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quelques défiaitions formulés daQ& Vlntroduction ; ■u deuiième chapitre, il parle des molJusques et n'intisie pas, mais voici le troisième : tes fourmis, et de* faits relatés avec la plus grande concision, des bit* en très grand nombre- Certains de ces faits ont été seulement observés et constatés; ta production de tous les autres, la plupart, a été provoquée en quelque manière : l'observateur, se faisant expérimentateur, a modifié intentionnellement les conditions de production, et il a comme dressé des tables de présence, des tables d'absence, des tables de variation, Les faits relatés sont en grand nombre, avonsnous dit; qu'on en juge : ils se rapportent à l'odorat des fourmis, à leur sens de direction; ils sont phénomènes de mémoire, ils témoignent d'un esprit de nationalité; ils laissent démêler le jeu des passions. Plions; ils accusent un mode de comlangage; ils permettent de reconnaître un plan d'éducation et d'autres faits : les fourmis ne se défendent pas d'exploiter tes pucerons et elles ont leurs bftes de somme et elles admettent l'esclavage; elles entreprennent des guerres, elles attaquent des places fortes, elles font des razzias: point de bandes Improvisées, elles ont une véritable organisation militaire et des règles de discipline, des règles de tactique; elles ont un service des travaux publics el une organisation du travail, un service de l'agriculture, elles récoltent, moissonnent et emmagasinent, car elles ont des greniers, elles reconnaisaent la propriété et pratiquent l'hospitalité; elles ont leurs récréations, leurs )eux, leurs cérémonies. Après les preuves données par les fourmis de l'exercice d'une certaine raison, la fixation des limites de leur intelligence, puis l'étude anatomique des centres nerveux. Ce troisième chapitre est le plus étendu, mais dans tous les autres, des observations aussi précises quant aux manifestations tes plus diverses de l'activité intellectuelle chez les invertébrés, chez les vertébrés; en celui-ci, il est parlé de l'intelligence des abeilles et des guipes, en cet autre, de celle des termites, en cet autre encore, de celle des araignées et des scorpions, et en ce dernier du premier volume, de celle de quelque* coléoptères, de quelques insectes diptères et aussi des larves. Dans le second volume, dix chapitres; y sont consignées nombre d'observations sur le* signes d'intelligence fournis par des poissons, par des batraciens et des reptiles, des rongeur*, par l'éléphant, te chat, le renard, le loup, le cheval, le chien, le singe.
La Fontaine, en l'une de ses fables, nous montre de* rat* qui, cherchant leur vie et venant de trouver un cGuf, *ont fort en peine; un quidam paraissant, millro renard, il* avisent fort ingénieusement et ils emportent leur trouvaille on
Qu'oi.
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u tenir, apr^ ui
Le pciïtfl cl conteur leur un voudrait accorder auiHiil ijii''>n un luC'irde uux enfants. DitTerence de degriii entre l'jiiioUiKenco des bcies cl celle des bomlii«* r Non pulnt tout A fait et it a une théorie, il s'en
explique. M. Romanes et H. Perrler, l'auteur de la préface, tiennent pour une simple différence des degrés, M. Perrier surtout.
M. Perrier, traitant de l'évolution mentale, semble bien vouloir donner à entendre que l'homme est un simple parvenu. Descartes, rappelle-t-il, a distingué entre l'homme et la bête; or la béte n'est pas un automate. Soit, mais il faudrait accepter ceci que la raison est en germe dans l'animal, qu'il pourrait y avoir à distinguer encore entre l'humanité et l'animalité. L'homme juge que certaines choses qui sont ne doivent pas être, qu'il fait ne se doivent pas faire. La forme du jugement n'a rien d'exclusivement humain, mais le contenu.' Le contenu ne suppose-t-l pas chez l'homme qtielque a qualité i ou • puissance ■ essentiellement caractéristique^ Et tout se peut-il ramener, réduire à la sensation et i la conservation de l'énergie '. Nous ne voulons pas autrement insister, aussi bien M, Perrier n'exprime-t-it qu'en passant cette assertion que nous avons relevée. Il parle de l'instinct et de l'intelligence et la thèse qu'il soutient, lui et M. Romanes, a son intérêt.
« Nous considérons avec Herbert Spencer, dit M. Perrier [préface, p. ïxvu), les réflexes comme le point de départ de toute évolution mentale; nous admettons comme lui qu'ils peuvent donner directe première catégorie d'instincts; encore que par l'addition d'un rudiment de conscience les actes instinctifs deviennent intelligents, c'est grâce à cela que l'instinct peut être modifié; mai; nous différons du philosophe anglais en ce qu'il n'admet pas le retour à l'inconscience des modificaiions d'abord intelligentes de l'instinct; en ce qu'il n'admet pas qu'aucun instinct ait dû être nécessairement intelligent à un moment dnnné. Lewes exagère en sens inverse, comme le dit M. Romanes, lorsqu'il pense que tous les instincts ont dû être d'abord intelligents; il y a certainement une première catégorie d'instincts nés directement des réfleieS; Darwin et H. Milae-Edwards attribuent les modifications de i'insiinct à des variations spontanées, inconscientes, fixées par la sélection naturelle; ils ne paraissent pas attacher une grande importance i l'action modificatrice de l'intctligence. Sans repousser, tant s'en faut, l'action de la sélection naturelle, même dans le cas des modifications intellectuelles, ce sont ces dernières que nous considérons comme les plus importantes, u
Dans son Introduction, M. Romanes, qui laisse de côté la question de l'origine de* instincts et la théorie de l'évolution, regarde comme il dit aux traits saillants qui caractérisent l'instinct. • L'instinct implique des opérations intellectuel les, c'est par Ib que l'action instinctive se distingue de l'action tédexe- • D'où ces définitions : L'action réflexe est une adaptation nervo-musculaire , sans participation intellectuelle ; elle est l'effet du mécanisme héréditaire, du système nerveux, lequel est constitué de manière à agir sous l'influence de provocations déterminée* et fréquentes, en produisant certains mouvement* adaptés, mais inconscients. L'instinct, c'est chez l'homme
CRITIQUE LITTERAIRE DU MOIS
ou chez les animaux une opération mentale ayant pour but un mouvement adopté, elle est antérieure à Texpérience individuelle; la connaissance du rapport entre les moyens et les fins n'est pas nécessaire et ropération s^accomplit d'une manière uniforme dans les mêmes circonstances, chez tous les individus de Tespèce. Pour la raison ou intelligence, elle est la faculté qui préside à l'adaptation intentionnelle des moyens au but; elle implique la Cbnnaissance consciente du rapport entre les moyens et la fin et peut fonctionner dans des circonstances aussi nouvelles pour l'individu que pour l'espèce. — D'où aussi cette vue : « Si Torganisme multiplie ses adaptations, il y a là un fait qui sort des limites de l'action réflexe telle qu'elle a été définie; il est en effet impossible que l'hérédité ait pourvu d'avance à des innovations ou à des modifications de son mécanisme, du vivant de rindividu. * Les organismes n'héritent pas toutes les qualités, toutes les aptitudes; ils en acquièrent, grâce à la conscience et à l'intelligence.
Des faits, beaucoup de faits dans ces deux volumes, mais, résolus ou non, des problèmes aussi et des problèmes qui sont d'importance. f. g.
POESIES
Parnasse de lajeiine Belgique.
Paris, Léon Vanier, 1887. — Un vol. in-8'.
La jeune Belgique chante à Bruxelles et lieux circonvoisins; mais elle fait éditer son Parnasse à Paris, luxueusement et chez Vanier, le poète des jeunes qui pensent qu'à Tâge où est la civilisation, tout nouveauné a dix mille ans. Voici la liste fidèle de ces poètes des bords de la Senne : Emile van Ârenbergh, Paul Berlier, André Fontainas, Georges Garnir, Iwan Gilkin, Valére Gille, Octave Gillion, Albert Giraud, Théodore Hannon, Paul Lamber, Charles van Lerberghe, Grégoire Le Roy, Maurice Maeterlinck, Léon Montenaeken, Fernand Severin, Lucien Solvay, Hélène Swarth et Max Waller, — the last not the leasU Je vois bien là dedans un certain nombre de noms belges ou flamands; mais, en lisant leurs vers, je ne vois rien qui ne soit bien français, dans les défauts comme dans les qualités. Quelques-uns àt ces poètes sont de grande race, ont de la force, de l'originalité véritable, et pour tout dire, du tempérament. Tel celui qui ouvre le recueil, M. Emile van Arenbergh, dans «on apostrophe à l'Océan ;
Crois-iu, sombre Océan, parce que l'homme mêle Quelqae chant fugitif à ta plainte éternelle, Crois-tu que nul de nous n'ait en lui tea sanglots, El que le désespoir soit le secret des flots?
Dans les pièces, trop courtes, trop peu nombreuses, ^tt'il a données, je regrette d'y trouver par pla-
ces une afféterie et une préciosité qui gênent ta liberté de sa grande allure.
Un poète qui, comme M. Iwan Gîlkin, s'éprend d'une sœur d'hôpital et lui dit :
Dans le grouillis rougeâtre et gluant des viscères. Des muscles découpés, àe^ tendons mis à nu. Des nerfe, où vibre encore un vouloir inconnu, Des glandes qu'on incise et des flasques artères,
Tu plonges tes deux bras polis, avidement, Tandis qu'erre nn divin sourire sur tes lèvres, Et que sur son chevet où bondissent les fièvres, Le moribond t'appelle et parle doucement ;
Car ton visage, pur comme un marbre, te donne, Sous ta coifle de toile et ton noir chaperon, O vierge au bistouri, vierge au cœur de Huron, Le resplendissement serein d'un» madone...
n'est pas un poète ordinaire, et je l'admirerais sans réserve, si j'avais le cœur assez solide pour ne pas être ému en voyant, sur chacun des vers de cette poésie macabre, grouiller les vers du charnier.
M. Valère Gille est un poète mystique et torturant, — c'est torturé que je voulais dire, qui cisèle des chutes de sonnets comme celle-ci :
Et pour que soit le repentir,
Le Christ semble revivre encor son agonie.
Le descriptif, c'est M. Octave Gillion, l'ami des faubourgs, du vieil arbre et des vieilles choses, et qui donne son adresse et sa profession au lecteur, en disant :
Et je rentre chez moi, bien loin, à la campagne. Où je sais constructeur de châteaux en Espagne.
M. Albert Giraud, qui, si je ne me trompe, fait, entre deux strophes, de la critique quelconque quelque part, aspire à être hors du siècle, où il se trouve apparemment déplacé. Il aime les cuirs de Cordoue et les flatte, il me semble, en ces peu cohérentes hyperboles :
Puissants, fauves et chimériques,
Vous cooservez encor des reflets d'Amériques, Et vous songez dans l'ombre, éblouis et vermeils, O cuirs en qui survit l'âme des vieux soleils !
Puis il rencontre des yeux, et il dit à la personne qui les possède :
Tes yeux! ô tes chers yeux! ô jeunesse! d vieillesse I O le regard si jeune et si vieux qui me laisse Le regret d'être jeune et celui d'être vieux !
Les chers yeux verts peuvent se clore et dormir làdessus. Ce leur sera plus sain que de chercher à comprendre. — M. Albert Guiraud connaît, en outre, de
Rouges lèvres d'enfants, pareilles à des mûres Dont le sang saignerait doucement dans son eaur^
et une personne (est>ce celle dont les yeux sont pareils à des eaux printanières ?) qui parle de telle façon que
Sous l'orgueil du sang, des mots fiers et splendides
Se cabrent dans sa voix comme des étalons!
Il voit, entre autres choses, dans les regards d^un reître, peint à Thuile^ « des tiaques de sang, de femmes et d'entrailles «. Toutes ces choses sont fort effrayantes dans le présent,et l'on ne se sent rassuré pour Tavenir qu'en se rappelant que ce poète supra-sensible et extra-sensé nous dit en un sonnet :
Il neige du silence en mon cœur vaste et sombre.
M. Théodore Hannon s'en prend aux foires et kermesses flamandes et fait monter au nez de celle qu'il aime les senteurs des « lards, denses exhalaisons, aux nutritives pestilences » ! Il dit à une femme maigre
qu'il
Aime son ostéologie
Où s'insèrent des nerfs d'acier.
11 aime aussi — à moins que ce ne soit la même — une autre femme qui s'appelle Jane, dont le «clavier de nerfs aux notes détraquées,
Pleure le lamento des cœurs ivres d'ennuis,
et il dit, en manière de louange :
Jane est vannée, — et Test superlativement !
M. Paul Lamber nous mène au cirque, où, d'ailleurs, il nous retient peu. M. Charles van Lerberghe ne fait pas seulement de petites pièces mignardes et musquées; il fait un grand poème, Solyane, dont le fragment publié contient des choses vraiment remarquables, comme [on peut s'en convaincre parce spécimen :
Du calme de mes mains j'adoucirai mon âme;
Ou dans mes robes au ciboire descellé,
Parmi ma floraison de lis inviolé,
Mes lourds cheveux brodés de mes mains inflétries,
Je les élargirai semblables aux soieries
Lourdes et pleines d'ombre...
M. Grégoire Le Roy, un des poètes qui ont le plus fourni au recueil, nous fait de lamentables confidences :
Sur les fenôtres de mon cœur Deux pâles mains se sont collées :
Mains de douleur et de malheur, Mains de la mort, mains effilées...
Ce n'est pas une disposition physiologique très gaie. Rien d'étonnant qu'il termine par ce souhait apitoyant :
Oh ! que je pleure encor, que je pleure ! Que je soufl're et me lamente, moi!
Que je pleure de toi, que je meure !
Oh ! oui, que je meure un peu de toi!
Comme chez feu Nicolet, nous allons de plus fore
en plus fort, et nous arrivons aux Tentations de M. Maurice Maeterlinck :
O les glauques tentations, Au milieu des ombres mentales, Avec leurs flammes végétales Et leurs éjaculations Obscures de tiges obscures, Dans le clair de lune du mal Éployam l'ombroge automnal De leurs luxurieux augures!
J'imagine que ces choses-là n'ont point de secret pour M. Mallarmé, et je me résigne à ne pas comprendre. Je donnerais tous les vers de ce style, quelque sublimement décadent qu'il soit, pour Peu de chose, de M, Léon Montenaeken, qui, pourtant, a je ne sais quoi de déjà vu :
La vie est vaine ; Un peu d'amour, Un peu de haine...
Et puis — bonjour !
La vie est brève :
Un peu d'espoir, Un peu de rêve...
Et puis — bonsoir !
M. Fernand Severin sait aussi parler la langue des dieux de manière à être entendu de l'oreille des hommes. Il est d'autant plus désappointant de l'ouïr se livrer à des harmonies trop subtiles pour nos sens mortels, comme dans les Mort-nées*
Voici naître soudain de nobles plaintes d'âmes, Ainsi les blancs regrets des timides enfances, L'ineffable parler des voix faibles et femmes Nous priant à venger d'anciennes offenses.
M. Lucien Solvay peint agréablement tes Watteau et parle, dans ses deux courtes pièces, un français net et spirituel. M'"« Hélène Swarth me semble ignorer aussi les voluptés intellectuelles de la déliques« cence. Sans être encore bien original, son talent est de ceux qui intéressent parce qu'on en aperçoit des germes et des bourgeons qui promettent moissons et fruits.
Le volume se clôt sur une assez longue série de morceaux, par M. Max Waller, dont j'ai grand plaisir à saluer le talent personnel et primesautier. La note ironique s'accorde, sur son instrument, avec la note émue, et il atteint des effets très vifs, sans avoir la moindre idée de révolutionner lanfçue et rythme et d'envelopper je ne sais quel sens possible dans l'insanité des expressions.
Vcnx-tu venir avec moi ? Viens Dans la longueur du crépuscule :
Nous nous dirons des tas de riens Sur un ton doux et ridicule.
En somme, cette publication collective des jeunes poètes belges prouve que l'art a, chez nos frères de
CRITIQUE LITTERAIRE DU MOIS
Bruxelle5, des adeptes convaincus et fervents. Elle prouve aussi que le talent ne manque pas parmi eux, et cous les reproches que je peux adresser à quelques-uns d^entre eux, c'est d'en faire un mau-
vais ou risible usage. Disons à leur décharge que rexemple leur est venu de certains poètes parisiens.
HISTOIRE
— Chronologie — Documents — Mémoires —
La vie privée d'autrefois, par Alfred Franklin. Deux volumes in- 1 8 Jésus. Paris, Pion, Nourrit et C*% édit., 1887. — Prixt 6 francs.
Ce très curieux ouvrage, M. Alfred Franklin Ta composé d'après des documents originaux ou inédits; et qu'il nous renseigne de piquante façon sur les arts et métiers, les modes, les mœurs, les usages des Parisiens du xvi« au xviu* siècle ! C'est une monographie de la vie de Paris, une chronique rétrospective du mouvement de la rue, de la forme des relations de t^ociété et de l'existence domestique. Un de ces volumes est spécialement consacré aux soins de toilette et au savoir-vivre ; mille petites particularités y sont consignées avec autant de discernement que d'agrément. Si le chapitre des chapeaux ne se trouve pas chez Aristote, le chapitre des perruques se lit avec intérêt chez M. Alfred Franklin. Et ce qui peut consoler nos contemporains, hommes ou femmes, que l'on raille à propos de teintures ou de postiches, c'est que nos aïeux et nos aieules, jusqu'à la plus lointaine antiquité, ne se faisaient point faute de réparer par les cosmétiques et les artifices du coiffeur les dégâts de l'âge ou de la maladie. La civilité de nos ancêtres est pour nous le sujet de bien des étonnements. Mais au fond, dans une chose toute conventionnelle comme la forme extérieure de la politesse, il faudrait ne s'étonner d*aucun changement, d'aucun contraste. L'historique des bains chauds à Paris est une partie intéressante de ce volume. Apprenez qu'en 1761 Paris ne comptait encore qu*une dizaine de bains chauds, possédant chacun de douze à quinze baignoires, quand un sieur Poitevin imagina d'en établir un sur la Seine même; le bateau qu'il organisa fut amarré près du pont Royal, en face des Tuileries.
M. Alfred Franklin ne pouvait se dispenser de dire quelques mots de certains sujets scabreux. Par exemple, recherchant les secrets de la toilette, il ne pouvait passer sous silence la coutume de l'épilation. Pour concilier le respect des bienséances avec ses devoirs d'écrivain consciencieux, il a réservé pour un appendice facile à détacher du volume les renseignements qui s'adressent surtout aux érudits. C'est fort sagement fait.
Le second volume étudie l^ Annonce et la réclame, et les cris de Paris.
L'annonce et la réclame tiennent trop de place dans la vie contemporaine pour qu'on ne soit pas bien aise d'apprendre par quels procédés elles se répandaient et môme le prix qu'elles coûtaient. Les recherches de M. Alfred Franklin sur ce point remettent en lumière des us et coutumes très caractéristiques de la vie d'autrefois. Nos journaux, nos avis divers, nos circulaires, nos lettres de faire part, nos affiches, tout ce qui constitue aujourd'hui la publicité était représenté par des crieurs fonctionnaires publics qui criaient dans les rues les actes officiels, les marchandises, les objets perdus, les enterrements, les convocations, les réunions de confréries, etc.
Comme de nos jours, les marchands ambulants parcouraient la ville en tous sens, remplissant Tair de mélopées bien connues des bourgeoises et des servantes. De ces cris de Paris, célèbres encore il y a quelque quarante ans, nous n'entendons plus guère que celui du marchand de mouron pour les petits oiseaux et celui du marchand de cresson de fontaine, « la santé du corps! »
M. Alfred Franklin sauve de l'oubli nombre de ces cris pittoresques. Toute marchandise était criée : les fleurs et le poivre, le vieux fer et les vieux souliers, les noisettes, châtaignes, oignons, salades, etc., et les vieux habits, et le savon, et les mottes à brûler, et les oublies, une légère pâtisserie cassante presque entièrement disparue; à peine la retrouve-t-on en quelques fêtes foraines.
Le criage, service public, dit M. Franklin, dépendit d'abord du domaine royal. Les crieurs officiels, rémunérés par les particuliers, payaient en retour à l'État une redevance qui devint peu à peu la source d'un important revenu. Ces crieurs remplissaient en même temps les fonctions de contrôleurs. Ce sont les seuls dont nous possédions les statuts.
Comme les marchands de vins au détail, à broche, comme on disait alors, payaient à la ville un impôt pour chaque pièce qu'ils mettaient en perce, leurs crieurs avaient pour mission et de contrôler le nombre des tonneaux entamés et d'activer la vente. Le crieur surveillait la préparation du vin, le regardait tirer et
BIBL. MOD. — X
le dégustait. Puis les taverniers leur remettaient un broc rempli de vin et un vase, et les crieurs s'en allaient par la ville crier le bon vin, vantant sa qualité et son prix, le donnant à goûter aux bourgeois qui passaient.
Le roi, qui avait de grandes vignes dans l'Orléanais, faisait venir ses vins à Paris et déclarait officiellement qu'il allait mettre en vente sa récolte.
Chaque tavernier en recevait une partie et devait la débiter pour le compte du monarque par l'intermédiaire des crieurs. Pendant les cinq ou six semaines que durait la vente du vin royal, aucun autre vin ne pouvait être vendu.
Détail à noter: tout crieur avait le droit de demander aux buveurs attablés quel prix le marchand leur avait fait, et de crier le prix indiqué par eux. Lorsque le marchand lui fermait sa porte, le crieur devait annoncer le prix du roy, « le feur lou roy, » et le tavernier ne pouvait plus refuser de vendre à ces conditions. On nommait /ewr lou roy le prix auquel le roi avait vendu ses vins.
Les particularités relatives aux crieurs des autres corps de métier sont rapportées plus brièvement. M. Alfred Franklin a eu l'heureuse idée de reproduire en appendice de ce second volume le poème de Guillaume de la Villeneuve, du xiii® siècle, intitulé les Crieries de Paris, en prenant soin d'expliquer par des notes concises les vieux mots tombés en désuétude.
Ajoutons que de nombreuses reproductions de gravures anciennes ornent cet ouvrage très-parisien d'un écrivain aussi fin qu'érudit. pz.
Histoire du prince de Bismarck (1847-1887),
par Edouard Simon. Un vol. in-8". Paris, Ollendorff, 1887. — Prix : 7 fr. 5o.
L'histoire du roi-empereur Guillaume est suivie de l'histoire du prince de Bismarck; c'est naturel, et M. Edouard Simon devait se trouver amené à donner ce complément à son premier et remarquable ouvrage. Après avoir montré la tête, il montre le bras; car, à rencontre de l'opinion généralement répandue, M. Simon voit dans l'empereur le véritable initiateur, l'homme de l'idée, et dans M. de Bismarck un instrument. Instrument merveilleux de force et d'intelligence, à coup sûr, sans lequel le vieil empereur serait peut-ôtre resté infiniment plus loin du but poursuivi; mais instrument néanmoins. Il le compare, après tant d'autres, à Richelieu. Il lui voit avec le ministre de Louis XIII de nombreux points de ressemblance; mais il insiste sur ce que « le maître du chancelier allemand ne ressemble pas à celui du cardinal français». Il le compare aussi à M. de Cavouret discerne en celui-ci le modèle et le maître de l'homme d'État prussien. L'avenir nous apprendra si l'Italie n'aura pas à payer cher pour cette gloire, et aussi pour l'amitié dont M. de Bismarck depuis longtemps la comble.
Sans s'attarder aux origines de la famille des Bismarck, ni aux détails de l'enfance et de la jeunesse de
son héros, M. Simon le prend dès ses débuts dans la vie politique et le suit jusqu^au moment où l'histoire d'hier se confond avec l'histoire de demain, c'est-à-dire jusqu'à l'heure présente. Il est inutile de dire que ce travail est consciencieux, fait sur les plus authentiques documents, et qu'il porte partout la marque d'un esprit solide, judicieux et désintéressé. Je lui ferais bien un reproche de cette dernière qualité, et j'avoue que je regrette de ne pas trouver dans ces savantes et raisonnables pages un peu de la flamme pamphlétaire, de cette belle et purifiante flamme qui brûle tout.
Non pas que le livre ne soit fait, en somme, à un point de vue français. Mais on serait tenté de croire que ce ton — indéniable bien que peu marqué, — l'auteur l'a accepté des circonstances — lesquelles font qu'il écrit en France et en français — bien plus qu'il ne Ta puisé dans son sentiment ou sa conviction. Mais je suis trop ennemi des procès de tendance pour insister.
Avec un grand sens historique, M. E. Simon constate dans l'œuvre du prince de Bismarck « un cachet de non-achevé » et « quelque chose de flottant, non sous le rapport du but, mais sous celui des moyens ». On pourrait mieux dire, mais il serait difficile de dire plus vrai. L'idéal du prince de Bismarck, fondateur, sous le roi Guillaume, de l'absorbante suprématie de la Prusse sur l'Allemagne, ne saurait être le môme que celui de la nation allemande, qui « demande à asseoir l'unité nationale sur la base du régime parlementaire ». Il y a lutte entre l'idée prussienne et l'idée allemande, et M. Edouard Simon, qui signale avec force et netteté cet antagonisme, ne prend point la responsabilité d'en présager l'issue.
Mémoires et correspondances du comte de Villèle. Tome premier. Un vol. in-S". Paris, Perrin et C'% 1887.
Un mot d'avant-propos anonyme, que je trouve, pour dire humblement ma pensée, mal écrit en un beau style de chancellerie, nous avertit que les Mémoires de M. de Villèle, à la rédaction desquels leur auteur se mit mal volontiers et tard, sont restés inachevés, et que, « interrompus vers la fin du récit de Tannée 18 16 », ils ne se trouveront « représentés pour la plus grande partie de sa carrière politique que par des correspondances et par quelques fragments rédigés par lui en vue de l'œuvre qu'il ne lui a pas été donné de conduire à son terme ». Ce premier volume comprend « la partie de ses Mémoires concernant sa jeunesse, qu'il avait rédigée en vue de ses enfants Ces souvenirs d'un officier de marine, s'ils ne touchent que de fort loin aux événements politiques, feront du moins connaître les impressions que subirent ses jeunes années et les péripéties qui ont contribué k le conduire jusqu'à la maturité. » Il contient en outre toute la rédaction achevée de M. de Villèle, jusqu'au vote du budget de 1816. Encore la correspondance de M. de Villèle avec son père tient-elle une place considérable dans les derniers chapitres.
CRITIQUE LITTERaiRE DU MOIS
Ce d'csi poini ji plus impopulain
de iugur à
attaches quelques-uns des irrs de la Restauration. On DO s'eionnera pas que ses Mémoires el ses letlres prêsemenl sa ligne de conduite et ses actes comme i! les voj-ait lui-mÉnie, c'en à-dire comme les plus iusteâ selon sa conscience et les plus sages dans l'inlerit de la royauté. Car si le talent et le génie même se tfooipeni, ils ont bien rarement la faculté de le
et ils réussissent presque toujours à se persuader que leurs échecs et les désastres qui les suivent sont la faute de tout, excepté d'eux.
Laissaiu de côté ces questions politiques, sur lesquelles chacun a son opinion déjà faite, je dois signaler tout particulièrement le charme des pages où M. deVillèle raconte son enfance et ses campagnes comme officier de marine.
^f^^'^^.-^ia^^H^-^^H.^^^.^i^
BIBLIOGRAPHIE — MONOGRAPHIE - Singularités — Compilations — Curiosités littéraires
Les Chroniques de Jean Tarde, chanoine théologai et vicaire giinèral dt: Sarlat, contenant l'histoire religieuse el politique de la ville et du diocèse de Sarlut depuis tes origines jusqu'
■j du ï-
écle, a
TOK DE GÉBARD, mcmbrc de la Sociéië historique du PcrigorJ, précédées d'une introduction par M. Gabriel Tarde, membre de la même société. Un vo- 1(1 ne in-4". Paris, H. Oudin el Alphonse Picard,
" Considérant l'histoire de ce pays de Périgord comme partie de la Guiene, et la Guiene, partie de la
cicrîts des anciens, que nos devanciers y ont changé six fois d'cstai et de jiouvtrnement jusques à présent. Le premier daibt être compté avant la venue et conquesle de César, le seconJ soubz la domination de l'empire romain, le troiaiesme loubz la tyrannie des Visigoihs, le quatrïesme sous [sic] l'obeyssancc des François qui nous commandèrent un temps en qualité de roys et puys en qualité de duce, le cinquîesmc sous la aubjection des Anglois en titre de ducs et le sixiesjne soubz la royauté françoise. Ces mémoyres sont divisés selon ces six cetats, qui réduisent ce livre comme en six tables où sont représentées les choses les plus rcmarcables qui aOnl venues à ma cognoia* sance et qui méritent d'éire seeues principalement par ceux qui habitent ce pays sarladois, pour n'estre estymés d'estranges dans leur patiie. ■ C'est en ces termes que Jean Tarde établit les grandes divisions ciironologiqucs de ses chroniques de l'église de Sarlat, diocèse et pays sarladois. Ce Jean Tarde est né
56i à la Roque de Gajac, près de Sarlat, ible génie de l'histoire. Non seulement il tous les prélats qui ont Sarlatj il s'applique à fiïer les ui se sont passés en ce pays sarladois a desquels l'histoire de France ne fait aucune mention et qui méritent néanmoins que la mémoire en soit conservée à la postérité u. Et en effet, il le dit plus loin : t Puisque Dieu nous faist naistre avec un désir de sçavoir, ne pouvant avoir la cognolssance de ce qui doibt arriver après nous, c'est beaucoup de plaisir de sçavoir ce qui s'est passé avant nous. ■ Avec la rigueur d'un historien moderne, il cite scrupuleusement ses sources. Les particularités guerre des Anglais, c'est de Froislons aulbcurs d qu'il tes a recueil-
ville;
>ubles
i, reproduiti
lideareligioi it grand ad m
naires et aulires choses passées depui rapporte pour ta plupart sur la foi de ses propres yeux. En outre, it dresse une excellente carte du pays volume. Ce digne chaires sans douie,maisd'espri[ large; teur de Galilée, qu'il va visiter à donne un verre de télescope. Car Jean Tarde s'est très occupé d'astronomie et a laisse de nombreux écrits à ce sujet, ou l'on peut trouver, mCme aujourd'hui, à glaner d'utiles observations.
Gérard et à M. Gabriel Tarde d'avoir édité en ce bel in-quarto le texte authentique de Chroniques tant de
iret«« sur d«a imprimsnrs dn Comtat-VonalaBia at d« la prinoipauté d'Orange ei Catalogue det llvrfi imprimit par eux qui U trouvent à la Bibliothèque de Carpentrat, par M. Pellechet. Un vol. f,T. \n-H: l'arU, AlphonM Picard, 1887.
Oarpentrat poHèdc une riche et intérewante bibli(iihài]ue dont l'établiiiement remonte à la mort de IVvfiquc George» d'Ornoi, en 14^2, ei dont l'imporlance fut coniidJrablement accrue par un autre évfque, dam Malachie d'In^uimber[[i735). Un «avant et trcf contciencieui bibliuihécaire. M. Lambert, a publii! en iWi-t un catalogue de ses manuscriti, qui est un pri:i:ieux monument bibliographique en même tcmpi qu'une histoire de la biblioihùque faite par un homme qui l'aimait et qui la connaiiiaii dans le passé comme dans le présent. M. Pellecbci a consacré une partie <lu lempi qu'il emploie si fructueusement à la bibliographie  relever les ouvrages sortis des presses d'Avignon, d'Api, de Carpentras et d'Orange que l'on conicrve à la bibllothique de Carpentras. Il les a vus tous, â l'excuplirm de ceux qui sont m£lé« aux manu-
1 Tlss
r l'eiar re qu'il
ment aux drudiis le catalogue des incunables ii Malachlo d'Inguitiibert, où se trouvent de inagniliques cdilioni italiennes. Mais le coini«£ de surveillance n'a pa» iTU pouvoir lui accorder certaines facilités de travail Indispensables i un savant qui ne peut faire
de Carpentraa sa résidence que pour une période limitée. C'est aux bibliographes locaux de réparer le tort que l'obserratlon *upra<eiacte des règlements de leur bibliothèque cause à la bibliographie en général. En finissant sa préface, M. Pellechet nous promet, comme consolation, le catalogue des beaux incunables de la bibliothèque de Versailles, sortis, pour la plupart, des imprimeries de Paris et de Cologne, et tout ditTérents de ceux qu'il a déjà enregistrés dans un beau catalogue des incunables de Dijon, publié en 1S86.
Le présent ouvrage n'est pas une sitnple nomenclature, ni même simplement une nomenclature descriptive et raisonnée- 11 contient des détails de pre* miére main sur les imprimeurs des quatre villes nommées plus haut; détails puises, pour la plus grande partie, dans les archives municipales et départementales.
Des pièces intéressantes — dont la mains curieuse
it pas le préambule d'u é d'Avignon
suites, lesquels conféraien
de maître et de docteur, a
de l'Université — ajoutent
M. Pellechet, dont plusieuri
l'usage. Je regrette qu'il s
table alphabétique des ouvr
double complète, de titres et d'auteurs, 1
de trop dans des ouvrages de cette nature
: de procès intenté J. Bramereau, im-
les élèves des Jéles titres de bachelier, 1 préjudice des privilèges le l'attrait au travail de tables ou index facilitent 1 soit borné à donner ta iges anonymes; une table
Fable» de La Fontaioe avec tes figures iJ'Uuoav. i>untro volumes in-4*, chez A. Levy.
l.'illuKtratlon par Oudry det Fables de La Fontaine nu jouit pas, parmi tes amateurs des publications du xvui* siècle, de lu grande réputation qu'elle saiiibluruli iiicriter. 11 y en ■ do plus agréables, de plu* ci'.|iiettc*; il y en a peu de plus majtiairates et
Mal|;u- hi duie, 17^^, l'intluence du xvu' siècle y est encore dominante; la grAcc y manque quelquelui»; la nature n'y est pat observée d'asseï près et, chose ciranite, Oudry, qui
lonnasîcs.
mphe prii
<alei
t dam les
; reprit par Cochin ttU. 11 le* aura dus siens ce qui ronJ ptu« turpr< aciera pce ■iiX'huilitmt de cette uei
Quoi qu'il en soit, cette série de 275 planches, plus 2 portraits, demeure un monument de premier ordre. Non seulement chaque fable y est représentée mais plusieurs tables ont inspiré plusieurs planches à l'artiste ; il y en a 5 pour le Meunier, son Jils et l'âne, si bien qu'il serait possible de se passer du texte pour suivre le développement de l'histoire.
Nous avons dit qu'Oudry excellait surtout dans les scènes à personnages. Le Testament expliqué par Ksope, le Charlatan, les Devineresses, le Bassa et le marchand, le Rieur et les poissons, ta Mort et le biii:heron, le Savetier et le financier sont des tableaux coTuparables aux meilleures planches de Moreau et supérieurs à la plupart de celles du Molière de BoUt:her, beaucoup trop vanté.
La Vaille et les Jeux servantes produit l'effet d'un Kembran.lt; — le Lion amoureux, POracle et l'impie, le Laboui-eiir et ses enfants, forment des estampes de premier ordre, dijincs des plus belles collections; — devant rHowne qui court après la fortune, on dirait d'un Riiben*.
CRITIQUE LITTERAIRE DU MOIS
L^art de la décoration, le sentiment des mesures se révèlent dès la première planche, où la Cigale et la Fourmi sont placées avec ttn goût infini sur une magnifique draperie. Les vastes paysages y sont nombreux et variés : dans le Chameau et les bâtons flottants, la mer elle-même est rendue avec la grandeur de son infini.
Cette illustration présente même une source précieuse de documents pour les ameublements de répoque, fidèlement exposés dans le Rat de ville et le rat des champs^ la Chatte métamorphosée en femme, la Goutte et Varaignée, les Médecins^ un véritable chefd'œuvre. Une architecture curieuse, et sans doute exacte, se révèle dans V Astrologue qui se laisse tomber dans un puits, les Grenouilles qui demandent un roi, etc. La société tout entière, avec ses costumes et ses moeurs, défile dans les deux planches du Singe et du léopard. Dans Phœbus et Borée, le Statuaire et la statue de Jupiter, toutes les fois quMIs se présentent Partiste fait superbement intervenir les Dieux.
Et le miroir magique de cette longue suite de tableaux se déroule sous les yeux du lecteur sans le lasser, par leur variété incessante, sans que son admiration cesse de s'accroître, car, contrairement à rhabitude, l'œuvre crescit eundo et les derniers livres sont les mieux soignés et les plus beaux.
La gravure de ces planches fut dirigée par Cochin fils, avec Part et l'autorité qu'on lui sait; mais la collaboration ne fut pas anonyme et chaque planche est signée de son auteur, tous élèves dignes d'être des maîtres, et qui le furent.
Dans une préface pleine de modestie et de mérite, les éditeurs de 1755, Desaint et Saillant, exposent au public les soins qu'ils apportèrent à cet ouvrage. Ils disent comment Oudry « étudia ces fables et sçut si bien s'approprier dans ses desseins les idées du poète, que l'on diroit en quelque façon que la même Muse s'est servie du crayon de M. Oudry pour nous les tracer d'une manière aussi poétique qu'ingénieuse et naturelle. Aussi peut-on à juste titre l'appeler lui-même le La Fontaine de la peinture... »
Heureux temps de la librairie où des éditeurs pouvaient concevoir de tels livres, trouver de tels artistes pour les exécuter... et des amateurs pour les acheter!
Il est certain qu'ils furent en grand nombre à cette époque. Malgré le chiffre élevé du tirage, les exemplaires, surtout ceux en bon état, étaient devenus rares. M. A. Lévy a eu une excellente idée de réimprimer cet ouvrage en se servant des ressources parfaites que donne l'héliogravure moderne. Personne ne doit se plaindre de ces restitutions. Les heureux amateurs qui possèdent dans leur bibliothèque de beaux exemplaires de l'édition princeps n'en verront pas pour cela diminuer le prix, — et un plus grand nombre d'élus seront appelés à contempler de belles choses.
Le tirage des planches est parfait. La typographie, due à la maison Protat, de Màcon, est digne de tous éloges, et les caractères choisis ont la majesté qui
convient. Seuls certains culs^de-lampe laissent à dési« rer et auraient mérité une retouche de gravure plus sérieuse.
En somme un fort bel ouvrage déjà illustré- avec une abondance peu commune. Il se prête cependant à recevoir d'autres suites de gravures : la grandeur des pages, la beauté des marges, l'espacement et la lisibilité du texte tout les appelle. Le champ des recherches est, en cette matière, presque illimité pour les collectionneurs. Je me permettrai de leur rappeler la belle illustration moderne de Delierre publiée en 1879 P^^ Quantin ; les deux ouvrages sont à posséder, pour ajouter à celui-ci les gravures de celui-là, ou réciproquement.
Le monument Gambetta. Un album in-folio. Librairie André, Daly fils et C*%
Le Livre ne fait pas de politique. Il sera cependant permis à Tauteur de ce petit article bibliographique de rappeler deux souvenirs. Le premier remonte à la Commune. C'était à Londres, pendant la semaine ardente, et les journaux anglais écrivaient avec une satisfaction mal déguisée que « tout Paris brûlait ». Dans une famille tenant table d'hôte venait d'arriver un colonel prussien. L'homme était grossier et, au milieu du dîner, appelait son domestique pour qu'il descendît ses uniformes et ses armes à faire tàter et admirer par les dames. Sans respect du vaincu il piétinait sur la France, insultant ses défenseurs. Quelqu'un prononça le nom de Gambetta. L'homme fit une pose et finit par s'écrier : « Je ne puis pas dire du mal de celui-là, car nous l'admirions tous ».
Plus tard, à Paris, dans un dîner tout intime, Gambetta, l'œil narquois et content de l'effet qu'il produisait, s'amusait aux dépens de Chanzy. Comme on s'en étonnait : « C'est que cet animal-là, dit-il enfin, voudrait rentrer à Strasbourg avant moi ! »
La France devait un beau monument à Gambetta et à la Défense nationale, confondus dans la même idée. Le projet de MM. Aube et Boileau fils a été choisi ; il ne s'agit pas ici de faire l'examen critique du monument, mais bien de l'ouvrage que vient de publier M. Boileau fils.
Il ne déplaît pas de voir un artiste expliquer son œuvre et en raconter la genèse : des maîtres anciens ont donné cet exemple. Le projet ayant été primé au concours, l'auteur se trouve devant le succès acquis et n'est point tenu à la modestie. L'opinion publique ratifiera-t-elle le jugement du jury? C'est précisément pour aller au-devant d'elle, pour la disposer au mieux de ses intérêts que l'auteur a choisi le moment opportun de cette publication.
M. Boileau expose d'abord ses idées sur la collaboration du statuaire et de l'architecte. Michel-Ange et d'autres étaient le tout à la fois, mais les temps sont venus où tout se spécialise. Comme nous sommes personnellement admirateur du monument, nous ne saisirons pas cette occasion pour avancer que tout s'amoindrit.
La partie vraiment intéressante de cet ouvrage est
Mlle "il l'aulgurour""" se» tliiorle» péncralc» tur k« iiirinumcnii oin^iiilinoriill'g. Leur forme doit répondre i\ leur tlvnHnnllim ot niu touvonir» qu'il* évoquant. Cslta virliii connue eii Ici bien expliquée et il«vali>|<|'é« avec un réel tcntlmcniartlttiquc; c'eat un •xi'Blleni ihnpjire d'un traite général des beaux-
M. HoIIbmu llla panaocn revue les plu» Importanla «la* auiret prolem du ennenura. Soui prétexte d'en •xpllquer i'idi'B, to dont les BOleur» ne l'ont point plia, Il ka critiqua légèrement. ECn passant, il se mnnirc iiMC/ invtre pour le monument de la place Je U RcpublKlHO. Ce chapitre est de trop. M. Boileau ilép«*«c RUitI tua bcirnei pcnnisea d'un orgueil légi- Ilnie >|UBiid 11 dnnns In forme de t oWIUijiie tron.iuc et couninnd, comme i «illc " qui JcvIeniirB typique dnna l'aveni
t.» partie lypograpliiquc de ce bel albui dlocre. Sel vinfll planches sont fort bien A«M4da lupreoliion nécessaire à un ouvrage spécialt ment destiné Btii architectes. Il le dégage des ligure ftiAveea par Oulevvay et Uuet un gran «rtlsiique. diitne de l'œuvre de M. Aube.
L'art de bAUr ■• maison, par J. Boussabd. I.il'rairic dea imprimeries réunies.
[.e titre de cet duvrage ne <.lit pas assez qu'il s'agit J'une lunisnn iiolêe. Or cet Isolement est le plus souvent une iiii|>iisslbilité dans les grandes villes; l'auleur, qui k prend de haut avec ses idées et qui n'admet pat Je talul en dehors J'elles, a le tort de sacrilîer ainsi l»uie une population intéressante. Nous
Je rappiiri siiincus BoussarJ ; elles ne se rapprochaient en rien, parce qu'elles ne te pouvaient pas, Ju type d.ini 1» preconisation l'ait l'objet de cette 4tuJ«.
I.'autcur, Hi^urfiuignon et tier d'appartenir 1 ce f«ntrc Je Ié vieille lîaule, commence par entonner un •Ir dithyr«aiMque en honneur de l'art gaulois. Il «■«mp"rte crtniw le mot jra/(o qu'il considère comme une epithéte Iniurieuse. Nous ne l'avions iamais irouvM que qualiiicative, et. quand on dit gallor<,iiin«in. il semble .juc l'on veuille simplement eiprimer que l\'b:et aiiiii qualilic pn'cède de l'art gauK'is 40 mv'nte temps que de l'an r.im*in. D'ailleurs icui bmi |^tri.«te que l'.'O puisse être, avec M. BoussarJ il muJrait m prendre son p^rti, et, en adme'.tant qu'il \ d'il JcfcnfirC'sccBce, un art çallo-r.>ii;»in ne pi>urr*it ras itre un art gauli^îs Jci:«ner* entre les mains J»R.-w*;r.».
I--J M, ll.>»s««rd prcsen-.c k r»ppji Je svn *ti pré- MnA>»K:.^:ht■'^c.lMr.■l,^n^!me:^;î, Jcs c> ers de Jec.^- T»t.'.'*. ifj» ii*tc'.s,lrs Je :;-.cnj«. Mi:* — ils s.'-T^t t.-;:s
n liai.
it été, il Tavoue, décou-
La confusion se poursuit d'ailleurs dans la conclusion Je ces prémisses. La maison idéale que construit M. Boussard est une maison Je Grèce ou d'Italie. Il lui faut le ciel bleu et la température chaude, tant pour l'effet de sa silhouette que pour la possibilité de son habitation.
M. Boussard m'objectera qu'il y en a eu en Gaule et que notre climat n'a point changé. Je lui répondrai que ces constructions n'ont été qu'une Importation
pondaient point à nos besoins, c'est qu'on ne les a point continuées, même au temps Je la Renaissance, si fanatique de l'antiquité.
La maison moderne est généralement laide, malgré de récents et louables efforis- Certaines habitations, cubes percés de trous, sontodieuses. M. Boussard est en cela de l'avis de bien du monde ; mais où je crains que l'opinion publique ne se sépare de M. Boussard, c'est pour accepter son modèle gallo-romain — gaulois tout court, s'il le veut absolument — comme le type attendu du beau et du confortable.
Les illustrations de cet ouvrage ont été tracées J'une plume lourde et épaisse. L'exécution typographique, caractères, papier, format, épaisseur du volume formerait, sans cela, un ensemble absolument
Arohiteoture religisaae : Évolution historique de la coiulruclian dti églises chrétiennes, par Alphonse GossET. Grand in-4° à 2 colonnes, de 18 pages e; 2 grandes planches double». Paris, André, Daly lils et C", 1887.
Il est impossible d'exposer d'une façon plus concise, mais en même temps plus claire et plus complète dans ses lignes essentielles l'évolution de l'architecture religieuse depuis les basiliques romaines jusqu'à nos jours, que ne l'a fait M. Alphonse Gosset en cette vaste plaquette. Eglises à nefs, églises i coupoles, perfectionnement du plan des basiliques, substitution de l'ogive au plein cintre, création des tièches, des portails, Douvetlcs églises i coupoles, églises modernes, tout ce mouvement d'an y est suivi dans son enchaînement rigoureux à travers les siècles. La Jecoraiioo intérieure des églises forme la matière J'un chapitre remarquable- Appliquant tinatcment les tfae.-irics qui se dégageni de cette étude, l'auteur termine son travail par reipositioq d'un prvvei J'eglise à coupole d'une t:rande élégance. En deux l.^^gues planches, chaînées Je deuios et Je p'ins. .m retrouve la r.juraii.-n de tcus les styles j.-ni ]a Je«r;pùon oc.;upe le texte.
-<f«s6S3gEë3=s&»-
GÉOGRAPHIE ■ Voxajtes — Moeurs tt Cùulumes —
Pékin. Souvenirs de l'empire du Milieu, par
Maurice Jametei., chargé du cour» de langue chinoise k l-fi.-ole das langues orientales. Un vol. in-i8. Paris, librairie Pion, 1887.
Shanghai, Tien-lsin et Pékin sont les trois cenirts d'observation choisis par M. Maurice Jametel pour êtuaier la Chine, li;ï Chinois et la viechinoise. M. Jamclcl n'apparljenl pas à Tecole des vulgarisa-
iire et à persuader au public que, pour bien (i apprécier, sans parti pris, un pays et ses lanls, il faut ne l'avoir pas visité et n'en poini naître la langue. Il ne ménage pas lei peojçraphes en chambre et parle avec uni nie de ces autres voyageurs que l'attrait 1 et la facilité des communications condui
dans les parages les moins fréquentés du globe, jeunes gens riches en général et intelligents, mais qui ne font que traverser les puys qu'ils visitent; d'où le nom de g-/oie-(ro»eri, trotteurs du globe, aous lequel les désigne la sociélé anglaise, qui en compte beaucoup parmi ses membres. M. Maurice Jametel a donc séjourné en Chine; en outre, il est sinologue : j'ajoute qu'il a beaucoup d'esprit. Si les deux prèle dernier leur donne le charme et les fait lire. Le grand secret de l'aitrail de ce volutno, l'auteur nous le livre; il esl vrai qu'il n'est pas à la portée des voyageurs en chambre, ni même des globe-Irollers. Pendant son séjour en Chine, M. Jametel consignait dans son journal les événements de [a journée, en reproduisant SCS conversations avec les indigènes. E< de ces entretiens, il a fait la moelle de ses Saiivenin.
SCIENCES - Philosophie — Morale ~
Histoii-e de la psyoholoKie des Oreos, par A. -En. Ckaicnet, recteur de l'Acadéraie de Poitiers, correspondant de l'Institut. Tome premier. Histoire de la psychologie des Grecs avant et après Arislote, Un vol. in-8°. Paris, Hachette et C", 1887.
L'auteur de la Vie et les écrits de Platon est aussi l'auteur de la Psychologie de Platon, mais en ce dernier ouvrage el dans toutes celles de ses éludes qui semblaient exiger surtout une grande intelligence philosophique, dans son étude sur Pythagore, dans son étude sur Aristote, il a surtout prouvé son érudition. Aujourd'hui encore dans cette Histoire de la psychologie des Grecs, dans le premier volume du
, le s
sophe.
montre érudit pluldt qu<
Il n'entend pas que la spéculation psychologiqui doive se berner à l'étude de la représentation et di su lois, sous les conditions de l'expérience possible aux postulats, aux inductions qu'une telle méthod< •.e; il estime que la psychologie critique tou
comme la psychologie de l'évolution, repose sur un concept d'ordre métaphysique et il déclare qu'on ne saurait se livrer à quelque analyse de la nature et des facultés de l'àme, si l'on se refuse à nourrir quel' que conception métaphysique que ce soit. C'est en nourrir une, dit-il, que parler de substance, d'essence; une autre que parler de conscience et d'étals de conscience. Gardons-nous de toute discussion; mais une question : la psychologie est-elle un chapitre de la métaphysique ? ou la métaphysique un chapitre de la psychologie f M. Chaignet, croyons-nous — nous é — cpnfond tantôt les deux, et elles; regardant et donnant à professées avant Socrate, il métaphysiques par la conscience de prendre de soi-même : l'un,
en m£me temps vue psycholoniellîgence ordonnatrice, quelque difficulté à supposer une psycho- :nsuiie rapprocher, en te-
.aoiûl distïngui regarder aux d
physique, gique de
., le plus
nant compte des différences de terminologie, les vues des philosophes anciens des vues de nos philosophes contemporains; il n'y en avait pas à faire Thistoire de la psychologie en distinguant entre les enseignements des diverses écoles de l'antiquité'. M. Chaignet, parce qu'il est érudit, s'est contenté d*écrire des études mi-partie biographiques, mi-partie bibliographiques; pour chacun des grands penseurs, une étude; et une étude pour Hippon, une pour AIcméon, une pour Eudème, une pour Àristoxène ; il fallait
faire emploi de toutes les notes prises.
L'auteur a pris soin d'indiquer les passages des commentateurs, scoliastes auxquels il s'en est référé, ces indications ne laissent pas de donner quelque prix à cette nouvelle histoire de la psychologie des Grecs. f. g.
Problèmes de morale sociale, par £. Caro, de l'Académie française. Nouvelle édition. Un vol. in-i2. Paris, Hachette et C'% 1887. — Prix, 3 fr. 5o.
11 y a douze ans passés que parut dans le format in-8® la première édition des Problèmes de morale sociale^ M. Caro venait à peine de donner le bon à tirer de l'édition nouvelle que la mort le prenait.
Ce volume composé, d'études diverses, ne manque cependant pas d'unité : une même idée rapproche et relie la critique de la morale indépendante et celle des doctrines contemporaines sur le droit naturel; et l'examen du droit de punir et l'analyse critique du progrès social, ainsi que les réflexions sur la destinée humaine d'après les nouvelles écoles scientifiques. Cette idée, c'est la résistance à l'invasion des sciences positives dans les sciences morales, et spécialement dans la morale sociale. M. Caro l'expose avec une clarté magistrale : assurément les adversaires qu'il combat ont rarement vu leurs thèses exposées plus clairement, voire par eux-mêmes. Ce que prétend la science positive, c'est que « le système des choses se réduit à une série de mouvements transmis et restitués sous forme de chaleur, de lumière, d'électricité, d'actes réflexes, de sensations et d'instincts qui deviennent la pensée et la volonté. La conscience ne marque plus l'avènement inexpliqué d'un mode nouveau; elle marque uniquement le dernier échelon de la série;... la chimère du libre arbitre s'évanouit; le monde moral se révèle enfin sous son véritable aspect, comme la dernière forme et le plus haut degré du monde physique. La science positive le ressaisit tout entier en y introduisant l'ordre invariable des conditions, la détermination des résultats, le calcul des prévisions infaillibles. 1»
Cette prétention, M. Caro la combat; quelle que soit la forme de la doctrine et le nom qui la distingue, il résumait l'ancienne tendance. Le naturalisme, le déterminisme f et le /70fi//W5me sortent de la même conception et vont se perdre dans la doctrine de révolution, qui n'est rien moins qu'une tentative
d'explication universelle, la plus hardie qui ait été proposée de nos jours sur l'origine et la fin des choses. M. Caro constate que ces idées se répandent bien au-delà des régions savantes où elles sont nées, et c'est à cette influence, affirme-t-il, qu'il faut attribuer le développement extraordinaire des théories contemporaines qui, sous les formes les plus variées, nient l'origine supérieure de la justice et la réduisent à un fait physiologique ou à un instinct.
La conséquence c'est que, sous l'action lente mais irrésistible de ces idées, la conscience humaine se décompose et s'énerve.
Le but de M. Caro est dès lors bien défini : c'est de porter la guerre sur le terrain même de l'école évolulionniste, et de dresser contre ce drapeau tout battant neuf la vieille bannière du spiritualisme. C'est ainsi qu'il montre que le darwinisme, si chaudement soutenu par les libres-penseurs démocrates, est au fond une théorie entièrement aristocratique qui confère l'intégrité des droits, la direction, l'initiative et la plus haute de toutes les fonctions, celle du progrès, aux classes privilégiées.
Il n'entre pas dans nos intentions de disserter ici sur la substance même des thèses rivales. Notre devoir est de proclamer que la méthode de M. Caro est aussi honnête que ses desseins. Avant d'entrer en discussion il a tout lu, tout comparé ; il parle des philosophes qu'il contredit avec le respect d'un homme qui sait le prix de l'efïort intellectuel et avec l'ardeur d'un esprit convaincu. On a fréquemment reproché à l'honorable académicien le soin extrême apporté à son style; on inférait de son souci de bien dire qu'il ne disait rien de bon en soi. C'est fort injuste. 11 y a mieux que des phrases bien faites dans l'œuvre de M. Caro, et particulièrement dans l'ouvrage qu'il a intitulé Problèmes de morale sociale. Qu'il soit un penseur original, qu'il ait engendré des idées neuves, on ne saurait l'affirmer ; mais il possédait admirablement l'art de critiquer les idées d'autrui. Sa dialectique est élégante, adroite, vive et sensée ; si l'argument n'est pas toujours triomphant, il est rare qu'il ne soit pas produit de façon à donner à l'esprit la satisfaction qu'on éprouve à voir un coup bien porté. Et qu'il ait pris plaisir — un plaisir noble et délicat pour sûr — à n'exprimer qu'en une langue polie et harmonieuse des pensées évidemment généreuses, ce n'est point ce qui me fâche. Il y a bien assez de gens à ne point parler français.
Or, de tous les ouvrages de M. Caro, celui-ci est peut-être celui qui se lit le plus facilement. D'abord les questions traitées sont de nature à frapper même ceux qui ne sont point les amants de la Muse austère de la philosophie; et l'auteur ayant à cœur de faire pénétrer dans le cercle élargi des lecteurs de tout ordre la réfutation des thèses qu'il jugeait pernicieuses a dépensé beaucoup de soins à rendre son style limpide et simple.
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QUESTIONS POLITIQUES ET SOCIALES
Lies Orateurs politiques de laFranoe, par M. Cha- BRiER. Un vol. in-i8. Paris, librairie Hachette, 1887.
Professeur de rhétorique au lycée Louis-le-Grand, M. Chabrier vient de découvrir, ou plutôt de mettre en exploitation une mine de modèles d^éloquence jusqu'à présent négligée. 11 a choisi dans Tœuvre de nos orateurs politiques les éléments d'un recueil de morceaux où l'on puisse suivre la tradition de l'éloquence parlementaire dans la parole de nos hommes d'Éiai les plus célèbres. A la suite d'une introduction où l'auteur cite particulièrement, de Philippe le Bel à Louis XIII, Anne du Bourg, Calvin, les Guises, le Colloque de Poissy, l'Hospital et les Parlements, l'ouvrage est divisé en trois parties : l'ancien régime, la Révolution et l'Empire, la Restauration. La première partie ne pouvait être la plus riche; cependant L'Hospital, Du Vair, Henri IV, Richelieu, comptent parmi les plus éloquents de nos hommes politiques. La Fronde et Broussel fournissent la matière d'un
chapitre intéressant. Dans la deuxième partie, on trouvera quelques-uns des plus célèbres discours prononcés dans les assemblées de la Révolution par Mirabeau, Barnave, Tabbé Maury, Vergniaud, Danton. Napoléon exigeait un chapitre spécial; M. Chabrier le lui a consacré et lui emprunte de belles pages où revivent les campagnes d'Italie, d'Egypte, Austerlitz, la campagne de France, Tile d'Elbe et les cent jours. La Restauration amène sur le devant de la scène politique le maréchal Ney, le maréchal Moncey, Royer- Collard, de Serre, le maréchal Gouvion Saint-Cyr, le général Foy, Manuel, le duc de Broglie, Chateaubriand. M. Chabrier ferme son livre à i83o.
Utile au point de vue classique, cette œuvre, dans la suite d'événements qu'elle rappelle, rendra peutêtre de plus grands services encore à quiconque s'intéresse à la politique générale de notre pays, car elle met en lumière les vues des hommes qui ont exercé une action importante sur ses destinées.
SCIENCES DIVERSES
Physique — Mathématiques — Sciences occultes
Sciences appliquées à l'industrie — Technologie
J?^jO>>
Nouveau Dictionnaire de chimie, comprenant les applications aux sciences, aux arts, à l'agriculture et à l'industrie, par Emile Boulant. — Premier fascicule, A — Chaleur.
La chimie a aujourd'hui un siècle d'existence et Ton peut dire que les progrès accomplis par cette science dans cet espace de temps relativement court sont immenses» Aussi les traités de chimie pure et appliquée sont-ils nombreux ; les uns cherchent à grouper et à réunir dans une cause unique les principales théories qui ont cours, les autres étudient une branche spéciale ; ainsi la chimie appliquée à l'industrie, la chimie anatomique et pathologique, etc.
Le Nouveau Dictionnaire de chimie de M. Boulant, sans négliger les théories générales, fait une large part aux applications pratiques de toute nature : les propriétés des corps usuels, leur analyse, les fabri-
cations industrielles les plus importantes, les méthodes et appareils y sont exposés d'une façon claire et concise. C'est ainsi qu'à l'article CôV<imi^Mtf, M. Boulant, loin de se contenter de décrire brièvement la classification des poteries, a préféré donner une description détaillée et intéressante des différentes terres cuites, faïences, porcelaines et biscuits, leur décoration par la couleur, le lustrage, etc.
Ce n'est donc pas seulement aux spécialistes, industriels ou médecins que s'adresse \c Nouveau Dictionnaire de chimie. Il sera consulté avec fruit par tpus ceux qui, sans pouvoir en faire l'objet spécial de leurs études, désirent se tenir au courant des progrès accomplis par cette science.
L'ouvrage paraît en cinq fascicules de 240 pages chacun et comprendra 400 figures; le deuxième fascicule est en cours d'impression.
Le prix de l'ouvrage complet est de 40 francs.
ts; Miscellanée presse quotidje,
■aJé'niqiies. — Kiblioti LEi {Bibliographie du »
- Ouvrages signalés
E des hommes de lettres et de sciences récemment décédét. lois : Sommaire des périodiques français. — Principaux articles iittée de Paris et de la province. — Le livbe devant les tkibusauj: : Procès
INSTITUT. - SOCIETES SAVANTES
Ouvrages présentés. — Strasmaier : Textes babyloniens; inscriplions du roi Nabonid. — De Saint-Juihen et Bienaymé : Histoire des droits d'entrée et d'octroi à Paris — D' Hsmy : Études ethnographiques et archéologiques sur l'exposition coloniale et indienne de Londres.— i^Wlai et Prou -.Le Livre des reliques de l'abbaye de Sainl-Pierre-le-Vif, de Sens.— Molinier: Étude sur quelques manuscrits des bibliothèques d'Italie concernant l'Inquisition et les croyances hérétiques
Lectures. — A, Weill : Les traces Je reraaniemeins liann les tragédies d'Eschyle, — Chodzkiewicz : Leitre au sujet d'une découverte en Siléaie de trois tombeaux des premiers siècles Je notre ère.
Communication. — De Nulhec : L'n nouvel autographe de Pétrarque.
Ouvrages présentés. — Darmesieier : Les origines delà poésie persane. — Dannesteler : L'Apocalypse persane de Daniel. — Darmesteter : Le Parsisme, sa place dans Phistoire. — D'Eichtal ■■ La Langue grecque. — Charrier : Description des monnaies delà Numidie et de la Mauritanie. — P. de Noihac i La Bibliothèque de Fabio Orsxni. — E. Molinier: L'Orfèvrerie limousine à l'Exposition de Tulle en iSS;.
Lecture. — Deloche : Les monnaies d'or de Théodebet-t I".
edu r,
Ouvrages présentés. —
: LeCultedeJeanni
d'Arc au iv' siècle,— Guiraud ; Les Assemblées provinciales dans r Empire romain. — L. Moreau : L'Album Caranda. — Engel et Serrure : Répertoire des sources imprimées de la numismatique française. — Boissier : Nouvelles explorations èpigraphiques et ethnographiques en Tunisie.
Lecture. — Lecoy de la Marche : Louis XI et la succession de Provence.
Communication. — Le Blani : Inscription laiine inidite de l'èL'onuc des Antonîns.
edu I
du procès-verbal de
réunion, l'Académie .
en apprenant !e décèi M. Charles Robert.
On trouve nécrologiqut
notice
Ouvrage présenté. — L'Abbé Rambnud : Économie sociale el politique; la science de la vie. Séance du 3 décembre.
Ouvrages présentés. — Garsonnet : Textes de droit romain à l'usage des facultés de Droit. — Barberet ; Monographies professionnelles, t. IV. — M"" veuve Faucher ; Léon Faucher, biographie et correspondance (Nouvelle édition).
Lecture. — Cuyan : L'irréligion de l'avenir.
e du I
land Jacob Bcehm
TT
GAZETTE BiBLlOGRAPHIQUfc.
Communication. ~ J. Simon : A propos du Turgot, de M. Léon Say.
Séance du 17 décembre (séance annuelle).
La séance publique annuelle de l'Académie a eu heu le 17 décembre, sous la présidence de M. Zeller, assisté de MM. J. Simon et Gréard.
M. Zeller a présenté le rapport sur les prix décernés cette année par PAcadémie et dont voici la liste :
Prix DU Budget : Section de philosophie. — MM. Joyau et Alfred Binet, chacun i,5oo francs»
Section d'histoire générale et philosophique. — Le prix, d'une valeur de 2^000 francs, est accordé à M. Octave Vigier.
Prix Victor Cousin (6,000 fr.). — M. Charles Huit.
Prix Gegrer (4,000 fr.). — M. Picavet.
Prix Odilon Barrot. — Le prix n'est pas décerné. Une récompense de 3,ooo fr. est accordée à M. Ch. Dauvillier.
Prix du comte Rossi (4,000 fr.). — M. Albert Délateur.
Prix Stassart (3, 000 fr.). — M. Albert David-Sauvageot.
Prix Bordin (2,5oo fr.). — M. Paul Regnaud.
Prix Joseph Audiffred (2,000 fr.). — M. Ferraz.
M. Jules Simon a terminé la séance par la lecture d*une notice sur Louis Reybaud, l'auteur de Jérôme Paturot et des Études sur les réformateurs socialistes, qui fut membre de l'Académie»
On trouvera plus loin des extraits de cette notice très curieuse.
Séance du 24 décembre.
Ouvrage présenté, — Ishibashi : Résumé statistique de VEmpire du Japon,
ACADEMIE DES SCIENCES
Par son testament du 24 juillet i865, M. Louis La Case, docteur en médecine à Paris, a fondé à l'Académie des sciences, trois prix d'une valeur de 10,000 fr. chacun, à décerner aux auteurs des meilleurs travaux sur la physiologie expérimentale, la chimie et la physique.
Sur les rapports des commissions, ces trois grands prix viennent d'être attribués comme il suit :
Physiologie expérimentale ; M. Charles Rouget. Physique : MM, Henry frères, astronomes. Chimie : M. Moissan, de l'École de pharmacie.
SOCIETES SAVANTES
Société nationale des antiquaires de France, — I La Société nationale des antiquaires de France a procédé au renouvellement de son bureau pour l'année 1888. Ont été élus :
Président : M. A. Longnon, de l'Institut.
Premier vice-président : M. E. de Rozière, de l'Institut.
Deuxième vice-président : M. G. Schlumberg'er, de rinstitut.
Secrétaire : M. l'abbé Duchesne, maître de conférences à l'École des hautes études.
Secrétaire adjoint : M. de Boislisle, de l'Institut.
Trésorier : M. Ed. Aubert.
Bibliothécaire-archiviste : M. Pol Nicard.
Membre de la commission des fonds : M. Ant. Héron de Villefosse, de l'Institut.
Membre de la commission des impressions : M. Tabbé H. Thédenat.
BIBLIOTHEQUES PUBLIQUES ET PRIVEES
FRANGE
Création de bibliothèques circulantes dans la banlieue de Paris. — Dans sa séance du 23 décembre dernier, Te Conseil général du département de là Seine a volé un crédit de 2,25o fr. pour la création de bibliothèques circulantes dont les ouvrages formeraient le fond commun des bibliothèques communales de la banlieue et seraient prêtés, pendant un temps déterminé et à tour de rôle, aux bibliothèques les plus pauvres.
Bibliothèque de V École de droit, à Paris. — M. A. Mercier vient d'être nommé conservateur adjoint de la bibliothèque de l'École de droit.
m0^^^0>*kf>^^t*^^<t»
municipal de la ville de Bordeaux vient de voter un crédit de 35o,ooo fr. pour l'installation de la Bibliothèque dans l'ancien couvent des Dominicains. — Le musée d'antiquités, qui contient comme on sait de nombreuses inscriptions romaines, sera également transféré dans ce couvent et y occupera le rez-decliaussée.
Bibliothèque de la ville de Bordeaux, — Le Conseil
ETRANGER
Angleterre. — Bibliothèque shakspearienne. — Sous ce titre, le Journal des Débats du 14 novembre a publié une communication que nous nous faisons un devoir de mettre sous les yeux de nos lecteurs :
a Le Mémorial de Shakspeare, à Strafford-sur- Avon, comprend un théâtre, une galerie de tableaux
et une bibliothèque. La bibliothèque contient 2,000 volumes, dont 1,400 sont des éditions complètes ou partielles, toutes anglaises; le contingent étranger ne comprend que 200 volumes. Le comité du Mémorial adresse un appel aux amis de Shakspeare à Pétranger. Il recevra avec reconnaissance tous les ouvrages relatifs à Shakspeare et à son œuvre, et d'une façon générale tous les ouvrages relatifs à la littérature dramatique en Angleterre et à Tétranger. (Il est permis de regretter cette extension du programme, qui fera perdre au Mémorial son caractère purement shakspearien.}
« Les membres du club anglo-américain de Paris, qui ont récemment offert une fête aux comédiens de la Comédie-Française, à la suite de la représentation d^Hamlet, forment un comité pour acheter et offrir au Mémorial les ouvrages français relatifs à Shakspeare et à la littérature dramatique. La présidence du comité sera, dit-on, offerte à M. Mounet-Sully. M. Got a offert son concours*
« Les adhésions au comité central et les offres, quelles qu'elles soient, en livres ou en argent, sont centralisées par M. Hawley, bibliothécaire du Shakspeare Mémorial, Stratford-sur-Avon, Angleterre. »
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PUBLICATIONS NOUVELLES
Ouvrages récemment parus. — Bibliographie du mois.
— Paris — Province — Étranger —
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FRANCE
— M. Tabbé Vigouroux poursuit ses études sur les Livres saints et la critique rationaliste, histoire et ré'
futation des objections des incrédules contre la Bible» L'avant-dernier volume de cet ouvrage, qui doit en comprendre quatre, a paru, agrémenté dMllustrations, chez les éditeurs Roger et Chernovicz.
— La 110" livraison de \9i Grande Encyclopédie contient la biographie du philosophe Barni, traitée magistralement par M. E. Beaussire, et celle du révolutionnaire Barras, due à la plume si compétente de M. Aulard. Plusieurs autres articles étendus et fort intéressants, notamment Barque et Barre (termes de marine), ti Baromètre, important travail de physique signé par M. Joannis, complètent cette livraison.
Nous engageons nos lecteurs à souscrire à cet important, ouvrage dont le prix est de 3oo fr. payables 10 fr. par mois. — Un prospectus-spécimen est adressé gratuitement tt franco sur demande.
— M. Schottmûlier vient de consacrer deux importants volumes aux Templiers. L'ouvrage a paru chez réditeur berlinois Mittler.
— Vient de paraître le 12* fascicule du deuxième' Supplément au Grand Dictionnaire universel du XIX* siècle, de Pierre Larousse.
Les causes célèbres sont représentées dans ce fascicule par le récit des affaires Baffier, Barbier, Ballerich, Barré et Lebiez; la critique littéraire, par une
analyse de la correspondance de Balzac; la critique musicale, par une étude sur le théâtre Wagner à Baireuth ; la chorégraphie, par la liste des ballets exécutés depuis quelque dix ans. On ne lira pas sans intérêt la minutieuse description, au point de vue politique et ethnographique, de la péninsule des Balkans, les faits et gestes de la bande noire de Montceau-les* Mines, et la législation du bannissement des princes. Parmi les nombreuses biographies du 12" fascicule, qui ne comprend pas moins de 420 articles, nous citerons celle du sultan de Zanzibar, Bargasch-ben- Said, dont les démêlés avec l'Allemagne ont attiré récemment l'attention de l'Europe.
— M. Faligan, docteur en médecine et docteur es lettres vient de donner à la librairie Hachette une Histoire de la légende de Faust,
— F. Rabelais à Montpellier [i53o'i53S), étude biographique d'après les documents originaux, tel est le titre d'une plaquette parue à Montpellier chez l'éditeur Coulet et qui a pour auteur M. A. Dubouchet.
— La Société des bibliophiles de Guyenne a distribué à ses membres le deuxième volume de la Chronique du parlement de Bordeaux, par Jean de Métivier*
— Une Esquisse d'une histoire des théâtres de Paris de j548 à 16 35 vient de paraître à la librairie Dupret. L'auteur de cet opuscule, M. Rigal, maître de conférences à la Faculté des lettres d'Aix, a l'intention
de poursuivre son travail et d'étudier dans une série de volumes ce qu'était notre théâtre à la fin du xvi* et au commencement du z.vii® siècle.
— L'éditeur Picard vient de publier des Notes sur les imprimeurs du Comtat-Venaissin et de la principauté d*Orange, et le Catalogue des livres imprimés par eux qui se trouvent à la bibliothèque de Carpentras* Ce travail est l'œuvre de M. Pellechct.
— M. le marquis de Granges de Surgères vient de publier à Paris, à la librairie Picard, le premier volume dune Iconographie bretonne ou liste de portraits dessinés, gravés ou lithographies de personnages nés en Bretagne ou appartenant à l'histoire de cette province, avec notices biographiques. Un second et dernier volume paraîtra dans le courant de cette année.
— La librairie Larose et Forcel vient de faire paraître une Bibliographie des œuvres de Mignet. M. E. de Rozière est l'auteur de ce travail.
ETRANGER
Alleinagn:ie. — Les Souvenirs^ de Gustave Freytag ont paru à Leipzig, chez l'éditeur Hirzel.
— M. F. Muncker vient de faire paraître chez Gœschen, à Stuttgart, le premier volume d'une étude considérable sur Klopstock.
— Le duc Ernest II de Saxe-Cobourg-Gotha, oncle du roi actuel de Belgique, vient de publier à la librairie Besser (W. Hertz), de Berlin, le premier volume de ses Mémoires,
— Tout dernièrement aussi ont paru chez J -B. Metzler, à Stuttgart, les Mémoires du comte de Dûrckheim, ancien préfet et ancien inspecteur général des télégraphes en France sous le second empire.
~ Une des publications populaires les plus intéressantes qui paraissent en Allemagne est VUniver' sal'Bibliothek que publie l'éditeur Philippe Beclam (Paris, Ghio). Cette bibliothèque vraiment universelle ne comprend pas seulement les œuvres les plus célèbres de la littérature allemande, mais encore des
traductions allemandes du français, du russe, des langues Scandinaves, de l'espagnol, de Titalien et même du polonais et du tchèque. Les derniers fascicules parus montrent bien cette intéressante diversité de genres et de littératures. Comme œuvres allemandes nous y trouvons : trois nouvelles de Ferd. Gross ; une monographie curieuse du baiser {der Kuss), par Schœnthan, prose et vers; des tableaux de la vie d'écolier du baron de Gaudy, sous le titre de Schuler- Liebe; trois pièces de théâtre (la célèbre comédie de Kleist, la Cruche cassée; les Comédiens de V Empereur, drame de Wartenburg; la belle Hongroise, vaudeville de Mannstaedt et de Weller) ; et enfin les Idylles et les Lieder de Woss, l'auteur de la belle idylle de Louise. Il faut y joindre aussi le roman champêtre Uli, le valet de ferme j en dialecte helvétique, de Jeremias Gotthelf, autrement dit Alber t Bitzius. Les littératures étrangères sont représentées par un roman russe : les vieux Nids, de Michaïlow, et un poème dramatique d'Ibsen, Pierre Gynt, Pour la France, cette bibliothèque est précieuse en ce qu'elle vulgarise les œuvres des littératures Scandinaves et slaves (russe, polonais et tchèque; danois, norwégien et suédois] dont l'accès sans cela nous serait plus difficile.
Angleterre. — La Revue critique d^histoire et de littérature nous apprend que M. Conrad, qui publia il y a deux ans une biographie de George Eliot, doit faire paraître prochainement un ouvrage du môme genre : Thackeray, ein Peissimist als Dichter.
— Berthold Auerbach aura lui aussi son biographe; M. Bettelheim prépare en effet une étude sur le célèbre romancier.
— M. Gaine vient de donner à la librairie Walter Scott, de Londres, une Vie de Samuel Taylor Cole^ ridge. Cette biographie a paru dans la collection des Great writers, collection qui comprend déjà, en autant de volumes distincts, des études sur Dickens, Longfellow et Rossetti.
Espagpne. — M. Perez Pastor vient d'achever un important travail bibliographique : la Imprenta en Toledo, Descripcion bibliografica de las obras impre» sas en la impérial ciudad desde 148 3 hasta nuestros dias.
L'ouvrage est en vente à Madrid, chez le libraire Tello.
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BLICATIONS ANNONCÉES OU EN PRÉPARATION
en France et à V Étranger r*
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FRANGE
. — M. Céleste, bibliothécaire-adjoint de la ville de Bordeaux, se propose de faire paraître sous peu une importante étude sur Montesquieu.
L'ouvrage, nous dit-on, contiendra nombre de lettres inédites de Tauteur de VEsprit des Lois,
On annonce pour paraître en février ou mars
un petit ouvrage de M. E. Farcy: Gustave Doré, 1832- 1883, qui sera édité par la librairie Pincebourde. Nous en reparlerons lors de sa publication.
— Les éditeurs lyonnais Viite et Perrussel annoncent la prochaine publication d'un volume qui aura pour titre : Frédéric 0:^anam, sa vie et ses œuvres, M. Ch. Huit, professeur honoraire de Tlnstitut catholique de Paris, est l'auteur de celte étude.
— L'administration de la Revue des questions historiques prépare une table des vingt premiers volumes de ce recueil.
ETRANGER
Allemagne. — Le libraire C. W.Fritzch, de Leipzig, prépare une 'édition populaire des œuvres complètes de Richard Wagner. Cette publication se fera en 3i livraisons à 60 pfennigs (yS centimes) et comprendra environ 3,ooo pages.
— La reine de Roumanie, en littérature Carmen Sylva, doitfaire paraître incessamment chez E. Strauss, à Bonn, une traduction du roman Pécheur d'Islande, de Pierre Loti.
Angleterre. — Une Anglaise, miss Bella DufTy, doit faire paraître sous peu une étude sur Madame de Staël.
Italie. — Les Mémoires de Garibaldi, écrits par lui-même en italien, vont, dit la Revue critique, paraître chez Péditeur Barbera. Ils s'étendent jusqu'à Tannée 1874,
FRANGE
Propriété littéraire et artistique. — Nous avons, dans notre livraison du mois de novembre dernier, sommairement parlé du Congrès tenu à Madrid par l'Association littéraire et artistique internationale. Le Bulletin de cette Association contient, dans son numéro de décembre 1887, le rapport de son secrétaire général sur le Congrès.
La causerie si remarquée sur le théâtre, la littérature et les arts que M. Victor Fournel publie depuis quinze ans dans le Correspondant, sous ce titre : les Œuvres et les hommes, et qui paraissait d*abord tous les deux mois, puis toutes les six semaines, devient mensuelle à partir du dernier numéro. Les abonnés
ne s'en plaindront pas. Ils pourront y suivre désormais de plus près tout le mouvement littéraire et artistique de notre temps.
Comité de l'Association littéraire internationale. — Le comité de TAssociation littéraire internationale vient de renouveler son bureau pour la session 1887-
Ont été élus: présidents, MM. Louis Ratisbonne, Adolfo Calzado et Tony Robert-Fleury; vice-présidents, MM. Armand Dumaresq et LadislasMickiewicz; trésorier, M. Joseph Kugelmann.
Le congrès de Madrid ayant décerné à M. Jules Lermina le titre de secrétaire perpétuel du comité d'hon-
GAZETTE BIBLIOGRAPHIQUE
nenr, M. Charles Ebeling a Sénênil du comité ciécutir.
à rhôtel Drouot, au prix de [eccre suivante de Marat :
- Monsieur et cher ami,
■ Très assurément point de lettre m
nistérielle
encore. Je l'attends avec résignation. Mais
ce qui me
fait peine, t'est que depuis longtemps [e n
ai point de
lettres de mon bon ami M- de Saini-Laurens. Les
trois dernières lettres adressées à M— de Saini-Lau-
lens ne font ras m^me menLion de moi.
• Je vois par la dernière que les affaires
de la Tri-
nilé touchent à leur fin. Je vous en tais m
on compli-
tnem très sincère. Vous voilà bientôt créa
eur d'une
nouvelle et grande colonie. Dans !e» conce
ssions que
Ton vous fera, n'oublieî pas d'y faire in
crire pour
un petit coin un philosophe qui aime la
campagne.
■ Qui sait si son goût ne le portera pa
on jour à
se retirer dans un coin de la terre, oii il t
ouvera un
de! serein et riant. Mais, confiné dans sa
tranquille
retraite, il vous prie de croire que son h
onheur ne
serait pas complet, s'il ne pouvait quelquefois vous
aller demander à dîner. C'est assez vou
dire qu'il
veut être voire plus proche voisin.
. Je suis parmi mes fourncaui du mat
n au soir.
Je dérobe un instant à mes creusets pou
r goûter le
pUiïirde m'eniretenîr avec voua.
• Je vous embrasse de toute mon âme.
Quelle diffJren ' ami du peuple.
r futur Style du farc
Va inaiwscril de Pétrarque, — Un manuscrit de Pétrarque vient d'fire reconnu à la Bibliothèque naiionale par M. de Nulhac, maître de conférences à i'Év-ole pratique des hautes études, s. M. L. Delisle l'avait signalé déjà, mais sans indi- >fUer qu'il avait fali partie de la bibliothèque du ':è)ébre poète. Le manuscrit contient une traduction Utine de l'Iliade et de ['Odyssée. ■Les marges des pages de Ylliade sont couvertes de curieuses scolies ou annotations de la main de Pétrarque loi-même et ■jui, mises bout à bout, rempliraient le quart d'un
nommé Pilale, mcdlocre helléniste; elle fut faite spéi^ialement pour Pétrarque, qui, ne sachant pas le grec et désirant ardemment goiiler les beautés du grand poète épique, avait voué les dernières années Je sa vie a l'étude de la langue d'Homère, d'Aristote et de Platon.
Travaux des élèves de P École française de Rome. — L'Académie des inscriptions et belles-lettres vient de recevoir du ministre de l'instruction publique le rap-
i pensionnairi
l'École française de Rome.
- M. Cordiera fait des recherches à Naples sur la Maison d'Anjou et est allé à Barcelone pour relever des documents sur la captivité de Charles II en Aragon.
M. Noirot a découvert dans les bibliothèques de l'Italie méridionale et de la Sicile des manuscrits contenant des ouvrages sacrés antérieurs à 1400, un manuscrit français du xv siècle et des lettres de Mazarin datées de i5ûo.
M. Auvray s'occupe du dépouillement des registres de Grégoire iX. Il a trouvé des manuscrits concernant l'histoire de France, des lettres de Pierre de Blois et un obituaire de l'église de Lyon.
M. Gsell poursuit ses études sur le règne de Domitien, sur la Magna mater Idœa et sur la déesse Roma.
M. Duvau s'occupe des idiomes italiques et de quel-
M. Macé travaille à une étude sur Pétrone.
M. Michon entreprend un travail sur le livre d'Ar-
M. Pélissier prépare sa thèse sur Louis XII et le Milanais.
M. Derousseaux poursuit ses recherches en vue d'une édition d'Athénée et de la publication de divers traités de Lucien. Il s'est encore occupé du texte d'Hérodote et de la revision des manuscrits de Cicé-
Les subventions littéraires du conseil municipal de Paris. — Parmi la série de crédits votés par le conseil municipal de Paris dans sa dernière séance noos remarquons les suivants;
Publication de la bibliographie révolutionnaire de Paris, i3,ooa francs.
Histoire générale de Paris, 5G,ooo francs.
M. Emile Desehaitel et sa candidature à l'Académie française. — On sait que M. Emile Deschanel avait posé sa candidature au fauteuil du baron de Viel- Castel. Il vient d'adresser à M. Camille Doucet la lettre
■ Monsieur le secrétaire perpétuel, A Lorsque mes amis avaient songé à ma candidature pour le fauteuil de M. Cuvillier-Fleury, il était question de M. Claretle pour le fauteuil de M. Caro. Mais du moment où mon ami M. t..lareiie se présente au fauteuil de M. Cuvillier-Fleury, je ne veux pas me porter contre lui, et je vous prie de vouloir bien à l'Acadétnie que je ne suis pas can-
n Emile DESCHA^
Louis Reybaud. — Voici les principaux passages de la notice lue par M. Jules Simon à la séance publique annuelle de l'Académie des sciences morales et politique:
« Marie-Roch-Louis Reybaud est né à Marseille le i5 août 1799. Il fit de bonnes études au collège de Juilly. Son père était négociant. Il fit pour sa maison de nombreux voyages dans le Levant et en Amérique. Possesseur à vingt-neuf ans d'une petite fortune, il quitta Marseille pour Paris et le commerce pour les lettres.
« Je dirai d'abord ici qu'il a été homme de lettres toute sa vie, et qu'il n'a jamais été autre chose ; ni professeur, ni administrateur, ni homme d'affaires en quelque genre que ce soit. Rien ne lui aurait été plus facile que d'avoir une place après i83o. Il était ami de M. Thiers, qui connaissait son mérite. Il fut député pendant quelques années, et député très occupé dans les grandes commissions. 11 ne voulut ni rien demander ni rien accepter. Sa plume lui suffisait; il fut tpute sa vie indépendant par sa position comme il l'était par son caractère.
< Il chercha longtemps sa voie. Il fit des vers, des récits de voyages, des romans, des pamphlets, de l'histoire, de l'économie politique. A ne consulter que cette nomenclature, il faut dire de lui que c'est un polygraphe. Il a dû ses plus grands succès à l'économie politique.
« De même, dans un autre ordre d^dées, il était arrivé par un long circuit à ses opinions définitives. Il avait été républicain avant la République, quand les républicains étaient bien clairsemés et bien persuadés eux-mêmes que la République ne reviendrait plus. Elle revint, en 1848, et quand elle fut revenue, Louis Reybaud, qui était un républicain de la veille, et qui, à ce titre, pouvait prétendre à tout, ne se sentit pas, en se tâtant, très convaincu d^être un républicain du lendemain. Ce quMl vit de plus clair dans ses convictions, c'est qu'il était à la fois très conservateur et très libéral. Il fut ennemi de l'Empire, parce que l'Empire n'était pas libéral; il accueillit avec empressement la République libérale de M. Thiers. Quand la République, par une confusion dont l'histoire offre plusieurs exemples, prit des mesures contre la liberté de conscience au nom de cette liberté même, son ferme esprit resta fidèle à ses opinions de 1848 et de 1872. Il était de ceux qui professent qu'on ne peut être sûr d'aimer et de comprendre la liberté que quand on aime et quand on comprend la liberté des autres.
a Après avoir fait paraître un certain nombre de volumes assez médiocres^ M. Louis Reybaud publia dans la Revue des Deux Mondes une série d'articles sur Saint-Simon, Fourier, Owen, Auguste Comte, dont le succès fut universel. Il avait enfin trouvé le sujet qu'il devait traiter en maître, avec une précision, une impartialité, une clarté que personne (à la connaissance de M. Jules Simon) ne devait porter aussi loin que lui. C'est pour ces belles études que, quelques années après. M- Louis Reybaud fut appelé à
siéger à l'Académie des sciences morales et politiques. Il va sans dire que Jérôme Paturot, publié en 1843, fut loin de nuire à son élection.
« M. Louis Reybaud, qui ne se vante jamais, dit qu'il a eu le triste honneur d'introduire le mot de socialisme dans la langue française. C'est une assertion dont je suis hors d'état de vérifier l'exactitude. Avant de commencer l'histoire des socialistes modernes, il rappelle en quelques mots celle des socialistes anciens. Ce sont des prédécesseurs glorieux, puisqu'ils comptent parmi eux Platon, Thomas Morus et Fénelon. Quand il publia son chapitre sur les saint» simoniens, l'école n'était pas, comme aujourd'hui, entrée dans l'histoire. Enfantin n'avait eu autour de lui que des jeunes gens, presque des adolescents. Ils étaient dispersés comme famille, mais ils étaient vivants et même puissants, car la plupart étaient des esprits d'élite qui s'ouvrirent dans le monde une large trouée. Le livre de M. Louis Reybaud n'était ni un pamphlet ni une apologie. Il ne voulait satisfaire ni les ennemis de toute innovation ni les adversaires de toute tradition. Il put, en entrant chez nous, se trouver assis, sans éprouver aucun embarras, à côté d'un des représentants les plus illustres de Técole et de la famille saint-simonienne.
o Levez-vous, monsieur le comte, vous avez aujouro d'hui de grandes choses à faire, » C'est avec ces mots que Saint-Simon, dès l'âge de dix-sept ans, se faisait éveiller tous les matins. Il servit sous Washington et fut colonel à vingt-trois ans. Mais, la campagne finie, il quitta pour toujours la carrière militaire. Dès sa première jeunesse, il rêvait de fonder une grande école scientifique et un grand établissement industriel. Il n'avait que dix-neuf ans quand il envoya au vice-roi du Mexique un mémoire sur la jonction des deux océans au travers de l'isthme de Panama. Il trafiqua, pendant la Révolution, sur les domaines nationaux : il lui fallait de l'argent, comme moyen d'action. A peine enrichi, il s'entoura de savants dont il fut le Mécène.
« Il se maria pour étudier le mariage, vécut un an dans le luxe et acheva de se ruiner. Le grand seigneur, l'ancien spéculateur enrichi fut contraint d'accepter une place de copiste au Mont-de-Piété, qui lui rapportait mille francs par an. Il se passait de feu en hiver et vivait de pain et d'eau, pour fournir aux frais d'impression de ses livres. Pour avoir écrit que si la France perdait ses cinquante premiers savants, ses cinquante premiers artistes, ses cinquante premiers industriels, etc., en tout ses trois mille premiers savants, artistes et artisans, il lui faudrait au moins une génération entière pour réparer ce malheur, mais qu'elle pouvait perdre sans périr et même sans souffrir. Monsieur frère du roi. Monseigneur le duc d'Angoulême, tous les princes du sang, tous les ministres d'Etat, tous les évêques, tous les juges et les dix mille propriétaires les plus riches parmi ceux qui vivent noblement, c'est-à-dire à ne rien faire, la Restauration lui fit un procès. Il le gagna. Il était exaspéré par la persécution et la misère. Il se tira un coup de pistolet, mais la balle n'ayant atteint aucune
GAZETTE BIBLIOGRAPHIQUE
des parties organiques, il en fut quitte pour la perte d'un œil. Il vécut encore jusqu'en 1823. Le nouveau Christianisme est Tœuvre de ses dernières années; et je remarque en passant que la plupart des pourfendeurs de christianisme finissent par un nouveau christianisme.
« Dans les derniers jours de sa vie, il avait trouvé le moyen de fonder le Producteur, Là se réunirent ses disciples, ayant à leur tête Enfantin et Bazard. Le Producteur ne put se soutenir. Ils eurent recours aux conférences de la rue Taranne, d'où sortit l'Exposition de la doctrine, puis à POrganisateur, publication hebdomadaire. Enfin, au commencement de i83i, Pierre Leroux leur apporta le Globe. Ce fut leur époque glorieuse. La discorde se mit entre les deux chefs quand Bazard, esprit plus pratique, refusa de suivre Enfantin dans les conséquences extrêmes de la doctrine. Les fidèles, les persévérants restèrent groupés autour d'Enfantin, qui leur donna asile dans une maison quMl possédait à Ménilmontant. Ils prirent rhabit, chantèrent des hymnes, adoptèrent une règle, et pour compléter la ressemblance avec les institutions monacales, furent visités par la misère. Les uns prêchaient à Paris et en province la nouvelle doctrine ; d'autres louaient leurs bras pour un salaire et se résignaient aux plus humbles besognes. Ils furent sauvés, c'est-à-dire dispersés, en i832, par un arrêt de la cour d'assises.
c Telle est l'histoire de la secte. La doctrine est plus difficile à résumer, parce qu'elle aborde tout, depuis la nature divine jusqu'à l'organisation de la propriété, du travail et de la famille. Louis Reybaud la juge assez sévèrement en disant qu'elle ne se compose que de plagiats.
c Selon lui, elle n'est ni plus ni moins méritante au point de vue religieux que les autres réformes au petit pied tentées de nos jours « dans l'une et l'autre a église, dissidente ou orthodoxe *. Elle n'a pas même réclat de la comédie théophilanthropique jouée vers la fin du siècle dernier. Dans les sphères de l'illuminisme et du mysticisme, les saint-simoniens copient sans les égaler Saint-Martin et Swedenborg; ils sont panthéistes en métaphysique; dans leur théocratie, ils refont les hiérophantes, les brames, les mages, les druides, les scaldes, en demandant à Taffection une obéissance absolue que ces prêtres, « mieux avisés », demandaient à la terreur. Leur morale n'est guère plus neuve. C'est, pour les relations entre les sexes, de l'épicuréisme compliqué de polygamie ou de polyandrie ; le tout aggravé, au profit du prêtre, de quelque chose qui ressemble de bien près à l'ancien droit du seigneur.
« Ce qui est surtout condamnable chez les saint* simoniens, c'est la théorie de la femme libre et l'intervention du couple sacerdotal dans le mariage. Ce fut l'échec d'Enfantin. Il avait fait dresser à côté du sien, pour la femme-pontife, un trône qui resta vacant. ■ La femme ne vient pas », disait-il mélancoliquement. Elle vint au contraire, non pour siéger,
mais pour protester. M™» Bazard se chargea de la condamnation qui fut écrasante.
a A la fin de ses belles études, M. Louis Reybaud rassemble tous les réformateurs devant lui, et, laissant de côté leurs différences, il leur montre que tous leurs systèmes reposent sur l'hypothèse suivante :
« L'homme consentira à abdiquer sa liberté en « toutes choses, même dans le choix et la pratique « d'un état, et il se trouvera heureux dans cette dé- « pendance absolue, pourvu que le pouvoir auquel « il se soumet ne se trompe jamais dans la réparti- « tion des fonctions ni dans celle des bénéfices. » Ils ne se demandent ni les uns ni les autres comme on obtiendra cette abdication, ni si elle est possible, ni si elle a quelques chances d'être durable, ni si l'homme comblé de tous les biens, mais privé de toute liberté, peut être appelé heureux. Ils ne s'occupent pas non plus de la désignation du chef de la société. L'apôtre dit comme Louis XIV: « L'État, c'est « moi. * Pourquoi vous? Et après vous, qui sera-ce? Un dictateur désigné par son prédécesseur? Ou un dictateur élu? Ou un dictateur héréditaire? Sera-ce un homme ou un collège? Un collège ou une caste ? D'où viendra à cet homme, ou à ce collège, ou à cette caste l'autorité? De l'institution divine? de la tradition? de la force? Menues questions qui ne méritent pas d'être traitées. On établit en forme d'axiomes qu'il n'y a pas d'association sans maître, ni de maître sans toute-puissance et sans omniscience. Augustin Thierry, qui suivit quelques temps les idées de Saint-Simon, se plaignit à lui de recevoir des doctrines toutes faites et des ordres absolus, a Je ne comprends pas d'association sans un maître, « lui dit Saint-Simon d'un air rogue. — Et moi, ré- « pondit Augustin Thierry, je veux être un homme. » Il le quitta. La société fait comme lui. Elle quitte les socialistes, qui ôtent à l'humanité les sources de la vie.
I Nous voulons être des hommes. La condition de l'homme est d'avoir une famille, unie par les liens étroits du devoir et de l'amour, où il est tour à tour protégé et protecteur, qui lui donne le bonheur et le reçoit de lui, pour laquelle il veut travailler et souffrir, qui lui rend le travail aimable et lui adoucit, lui ennoblit le sacrifice; de choisir selon ses goûts et ses aptitudes sa tâche dans l'atelier universel; de garder les fruits de son travail, ou du travail et de l'épargne de ses pères ; de puiser, dans cette possession, pour lui et pour les siens, la sécurité d'abord, et l'indépendance, aussi chère que la sécurité; d'obéir seulement à la loi qu'il a faite ou consentie, et aux magistrats qu'il a institués pour interpréter cette loi et la faire exécuter; de disposer librement de sa pensée ; de manifester hautement sa foi devant Dieu e devant les hommes, à la seule condition de respecter les droits et la liberté d'autrui. Comme il faut des aliments à nos corps, il faut à nos âmes la famille, la propriété, la liberté, la foi. Le vrai progrès est de rendre la famille plus sainte et plus chère, la propriété plus solide et mieux répartie, la liberté
BIBL. MOD. — X
av
mieux comprise et plus complète, la foi plus ferme et plus cclatrêe. Vous parlez de progrès, et comme si vous vous etie/. égarés dans In nuit profonde, chaque pas v^ue vous faites dans vos voies diverses vous ramène À la barbarie. Vous ôtcs des démolisseurs à «
faire trembler, et des reformateurs pour rire.
« Le temps a marché depuis Louis Reybaud. Les réformateurs s'appelaient Saint-Simon, Fourier, Pierre Leroux. Les nôtres sont d*un autre calibre. S*ils sont inférieurs par le talent, ils sont très supérieurs par les qualités d'action. 11 y a moins d'écrivains ei de philosophes, mais il y a des conspirateurs en quantité. Nous avons affaire à présent à des algébristes qui ne savent ce que c'est que pitié et sympathie. Pour eux tout ce qui est sentiment est faiblesse. La réforme sociale est un problème à résoudre, une bataille à gagner. En un mot, nous n'avons plus devant nous des maîtres et des disciples, mais des meneurs et des bataillons. Ils ont à la bouche le mot de Proudhon : « Ceci tuera cela », et diffèrent surtout sur la façon de s'y prendre.
« M. Jules Simon a terminé par quelques mots sur le fameux Jérôme Paturot. L'auteur des études sur le socialisme moderne a été, pour le public, pendant bien des années, Vauteur de Jérôme Paturot. Il en est ainsi pour un grand nombre d'écrivains qui ont dans leur bagage une œuvre qui efface toutes les autres, bien que ce ne soit pas toujours la meilleure. Tout ce qu'on peut dire aujourd'hui de Jérôme Paturot, c*cst que c'est un livre de bonne grâce et de bonne huoieur, qui a Theureuse et singulière fortune de n*épargner et de ne blesser personne. »
Société des gens de lettres; cinquantième anniversaire de sa fondation. — Le ii décembre dernier a eu lieu le cinquantième anniversaire de la fondation de la Société des gens de lettres.
Les membres du comité se sont d'abord rendus an cimetière du Père-Lachaise et ont déposé une couronne sur la tombe de Louis Ûesnoyers, le créateur de la Société. M. Élie Berthet, qui s'associa en i^?7 aux efforts de Desnoyers, a prononcé un disoMirs.
Le cozTLixé est allé ensuite au cimetière Montmartre '. > a ete récemment inhumé Emmanuel Gonzalès, ^u: i^i restant de longues années le délégué de la >>c:c'e. La, c'est M» Edouard Montagne qui a placé «« ?: .^ ^e ses collègues une couronne sur le monuii-trc* ie t'.r: rréi^ccsacur, dont il s'est plu à rappeler
Lit ,t,'^tv^:.ilz. U Société des gens de lettres a fêté %A z^^ji'^^' -'.^ zzcis on grmnd banquet donné à THô-
i- •; c.tt-M'T, \L, /jles Claretîe, président, a pro- XiVt.:t *'- i'*n '.j, lisconn, dont roici les principaux
« li.':« r^3^. --I irlî la prise de Constantine, .'. .•','«. c v::,-^ht€ dt VtrtA/.'.t* et rinauguratioc I
du premier chemin de fer de Paris à Saint-Germainen-Laye, put voir encore un spectacle plus inattendu : des gens de lettres qui, tout à coup, s'entendaient entre eux ! J'ai ouvert tout à l'heure de vieux journaux portant la date du n décembre iSSy, et j'ai cherché s'il était question, soit dans les Débats, soit ailleurs, de la fondation de la Société des gens de lettres. Eh bien ! messieurs, je vais vous blesser dans votre juste orgueil : il n'en est pas du tout question. Au Théâtre- Italien, ce jour-là, on donna la première représentation de Lucia de Lammermoor, avec Rubini et Tamburini; dans le feuilleton, Hector Berlioz rend compte assez froidement du Domino noir d'Auber, qu'on venait de jouer le 2 décembre; Jules Janin annonce la mort d'Alfred Johannot, qui illustrait alors, avec Tony, les livres d'étrennes; Saint-Marc Girardin ouvre son cours à la Sorbonne, et Balzac fait paraître son César Birotteau. Voilà tout. Mais c'est assez, et pourtant le journal n'a pas tout dit. Il est vrai que les reporters n'existaient point en i838. « S'ils avaient existé, ils auraient appris que, la veille, un homme de lettres de beaucoup d'esprit, l'auteur de Jean-Paul Chopart et de Robert-Robert^ avait réuni chez lui, dans son cabinet de la rue de Navarin, quatorze écrivains environ et leur avait demandé si, au lieu de se laisser dépouiller par les contrefacteurs en demeurant isolés et faibles, il ne conviendrait pas d^unir leurs efforts et, comme disait Beaumarchais, de former le carré contre l'ennemi. Nous avons perdu, grâce au défaut de reportage, le discours de Louis Desnoyers et les répliques de ses collaborateurs; mais nous avons parmi nous les témoins de cette conférence et, notre vieil ami Gonzalès n'étant plus là pour célébrer la fondation d'une Société à laquelle il avait voué sa vie, c'est à notre cher Elie Berthet que nous avons, hier, délégué l'honneur de payer à Louis Desnoyers la dette de notre reconnaissance. »
M. Claretie a souhaité ensuite la bienvenue à la délégation de la Société des auteurs anglais, qui apportait les félicitations de lord Tennyson, et il a terminé par ces éloquentes paroles :
« Pourquoi l'oeuvre de Louis Desnoyers a-t-elle prospéré r C'est que notre fondateur nous avait tracé la voie à suivre : sacriâce de la vanité de chacun à l'intérêt de tous ; dévouement, concorde et fraternité.
■ Ce qui a fait la durée et la prospérité de notre œuvre, c'est que nous avons toujours oublié ce qui nous divise le plus, la politique, pour ce qui nous rapproche le plus. Part et les lettres.
« Nous savons que ce qu'il y a de meilleur dans noire France> ce qui est son rayonnement et son génie, c'est le livre et c*est le théâtre. L'étranger nous juge parfois un peu trop vite sur des livres un peu trop bruyants, sur des polémiques un peu trop cruelles... Mais on ioue une de nos pièces et on s'aperçoit que l'esprit français est toujours vivace; on pénètre dans notre littérature et Ton se convainc bientôt de Pimmortalitè de Pâme française l
« Notre Société a tenu à honneur de garder, lumi-
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neuse toujours, une éiincelle de ce feu sacré, et il y a cinquante ans, messieurs — que de révélations et d'éTéncments en cinquante ans ! — il y a cinquante ans que la règle fraternelle de nos fondateurs est suivie. Dans cinquante ans, ceux qui célébreront le centenaire de la Société pourront dire, j'espère, que le demi-siècle qui s'ouvre a valu le premier. Nous n'y serons pas, à cette fête... Je me trompe, j'entends les protestations des jeunes : Vous y serez... et ceux qui seront là pourront rendre aux successeurs de Louis Desnoyers et de ses amis l'hommage que nous leur apportons. Ils pourront dire de nous ce que nous disions de ceux qui nous ont précédés : ils ont bien mérité des lettres françaises parce qu'ils ont donné aux écrivains le moyen de s'entr'aider et de s'affranchir; qu'ils soient remerciés et glorifiés parce qu'ils ont apporté aux gens de lettres la possibilité de vivre qui assure la dignité, le prix du labeur qui assure la liberté! «
Enfin, M. Claretie, en termes très gracieux, a remercié de leur présence M. Camille Doucet, président de la Société des auteurs et compositeurs dramatiques, et M. Goblet qui, étant ministre de Tintérieur, a autorisé la loterie de la Société des gens de lettres et a exercé en sa faveur « la haute magistrature de la bonté ».
Très touché, M. Goblet a développé avec éloquence cette idée que, plus on avançait dans la politique, plus on s'apercevait qu'on trouvait des consolations dans les lettres. « Les littérateurs ne connaissent pas rindépendance du cœur, » a dit l'ancien président du conseil, et, un peu après, au milieu des sourires : ■ C'est ici que nous voyons la véritable concentration. » La Société des gens de lettres ne peut que grandir; dans un souhait patriotique, M. Goblet voit dans cinquante ans la Société prospère au milieu de la France glorieuse.
M. Camille Doucet, secrétaire perpétuel de l'Académie française, a pris ensuite la parole. Nous sommes heureux de pouvoir reproduire en entier son discours :
c Chers confrères,
« Comme si ce n'était pas assez de leur donner un bon dîner, l'usage veut encore que, dans les circontances solennelles, le maître de la maison se lève au dessert pour adresser à ses invités des compliments qui les couvrent de confusion.
« Notre cher président ayant très gracieusement accompli sa tâche, je vous demande la permission de prendre à mon tour la parole pour lui répondre par des remerciements et aussi par des reproches. Oui, des reproches ! Et c'est par là que je commence.
« On m'a traité comme un étranger, en m'invitant * cette fête, quand j'aurais eu le droit d'y venir de ^^^ plein gré, pour mon propre compte et sans la permission de personne. Cela, il est vrai, m'a valu Qne belle place d'honneur; mais si je suis fier de représenter ici la Société des auteurs et compositeurs dramatiques, j'aime pourtant à vous apprendre peut-
être que, vous devançant presque tous, j'entrais, 'il y aura bientôt cinquante ans, dans cette petite Société d'alors, aujourd'hui si grande, dont après un demisiècle je me réjouis de fêter avec vous, à cette table, le glorieux anniversaire.
« Je n'étais pas trop vieux, il y a cinquante ans, et je n'avais encore presque rien écrit, mais la Société naissante n'y regardait pas de si près. A vrai dire, elle n'y regardait pas du tout.
<t Je vais vous en donner la preuve.
a Un jour, c'était un dimanche comme aujourd'hui, traversant, entre une heure et deux, le passage Véro- Dodat, je fus accosté tout à coup, et presque appréhendé au corps, par un grand bel homme, plein de bonne humeur et d'esprit, que je ne connaissais guère, mais qui, connaissant tout le monde, voulait bien, ce jour-là, se croire mon ami et se faire mon protecteur. J'ose à peine vous le nommer, tant il vient de mourir tristement. Ce joyeux confrère chargé d'ans et d'infirmités, ne se ressemblant plus a lui-même, c'était Emile Marco de Saint-Hilaire!
« — As-tu vingt francs? me dit-il, en me faisant, je ne sais pourquoi, l'honneur de me tutoyer; as-tu vingt francs.^
a Quelques années plus tard, trop instruit par l'expérience, j*aurais peut-être été capable de répondre non. J'en serais bien puni à cette heure.
a Je les avais, ces fameux vingt francs, et, cédant sans doute à l'orgueil de posséder une si grosse somme, je me hâtai de répondre oui.
« — Eh bien alors! mon cher enfant, viens avec moi; tu vas étr£ membre de la Société des gens de lettres.
« — Moi?
a Je le suivis.
« Au bout du passage, à gauche, rue de Grenelle- Saint-Honoré, dans une grande salle qui s'appelait Idalie, je crois, siégeaient, je les vois encore, quelques amis de mon ami.
« Je n'en connaissais qu'un.
a Vous les connaissez tous! La postérité a gardé leurs noms, et nous, c'est avec reconnaissance que nous honorons leur mémoire.
« C'étaient nos frères aînés; nos jeunes ancêtres! C'étaient les premiers fondateurs de cette bonne république ouverte, dans laquelle, je le répète à sa louange, tous les amis des lettres peuvent entrer un jour pour vingt francs.
« Pour avoir le plaisir Je parler d'eux avec vous ce soir, j'aurais voulu qu'il me fût permis de re^éffmquer avant tout un titre ancien, que je dus un peu au hasard et qu'on paye aujourd'hui plus cher, par du travail et du talent!
« Et maintenant, mes chers confrères, devenant plus grave et vous dei^ahdant pardon de la promenade familière que je vous ai forcés de faire avec moi dans mon passé, dans le vôtre, le représentant des auteurs dramatiques est heureux de confirmer par des assurances d'amitié réciproque et de cordiale confraternité tout ce que notre cher président, quc*^ j'en remercie, a bien voulu si bien dire de l'union nécessaire et indissoluble de nos sociétés jumelles.
je •
« Au nom àe U Société des auteurs et compositeurs irmauin^ques^ )c hais à !• Société des gens de lettres, À U ^eusesse de ses cinquante ans, à sa prospérité rrcsea» et future!
« Quacd ^e p«rle de sa prospérité, qui me fait so::i?er à la =v^:re, comment, de mon côté, n^'en repor- 2erais>''e pas aussi Th^nneur à celui qui, dans nos 3tfUTmis 'C>urs. prenant de tout son pouvoir et de t:-;:t scn Csrur :a:i et cause pour les deux Sociétés ea péril, relera Tune et saura Tautrer ■
arp*acdissements qui ont accueilli la dn de ce iiscrurs ayant cessé, M. Campbell Clarke a prononcé ^ue^^ues m^ts au nom des littérateurs anglais. Puis M. ïilic Benhet a établi un parallèle entre la pre- =::ere reu:3::>n des quelques hommes groupés autour ie Desacjers et la puissante Société des gens de lertres à laquelle cette réunion a donné naissance.
En^c M. de B:>mieraluunepiccedeversqu'il avait CDzn'ç^ùséc p?ur la circonstance, et M. Arsène Houssare a bu a Balzac et à Alfred de Musset, demandant eue ]'erecT.:= de la statue qui leur est due ne se pius wcs-:rr=ais longtemps attendre.
Vernies Sjmtoifr^pkes. — A l'hôtel Drôuot a %u lieu Tcatc iniéresftante d'autographêk. Signalons une qui dyiukc une idée de l'instniction^de la^omdu
m Monsieur Buâault
« Je pr:>à:e de loflre que Monsieur Buffault ma fait ic3 lac de douse cent livre par semaine, j*ai tant ie gens qui de mande et si peut à leur donner qu'il faut les contenter.
m Je TOUS et attendu mercredi toute la premîdi.
Jespêre avoir bientôc le plaisire de tous voire et vous
reooaveler Lassorance des sentiments que )s vous
ex Tooê.
« La comtesse De BAmar.
« De LooTenciennes, i6 octobre 1780.
Vendue 5o ir-
— Un jeune musicien désespéré, ayant des idées de KiicidCf avait ecnt à Jules Jasin pour lui demander coasexi: le célèbre critique lui adressa une lettre de h:iit pages, «^on: cc^us détachons le passage suivant:
« J'ai ete aussi malheureux que vous; j'ai gagne c.::qua::te f'ancs par mois dans une pension deChail- :.,tc^ -*e::se:znafs le grec et le latin à des enfanu rr^l ve=as. Eh bien! ;e traTailIaîs mes levons six f'.is par sc:::a:ne, cz c'était na rude orchestre à cou- ^szrc Xum'ii que œm tâche était accomplie, je me s^.tais a /xurre pour 210a propre co=:pte et j*etu- Xia^is. Et «u :i.a=Ie s: î'ai socgé a me tuer une seule :..»: cz Cizzlc si 'C tz,c suis pcsc un seul insunt t^ rca^ lerctrccx, ea ac:Tir=.e isconiprisî... Pavais -i.-Lç: z^i l'.r.cie T'.us ^es avez, et cela su £sait à ma <.-e, a =:-* f-r:-.":e, a .-es fêtes de chaque »our! . avajifr t-iA t'JLn a..ss:, ie rcss unis, pauvres aussi... î>. s* T'i.-a 7:^:;x, oa î<u s'en faut, ae regrettant pas
I un seul jour de ma vie... Ne lisez pas sans contrôle les mauvais livres que nous faisons les uns et les autres, ce sont là de mauvaises lectures pour les esprits oisifs, pour les cœurs inoccupés, pour les âmes mécontentes. Méfiez-vous-en! Méfiez-vous de I t3ut ce qui n*est pas Part calme et bien pensant, Tart des maîtres et du bon sens. Lisez les bons livres ; ils vous apprendront que la vie est chose sérieuse et que Ton apprend à vivre... en vivant.
« i5 septembre i833.
« Jules Jahix. ■ Adjugée à i5o francs.
— La vente des quinze manuscrits de Félicien David n*a produit que i,oo5 francs.
La partition originale du Saphir, manuscrit de 6t3 pages, a été vendue 25o francs.
Le recueil des morceaux de musique composés par Félicien David pendant son voyage en Orient, en iS?4, manuscrit de 84 pages, a été payé 2 13 francs; rOcéan, 27 psges, 5o francs; Cri de charité, 36 francs; le Bédouin, 23 francs.
Ces manuscrits sont les derniers provenant de la succession du compositeur; le produit de cette vente, ajouté à celui de deux adjudications précédentes, servira à parfaire la somme nécessaire à la construction du monument, par Chapu, qu'on doit lui ériger drns ie cimetière du Pecq. Malheureusement, ces trois ventes n^ont pas donné ce que l'on en attendait et il manque une somme de 2y3oo francs pour commencer les travaux.
Dans la même vente, on a adjugé à 810 fnmcs une correspondance de Buffon se composant de 47 lettres formant («3 pages.
La protection internationale des ceuvres de Vesprit, — Le récent congrès littéraire qui a eu lieu à Madrid et àont nous avons entretenu nos lecteurs a suggéré à M. Ambroise Rendu les rédexions suivantes, que nous trouvons dans le journal le Soleil ^n* du 2 novembre 18S7 .
• Il semble qu*une bonne loi sur la propriété intellectuelle serait bien facile à faire. La formule pourrait être recuite à quelques mots i La propriété artistique et la propriété littéraire sont des propriétés. 11 n*en faudrait pas plus, en effet, pour assurer aux auteurs et aux artistes, dans leur pays d'origine comme dans les autres pays civilisés, une protection complète. Malheureusement, cette formule est trop simple et les legislateurs semblent s'accorder pour refuser aux conceptions de l'esprit, aux créations de la pensée, le caractère et les privilèges d^une proprièie.
« C'est bien une propriété, disent-ils, et nous le proclamons très haut, mais ce n'est pas une propriété comme les autres ; c'est une propriété métaphysique. Avec un mot comme celui-là, qui ne signifie pas graau'chose, on écrase toutes les revendications, on réfute tous les arguments. Métaphysique! Le sans do: de Molière n^eut jamais plus d'à-propos ni de puissance.
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• Sous l'empire de cette théorie, la propriété métaphvsique est éphémère et fragile. Qu*on en juge, d'ailleurs: Si j'ai fabriqué une malle, je peux et j'ai toujours pu poursuivre Tétranger qui aurait voulu me la prendre. Mais si j'ai écrit un livre ou peint un tableau, je me trouvais, tout récemment encore, désarmé contre les usurpations; et l'on traduisait ou l'on copiait mon œuvre sans vergogne et sans danger de l'autre côté du Rhin et des Pyrénées. Cette propriété métaphysique ne trouvait pas à Tétranger de juges pour la défendre. II en a été ainsi très longtemps et, sans la persévérance d'un groupe de littérateurs et de juriscon.sultes, la question n'aurait pas fait un pas. Mais quelques hommes résolus et dévoués ont commencé, voici bientôt quinze ans, un pèlerinage à travers l'Europe. Des congrès fréquents leur ont permis d'exposer leurs idées, de les semer dans les grandes capitales, et ils ont réussi à intéresser les gouvernements à leur œuvre. De tous ces efforts et de taus ces congrès, dont le dernier vient d'avoir lieu à Madrid, est née une convention très compliquée qui est destinée à rassurer les auteurs.
• Nous disons très compliquée, et l'expression est exacte, car il n'a pas fallu moins de vingt articles, plus un article additionnel et un protocole de clôture, pour consacrer cet axiome de droit naturel : la propriété des œuvres de l'esprit est une propriété respectable.
■ Nous n'en sommes pas encore, bien entendu, à assimiler le livre ou le tableau à une malle. La métaphysique ne le permet pas. Si l'idée de propriété est admise, les diplomates ont eu soin de l'envelopper de réticences et de restrictions. Cependant c'est un résultat, et, quoique incomplet, il faut s'applaudir de ravoir obtenu, d'autant plus que la France a pris l'initiative et a sa bonne part du succès.
a Passons donc en revue les textes de cette convention protectrice qui met la propriété littéraire sous régide des lois internationales dans sept pays d'Europe, un d'Afrique et un d'Amérique *.
« Depuis le mois dernier, ces différentes nations sont constituées à l'état d'union et reconnaissent aux auteurs, dans tous les pays qui ont adhéré à la convention, les mêmes droits que dans leur pays d'origine. Voilà le principe; nous verrons tout à l'heure les exceptions.
« Quelles sont les œuvres qui jouiront de la protection internationale.' La convention prend soin d'en donner une énumération très détaillée.
« L'expression « œuvres littéraires et artistiques » comprend les livres, brochures ou tous autres écrits; les œuvres dramatiques ou dramatico-musicales, les compositions musicales avec ou sans paroles; les œuvres de dessin, de peinture, de sculpture, de gra- ^we; les lithographies, les illustrations, les cartes géographiques; les plans, croquis et ouvrages plastiques relatifs à la géographie, à la topographie, à
I Us pays contractants sont : l'Allemagne, la Belgique, *'E»pagne, h France, la Grande-Bretagne, Haïti, l'Italie, la S«i»c, la Tunisie.
l'architecture ou aux sciences en général; enfin toute reproduction quelconque du domaine littéraire, scientifique ou artistique qui pourrait être publiée par n'importe quel mode d'impression ou de reproduction.
a Voilà qui est bien. Mais la restriction vient aussitôt. Le droit de propriété, en ce qui touche les traductions, est limité à dix années, à partir de la publication. Par contre, le traducteur est protégé comme l'auteur lui-même.
« Les auteurs dramatiques sont également protégés pendant dix ans contre les représentations à l'étranger.
« Cette restriction du droit de l'auteur, cette limitation de sa propriété sont certainement des concessions arrachées par les représentants des pays où la contrefaçon s'épanouissait jadis. Mais, en matière de droit et de propriété surtout, les concessions peuvent être de véritables abdications. Si l'auteur français est sûr de conserver sa vie durant, en France, la propriété de son œuvre; s'il peut la laisser à ses enfants qui en jouiront longtemps encore après lui, comment admettre que son droit, de l'autre côté des frontières, sera limité à dix années ? Singulière propriété que celle-là!
tt On dira bien, en faveur des auteurs de la convention, qu'il fallait d'abord faire proclamer le principe et que cette proclamation devait être payée de quelques sacrifices.
« Fort bien. Maïs quel est donc ce sacrifice? On reconnaît la propriété de l'auteur et on la limite à dix ans. Ce délai expiré, il ne pourra plus alors tirer parti de son œuvre et l'édition commencée deviendra improductive. Passe encore pour les romans qui ont une vogue passagère ; mais pour les œuvres de longue haleine, les ouvrages scientifiques ou historiques qui ne s'épuisent que lentement, le délai de dix ans paraîtra certainement insuffisant.
« Il est vrai que pendant ce délai l'auteur est bien protégé. S'il faut en croire la convention de 1887, il n'aura à craindre ni les adaptations ni les arrangements, ces larcins littéraires qui savent si bien se dissimuler et qu'il est si difficile d'atteindre. Une définition diplomatique trace désormais la voie aux créateurs de livres ou d'opéras. Les appropriations interdites sont celles qui ne constituent que des reproductions sous une forme quelconque, avec des additions, changements ou retranchement non essentiels et ne présentant pas le caractère d'une œuvre originale. La question d'appréciation sera réservée, d'ailleurs, aux tribunaux locaux.
« Nous convenons qu'il était difficile d'agir autrement dans une convention faite de concessions. Mais il faut avouer que les auteurs ont là un bon billet. Pillés, ils ne trouveront des juges que dans le pays de leur plagiaire. C'est une ressource singulièrement précaire, car nous savons tous quels trésors d'indulgence les tribunaux des pays à contrefaçon ont toujours témoignés pour leurs nationaux.
« On pourrait citer encore dans la convention, à côté des lacunes ou des trompe-l'œil, quelques naïvetés bien inutiles. En voici une, par exemple ; « Il
LE UIVRE
« est entendu que, s'il s'agit d'une œuvre pour « laquelle le droit de traduction est dans le domaine « public, le traducteur ne peut pas s'opposer à ce que a la même œuvre soit traduite par d'autres écria vains. »
« Quoi qu'il en soit de ces critiques, que Ton pourrait multiplier si Ton analysait chacun des articles de la convention, il n'en est pas moins certain qu'elle réalise un progrès sensible. C^est, avons-nous dit, un premier pas et il faut rendre hommage aux patients efforts de ceux qui Pont préparé. On a reconnu solennellement le principe de la propriété intellectuelle, on a élevé des barrières temporaires contre les contrefacteurs. Sans doute, on en arrivera à reconnaître un jour qu'il faut aller plus loin et déclarer que la propriété des œuvres de l'esprit est aussi respectable que les autres, dans les limites nécessaires que les législations de chaque pays lui as&lgnent.
« Mais les conquêtes durables ne sont pas Pœuvre d'un jour ni d^un traité. »
Emile de Girardin. — Le journal la Liberté. — Sous le titre de Paris-Canard, M. Charles Virmaître, ancien secrétaire de la rédaction de la Liberté, a publié chez réditeurSavine un livre rempli d'anecdotes amusantes et de souvenirs curieux. Nous en extrayons les principaux passages du chapitre consacré à Emile de Girardin et à la Liberté:
« Il a existé deux Libertés, on pourrait même dire trois.
« La première, celle de M. Ch. Muller, qui avait pour devise : hors de l'Église pas de salut, fut créée le i6 juillet i865; c'était un journal en chambre, une sorte d'annexé du Journal des villes et campagnes.
« Emile de Girardin acheta la Liberté pour trente mille francs. M. Muller stipula qu'il en resterait le rédacteur en chef, mais quelques jours après la signature du traité, Girardin refusa la copie de M. Muller, et fit disparaître son nom des manchettes. Grande fureur de M. Muller, échange de lettres; finalement, M. Muller dut se retirer; c'était au commencement de 1866.
« Après six mois d'existence, la première Liberté tirait à peine à cinq cents exemplaires : la seconde, après quinze jours, tirait à vingt mille.
« C'est qu'en dehors du maître, la Liberté avait pour collaborateurs une pléiade d'écrivains remarquables : MM. Clément Duvernois, Vermorel, H. Pessard, Paul de Saint-Victor, Castagnary, les deux de Fon vielle t Arthur et Wilfrid), de Gasperini, Léon Cahun, Oscar de Poli, Xavier Eyma, Vigier de Mirabal, Baron Brisse, Jacques Valserre, Jean Tapir, Paulin Caperon et E. Siebecker.
« Le secrétaire de la rédaction était votre humble serviteur.
« Dieu, dit-on, créa* le monde en six jours et se reposa le septième. Emile de Girardin fut plus fort que Dieu, il créa les mondes en un jour et ne se reposa jamais. Ces mondes étaient la division des
faits divers sous la rubrique à laquelle chacun appartenait : les généraux au monde militaire, les crimes au monde jitdiciaire, les prêtres au monde religieux, etc., etc.
a La Liberté ne fut pas, comme beaucoup se le sont imaginé, créée dans un but politique, pour soutenir une idée, défendre un principe. La Liberté fur une affaire, comme la Presse, comme la France, comme tous les journaux créés par Emile de Girardin, car, avant d'être un grand journalisme, Girardin était un grand spéculateur.
« C'est lui qui, le premier, imagina de faire payer les nécrologies.
... « Monsieur Virmaître, m'écrivait-il, je vois encore tt six lignes consacrées aux obsèques de M. Félix San- « dau.
a Je vous ai écrit, il y a cinq jours, de ne plus ad- « mettre ces lignes qu'autant qu'elles auraient été a payées à MM. Lagrange et Cerf.
« Veuillez vous entendre avec M. Clément Duverft nois afin que ces insertions n'aient pas lieu gratui" « tementi
« Vingt et une lignes à la soirée de M. Pierre Véron, a du Charivari, quand vous avez omis la Ménagère... « C'est abusif! »
« Pendant que tout le monde le croyait préoccupé de saper le régime impérial, il s'interrompait d'écrire ses fameux articles si commentés dans les cercles politiques pour m'adtesser des noies semblables à celles-ci:
« Mettez-vous à jour avec toutes les annonces, ré- « clames et faits Paris : n'en laissez pas en retard, a afin de ne pas donner à MM. Lagrange et Cerf un « prétexte de se refroidir et de se ralentir; la question « des annonces est en résumé la question d'existence « du journal au prix de 54 francs. Il est d'ailleurs « bon que vous en ayez beaucoup. Faites aussi passer « la Revalescière! »
« Sur le chapitre des économies, il était passé maître ; quelques-uns des rédacteurs chargés des échos pour le monde parisien démarquaient sans façon les confrères ; vite un ukase.
« Monsieur Virmaître,
a Règle :
« Retrancher de la copie de M. de Poli tout ce qui « est copié sur les autres journaux, alors même que a je vous l'envoie. Je ne puis tout lire. »
« Deuxième ukase, cette fois collectif à MM. Clément Duvernois et H. Pessard:
« Il faudrait apprendre à lire V Indépendance et les « journaux qui ont des correspondances, afin de « savoir tirer de ces correspondances tout ce qu'elles « peuvent contenir de curieux, de vivant, d'opportun. »
« Bien que M. de Girardin m'écrivît qu'il ne pouvait tout lire, rien ne lui échappait ; il s'occupait des plus petits détails; c'était vraiment un homme prodigieux.
« Voici en bloc une série de notes qui le prouvent:
GAZETTE BIBLIOGRAPHIQUE
. beaucoup de faits que je ne reirouve pas le lenden reproduits ei ciiës par la Liberté.
■ Sachez vous faire de la place : il ne doil rester sur
• le marbre que ce qui peut y demeurer sans vieillir
• La préférence à tout ce qui est emprunté aux
• autreE journaui qu'il faut dépouiller le matin avec ■ le plus grand soin. Les citer toujours scrupuleuse, t menl, de telle sorte que le lecteur puisse se dire : > la Liberté me donne tout ce qui paraît d'intércsn saut, d'amusatit, etc., dans les autres journaux. ■
• Votre coupeur est-il entre en fonctions; Pas une ■ nout-dle, pas un fait donné .par un des journaux
• que vous recevez ne doit échapper aux filets de la
• Liberté, s'ils sont bien petés, bien tendus et bien
• relevés. Il faut que les lecteurs de la Liberté sachent
• qu'ils trouveront tout dans la Liberté. Ce doit H être l'ancienne Estafette mieux faite. ■
. Pourquoi n'a-t-on pas mis le feuilleton de M°" J.
■ de Moncel ;
< Il y avait de la place, car j'avais marqué sur t l'épreuve qu'on pouvait ajourner le procès-verbal < signé L. de Gaillard et Girardin. Avec le feuilleton,
■ eu pour aujourd'hui, oii la matière fera .défaut, •< toutes les citations sur la Literie.
■ Numéro manqua 11! »
■ Quand vous aveï adopté une chose bonne, y per- 1 lister! Ne plus l'oublier! Ne pas la laisser tomber
• en désuétude!
• Vous ne soignez pas assez l'emploi de la Journée!
■ Et la distribution que vous donniez et que vous " ne donnez plus?...
. ... Cependant, c'était bon!
■ ... Comme nous payons la Bourseet !e programme ■ des tbeàtres comme si on les composait k
• irhaque jour, faites-les renouveler très souv ' La bourse et le programme des spectacles - uiencent à s'user, — diles à Victor de les re " poser à neuf pour demain ! ■
■ Pour tenir lieu de bulletin de Bourse, je vous enverrat demain un feuilleton de même hauteur, ce qui rendra le journal plus facile à faire. < H n'y aura donc (au moyen d'entrefilets) qu'aménager sur la une l'espace nécessaire à l'article sur la séance pour la deuxième édition, • A la deuxième édition, on retranchera le feuilleton que je vous ai envoyé ce matin et qu'on pourra
' composer aujourd'hui et dont c > cliché demain matin. ■
• Madré (c'était le vendeur) a prévenu M. Bic (l'ad- 1 ministrateur] que les libraires fermeraient demain I dimanche, jour de Pâques.
« Fournier (le mécBDicien) a exprimé le désir d'avoir [ un jour de congé.
■ Néanmoins je réponds que la Liberté paraîtra I demain.
1 Mais si tous les libraires ferment, il y aura alors L moins d'importance à paraître avant l'heure des I télégrammes.
I Causez de cela avec M. Duvernois, Bic, Madré et
I une production simultanée plus considérable, pen- [ dant l'heure de 4 à 5 heures.
■ Avez-vous mis la main sur ceux qui prennent les I DOUZE EXXHPLAïaas qui manquent ! •
Les ukases de M. de Girardin étaient un ther- ;. En lisant ses petits papiers, nous étions leignés sur t'étai de son esprit; jamais il ne tut au beau lixe. Je me souviens d'une note des plus curieuses ; elle nous était adressée collectivement, à Clément Duvernois, Hector Pessard et moi ; je la reçus à dix heures du matin :
■ Dans les faits qui sont révisés, retrancher impl- 0 toyabiemeni el avec soin toutes ces qualifications ■ qui exhalent l'obséquiosité et surtout la presse • officielle el ofRcieuse; ne jamais mettre:
. Le Prince, la Prii
■ Le Ministre des...
■ On dirait d'un journal écrit à plat ventre par des I surnuméraires aspirant à un emploi de t I dans les bureaux de M. Duruy.
■ Quelques heures plus tard, je remettais personnellement à l'huissier de service, au ministère d'État, une lettre autographe d'Emile de Girardin dont l'enveloppe portait cette suscription:
• A Son Excellence!!
■ Le grand succès de la Liberté fut celui-ci: Emile de Girardin, tout en ayant l'œil aux affaires sérieuses, laissait à chacun de ses rédacteurs une grande somme de liberté. Si l'un d'eu bourde, un oubli, il m'
a — Vous préviendrez M. X... qu'à la hn du mois a il cessera de faire partie de la rédaction. »
« Sa décision était toujours irrévocable, aucune considération ne pouvait le fléchir.
« Les bureaux de la Liberté étaient très amusants ; Paul de Saint-Victor venait régulièrement à trois heures, alors que les formes étaient sous presse ; il me demandait ses épreuves :
« — Pai oublié une virgule, me disait-il, mon article sera défiguré ; faites vite corriger.
a — Mais le journal est sous presse, c'est impossible.
a — Je me plaindrai à Girardin.
« En effet, il se plaignait, et arrivait de bonne heure, en même temps que Girardin, pour juger du galop que j'allais recevoir; il glissait son pouce dans la poche de son gilet et attendait Girardin, qui tenant à ménager l'illustre critique, me disait que j'aurais dû faire arrêter les machines, etc., etc. Cette scène se reproduisait chaque fois que Saint-Victor publiait un article.
« Paul de Saint-Victor n'était pas bien vu aux Tuileries. Lorsque MM. de Vaux et Aylic Langlé, sur le désir exprimé par l'impératrice, dressèrent une liste d^invités littéraires pour les séries de Compiègne, cette annotation l'accompagnait dans les papiers des Tuileries :
« Paul de Saint-Victor, exclusivement feuilleto- « niste, médiocrement élevé, existence peu régulière, « très détesté de ses confrères. »
« Il va sans dire qu'à la suite de cette note aimable, notre confrère avait été impitoyablement rayé de la liste des invités.
« Une figure curieuse était celle du turbulent Léon Cahun ; venu du fond de l'Egypte, il avait apporté avec lui le sans-gêne des Orientaux.il était à l'étroit dans la salle de rédaction; il craignait sans cesse que le plafond ne s'écroulât sur sa tête. A son début, il fut en butte à l'égolsme de Duvernois, qui ne voulait pas de nouveau visage, redoutant toujours de voir éclipser son étoile par un inconnu. C'était une lutte curieuse. Chaque fois que Cahun publiait un article, Duvernois biffait la signature. Girardin m'écrivait pour me demander pourquoi? Je ne savais que lui répondre. Sans doute il comprit mon silence, car un matin, il m'écrivit : « Dites à MM. Pessart et Clé- « ment Duvernois que je ne comprends pas l'hostilité « dont M. Cahun est l'objet et que je veux que sa a signature, à partir d'aujourd'hui, figure au bas de « ses articles. » En post-scriptum, il ajoutait : a Mettez « Tarticle de M. Cahun en premier-Paris, celui de « M. Clément Duvernois en second. »
« Ce fut une révolution. Clément Duvernois bouda comme un enfant. Le lendemain il fit dire qu'il était malade; mais comme la fin du mois était proche, il se ravisa et Cahun ne fut plus inquiété.
« Cahun a fait son chemin : il est bibliothécaire à la Mazarine.
« Clément Duvernois était un type à part; collaborateur d'un petit journal, il fut tout à coup, du jour au lendemain, mis en lumière par Girardin, dans la
Liberté qui était le journal en vogue, lu tout particulièrement par Napoléon III.
« Dès les premiers jours de son entrée à la Liberté, Clément Duvernois, qui était ambitieux, se posa en maître; il voulait régner sans partage et comprit le parti qu'il pouvait tirer de la situation. Son ambition augmenta en raison de son succès, car il était renseigné sur les inquiétudes de l'empereur, causées par la guerre que lui faisait la Liberté, par une jeune femme qui se faisait appeler la comtesse de G..., laquelle, dit on, était une amie intime de l'empereur. Elle venait au journal et ne craignait pas de salir ses jupes dans Taffreux escalier. Les typos disaient qu'elle était amoureuse de Duvernois; les plus clairvoyants flairaient une intrigue politique; ceux-ci ne se trompaient pas.
« J'ignore quelle était la combinaison projetée ; toujours est-il qu'un matin Clément Duvernois et Hector Pessard quittèrent la Liberté et que VEpoque fut fondée.
« Voici ce qui me fut raconté sur ce départ.
« M. Dusautoy, tailleur de l'empereur, demeurait alors rue de Laval. Napoléon III le fit demander et lui déclara qu'il voulait fonder un journal, qu^il avait jeté les yeux sur un jeune homme, Clément Duvernois, parce que Girardin, discrédité,pouvait l'attaquer tant qu'il voudrait, que cela n'avait aucune conséquence, tandis que Clément Duvernois, qui avait le même talent, le gênait, et qu'en se l'attachant d'un ennemi il faisait un ami.
« Le journal CEpoque parut, mais avec un insuccès des plus complets.
« M. Castagnary, le critique ordinaire du maître d'Ornans, daignait quelquefois apparaître. Il laissait généralement sa gaieté chez lui ; il était navré de son métier de critique dramatique. Suivant lui on n'écrivait plus que des ordures; la grande époque, celle de i83o, était passée. A la bonne heure en ce temps-là, on faisait des pièces !
a Ce qui n'empêchait que dans ses articles de critique, il trouvait admirables les deux Soeurs et la Fille du millionnaire, deux pièces d'Emile de Girardin, qui n'avaient pourtant rien de commun avec la grande époque qui lui était si chère; ce qui prouve qu'il est des accommodements avec la conscience du critique lorsqu'il s'agit de juger les œuvres du patron !
« A intervalles réguliers on voyait arriver le père Gagne. C'était un grand vieillard, sanglé dans une redingote noire, le cou emmaillotté dans une immense cravate de satin noir. 11 était à cette époque rédacteur en chef du Journalophage, de VEspérance, du Théâtre du Monde, de VUniteur du monde visible et invisible; il entrait, ou plutôt se glissait timidement dans mon cabinet et me priait de lui insérer un quatrain, ce que Girardin refusait impitoyablement. D'autres journaux accueillaient sa prose et ses vers, ou plutôt ses prophéties. En voici une assez curieuse :
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• Congrès sauveur des penbles et des rois.
t Sont enrégimentes, payés, les gens de lettres, ■ doni un triple abandon fait des fous ou des
i Supprimons les journaui et tous leurs LucITers.
■ Le journal c'est le criini; infernal qui déborde.
• S'il ne meurt aujotird'hui, detnain mourra le
■ Le père Gagne n'était pas aussi toqué qu'on ïou- Iilt bien le dire. C'était un homme pratique ; il utili-
• Quand elle allait chercher ses provisions chez te boucher, il êpinglaii une de ses professions de foi iprés sa robe, et lui recommandait de prendre le rliitnîn le plus long et de stationner devant les mausins, aSn que les passants eussent le temps de lire ma aEche.
■ A peine sortait-elle de la porte cocbère que le ptrc Gagne iui criait de la fenêtre :
■ — Rosalie, marche doueemenl. Sans cela on
Ysnte d'un mmiiiscril de la Guirlande de Jolie. — u™ vient de vendre moyennant iS.goo francs un précieux manuscrit sur vélin composé de quarante feuillets, la Guirlande de Julie, pour M"" de Rambouillet, ' escript pnr N. Jarrj', 1641 », auï armes de M'" de lUiDtiouillet. On sait qtie le duc de Montausier oll'rit â M"' de Rambouillet, pour le jour de sa fête, deux manuscrits de ce livre célèbre qu'on a appelé le chef- <l'iïuvre de la galanterie. Le premier de ces manuscmi, qui est le plus précieux, fut adjugé i la vente de 11 bibliothèque du duc de la Vallière et fut payé J4.:oo livres; il appartient actuellement i M"* la Juchesse d'Uïès de .Mortemart.
A propos de manuscrits, relatons un petit commerce auqueUe livrent des industriels allemands. Ils font prendre copie des manuscrits et ouvrages aulbentiquel rares et uniques; des faussaires imitent les caractères, le papier ou parchemin et même les enluminures.
il paraît que la France est tout particulièrement chaiiie pour rëcoulemeni Je celte marchandise de L'cintrebande. Mais il y a mieux, paraît-il : les éditeurs >:nqueitlûn ont à leur solde des écrivains qui composent, au besoin, des ouvrages inédits, dont le sujet a toujours trait à quelques légendes locales, à quelque! [ails historiques spéciaux.
Dans le midi de la France, on essaye de vendre ceux qui ont trait aux gloires méridionales, faits d'armes ou poésies. Vers le nord, on dirige également les chroniques qui se rapportent à la région.
Iciu-e (siadrc!
f dt Paris, avai
-re ; lettre de M. Zola. — Cette
a M. Lepelletier qui, dans l'Echo
delà Terre. L'écrivain défend son ceuvre, et voici quelle est son argumentation :
• Il y a de la vigne à la lisière de ta Beauce; les vignobles de Montigny, près desquels j'ai placé Rognes, sont superbes. Tous les noms que j'ai employés, sauf celui de Rognes, sont beaucerons.
» Il n'est pas vrai que la fatigue soit contraire à Vénus: demandez aux physiologistes. Si vous croyez que les paysans ne reproduisent que le dimanche et le lundi, je vous dirai d'y aller voiri
«La lutte politique dans les villages n'est point aussi âpre, ouvertement, que vous le pensez : tout s'y passe en manœuvres sourdes. Mes Charles sont copiés sur nature; et puis, c'est vrai, eux et Jésus-Christ sont la fantaisie du livre. Est-ce qu'à l'ironie de la phrase vous n'avez pas compris que je me moquais :
« La vérité est que l'œuvre est déjà trop touftue et qu'il y manque pourtant beaucoup de choses. C'est un danger de vouloir tout mettre, d'autant plus qu'on
Du reste, c'est là l'arrière-plan, car mon premier plan n'est fait que des Fouan, de Françoise et de Lise : , la terre, l'amour, l'argent.
M. Alexandre Dumas; sa Jeunesse. — Un rédacteur du Voltaire a eu la conversation suivante avec M. Alexandre Dumas :
• Comme je disais à M. Dumas : o Nos plus distln- •I gués moraliste* n'admettent pas que Pierre Clèn menceau tue sa femme parce qu'elle est menteuse, o sensuelle et adultère. Votre morale est cruelle, ■ il
• J'ai toujours été sermonneur, à vingt anssurtout. 0 Je commence à l'être un peu moins, car je m'aper- » çois que cela ne sert à rien. L'Affaire Clemenceau • est une autobiographie. C'est ainsi que je veux la
•I Et, comme je m'étonnais:
• — Je ne prétends pas, reprit-il, avoir jamais assassiné une femme. D'ailleurs, jeune homme, ce n'est pas à un chroniqueur que je m'en confesserais. Mais j'ai beaucoup aimé ma mère dont l'histoire est douloureuse. C'est ce côté de ma vie qui m'a inspiré le roman dont vous m'entretenez.
• Maintenant que toutes ces choses sont loin, je puis vous en parler sans trop de gène. Aussi bien des journalistes, et notamment la Revue d'art dramatique ont raconté les quatre ans que j'ai vécu rue Pigalle avec ma mère. Nous avions chacun notre apparte-
J'écrivais dans les journaux ; je publiais le Docteur Servans, le Régent Mustel, Diane.
• Cette période eût été terrible, car depuis 184S mon père n'était plus à même de m'aider, si l'alTection de ma mère n'eût infiniment adouci l'âpreté de mes premiers eilbrls vers le succès. Douze ans plus tard, en 1866, quand j'écrivis l'Afaire Clemenceau, j'étais encore ému de cette tendresse de nos chagrins partagés, je me plus à lui rendre un hommage filial qui enchanta ses derniers mois. Je l'ai perdue en :868.
if
« Avez -vous lu dans le Temps les souvenirs de Legouvé sur la pension Goubaux r C'est la pension où i'aî été élevé et que j'ai mise dans mon roman. Goubaux, qui est dans l'histoire le fondateur du collège Chaptal, à ses heures perdues de pédagogue, avait écrit avec mon père Richard d'Arlington. Quand j'eus huit ans, mon père écrivit à ma mère, qu'il avait perdue de vue, de me conduire chez Goubaux.
« Vous savez qu'il s'agit dans mon roman d'un enfant naturel, du fils d'une pauvre fille abandonnée, qui travaille pour vivre.
« Ma mère était, en effet, couturière. Elle obtint de devenir directrice de la lingerie chez M. Goubaux. rétais très malheureux à cause de mes camarades, cous fils légitimes. Ma mère, vraiment admirable, m'exhortait et m'aimait. •
« jSi j'ai quelque générosité dans l'âme et quelque énergie de lutteur, je le dois à ces misérables années. »
Auguste de Châtillon; son portrait, — Le musée de la Ville de Paris, à l'hôtel Carnavalet, vient de recevoir un legs intéressant.
La veuve du célèbre éditeur romantique. M"** Renduel, morte récemment au château de Beuvron, dans la Nièvre, a légué à M. Jules Cousin, pour le musée de Paris, le portrait de son mari fait au plus brillant moment de la période romantique par le peintrepoète Auguste de Châtillon.
Ce portrait, daté de i836, est de l'année même où Châtillon fît le portrait de Victor Hugo avec son fils François-Victor entre les genoux, qui obtint un si grand succès à l'exposition des portraits du siècle, en i883. Le portrait de Renduel, scrupuleusement vêtu à la mode romantique, est des plus curieux. Nous espérons pouvoir bientôt faire graver une belle eau -forte pour les lecteurs du Livre que ce portrait intéresse.
La correspondance de il/"*« Cornu et de Napo^
léon JIL — De temps à autre quelques journaux annoncent que M. Ernest Renan va publier la corres. pondance inédite adressée par Louis-Napoléon Bonaparte à sa sœur de lait, M"« Cornu.
Rappelons à ce sujet que le manuscrit de ces lettres est actuellement à la Bibliothèque nationale, où il fut déposé en 1875, à la mort de M"»* Cornu, qui, par testament, chargeait M. Ernest Renan de la publication éventuelle de cette correspondance.
M"* Cornu soumettait cette publication à deux conditions essentielles : un délai de dix ans et l'autorisation des héritiers de l'empereur.
Le délai de dix ans écoulé, M. Renan écrivit, en i885, à l'impératrice et lui demanda l'autorisation de se conformer au vœu testamentaire de M"« Cornu. L'impératrice refusa.
M. Renan a plusieurs fois déclaré que la publication de ces lettres n'offrirait qu'un intérêt assez secondaire; elles n'ont nullement Pimportance politique que plusieurs leur avaient attribuée, d'ailleurs sans les connaître.
Une partie de cette correspondance n'est pourtant pas complètement inédite.
Un historien anglais, Blanchard Jerrold, voulant écrire une vie de Napoléon III, demanda, pour s'éclairer sur le véritable caractère de son personnage, à M"« Cornu de lui confier son manuscrit. M"* Cornu s'empressa de prêter à Jerrold ses lettres, et celui-ci copia les plus intéressantes, dont il donna le fac-similé dans son ouvrage.
Af. Becq de Fouquières. — M. Anatole France a consacré Tune des dernières chroniques littéraires qu'il donne au journal le Temps à M. Becq de Fouquières, dont nous annonçons le décès plus loin. Il y a là sur les éditeurs d'André Chénier, dont M. de Fouquières fut, comme on sait, un admirateur passionnée, de curieux détails qu'on ne lira pas sans intérêt.
« C'est sa vie tout entière que M. Becq de Fouquières consacra à la gloire d'André Chénier.
« Pour se préparer à sa tâche d'éditeur, non seulement il étudia fragment par fragment, vers par vers, mot pift ftiot les œUvrès inachevées' de son auteur, mais encore il le suivit pas à pas dans son existence terrestre et il revécut la vie que le poète avait vécue, cette vie courte et pleine, si généreusement dédiée à l'amitié, à l'amour, à la poésie et à la patrie, cette vie toute chaude de mâles vertus. Il fréquenta les amis d'André, les de Pange, les Trudaine, les Brézais. Il aima les femmes qu'André avait aimées ; il s'attacha aux ombres charmantes des Bonneuil, des Gouy d'Arsy, des Cosway, des Lecoulteux et des Fleury. Bien plus : il partagea les études du poète comme il en partageait les plaisirs. Le fils de Santi L'Homaca avait appris le grec avec amour et, pour ainsi dire, naturellement. Il vivait en commerce intime avec la muse hellénique et la muse latine. M. Becq de Fouquières fréquenta, sur la trace du jeune dieu, Homère et Virgile, les élégiaques latins, la pléiade alexandrine, Callimaque, Aratus, Méléagre et V Anthologie j et Théognis et Nonnos. Il ne négligea pas les faiseurs de petits romans, les diégématistes ; il n'oublia ni Héliodore d'Émète, ni Achille Tatius, ni Xénophon d'Antioche, ni Xénophon d'Éphèse. II n'oublia personne, hormis toutefois Théodore Prodrome, qui composa, comme vous savez peut-être, les Aventures de Rhodate et de Dosiclès, M. Becq de Fouquières faillit en ce point. Il ne lut pas les Aventures de Rhodate et de Dosiclès. Or, c'est précisément dans ce livre, c'est â Théodore Prodrome que Chénier a emprunté un de ses chefs-d'œuvre, le Ma^ lade :
Apollon, dieu sauveur, dieu des savants mystères...
a M. Reinhold Dezeimeris le lui fît bien voir dans une élégante et subtile dissertation.
«C'est là un exemple frappant et digne d'être médité. Nous avons tous notre talon d'Achille. Si bien préparés que nous soyons à la tâche qui nous incombe, il y a toujours un Théodore Prodrome qui
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nout éi: happe. H faut aoa» résoudre à ne pas lout jiroir, F^'isiix^ Becq de Fouquiéres lui-mime a rpioré une des sources de son poète.
■ C'est en 1863 que cel édiieur plein d'amour donna la prCiDiére édition critique des poésies d'André Cnénier.Dix ans plus tard, il en donnait une seconde bien améliorée et beaucoup enrichie, lant pour la noilwquc pour le coinmeniHire. (Charpentier, in-: 8.)
«PetJ aprcs.en 1874, M. Gabriel de Chénier publia !t tienne. C'était un robuste vieillard que M. Gabriel deChtnier. A quatre-vinfita ans, il portail haut la ijie; ses epHuies aihlëtiques s'élevaieni au-dessus de celles des autres hommes. Son visage élflil immobile
Il avait blanchi paisiblement dans un bureau du mina autre Laiour-d'Auvergne, de quelque armée de htros dont il eût elè le doyen. Un de nos confrères danij'ai oublié le nom, un jejne journaliste, l'ayanl rencontré chei le libraire Lemerre admira cette robmie vieillesse et le prï! pour un homme des anciens
• Ikourul àson journal annoncer en frémissant qu'il lenaii de voir l'oncle d'André Chénier. En realité, il n'avait vu que ie neveu. M. Gabriel de Chénier était le tils d'un des frères d'André, Louis-Sauveur. Ce beau vieillard manquait absolument d'aiticisme. Il liait beaucoup tardé à publier les oeuvres de son
devancé dans cette lâche. H ne les nommait jamais pir leur nom : i! disait le premier éditeur pour désigrtr Laiûuche, à qui il reprochait également d'être
i éditeur, affirmait-il, est un conte fajl à plaisir. » Et il iiiait encore ; ■ Le premier éditeur, qui était privé ■ d'un œil et qi>i ne voyait pas très nettement de
. Il accusait forniellement le premier éditeur de lui avoir volé les manuscrits d'André Chénier. La mort 1 premier éditeur • n'ai
i remarquer qu'il n
t de rien lant
Latouche. Ce Latouehe, pour être juste, n'avait manqué ni de tact ni de goût en publiant les poésies d'André. S'il tît subir au teile sacré quclquei changement» dont nous sommes justement choqués aujourd'hui, il servit bien, en définitive, la gloire du poète, alors inconnu. Mais M. Gabriel de Chénier ne voulait pas qu'on touchât à son oncle. C'était un homme extrêmement jaloui. Et, comrne il mail i'csprit très simple, il s'imaginait que toua «uxquii'occupaientd'AndréChénierétaient des bandits. Il ne mettait pas la moindre nuance dans ses sentiments. Il poursuivait vigoureusement, d'une bainc égale, la mémoire de M. de Latouche et la per- •onnc de M. de Fouquiéres. Il appelait celui-ci tl'éditeur critique de 1862 et 1871 », prenant garde de jamais le nommer plus eïp ressèment. En vérité, c'était un vieillard irascible,
1 M. Becq de Fouquiéres l'ctiit allé voir autrefois, avant de rien publier. Mais dès la première entrevue il aiinii été traité en ennemi.
• Cet homme seni la pipes, avait dit M. de Chénier pour expliquer son antipathie. En effet, il n'aimait pas le tabac, et il gardait depuis sa jeunesse la certitude que les fumeurs étaient tous des débauchés ei des romantiques. M. de Fouquiéres, qui portait des moustaches, lui parut l'un et l'autre. M. de Chénier avait les mœurs du jour en abomination. On n'aurait pas pu lui tirer de la tfte celte idée que la débauche est une invention contemporaine. Il l'attribuait à la littérature. Tel était le neveu d'André Chénier. Mais quoi qu'il dit, à ses yeux, le grand tort de M. Becq de Fouquiéres, celui qui ne pouvait se pardonner, était de s'occuper des poésies d'André. Il y parut en 1874 quand M. Gabriel de Chénier exposa ses griefs dans son édition tardive. Il lit là d'étranges reproches à ■ l'éditeur critique de 1862 et 1871 ». Celui-ci, par exemple, ayant dit innocemment qu'André Chénier avait traduit dus vers de Sapho au col lege de Navarre, l'ombrageux neveu en fut tout courroucé. 11 répliqua, au mépris du témoignage d'André lui-même, que cela n'était pas, que cela n'avait pu Être. Et il ajouta : a On n'aurait pas plus toléré alors qu'aujourd'hui,
• poésies de Sapho. » M. Becq de Fouquiéres dut sourire doucement des raisons du vieillarJ. J'ai le droit
Sapho BU collège, dans un petit volume de l'édilton Boissonnade, où la pauvre poétesse tenait fort peu de place. Hélas ! te temps n'a respecté qu'un petit nombre de ses vers. J'ajouterai que plus tard ce même volume passa, avec le reste de ma collection des poètes grecs, dans la bibliothèque du père Gratry de l'Oratoire, dont l'ardente imagination se nourrissait de science et de poésie. Au fait, que croyait donc M. Gabriel de Chénier des poésies de Sapho? S'imagina! t-il, par hasard, qu'il y eûtdan» ces beaux fragments de quoi ternir l'innocence, déjà expirante, du jeune André ; Ce serait une étrange méprise.
0 La querelle de MM. Becq de Fouquiéres et Gabriel de Chénier restera mémorable dans l'histoire de la république des lettres, M. de Fouquiéres avait cité le mot bien connu de Chènedollé : • André Chénier «était athée avec délices. » Le neveu répondit avec assurance : I André, qui avait une intelligence si aupê-
* rieure, qui savait si bien admirer lesmerveillesdela
■ nature et coinprendre les grandeursinlînies de l'uni- « vers, ne pouvait être supposé atteint de cette inlîr- « itïitéde l'esprit humain qu'on appelle l'athéisme, que
■ par un homme qui aurait été l'ennemi delaphjloso- A phie du xviii' siècle. > Ces paroles respirent la conviction, mais elles ne prouvent rien. Il dcrneure certain qu« l'idée de Dieu est absente de la poésie d'André Chéhier. M. de Chénier voulait que son jeune oncle, qu'il protégeait, fût pieux et chaste. Il se fâclia tout rouge quand M. Becq de Fouquiéres soupçonna des maîtresses au poète des Élégies, au chantre erotique de la Lampe. Ces soupfons étaient assez fondés, pourtant. André lui-même a dit quelque part : 11 Je a me livrai souvent aux distractions etaux égarements
■ d'une jeunesse forte et fougueuse, > On savait que celte Camille • éperdument aimée ■ n'était autre
que la belle M*"* de Bonneuil, dont la terre touchait à la forêt de Sénart. Amélie, Rose et Glycère ne semblaient pas tout à fait des fictions poétiques, non plus que les belles et faciles Anglaises dont André a immortalisé jes formes dans de libres épigrammes grecques. On parlait de M"« Gouy-d'Arcy, de la belle mistress Cosway, en qui le poète vantait
La paix, la conscience ignorante du crime, Et la sainte fierté que nu! revers n'opprime.
« Il semblait bien que Tardent et fier jeune homme eût goûté la beauté de la femme jusqu^au pied de réchafaud, il semblait qu^il eût alors regardé d'un œil ardent cette jeune captive, cette duchesse de Fleury dont M"« Vigée-Lebrun a dit : « Son visage « était enchanteur, son regard brûlant, sa taille celle tt qu'on donne à Vénus, et son esprit supérieur. »
Mais M. Gabriel de Chénier déclara, d'un ton qui n'admettait pas de réplique, qu'il n'y avait ni Bonneuil, ni d'Arcy, ni Cosway, ni Fleury ; qu'Amélie, Rose et Glycère n'avaient jamais existé, et que c'était un bien bon jeune homme que l'oncle dont il était le neveu. « De ce qu'André, dit-il, put quelquefois « prendre part aux soupers où se trouvaient réunisses « jeunes amis de collège et des beautés faciles, de ce «que dans ses élégies on trouve la trace de ces excep- « tions à ses habitudes studieuses et tranquilles, il ne K faut pas conclure que sa vie fût dissipée et livrée « à des plaisirs échevelés. » Et feignant de croire que « l'éditeur critique de 1862 et 1872 » a fait d'André un débauché, le grave neveu s'écrie : « Il a agi ainsi a pour expliquer et justifier peut-être les dissipations et les folles orgies de nos jours ». Cela n'est-il pas admirable et n'avais-je pas raison de vous dire que cette querelle est vouée à l'immortalité ?
0 Après avoir découvert avec tant de perspicacité le mobile auquel obéissait M. Becq de Fouquières, son entêté contradicteur ajoute : « Ils ont prétendu « qu'André avait été amoureux d'un grand nombre de « femmes... Il n'en était pourtant rien, et ce qui le * prouve, c'est la fraîcheur, c'est la vivacité de l'amour «qu'il exprime. Un homme blasé par les plaisirs, ras- « sasié de maîtresses, n'a plus l'imagination si fraîche, « si ardente, si féconde. » Qu'en dites-vous f... Mais il ne s'en tient pas là ; il lance un dernier argument qui révèle toute sa candeur : « André, dit-il, avait trop a de philosophie pour user des choses jusqu'à l'abus ». M. Becq de Fouquières, ai-je besoin de le dire, ne crut jamais à un André Chénier si raisonnable. Il persista à le voir violent, fougueux, excessif, se donnant sans mesure à tout ce qui sollicitait son âme mobile et prompte, ardent à l'amour, à la haine, au travail, plein de vie et d'âme et de génie.
Quant à M. de Chénier, il n'était pas homme à en démordre. Tout au plus accorda-t-il que Fanny, la vertueuse Fanny, avait réellement existé, et que peutêtre André Tavait aimée. « Mais, sehàte-t-il d'ajouter, «cet amour, si amourilyeut, ne fut jamais un amour « comme on l'entend aujourd'hui.» Hélas! on l'entend aujourd'hui tout de même qu'autrefois. Ce sont les
choses de l'amour qui changent le moins. Et si quelque jeune curieuse demande aujourd'hui, comme autrefois l'héroïne d'Euripide : « Qu'est-ce donc qu'aimer »? il faudra lui répondre encore avec la vieille Athénienne du poète : « O ma fille, la chose la plus « douce à la fois et la plus cruelle ! »
« C'est ce que pensait, sans doute, M. Becq de Fouquières. Il était indulgent, car il savait que les hommes ne valent que par les passions qui les animent, et qu'il n'y a de ressources que dans les fortes natures.
« Il avait vu son dieu, son André, jeter d*abord au hasard les flammes de son ardente jeunesse. Puis, se calmant, se purifiant chaque jour par le travail, la réflexion et la souffrance, atteindre enfin, en quelques années, aux chastes mélancolies de l'amour idéal. Tel est, en effet, le sentiment qu^inspira au poète, dans les derniers mois de sa vie, la muse pudique, la douce hôtesse de Luciennes, la charmante M™* Laurent Lecoulteux.
« Cette dame, la Fanny du poète, était, comme on sait, la fille de la belle M"« Pourrat, dont Voltaire avait vanté la grâce et l'esprit. Or, Fanny, pour lui laisser son nom d'amour et d'immortalité, Fanny avait une sœur, la comtesse Hocquart, qui vécut assez longtemps pour apporter son témoignage aux générations nouvelles. Cette dame a dit d'André, qu'elle avait souvent vu chez sa mère et chez sa sœur : « Il était à la fois rempli de charme et fort « laid, avec de gros traits et une tête énorme. »
« C'est précisément ainsi qu'il nous apparaît sur le portrait que Surée peignit à Saint-Lazare, le 29 messidor an II. Mais à l'idée de cette tête énorme et de ces gros traits, M. Gabriel de Chénier se fâcha tout rouge contre M""« Hocquart et contre « l'éditeur critique de 1862 et 1872 », qui avait recueilli son propos. Sans s'arrêter à une maxime du poète qui écrivit dans le canevas de son Art d'aimer cette pensée consolante : «c Les beaux garçons sont souvent si « bêtes », le zélé neveu cria à la calomnie : « Tout le « monde sait, dit-il, qu'André n'était pas laid, qu'il « n'avait pas de gros traits et que ses yeux gris bleu, tt n'étaient point petits. » Il aflirme qu'André était beau et il veut le prover en citant ces lignes d'une lettre que lui avait autrefois adressée le général marquis de Pange : « J'ai connu votre oncle. J'ai retrouvé ses « traits en vous, dès le premier moment que je vous a ai vu. »
« Ce pauvre M. de Chénier n'était pas capable de faire une bonne édition : il faut pour cela savoir douter ; et c'est ce qu'il ignorait le plus, bien qu'il ignorât généralement toutes choses. Son édition est pourtant utile. On la recherche justement, moins encore parce qu'elle est bien imprimée que parce qu'elle contient plusieurs morceaux inédits, tirés dt& manuscrits conservés dans la famille. M. Becq de Fouquières fit un petit volume tout exprès pour relever les bévues de M. de Chénier. Il les releva avec autant de sûreté que de grâce. Il y mit du savoir et n'y mit point de méchanceté. Il fallait qu'il fût attaqué injustement pour qu'on sût à quel point il était
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galant homme. En cela encore je Testime heureux. Il ii*a point vécu en vain ; il laisse de bonnes éditions d'un grand poète, qui fut aussi un excellent prosateur, un écrivain nerveux et concis. On ne sait pas assez qu'André Chénier compte, pour sa prose, parmi les grands écrivains de la Révolution. Sans M. Becq de Fouquières on ne le saurait pas du tout. M. Becq de Fouquières a réalisé le dessein que formait Marie-Joseph Chénier, dans l'enthousiasme fugitif de ses regrets, quand il disait éloquemment :
Auprès d'André Chénier, avant que de descendre, J'élèverai la tombe où manquera sa cendre, Mais où vivront du moins et son doux souvenir Et la gloire et ses vers dictés pour l'avenir.
■ Ce monument, que Marie-Joseph n'éleva point, est enfin achevé : c'est la double édition critique {poésie 1872, prose 1886). Si, comme le veut M. Renan, les esprits envolés de cette terre s'assemblent dans les Champs-Elysées selon leurs goûts et d'après leurs affinités, s'ils forment des groupes harmonieux, à coup sûr M. Becq de Fouquières entretient en ce moment François de Pange et André Chénier sous Tombre des myrtes. Assise près d'eux, sur un banc de marbre, Fanny joue avec son petit enfant qu'elle a retrouvé. M. de Fouquières demande au poète si le fragment qui commence : Proserpine incertaine, est authentique, bien que M. Gabriel de Chénier ne l'ait point admis dans son texte, et il réclame instamment des vers inédits pour une édition céleste. Que feraitil parmi les ombres s'il n'éditait point ? Il serait doux de penser que les choses fussent ainsi là où nous irons tous. De rigoureuses doctrines y contredisent, peut-être, mais un excellent académicien qui aime beaucoup les livres, M. Xavier Marmier, incline à croire qu'il y a des bibliothèques dans l'autre monde.»
ETRANGER
Allomag^o. — Une statue à Henri Heine, — Un comité vient de se former à Oûsseldorf pour élever ane statue à Henri Heine.
L'impératrice d'Autriche a envoyé 5 0,000 marks au
comité.
Exposition des produits de la librairie à Leipzig. — Une exposition des produits de la librairie et des arts qui s'y rattachent aura lieu à Leipzig, au mois d'avril prochain, à l'occasion de l'inauguration de la nouvelle Maison des libraires allemands.
Angleterre. — Shakspeare ou François Bacon ? — Le Temps publie l'intéressante notice qui suit :
« On sait qu'il existe depuis une trentaine d'an-
nées, dans le monde anglo-saxon, un parti littéraire assez nombreux, sinon très influent sur l'opinion^ qui veut attribuer au chancelier François Bacon la paternité des dratnes signés par Shakspeare. Cette thèse excentrique a donné lieu déjà à de nombreuses polémiques et servi de sujet à toute une littérature spéciale. Elle n'a jamais obtenu grande prise sur le public ; mais elle n'en compte pas moins des fanatiques. De ce nombre est M. Ignatius Donelly, littérateur et érudit américain, ancien membre du Congrès de Washington. Le bruit s'étant répandu dernièrement que M. Donelly avait fait, à l'appui de la thèse antishakspearienne, des découvertes absolument décisives, un journaliste de New-York s'est rendu auprès de lui, dans le Minnesota, afin de savoir la vérité.
« M. Donelly lui a exposé son système, qui est la reproduction et le développement de tous les arguments déjà connus; puis il est arrivé à la trouvaille qui lui est propre et qu'il désigne sous le nom de grand cryptogramme baconien. Ce ne serait rien moins que l'aveu de la paternité de François Bacon, exprimé en écriture chiffrée dans la grande édition in-folio des œuvres de William Shakspeare. D'après cette théorie, empêché par des motifs variés d'avouer pendant sa vie qu'il écrivait les drames joués et imprimés sous le nom de Shakspeare, le chancelier aurait pris ses précautions pour que la postérité ne pût se méprendre sur le véritable auteur, et c'est de cette déclaration chiffrée que M. Donelly serait par> venu à trouver la clef.
« Il est parti de cette idée que François Bacon devait à peu près sûrement avoir formulé sa réclamation posthume, et qu'en ce cas il devait l'avoir libellée à peu près comme suit : « Moi, François Bacon, « de Saint-Albans, fils de Nicolas Bacon, garde des « sceaux, ai écrit ces drames qui portent le nom de « William Shakspeare. » Sur quoi, il s'est mis à chercher avec ardeur, dans diverses éditions du théâtre de Shakespeare, les mots Francis, Bacon, Nico' laSf William, Shakes ou Shak, peere ou speare.
« Ces mots, il les trouvait bien séparés, et cela dans des passages où ils semblaient avoir été introduits en quelque sorte de force, mais sans pouvoir établir entre eux une connexité ou leur donner un sens continu. Pendant plusieurs années, M. Donelly a poursuivi cette recherche avec l'acharnement d'un bénédictin, sans arriver à aucun résultat. Mais enfin il est devenu l'heureux possesseur d'une édition aussi célèbre que rare des œuvres de Shakspeare et de cinq ans avant celle de François Bacon, Et, d'emblée, il a remarqué dans cette édition monumentale des singularités absolument inexplicables sans l'hypothèse d'un texte cryptographique : des mots imprimés en italique, par exemple, sans qu'aucune raison apparente motivât ce changement; des parenthèses superflues, des points et des virgules placés contrairement à toutes les règles, etc., etc.
tt M. Donelly a naturellement conclu de ces circonstances que l'édition in-folio avait été imprimée spécialement en vue d'un texte chiffré, et que les singu-
larités en question répondaient aux exigences du chiffre. Il s'est remis à l'e'tude et il a bientôt découvert que plusieurs mots importants pouvaient être trouvés en multipliant le numéro de la page par le nombre des mots en italique contenus dans la pre* mière colonne.
« Par exemple, en prenant la p«ge 53 des Historiés et en multipliant ce nombre par celui des mots en italique dans la première colonne, 7, on obtient 371. Or, Bacon se trouve être le 37 !• mot. A la page 67, on obtient Saint- Albans par le môme procédé.
« De ces faits et d'un certain nombre d'autres qui ne sont pas moins curieux, M. Donelly conclut que le texte.de l'édition de 1623 contient une déclaration cryptographique dont le chiffre est basé sur la ponctuation, sur les mots en italique et sur les parenthèses.
« Il n'a pas encore achevé de déchiffrer cette déclaration, mais il croit être en bon chemin d'y arriver et se montre assuré de mettre hors de doute que les drames signés par William Shakspeare sont en réalité l'œuvre de François Bacon. Nous attendrons, pour analyser ce grand procès, que toutes les pièces de la procédure soient portées devant le public.
La Terre. Protestation contre ce roman, — La Pall Mail Ga:{ette a publié une lettre qu'un membre du « National libéral Club », M. J.-A. Wilson, a adressée à son directeur pour protester contre la vente, permise en Angleterre, d'une traduction en anglais de la Terre, d'Emile Zola.
Autriche. — Confiscation du roman la Terre. — Un éditeur de Budapest, M. Grimm, ayant publié sous le titre Mutter Erde une traduction de la Terre, l'édition a été confisquée en vertu d'une disposition des lois autrichiennes. Cette disposition, qui a uniquement pour but de supprimer la chose visée, n'entraîne pas de poursuites contre l'auteur du délit, qui a même le droit de recourir aux tribunaux pour faire juger sur la confiscation opérée par ordre du ministère-public;— mais en attendant il n'en reste pas moins dépossédé.
Il n'a pas encore paru en Allemagne de traduction de la Terre sous forme de volume.
Russie. — Les revues russes. — Depuis quelque temps paraissent dans /« Figaro d'intéressantes études sur les principaux périodiques de l'étranger.
Voici l'une de celles qui ont été récemment données ; elle traite des revues publiées en Russie.
« C'est à Katkoff que les deux plus importantes des revues russes doivent leur fortune. Il était le directeur du Messager russe et il rédigeait la chronique sociale du Messager de VEurope. On est effrayé des dimensions de ces recueils ; ils sont démesurés comme l'empire dont ils reflètent les aspirations. Dostoiewski portant sur le bras un de ses derniers
romans disait avec fierté : « II pèse cinq bonnes livres! » De même, si l'on appréciait les revues russes au poids, elles seraient sans rivales sur le globe. Le Messager russe a prés de 5oo pages; le Messager de l'Europe et rAntiquité russe n'arrivent pas tout à fait à ce chiffre, mais ils se rattrapent sur le format. Dans la librairie moscovite le grand in-octavo a des proportions inconnues chez les peuples de l'Occident. On se fait difficilement une idée de l'énorme quantité de prose que doivent absorber les recueils périodiques publiés dans Tempire des czars. Au xviii* siècle, une société de francs-maçons russes, recrutée dans l'élite de la société, s'était formée pour l'encouragement, des lettres. La Société typographique, c'était le nom de cette entreprise charitable, achetait les yeux fermés tout ce qu'on venait lui offrir. La prose, les vers, le roman, la philosophie, l'histoire, les traductions, le bon, le médiocre, le pire étaient payés suivant un tarif uniforme. C'était de la littérature à la toise. Les résultats de l'opération furent médiocres. L'atelier de charité qu'avaient ouvert les francs-maçons ne mit en lumière aucun talent inconnu, mais on n'en doit pas moins rendre justice au délicat expédient imaginé par une association de philanthropes pour empêcher de malheureux lettrés de mourir de faim.
(t A lire certaines pages des revues russes, on estparfois tenté de se demander si les procédés mis en pratique par les francs-maçons du xviii^ siècle pour encourager la littérature ont été entièrement abandonnés. Toutefois nous devons reconnaître que les articles entièrement dénués d'intérêt sont en somme assez rares. Il serait d'ailleurs injuste de rendre les écrivains responsables de cette absence complète de variété qui distingue les grands romans périodiques de Russie. Ils sont obligés de tenir compte des goûts de leurs lecteurs; ils s'adressent à un peuple qui veut se nourrir de sa propre substance. Pas de dissertations religieuses, qui tourneraient facilement à l'hérésie ; pas d'économie politique, car les Slaves ont trop d'imagination pour aimer les chiffres; pas d'articles scientifiques, très peu de questions sociales, la critique littéraire reléguée dans un bulletin spécial ; en revanche, beaucoup d'histoire, beaucoup de roman, beaucoup de poésie. Il va de soi que l'histoire, la poésie, le roman doivent être moscovites jusqu'aux moelles; il n'est pas permis de parler d'autre chose que de la Russie.
« LaRousskala Starina, l'Antiquité russe, est la revue modèle. Elle donne à ses lecteurs de l'histoire à haute dose. Elle répond à un besoin national, aussi compte-t-elle dix-huit années de succès. Sans négliger les vieux souvenirs du xviii« siècle et l'époque de 181 2, ce recueil fait aux événements contemporains une très large place; dans un seul numéro nous n'avons pas relevé moins de quatre grands articles sur la guerre de 1877. Tout en faisant la part du lion à l'histoire, la Starina ne refuse pas l'hospitalité à la poésie. Les chants du poète paysan Drojjina ont obtenu un grand succès auprès du public russe. Comme on le voit, les anciens serfs ont réparé le
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I II y a dans le Messager russe un peu plus de variété que dans l'ausière Siarïna. Sans négliger tout à hii l'histoire, l'ancienne rev\)i: de M. KaikotF publie beaucoup de romans el de récits de voyagea. Noua jïons hâle d'ajouter que dans les eicursions des explorateurs moscovites il n'est jamais question de Irique du Sud ou de l'Afrique équatoriale. Un
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Russie, Un Anglais voyage Maacbester et distribuer des bibles, un Allemand pour laire concurrence aux mari:handises françaises, UD Russe pour préparer la pri^e de possession d'un domaine qui doit toi ou lard appartenir au grand empire. Un des anciens collaborateurs de M. Kalkotf raconte son séjour sur la Montagne sainte; un autre va visiter la Ma>:édoine i un troisième, sous prétexte
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longtemps en Syrie. Dans une grande revue, qui a pour titre te Messager de l'Europe, donc nous nous occuperons un peu plus loin, nous trouvons un compte rendu détaillé d'eiplorations faites dans
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lUnepanie de l'énorme recueil que dirigeait l'ipâtre du panslavisme était consacrée aux quesu'oQt de politique eiiérieure. Toutefois cette histoire Je l'Europe, écrite pour ainsi dire au jour le jour paruQ des plus grands publicistes de ce siècle, n'avait pas autant d'intérêt qu'on serait tenté de le croire. Le bulletin du Messager russe n'était pas autre chose qu'une reproduction d'articles de la Gajetle de Mos-
■ Toujours lui, lui loujoursl.. KaikolTqui était a la «te de l'une des plus célèbres maisons d'enaeignemeat de Russie, le Lycée du feu grand-duc Nicote, Kaiknff, qui écrivait chaque jour dans la Gaytlte de Moscou et diriReait li Messager russe, trouvait encore le temps de redigi^r la chronique sociale du Messager de fEurope. Il est vrai qu'JI est mort à Il peine. Mais on n'est pas moins étonne de la prodigieuic vigueur inleileetueilu de cet homme, qui a pu résistera un pareil travail jusqu'à l'âge de soi<ianie- «piiDs. La livraifiond'août dui/ewayer J«i'£uro;ïe aintient le dernier article qui soit sorti de la plume <lc l'illuilre écrivain. Une petite croix placée à côté 'ic I» signature indique que l'auteur est mort pen- ^W l'impression. Il est à regretter que le sujet traité PirKiiïolf expirant ail un caractère trop technique iwiir imeresser les lecteurs français. On sait que le ■Utecieur du lycée Nicolas était très versé dans les ^lltioEs pédagogiques. Les ministres Tolstoï et De- •«nofr n'ont fait que traduire par des ukases ses 'l'ut sur la réorganisation de l'enseignement public '" Ruiiic. Dans les dernières pages qu'il ait écrites, '^ Srand publicisle, ayant '■ "pose Its réformes univer
influence pendant les dix dernières années : modiflcalions apportées au régime inlérieur des collèges de Moscou, développement des écoles primaires, précautions prises pour empêcher les facultés de l'Étal de devenir des pépinières de nihilistes. KatkofT avait refuse' un portefeuille, exemple de dés
si'er
ialité il
était beaucoup plus puissant qu'un ministre ; il parlait au nom de l'opinion publique et ses conseils étaient toujours écoutés. La succession politique et littéraire de l'illustre défunt a été partagée. M. Pasoukhine, un des hauts fonctionnaires du ministère de l'intérieur, prend la direction de la Galette de Moscou et le prince TzenelefF devient rédacteur en chef du Messager russe. Ces caprices du sort ne sont pas rares dans l'hisiuire de la presse. La revue panslaïiste par excell seigneur
edeh
■ Le Messager de l'Europe est la plus austère des revues russes. Des romans lugubres comme la Faréi noire et la Prison; des monographies de personnages célèbres dans leur pays, mais dont les noms diUtciles it jamais franchi les frontières de
; beauc
3 d'hisi
i bull<
:ins de l'iniographiqut
térieur et de l'étranger, une pt
très développée, telle esi la table des d
recueil immense, où nous retrouvons, à peu de chose
près dsns un seul volume, l'équivalent de la Starina
et du Messager russe.
■ Signalons toutefois une diflérence ; la partie politique, à peine effleuiée dans la première de ces publications et dépourvue d'originalité dans la seconde, puisqu'elle se réduisait en somme à des reproductions d'articles de la Galette de Moscou, occupe dans le Messager de l'Europe une place considérable. Tout en faisant une large part aux exigences du panslavfsme, les rédacteurs de ce recueil n'ont pas renonce sans arrière- pensée aux traditions du règne de Nicolas. Ils sont au fond du coeur restés absolutistes ei tout ce qui, de près ou de loin, ressemble à de ia propagande révolutionnaire leur inspire une vive répugnance. D'autre part ils sont loin de s'associer à la haine implacable de KatkofT et de ses amis contre l'Allemagne. L'article de M. Slov/inski sur l'entente franco russe et les illusions internationales mérite une attention loute particulière.
n Les conclusions de cet écrivain, sans être tout à fait inquiétantes, sont de nature 6 inspirer de sérieuses réflexions à ceux qui désirent un rapprochement imposé par la situation acluellede l'Europe. L'accord contre l'ennemi commun n'est peut-être pas aussi facile qu'on serait en général porté à le croire et, en lisant le Messager russe, on saisit sur le vif le mal que peuvent iaire des manifestations indiscrètes et des personnalités trop. bruyantes.
1 Le. Russische Revue ne diSkn dt% autres revues russes que par les dimensions du format et par la langue. La censure ne permettrait pas une importation à jet continu de littérature allemande en Russie.