé avec un grand luxe et une perfection typographique presque absolue; il est orné d'une photogravure très alléchante et n'a été tiré qu'à deux cent cinquante exemplaires numérotés. Nous avons lieu de croire que le Livre a été le seul ou presque le seul journal à recevoir ce curieux, savant et charmant ouvrage. Nous en remercions vivement l'auteur et Téditeur.

Une femme jalouse, roman moderne, par Amédée Pigeon. Paris, Librairie illustrée. Un vol. in-i8. — Prix : 3 fr. 5o.

Une femme jalouse est l'histoire d'un musicien qui ne vit que pour son art, et dont la jeunesse s'est passée au milieu de difficultés de toutes sortes. Vers Page de trente ans, il s'éprend d'une femme dont l'amour tyrannique se manifeste par des plaintes sans sujet, des reproches, des larmes. L'artiste essaye de ramener sa maîtresse à un sentiment plus raisonnable de la vie, mais en vain, et tous deux souffrent d'autant plus l'un par l'autre qu'ils s'aiment davantage. L'odieux de cette situation, trop fréquente, s'accroît encore ici de la torture particulière à l'artiste, qui se voit de plus en plus perdu pour l'art, sans trouver dans l'amour auquel il le sacrifie autre chose que de triviales et écœurantes douleurs. Mais il est faible, tout en étant ardent, et il aime cette femme qui lorsqu'elle est morte entre ses bras, l'attire par delà la mort jusqu'à le faire se suicider sur sa tombe. .

L'étude de mœurs est fouillée, bien vue, prise sur le vif; elle est rendue avec une intensité d'émotion sobre et puissante, et le roman est de ceux qui laissent une impression durable après qu'on les a lus.

Amour mondain; amour mystique, par H. de la

Ferrière. Paris, Calmann Lévy, 1888. Un vol. in- 18, — Prix : 3 fr. 5o.

M. H. de la Ferrière, comme il l'a prouvé dans ses ouvrages intitulés Projets de mariage de la reine Elisabeth et Trois amoureuses au xyi« siècle, est un

des plus délicats et des mieux informés historiens parmi ceux qui se sont consacrés aux femmes. Les deux monographies placées en tête du nouveau volume, Jeanne de Piennes et la Jeunesse de Henri III sont comme le parachèvement des études sur les femmes de la cour des Valois, si bien commencées dans les Trois amoureuses. Jamais siècle n'a mieux justifié, par sa galanterie élégante, raffinée ei corrompue, le titre choisi par l'auteur : Amour mondain. A l'amour mondain, M. H. de la Ferrière oppose, en manière de contraste, VAmour mystique. lien a trouvé pour type Anne de la Boderie, qui sut immoler sans une plainte son propre bonheur pour ne pas détourner de sa voie le fanatique qu'elle s'était donné pour époux, et qui éleva ainsi, en plein xvii« siècle, l'amour conjugal à la hauteur de la légende. Cette dernière étude, en outre du charme dont le talent de M. de la Ferrière revêt tout ce qu'il raconte, présente à la plupart des lecteurs l'attrait de l'inconnu. Parfaitement authentique et scrupuleusement exact dans tous ses détails^ cet épisode de la vie de province il y a deux cents ans est u-ne véritable trouvaille, comme il n'appartient d'en faire qu'aux érudits enthousiastes et amoureux de l'érudition.

La Nature des dieux. Études de mythologie grécolatine, par Charles Ploix. Paris, E. Bouillon et E. Vieweg, 1888. Un vol. in-8«. — Prix : 10 fr.

Tout est toujours à recommencer; sans quoi, il y a longtemps que tout serait fini. Trouvant surannés les systèmes anthropomorphiques, historiques, solaires, naturalistes, idéalistes, symboliques, anthropologiques, philologiques et d'autres encore par lesquels des savants de tous les ordres ont expliqué la mythologie de l'antiquité grecque et latine, M. Charles Ploix a entrepris un nouveau voyage d'exploration à travers les mythes du polythéisme. Il en est revenu avec une conviction et une espérance : la conviction, c'est qu'il rapporte « l'explication définitive de l'origine des dieux chez les peuples gréco-italiques, et, par conséquent^ aussi chez toutes les nations qai parlent une langue aryenne, puisque les Grecs et les Latins ont emprunté leurs langues et leurs idées aux Aryens». L'espérance, c'est que « la même explication convient également aux autres races, car la marche de l'intelligence humaine, sauf en ce qui concerne la rapidité, a dû être partout la même ». A voir les différences profondes et pour ainsi dire congénittles qui se manifestent, môme de nos jours, dans le travail cérébral des divers peuples, je me sens porté à mettre en doute l'identité de cette marche intellectuelle du genre humain.

Quoi qu'il en soit, la conclusion à laquelle arrive M. Charles Ploix, après unie enquête dont il faut admirer sans réserve la science et la conscience, c'e«t que « la religion de nos ancêtres est la religion delà lumière ».

Mais les dieux a ne personnifient pas les astres; iU personnifient les aspects lumineux du ciel. Zeus est le grand jour, Poséidon est Je jour couvert; tous 1«

CRIT.IQUE LITTÉRAIRE DU MOIS

autres personnifient le crépuscule ». L'explication est étayée d'un appareil imposant, j'allais dire redoutable, d'érudition dissertante et argumentatrice, et, après tout, elle en vaut une autre. Je crains cependant que beaucoup de lecteurs, que ces questions intéressent, ne trouvent, dans le livre de M. Charles Ploix, au lieu du grand jour de Zeus, que les lueurs incertaines où flotte et s'efface la multitude des dieux crépusculaires. b.-h. g. ,

Dans l'oratoire, par Jean Lorrain. Paris, C. Dalou, 1888. Un vol. in-i8. — Prix : 3 fr. 5o.

Il ne s'agit point de la congrégation des Oratoriens ; d'autres se chargent, en ce moment, d'étudier ces pères comme orateurs, historiens et éducateurs. M. Jean Lorrain nous introduit, avec des allures de mousquetaire, dans un autre oratoire, dans « ce boudoir psychique, où la femme catholique est en coquetterie réglée avec Dieu .. où le Christ prend de languides attitudes d'Adonis syrien, et la dévote, des prosternements aspirants de prêtresse », et il nous y

présente, entre autres, Michelet, les Borgia, les Valois,' La Vallière, Louis XV, la Brinvilliers, Voltaire, Talleyrand, Octave Feuillet, Paul Bourget, feu Caro, Jules Lemaître, Paul Verlaine, Catulle Mendès, Renan, Joséphin Péladan, Pierre Loti, sainte Thérèse, M"* Rachilde, et Barbey d'Aurevilly, sans compter Héloîse et Abélard. Ce petit livre, où la critique littéraire et sociale s'attaque à belles dents aux dernières floraisons du romantisme et aux végétations suspectes ou invraisemblables de ce qu'on appelle l'école décadente, est endiablé et enragé d'esprit. Il faut être initié pour le comprendre; il est écrit pour le boule* vard, les salons parisiens et les bureaux de rédaction. Partout ailleurs, on risque fort d'en manquer le sens et de n'en point sentir le montant ni le mordante Tel qu'il est, d'ailleurs, il sacrifie aux dieux qu'il blasphème; plus d'une fois l'auteur a dû s'agenouiller dans l'oratoire dont il connaît si bien les coussins et les têtes qui s'y posent, et sa langue s'affile souvent en une jolie pointe de décadisme subtil et discret.

BIBLIOGRAPHIE - MONOGRAPHIE

— Singularités — Compilations — Curiosités littéraires --

La Fédération parisienne du 14 juillet 1790. Essai bibliographique, par Maurice Tourneux. 'Paris, Charavay frères, 4, rue de Furstenberg, 1887, grand in-8° de 23 pages, tiré à petit nombre.

M. Maurice Tourneux, à qui l'on doit déjà tant de travaux intéressants, prépare, on le sait, un ouvrage d'une importance capitale, la Bibliographie de la Révolution française à Paris, publié sous les auspices du conseil municipal. Nul plus que l'érudit ' bibliographe n'était à même d'entreprendre et de mener à bonne fin une si lourde tâche; rien ne le démontre mieux que la charmante plaquette qu'il a fait paraître à titre de spécimen. Il semble, en eflet, bien difficile d'ôtre plus consciçncieux et plus exact que M. Maurice Tourneux : il ne s'est point borné à décrire avec la plus scrupuleuse fidélité les cent cinquante articles groupés chronologiquement dans son

Essai; il a pris la peine de tout lire et il a indiqué, dans une sobre analyse, l'esprit et le contenu de celles de ces productions plus ou moins fastidieuses dont le titre ne suffit pas à faire connaître le caractère. On peut juger, d'après cet extrait, de ce que sera l'ensemble de son travail et des développements qu'il comportera : ainsi, sur la seule journée du 14 juillet 1790, l'auteur a réuni cent cinquante productions, et pourtant, comme il a soin de nous en prévenir, il n'a fait figurer dans cet essai, ni les histoires générales^ ni les mémoires particuliers où il est question de la Fédération, ni la plupart des poésies, — en général fort médiocres, — inspirées par la circonstance. Cette énumération, qui l'eût entraîné trop loin, trouvera sa place dans le travail définitif. Toute restreinte qu'elle est, cette étude abre'gée oflre un grand intérêt et fait bien augurer de l'œuvre de M. Maurice Tourneux, dont le pre- ' mier volume doit prochainement paraître.

BIBL. MOD. — X

L'Ami des Monuments.

Nous sommes en retard pour parler de cette jeune Revue, fondée avec tant d'intelligence et dirigée avec tant de goût par M. Charles Normand. Mais, après tantôt deux ans d'existence, Texpression des espérances que nous aurions pu manifester au début se sera heureusement changée en affirmation d'une réalité constatée. Cette Revue est Torgane du Comité des Monuments français. La Revue est-elle la conséquence du Comité ou sa raison d-étre i question inutile, tant les deux choses sont intimement liées. Dans tous les cas, c'est une association de délicats et les sociétaires-abonnés forment une des plus coquettes réunions d'amateurs et d'urtistes qui se puisse voir. C'est comme un livre d'or de l'art français, et, pour les vingt francs qu'il en coûte, il y a honneur à en faire partie.

L'oeuvre a été fondée pour défendre les merveilles d'art qui font l'ornement de notre patrie. Pour cou-

vrir le sol français, elles n'en sont pas moins exposées à de fréquents dangers et l'ignorance des individus est souvent moins à craindre pour elles que la bctise «de certaines municipalités. Sous la rubrique « Vandalisme », VA mi des Monuments signale et signalera bien des faits qui, sans lui, resteraient dans l'oubli. Il permettra à la grande presse de s'en emparer et de les défendre.

Cette curieuse Revue consacre ses articles, généralement mieux nourris en faits qu'inutilement allon* gés en dissertations, à toute question artistique qui se pose comme opportune, mais de préférence dans l'ordre monumental et toujours, c'est là sa caractéristique, à ce qui présente un caractère inédit et original. Les illustrations, très nombreuses, sont irai;te'es avec le plus vif souci de la perfection. Nous ne pouvons tout citer parmi les notices parues; mentionnons toutefois la restauration du château de Bourbon-l'Archambault, par M. Gélis-Didot, pleine de saveur et d'intérêt.

SCIENCES — Philosophie — Morale —

Le Monde comme volonté et oomme représentation, par Arthur Schopenhauer, traduit en français par A. Burdeau, ancien élève de l'École normale supérieure, agrégé de philosophie. Tome I«'. Un vol. in-8° de la Bibliothèque de philosophie contemporaine, Paris, 1888, Félix Alcan. — Prix:

Nous possédions déjà, depuis deux ans, une traduction française .de l'œuvre capitale de Schopenhauer, et cette traduction, due à qui nous avait traduit précédemment le dernier écrit du maître et son premier travail philosophique, les Aphorismes, et la thèse de 181 3, De la quadruple racine, avait été justement appréciée. Il en a été parlé ici même au moment qu'elle fut publiée. Voici que, pour la seconde fois, on nous traduit le Monde comme volonté et comme représentation» Cette traduction nouvelle est plus précieuse encore que la première. Elle nous semble serrer le texte de plus près, rendre mieux le style du philosophe, nourri, on le sait, des œuvres de nos auteurs du xviii* siècle; elle est plus complète aussi.

Ce tome P' renferme Tœuvre primitive et telle qu'elle parut, à Leipzig, en 1819. Les tomes deuxième et troisième, encore en préparation, comprendront les appendices donnés quelque trente ans plus tard.

De la doctrine de Schopenhauer, nous ne dirons pas ce que l'on en connaît le mieux, mais ce que l'on en connaît le moins mal, c'est avec les grandes lignes de la morale, la thèse de l'anéantissement. La compassion est, par le maître, érigée en une sorte de devoir; son éthique, il l'a assise sur un fondement tout .pessimiste; et son éthique et, surtout, son pessimisme, voilà ce que nombre de jeunes lettrés ont entendu, accepté. Comment les peuvent-ils concilier avec le matérialisme un peu naïf dont ils font, d'autre part, profession? Comment? mais ils n'en savent rien et ne se soucient guère, au vrai, d'une conciliatioo.

11 faudrait admettre qu'elle est pour eux sans grtnJ intérêt, la réponse à cette question : Qu'est-ce que le monde? et que des plus intéressantes, par contre, est la réponse de cet autre problème : Comment rivrc. Ils se préoccuperaient alors, pour employer d'autres expressions, bien plus d'une critique de la raison pn- I tique que d'une critique de la raison pure. Mais il»

ne sont nullement philosophes, bien qu'ils se plaisent à prendre ce titre.

La vérité, c'est qu'ils nourrissent des ambitions très personnelles, c'est qu'ils ont hâte de les satisfaire, c'est que, n'y parvenant pas tout de suite, ils sont malheureux et sou-ifrent : ils se croyaient venus au jour dans un monde trop vieux, ils étaient des délicats que rien ne saurait satisfaire ; mais une doctrine pessimiste leur est apportée de Tétranger, une philosophie à la fois allemande et à la fois très vieille, éiantbouddhiste; voilà bien pourcouvrir leurs plaintes égoïstes, pour leur dissimuler à eux-mêmes leur énerveiticnt, et leur prêter, au jugement d'autrui, — première satisfaction, — un mérite intellectuel.

Nous sommes sévèr#, mais vraiment nous avons regret devoir Schopenhauer surtout célébré par ceux qui l'ignorent le plus. « Le monde est ma représentation », dit le philosophe; son idéalisme si différent de Descartes, de celui de Berkeley, de celui de Kent, qui en connaît? Pour le philosophe, comme Ta dit et montré M. Ribot, un monde idéal, c'est la réprésentation, la connaissance, puis le monde réel, qui est la volonté; cette philosophie de la volonté, si originale, si puissante, qui en connaît- encore? Des maîtres exercés, ont, dans de remarquables articles de revue, analysé, critiqué, les quatres thèses de Touvrage : l'intelligence soumise au principe de la raison sufHsante et produisant, comme telle, le monde des phénomènes ; la volonté, principe dernier auquel tout se ramène; Tintelligcnce, indépendante du principe de la raison suffisante et donnant lieu à la production esthétique; la volonté, fondement d'une morale bouddhiste. Ces articles ont été peu lus. On n'a apporté d'attention qu'aux extraits des Fragments et pensées, qu'aux passages des Parer ga und paralipomena rapportés dans une feuille ou l'autre.

M. Burdeau nous donne une traduction d'une grande exactitude, une traduction qui semble l'ouvrage original que pourrait écrire un Français à l'esprit très fin ; et le traducteur de VA Iternative, de Clay, a, pour permettre au lecteur de se reconnaître, de retrouver le plan qu'avait bien dû se tracer pour luimôme le philosophe, dressé une table des matières très complète. Nous espérons que Schopenhauer, grâce à cette traduction, sera, chez nous, demain, moins inconnu qu'il ne l'est en somme, en dépit du grand renom dont il jouit.

La Vie et l'âme, par Emile Perrière. Un vol. in>i6; Paris, i88S, Félix Alcan. — Prix : 4 fr. 5o.

Le but de ce livre, écrit M. Ferrière, est détendre à la solution du plus haut problème de la philosophie, à savoir celui de la substance, et ce livre n'est rien qu'un résumé de nos connaissances positives touchant la Vie et l*Ame, «,Aussi le lecteur, à qui le seul nom de métaphysique ferait hérisser les crins, peut se rassurer : il n'y a pas dans tout le volume un seul argument à priori, un seul terme transccndantdl; partout régnent en souveraines la physiologie, la physique et la chimie, ainsi que le langage qui con^

vient à la science, c'est-à-dire le langage qui n'a d'autre souci que celui de la clarté, de la précision et de la sobriété. »

M. Ferrière ne nous trompe pas sur un point; le langage dont il use, scientiflC^ue ou non, est très simple. C'estparce que son esprit est très simple aussi. Ecoutons-le parler. Après avoir distingué plusieurs monismes et rejeté celui pour lequel la matière est la substance, la force en étant la propriété, cet autre pour lequel la force est la substance, la matière en étant un état éventuel, il veut montrer comme acceptable, en somme, et son système unitaire, à lui, celui de la substance unique se manifestant à l'esprit humain sous deux aspects : la matière et l'énergie, — le mot énergie pour remplacer le mot force, qu'ont « défloré les métaphysiciens », — et il dit : « En tant que nous considérons le père et la mère de Paul, nous appelons celui-ci : le fils; en tant que nous considérons la femme que Paul a prise en mariage, nous appelons Paul : Vépoux; en tant que nous considérons les enfants qu'il a eus de sa femme, nous l'appelons : le père. Ces trois expressions, le fils, Vépoux, le père, ne désignent pas trois Paul, trois substances différentes, mais un seul Paul, une seule substance, laquelle prend ses noms divers selon le point de vue sous lequel on le considère... » Dépasser Bûchner et demeurer inconnu, ou à peu près, du grand public ! Vraiment nous nous étonnons que M. Ferrière ne jouisse pas d'une autorité.plus communément acceptée.

Pas de terme transcendantal! Il faudrait s'entendre. Nous savons que sont très usuels les mots qui, par exemple, figurent sur la couverture; mais le fréquent ù^age qu'on fait d'une expression n'implique rien quant à la portée possible de cette expression. Chacun oflre des mots en expression de ses pensées à soi, et chacun reçoit des mots au moyen desquels il recueille telles pensées qu'il peut, d'où, entre les mots de* monnaie courante pris avec leur valeur d'échange et l'ouverture de la plupart des intelligences, un certain rapport. M. Ferrière aurait-il pensé à ce rapportlà ? Pas de terme transcendantal, cela voudrait dire : pas de terme qui puisse appeler, suivant lui, l'idée de quelque chose de transcendant.

M. Ferrière ne fait pas de métaphysique, — que les crins s'abaissent, — il fait de la science. 11 fait de la science et il résout les problèmes de la métaphysique Qu'une personne de l'aimable société veuille bien lui confier un chapeau, un mouchoir. Voici un mouchoir; c'est bien. Voyez ce mouchoir; il ne contient, il n'enveloppe rien. Pas d'arguments à priori* Soufflez, je vous prie. Voilà la solution si longtemps cherchée par les métaphysiciens, ces jongleurs de mots, comme on sait ; voilà le mot, ou les quatre mots de l'énigme : Unité de la vie che^ les animaux et les végétaux; l'dme fonction du cerveau; la vie, ou énergie vitale, second mode général de Vénergie uni' verselle; Vdme, mode particulier de Vénergie vitale,

M. Ferrière" aura l'honneur prochainement de résoudre scientifiquement ces deux non moins hautes questions de la métaphysique; première question : I la cause première eot-elle immanente au mon<le ;

LE LIVKE

c'est-à-dire ne fait-elle qu'un avec lui; en d'autres termes, la substance est-elle unique? Seconde question : la cause première est-elle transcendante au monde; c'est-à dire est-elle distincte du monde et supérieure à lui; en-d'autres termes, y a-t-il deux substances i

La Morale de Soorate, par M'"** Jules Favre (ncc Velters). Un vol. in-i6. Paris, Félix Alcan, 1888. — Prix : 3 fr. 5o.

La doctrine de Socrate, d'après Zeller, et la doctrine de Socrate, d'après M™" Jules Favre, sont deux doctrines assez peu semblables. Zeller qui a analyse, interprété, a pu errer, quant à un point, quant à un autre. M"*" Jules Favre, qui s'est contentée pourtant de rapporter des extraits de Xénophon, de Platon,

nous donne un Socrate trop jeune de cinq siècles, sinon de dix-huit, un Socrate chrétien, un Socrate qui n'aurait pas seulement vécu après Jésus, après saint Paul, qui aurait encore eu Theur d'approcher Luther ou Calvin.

Mais il faut prendre l'ouvrage comme un ouvrage d'édification : les extraits sont distribués sous ces titres : Dieu, Providence de Dieu, devoirs envers Dieu; l'Ame, immortalité de l'âme, devoirs de respecter son âme, d'élever son intelligence, de fortifier sa volonté, de dominer sa sensibilité ; de respecter l'àme en autrui : devoir de justice, d'indulgence, devoir de commander par l'exemple. Nous aimons cet ouvrage encore. S'il fera mal connaître Socrate aux jeunes filles, il les forcera à Ja pratique du devoir, la vraie sagesse scion Socrate.

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QUESTIONS POLITIQUES ET SOCIALES

Prinoipes de politique, par Gaston Bergeret. Paris, Decaux. — Prix : 7 fr. 5o.

Il est surprenant, au milieu du désordre et de la légèreté du monde actuel, qu'il se trouve encore des hommes pour écrire de pareils ouvrages. Il leur faut une sérénité d'esprit, un fonds accumulé d'études et d'observations, enfin une liberté de pensée qui étonnent aujourd'hui comme des qualités d'un autre âge. M. Bergeret les possède cependant et c'est un rare éloge. Mais, comme la critique ne perd pas ses droits, elle doit dire qu'il a contracté un défaut en gagnant toutes ces vertus : il est sceptique. Le scepticisme en politique est la pire des choses parce qu'il frappe de stérilité les pensées nées généreuses et qui se refroidissent à son contact et les actes qui seraient productifs s'il les laissait aller jusqu'au bout.

Secrétaire-rédacteur à la Chambre des députés, M. Bergeret y coudoie depuis longtemps les hommes parlementaires; il les a pesés. La médiocrité de la moyenne l'a empêché de remarquer les bons. Il enregistre leurs discours et, à analyser tant de choses creuses, il a été porté à penser que tout n'était que bruit et illusion dans ces paroles vaines; là aussi il ne s'est pas assez rappelé que, pour être rares, il n'en est pas moins passé quelquefois sur sa tête des souffles éloquents et vivaces. Son scepticisme s'explique, mais je ne l'excuse pas. Il est inutile de parler des

principes de la politique pour aboutir à dire qu'il n'y en a pas. Voici la conclusion de l'ouvrage : « Peutêtre la vérité est-elle que toutes les institutions et tous les gouvernements se valent, que dans la société comme dans la nature tout ce qui est doit être et que, dans ce qu'on appelle progrés et décadence, il faut voir seulement des transformations nécessaires à l'état social, intéressantes pour les points qu'elles atteignent dans le temps et dans l'espace, mais finalement indiflerentes à l'ensemble de la vie humaine.» C'est réternel peut-être^ c'est le moderne à quoi hon^ c'est de la philosophie de décadence. Je veux aller à Rome, je crois en Rome; si votre livre est fait pour me dire que tous les chemins y mènent, ou qu'aucun n'y va, votre livre ne me convient pas.

Cette critique formulée, et formulée dans toute sa force, il faut rendre au livre de M. Bergeret les éloges qu'il mérite du reste. A chaque paragraphe de ces 400 pages éclatent des formules de philosophie sociale, frappées au meilleur coin. Les problèmes ne sont pas résolus, nous l'avons dit; mais ils sont posés avec une sûreté et une élégance de main admirables. C'est un régal de gourmet que ce style délié et clair trouvant le mot propre pour les idées les plus abstraites. On est agréablement surpris de rencontrer dans ce terrain aride des phrases charmantes qui fleurissent sans eflbrt. On dirait de l'ouvrage qu'il a été écrit à la fin du xviii* siècle, peu de temps avant la Révolution, par un philosophe de la Cour.

^l]i'\k :lnfe

- Sommaire. — Bibliothèques tuBLCQUEs et psivées, françaises et étrangères. — PuBLiCATioKa

(Bibliographie du mois. — Ouvrages signalés de l'étranger). — Publications awnoncéhs ou eh préparation, TANT EN PRANCE Qu'eK EUROPE. —'NOUVELLES LIITÉHAIHE» DIVERSES: AfisCellanétS. — NÉCHOLOOIK dtS

hommes de kitres et de science récemment décidés. — Docuuents bibliookaphiquee du mois : Sommaire des périodiques français. — Principaux articles littéraires parus dans la presse quotidienne.

BIBLIOTHEQUES PUBLIQUES ET PRIVÉES

Le seciéuire de la rédaction du Livre recevra a ï conservateurs et bibliothécaires de France et de l'étranger voudront bien lui fain upuleusement tenu compu dans celte panie de la Ga^^ette bibliographique.

TRANCE

Bibliothèque nationale. — Le Bulletin du Bibliophile (août-septembre), qui veut bien noua emprunier plusieurs documents et renseisnemenis qu'il juge intéressants pour ses lecteurs, consacre à la Biblioibéque naiionak un article où il se plaint de l'eiigulié du budget, qui force à ■ laisser de véritables trésors bibliographiques aller enrichir les collections particulières ■, — oy étrangères, aurait-il pu ajouter. Il résume ainsi les desiderata de notre grand établisseineni national.

1 Les amis des livres ne demandent pas seuletnent que le nombre des employés chargés de communiquée les ouvrages aux travailleurs soient plus nombreux, etin que ceux-ci ne perdent pas un temps précieux à attendre leur tour; ils demandent aussi que les crédits alloués k la Bibliothèque nationale per-

d'ouvrages que le défaut d'argent oblige à laisser à l'étal de brochures, ou même de paquets; il y a ainsi

lublici

faute

lable,

vice, il réclame la prolongation des heures de travail avec la lumière électrique, l'ouverture de la Bibliothèque le dimanche, un meilleur choix et de nombreuses additions dans les livres mis à la libre disposition des lecteurs, la suppression absolue des prêts, sauf à établir une bibliothèque spéciale de prêis avec les exemplaires en triple et en quadruple.

Bibliothèque de l'Arsenal. • la Bibliothèque de l'Arsenal.'

Le poète Henri de

La bibliothèque de Victor Cousin à ta Sorbonne. — La République française (28 octobre) appelle avec raison l'attention des hommes d'étude sur cette riche collection, dont le public lettré ne connaît guère l'existence, et qui contient, outre une foule d'éditions rares et curieuses des auteurs classiques, presque tous les livres de quelque importance publiés depuis quatre siècles sur la philosophie et sur l'histoire, soit

dément. Les richesses enfouies dans la Bibliothèque

lumes, sans compter les oeuvres d'art et les recueils

sont incalculables et méritent bien le léger sacrilice

d'autographes précieux et de gravures historiques,

que nous demandons avec tous ceux qui veulent

légués à l'État par Cousin, sont installés & ta Sor-

qu'elle garde le premier rang parmi les collections

bonne, dans les appartements mêmes qu'occupait

de ce genre sT.assées dans les aunes capitales. >

leur possesseur. Sauf le temps des vacances, elle est

ouverte tous les mardis et vendredis, de dix heures à

par l'iinicle de M. K. Cere, que nous signalions le

trois heures. On y est reçu sur autorisation du vice-

mois dernier, dans la Nouvelle Rnvuc, ne se contente

recteur de l'Académie de Paris, ou du bibliothécaire.

pas à si bon marché, et nous ne saurions lui donner

M. Barthélémy Saint-Hilaire.

tort. Outre la confection do catalogues complets et

Deux jours sur sept, ce n'est pas beaucoup pour

accessibles et une plus grande ropidiic dans le scr-

les gens qui veulent travailler. Nous croyons savoir

que, lorsqu'on est connu dans la maison, on jouit de plus grandes facilités. Mais il faut s'y faire connaître.

•MMWMMMWMWMM

Les archives de Vancienne Faculté de médecine, — On lit dans le Bulletin du Bibliophile (août-septembre) : « 11 existe dans les archives de la Faculté * de médecine de Paris une précieuse collection, formant 24 gros volumes in-folio, écrits en latin, de la main des 194 doyens qui se succédèrent à la téie de la corporation, depuis iBgS jusqu'à la Révolution. Ces registres, dfts Commentaires ^ contiennent l'histoire vivante et journalière de l'ancienne Faculté. Chaque doyen y consignait les actes principaux de son administration biennale : séances d'élections, actes do la Faculté, ses rapports avec l'État, l'Église, l'Université, les chirurgiens (si méprisés des médecins dans ce temps-là), etc.

a M. le docteur Corlieu, bibliothécaire adjoint de la Faculté de médecine, a.tiré un excellent parti de ce dépôt de documents dans son livre sur V Ancienne Faculté, publié chez Delahaye et Lecrosnier en 1877. Mais il y reste encore bien des découvertes intéressantes à faire. »

<»^^/%»S^rfN^^^^*W

Une collection bi:^arre, — Un original qui, depuis trente-cinq ans, s'occupait de réunir des journaux, vieux et récents, en laisse 5, 100 exemplaires, pour la plupart anciens, représentant 800 publications différentes. Les héritiers se proposent de donner à une bibliothèque publique cette collection, peu précieuse dans son ensemble, mais dont certaines parties peuvent servir à compléter des séries qu'il est si rare de trouver sans lacunes, même dans nos plus grands dépôts.

ÉTRANGER

Allemagne. — Le catalogue de la Bibliothèque de V Université, à Halle. — Le D' O. Harivvig, directeur de la bibliothèque de l'Université, à Halle, vient de publier un volume où il rend compte des efforts qu'il a fallu faire pour arriver à la rédaction du catalogue, classé par sujets, de la bibliothèque qu'il dirige. Elle contient 260,000 volumes. Le catalogue a été commencé en 1879 et, depuis cette époque, dix employés spécialistes y ont régulièrement travaillé. Quel temps et combien d'employés faudrait-il pour dresser le catalogue de notre Bibliothèque nationale?— Je ne sais; mais ce ne serait ni du temps ni de l'argent perdu.

M^M^^r^^'^^MM^tA'

Angleterre. — Le personnel du Bvitish Muséum, — Le changement de directeur, que nous avons annonce il y a quelque temps, devait produire un mouvement au British Muséum, Mr. E. J. L. Scott, conservateur adjoint du département des manuscrits, a été nommé conservateur. On doit à M. Scott une traduction des Églogues de Virgile en vers anglais (1884), une édition de VEikôn Basiliké (1880), les Records 0/ the Grammar School of Harrow-on-the HilU et une édition des Praelectiones Anatomiae, de

Harvey (1886). Il a pour successeur, comme conservateur adjoint, Mr. G.-F. Warner, auteur d'un catalogue des manuscrits de Dulwich Collège (1881), et de plusieurs éditions savantes pour la « Camden Society » et pour le « Roxburghc Club. »

«MMWWMAAMAMMf

Nouvelles acquisitions du British Muséum, — Le British Muséum vient d'acquérir toute une série de livres ayant appartenu à Pancien roi de Westphalie, Jérôme Bonaparte, et à son fils le prince Napoléon. Ces volumes, qui ont échappé à l'incendie, en portent néanmoins les traces; sauvés du Palais Royal, ils furent envoyés à Prangins et venJus à un libraire de Genève,^ de qui les tient le grand musée anglais. Une partie de ces livres porte, sur le plat de la couverture, l'initiale J surmontée d'une couronne; d'autres, un J et un C entrelacés, initiales du roi Jérôme et de la reine Catherine, née princesse de Wurtemberg. Les ouvrages acquis par le prince Napoléon, pour sa propre bibliothèque, sont d'abord frappés d'un fer qui les désigne comme appartenant au citoyen Jérôme Napoléon Bonaparte; cette indication est remplacée, après le rétablissement de l'Empire, par un grand N surmonté d'une tête d'aigle. Parfois même cette dernière marque a été apposée au-dessus de l'ancienne marque du citoyen républicain.

La munificence du pape et les bibliothèques anglaises, — Le Bntish Muséum, la Bibliothèque d'Oxford et l'Université de Cambridge viennent de recevoir de Léon XllI de précieux cadeaux. C'est toute une série de reproductions des manuscrits des plus anciens de la Bibliothèque du Vatican. Parmi ces reproductions figurent celles du codex éthiopien envoyé à Léon XIII par le roi Menelik, du Choa,et celle du célèbre manuscrit des Évangiles, blasonné d'or et d'argent sur fond de pourpre.

Échelles du Levant. — Une bibliothèque à Vhôpital, — 11 y avait une bibliothèque publique anglaise à Smyrne. Elle avait été fondée vers i863 par la réunion des bibliothèques de l'Institution de Smyrne, de la Factorerie d'Alep, laquelle datait de deux siècles, et des Chapelains de Smyrne. Depuis longtemps, les livres moisissaient dans une des salles de l'hôpital anglais. VAthenœum nous apprend que les autorités ont donné l'ordre de supprimer définitivement cette bibliothèque. 11 ne dit pas ce que deviendront les livres qui ont survécu à la pourriture et aux dilapidations.

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Italie. — La bibliothèque dramatique Lucchesi- Palli, — Le prince de Lucchesi-Palli a légué au ministère de l'instruction publique de son pays un.bibliothèque spéciale d'ouvrages dramatiques composée de plus de 4,000 volumes, avec dotation pour les honoraires d'un bibliothécaire et d'un garçon de salle.

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PUBLICATIONS NOUVELLES

Ouvrages récemment parus, — Bibliographie du mois,

— Pakis — Province — Étranger —

i^^>^fi^^^9^g

S^TPX

Avis. — Le secrétaire de la rédaction prie MM. les directeurs de revues, éditeurs et libraires, de vouloir bien lui adresser les informations qu^iis désirent porter à la connaissance du public, touchant les publications nouvelles, les ouvrages en préparation, les articles littéraires ou bibliographiques parus ou à paraître, les catalo2ues. ventes, etc., tant en France quVl'étranger.

FRANGE

Collection Guillaume. — M. Edouard Guillaume, l'éditeur artistique de Tartarin sur les Alpes, et de Madame Chrysanthème, vient d'inaugurer une collection de grand luxe par une nouvelle édition de ce dernier ouvrage. Nous empruntons à M. Philippe Gille, du Figaro, les détails suivants sur cette série et sur le volume qui en est la tête.

La collection Guillaume sera composée de petits volumes in-8*, de ce format que nos pères affectionnaient à cause de son aspect intime et de sa légèreté. Le papier, semblable à la fine batiste, est d'un blanc très doux; par un procédé nouveau, ce papier a conservé son grain, sa « fleur »; pas de glaçage, ni avant ni après l'impression, et cependant nul foulage apparent du texte dont le caractère elzévirien ressort avec pureté, encadrant des gravures dues à nos premiers artistes.

Ainsi deux cents compositions de MM. Myrbach et Rossi viennent apporter leur concours de charme à l'ensemble du premier volume, dont la reliure mérite une mention spéciale.

Cette reliure, véritable innovation, est décorée par un bas-relief de Falguière représentant une gracieuse Japonaise; ce bas-relief est incrusté dans la pâte du vélin de la reliure, laquelle, doublée de satin, porte un titre à lettres et fleurons d'or. La Esmeralda, qui figurera en tête de Notre-Dame de Paris, est aussi un chef-d'œuvre d'élégance digne du célèbre statuaire.

Dans les couvertures des douze premiers exem-

plaires du livre de Pierre Loti seront enchâssés des

émaux de Deck, signés par le peintre Ankor. Le premier d'entre eux est encadré par une branche de chrysanthème en or massif, ciselé par Froment-Meurice. Cet exemplaire coûtera 3,ooo francs. Le total du tirage sera de mille exemplaires; les douze reliés avec émaux vaudront 600 francs chacun; ceux qui seront reliés et ornés du bas-relief de Falguière, au nombre de quatre-vingt-sept, 100 francs, et les autres, brochés, avec le môme bas-relief sur vélin, coûteront 40 francs.

Le deuxième volume de la collection, Notre-Dame de Paris, doit paraître au moment où nous mettons sous presse.

Oit est le bonheur? — Sous ce titre, — question à laquelle il ne se flatte pas d'avoir répondu pour tous les cas et pour tous les cœurs, — un auteur anonyme, à qui nous souhaitons bien cordialement le succès, vient d'ajouter un volume à la série des essais de morale familière, humoristique et pratique qu'il publie depuis deux ans à la Librairie illustrée (7, rue du Croissant : 3 fr. 5o fr. le vol.). Les quatre volumes précédents sont intitulés : Doit-on se marier? — Com» ment élever nos enfanis? — Que feront nos garçons? et Que faire de nos ftllA?

Un extrait de la Revue rétrospective, — Nous avons signalé, à mesure de leur publication dans la si intéressante et si intelligemment conduite Revue rétrO' spective, \qs Souvenirs inédits de François Hennequin, prisonnier à la Bastille de j6j5 à 1677» On en a fait un tirage à part, habillé d'une couverture élégamment archaïque, orné d'une vue de la Bastille, et qui se vend i fr. 25 aux bureaux de la Revue, 55, rue de Rivoli. Cette relation, communiquée par M. J. Favieç, conservateur de la bibliothèque de Nancy, est d'un intérêt capital pour l'histoire de la Bastille, où le baron François Hennequin, seigneur de Pulnoy, mêlé, pendant cinquante ans, à toutes les affaires de la Lorraine, fut détenu trente-deux mois, probablement pour s'être intéressé, plus qu'il ne plaisait au roi de France, à l'amour que la grande- duchesse de Toscane, Marguerite -Louise d'Orléans, avait conçu pour Charles de Lorraine, fils de Nicolas-François.

Outre cette relation, il a laissé des Mémoires manuscrits (voy. Bibliothèque historique du P. Le Long, n^ 38897), qui étaient, à l'abbaye d'Eiival, entre les mains du P. Hugo^ et auxquels don Calmet a fait de nombreux emprunts.

Les Philosophes-Instrumentistes, — Nous avons reçu le numéro i de la deuxième année des Écrits pour l'Art, directeur : Gaston Dubedat. Ce premier numéro de la seconde année nous paraît être le deuxième numéro de la collection entière. Il y en aura d'autres, paraît-il, et l'avenir de la publication est assuré, autant que nous pouvons le comprendre au

langage philosophique-instrumentiste de « la direction *, qui veut bien, en trois pages, nous donner des ei^Iications que plus d'un déchiffreur de palimpsestes ne saurait expliquer. Ce numéro d'ouverture pour la seconde année semble écarter certains dieux et demidieux enchâssés au numéro initial, notamment M.Stéphane Mallarmé. Il nous donne, d'ailleurs, sous couleur d'un catalogue des « œuvres du groupe philosophique-instrumentiste », les noms des membres militants, qui sont MM. Achille Delaroche, René Ghil, Georges Knopff, V. Emm. G. Lombard i, Stuart Merrill, Albert Mockel, Albert Saint-Paul, Mario Varvara, Emile Verhaeren. Laissons ces philosophes instrumenter, et ne nous étonnons pas trop — voye^ leurs noms — s'ils ne parlent qu'un français intermittent.

V Edition nationale des œuvres de Victor Hugo, — MM. E. Testard et G'" viennent de faire paraître le premier Fascicule des poésies, tome XIV.

Ge fascicule contient le Pape, avec une suite d'illustrations d'après M. P. Gornillier, jeune peintre de grand avenir. En tête du fascicule, une belle eauforte de M. Géry-Bichard.

Ge tome XIV des Poésies sera composé de cinq fascicules et comprendra : le Pape, — la Pitié suprême, — Religions et Religion ^ — VAne,

VAn 77^9. — Depuis le mois dernier, nous n'avons reçu que la vingt-sixième livraison de l'ouvrage de M. Gautier. Sa périodicité se ralentirait-elle? Nous regretterions, pour notre compte, que cette publication populaire, n'eût pas rencontré, dans le gros public des lecteurs, le succès qu'elle mérite. Gette vingtsixième livraison contient : La révolution dans les théâtres (suite). Les ballets, M»« Gardel, Vestris. — L'art dramatique, interprétations des œuvres de Beaumarchais, Diderot, Sedaine, Mercier, FaJbre d'Églanfine, Gollin d'HarlevilIe, Andrieux, Marsollier, A. de -Piis.— L'art musical; l'Opéra. — Acteurs et actrices. Mole, Dugazon, Fleury, M"« Gontat. — Garât, M"»« Dugazon, M"« de Saint-Huberty. — Adieux au vieux temps. Avril.

Gravures hors texte : la loge à l'Opéra (par Moreau jeune). — La leçon de harpe. — Nombreuses gravures dans le texte.

La Grande Encyclopédie, — Ce grand inventaire des connaissances contemporaines se poursuit sans interruption. La lettre B tire à sa fin. Nous remarquons, dans les livraisons iSS-iSg, des articles très intéressants pour l'industrie, tels que Bois, Boisage^ Boiserie, Bonneterie, BoissonSy où la question indus-

triellc et commerciale se complique d'une question sociale : l'impôt; des monographies géographiques comme Bolivie, par M. V.QV2L^st\\T, Bombay , Bologne ; un grand travail d'ensemble sur la tragique famille des Bonaparte, par M. Debidour, doyen de la faculté des lettres de Nancy; une biographie très piquante et très documentée du célèbre général de Y Armée du

Salut, William Booth, par M. Hector France, si compétent en toutes les choses qui concernent les mœurs anglaises contemporaines; enfin des articles scientifiques tels que Bore et Acide borique, dus à des chimistes tels que MM. Bourgoin et Gh. Girard, et rédigés sous la direction de M. Berthelot.

Nouvelles publications périodiques. — Nous souhaitons cordialement la bienvenue au journal la Géographie, publié par M. Gharles Bayle {16, rue de l'Abbaye). La périodicité n'en est pas encore fixée; mais il promet d'être hebdomadaire dès qu'il aura mille abonnés, et il ne demande que 6 francs d'abonnement pour un minimum de cinquante numéros. Le troisième numéro, pour le 26 novembre, oflre en prime aux lecteurs un joli portrait, par Paul Kreder, du voyageur Gharles Soller, en costume arabe d'exploration. Il donne, en outre, une carte très claire, dressée par le même voyageur, des routes suivies par les caravanes dans le Sahara occidental.

— Nous avons reçu les premiers numéros d'un journal hebdomadaire intitulé VEglise de France, « organe des intérêts temporels du Saint-Siège, du clergé et des congrégations religieuses de France ». Le rédacteur principal semble être M. E. Menuisier, et le gérant signe de cette peu ordinaire combinaison de lettres : Schgier.

— Les feuilles littéraires se multiplient en province. Signalons l'apparition du Midi gaulois, journal artibiique, littéraire et judiciaire, publié lous'les samedis à Avignon.

— Un confrère inattendu!

G'est le Journal des élèves de lettres, dont les rédacteurs sont les élèves eux-mêmes.

Ce journal, publié rue du Gardinal-Lemoine, paraît deux fois par semaine et contient ce qui intéresse le jeune public auquel il s'adresse : compositions, congrès, sujets de concours généraux, etc.

— La Société des traditions populaires, fondée en décembre i885, publie depuis trois ans un journal mensuel du plus grand intérêt, intitule* Revue des traditions populaires et un Annuaire de traditions populaires. Ces publications sont de nature à provoquer partout des enquêtes sur les sujets, si importants pour rhistoire de Thumanité, qui forment la science désignée chez nos voisins sous le nom de Folk'Lore. Dans la Revue, la musique et les chansons populaires ont pris un développement considérable : on peut dire qu'à ce point de vue, aucun recueil périodique ne peut lui être comparé. Par une heureuse innovation, on a accordé une large part,— qui sera encore augmentée, — aux arts du dessin, en rciprodui^ant des images populaires, des vitraux, des

GAZETTE BIBLIOGRAPHIQUE

statues, en donnant môme des productions origi- 'nalesou des représentations d'objets populaires. Sa place est marquée dans les archives, dans les bibliothèques publiques et dans celles de tous ceusç qui s'occupent d'ethnographie, d'anthropologie et d'histoire.

Pour devenir sociétaire, il faut adresser une demande d'admission, appuyée de deux parrains, à M.Paul Sébillot, secrétaire général de la Société/ 4, ru2 de rOJéon, Paris, qui la transmet au Comité central. Les sociétaires reçoivent gratuitement la Revue et VAnmiaire. Leur cotisation est de i5 francs, àans distinction de nationalité.

Les abonnés non sociétaires ne reçoivent que la Revue mensuellef dont le prix d'abonnement est de i3 francs pour la France et de 17 francs pour TUnion postale. Les abonnements sont reçus dans tous les bureaux de poste et chez M. A. Certeux, trésorier de la Société, 24, rue Gay-Lussac, Paris.

ETRANGER

Allemagne. — Éditions allemandes de vieux ouvrages français, — Sous le titre de Sammlung Fran- \psischer Neudrucke, la maison Gebr. Henninger, de Heilbronn, a entrepris une collection de \ieux auteurs français, sous la direction de M. Karl Vollmôller. Nous avons vu, de cette collection, les tomes VII, VIII et IXy consacrés respectivement à Louis Meigret, le Treité de la Grammere Françoe^^e (éditeur : M. Wendelin Foerster) ; Jean de Mairet, Sophonishe (Karl Vollmôller), et Jean-Antoine de Baif, Psaultier (D' Ernst Joh. Groth). Ce sont de véritables éditions savantes, qui témoignent du soin avec lequel on étudie les anciens monuments de notre langue en Allemagne.

— Une jolie collection d^éditions classiques parait à Leipzig, chezSeemann. C^est M.Martin Hartmann qui l^a entreprise, le même qui publiait naguère un excellent choix des Poésies de Victor Hugo. Les deux premiers volumes sont : 1° Mademoiselle de La Seiglière, de Jules Sandeau (qui compte déjà en Allemagne six éditions!); 2* Béranger, Auswahl seiuer Lieder (Béranger a en Allemagne quatre éditions classiques). Chaque volume est précédé d'une introduction biographique; les notes sont à part dans un petit cahier de mémo format que le volume; elles témoignent d'une très solide connaissance de la langue et aucune n'est inutile. Ajoutons que M. Hartmann veut faire lire en une année à ses élèves Sandeau et Béranger : à chacun son semestre ; « l'écolier alternera entre la prose et la poésie; il enrichira ses connaissances sur un domaine déterminé de Thistoire de France; une lecture sera complétée et appuyée par Tautre ».

— Le douzième volume du Nouveau Plutarque vient de paraître à la librairie Brockhaus, de Leipzig. Ce volume renferme trois éludes : Marie Sluart, par M. W. Friedensburg; Frédéric-Guillaume IV, par

M. Th. Flathe ; Goethe, par Ad. Stem. La Revue n'a pas encore entretenu ses lecteurs de cette collection, et nos lecteurs nous sauVont gré peui-êire de donner le sommaire des onze volumes précédents : I. Luther (Kûckeri), Cromwe// (Pauli), Henri /K (Philippson), Voltaire (Rosenkranz). II. Robespierre (Goitschall), Marie-Thérèse (Béer), Cavour (Speyer). III. Philippe Il (Philippson), Fox (Althaus), Schiller (Gottschall). IV. Hutten (Prutz), Ekhof (Uhde), Byron (Gottschall). V. Eugène (Rogge), Rousseau (Brockerhoflf), Metternich (Béer). VJ. Le Grand Électeur (ErdmannsdœrflFer), Wellington (Pauli), Herder (Baerenbach),/?uwW/( Althaus). VII. iV<afote'o«(Kleinschmidt), Cornélius (Carrière). VIII. Sickingen (Prutz), Nelson (Althaus), Mozart (Reissmann). IX. Maurice de Saxe {Pruiz), Joseph II {Bqqt), Disraeli (AhhsLUs). X. Wallenstein (Kugler), Tasso (Speyer), Napoléon III (Gottschall). XL Fré</érïc //(Philippson), Lessing (Julius Schmidt).

— Une nouvelle revue de Folk-Lore. Elle paraît tous les mois à Berlin, chez Téditeur Hettler(i5 marks par an), sous le titre : Z eitschrift fur Volkskunde, Le directeur est M. Edmond Veckenstedt. Leipzig, Dufourstrasse, i5.

Angleterre. — Les Vers d*un Bookworm. — Noua accusons réception ici d'un charmant petit volume, déjà annoncé : Ballades and other Rhymes of a Country Bookworm, par Thomas Hutchinson, qui fait le plus grand honneur à l'esprit et au goût littéraire de son auteur, aussi bien qu^au talent typographique de l'imprimeur, Frank Murray, de Derby et Notiingham. Nous nous ferons un plaisir de consacrer l'attention qu'elle. mérite à cette production de lettré délicat.

— Un nouveau roman de Mr. Rider Huggard a paru chez l'éditeur Spencer Blackett, sous le titre : 3/r. Meeson's Will (le Testament de M. Meeson).

— La maison Blackvood publie des récils de voyages et de chasses dans l'Himalaya et nu delà de l'Himalaya, par le major général Donald Mac- Iniyre, sous le titre : Hindu-Koh,

— Le volume de la série des Great Writers pour le présent mois est consacré à John Stuart Mill et dû à la plume de Mr. Courtney.

— Les éditeurs Macmillan et C** publient, ce moisci, un poème encore inédit de Wordsworih, the Recluse, et un volume d'études lues à la « Wordswonh Society » par plusieurs littérateurs distingués, que le professeur Knight a recueillies sous le titre de 'Wordsivorthiana. — Ils ont récemment mis en vente la seconde série des Fssays in Criiicism de Matthew

OjS

Arnold, etun nouveau volume de vers par Mr. George Meredithy intitulé A Reading qf Earth.

— Annoncé chez MM. Reeves et Turner : The House of ihe Wolfings, récit en prose et en vers, par William Morris. Cest un épisode de Pinvasion des barbares du Nord.

— Elliot Stock annonce un volume de miss Eleanor F. Cobby, intitulé : Remarkable Sayings of remarkable Queens {Paroles remarquables de reines fameuses). Il publie aussi un volume dressais sur des sujets littéraires et biographiques intitulé : Dyways in Book'Landj par Mr. W. Davenport Adams, sur lequel nous aurons certainement à revenir. De même ne faisons-nous que signaler, en nous réservant d'en reparler plus au long, la publication en un beau volume de la première année de son curieux journal bibliographique intitulé the Bookworm et dont il a été souvent question dans le Livre.

— Mr. T. Fisher Unwin met en vente une traduction du remarquable livre de M. J.-J. Jusserand : les Anglais au moyen âge, la Vie nomade et les routes d'Angleterre au xiv* siècle, dont nous avons rendu compte lors de son apparition (1884). ^^ ^^^' duction en a été faite par miss Toulmin Smiih sous les yeux de l'auteur, qui a grossi son œuvre de près d'un tiers. De nombreuses reproductions de miniatures tirées d'anciens manuscrits illustrent le volume anglais.

Le même éditeur annonce, dans sa collection à bon marché « Novel Séries », un roman inédit de Mr. G. Col more, intitulé Concerning Oliver Knox. Jusqu'à présent les volumes à bas prix avaient toujours été des réimpressions.

— Nous avons à sigrialer, dans la Saturday Revievf du i3 octobre, un article d'un certain intérêt sur la maison Oudot de Troyesetsur la Bibliothèque bleue. 11 a pour titre The Little Blue Library, Il est, d'ailleurs, loin d'être exhaustive.

États-Unis. — Les éditeurs américains D. Appleton et G*' ont mis en vente, en octobre dernier, un roman par Margaret Field, intitulé the Secret of Fontaine-la-Croix.

L'héroïne est Anglaise, mais presque toute l'action se passe en France et est mêlée aux événements de la guerre franco-allemande.

— Houghton, MilBin et G'* ont mis en vente, le 20 octobre, les deux premiers volumes de the Poetic and Prose Works ofJ^hn Greenleaf Whittier. — L'ouvrage complet aura 7 vol. — The Peckster PrO'- ^essorship, par J.-P, Quincy, sorte de roman psycho-

logique où l'hypnotisme a la part que lui fait la mode; Realistic Idealism in Philosophy itself par* Nathaniel Holmes; After Noontide, collection de pensées édifiantes faite par Margaret E. White; la traduction en vers anglais de la Divine Comédie, par John-Augustine Wilstach (2 vol.], déjà connu par sa traduction de Virgile, etc.

La même maison publie le premier supplément à l'ouvrage si précieux de W.-F. Poole : Index toPeriodical Literature. Ce supplément va de janvier 1882 à janvier 1887, et a été rédigé en partie par Mr. W.-J, Fletcher.

— Le 10 novembre, elle a encore mis en vente une biographie de Young sir Henry Vane, un des premiers colons de Massachusetts, par James K. Hosmer; une étude sur l'Irlande contemporaine inti* tulée : Ireland under Coercion, ou le Journal dun Américain, par Willia-n-Henry Hurlbert; un volume de morceaux choisis dans l'œuvre de Mrs. Harriet Beecher Stowe, l'auteur de la Case de VOncle Tum (Flowers and Fruit), et le Calendrier des poètes amé' ricains pour 1889.

Enfin, le 17, c'était le tour de VAncient Rome in the light of Récent Discoveries, traduit de l'italjen, de Rodolpho Lanciani, professeur de topographie i l'Université de Rome et directeur du musée romain; the Critical Period of American History {rySS- T/Sg), par John Fiske ; On Hovseback, récits d'excursions dans la Virginie, la Caroline du Nord, le Tennessee, le Mexique et la Californie, par Charles Dudley Warner; A Blockaded Family, ou la Vie dans VAlabama du Sud pendant la guerre civile, par ra.rthenia-Antoinette Hague, et Our Phil, and Other Stories, par Mrs. Kaiharine Floyd Dana, connue sous le pseudonyme d'Olive A. Wadswortlv

Zofa en Amérique. — Une traduction complète du Rêve d'Emile Zola, par le D' George De Cox, est en vente chez T.-B. Peterson et frères, de New- York. La Terre a été condamnée et saisie dans plu* sieurs Etats.-

Une Revue bibliographique américaine. — Voici le sommaire du numéro 4 (oct.) de VAmerican Bookma* ker, magnifique publication illustrée, grand in-4* de 52 pages, sans compter les annonces et suppléments. Rien ne saurait mieux donner une idée de l'intérêt et de l'utilité qu'elle présente :

« La reliure comme art et comme industrie. — Petits livres populaires. — Titres de livres : xvi, xvii et xvni» siècles. — The Royal Polyglott. — Nouvelles bibliographiques et techniques de l'intérieur et de l'extérieur. — Bavardage sur les livres. — De !■ casse à la presse. — Feuilles et couvertures. —Co.11munications. — De la désinfection des livres. —Renseignements particuliers. — Applications mécaniques. — La Société américaine des Typoihetœ. — Les re-

GAZETTE BIBLIOGRAPHIQUE

liures au British Muséum. — La gravure au procédé. — Coupures. »

Hollande. — L'éditeur A.-W. Sijthoff, de Leyde, a récemment publié une réimpression du Miroir des métiers, avec légendes en vers {Spiegel van het Men-' selyk Bedrjrf)y par Jan et Kasper Luiken, d*après Tédition d'Amsterdam, 1C94. Ce petit livre, élégamment cartonné, est non moins intéressant, par le texte nnîf et fécond en indications précieuses, que par la reproduction du frontispice et des cent figures de l'ancienne édition.

Italie. — M. Eugène Mûntz a fait tirer à part Tétude qu'il a publiée récemment en italien dans VArchivio storico italiano (4" fasc.) sur Giovanni di Bartolo, de Sienne, orfèvre à la cour d'Avignon au xiv' siècle, et qui « joua \in rôle considérable sous les papes Urbain V et Grégoire XI, et sous l'antipape Clément VII ».

La Bibliographie officielle en Italie. — Nous avons reçu du ministère de l'instruction publique d'Italie le fascicule 8 du volume I"* des catalogues des manuscrits palatins (I Codici Palatinï) de la R. Bibliothèque nationale centrale de Florence; le fascicule 2 du vol. I''% des manuscrits d'Ashburnham (I Codici Ashburnha' miant) de la « R. Biblioteca Mediceo-Laurenziana », de Florence; et le volume III des manuscrits italiens [Manoscritti italiani) des bibliothèques de France. Ce dernier volume est le cinquième de la collection des Indici e Cataloghi (Rome, in-8**) entreprise sous les auspices et aux frais du ministère. De copieux appendices, qui occupent presque les trois quarts du volume, contiennent de longs extraits et de savantes notes ou dissertations de l'éditeur, M. Mazzatinti. Le catalogue des manuscrits palatins est dû au professeur Adolfo Bartoli, et celui des manuscrits d'Ashburnham au professeur Ccsare Paoli. — On ne saurait trop louer l'initiative prise par TÉtat en cette occasion.

Publications de S. Lapi. — L'éditeur de Città di Castello, bien connu des lecteurs du LivrCy a récemment mis en vente un beau volume de M. Giuseppe Baracconi, intitulé I ^Rioni di Roma, dont le fond a paru en articles hebdomadaires dans la Rassegna, en i885. Les touristes y trouveront un guide nullement banal, — ce qui les changera; et ceux qui ne sont pas touristes se consoleront de ne pas Tétre, grâce à l'illusion de ces pages évocatrices. La presse, en Italie et dans toute l'Europe, a accueilli cet ouvrage avec des éloges auxquels nous sommes heureux de nous associer.

Nous avons déjà annoncé V Histoire des États-Unis à Vusage de la jeunesse [Storia degli Stati Uniti per uso délia Giovent'u), traduite de l'anglais de Th. Wentwort Higginson par Sofia Fortini Santarclli. CVst un livre excellent et comme il en faudrait un dans nos écoles de France. Il est ridicule qu'on ne

donne à nos enfants aucune notion d'ensemble sur l'origine et la formation de ce grand peuple tout moderne et républicain.

Un nouvelliste italien, — M. C, Donati a publié chez l'éditeur G. Barbera, de Florence, sous le titre de Storie Bi^arre^ un recueil de nouvelles qui valent la peine d'être signalées parmi le flot gris, uni et toujours montant, de la fiction contemporaine. Comme le dit l'auteur dans l'original avant-propos où il se parle à lui-même, « Cesarc a Cesare », son livre ne contient aucune grossièreté de parole ni de pensée; il ne déforme pas la langue et ne renie pas la fin de l'art; il ne corrompt ni ne prêche, mais se contente d*enlever pour quelques heures Tesprit à l'ennui terne et aux vulgarités de la vie quotidienne. Il le fait avec esprit, bonne humeur, imagination et talent.

Su l'Arno. — Le professeur D. Macry-Correale, des ' barons de Santa-Croce, dont la renommée comme poète va grandissant depuis son premier recueil Echi delV anima (1882), vient de publier, à Sienne,ui\ nouveau volume intitulé Su PArno. Le livre est fort élégamment imprimé,etM. Macry-Correale,quia été, cette fois, son propre éditeur, s*y montre aussi délicat en typographie qu'habile à sertir des rimes. Quelques pièces traduites du grec, du latin et de l'allemand, attestent la souplesse du talent de Tauteur; mais il nous étonne bien davantage lorsque c^est à revêtir sa propre pensée qu'il emploie sa science des rythmes et ses richesses d*expression.

MM. Adolpho Bartoli et Tommaso Casini ont récemment publié en un élégant volume, tiré à cent exemplaires (Bologne, RomagnoliDall'Acqua), le Câit- ^oniere palatirtOf n^ 418 de la Bibliothèque nationale de Florence. C'est un des plus anciens et des plus importants recueils de poésies populaires qui existent en italien.

Nous signalons tout particulièrement, dans la série des Tipi di donne, que M. A. de Gubernatis écrit pour la Nuova Antologia, son étude sur M"** de Custine (numéro du 16 octobre).

M. RafTaello Barbiera, de Venise, auteur déjà ap« précié du Mie simpatie, Artigiani Poeti, I poeti délia Patria, et autres œuvres où l'érudition sait s'allier au goût littéraire et à la flamme patriotique, a récemment publié à Milan, où il est un des plus brillants collaborateurs de VlUustra^iione populare, un nouveau volume intitulé Arte ed Amore ; Profililombardi. Ceux qui ne refusent pas à un biographe le don de poésie, ceux qui aiment à trouver le réel en vol vers Tidéal, éprouveront un plaisir extrême à lire ces études sur les personnages représentative de la vieille terre des Italo-Lombards.

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Pologne. — Parmi les journaux étrangers illustrés, le Swiat de Cracovie mérite incontestablement une mention à part, autant en raison de la valeur très artistique et tout à fait originale de ses illustrations que par le soin remarquable avec lequel il continuée tenir ses abonnésau courantdetout ce quiconcerne les beaux-arts. Le choix et la reproduction de ses dessins ne laissent rien à désirer. Ses comptes

rendus des expositions artistiques, — où toutescelles de Paris tiennent une large place, — ne sont pas le moindre attrait de cette publication vraiment iniércssante et très habilement dirigée par M. Z. Sarnecki, de Cracovie. Nous nous faisons un devoir d'appeler une fois de plus l'attention sur cette revue polonaise qui s'appelle le Monde {Siviat), et qui ne ment pas à son titre.

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PUBLICATIONS ANNONCÉES OU EN PRÉPARATI

en France et à l'Etranger

FRANGE

Les Bénédictins de Solcsmes préparent pour 1889 un recueil de Paléographie muficalej contenant des fac-similés phototypiques d^anciens manuscrits de chant liturgique. Ces fac-similés, empruntés aux diverses époques du moyen âge et aux écoles de chant les plus autorisées, seront accompagnés d^introductions et de notes qui fixeront Tàge du manuscrit et indiqueront les particularités paléographiqueSy archéologiques ou liturgiques de nature à intéresser tous les amis des sciences historiques. Les éditeurs envoient un prospectus spécial, avec un spécimen des reproductions phototypiques, à toute personne qui en fait la demande par lettre affranchie. S'adressera Pimprimerie Saint-Pierre, Solesmcs, par Sablé (Sarthe). .

— M. N. Nicolaïdès fait annoncer que, sous ce titre : « VOrient, revue franco-hellénique », il fonde, à Paris, une revue hebdomadaire politique, littéraire et économique, qui sera l'organe spécial des intérêts grecs et dont le- but sera de défendre partout la cause de rhellénismc.

ETRANGER

Allemagne. -* L'Académie des sciences de Berlin a donné à une commission historique mission de rechercher les monuments de l'histoire de la Prusse, lisseront publiés sous le. titre collectif de Afo>ii/me/i^â Borussica, Le premier volume est consacré à la période de 1713 à 1786.

— On annonce une publication où toutes les conversations et paroles authentiques de Gœthe doivent être recueillies et classées méthodiquement, sous ce titre : Gœthe^s Gesprdche, M. von Biedermann prendra, dit-on, une grande part à la préparation de ce recueil.

— La reine de Roumanie, dont le pseudonyme, Carmen Sylva, est célèbre dans le monde des lettres, a récemment traduit en allemand les poésies de

M. Sully Prudhomme et celles de M. Lcconie de Lisle.

M. Alecsandri, ministre de Roumanie à Paris, qui vient de passer à Bucharest quelques semaines de congé, apporte le manuscrit de ces traductions qu'il est chargé de publier.

•Angleterre. — L'auteur de Religion of Socialism, Mr. E. Belfort Bax, prépare un nouvel ouvrage intitulé The Ethics of Socialism, qui continue le premier et paraîtra chez les éditeurs Sonnenschein et C'%

— On annonce chez l'éditeur Bentley la publication de la vie et des lettres de Mary Wollstonecraft Shelley, en deux volumes, par les soins de Mrs.Julian Marshall.

— La « Library Association » d'Angleterre va prochainement publier un nouveau périodique bibliographique mensuel, sous le titre : The Library, a Magasine of Literature and Bibliography.

— Le marquis de Lomé, un des gendres de la reine Victoria, publiera bientôt un ouvrage en vers intitulé : Rome, 1867- 1887, où la Rome d*antan et celle d'aujourd'hui sont mélancoliquement comparées.

— Mr. William M. Rossetti travaille à un ouvrage qui sera probablement intitulé Dante Gabriel Rossetti, as Designer and Writer^ et public chez Cassell et C*. Ce ne sera pas une biographie, mais la réunion des souvenirs, notes et lettres que fauteur croira de nature à faire mieux connaître le caractère et le génie de son frère.

— Mr. Frédéric G. Kitton annonce qu*il commence la publication de l'iconographie de Charles Dickens, à laquelle il travaille depuis plus de deux ans. L'ouvrage est intitulé : Charles Dickens wtth Pen et PenciL II paraîtra en douze livraisons rranJ in-4*, dont chacune contiendra, outre un texte bourré de souvenirs et d'anecdotes, trois grandes planches hors texte.

GAZETTE BIBLIOGRAPHIQUE

Les souscriptions sont reçues par Mr. F. T. Sabin Garrick Street, London, "W. C.

— Sanipson Low et C*' annoncent un livre de voyages illustré, par Mr. Oliver Wardrop, et intitule: The Kingdom of Georgia, notes de voyage dans un pays de femmes, de vin et de chansons.

— Mr. Eliiot Stock a sous presse un ouvrage qui, pour intéresser tout particulièrement les érudits, archéologues et curieux anglais, n^en aura pas moins une valeur réelle pour les érudits, archéologues et curieux de tous les pays. Il s'agit des médailles et plomb» commerciaux* Trade Tokens, frappés par les corporations, les marchands, les trafiquants, eic, en Angleterre, dans le pays de Galles et en Irlande, penilant le xvii* siècle. C'est la rénovation de Touvragc insuffisant de William Boynes , qu'a entrepris Mr. George C. Williamson, avec l^aide d'un groupe d^hommes spéciaux. Le volume sera publié dans les conditions dMUustration et de luxe typographique qui ont rendu Téditeur Eliiot Stock célèbre partout où se trouve un ami des livrés.

Australie. — Un écrivain australien, Mr. G.-B. Barlon, de Sydney, a entrepris une histoire de la Nouvelle-Galles du Sud, qui n'aura pas moins de quinze volumes, autant que cette province a eu de gouverneurs. Une bibliographie de la colonie jusqu'en 1808 sera annexée à Touvrage.

Danemark. — On annonce que la collection des poésies populaires du Danemark ne sera point arrêté par la mort de M. Svend Grundtvig, mais que M. Axel Olrik va s'y consacrer avec le même zèle que son pré" décesseur.

Etats-Unis. — Mr. Michaêl David prépare un History of the Land League in Ireland and America,

— La « Moses King Corporation », de Boston, prépare un manuel illustré des'galeries publiques aux Etats-Unis, sous la direction de Mr. Walter Rowlands [Handbook of Public Art Galleries in the United States,)

Italie. — Guide de la Presse périodique en Italie, — Bernardini Nicola, occupé depuis quatre ans environ à la préparation d'un Di^ionario storico-biografîcO'Statistico di tutti i giornali del mundo, a l'intention de donner un avant-goût de son ouvrage, lequel demandera encore plusieurs aniiées, sous forme d'un Guida délia stampa periodica italiana. Le manuscrit sera imprimé dès qu'il y aura un nombre suffisant de souscripteurs. Outre l'histoire de la presse italienne, les données statistiques, la loi sur la presse, les pseudonymes des journalistes, etc., ce guide renfermera deux tables analytiques de tous les journaux d'Italie, l'une d'après les sujets traités et l'autre d'après les provinces. Une liste de tous les journaux italiens paraissant à l'étranger terminera ce livre qui doit paraître au commencement de 1889.

NOUVELLES LITTÉRAIRES DIVERSES — Miscellanées françaises et étrangères —

Victor Hugo à V Exposition, — MM. Paul Meurice et Auguste Vacquerie, exécuteurs du testament littéraire de Victor Hugo, sont en ce moment en instance auprès des organisateurs de l'Exposition universelle de 1889 pour obtenir, dans le centre même du Palais, un emplacement spécial, où serait organisée une exposition complète des œuvres de Victor Hugo comme dessinateur.

Les Statues de Ba^ac. — Tout vient à qui peut attendre. Balzac n'aura pas qu'une statue, il en aura deux; l'une à Paris, l'autre à Tours. Ce n'est pas assez, il aura par-dessus le marché un monument.

MM. Alphonse Daudet, Paul Bourget, de Concourt,

Guy de Maupassant, Zola, ont décidé l'exécution d'un monument allégorique rappelant l'œuvre du châtelain des Jardies, près du lac de Ville d'Avray, comme pendant à la fontaine de Corot. Le comité constitué a adopté le projet du sculpteur Emile Soldi. Accoudée à une colonne supportant le buste du peintre de la Comédie humaine t une jeune femme, d'une main lève son voile, de l'autre retire un masque comique, et ses traits tristes, ses yeux résignés, se tournent vers l'illustre analyste du cœur humain.

Quant à la statue de la Société des gens de lettres, le comité a décidé, par 17 voix sur 24, que l'exécution en serait confiée à M. Chapu.

LE LlVKE

Les inscriptions parisiennes, — La Commission des inscriptions parisiennes vient de faire poser sur la maison numéro 7G de la rue d^Assas une plaque commémoraiive portant ces mots :

Ici demeura

JULES MICHELET historien,

Né à Paris, le 23 août 17^8, Mort à Hycrcs (.Var), le p fvivricr 1874.

— M. Edouard Charton, sénateur, cesse de présider à la rédaction du Magasin pittoresque, dont il a été le fondateur et quMl a dirigé pendant cinquantesix ans.

— A partir de ce mois ci la Grande Revue (ancienne Revue de Paris et de Saint-Pétersbourg) dont le succès, sous la double direction de MM. Arsène Houssaye et Armand Silvestre, s'alfirme de plus en plus, devient bi-mensuelle, sans augmentation de prix 3o fr.). Elle paraîtra le 10 et le 25 de chaque mois.

Les publications périodiques en octobre 18S8. — On lit dans le Bulletin de l'Imprimerie et de la Librairie (i3 novembre) : Le nombre desnouvelles publications périodiques parues à Paris s'élève à quarante-huit, dont deux politiques et quatre illustrées. Parmi les publications diverses, sept ont trait à TExposition de 1889. Six d'entre elles, calquées sur le même type et sortant de la même maison, ne. semblent 6tre que des prises de possession de titres divers. Une nouvelle publication, intéressante pour les chercheurs et les bibliophiles, est le Bulletin sommaire des journaux scientifiques, économiques, littéraires, artistiques et industriels, rédigé par M. Ch.-L.-M. Limousin (44, rue Beaunier) et dont le premier numéro a paru le 11 octobre. Signalons aussi la Revue des Bibliophiles et des amateurs de manuscrits, d'estampes et d'autographes (mensuel). — Les départements n'ont vu naître, le mois dernier, que vingt-cinq périodiques nouveaux, dont huit politiques.

ETRANGER

Allemagne. — Le Révérend Docteur Bismarck. — A l'occasion du jour anniversaire de la naissance de Luther, l'Université de Giessen à offert un nouveau titre au chancelier de fer. 11 a été fait docteur honoraire en théologie. Ce qui prouve bien que les Universités; même les plus graves, ne sont pas ennemies, à l'occasion, d'une douce plaisanterie.

— Le 29 octobre dernier on a inaugure à Berlin le monument élevé à A4albert von Chamisso.

Angleterre. — Nouvelles bibliographiques.— Dans Notes et Queries, du 20 octobre, le professeur Waltcr W. Skeat termine sa liste bibliographique de Grammaires anglaises. Il ne se dissimule pas qu'elle doit être très incogfipléte; mais, telle quelle, elle présente un véritable intérêt, même pour les philologues français, qui trouvent dan.s Cotgrave et Palsgravc, par exemple, des renseignements précieux, qu'ils chercheraient vainement ailleurs.

Le même intéressant et très érudit journal signale, dans son numéro du 27 octobre, un Abrégé de /'/fiV toire d'Angleterre, d'Escosse et d'Irlande, par M' M., historiographe de France; Paris, i652, — lequel, entre autres beautés, renferme le plus fantaisiste récit de la détention et de l'exécution de Charles 1*'. Il serait intéressant de rechercher quels étaient les historiographes de France en i652.

— Les mésaventures d'un éditeur de M. Zola. ^ On lit dans The Bookseller du 7 novembre : « 11 a cic jugé que-la traduction de l'ouvrage de M. Zola est une publication obscène; en conséquence, la vente en est interdite. Mr. Henry Vizeielly, l'éditeur de l'édition anglaise, The Soil, a été condamné à cent livres sterling d'amende (deux mille cinq cents francs) pour l'avoir publiée, et il s'est engagé à retirer tous les exemplaires de la circulation. »

Autriche. — La fin d'un monde à Vienne. — l.e dernier volume de M. Drumont, la Fin d'un monde^ vient d'être saisi à Vienne à propos de passages visant plusieurs hauts personnages de l'empire austro-hongrois.

Japon. — Le français au Japon, — Le gouvernement du Japon vient de demander au ministère de l'instruction publique, en France, de vouloir bien lui désigner denx institutrices pourvues de tous leurs grades universitaires. Elles seraient appelées à enseigner dans un grand établissement d'instruction pour les jeunes filles, dont elles partageraient la direction avec deux Américaines, deux Anglaises et deux Allemandes.

Turkeatan. — La Bibliographie chej les Tartares. — Le gouverneur ggnéral du Turkestan, nous apprend The Publisher's Weekly (6 octobre), vient de faire rédiger la liste de tous les ouvrages et de tous les articles de la presse quotidienne ou périodique, publiés en Russie ou ailleurs, sur l'Asie centrale cl particulièrement sur le Turkestan. La liste comprend 1,309 titres.

TOROLoeie 7f

— Nous apprenons la morl de M. Louis Aubin :icn élève de l'École normale supérieure, inspeC' r du l'Académie de Paris (oct.).

— Nous apprenons la morl dé M. Emile BErras, directeur du Journal du Lundi, ancien collaborateur de \a Semaine flnancière et de VAvenirnûlional (nov,).

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