IVRE
deux cenl trente foi» auuni que Histoire J'avanl-
Baudelaire l'avait bien dit en
hier, qui est un bon poème. Deuï cent trente foi» :
ce serait beaucoup, ïrainient, n'en déplaise à l'onibre
Le. amoartn, fervent. « la «
Aiment tgaltinïDl en leor n,hre Ici chai« puimnli et doui, orj:
n'a point tant de prétention, non plut que de Icllei
eiigences.il va de loi pourtant qu'en un recueil com-
Mais M.CIaudiui Popelin te
pote de la lorte, «i l'intérSi, fragmenté, te disperse
trompe sciemment, lorsqu'il
entre un plus ef^nd nombre de iujett, il gagne en
dit, le bon apôtre, avec une
variété ce qu'il perd en étendue- Chaque sonnet,
pour nous induire en tcouiîon
en effet, indique une date et trahit une émotion de la
suffit qu'on
vie de l'anisie. Tout poète com.-ne tout romancier,
biographie psychologique. M. Popelin □
Et, par le fait, le premier tonnet, dêd nous donne, comme au début d'un ' moiret, le portrait du poète ;
CharluX étant r En mil huit cent Sen.^., honnête., J'aime le. malhen
o\ de France et de Navarre, ïlngtcioq, je naqui* de pa
reuK, les hnmblei, lu «luffr
»i iamai. U tùié non pi
barque et l'honneur e.i mo d le» prince» ni In grand., > l'orgueil Je Die fanfare
l'il.
Sii'a El je
d'Adam, j'ai mordu comme un autre à li péch«, ce Tut toujour. pn galant homni', n'ai, Dien merci, pa( fait couler Je pieu
i Discours au lecteur, où le poète présent son recueil au public, dé)à il nous aval
ur» il inscrit sa devise : Bienfait i fort gracieusement tourné ce l
t. M. Popelin
pairs, et, en cette enumeraiion, renouvelle ce irait, où il eiccUe, d'y multiplier, comme dans Histoire d'avanl-hier, des portraits frappés d'un mol définitif, avec une netteté et un relief saisissants : telle dans
cicr. 11 y venge M. Joséphin Soularydeson échec
Veuille le parcourir, il sera Ucbi-a Jd.
de c
n le 1
; d'un
e parcourt point un ti
tout d'une haleine une fiole de const
des sujets irai lés, s'opposerait mêmi
tenter, â une lecture suivie. Amii d
dieuji, n'ayons point de si énormes
de M. Popelin, Robert de Blois, dans son IS met-il pas en garde, iblables avidités;
Castoiement des dames, ne n'
El ce dit on t'en gloioaie.
il esc bien impossible, en elTet, de passer sans un léger effort d'esprit d'un sonnet autobiographique i un sonnet philosophique, ou amooreui, ou hèroi>iue, ou symbolique, ou traitant quelque poini de morale ou quelque question du jour comme • la question du
s'accomplirait passans engendrer une certaine fatigue, ou plutât une fatigue certaine. L'cilrëme variété de motifs, de s< témoigne d'aillei: gence en même temps que de la richesse et de la souplesse, entre les mains du poète, de cette lyrelte, le sonnet, qui parfois — comme pour chanter les dernières amours de Charlemai^ne — aiteinl aui sonorités graves du tétrachorde. Et de cette sensibilité féconde M. Popelin nous livre la clef en un sonnet
chuie qui en ecl fort belle :
Epri» de la coulent, amoureux de la lisne, )'ai tenu la Bcaut« dan» un culte fervent. Vieilli, j'ai conservé, double fanal vivant, La pitié qni pardonne et l'orgueil qui )'indign>
Capi"
CRITIQUE LITTÉRAIRE DU MOIS
Nous ne tiendrons pas rigueur à M. Popelin pour son sonnet intitulé Zoîles, où il drape de ]a belle manière les critiques d'art, « les grimauds (qui) rédigent des Salons ». Sa colère est d'autant plus excusable que jamais personnellenjeni, j'en jurerais, le maître de rémail n'a eu à se plaindre de la critique. Un peu plus j'allais lui fournir l'occasion de le faire, j'allais oublier de dire que chacun des deux cent trente sonnets est entouré d'un cadre de fleurs et de fleu-
rettes des bois, le plus souvent églantier, fraisier, chardons, muguet, houx mêlant ses poignards acérés aux suaves contours de l'oranger, dessinés dans le plus grand style décoratif. Le*livre, matériellement, est très beau; littérairement, l'œuvre est rare, accusant une âme élevée, un cœur généreux, une philosophie indulgente^ humaine, sage, quelque tristesse sans amertume et le goût passionné des lettres et des arts. B, c.
HISTOIRE — Chronologie — Documents — Mémoires —
-Oi-
Le dao d'Enghiea (1772-1804), par Henri WblscHiNGER. Un vol. in-8». Paris, i888. Librairie Pion.
De la vie du duc d'Enghien,on ne connaît guère jusqu'à présent que les tristes épisodes de son enlèvement et de sa mort. Un écrivain dont les travaux importants et piquants sur certains aspects du mouvement littéraire pendant la Révolution et sous l'Empire sont bien connus, M. Henri Welschinger, vient de publier l'histoire entière du prince qui devait le dernier porter le nom du duc d'Enghien. On n'assume point la responsabilité de semblables tâches par caprice, au hasard, sans y ôtre induit par quelque heureux motif. Dans le cas présent, la raison déterminante a été la communication faite à M. Welschingerd'iMî dossier contenant de nombreuses lettres du duc et des principaux membres de sa famille. L'existence de ce dossier n'était pas inconnue; il avait été confié jadis, par le baron de Surval, intendant du duc de Bourbon, k M. Créiineau-jQly,qui en édita une grande partie. Néanmoins, la source n'était pas épuisée. C'est dans les lettres restées inédites, en d'autres pièces encore, recueillies aux Archives nationales et aux Archives des Affaires étrangères, ainsi qu'en de précieuses communications particulières, que l'auteur a trouvé les éléments nouveaux d'une histoire complète du dernier rejeton des Condé. Effectivement, il le suit année par année, pas à pas, pour ainsi dire, pendant la durée de sa carrière si agitée et si fatalement écourtée. Malgré l'abondance de détails pleins d'intérêt sur la vie du duc, c'est toujours, ce sera longtemps encore l'énigme de la fin tragique, dans les fossés de Vincennes, qui aura le privilège de passionner la curiosité en tout ouvrage où la question est agitée. L'établissement de l'Empire suivit de si près l'exécution du prince, qu'il est difficile de ne pas voir entre les deux événements une étroite connexité. Cependant l'opinion reste partagée sur un point capital, l'histoirie se demande encore
si Bonaparte voulait formellement la mort du duc d'Enghien, si tout au moins la réalisation de son désir n'a pas été hâtée irréparablement par la précipitation de personnages trop prompts â le servir. Des deux hommes compromis aux yeux de la postérité, c'est Talleyrand, peut-être plutôt encore que Savary, qui doit porter la responsabilité du meurtre. M. Henri Welschinger, dont je me borne à exprimer l'opinion, la motive fortement et multiplie les preuves à l'appui. Pour donner quelque idée de l'intérêt de livre, je lui emprunte un fait bien curieux et que je crois peu connu.
On sait que l'arrestation fut décidée sur un rapport du maréchal des logis Lamothe, révélant la présence présumée du général Dumouriez à Ettenheim, auprès du duc. Or voici ce qui avait donné lieu à la méprise de Lamothe, qui était de bonne foi. Il avait confondu le nom de Dumouriez avec celui du vieux marquis de Thumery prononcé à l'allemande, dans l'accent badois, transformant Th en D, Vu en ouy et la diphtongue n'en rié. Où l'on avait dit Doumerié^ Lamothe avait compris Dumourie:ç.
M. Welschinger est déjà deux fois lauréat de l'Académie française, je serais bien surpris si le Duc cTEnghien ne lut valait pas un troisième laurier.
Histoire de l'Italie depuis 1815 Jusqu'à la mort de Viotor-EJmmanuel, par Elib Sorin. Un vol. in-i8 de la Bibliothèque d'histoire contemporaine. Paris, Félix Alcan, i888. — Prix : 3 fr. 5o.
A la même librairie, il a été publié, il y a cinq ou six ans, une Histoire de l'Italie depuis i8i5 jus* qu'à nos jours, et cette Histoire, toute populaire, qui fait partie de la Bibliothèque utile, nous la préférerions volontiers à celle que nous donne aujourd'hui M. Elie Sorin.
Tout comme M. Henneguy, M. Sorin a négligé, à dessein, de relater nombre de faits politiques, écono-
• BIBL. MOD. — X
iniques, religieux, qui pouvaient bien paraître d'intérôi secondaire, et, tout comme M. Henneguy encore il s'est surtout attaché à montrer grâce à quels efforts, en dépit de quels obstacles, a pu se poursuivre et se réaliser l'unité italienne. Mais M. Elie Sorin dit les événements en hisrorien uniquement soucieux de ne point trahir la vérité, et il semble que M. Henneguy, non moins bien informé, ait vécu, au vrai, les ambitions ardentes des jeunes révolutionnaires, les passions généreuses des martyrs de Tindépendance. Mais M. Sorin, pour composer son livre, a travaillé, on n'en peut douter, d'après des notes recueillies à la suite de nombreuses lectures, et, nous ne le saurions, que nous l'eussions, croyons-nous, deviné; M. Henneguy n'a rédigé les quelques pages de son histoire, que pour entendre de la bouche même de quelques-uns des acteurs du drame, le récit de l'action. Nous parions du drame, et dans le petit volume de la Bibliothèque utile, c'est bien cela, en effet, que nous retrouvons. Dans l'autre ouvrage, seulement des annales.
Nous y réfléchissons, l'auteur de ces annales pourrait nous répondre, et avec beaucoup déraison, qu'écrire l'histoire de la veille comme sous la dictée de ceux qui ont été mêlés aux événements, cela peut être parfois, — non pas toujours, — très avantageux, mais qu'il n'est pas donné à tout historien de pouvoir en agir ainsi ; il pourrait nous répondre encore que M. Henneguy a bien pu, lui, sans l'avoir voulu, nous donner une façon de drame, mais qu'à vouloir en donner, des historiens risqueraient fort de fausser l'histoire; et il pourrait nommer Michelet en exemple, rappeler que l'unité d'action est une règle d'esthétique à observer pour le dramaturge et pour le romancier qui composent des oeuvres d'art, ajouter que l'histoire, ce sont les hommes qui la font, l'historien ne faisant que conter ce qu'ils ont fait. Les historiens font plus que cela, à la vérité, et, nous le disons bien vite, M. Sorin ne se défend pas de juger les volontés, de juger les événements. Le mot annales donnerait à entendre qu'il s'est contenté de citer des faits, d'indiquer des dates; mais il expose fort bien quelle fut la politique des Bourbons, celle de l'Autriche, celle du Pape, plus celle de la maison de Savoie et de Cavour, celle de Napoléon III, celle de Pie IX.
La politique de Napoléon 111! On en sait les résultats pour nous, et il s'en faut qu'elle ait été toujours favorable à la cause italienne. C'est être deux fois injuste que d'accuser Thalie d'ingratitude; l'Italie', à tout bien considérer, ne nous doit pas tant de reconnaissance, et les masses ignorent cela, elles ne le sauraient entendre; un chef d'Etat, un président du conseil, responsables de l'avenir d'une nation, ne doivent pas se laisser guider par des sentiments; souhaitons seulement, avec M. Sorin, que l'Italie, « sœur de la France », nous voulons bien, arrive à comprendre qu'elle a tout intérêt à se rapprocher de nous. F. G.
Prooès des Frères et de Tordre du Temple, par
M. Lavocat, conseiller honoraire à la cour d'appel de Rouen. Un vol. in-8». — Paris, 1888. E. Pion, Nourrit et G'", édit.
Avec le même soin, la même prudence qu'il eût instruit une cause nouvelle, M. Lavocat refait l'eaquôte de l'abolition de la milice du Temple; cette mesure terrible, exécutée en plus d'une circonstance avec une sauvagerie féroce, est un des mystères de l'histoire les plus obscurs. Celte obscurité, M. Lavocat a tenté de la dissiper; il a repris les pièces du procès, les a complétées par quelques documents nouveaux, et il croit avoir, à travers les prétextes allégués par les ennemis des Templiers, découvert les véritables causes.
La puissance, la richesse, les possessions territoriales de l'ordre excitèrent les méfiances et la jalousie de Philippe le Bel; les Templiers, en outre, étaient plutôt sujet des papes que des rois. Dans la lutte engagée par le pouvoir royal temporel contre le pouvoir spirituel, Philippe le Bel crut nécessaire de frapper l'ordre du Temple. Son intérêt le lui conseillait de toute façon; il mettait la main sur un trésor magnifique en assurant sa sécurité, en doublant sa force. M. Lavocat ne croit pas qu'il ait voulu aussi, comme on l'a dit, frapper la noblesse en frappant les nobles qui composaient l'ordre. Le roi avait plus besoin d'une noblesse que la noblesse n'avait besoin du roi; mais son intention bien caractérisée fut de porter un coup à l'Eglise romaine, de diminuer la richesse, l'influence, la puissance territoriale dont l'Eglise jouissait en France au xiu* et au xi>' siècle.
Pour couvrir ses desseins, le roi qui se disait le premier champion de l'Eglise, tout en employant tous les moyens pour réduire le pouvoir et l'autorité du Saint-Siège, invoque la défense de la religion.
De là toutes les accusations d^iérésie, apostasie, idolâtrie, mauvaises mœurs. — Accusations qui ne furent point prouvées, et qui étaient celles communément mises en œuvre au moyen âge quand on voulait perdre quelqu'un. X.es aveux arrachés par la torture, la douleur, les menaces de mort constituaient à cette époque des preuves juridiques. On exécuta ceux qui avouèrent dans les horreurs de la torture; ceux qui se rétractèrent — et ils furent nombreux — furent condamnés au feu comme impénitents, obstinés et relaps.
On est épouvanté en lisant les moyens d'instruction mis en usage contre les membres de l'ordre. M. Lavocat a recueilli les preuves, non seulement des violences pratiquées directement sur les accusés, mais aussi de la subornation des témoins, des promesses d'argent, de subsides, de pension, de la partialité des juges ecclésiastiques, de la pression exercée par leplus grand nombre, de la corruption de quelques-uns.
L'auteur fait remarquer que si l'on emploie les termes généraux : Condamnation de Perdre du Temple, on se sert d'expressions impropres qui tendraient à faire croire qu'il n'y eut qu'un seul procès, celui dirige contre l'ordre.
CRITIQUE LITTERAIRE DU MOIS
M. Lavocat établit une importante distinction. Il y eut deux sortes de procès : les uns, dirigés contre les personnes des Templiers, furent instruits par des coaimissions d^nquisiteurs et jugés par des conciles provinciaux institués en France et à Téiranger; l'autre procès fut suivi contre TOrdre seul, contre la personne morale; ce procès fut instruit par une grande commission spéciale nommée par Charles V, qui siégea à Paris; il trouva des juges au concile général de Vienne.
La conviction profonde de M. Lavocat est que les Templiers étaient innocents des monstruosités dont on les accusa. Aucun témoignage ne s'est produit concernant les prétendues habitudes criminelles qu'on leur imputait. Le procès entrepris contre eux et contre POrdre reste pour M. Lavocat à l'état de calomnie et de diffamation. Quant aux épreuves que dans quelques maisons du Temple l'on faisait subir aux profès, comme de renier Jésus-Christ, de cracher sur la croix, de subir des baisers indécents, sous menace de coups et de mort, ce n'était, affirme M. Lavocat, qu'une apparence détestable et grossière, un jeu pour s'assurer de l'énergie que déploierait le frère en combattant les infidèles, du refus opiniâtre, inébranlable de renier Jésus^Christ et sa foi pour sauver sa vie, s'il venait à tomber entrç les mains des Sarrasins.
Et le résultat de cette monstrueuse injustice accom-, plie avec toutes les formes d^un jugement régulier ne fut pas profitable au roi, selon son espoir et son calcul. Les immeubles échappèrent à la convoitise de Philippe, restèrent biens d'Église et furent adjugés aux hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem, et à d'autres gens d'Eglise.
Le livre de M. Lavocat est bien fait pour intéresser non seulement le public curieux d'histoire, auquel il l'adresse plus particulièrement, mais aussi ceux que passionnent les situations dramatiques, et surtout ceux si nombreux de nos jours qui ont le goût de l'horreur. Le simple récit, le procès-verbal des supplices des malheureux Templiers soumis à la question, dépasse l'imagination du plus macabre ro* mancier. p. z.
Les Œuvres et les hommes, xix» siècle, 2* série , les Historiens, par J. Barbey d'Aurevilly. Un vol. in-8', Paris, 1888. Maison Quantin.
D'un livre comme celui-ci, qui n'est pas inédit, qui est seulement le partiel assemblage de pierres magnifiquement sculptées au jour le jour, en sa carrière, par un merveilleux artiste; insouciamment et pendant longtemps, quoique achevées, abandonnées par lui dans le chantier et qu'il reprend aujourd'hui à pied d'œuvre, classe et met en place pour en former l'un des pavillons du somptueux palais où il prétend loger toute la littérature du xix* siècle : d'un tel livre, ne pouvant tout dire, faute d'espace, il y a peu de chose à dire. Ce qu'il importe de faire savoir, c'est 1 achèvement d'un pavillon nouveau, la publication d'un nouveau volume et sa composition ; car, en vérité, cette œuvre d'ensemble a su, malgré sa grande
étendue, rapidement conquérir un public et s'en assurer la fidélité, à ce point que les cinq premiers volumes sont, pour le moment, épuisés.
Le dernier paru est le a coin des historiens 0 en ce Westminster de papier imprimé, voué moins à la glorification qu'à la critique passionnément sincère et sévère des Œuvres et des hommes. A quels historiens s'arrête l'auteur? Non aux moindres, assurément; mais c'est bien par hasard, et ils ne sont pas tous également illustres. La liste en est longue, d'ailleurs; elle contient plus de vingt noms d'historiens et des titres d'ouvrages en même quantité. En effet, ce n'est pas de propos délibéré et sur la totalité de leur production que ces écrivains sont jugés; c'est à l'occasion d'un de leurs livres, le dernier publié à l'heure où le juge prononce ex cathedra les considérants du jugement. Ce volume^ le second de la Ii*> série et le dixième de la suite générale, n'est donc qu'un livre sur des livres. De tout autre que de M. Barbey d'Aurevilly, l'attrait ne serait peut-être pas d'un aimant irrésistible. Mais on connaît la façon de procéder du critique, le sans-gêne hautain avec lequel il évince un auteur du propre sujet que celui-ci a traité, s'y installe à son tour et le traite pour son compte, à la lumière des vues originales parfois difficilement conciliables que lui inspirent sa double foi religieuse et monarchique et l'intraitable indépendance de son esprit. Sa passion, sa partialité sont manifestes. Ne les lui reprochez pas. C'est son titre à la sympathie de ses adversaires eux-mêmes. L'impartialité, l'impassibilité, l'impersonnalité de l'histoire, il n'y croit pas. Y prétendre est œuvre chimérique, d'hypocrite ou de niais. « L'histoire n'est jamais qu'un historien », dit-il, et, à la faveur de ce principe, il donne libre carrière à ses colères, à ses ironies, voire à ses admirations. Les chapitres sur l'Anglais Carlyle, sur Michelet, Taine et les frères de Concourt sont au nombre des plus éloquents. Du premier, je retiens cette vue curieuse sur Michelet : qu'il fut fasciné par Cariyle, qu'il en fut « allumé «•
Rome et Berlin. — Opérations sur les côtes de la Méditerranée et de la Baltique, au printemps de j888,p€iT Charles Rope, ancien officier de marine. Un vol. in-8", avec huit cartes, plans et croquis. Paris, 1888, librairie Berger-Levrault et C®.
Un officier anglais, que la faiblesse des défenses côtières de l'Angleterre inquiétait vivement, eut, il y a quelques années, l'idée de confier ses inquiétudes au public en écrivant, sous le titre de la Bataille de Dorking, un récit imaginaire de l'invasion du territoire britannique par une armée continentale. Le succès du livre fut tel qu'il engendra un mouvement d'opinion assez puissant pour déterminer l'armement du littoral anglais de la Manche. La forme et les procédés de la Bataille de Dorking ont, depuis, été souvent repris tt, en dernier lieu, par M. Charles Rope en cet ouvrage : Rome et Berlin. Dans son exposé des « opérations côtières de la Méditerranée et de la Baltique au mois de mars 1888 » — remarquez la
précision de la date indiquée — Tauieur rapporte si sérieusement les faits accomplis, que pas une fois son livre ne trahit la fiction. Un parti pris si absolu impose un certain effort d'esprit à qui veut entrer dans le jeu; mais l'intérêt de la lecture en est singulièrement augmenté.
Pour avoir jadis porté sur la manche de son dolman les galons de brigadier de hussards, celui qui écrit les présentes lignes ne se reconnaît pas, en matière de tactique et de stratégie, la compétence d^un Jomini. Il ne saurait faire plus que d'exposer les données principales de la fable grandiose imaginée par M. Charles Rope. Menacée d'une double invasion, au nord et au midi, la France a résolu de porter le fer au cœur de l'un et de l'autre assaillant, à Rome et à Berlin. Au début des hostilités, nous n'avons d'autre allié déclaré que le Danemark, dont le concours nous sera précieux.
Transportons-nous d'abord, au midi. Les alternatives de la lutte y sont dramatiques. Notre flotte prend l'initiative du succès, — - n'oublions pas que l'écrivain militaire qui signe Charles Rope est ou fut officier de marine. Maîtresse de la Méditerranée, elle débarque 5o,ooo hommes à Civita-Vecchia. Le siège de Rome est commencé, quand il faut abandonner la partie pour renforcer notre armée du midi compromise sur le Var. Mais à la suite de deux grandes batailles successives sur terre et sur mer, où chaque fois le sort des armes nous est favorable, les Italiens, dégoûtés d'une guerre ruineuse, signent un armistice séparé.
Au nord, les circonstances hydrographiques du littoral ne permettent pas à notre marine d'agir avec la même célérité. Cependant, en six semaines, elle organise une flotte de transport et de combat qui, grâce à l'alliance du Danemark, débarque heureusement un corps et un demi-corps d'armée aux bouches de l'Oder. Stettin pris, les armées alliées se portent vers la capitale de la Poméranie : ce mouvement détermine la retraite de Tarmée allemande qui bloquait nos camps de Reims et de Langres. La Russie entre en ligne et finalement le sort de la guerre se décide sous Berlin, dans une grande bataille où 273,000 Russes, Français et Danois, réunis contre 257,000 Allemands, portent un coup décisif au puissant empire.
Tel est le roman militaire conçu par M. Charles Rope avec une audace justifiée par la science de l'exécution. Tel est le rêve, devrais-je dire plutôt, car ce n'est bien qu'un rêve, puisque le mois de mars est passé, et ce n'est pas sans quelque tristesse que nous le constatons. s. c.
Campagne de Prosse (1806), léna, par P. Foucart, capitaine breveté au Sg* régiment d'infanterie. Un fort vol. in-8°, chez Berger-Levrault.
En alléguant que les moyens d'action ont été complètement modifiés depuis quatre-vingts ans, l'on prétend que les guerres de Napoléon n'offrent plus d'intérêt pour nous, et que les campagnes récentes
seules (1866, 1870 et 1877) doivent être le bréviaire de nos généraux. C'est une opinion contre laquelle s'inscrit en faux M. le capitaine Foucart; il prouve la valeur de l'opinion contraire en nous faisant suivre pas à pas les opérations de la campagne de Prusse jusqu'après léna, campagne très heureusement choisie pour une telle étude, et il nous indique combien d'utiles renseignements on en peut tirer au point de vue de l'organisation et de la tactique des armées actuelles.
M. Foucart distingue dans l'histoire des guerres, d'une part, l'étude des principes et des règles de Tart de la guerre que l'on cherche à distinguer des opérations du commandement en chef, et d^autre part, celle des détails innombrables que comportent les préparatifs et l'exécution de la guerre, c'est-à-dire de tout ce qui touche à l'organisation et à la conduite des troupes, ainsi qu'à la prévision de leurs besoins. La première étude est indépendante du temps, mais est d'autant, plus fructueuse que Ton peut suivre le développement de la pensée du chef au moyen de sa correspondance; la deuxième exige en outré la connaissance des rapports des officiers généraux placés sous ses ordres, et des diverses instructions de détail données par eux : elle ne peut être faite que pour l'armée nationale et avec les ressources des archives.
Telle est la méthode adoptée par l'auteur : il transcrit jour par jour les ordres de l'empereur et les rapports de ses généraux, observant les différents actes de la« guerre suivant leur enchaînement naturel au fur et à mesure que les événements se déroulent, n'ajoutant que les renseignements indispensables pour les saisir dans leurs détails, mais ne donnant d^indications sur l'armée prussienne que ce que Napoléon en savait lui-même; en un mot, il nous fait vivre, suivant son expression, la vie du commandant en chef. Si l'on peut adresser une critique à cette méthode, excellente d'ailleurs, c'est que les lettres de l'empereur et celles de ses généraux qui y répondent ou contiennent des instructions à leurs sous-ordres pour l'instruction de ses volontés, étant reproduites par ordre de date, on est souvent obligé de revenir en arrière pour relier les fils de celte correspondance. Mais cet inconvénient est de médiocre importance, car nous avons affaire à un ouvrage d'étude et non à un livre de lecture courante.
Le cadre restreint de ce compte rendu ne nous permet pas une analyse complète; d'ailleurs, pour ce qui est du développement même des opérations, l'art de l'auteur n'a eu à s'exercer que dans le choix des documents qu'il a scrupuleusement reproduits. Quant à son but, il est atteint; nous pénétrons dans la pensée de Napoléon, nous lui voyons déployer une activité incroyable qui se signale par l'indication des heures auxquelles ses ordres sont rédigés : à chaque instant du jour et de la nuit, son esprit est en éveil et ne perd de vue aucun point de son vaste plan de campagne; nous le voyons prévoir jusqu'aux moindres détails tout en laissant à ses subalternes, dont il connaît la valeur, leur part d'initiative. La conduite de son armée n'est pas, du reste, la seule chose qui
CRITIQUE LITTÉRAIRE DU MOIS
Finquiète : en môme temps que général, il est empereur, et il ne manque pas de prendre toutes les mesures militaires et politiques qui doivent assurer la sécurité de son empire.
A ce propos, nous ferons observer combien il est indispensable au succès d^une campagne qu^elle ait été conçue par cçlui-là même qui la dirige. Rien ne serait plus pernicieux au sort d'une armée que de la faire mouvoir d'après des ordres donnés de loin par un homme qui, non seulement serait étranger aux choses de la guerre, mais encore ne pourrait suivre les opérations que par les dépêches des généraux, sans se rendre compte en personne, comme le faisait Napoléon, de tout ce qui se passe. Mieux vaudrait laisser agir isolément chaque commandant des fracttons de cette armée, ce qui serait la négation de Part de la guerre. ■ A la guerre, a dit Napoléon, les hommes ne sont rien, c'est un homme qui est tout, b Mais il faut que cet homme ait toute sa liberté d'action, qu'il sache dès le début ce qu'il fera par la suite, mais qu'il soit le seul à le savoir. Les hommes ne sont rien, dit-il, et pour sa part, il se fait fort de soumettre avec i5o,ooo hommes Vienne, Berlin et Saint- Pétersbourg. Il était loin de songer à ces fameuses armées nationales, qu'on nomme armées par euphémisme, où l'on pense, par la multitude des individus, suppléer au peu de valeur personnelle des soldats et des chefs, et qui font qu'une nation, ayant jeté toutes ses forces à la gueule des canons ennemis, n'aura plus de défenseurs à qui faire appel quand ce rempart humain aura été broyé par la mitraille.
Au point de vue tactique, ce qui ressort clairement de cette campagne d'Iéna, et M. Foucart a soin de le signaler, c'est l'importance des petites colonnes, qui, par leur mobilité, leur solidité et leur peu de vulnérabilité, font toute la force de la ligne de combat. L'auteur s'insurge, et avec raison, contre ■ les tendances actuelles à disperser des compagnies en tirailleurs et à porter successivement sur la ligne de com-
bat tout un bataillon par sections et par pelotons, sans liens entre eux, qui amènent la ligne de combat à n'être plus qu'une réunion d'hommes sans cohésion, échappant à la direction des chefs de tout grade, et
incapable de produire un effort Plus que jamais,
aujourd'hui, avec des troupes jeunes et sous un feu
aussi intense, il faut de l'ordre et de la discipline b
Et M. Foucart fait remarquer que cette difficulté de contenir une troupe répartie sur une ligne de grande étendue sera encore accrue par défaut de gradés. Plus le temps de service est court, plus les cadres doivent être solides et nombreux, et précisément par suite de ce peu de durée du service, c'est l'inverse qui se produit. D'un côté, les soldats ou sont trop jeunes et insuffisamment exercés, ou ont perdu dans leurs foyers l'habitude de la discipline et de la manœuvre; de l'autre, les sous-officiers et caporaux n'ont pas le temps d'acquérir l'expérience nécessaire pour remplir utilement des fonctions plus difficiles qu'on ne le croit communément: les officiers, réduits en temps de paix par les appels fréquents des classes d'instruction à un rôle inférieur à la mission qui leur incombera en campagne, n'ont ni la faculté, ni le loisir de s'y préparer, et leur recrutement deviendra d'autant plus difficile que les avantages de leur situation seront moins' en rapport avec ses charges. C'est la conclusion que l'on est amené à tirer de la comparaison de notre état militaire présent avec cette mémorable campagne où une armée vraiment moderne a obtenu, grâce à son organisation et à 'sa tactique, des résultats merveilleux. Si l'auteur ne montre pas en termes aussi précis l'état précaire où se trouve notre armée, du moins laisse-t-il entrevoir ses craintes, que la plupart des officiers partagent d'ailleurs avec lui. La portée de son livre est donc très grande, et comme rien de ce qui touche à la Prusse ne doit nous être indifférent, il mérite à plus d'un titre d'être médité par tous ceux qui s'intéressent à la sécurité et à la gloire de notre pays. pz.
Le Musée secret de la oarioature, par Champ- FLEURY. Un vol. grand in-i8 Jésus, avec illustrations. Paris, E. Dentu, 1888.
On pouvait considérer comme terminée avec le cinquième volume consacré à la Caricature moderne la patiente, savante, et, au double point de^vue de l'art et de rhistoire générale, si intéressante Histoire de ta caricature de M. -Champfleury. Mais il est parfois de certains sujets qui nous tiennent plutôt que nous ne les tenons et qui, non plus que je ne sais quelle commère du répertoire de M. Labiche, « ne veulent pas être lâchés ». a Je me nomme Crampon », dit la
femme. La caricature est pour M. Champfleury un. de ces sujets- crampon. Nous ne nous en plaignons pas : tant s'en faut ; car de l'amas de documents réunis par l'auteur de VHistoire de la caricature et demeurés sans emploi, il s'est enfln décidé, après de longues années d'hésitation, à tirer et à publier, en un sixième volume, ce qu'il appelle le Musée secret de la caricature, c'est-à-dire une matière fort délicate à traiter, sans doute ; mais l'érudition n'a vraiment pas à se montrer timide à l'excès.
Pourquoi ?
A quoi bon ?
Etait-il nécessaire de?
répéteront certaines gens. La meilleure réponse — M. Champfleury la fait lui-même — est « d^exposer sa pensée avec un esprit chaste et des yeux curieux ».
C'est rOrientqui lui a fourni les chapitres les plus nombreux sur la caricature erotique, et, en Orient, de préférence la célèbre marionnette populaire, proche parente de notre Polichinelle, le bouffon lubrique par excellence, Tobscène et naïf Kara-Gueux de Constantinople, qui devient Karakouche en passant de Turquie en Algérie et en Tunisie, dont le nom peut varier, mais dont les mœurs, le langage et surtout rénorme accessoire caractéristique ne changent jamais. En un bien curieux chapitre, n^apprenons-nous pas que le culte du phallus s^est perpétué jusqu^à nos jours dans certaines communes de France : en Bretagne, en Normandie et même dans le centre i Comment s'étonner que l'Orient ait conservé, même sous une forme caricaturale et impudique, le souvenir de symboles dont le sens est perdu, celui des anciens mythes relatifs aux divinités génératrices et à leur culte grave ?
L'étude du Musée secret de la caricature n'occupe que la première moitié du volume; l'histoire de la Caricature au Japon en remplit la seconde moitié; elle y est parfaitement à sa place; nul n'ignore en effet que les caricaturistes japonais s'accordent toutes les licences. Mais quels artistes, quels dessinateurs admirables! Malgré la vulgarisation à outrance des plus médiocres produits de Tart japonais par les grands magasins de nouveautés, nous restons insatiables des merveilleuses beautés de cet art. Et que d'esprit! Avec quelle joie nous avons retrouvé dans le livre de M. Champfleury des reproductions choisies dans les plus beaux albums, des croquis de l'incomparable Hokousal tirés de la se'rie des Gras et Maigres! C'est aussi un véritable plaisir de voir l'art japonais si exactement compris, analysé, jugé et admiré. Cette seconde partie n'est pas à nos yeux la moins précieuse du beau livre de M. Champfleury.
Les Peintres de la Tie, par Camille Leuonnier. Un voL in-i8. Paris, 1888, Albert Savine.
Belge de naissance, M. Camille Lemonnier a depuis longtemps conquis de par le talent ses lettres de grande naturalisation dans la littérature française. Je ne connais parmi ses œuvres de Action qu'un volume de courtes nouvelles, Noéls flamands; ce volume peut être mis dans les mains les plus chastes; mais les romans de M. Lemonnier : Z7« mdle, la Mort y Thérèse Monique, VH^-stérique, Happe-Chair n'auraient point, paraît-il, la même innocuité; le plus souvent, il est vrai, l'on est averti, mis sur ses gardes par le titre même. Mais si j'ai entendu maintes fois critiquer le choix audacieux de ses sujets d'étude, jamais il ne m'est arrivé d'entendre nier ou seulement discuter ses puissantes qualités d'écrivain. Des facultés rares de vision et de rendu, d'analyse et de synthèse, une •forte langue qui exprime au point d'en communiquer la sensation, la forme, le.reliefet la couleur des 1
choses, une âme passionnément éprise de la nature, un cœur passionnément épris de l'humanité, une intelligence passionnément éprise des maîtres de l'art: de tels dons et de tels moyens d'action sur le lecteur devaient nécessairement conduire M. Lem©nnier à la critique d'art. Il y a pris aussitôt une des premières places par la justesse de ses vues, par son indépendance d'esprit et par la sincérité^ par la franchise, comme par la chaleur communicative de sa parole. Malgré son titre général, trop général, puisqu'il semble annoncer une étude historique complète sur les peintres qui ont fait du mouvement de la vie réelle l'objet principal de leur poursuite, le livre de M. Lemonnier, comme la plupart des livres d'art aujourd'hui, — ainsi que nous l'avons trop souvent constaté — n'est qu'une réunion d'articles écrits au cours des circonstances, motivés par le hasard des événements et sans autre lien commun que l'unité des" jugements formulés par l'auteur. Le morceau le plus important du volume et qui l'ouvre, Cour^ef et son œuvre, 9i été publié assurément à l'occasion de la mort du maître d'Ornans, excellent morceau de critique émanant d'un admirateur, mais non d'un fanatique aveugle, où toute louange est raisonnée, comme toute réserve. A la suite de son propre travail, M. Lemonnier reproduit une lettre des plus intéressantes au point de vue biographique écrite par le docteur Paul CoUin, ami de Courbet et qui l'entoura de ses soins pendant les derniers jours. Le docteur rapporte nombre des propos sur l'art tenus par Courbet et nombre d'anecdotes, contées par lui et dont pour cela même l'exactitude m'est fort suspecte. Courbet était fanfaron, vantard et vaniteux. Des extraits choisis dans des comptes rendus d'expositions : 1870-78-82-84, et des articles d' tt actualité » sur Alfred Stevens, Adolphe Menzel et Félicien Rops complètent le volume. Nous eussions certes préféré de beaucoup voir M. Lemonnier appliquer ses qualités de critique et d'écrivain au développement de quelque chapitre d'histoire de l'art ou d'esthétique; mais, en vérité, tout prétexte est bon qui fournit à l'auteur l'occasion d'exposer sa généreuse et saine conception de l'art dans sa langue puissamment imagée. e. g.
L'Arohitecture romane, par M. Edouard Corroyer, inspecteur général des édifices diocésains. (Bibliothèque de l'Enseignement des Beaux-Arts.) Quaniin, éditeur. Un vol. in-8". — Prix : broché, 3 fr. 5o; cartonné, 4 fr. 5o.
• Sous ce titre, la bibliothèque de l'Enseignement
des Beaux-Arts, dirigée par M. Jules Comte, vient de s'enrichir d'un nouveau volume — le vingt-neuvième — de cette belle collection, dont le succès va toujours grandissant.
La dénomination d'^r/ roman représente l'art complexe et multiple d'une longue suite de siècles; il est surtout une transition entre le déclin de l'art antique et l'aurore de l'art nouveau. Tandis que ses commencements se confondent dans les derniers reflets du gcnie romain, il naît et se développe jusqu'au x« siè*
CRITIQUE LITTÉRAIRE DU MOIS
de, à mesure que les relations s'établissent entre ce qui est devenu la France et l'Europe occidentale. Cest donc bien au delà de la domination romaine qu'il faut chercher les origines et comme le point de départ de l'architecture romane; c'est à Rome quMl faut commencer par étudier les basiliques civiles transformées en temples chrétiens, puis en Orient, où M. le comte Melchior de Vogué a montré les sanctuaires païens se transformant tout d'abord pour conduire à l'édification des églises appropriées au culte nouveau.
Nous ne pouvons essayer de donner même un aperçu du volume si savant et si personnel de M. Corroyer; il nous suffira de dire que l'auteur a cherché à démontrer l'enchaînement ininterrompu de l'architecture française, en la reliant à l'antiquité, et qu'il y a pleinement réussi.
190 gravures, faites sous sa savante direction, achèvent de jeter la lumière sur ses démonstrations.
La Vente des Diamants de la Couronne, par M. ARTHUR Bloche. Un joli vol. in-i6 de près de 200 pages, illustré de 33 dessins des principaux bijoux et imprimé avec soin sur papier fort. Maison Quantin, 7, rue Saint-Benoît, Paris. — Prix : 6 francs.
La Vente des Diamants de la Couronne, catalogue raisonné de cette opération, par Arthur Bloche, s'impose à tous les bibliophiles. Cest une page d'histoire contemporaine dans toute l'acception du mot, initiant le lecteur à tous les préparatifs des expositions et de la vente, rappelant bien à la place voulue les noms de tous ceux qui collaborèrent à cette importante opération, ceux des acquéreurs et môme de tous les assistants aux places réservées, les prix obtenus par chaque objet, etc. L'érudition de Texpert-écrivain se confirme dans la description des joyaux, les renseignements précieux qu'il donne sur ceux qui les ont dessinés et montés.
On sait combien M. Arthur Bloche remplit dignement la mission délicate d'expert et avec quel tact il dirigea la vente; on ne s'étonnera donc pas de trouver, avec tous les documents officiels et his-
toriques contenus dans le livre, une lettre du Président du conseil des ministres adressée, le 10 décembre 1887, à l'auteur pour le remercier, au nom du gouvernement de la République, du désintéressement vraiment patriotique avec lequel il refusa toute espèce d'honoraires. Il n'y a 14 qu'une récompense morale très rarement accordée, en attendant sans aucun doute la récompense justement méritée pour des services rendus à l'État et au Domaine. La maison Quantin, comme toujours soucieuse de la perfection de ses publications, a chargé de véritables artistes du soin de représenter les joyaux. Trente-cinq dessins, représentant les plus importants, enrichissent ce charmant volume. On trouve à la fin les destinations diverses données aux pierres et bijoux qui ne firent pas partie de la vente. Le prix absolument modeste, 6 francs, de ce livre le rendra accessible à tout le monde.
L'Année musioale, par Camille Bellaigue. Un vol. in-i8 j^sus. Paris, 1888. Ch. Delagrave, édit.
Ce volume est le premier d'une série que l'auteur et réditeur promettent de continuer d'année en année. M. Camille Bellaigue est un critique de musique très apprécié des lecteurs Je la Revue des Deux Mondes et fort considéré par les musiciens. Sa compétence n'est pas son seul mérite; on lui reconnaît une indépendance de jugement et une ferme sincérité qui n'excluent pas l'urbanité de la forme. Le présent volume contient les annales de la vie musicale pendant la saison 1886- 1887, qui a vu naître : à l'Opéra, Patrie, de M. Paladilhe; à TOpéra-Comique, Egmont, de M. Salvayre; Proserpine, de M. Saini-Saëns; le Roi malgré lui, de M. Chabrier. Une large place est faite aux exécutions des concerts Colonne et Lamoureux. M. Bellaigue, pour ne rien omettre, a même consacré un chapitre à la bibliographÏQ musicale. Son livre sera très utile à tous ceux qu'intéressent le présent et l'avenir de la musique.
Ajoutons que le volume est imprimé avec soin sur beau papier et orné d'une couverture artistique enrichie d'une aquarelle de M. Dubuffe fils.
PZ.
GEOGRAPHIE
^ Voyages — Mœurs et Coutumes —
Sao au dos à travers l'Espagne, par Hector France. Un vol. in-x8. Paris, G. Charpentier et C'% 1888. - Prix : 3 fr. 5o.
Depuis les impressions de Dumas et le voyage de Gautier, je ne crois pas que TEspagne ait été plus
intelligemment visitée ni racontée plus agréablement. Cette excursion de pedestriari & dû être pour M.Hector France une source de jouissances vives et délicieuses, car son livre est justement cela pour le lecteur. Ce beau pays, frère du nôtre, si superficiellement connu ou si complètement ignoré de la plupart d'entre
nous, apparaît dans les pages du vaillant écrivain avec sa physionomie vraie, les mœurs de son peuple, les particularités de la vie familière, tout ce qui fait l'idiosyncrasie d'une terre et d'une nation. M. Hector France a écrit là quelques-unes des pages les meilleures qui soient sorties de sa plume, qui,.pourtant, a produit tant d'œuvres remarquables. Il n'y a là, ni thèse, ni parti pris. C'est un artiste observateur, qui raconte sincèrement et simplement, avec le talent d*un maître es prose française, ce quUl a vu et ce qu'il a senti. b.-h. g.
Quatre mille lieues aux Étata-Uuis, par F. de BiANCOUR. Un vol. in-i8. Paris, 1888. Paul Ollendorff.
M. F. de Biancour est un ancien préfet que le hasard de la politique, ce jeu de bascule, a écarté de l'administration publique et jeté dans Tadministration privée comme président d'une société minière dans l'Amérique du Nord, je crois (Lexington Miné), II a traversé les États-Unis départ en part,'de l'Atlantique au Pacifique, de New- York à San-Francisco, ne s'arrêtant guère, sur le parcours, qu'à Chicago et à Sait Lake City, cette capitale du mormonisme, dont la prospérité matérielle concordant avec la pratique de la polygamie attire infailliblement la curiosité du voyageur venu d'Europe et sollicite les réflexions du philosophe moraliste. C'est par les placers de la Nevada, par les montagnes Rocheuses, par une pointe dans le Canada jusqu'à Montréal (prononcer Monteréat comme les Canadiens), enfin par la descente de l'Hudson, que M. de Biancour revient au point de départ, à New-York, où il embarque pour le Havre. Un tel trajet représente un joli ruban de queue (une vieille locution française que nos frères de Mont (e) réal et de Québec ont dû conserver]. On comprend néanmoins que malgré le nombre respectable de milles parcourus — 4,000 lieues, dit l'auteur — la plus grande partie du territoire a échappé à son observation. Eh bien, je dois cependant à la vérité de déclarer que pas un livre écrit en français ne donne une idée plus juste à la fois et plus complète^ à ma connaissance, de la nation, de la vie et des mœurs américaines, que ce petit volume sans prétention. II est vrai de dire aussi que notre littérature de voyages est fort pauvre sur ce point. Quant à ce que je me permets de dire ici touchant l'exactitude de l'auteur, il est fonde sui ma connaissance du pays, acquise de seconde main, sans doute, mais très sûrement, dans la lecture assidue des.révues américaines et anglaises. C'est ainsi, pour citer seulement de récents témoignages, que l'aperçu de la vie canadienne donné par M. de Biancour a confirmé ce. que déjà m'en avait appris un article illustré sur Québec dans le numéro de février du Harper's. Magasine, Et de même je retrouve dans Quatre mille lieues aux États-Unis bien des vues d'ensemble et nullement banales, où l'auteur se rencontre en ses conclusions avec les conclusions d'un article sur la Civilisation aux États-Unis, publié par the Nineteenth Century d'avril 1888, et
qui, peut-être, est le dernier écrit tombé de la plume du très regretté Matthew Arnold, le poète pénétrant et charmant, le brillant critique, le penseur indépendant, le hardi philosophe, mort en ce même mois d'avril dernier. Il est fâcheux que Boston et la Nouvelle-Orléans n'aient pu entrer dans le tracé de l'itinéraire suivi par M. de Biancour. Leur absence forme les seules lacunes un peu graves de son livre. Tel qu'il est pourtant, ce livre, toute personne qui l'aura lu, je n'hésite pas à le répéter, saura de la société yankee ce qu'il est essentiel d'en savoir, et non plus selon la légende, mais dans sa vérité. e. c.
De l'Atlantique au Pacifique, à travers le Canada et le Nord des États-Unis, par le baron Etienne
• HuLOT, ouvrage accompagné d'une carte et d'un plan. Un vol. in-i8 Jésus. Pion Nourrit et C'% édit.,
La bibliothèque des voyages publiée par la librairie Pion se distingue par l'agrément des détails pittoresques et l'exactitude scrupuleuse. La plupart des auteurs qui la composent sont gens d'esprit et de savoir, qui voyagent réellement soit pour leur plaisir, soit pour leurs fonctions ; ils savent voir, observer, raconter.
Le volume de M. Etienne Hulot est un des meilleurs de la collection. Ancien élève de l'École libre des sciences politiques de Paris, il est parti en compagnie d'un ami, condisciple de cette savant^ et utile école; il a traversé l'Amérique du Nord, d'Orient en Occident, intéressé surtout par le Canada, cette France transocéanique gouvernée par les Anglais. Les renseignements qu'il rapporte sont du plus haut intérêt; il indique avec force et preuves à l'appui quel riche avenir est réservé aux colons laborieux de ces vastes plaines; quel destin heureux y trouveraient des ménages qui végètent misérablement sur le sol natal, et qui là-bas se créeraient rapidement l'aisance, et ne craindraient pas la multiplication des enfants, considérée ici, avec raison, comme un ruineux fléau. Il a retrouvé dans le Saquenay et il décrit la famille souche, telle que l'a conçue M. Le Play. Le Benjamin de vingt-quatre frères n'est pas un mythe dans le Saquenay. La coutume du vîngt-cinqtiième n'existe qu'au Canada. On meta la charge du clergé le vingtcinquième enfant d'une même femme ! Ce n'est pas une charge trop lourde ni trop fréquente.
Détail très digne d'être noté : le prêtre recommande à ses ouailles de croître et de multiplier, et celles-ci sont tellement convaincues de cette nécessité, qu'elles ont fait tomber la candidature d'un député pour cause de célibat : les électeurs considéraient qu'il n'avait pas rempli ses devoirs civiques.
Songez donc que le nombre des émigrants qui sortirent de la vieille France pour venir s'établir au Canada, sous l'ancien régime, n'a pas dépassé dix mille. L'émigration en effet cessa en 1700. En 1763^ malgré les guerres sauvages et toutes les misères de la vie de colon dans ce temps-là, la population de la colonie comptait soixante-dix mille habitants, et au-
CRITIQUE LITTÉRAIRE DU MOIS
jourd^hui la race française, au Canada et dans les États-Unis, compte à peu près deux millions. Les établissements anglais créés dans Québec par les autorités impériales, dans le but d^éliminer Tinfluence française, disparaissent les uns après les autres.-. . Il est probable que dans vingt-cinq ans les Français- Canadiens seront les maîtres dans toute la partie est d'Ontario jusqu^à Kingston, sans compter tout le nord de la province.
Mettez en regard la dépopulation de la mère patrie, et lastagnation dans laquelle végètent nos possessions coloniales où Ton ne va qu'avec Tespoir d^une fortune rapide, et nullement sans esprit de retour!
Il ne nous est pas permis de suivre pas à pas M. le baron Etienne Hulot : signalons en passant les curieuses notes sur la tribu indienne des Montagnaiset les survivants des Peaux-Rouges. — Prenez le livre, et vous aurez l'illusion d'un voyage d'agrément et d'étude, à New- York, au Canada, en Acadie, à Chicago, à rîle de Vancouver, avec la connaissance des mœurs, des particularités, des curiosités naturelles, remarquées, dépeintes et expliquées par un esprit nourri d'une instruction étendue et variée^- aussi peu pédant que possible et qui vpus charmera par l'entrain de sa jeunesse et de sa bonne humeur. p. z.
EaOoéaûie. Voyage autour du monde en 365 jours {i884-i885), par Eduond Cotteau, chargé d'une mission scientifique. Un voI«in-i6, contenant 48 gravures et 4 cartes. Paris, Hachette et C'«.
Un voyageur, qui s'est successivement promené de Paris au Japon en traversant la Sibérie, dans l'extrême Orient, dans les deux Amériques, dans rinde et à Ceylan, et qui a raconté ses promenades en des récits assez instructifs et intéressants pour que l'Académie française les couronne, vient d'enrichir la callection des voyages illustrés, publiée par la maison Hachette, de la relation d'une nouvelle promenade, parterre et par mer, intitulée Océanie, L'ouvrage tiendrait plus que le titre ne promet, si l'auteur n'y avait immédiatement ajouté : « Voyage autour du monde en trois cent soixante-cinq jours ».
Bornéo est sa pfemière étape; il nous mène ensuite dans le détroit de la Sonde, qu'il explore en détail peu après U catastrophe du Krakatoa, puis aux volcans de Java. De là, il passe en Australie et visite la Nouvelle-Galles du Sud, Victoria et la Tasmanie. Les chapitres relatifs à la Nouvelle-Calédonie et aux Nouvelles-Hébrides sont d'un intérêt particulier pour un lecteur français; il en est de même de ceux où il décrit, après tant d'autres, mais avec une originalité pro« prc et des aperçus nouveaux, Talli et Moorea. Après une dernière tournée de quarante jours à travers le Pacifique, il arrive en Californie. Mais, au lieu de rentrer en France par la route directe, il fait un crochet au sud et traverse le Mexique dans toute sa longueur pour s'embarquer à Vera-Cruz. Il visite en passant
les grandes Antilles et revoit enfin Paris après une absence d'une année, jour pour jour.
Ce tour du 'monde, effectué .en grande partie dans l'hémisphère austral, généralement peu fréquenté des touristes, n'est pas moins intéressant que les précédents ouvrages de M. Cotteau. Quatre cartes et quarante-huit gravures, exécutées d'après des photographies, ajoutent de l'attrait à ce volume, dont l'utilité sera reconnue de tous ceux qui, partisans de la politique coloniale, savent quel intérêt vital a pour la France la connaissance du monde, de ses civilisations, de ses productions et de ses marchés. b.-h. g.
Les Anglais en Irlande. Notes et impressions j par Philippe Daryl. Un vol. in-i8. Paris, J. Hetzel et C*. — Prix ; 3 francs.
A beaucoup de choses malheur est bon, et c'est le Temps qui en profite. Il avait déjà publié les Lettres sur l'Angleterre, de Louis Blanc; il publiait naguère les articles sur l'Irlande, de Philippe Daryl, puisque c'est le nom sous lequel cet écrivain de premier ordre a résolu d'être connu. Des causes analogues, sur lesquelles il ne m'appartient pas d'insister ici, produisent, pour Louis Blanc et pour M. Philippe Daryl, des résultats similaires, s'ils ne sont pas égaux. Pour ma part, que je sois influencé par la modernité de l'œuvre, son actualité politique et sociale, l'accent personnel du style, l'idiosyncrasie du talent, ou par des causes, s'il est possible, plus profondes, je fais plus de cas des observations de celui-ci que des tableaux et des doctrines de celui-là. Gladstone, ce vieillard qui pousse l'amour de son pays jusqu'à lui conseiller, lorsqu'il s'est assuré que les sentiers de l'iniquité sont des sentiers mortels, la voie de la justice, déclare que le livre de M. Daryl est l'œuvre capitale qui ait été écrite sur l'Irlande. La presse anglosaxonne s'en empare, le commente, y cherche des arguments ou des excuses, et, nulle part, que je sache, ne se fait jour l'accusation d'inexactitude dans l'observation, d'erreur ou de mauvaise foi. « Si le D' Johnson, dit le journal anglais The S pectator, eiw ail visité au siècle dernier une province française, avec l'impitoyable sincérité, le génie pénétrant et le talent descriptif qui le caractérisaient, il aurait écrit sans doute un livre analogue à celui de M. Daryl. » Peutêtre; il y aurait mis même quelque chose de plus : les préjugés de la race anglo-saxonne et son pédantisme personnel.
Quoi qu'il en soit, le livre de M. Philippe Daryl est une étude de mœurs fouillée d'un œil perspicace et exposée par un artiste sincère; mais c'est aussi, par conséquent et par surcroît, un document qu'on devra toujours consulter tant que sera pendant le grand procès qui dure depuis des siècles entre les deuic îles, que, seule, celle qui opprime et ruine l'autre, appelle les îles sœurs.
PETITE GAZETTE DU BIBLIOPHILE
JB ne sais trop si j^erre sur ce point, mais il me semble que la production des livres de luxe et des réimpressions bibliophilesques s^est très sensiblement ralentie en ces derniers temps. On commence à respirer et à voir clair dans le domaine spécial de la librairie d*art. Comme au surlendemain d^une orgie, on constate la présence des forts qui ont résisté à la débâcle, et on oublie les écloppés qui végètent vaincus en un coin. Franchement, il y avait excès; les bons payaient pour les pires, et le public harassé demandait grâce. Nous ne sommes certes point encore revenus à Tâgc d'or, mais on sent un acheminement vers rimpression tempérée, et, vive Dieu! il était temps; c'était à renoncer à la revue des livres; le champ d'Apollon menaçait de provoquer le champ de Mars par ses dimensions extravagantes devenues inexplorables.
Les dernières semaines sont encore suffisamment chargées; cependant rien qui éclate avec flafla sur les guitares distendues de la réclame. Quelques beaux et bons livres, brillants par leur prestance et dignes en leurs atours, nous sont soumis par des éditeurs soucieux de bonne renommée et qui savent que le temps respectera seulement ce qui a été fait avec son concours.
Parmi ceux-ci , H. Launeite se présente avec le Roman oomique de Scarron, illustré par Edouard Zier de 35o compositions dans le texte (i vol. in-S**, 3o francs). — On sait le soin qu'apporte Lau nette à ses élégantes éditions des chefs-d'œuvre de notre littérature; il est de ceux qui, sans précipitation, marchent sur les traces brillantes des Bourdin, des Perroiin et des Curmer; il cjultive le même champ et il apporte avec lui tout le relief et le ragoût des connaissances actuelles et des procédés modernes d'illustration.— Son Voyage sentimental f son Manon Lescaut, son Paul et Virginie, et ces admirables Confessions de Jean-Jacques qu'il publie en ce moment par livres séparés, ont assis d'une façon durable sa réputation auprès des amateurs. — Il ne vise point, comme tel éditeur du boulevard, un seul public restreint de gentlemen bibliophiles; il adopte l'idée du beau avec un effort vers la vulgarisation. C'est ainsi que ce Roman comique, abondamment illustré par Zier dans la donnée du Gil Blas de Gigoux, est mis en vente à un prix relativement modéré pour un tel ouvrage.
Le format in-8* colombier, un peu grand au goût de certains collectionneurs (et je suis de ceux-là), se prête, il faut l'avouer, très largement à Tillustration, et M. Zier s'eji est donné à cœur-joie dans ce beau texte imprimé par Motteroz. Il nous a servi sous toutes leurs expressions ces types à jamais mémorables de Ragotin, du Destin, de La Rancune, de La Caverne, de M"« de l'Étoile et d'Angélique. Son crayon
les poursuit avec verve à travers toutes les péripéties • et aventures que Scarron fait traverser à sa troupe de comédiens nomades. Il s'est imbu de l'esprit même de l'auteur du Typhon, et ses bonshommes sont bien dessinés, avec une expression vivante qui ne se dément point un seul instant au cours de l'ouvrage, ce qui est, à vrai dire, un rare mérite.
Il est à espérer que cette belle édition du Roman comique rencontrera le succès auquel elle a droit dans le monde des gens de goût et qu^elle demeurera fameuse dans le goût des gens du monde, — il y a une nuance réelle à distinguer ici.
— Je parlais, il y a quelques moments, des Gonfeasions de Jean-Jacques Rousseau, publiées par Launetie. J'ai dit, dès les premières livraisons, ce que je pensais de ce livre hors ligne, qui se poursuit avec méthode et grand soin* On n'a rien fait de mieux, f^ quatrième livre vient de paraître avec des eaux-fortes de Mordant, peut-être un peu trop violentes, trop grasses et trop largement traitées; mais Maurice Leloir y est tout à fait surprenant, varié, ingénieux, éru* dit, reconstituteur; il pénètre avec beaucoup de sub* tilité dans le génie même de Rousseau.
Seulement, il faut à ce un et maniéré compositeur, à ce réaliste idéal, des interprètes graveurs qui fassent très blond, très serré, très minutieux; il ne s'accommode pas des indépendants, des brutaux de morsure ou des tachistes. M. Launeite fera bien de ne rechercher, pour la suite de son ouvrage incomparable, que des graveurs doux, soumis, maîtres de leurs pointes, amis de la loupe et amoureux du détail à caresser. Leloir sera, j'en suis sûr, de mon avis sur ce point.
Je reviendrai sur ces Confessions lorsque l'édittonsera à la veille d'être terminée.
L'éditeur Georges Charpentier a voulu se lancer dans l'édition monumentale et aborder les publications à toUtès marges échevelées, où les esoadrons des beaux vers célèbres passent semblables aux épopées sculptées sur l'Arc de Triomphe. Il vient d'élever un temple formidable à André Chénier. Il a soumis la gloire du dernier des grands élégiaques à l'in-quarto des nobles temps monarchiques; il a fait venir de Hollande des papiers vergés blancs comme les dunes de Scheveningue et épais comme la toile du pays. Sur cette pâte laiteuse, réglée de Pontuseaux, il a prié Chamerot d'imprimer, avec le plus beau Didot connu, les œuvres complètes du célèbre décapité du 7 thermidor. Le lirage a éié tixé à 463 exemplaires, et les Poésies d'André CSiénier, édition définitive ou ne varietur, vient d'entrer dans l'auréole de la postérité, sous format in-4^, ave^ une dernière introduction du
CRITIQUE LITTÉRAIRE DU MOIS
regretté Becq de Fouquières, et quinze compositions de Bida, gravées à l'eau-forte par Champollion, Couriry, Monciés, etc., etc.
J'ai déjà, naguère, lors de l'apparition des premières livraisons, parlé assez longuement de cette édition géante; je convenais qu'à première vue le nom de Bida n'était point fait p^ur nous échautîer les entrailles, mais j'insinuais également que ce talent éminemment biblique et pompieresque convenait comme un péplum sur mesure au génie solennel du poète de la Jeime Tarentine. De fait, Bida a fait ici quinze compositions d'une absolue correction, parfois même la bucolique a su animer et brillanter la pointe glacée de son crayon, et le poète du haut des cieux a pu dire:
Il va croquer; courons, car les Oieux l'ont aimé. De lait, d'ambre et de miel, son génie est formé, Et ses traits, par la main des sœurs de Melpomène, SoDt trempés dans les fleurs et dans. Tonde hippocrène.
Les graveurs aquafortistes qui ont traduic la pensée d'an de Tillustrateur des Évangiles sont dignes d'éloges, et les planches gravées de ce livre, y compris le superbe portrait de Chénier, enrichissent à iouhait cette grande édition d'André Chénier, qu'on ne dépassera assurément pas en luxe et en beauté typographique.
Cette édition reproduit le texte des. Poésies publiées en 1884 P^r ^* ^^^^ ^^ Fouquières. Sa préparation avait demandé un long travail à son pubiicateur, qui avait dû reconstituer plusieurs pièces restées à l'état d'ébauches et faire le choix définitif des fragments et la recension du texte.
La librairie française est enfin dotée aujourd'hui d'une édition aussi belle que parfaite des Poésies de Chénier; l'entreprise a dû être fort onéreuse pour Péditeur de cette publication-cathédrale; le public, j'en suis assuré, saura reconnaître ce 'désintéressement et acquitter sa dette vis-à-vis de ce libraire Mécène frappé si inopinément de la monomanie des grandeurs in-quarto.
Et puis Bida porte bonheur : il a galvanisé les Saints-Évangiles! Ne l'oublions point, Messieurs et chers co-bibliofols.
Passons à la Librairie des Bibliophiles, où Jouaust est Dieu et Jean Sigaux soil prophète, et écoutons l'oracle des amateurs.'
Il est une ravissante collection que son éditeur a nommée à juste titre Collection Bijou, et dont les petits volumes, imprimés avec cadres rouges sur papier vélin de Hollande, et ornés d'eaux-fortes et de gravures sur bois, sont en effet de véritables œuvres d'orfèvrerie typographique. Nous y avons vu paraître successivement Daphnis et Chloé, Paul et Virginie, Atala, la Psyché de La Fontaine, VAminte du Tasse, Anacréon.
Aujourd'hui vient se joindre à ces six ouvrages une traduction nouvelle des Idylles de Théoorite, due à un de nos premiers hellénistes, M, Jules Gi-
rard, professeur à la Faculté des lettres, qui l'a fait précéder d'une très intéressante notice. Les compositions d'Emile Lévy, qui accompagnent cette élégante édition, ont été merveilleusement gravées à l'eauforte par Champollion, et dans les ornements du texte on retrouve les finesses ordinaires du crayon de Giacomelli. Prix : 20 francs.
Ce n'est point tout : beaucoup de nouveautés à la librairie de la rue de Lille ; je signale avant toutes une nouvelle collection qui se poursuivra longtemps et avec succès sous ce titre : les Pièces de Molière.
Les amateurs seront heureux d'apprendre la publication du théâtre de Molière en pièces séparées, que vient d'entreprendre M. Jouaust, dans le format in-i6 elzévirien, en ajoutant les beaux dessins de Louis Leloir gravés à l'eau-forte par Champollion. Ce sera un plaisir de pouvoir prendre à volonté, sur le rayon de sa bibliothèque, sans avoir à s'embarrasser d'un gros volume, la pièce qu'on désirera relire, surtout dans la forme élégante donnée à la nouvelle édition. L'impression en est faite en caractères entièrement neufs, sur papier de Hollande, avec de nouveaux Heurons dans le style du temps. Chaque pièce est accompagnée d'une notice et de notes dues à M. Auguste Vitu, que sa grande érudition moliéresque et sa haute compétence en matière théâtrale désignaient à double titre pour un travail de ce genre.
La première pièce, l'Étourdi, vient de paraître. Prix : 6 francs; sur papier de Chine ou sur Whatman, 12 francs; sur Japon, i5 francs.
Autre innovation, autre bibliothèque à cette Librairie des bibliophiles si féconde en bibliothèques de toute nature. Il s'agit de la création d'une Bibliothèque des Mémoires relatifs à l'histoire de France, qui est destinée à être le complément de la Nouvelle Bibliothèque classique des grands écrivains français. Laissant à leurs devanciers le mérite des collections complètes, trop volumineuses et trop coûteuses pour le grand public, les nouveaux éditeurs ne prendront, parmi les mémoires du xvi% et surtout des xvii* et xvin* siècles, que des œuvres vraiment intéressantes au double point de vue de l'importance historique et du mérite littéraire, ils inaugurent aujourd'hui leur collection par les Mémoires de l'abbé de Choisy sur le règne de Louis XIV, publiés avec une notice, des notes, une table analytique et un index des noms, par M. de Lescure, si apprécié pour ses travaux historiques dans le monde des érudits. Ces Mémoires forment deux jolis volumes du format in- 16, coûtant ensemble 6 francs. Il y a aussi des exemplaires sur papier de Hollande à 12 francs, et sur papier de Chine ou papier Whatman à 20 francs (ceci pour les bibliophiles méticuleux).
Dans les collections en cours à la Librairie des bibliophiles, celle des Chefs-d'œuvre inconnus. Celte charmante collection, commencée par M. Paul Lacroix et continuée par M. Maurice Tourneux, comprend certaines œuvres, presque ignorées, de nos grands écrivains, et d'autres productions remarquablés qui n'ont vu le jour que pour tomber immédiatement dans l'oubli, entraînant avec elles jusqu'aux
noms de leurs auteurs. Ces curiosités littéraires, dont Pimpression est due aux presses artistiques de Jouaust et Sigaux, sont présentées au public sous une forme élégante destinée à les venger de Pinjuste abandon où elles étaient tombées.
Les ChefS'cTœuvre inconnus nous ottrenl aujourd'hui, réunis dans un môme volume, sous le titre de Promenades à la mode, de très pittoresques tableaux de la vie des gens du monde au xviii* siècle. M. Maurice Tourneux, un de ceux qui connaissent le mieux les mœurs du temps, a fait pour ce curieux recueil une notice et des notes qu'on lira avec le plus grand intérêt.
Le volume est orné d'une coquette eau-forte de M. Lalauze. Prix : 3 fr. 5o.
Enfin, encore à la même librairie, où tant de bibliothèques se relèvent en bosses heureuses, je dois mentionner le tome IV, 1887, du Répertoire de la Comédie française, par Charles Gueulette, avec préface par Edouard Thierry et un délicieux portrait à l'eau-forte de M"* Baretta, par le miniaturiste Abot, roi des portraitistes. M. Gueulette apporte dans la rédaction de ces gentils annuaires une conscience et un bon goût parfaits. Parfait est le mot, car M. Gueulette est un petit-fils des Frères Parfait, et son recueil sera plus tard non moins précieux aux historiographes du théâtre que les almanachs théâtraux les plus célèbres des temps passés.
Chez Émilc Testard, VÉdition nationale de Victor Hugo poursuit sa destinée : les livraisons succèdent aux livraisons, les fascicules aux fascicules, les volumes aux volumes; cette entreprise énorme, dont il était permis de douter, arrive à son sommet. Voici déjà l'Année terrible, avec des eaux-fortes hors texte très réussies et des héliogravures heureusement venues en tête de toi^tes les poésies de ce volume de deuil. M. Emile Testard doit être félicité pour avoir adopté l'héliogravure en taille-douce pour les diverses têtes de pages; rien ne s^harmonise mieux avec le texte que ces fac-similés exacts des dessins; j^aimerais cependant à les lui voir tirer dans difï'é- .rents tons sévères, en bistre, en bleu vert, en sépia, en rouge sombre; Théliogravure accueille très bien la couleur, et, telle planche lépreuse et charbonneuse en noir, s'adoucit et devient fraîche et délicate avec le ton qui lui convient.
11 a été dit d'autre part dans cette revue que Testard, directeur- éditeur de la Revue de famille ^ avait repris à son compte et poursuivait les Œuvres * complètes de Molière, illustrées par Léman, et qui avaient eu la mauvaise fortune de naître sous l'étoile désastreuse de l'éditeur Lemonnyer. Cette reprise d'édition a déjà donné un gage : les Plaisirs de Visle enchantée, Léman s'y est surpassé; il a fourni pour cette comédie plus de soixante-quinze gravures imprimées en taille-douce; c'est plus que du luxe, c'est de la prodigalité; mais les moliéristes ne s'en plaindront point; ce sont des inassouvis, et on ne décorera jamais trop leur idole. Nous suivrons régulièrement
à l'avenir toutes les étapes du Molière Léman, et il est à espérer que le nouvel éditeur de cette publication mirifique tiendra à réparer le temps perdu et à arriver par marches forcées à la terminaison du plus beau Molière d'ensemble qui aura jamais été publié
en ce pays de France.
L'exposition de la caricature, qui a eu lieu tout te mois de mai dernier, semble avoir fait éclore une foule de publications qui en réalité étaient conçues bien auparavant, mais dont l'apparition a eu lieu en temps opportun. De ce nombre sont les Mœurs et la Caricature en France, par J. Grand-Caneret. Un fort vol. grand in-S** paru à la librairie illustrée (prix : 3o fr.), et le H. Daumier, Thomme et l'œuvre, par Arsène Alexandre, publié par l'éditeur H. Laurent en un vol. in-8® (prix : i5 fr.).
Le premier de ces livres, les Mœurs et la Caricature en France, est illustré de 8 planches en couleur, de 45 planches hors texte et de 490 illustrations dans le texte, reproductions d'œuvres anciennes et de caricatures typiques. C'est assurément un fort beau volume, qui fait grand honneur à son éditeur et qui mérite l'attention. Je ne puis cependant m'empôcher de faire procès à l'auteur sur la conception de son ouvrage ; il n'a pas eu le courage d'intituler franchement son livre les Moeurs et la Caricature en France au XIX* siècle, et il en résulte que la partie rétrospective du XVI* au xviii* siècle est déplorablement sacrifiée à la caricature contemporaine, qui^ pour être la plus variée, n'est pas assurément la plus originale ni la plus intéressante pour Pétude historique de nos mœurs. — Ce n'est pas un volume qu'il eût fallu entreprendre, c'est deux ou trois, sagement divisés, — le premier entièrement réservé aux origines de la caricature du XVI* au xviii* siècle, — et la mine était prodigieusement féconde, — le ou les autres consacrés à ce XIX* siècle si fort chargé d'événements, si tempétueux, si fiévreux et si tormidablement secoué par le cratère des révolutions politiques.
Cette observation sincèrement faite, je ne puis, dans sa donnée, que louer le travail de M. J. Grand-Carte* ret« Il renferme un nombre incalculable de renseignements, et il se termine par une bibliographie et histoire des journaux à caricatures, qui est d'un grand intérêt, avec ses heureuses reproductions de titres et ses références parfaites. L*ouvrage de M. Carteret té* moigne d'un effort considérable et qui sera justifié par l'accueil fait par le public â ce grand labeur.
Le livre sur Daumier, de M. Alexandre, admirablement compris comme étude icono-biographique et très sagement approfondi par l'auteur, qui a fait une reconstitution minutieuse de Daumier, ne me satisfait qu'à moitié au point de vue de l'illustration.
Daumier a laissé une série d'oeuvres si considérable qu-il semble difficile de comprendre un livre sur lui qui ne soit pas grouillant de reproductions, et, sans en avoir été avare, il me semble que M. H. Laurent n'en a paS été suffisamment prodigue. Je sfiis bien
CRITIQUE LITTÉRAIRE DU MOIS
que l'on me répondra par la question argent nprix il revient, mais c'esl un raisonncnient par lequel je melaiuerai irèï malaisément convaincre; quand on fiU revivre une physionomie comme celle de Daumier, il faut seconder l'auieur et tâcher de faire une œuvre définitive, M. Laurent eût pu entreprendre un ouvrage plu* cher, et ii est à regretter qu'il ne l'ait point fait.
liidore Liseui, fidèle à ses éditions eitra-limilées pour une élite de délicaisàépidermeseniuel.arécemmeni publie un nouvel ouvrage de savante galanterie, U Loiana Andalnsa (fo Gentille Andalouse), par Fnacisco Delicado (2 vol. in-S", tirage à aoo eiem- :s Japon il 25o fr.).
te ccuvre piquante Li, le graod traduc-
êroiiques ne placeront pas la Lojana au niveau des Ragionumenti ou des dialogues de Lut^a Si^ea ; malgré quelques scènes un peu vive?, el quelquefois une crudité d'cipression qui va bien au delà à& la Céleatine uni vantée de Fernando de Rojas, la Lo^ana est surtout une étude de mœurs populaires. L'auteur, qui éiait doué d'un tare esprit d'obiervation, a dû passer de longues heures dans les bas quartiers de Rome à noter les propos des blanchisseuses du Pozzo-Bianco et des marchandes d'herbes, à écouter leurs querelles, leurs commérages, â suivre les petites courtisanes en quête
(onierve la fraîcheur de leurs charmes. Il a rendu loui cela avec une franche vérité, et ses personnages sont ti vivants d'allure, de physionomie, de langage,
mpla!
La traduction de l'espagnol de ci I été faite par M. Alcide Bonne teur jure et polyglotte de la mais
qu'on croirait les entendre parler eui-mlmes et assister i leurs débats.
La Lojana est une œuvre tout à fait à part dans la littérature espagnole, et je suis de ceui qui savent un gré infini à l'éditeur Liseux de leur permeirre de déguster ces ouvrages de lin ragoût que son érudition et son lac[ savent nous découvrir urbi el orbi.
Je signalerai également chei Liaeux une édition à 5oo eicmplaites in-16 d'un livre étrange et qui fait pour ainsi dire pendant à l'ouvrage du PèreSinislrari: J)e Demonialitate. Ce petit ouvrage est intitulé Dsb Batyrea, brutes, monstras et démons, de leur nature et adoration, par Franfoia Hédelin (1617) (1 vol. 7 fr. 5o). Cette étude « éiè faite contre l'opinion de ceui qui ont estimé les satyres estre une espèce d'hommes distincts et séparés des Adamiques. — Je ne dirai qu'une chose de ce singulier document vétusté, il est eicessivement intéressant et instructif. Je l'ai lu en substance avec un étonnement tout semé de plaisir.
L'éditeur Kistemaeckers me fait tenir un livre curieusement imprimé, avecencadremenis polychromes, sous le litre : le lAvte d'heures satirique et lU>«rtiQ. It m'est pénible d'être désagréable à l'actif et aimable éditeur belge, maia, sans professer des sentiments trop orthodoxes en matière de dévotion, i'avoue que celte singulière compilation ne me parait que lourdement grossière, niaise et dépourvue de tout sel, à quelque point de vue qu'on se place. Ces ineptes parodies de livres saints ne sauraient être du goût que de commis voyageurs de dernier ordre, et je n'insisterai point sur celte publication.
Que Kistemaeckers me le pardonne! o. u.
— IkstituIl. Sociétés savantes ; Nouvelles académiques. — Bibliothèques rooLiquEs rr r>iyims, rsAMÇATSEs et étrangères, — Publications nouvelles {Bibliographie du mois.— Ouvrages lignaléi
LiTTÉKAiRES DIVERSES: Misceîtanées. — Nécrologie des hommes de lettres et de science récemment 'décédét. — Documente bibliographiques bu hois : Sommaire des périodiques français. — Principaux articles littéraires parus dans la presse quotidienne de Paris et de la province. — Le Livac devant les tribunaux : Procès de presse et de librairie.
DOCUMENTS OPPtCI&LS
Missions scientifiques, — M. l'homas, professeur la Facullé des lettres de Toulouse, est chargé d'ui Q Italie, à l'effet d'étudier différents mani
scrils dans les bibliothèques de Bologne ei de Venise. M. François, docteur es sciences naturelles, maiire le conférences è la Faculté de Rennes, chargé d'une mission en Océunie, a été délégué pour représenier le ministère de l'insiruclion publique à l'Eiposiiion e de Melbourne.
INSTITUT.— SOCIETES SAVANTES
Un fauteuil vacant. — L'Acadèm au îî novembre l'élection à faire de M. Désiré Nisard, décédé.
Un royal lauréat. — L'Académie franfaise a fait frapper une grande médaille d'or pour être offerte à la reine Ëliiabelh de Roumanie qui, sous le pseudonyme de Carmen Sylva, a écrit le Chant de la forêt. Cet ouvrage est l'histoire de sa vie, vie sans
maislrét variée cependant, grâce à de noiiibreui voyages et aux ressources d'un caractère et d'un talent supérieurs.
Une rectification. — Nous ai dernier le prix accordé par l'Académie franç.aise à M. le vicomte de Spoelberch de Lovunjoul, l'êininent bibliographe belge, mais nous avons otnis de dire que son histoire si remarquable des Œuvres de Théophile Uautier est couronnée au même titre que ses travaux sur Balzac. Nous tenons d'autant plus à réparer cette omission qu'elle a été faite par presque tous les journaux qui ont signalé les récents prix académiques.
iuin à releciion deM. Hippolyto
Une élection.— L'Acadéniii politiques a procédé te sai d'un membre libre en rempli Carnot. Au premier tour de scrutin, sur 4.3 votants, M. Anionin Lefêvre-Pontalis, député du Nord, a été
Prix Gobert et Stanislas Julien. — Dans sa séance de la veille, l'Académie des inscriptions et belleslettres avait décerné les prix Gobert et Stanislas Ju-
Le 1" prix Gobert (11,648 fr.) a été* décerne i M. Ëlie Berger pour son volume sur tes registres d'Innocent IV, publiés ou analysés d'après les manuscrits originaux du Vatican et de la Bibliothèque
Le 2< prix (1,072 {r.\ k M. Cosncau pour son êiudi: sur le connétable de Richement (Hachette, 18^).
Le prix Stanislas Julien a été donné à M. G. Di:verrta pour son ouvrage intitulé : Description de la
Enlin M. de la Blanchére a refu la médaille des ai- :hitectes Iranfais pour ses fuuilks en Tunisie.
GAZETTE BIB LIOGRAPHIQUE
Un prix non décerné, — Le concours pour le prix Bordier est prorogé jusqu'en 1S90, par suite de l'insuffisance des travaux préseniés. Le programme, concernant la morale de Spjnosa, reste d'ailleurs le même. ^
Un nouveau concours. — Conformément aux propositions de la section de législation, le prix du budget, de la valeur de 2,000 francs, sera décerné en 1893 à l'auteur de la meilleure Étude de législation comparée sur la participation des particuliers à la poursuite des crimes et délits.
La fondation Loubat. — M. Loubat, membre de la New-York Historical Society, a fait don à l'Académie des inscriptions et belles-lettres d'une rente annuelle de 1,000 francs pour la fondation d'un prix de 3,000 francs, qui sera décerné tous les trois ans au meilleur ouvrage imprimé concernant l'histoire, la géographie, Tarchéologie, l'ethnographie, la linguistique, la numismatique de l'Amérique du Nord.
L'Académie a décidé de n'admettre au concours :
1* Que les ouvrages imprimés depuis le i*' janvier 1884;
2" En ce qui concerne l'histoire politique, que des ouvrages traitant d'événements antérieurs au début de la guerre de l'indépendance des Etats-Unis.
Ce prix sera décerné pour la première fuis en 1889.
Les livres en langue latine, française, anglaise, espagnole et italienne seront admis à concourir.
Les ouvrages présentés à ce concours devront être envoyés au nombre de deux exemplaires avant le 3i décembre 1888, au secrétariat de Tlnsiitut.
Le lauréat, outre les exemplaires adressés pour le concours, devra en délivrer deux autres à l'Académie, qui les fera parvenir, un au Colombia Collège, à New-York, et l'autre à la New-York Historical Society.
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Une élection. '^hQ 11 juin, l'Académie des sciences a procédé à l'élection d'un membre correspondant dans la section de botanique. Il y avait quatre candidats : MM. Trœb, de Batavia ; Triana, de Paris ; Warming, de Copenhague, et Wiemer, de Vienne. Sur 44 votants, M. Trœb, de Batavia, a eu 25 voix contre 18 données à M. Triana et un bulletin blanc. M. Trœb est élu.
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Concours Bordin, — - L'Académie des beaux-arts a décerné, le i5 juin, à M. Enfile Hervet le premier prix du concours Bordin (2,000 fr.). M. E. Hervet avait déjà été lauréat du même concours en 1886.
Le second prix (1,000 fr.) a été décerné à M. Decamps, ancien sous-inspecteur des beaux-arts, et une mention honorable à l'auteur du mémoire n* 4.
11 s'agissait de rechercher s'il existe, en architecture, une esthétique commune, applicable aux diverses grandes époques de l'art, depuis l'antiquité jusqu'à la fin du xvin» siècle.
• L'Académie met au concours pour le prix Bordin, l'année prochaine :
« De la musique en France, particulièrement de la musique dramatique depuis le milieu du xviu*' siècle jusqu'à nos jours, en y comprenant les œuvres des compositeurs étrangers exécutées ou représentées en France. »
Elle a, en outre, nommé M. Coquard, membre de la section d'architecture, en remplacement de M. Questcl, décédé.
Société de géographie. — Renouvellement du bureau. — Le bureau de la Société de géographie de Paris vient d'être ainsi constitué pour l'exercice 1888-
Président : M. Ferdinand de Lesseps, de l'Institut. Vice-présidents : MM. Alfred Grandidier, de l'Institut; Albert de Lapparent, professeur de géologie. Scrutateurs : MM. Caspari, ingénieur hydrographe ; Charles Vilain, professeur de géographie physique. Secrétaires : MM. Edouard Bonvalot ; Meigcn, notaire honoraire. Archiviste-bibliothécaire : M. James Jackson.
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L'Académie des Jeux floraux. — Les )outes florales, fussent-elles de l'Académie de Clémence Isaurc, nous laissent généralement froids. Nous tenons cependant à signaler la pièce de vers qui a, cette année, obtenu le lis d'argent aux Jeux floraux de Toulouse. On sait que cette fleur est réservée à un hymne à la Vierge, et, depuis le fameux sonnet de Rochefort, le sujet est bien usé; aussi le lis n'est-il presque jamais cueilli. M. F.-E. Adam a su rajeunir le thème et lui donner une charmante couleur de modernité dans les vers, d'une noble envolée politique et tout vibrants d'un profond sentiment personnel, qu'il intitule le Chêne à la Vierge. Ce très remarquable morceau est publié à Toulouse, chez l'imprimeur Douladoure-Privat, eue Saint-Rome, 39,
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L*A louettCf V Académie de V Yonne et deux généraux y dont un mort. — L'Académie de l'Yonne et du centre de la France, dont le siège est à Saint-Florentin (Yonne), nous révèle son existence en nous envoyant son organe mensuel, l'Alouette, revue littéraire, musicale, artistique et pédagogique, pourvue d'un président d'honneur qui n'est autre que le général Boulanger, et d'un comité d'honneur et de patronage dont le premier membre était encore en juin dernier le général Francis Pittié !
Le congrès archéologique. — Le 12 juin a eu lieu à Dax l'ouverture du 55* congrès archéologique de France, sous la pi;ésidence de M. de Marsay, directeur de la Société française archéologique. Au cours de SCS travaux le congrès doit aller en Espagne, jusqu'à Pampelune, où l'attend une belle réception.
Une lice chansonnière. — Le Caveau ouvre un con-
cours public de chansons inédites dont voici les conr diiions principales :
Une seule chanson par concurrent ; huit couplets au plus; envoi avant le i5 août prochaine M. Henri Rhéni, rue des Archives, 4a; sous pli cacheté et affranchiy contenant un second pli cacheté qui renfermera le nom du concurrent et qui portera extérieurement le titre de la chanson.
Proclamation des résuftats et distribution des prix et mentions au banquet du g novembre 1888, café Corazza, Palais-Royal.
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La presse départementale, — La réunion annuelle
de la presse républicaine a eu lieu à THôtel Continental, le dimanche 27 mai. Après Pélection du tiers renouvelable du comité, il est procédé à la nomination du bureau. Uancien bureau, tout entier, est réélu et reste constitué comme suit: MM. Léon Brière, président ; Gounouilhou et Lafïineur, vice-présidents; Réal, secrétaire; G. Simon, trésorier.
Les membres nouveaux du comité sont MM. Gounouilhou {Gironde),- Guy {Avenir de POrné)^ Hustin {le Havre\ LaflSneur {République de VOise), Laurent {Indépendant de Pithiviers), Lavertujon {Petit Centre), Hingelin {Impartial de l'Est), Delinières (Dcmocrate du Centre), ViUebrun {rAitbe),
BIBLIOTHEQUES PUBLIQUES ET PRIVEES
Avis. — Le secrétaire de la rédaction du Livre recevra avec reconnaissance tous les renseignements que messieurs les conservateurs et bibliothécaires de France et de Pétranger voudront bien lui faire parvenir, et il en sera scrupuleusement tenu compte dans cette partie de la Ga:^ette bibliographique.
FRANGE
Bibliothèque nationale, — Les deux battants de la nouvelle porte de la Bibliothèque nationale, par où on accédera de la rue de Richelieu dans la cour centrale de rétablissejnent, sont dès maintemant en place.
Cette nouvelle porte sera livrée au public à l'occasion du 14 juillet.
Le musée d'*Auteuil, — Il y a quelques jours a eu lieu l'ouverture du nouveau musée situé à Âuteuii, au coin de la rue Fontaine et de la rue Gros, et dont nous annoncions dernièrement la création.
Ce musée, qui est une annexe du musée Carnavalet, a été installé par M. Armand Renaud, inspecteur des beaux-arts ; il renferme un grand nombre de vestiges de nos anciens monuments et des statues de souverains, entre autres celles de François I**" et de Louis XIV qui ornaient la façade de l'ancien Hôtel de Ville, la statue de l'impératrice Joséphine, placée autrefois avenue Joséphine (aujourd'hui avenue Marceau), le buste de Napoléon I"'', celui de Louis XVIII, les bustes des souverains d'Europe donnés à l'Hôtel de Ville à l'occasion de l'Exposition de 1867 : ceux de la reine Victoria et du prince Albert, ceux de François-Joseph, d'Alexandre II, du sultan Abdul-Hamid. On y voit aussi les portraits de Napoléon I*' et de Louis XVIII par Robert Lefèvrc, le portrait de Louis- Philippe et un grand tableau par Délavai, représentant le sacre de Charles X.
Mais le nouveau musée a principalement pour but d'exposer toutes les esquisses ou modèles d'architecture, de peinture et de sculpture, se rapportant aux commandes directes faites aux artistes ou aux concours organisés par la ville de Paris.
Parmi les esquisses se rapportant aux peintures de
l'ancien Hôtel de Ville, on remarque : le Sanglier d'Erymanthe, de Delacroix; trois dessins de Lehman n et deux, études de Léon Coignet; puis les dessins de Bonnat pour son Christ du palais de Justice, et un Incendie, de Gustave Courbet.
Parmi les dessins ou maquettes qui concernent les monuments religieux, citons les cartons de Flandrin, pour Saint-Laurent et Saint-Germain des Prés, ceux de Lenepveu, de Benjamin Constant, d'Ary Scheffer, de Natoire, de Jouvenet et de Restout.
On y trouve aussi une belle collection de tapisseries des Gobelins de l'époque de Louis XIV, et une suite de cinq morceaux représentant Thistoire de saint Gervais. Ces cinq tapisseries, d'une exécution admirable, proviennent d'ateliers parisiens antérieurs à l'établissement de la fabrique des frères Gobelin.
Le musée d'Auteuil malheureusement est de dimension assez restreinte, et toutes les richesses qu'il possède déjà ne pourront être exposées que le jour où l'on aura construit une aile nouvelle en bordure de la rue Fontaine.
Enfin, dans un vaste hangar, sont rangées côte à côte les maquettes des groupes ou des statues que la Ville a fait exéci^ter en pierre, en marbre ou en bronze pour la décoration de ses monuments ou de ses places publiques. •
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• ETRANGER
Allemagne. — Nous avons reçu la première livraison du Bugang' S' Ver:(eichniss, ou catalogue des acquisitions de la bibliothèque grand-ducale de Darmstadt, pour l'année présente. Elle est consacrée aux publications périodiques régulièrement reçues. Le Livre y figure en bonne place, avec la Bibliographie delà France, la Bibliothèque universelle et Revue suisse, le
GAZETTE BIBLIOGRAPHIQUE
Messager ou Archives des arts et de la Bibliographie de Belgique (publication que nous serions heureux de connaître, soit dit en passant), les Notices et Ex» traits des manuscrits de la Bibliothèque nationale et autres Bibliothèques, et le Polybiblion, Nous ne citons ici, bien entendu, que les périodiques en langue française spécialement consacrés à la bibliographie.