TOUS
— Oh! étonnant,... au point que je me demande si je ne ferai point casser les reins à mon vieux veau Molière-Boucher pour y adjoindre la suite Morgand en trois états sur japon !
— Bigre!... trois états sur Japon, cinquante-cinq louis, cher ami, c'est roide !
— Je ne dis pas non; mais aussi, songez que je me procurerais quelques belles pièces du Molière-Leman, puis « du Molière-Jouaust-Leloir; Cuzin m'enveloppera le tout dans un maroquin à la Duseuil... Vous voyez quel triomphant ouvrage je me ferai.
— Une folie, mon ami, qui vous coûtera de quatre à cinq mille!
— Pour Molière, cela ne les vaut-il pas ! » Partout le Molière-Hédouin troublait la quiétude
des bibliophiles ploutocratiques, chacun disait à son relieur: «J'attends la suite Hédouin pour vous donner mon exemplaire de 1734 avec les estampes successives de Coypel, de Boucher, de Moreau le Jeune, de Leioir et autres. »
Pendant ce temps, Hédouin travaillait avec persévérance, se consacrant entièrement à son œuvre, qu'il considérait comme capitale. Difficile à satisfaire, il composait jusqu'à cinq à six fois la même illustratration, démolissant ses échafaudages, reconstruisant ses personnages, changeant ses plans, n'attaquant le cuivre que lorsqu'il se trouvait à peu près sûr de la complète harmonie de sa planche.
La première livraison a enfin vu le jour; elle se compose d'un titre et de dix-huit estampes; la seconde livraison et dernière paraîtra sous quinzaine.
Je n'entreprendrai point d'expliquer toutes les suites qui ont été tirées, depuis les épreuves à Peauforte pure signées par Partiste, jusqu'aux épreuves avedeures et encadrement. J'avouerai simplement
priser davantage les suites sans cadre, le cadre alourdissant toujours l'ensemble de la vignette.
De la suite A à la suite P, il y a une variété de tirages incroyable; — c'est tout un tableau de Barème que fournit le prospectus spécial; — les deux livraisons formeront un total de trente-quatre sujets, plus un frontispice allégorique avec un portrait de Molière d'après Mignard, dont l'original est à Chantilly.
M. Morgand a bien fait les choses : toutes les eauxfortes d'Hédouin sont tirées sur papier à filigrane exécuté pour cette œuvre spécialement; le tirage est restreint et fait minutieusement sous l'œil du maître, toutes en épreuves d'artiste.
Et elles sont charmantes, ces eaux-fortes! blondes, transparentes, vaporeuses, légères, veloutées! — A peine effleuré par la pointe, le cuivre a su rendre toutes les douceurs et toutes les mollesses du crayon ; jamais Hédouin n'a mieux fait.
Quelle science de composition dans la décoration, dans les fonds et les perspectives! C'est à la fois théâtral et réel, d'une mise en scène bien vivante sans être aucunement naturaliste. Un Molière qui vit dans le mirage de notre imagination, sans éclat cherché, sans pétards de noirs, dans une note flou et distinguée.
Ce qui me charme surtout chez Hédouin, c'est que son talent nedate point^ni par ses costumes, ni par ses physionomies, ni par l'expression de sa pointe; son art, moins prétentieusement documenté que celui de Leioir, est aimable et ne sent point les tortures de recherches de notre fin de siècle; il vise plus l'ensemble que le détail, c'est là un mérite qui n'est pas mince et dont je ne saurais trop le louer.
M. Morgand, pourcette illustration moliéresque a dû s'imposer de lourds sacrifices; cent mille francs sont partis de sa caisse, je suppose, avant l'apparition des premières livraisons; j'aime à penser que les bibliophiles lui feront banco et que l'opération sera non moins brillante que l'œuvre produite.
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La Maison Quantin a publié, il y a quelques jours, une charmante plaquette de 45 pages, format petit in-4« : le Rosier de Madame Huason, par Guy de Maupassant; cette nouvelle inédite, imprimée à 1000 exemplaires numérotés (prix 20 fr.) et 5o exemplaires sur papier du Japon à 5o, dont 10 avec aquarelle originale d'HabertDys sur le faux titre, au prix de 100 francs.
La grande originalité de ce coquet petit ouvrage consiste dans la disposition des pages qui toutes sont délicieusement encadrées de dessins en couleur par Hubert Dys, un maître artiste qui a longtemps donné au journal VArt ses fantaisies supérieurement composées.
C'est le livre-album dans toute son ingéniosité, que cet ouvrage, où l'esprit de l'auteur se trouve paraphrasé page à page par le crayon d'un ornemaniste éminent; c'est une innovation également dans la conception du livre moderne, et je me plais à croire que le succès accueillera ceue tentative hardie d'une mai*
■on d'édition dont la devise semble Etre ■ toujours de l'avanln, lorsqu'il s'agit d'inventer du nouveau et de l'original à outrance.
La nouvelle de Maupassanl est du reste, comme toujours, d'une adorable fratcheur de siyle et d'imagination, écrite avec cette sobriété, cette clarlé, cet entrain de plume qui ont assuré k notre confrère une place au premier rang dans le genre où brilla Mérimée. En dehors des nombreuses compositions d'Habert Dys, le Rosier de Madame Husson est encore illustré de deux eaui-fortes, un frontispice et une lile de chapitre gravés fînemenl par Abot, d'après les dessins de Jules Desprès.
Ce livre, imprimé sur solide vélin du Marais, en caractères didot, mérite l'accueil bienveillant de tous les amis d'ouvrages modernes; c'est la première fois que Maupassant est bibliographiquement habillé avec le luxe et l'élégance gisirale valeur d'écr
Emile Testard et C", les éditeurs de VÉdiiton nationale, ont terminé le mois dernier, avec un agréable succès, la publication du Théâtre de Victor Hugo en une série de quatre volumes in-4''.
Ils vont maintenant poursuivre et achever, cette année même, la publication des Poésies,doDC dix volumes sont déjà en vente.
Le premier fascicule du onzième volume, les ChimaonB des rues et de« boia, vient de paraître.
Il contientdix-huit illustrations intéressantes. Citons tout d'abord une planche hors (eite gravée à l'eaufarte par Masson, d'après un dessin original de Joseph Blanc. Puis de nombreuses planches en photogravure dans le texte, dont quelques-unes sont remarquables, entre autres ; Paupertas;^- Le Poète bat aux champs; — Interruption à une lecture de Platon; — Quand les guignes furent mangées; — Senior est Junior, etc. M. Gumery est un jeune peintre de beaucoup d'avenir, et je me plais à constater le charme de ses agréables composiiions.
Il est incontesiable que, depuis une année environ, y Édition nationale de Wcfor /fu^o s'est énormément améliorée, grâce aux efforts assidus et à ta bonne entente directoriale de M. Emile Testard. J'aimerais beaucoup à louer sans restriction ce jeune et actif éditeur, qui a su nous donner parfois des illustrations hors texte de premier ordre, telles que celte magnifique eau-forie de Gaujean, d'après Lucien Mélingue,
placée au début du troisième scie de Ruy-Blat, et celte autre planche réellement supérieure de Mongin, encore d'après Mélingue, qui clôt le Ruy-Blas; mais à cdtê de ces envolées vers l'art pur, n'est-il pac déplorable de regarder les méchantes compositions de Dupin, que le talent de graveur d'Eugène Abot n'a pu sauver. Cela n'est ni conçu ni dessiné et vient déparer malheureusement ce Auj'-SfiM dont les planches hors texte sont si largement interprétées.
J'adjure Testard de se montrer plus difScile i l'avenir. Hugo ne mérite pas ces lEles d'actes, dignes tout au plus de Rocambole.
Emile Testard doit publier une édition de la Chronique de Charles IX, de Mérimée, avec dessins d'Edouard Toudouze, et diverses autres publications qui seront superbes, si j'en juge d'après les artistes qu'il a choisis; mais qu'il surveille bien ses graveurs:il faut qu'il se montre sans piiié pour le médiocre. Une belle .publication, comme une jolie femme, ne fait pardonner sa beauté que si elle reste impeccable dans sa mise et dansses allures. La jalousiecherche toujours le défaut delacuirasse,et les bibliophiles sont jaloux à l'extrême de la perfection des beautés qu'ils con-
Je signalerai, pour meitre tin à cette causerie bouquinière, quelques menus ouvrages de curiosité : le Dîner da boat da banc, par Jacques Baîtleu, qui donne une érudile reconstitution d'un cénacle littéraire très fameux au dernier siècle. Dans la petite Bibliothèque Charpentier, je ferai mention de deux nouvelles impressions : le Chevrier, de Ferdinand Fabre et les Pensées du cardinal de Relj, extraites de ses Mémoires. Joli livre de chevet que celui-ci et d'un machiavélisme profond et révélaieur. Enfin, chez P. Arnould, dans la Petite bibliothèque portative io-l6, je vois paraître les Contes et Nouvelles de La Fontaine, avec deux petites eaux-fortes de Fraîpont.
Oh! celte Bibliographie LaFontainienne,quidoncla pourrait tenir a jour! — On réimprime le Bonhomm* de loutes pans; c'est la tapisserie de Pénélope, sans cesse à reprendre et ï augmenter. Il paraît, bon an mal an, dix éditions des Contes de La Fontaine; on
cle,en manière de pointe, La Fontainecoule toujours; les âges n'endigueront point ce fiot montant typographique el iconographique; — l'homme et la cruche iront toujours à La Fontaine. — Sur cet à peu près,
s. OCTAVB UlAHHE.
rUBLiquES ET Ml-
Ouvrages signalés
- Institut. Sociétés savantes : Nouvelle! académiques. - TÉts, frauçaises et éthaugUes. — Pobi-icatiome nouvelles (Bibliographie du n de ^étranger). — Publications annoncées oo en peéparation, tant en fbance qu'en Europe. — Nouvklles UTTÉRAiREs DIVERSES : Miacgllanées. — Nécrologie des hommes de lettres et de sciences récemment décèdes. — Documents bibliographiques do mois : Sommaire des périodiques français. — Principaux articles litlérares parus dans la presse quotidienne de Paris et de la province. ~ Le livre devant les tribunaux : Procès de presse et de librairie.