TOUTE LA LYRE
ont leur rhétorique à eux. Seulement, il y a fagots et fagots : IsaTe faisait les siens dans le buisson ardent. La rhëtorïqui; est l'an Je toordonner ses pensées, et de les désordonner au besoin; on oublie trop ce second point, lorsqu'on la méprise. Pour l'éloquence, elle donne l'Élan du discours, le souffle, ou plutôt, elle est le souffle. C'est par elle que l'idée s'entie en période, se de'veloppe, et déroule au vent tous ses plis comme un drapeau. La rhétorique et réloquence étant ainsi entendues, comment et pourquoi gèneraient-elles le lyrisme? Avoir des poumons et savoir s'en servir n'est pas une intirmité rédhibitoire pour jouer de la trompette.
Mais le lyrisme consiste-t-il à toujours larataniarer dans la trompette, fût-ce dans celle de Jéricho? Certes non. Il y a tel soupir de flûte, Itlle plainte vibrante de violon, qui est lyrique aussi. Un mot, une êpiihèie, sont lyriques. Seulement, pourquoi restreindre la poésie a ce seul lyrisme-là? Pourquoi vouloir qu'elle soit cette flûte ou ce violon, sans plus? Laissez-la donc déchaîner l'orchestre entier, avec toutes ses rafales. Flûte et violon v feront leur partie, bien sûr. Que si vous ne distinguez pas leur chant dans la masse harmonique, n'en accusez que votre oreillÈ grossière, inhabile à entendre tant d'instruments à la fois.
Parlons sans métaphores. Il est des poètes, 1res sincèrement poètes, mais dénués de virtuosité, de rhétorique et d'éloquence, chez qui de loin en loin éclate l'expression lyrique, ce je ne sais quoi qui fait rêver, et qu'on appelle aujourd'hui suggestif. Chez ceux-là, on s'arrête pour admirer. La rareté même de la rencontre la rend plus précieuse. Au contraire, chez le grand poète complet, on n'a pas le loisir de faire ces haltes. On est entraîné sans relâche. Sa virtuosité, sa rhétorique et son éloquence vous pressent, vous forcent, vous enlèveni â vousmême, ne vous laissent pas l'esprit libre. On s. Et voila pour-
admire en bloc, pour rible doi
t mju;
mpteur. qui vous a , tandis que l'autn vous a procuré le délicat pi; l'on n'a point perdu la tête.
Mais ces coins de lyrisme, ces expi suggestives, le grand poète vous les offr Ah! tranchons le mot : il vous les ofl abondamment, voilà son tort. Au lieu i saire où chaque dizaine est marquée ] perle fine, ce qu'il vous jette par la fai
terrassé d'adi tyrannique, ne griserie où
une grèle de diamants. Vous êtes ébloui, aveuglé,
é peut-être. Reprer
. Par exemple, cet ; Toute la Lyre :
Comme d'un s
. Ramassez a et contemplez-le, lui , pris n'importe où,
.a demeure,
n&. Le soir tombe, theveux gris.
Elle a de peurs piedi joyeux.
Et la clarté d'une foiilaine Dans son regard mystérieux.
Mai
choisir ic Partout s.
core un coup, il quoi bon citer davanr, c'est faire un choix. Il n'y a pas à Il faudrait recopier les deux volumes, trouvent des trésors de ce genre.
El me voilà retombé dans un péché d'habitude ; l'apologie de Hugo. Eh bien! soit, je ne m'en dédis pas. D'autant qu'il y a maintenant quelque courage littéraire a se proclamer hugolâtrc. Les jeunes générations poétiques ont abjuré cette religion. Elles en veulent au vieux roi qui, même mort, n'a point abdiqué, et continue il régner du fond de la tombe. Elles oublient que tous, tant que nous sommes, nous avons de son sang dans les veines, de sa moelle dans les os, et qu'il est notre père, enfin. Tant pis pour elles! Moi, je (le saurais partager cette ingratitude. Loin de renier celte filiation glorieuse, je la revendique. Et puisque, bon gré mal gré, il faut bien être le fils de quelqu'un, j'estime que nous devons nous montrer orgucilleu.>: et ravis d'être les enfants d'un tel père. Tâchons seulement d'en être dignes, c'est la grâce que je nous souhaite.
IfUÇlPllIT
ROMANS — CONTES — NOUVELLES — FACETIES
Deox plaisanteries, par Paul. Heb in-iS icsuB. Paris, A, Lcmerre, i8 3 fr. 5o.
difticil
rt plus
: pluî
Hervieu dans l'amusant et irès personnel volume qu'i vient de publier sous ce titre Deux plaisanteries. Deui longues nouvelles, ou plutôt deux petits romans, d'une rare perfection tle forme, Histoire d'un duel el Aux affaires étrangères, composent ce livre. Ce qui
fait SI
inginal
ë de l'èi
it quil a
appliquer
les procédés d'analyse et d'obi
site de vie; c'est aussi que rien n'est plus français que ses écrits. Evitant avec soin de tomber dans la charge, restant toujours correct et distingué, il arrive cependant à produire les effets les plus étonnants, rien qu'en peignant une silboueite d'individu, mais en sachant y souligner d'un mol, d'une ligne, le Iratl
! qui
1 synthès
nasse et familière en apparence, cable et froidement féroce, des iravt
ehu-
= plus
Rien de plus extraordini cette Histoire d'un duel ai timea à propos d'une femme mariée, et que les péripëiies soigneusement étudiées de cette affaire. C'est au fond une satire philosophique d'une admirable et
et la plus drôle qu'on ait faite, jusqu'à ce jour, du duel. Depuis le surprenant chapitre de i'O/fense jusqu'à celui du Terrain, où l'affaire se dénoue de la façon la plus inattendue, tout y est d'une sa-
sans-rire. Aux affaires éfraii^èreî nous jette en plein milieu administratif, dans les bureaui du minisiore ■1 l'on respecte le plus ta Tradition et la Carrière.
Co des
aperçus très e<
forme plaisant cidents les plus acts de la vie
el humoristique,
désopilants, avec dministraflve, «
pet d'à
t romalt se tern endrissement, o
me paru u craque 1
e p' e fau
inte d'émotion et
du
héros et oii le
cœur fait
son c
ntréc en matière.
Cet
e philosophie raillarde, ce grand charme littéraire, e distinction font de Paul Hervieu, en dehors
écrivain de ra
ce, un vé
itable maître ironiste,
qui
aura su faire
ettc chos
si difficile: creerua
gen
e, renouveler 1
forme d
la
aielé française el
ma
onner une plac ciers de talent e
enviable
par
ni nos jeunes ro-
Pe
ite Reine, par
René Ma
ZBKO
ï, un vol. in-i8
Jésus, Paris, Victo
Havard,
- Prix : 3 fr. 5o.
L'étude de femme que René Maizeroy fait succéder â l'Adorée, tient beaucoup de celle-ci par la simplilication du style et la séduction du sujet. C'eil l'histoire attendrie et touchante d'une jeune femme, que l'auteur prend dès l'enfance, aux premières notations de la vie inielligenie, à l'ège de la poupée, et qu'il suil petl à peu ; — jeune lïlle, d'abord sensible aux aspects changeants de la nature, aux floraisons, puis insensiblement troublée parles premières trani-
rl'ar
e de U
puber
'élépardes
a tille, puis rencontrant l'homme qui fait battre «on ceur, qui lui fait regretter son mariage, ei, après de hasles amours, après un veuvage prématuré la délirant de son mari, ne pouvant cependant épouser
illeltc entre les bras. René Mai^eroy a écrit là une cuvre d'émotion profonde, d'un sentiment délicat, |ui achèvera de lui mériter ce litre de fêminisle, auiuel lui donnent droit ses étude* et romans, toujours
TIQUE LI ITERAI UE DU MOIS
nacBcrés k U découverte, à l'eipLicaiion, ', c cïi être complexe et fuyant, la femme.
Contes psyohologiquefl, par Andb& Mel
vul. m-iU je&us. Paris, A. Leincrre, iSS8 ï fr. 5û.
Beaucoup de jeunesse inexpérimentée •olitmc de début de M. André Mellerio; rr rait iniustc, en dehors du
er el
de l'obse acque'rir
de ne
=, le
rapcr la
forme
Irc d'échfl
pperà
Sii
ouvelics
mutes
Idc
vue abso
ument
les éiais d'àm
elle»
au e
nlevant le
héros
iinte» de la vie matérielle. Forcément ces réci de très grands, de trop grands points de resïemb «, par eieinple, noua ne parvenons pas à no dilTérence assez sensible entre le sujet et la con lian dii Songe de Jacques, de Vition d'amoa Pensées d'une vierge, d'Idea; c'est toujours la i idée, et la même manière de la présenter ; on ret là l'auteur placé en face de lui-même et s'étudia croyant étudier ses personnages. Mais il convît se montrer indulgent pour un débutant, dont l miere^ïai revft une furtne attrayante, et nous rang retrouver M. André Mellerio avec des « plus profondément fouillées et mûries.
La PoBsesBion. par M*rcei. Lh
EUBKUx.un vol. in.
jêius. Paris, G. Charpentier
t Ci', i88S. — Pri
3 fr. 5o.
La Possession est la très particulière histoire d'
adultère tout spécial, et qui se
rencontre assez ra
ment, d'abord adultère purement platonique, sorte
vengeance uns conviction con
re un mari cru in
dtle, mais nullement commis par
amour pour l'ama
qui n'est pas aime un seul ins
ant. Et, c'est là l'o
Sinalilé même du curieux suje
I de possession n
nie traité par M. Marcel Lheu
eux, avec une sûre
de plume, un sentiment de l'ar
alyse psychologiq
i\\u lui assurent un avenir dan
s la littérature. S
béroîne, qui adore son mati, qu
est envoûtée parc
dans la plus JoUc avec un jeune t e peut se débarra
es de l'autre. Elle quitte cet am
apprenant la n
on de son mari et se réfugie d
couvent, mais
la non plus, la religion ne puu
débarrasser du
souvenir do ia Possession.
Il y a realle
ment une grande tomrue de
dépensée dans
cette œuv
e, profondément étu
analysée avec t.
ne justesse r
emarquableeheï un j
écrivain et qu
fait brillain
ment augurer de l'av
Le volume s
termine p
r une nouvelle, Bta
Amours Domades, par Paul Bonnetain, un vol. in-i8 Jésus. Paris, G. Charpentier et C", idBS. — Piix: 3 fr. So.
Par l'intensité poignante de l'émotion, par les rares qualités du style, parla sincériiéde l'observation, cnlin par l'ailirante originalité de leur parfum exotique, \ei Amours nomades de Paul Bonnetain, qui mettent le sceau à une réputation justiâée, sont les études les
données
usqu'à présent
de la passion
sous les dilTé-
renls cl
mats, i presque
toutes les lati
udcs, particu.
lieremei
t en Guyane, en
Chine,au Tonkinetsur mer.
Chacu
de ces récits
est par lui-m
éme tout un
roman v
eu, un drame
aisissant, acq
uérant par sa
condensa
tion, parla briê
veiê des peintures et la ligne
nette des
personnages, u
ne vigueur exceptionnelle. Il
faudrait
pouvoir les pre
ndre un à un
pour analyser
la gamm
e ascendante de leurs qualit
s, pourmon-
irer ave
quel talent ra
rc et délicat
'auteur a su
peindre
es tableaux aus
si variés, don
ant à chacun
d'eux «a
couleur typiqu
, sa note part
culiére, sa vie
spéciale.
Faul-il
citer S^ur Sai
nl-Ciémenl. l'idylle d'hôpital
qui frissonne sur les ri
es du Maron
avec sa scn-
sualité p
nélrante, la tr
gédie toulon
aise intitulée
la Grêlée
l'étrange aven
urc avec la m
iiacresse folle
Dans les
bois, la terribi
et captivante
silhouette de
l'Empois
nneuse, cette g
risante dépor
ce de Saint-
Laurent,
e lamentable e
touchant fata
isme de Ben
Guigiion,
le sinistre feu
de peloton q
ui termine la
marche
onkinoise En campagne, cet
e observation
si délicate et si charman
c, la Servante,
ou l'ironique
Pelile mère'? Eh bien! o
ui, il faudrait
es citer tous,
engafier le lecteur à savou
rercesdélicieu
ses nouvelles
qui fieur
ntl'ananas, la banane, les frui
s aux arômes
bizarres.
ù la sapidité ei
citante, et qui
:icuvent aller
u-desGus les deux bijou)
et la Dépêche a dehors de la n
Pierro et Jean, par Guy de Maupaseant.
in-iH Jésus. Paris, Paul Ollendorff, 1888.- 3 fr. 5o.
Est-ce par coquetterie raffinée de lettré, p
II, que Gu}' de Maupassani a cru de' : préface au plus psychologique de étude qui semble, en un point, la lu roman psvcholoEique r Nous sav
liculîer, cette éiade sur qu'elle apporte quelqu nicrc de travailler de l'ê
renseiRneme ivain, qu'elle
sous la direction de hautes s Bouilhet el Gustave Flaudcgrc de perfec
mbie
simple, si limpide, si Tacile, ui que les profanes ne peuvent s fallu pour arriver à celte sin . En dehoi
page de Maupnï
cho!
jongle
1 d'autr
s cette pi
es lignes convaincues, la défense de notre | ipte langue française, dont le principal, I'
t de répéter qu'un styliste n'est pas celui
e la phrase, qui désarticule les mots el
ivec les sdjcctifd comme un ealiimbanque
dang
oiià t
Lit. Le
i table
gleries. Ah!
cille
son palais blas mphc q
tement, purement, st est plus diflîcile d'à
Tout le succès de Maupassant est là; aussi e des succès les plus francs, les plus comple
er, d'applaudir.
is dit'il lui-même,
i, qu'il
Étude psychologique, ni lant de Pierre el Jean; mais, plus on avance dans cette lecture passionnante, plus on se pénétre de la conviction que ce n'est point là la psychologie de tout le monde. C'est une psychologie spéciale, toute per-
vité, qu'on ne songe pas un moment à prendre pour des idées et des sentiments exclusifs à Maupassant
Roland, les tortures qui incendient ses veines, les luttes qui déchirent sa chair.
Quelle impressionnante peinture que celle de ce drame tout intime, se déroulant dans le plus bourgeois des intérieurs, secouant frénétiquement des £tres d'une intelligence moyenne, que l'existence n'a pas exacerbés, dont les nerfs sont paisibles, les aspi-
médic
mblaieni heureux, loujoi r. mais du temps oublié
^ivre toujours trans destinés au même
famille I'
sibla et igr
tous, jetant de profondes dent le plus anodin en apparence, le plus enviable même selon certains individus, le plus terrible en téalitê, un héritage, pour que la catastrophe éclate, formidable. L'analyse de ces caractères, soudain tirés de leur apathie, de leur insignifiance, et dessinés en relief par le coup de foudre, la progression des petits faits transformés en événements capitaux, le travail de désorganisation, d'abord concentré dans Pierre, puis peu à peu étendu à sa mère, sont traités avec une sincérité, une vigueur, une réalité qui étreigncnt la gorge du lecteur et le font palpiter comme si Id tragédie se passait sous ses yeux, touchait quelqu'un des siens, l'atteignait lui-même. La lutte sourde du lils aîné et de la mère, la scène de violence entre lu deux frères, le débat de tendresse de ta mère et du tila cadet, sont entièrement admirables de vie, d'émo-
C'est certainement là un des livres les plus éionnants de Guy de Maupassant, un de ceux où il aura poussé le plus avant dans le cfcur humain, avec une science d'observatior, une sûreté d'étude parfaites. Tout y est simple, savamment gradué et puissant, tout y est d'ordre supérieur, et il est impossible de sortir de cette lecture sans être remué profondément, pour longtemps. c. t.
Mademoiselle de Marbœuf, par Dubut de LArosasT, roman parisien. Paris, E. Dentu ; t88S. — Prix: 3 fr. bo.
Une demoiselle noble, douée de tous les charmes hors celui de la fortune, et recueillie chez des parents, est sur le point d'épouser un homme de son monde, quand une calomnie fait croire qu'elle est la maîtresse du cocher de la maison. Elle s'enfuit, affulée, et, après une station dans une église, d'où la puii et le bedeau la chassent, elle tombe dans le ruis-
soufTert en vain. Capable de jouer le rùle de Manon
t qui.
itpas
mûr pour les Des Grieux, — elle n'a pourtant qu'un but dans la vie : la vengeance. Aussi, lorsqu'elle re-
-les
invhi
rede famille qu'il est, elle l'ei t, le lue de voluptés naturelle une bonne part dans
raffine
mbiable,
ine le plaisir
.upréme de se livrer pour la première fois au cocher lonlon l'avait, lorsqu'elle était pure, accusée d'être la naîtresse, sous les yeux de son amantmoribond, qui ncle son râle à leurs spasmes et y trouve peut-être
- ironie à laquelle ne paraît pas avoir songé l'auteur
- une dernière et horrible jouissance.
Cette œuvre, pétrie à pleine pile dans la corruption
CRITIQUE LITTE
M la pourriiure conlemporaines, avec le ferment qu'y
jetisrimagiiialiar raalsai plus que les autres livre
e de l'auteur, n'a pas. non de M. Dubut de Lalorest,
les q>iBlite's >le composiii
an et de style qui, en dépit moral, forcent esthélique-
ment l'admiration.
CéBariae, par Jeas Ric Maurice Dreyfous,
EPIS. Un vol. in-i8. Paris, 888. Prii : 3 fr. 5o.
Une des choses les plus intdressintcs à observer El, ttlon moi, les plus fécondes en jouissances pour le lecteur désintéressé aussi bien que pour le critique, c'tsi l'évolution d'un talent d'ordre supérieur, qui, rrop vivant et sincère pour s'enfermer dans une formule, y eût-il trouve des chefs-d'icuvre, pareoui
■a fois,
s reijio
du domaine de l'art. Le poète des Blasphèmes est aussi le poêle des Caresses. Celui qui a fait passer dans ses vers rondoîemenitumuliueui des gueux, des loqucteui, de la foule souflranle et dépenaillée, y a su répandre aussi la vaste sérénité marine, souvent rompue par la violence des lemtiiïtes q'jl déchirent les flots f[ fouettent le ciel bas des n baillons de la vague >. Le
Sahit, le fantaisiste enthousiaste capable de galvaniicrla pantomimemorte, l'aihlète qui prend Shakes-
Inut nu, tout cru, dans sa brutalité rayonnante et son raffinement barbare, est )ustemenl l'écrivain qui, nourri de la moelle du langage français, sait infuser i Monsieur Scapin une sève si franche et d'un jet si vigoureux qu'on dirait une pousse nouvelle jalllie
louffucs frondaisons de Molière. Le moderniste impitoyable de la Glu n'est autre que l'ariiste exquis
! puis
surgir
syei
vie de famille telle qu'on la rêve sur nos plages de l'Ouest, il y a cinquante ans, dans son épanouissement idyllique et son cadre breton.
Dans le roman, mêmes irnnsformations imprévues,
avares. De Madame André a la Glu, de Atiarka i\ Braves gens, l'auteur n'a-l-ll pas poussé dans les di' renions les plus dîflcrentes son étude du
hu-
is plu;
deicriplif si robustemenl plastique i
Dans son dernier roman, Cwan'ni
sonnels y jouent Uf grand rûle, et Richepi i^orc ressortir davantage ce caractère pari: parlant à la première personne, i la facor leur qui dit, comme il s'en souvient.
I fut 1
mût t
tantdt a
parlait directement, par la bouche même des perst nages qu'elle agite et mène, dociles ou rebell qu'ils y consentent ou quoi qu'ils en aient. Mais
RilRE
UU MOIS àjï
que ce
qu'il a voulu faire, et il me paraît que Riche-
pin s'e
st surtout proposé, dans ce livre, d'étudier l'im-
piessi
n que les grands mobiles de rhumanilé, l'a-
mour
t la haine, avec leur cortège ordinaire de ridU
culese
de grandeurs, de platitudes et de générosités,
dévie
a et de vertus, au milieu des désastres d'une
inVHsi
n et des horreurs d"uiie guerre civile, peuveni
faire s
jr un esprit accessible à tout, mais momenla-
némen
t libre de toute influence maitresse. C'est un
tableau de niccurs vu au miroir, par réflexion. Nous
vons SOUK les yeux l'image très nette de ce que l'é-
la psychologie de l'observateur lui-même. Le spec*
nentdansie récit, par lequel le narrateur s'analyse mesure qu'il raconte des faits extérieurs à lui, aplelle Taiiention du penseur autant que la curiosité de
J'arrive trop tard pour qu'il soit utile d'exposer ici
empor
:. Je I
■arrête
pas à rappeler, non plus que les terribles scènes de euerre et de massacre fratricide où s'encadre le drame, l'amour si touchant de Césarine et du jeune polytechnicien bai d'un père qui ne croit pas i aa propre paternité. On a reproché à Richepin d'avoir pris un lyped'hérolne extraordinaire, unique même,
ne s'était jamais produit et ne se prodi blablemeni plus. Si Césarine est un type pi
un type que l'on coudoie fréquer
. les
hom
it pas p
: chois
parmi ce qui tombe sous son observation, les étret ou les choses justement marqués d'un caractère spécial, je crois qu'on peut faire bon marché des plus grandes créations des poètes ou des romanciers depuis qu'existent la poésie et le roman. Césarine est la muse de la science, et ce n'est pas d'aujourd'hui que les muses sont femmes.
On s'est ètonr.é aussi de ne point trouver, dans ce livre d'art et de conscience, les emportements, les
turgescence
nc^, les ruiilanc expressions qu'oi
t les
coléreusement et des précédentes 1 s'appuie mala-
Œuvrea de l'auteur, et sur lesqui droilement aujourd'hui pour rabaisser l'ceuvre n velle. C'est le vieux jeu, percé mille fois à jour, lendemain de la Légende des siècles, de bonnes g regrettaient le Hugo des Odes et Ballades. Ce phé mène a des causes multiples. Je laisse de côté 1' iccès, qui, prétend.
s de la.
mple de tout. On >
où TOUS l'avez enfermé, ment à son étiquette, et se donne le luxe de changer, du grenier à la cave, le mobilier de son esprit. Etonnemcnt, scandale, indi-
ei le Isil merlie d'être châtié. — De la a brandir le livre d'hier pour en écraser le livre d'aujourd'hui, il n'y a que la distance de la plume au papier. Mais le critique ïambe à plal dans l'eilbn, et tandis qu'il se relève, cornus et saignant du nez, le poète poursuit,
Les Vainoua de la via. — Je l'aime '. par .1ui.es Marï, Paris, Librairie illustrée. Un vol. in-iS. — Priï -. 3 fr. 5o,
On peut remarquer, depuis quelque temps, que l'adullére, dan» les romans, ne fait pas ses frais. Non pas qu'il en sait banni, tant s'en faut ; mais il amène avec lui un tel cortège de désillusions, de chagrins et d'écœurements, que le malheureux conjoint ami de» vayogcE — homme ou femme — s'en revient,
l'on s'ennuie peut-être, mais oij, somme toute, l'on s'ennuie moins qu'ailleurs. C'est ainsi qu'Hcclar de Montbriand délaisse sa femme pour chasser sur les
n'a pas plus tôt disloque son ménage, qu'il se soumet à toutes les épreuves pour se rapprocher de son enfant et de celle qui l'ut sa femme, jusqu'à se faire ouvrier verrier et à subir les pires humiliations. Il
mpens
landar
rendrait heure
i l'av
blicr le passe, elle lui jette sur les lèvres ce acu mol qui résumait sa vie ; ■ Je t'aime ! p
Dans ce nouvel ouvrage, M. Jules Mary, habili constructeur d'intrigues et grand machiniste d'imprévu
reuï du cceor humain. Le père de M°" de Mont briand, le mari, la jeune tille adoptée, le juge di Turgis sont autant de caractères pris sur le vif e modelés en plein relief. Mais, pour £lre véridiqui
lagint
e les
style.
'Un Scandale d'hier. — Mieurs conlempora par M*Hï SuMJiEB. Paris. Librairie illustrée.
- t'ri
M'"" Mary Summer, — je n'ai point le dévoiler le pseudonyme, — ne m'était pas er parue sous cet aspect froidement satirique cier. D'autres peuvent chercher, ou du prem
re, quel
I. Pour moi, il me suffit d'y voir une collection complète de débauchés, de corrompus, de corrupteurs, de naïfs et de dévoyés, n'ayant, pour la plupart, pas plus d'honnêteté que de mœurs, et présentant, en leur grouillement nauséabond, le tabieau, véridique, je le veux croire, mais condensé el non
Hatté, de tout un coin de la société parisienne. Cela commence par un coup de stylet et linit par un coup de revolver. L'un et l'autre sont donnés par un Pirisien d'Italie; mais ici le rastaquouèrc remporte el fait ta loi.
Le récit est d'une étrange intensité de vie, enlevé, galopant, avec des halles de réRexions poignantes, de
e lec
^tible.
é dans.
biUo
Maël, oomteaae d'Aroq. par i
Alphonse Lemerre, i8S8. Un i 3 fr. 5o.
occasion de parler de quelque : pseudonyme. Autrefois comme saitde familles princières, royalcl
ous en donne à garder. Il déborde — le roman — jusque dans la machînette que l'iiditeur, Alphonse Lemerre, cet excellent garçon ei ce hn Normand, nous prie d'insérer. < L'écrivain de grande race, sous un pseudonyme, dit, non sans drôlerie, la notice, Hagelle des personnages royaux, et
ïoire celles de Tliesselie et d'Illyrie — oui d' chais à fouetter. Pour mon compte, parmi toi personnages à clef, je n'ai reconnu qu'un celui qui déguise Rothschild. 11 est vrai que j
décourager de plus habiles que moi.
rs, le tr
s de
itarcaMTii, MaéljComtesse d'Ai-cq, est fortement chirjenie et participe de l'attrait multiple qu'ont les icénes d'alcàve, les scènes de ménage, les scènes de ■ang, de police, de tribunal ex d'amour conjugal, he- 'oique des deux parts, et triomphant sur le tout.
luquci
n (Buvre. La c • adreisoni n'ei
Sœur Sainte-Agnèe, par Paui. Perrkt. Paris, Paul
Ollendorli; i8,sa. Un vol. in-lS. — Prix : 3 fr. la.
voitqu'ui i, à la mil s la chevi
1 elle i:
rt. Elle n'en drame. C'esl
-, les passions qu'elle a inspirées, les deux principaux personnages, les
haine, d'ambilion, de remords, les
âis
même temps sous la main, et qui relèvent, au milieu des ci rconstdn ces le» plus contraires et les plus tragiques, l'amour conjugal. Mail, le livre signé Ary ËcilBur, et la nouvelle ceuvre de M. Paul Perret sont, dans cei ordre d'idées, à signaler tout specinlement.
il les prétentions à décrire la • haute vie u Tont
que j'en ai dit plus haui. Mais je ne saurais m'empêchir de meure en relief ce D' Allain, de M.Paul Perret, qui, marie par inlérât à une femme charmlnte, et possède, d'une possession qui est une obsession, par le souvenir d'un preraieramourbrutalemenl brise dans sa première et ardente lloraisnn, finit, après avoir bu jusqu'à la dernière goutte l'amer-
folie, par lïire ramené, conquis et guéri, BU contact
simple et complet, de la jeune femme qu'il avait épousée par esprit de spéculation. Ce retour à
1 font les hérauts n
Les Frères Karamazov, par lu. Dostoiiîvskï ; traduit et adapté par E, Halperine, Kaminsky et et Ch. Morice, avec un portrait de Tli. Dostoievsky. Paris, E. Plan, Nourrit et O'. Deux vol. in-i8. — Priï : 2 francs.
Ce gros roman du rit.il de Tourguenefl' et de Tolstoï ne nous est oHéri que sous le voile, élégant, de l'adaptation. Il en sera mieux goûté du gros des
pcct pour l'étude de la littérature et des linératcurs russes, et il laisse place à une traduction plus lidèle. Quoi qu'il en soit, les lecteurs férus d'exotisme parcourront avec un iniêrft frissonnant ces pages, oii l'auteur fait jouer, dans une inlensiië elTrayante, tous les ressorts de la terreur et de la pitié. — La place qui DOUE est ici réservée ne nous permet point de tenter l'analyse d'un récit de cette dimension. 11 nous suffit de dire que le tout est empoigr.ant, et que le trésor français de littérature russe vient de s'enrichir d'une ceuvre ijui mérite d'ëlre plus populaire chez nous que telle comédie deKotzebue ou tel roman de Freytag. — Je n'en répète pas moins que la liiiè-
inandllion. et que, si nous n'y prenons garde, nous risquons d'y perdre pied. ti.-ii. g.
Les Emliarras d'un Dapitaine de dragons, par mann Lévy.
• J'aimerais cent fois mieux charger à la ti^te de inun escadron, que d'avoir à diriger une tille, a Tel
loin en loin les diflicultés de sa situation arrachent aux lèvres du capitaine Autreux, vieux garçon, âgé de soixante ans, officier en retraite, possesseur de cinquante mille livres de rente, excellent homme d'ailleurs, devenu tuteur d'une nièce de dix-sept ans, élevée à Montevideo et qui pénètre a l'improviste dans sa vie, jusque-là réglée comme du papier à musique, et y introduit tout le bouleversement que
dans Pingénieuse et touchante atfabulallon conçue par M. A. Gennevraye. La lutie de l'habitude — plutôt que de l'égoïsme — contre l'abnégation de Ses propres ROÛls, que son nouveau rôle impose au vieux soldat, est observe et retracée par l'auteui M. A. pennevraye nevisi contemporain; il suffit
e langue
seller
mp)e.
- qu'il écri« is prétentio
tables
et que l'on peut meure dans toutes les mains. Les Embarras if un capitaine de dragons &ont suivis d'une nouvelle. Un Grand Amour, qui varie cl complète le
Fin d'amour, par Fhiini:ois Vilabs. Un vol. in-i8 Jésus, l'aris, i8d8. Pion, Nourrit et C", édii. — Prix : 3 fr. bo.
L'hér
style
poncif, n'est intéressante qu'à force d'être odieuse ; elle n'a pas même la grandeur de la passion pour excuser ses bassesses; elle est peut-être plus vraie,
fût-elle la cenl-millicme de son espèce. In pluralité des Léonic Derlange ne donnerait pas plus de valeur
l'auteur n'eût la puissance d'y rassembler tous les traits <]ui l'elèveraient au rang d'un type.
oqu<
rupule; elle détourne le mari de son amie qui est ssi sa bienfaitrice; elle voudrait provoquer un ïorce, et se faire épouserparson amant; n'y rèus-
, pour ses débuts dans le meurtre, se propose la on de l'un et de l'autre époux : elle rate la femme i
le esi acquittée; et finalement un vieux préfet
Tout cela s'amalgame dansune composition Uehc ;
seul<
La Coursa à l'amour, par J. Ric*ru. Ilr jesus. Paris, i8S8. Calmann Lovy, édit.
S fr. 5o.
En gros caractères, en Ifte, il imprime :
< Si le nombre des romanciers a'accroîi cliaque
jour, il faut avouer en loulc frunchiEG que la plu pari
de leurs productions ne s'eléveni guère au-dessus de
la médiocrité; les journaux en sont réduits à rééditer
les
litl
e poi
offrir à nos le.lu plus grand inlérïl. •
La première proposition est d'une exactitude navrante; quant à la seconde, — nécessité pour les journaux de rééditer les vieux succès d'antan, —elle
causes, d'abord la lésinerie des directeurs qui ont tout bénëlice à psyerâvil prix le droit de reproduire
pacité parfaite de distinguer la valeur réelle, d'une cBuvre ; ils inventent Eugène Sue comme d'autres découvrent l'Amérique.
Mais ce n'est pas tout : voyez la suite de l'annonce au lecteur. Cette primeur littéraire au plus haut inlérSt, c'est Consciencf, la médiocre imitation de Crimi; et Châtiment, commise par M. Hector Mfllot, qui n'a pas même pris la peine Je donner à son roman un titre qui ne fût pas déjà celui d'un ouvrage d'Aleiandre Dumas.
Et ledit journal de province, pour piper ses lecteurs,
■ Nous avons obtenu l'autorisation de reproduire Conscience, icuvre que M. Hector Malot publiait dans le Temps, il y a deux mois à peine, et dont un de nos collaborateurs. M, Léon Leconte, a fait une analyse en vers insérée dans le Libéral du 18 mars. .
Or la reproduction est autorisée en bloc pour loue les journaux qui ont traité avec la Société des gens de lettres. Il est vrai que du moment qu'un poète régional a fait Vjiialj-se en vers du susdit roman !.,.
Eh bien ! n'en déplaise à cet Arisiarque de sousromans nouveaux, fort au-dessus de la médiocrité, où le sens de la modernité se manifeste en style de franc aloi. La Course à Camoi/r de M. J. Ricard est du nombre. Les deux personnages essentiels, Jean jr, et Mary Anne Didlley,
pcm
ils r<
tent une double et différente incarnation du mélange des races, types affinés de cerveaux humains hantés d'aspirations artistiques, mais dont cependant Tévo-
l'aimenl, ils se passionnent pour lui, font un efibrt pour le réaliser, mais ne sont pas artistes. Ces préaecupalions esthétiques traversent leur amour, et mutuellement ils se font souffrir. L'homme, plus tôt lassé, se laisse gliôser â l'idée du suicide, et au moment de l'acte déiinitif, se reprend en murmurant : n A quoi bon mourir ! a
M. Ricard a déployé dans la Course à l'amour un talent d'observation et de composition qui n'est pas
a peini
M. Ricard est bien place pour voir et entendre un certain clan du Paris mondain : il en est le bon chroniqueur. Son Secret de femme mérilnit déjà une e»lirae particulière. La Course à Camour (ce titre a le ton de trop rappeler ta Course à la mort) ne peut
Nous laisserons de côté Simplette, la nouvelle qui complète le volume, récit plus banal, plus lent, ou te procédé l'emporte sur l'art. •'^■
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MKf.ANGKS LlTTERArRES - Critique. — Philologie. — Lin^iiislique.
TTSvaxa. deVacanoee an Pays dea Fonunea. —
//; Propos normands sons le chaume H par les chemins couverts, par M. Alfiert Le Nordez. Un vo'. in-iûde 1 14 pages. ParisecValogncs [Manche), iSSS. Paris, chei Pillu-Vuillaume; Valognes, chez Louis
L'aimable livre! Que de bonne grâce et d'esprii, quelle indulgente et souriante philosophie en ces trop courtes pages, et quelle iniimc connaissance, quelle impression juste ei profonde elles nous laislenl, quoique si tôt lues, et du pays et des bonnes gens qui l'habitenl! L'auteur, pourtant, nese pose pas en grand analyste du cceur humain, non plus qu'en flyliste laborieux; il n'appartient pas à l'école de la psychologie raffinée et pas davantage à celle du genre descHptif; en réalité, il n'a cure ni souci des genres
année.
as de Paris, il va pa
ser quelques semaines
diai 30
pays natal, et au r
tour, depuis deux ans,
il nous
parie de son village
avec une exquise bon-
homie,
vec la persuasion c
ndide que nulle capi-
Ule ati
monde, nulle ciïiliea
ion, nulles mœurs ne
sont pi
s dignes de captiver
la curiosité du public.
L'an de
nier, il nous raconta
ainsi la Légende de
\-abbaye
de Monlebourg. Mo
ntebourg, arrondisse-
ment d
Valognes (Manche),
est le nom de ta^iite
bùurgad
e. Celte année, par
es sentiers normands,
-car 0
n ne les trouve qu'en
Normandie, l'nuteur le
croit au
moins, — il nous fai
faire le mur de sa pa-
itSIa Foniaine-au-Renard le
JOUI le chaume, nous répétant, au hasard des renconires ou des souvenirs, un mot profond de Guillaume Bunon, l'apclogue des truites du pont de la
éire en mÉme temps qu'il y a des pommes et qu'il n'y a point de pommes, comment le corê de Morsa-
malicieui du Normand et parfois l'empire du cidre «nr les lâtes normandes les plus fnrtes, comme en la mewtcnture de Justin Dubost qui tomba en Picardie quand il cherchait l'Espagne,
Dans l'hisiûira du renard, M. Le Nordez dit incidemment qu'en Normandie, on nomme cet animal •un goupil 1. Nous r.ippellerons à ce propos que gDupi; est le vieux nom français du renard. C'est Tim.
lae succès du Roman du renard au xrn° siècle, qui it substituer dans la langue, au nom commun, le L propre du personnage principal, devenu nom
:iier quelque varian : remarque suggér
passera
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nL>taI cheur
et dont c
Lavolaier, 1743-1794, diaprés m correspondance, ses manuscrits, ses papiers de famille et d'autres documents inédits, par Ébouahd Cii]m*ux. Un vol. grand in-S", avec dix gravures hors texte, en tailledouce et en typographie. Paris, iSSS, Félix Alcan.
En i
nd
même pas que les « cendres >> de nos grands hommes du jour soient refroidies pour les camper en bronze
n'était pas bien sur que la postérité partagera nos admirations de l'heure présente, on s'expliquera dif-
fronçoiSB, une des plus nobles illustrations de la ville de Paris, où il est né, Lavoisier, n'ait pas obienu cet hommage que l'on devait bien au créateur de la chimie moderne. Mais ce que l'on comprend encore moins, c'est que, jusqu'à ce jour, sauf les trop courtes notices de Lalande, de Fourcro}', de Cuvier, et les rapides biographies des dictionnaires d'usage coudes hommes qui font le plus d'honneur à la Krance. Sa gloire a survécu pourtant. Mais l'on ne savait rien de SB vie, on ignorait ses vertus domestiques, ton dévouement â la chose publique, son intelligente philanthropie et les services de toute sorte que le membre de l'institut, l'économiste, l'agriculteur et le financier, car il fut tout cela, rendirent au pays. Il n'est pas jusqu'aux détails de sa mort qui ne fussent i peu prés inconnus. Ne s'esi-on pas demandé si la sentence du tribunal révolutionnaire qui atteignait en lui le fermier général ne frappait pas un coupable!
Désormais tous les voiles sont déchirés, l'obscurité
3ia
est dissipée. C'est M. Edouard Grimaux. proresECur de chimie à l'École polyleclinique, qui aura l'honneur d'avoir rompu le sileri>:c devenu de plus en plus épais avec les années autour de celte grande figure. Lavoisier était de ces gens d'ordre qui ne dêiruiseni
L papie
quelconque, qui gardent les i reipondancc. 5a femme, la chai lettrée M"' Paulze, qui, ayant
:ollnbor ;ligi=L
les papiers de son mari. Demeures depuis dans s: famille, ils furent communiqués d'abord à M. Dumas puis à M. Edouard Grimaui qui, en y BJoutsn d'autres documents découverts dans les Archive: publiques, y a trouve les éléments de l'élude trê complète et déliniiive qu'il publie aujourd'hui. Mai M. Grimaux n'est pas seulement un savant et un ëri: dit; cette élude est mieux qu'une biographie d I.avoisier, ou plulât cette biographie a pris sous s plume les proportions d'un tableau de la vie d'un
d'un grand lesquelles M. Grimaux
fami Lave
nombre d'institutions, su donne des renseignements peu connus : par exemple sur l'organisaiion des fermes générales, de la régie des poudres, des sociétés d'agriculture, de l'Académie des sciences. L'un des chapitres les plus émouvants du volume est celui où l'auteur fait le saisissant récit du fameux procès des fermiers généraux. Ce chapitre est accompagné d'une vue de la prison de Port-Libre (devenue depuis l'hospice de la Miilertiitê], dernier sé)our des fermiers géncraui:. D'autres
duisent le beau tableau oii David, qui ne fut jamais si grand artiste que dans le portrail, a réuni le mari et ta femme dans le cabinet de Lavoisier; un pastel de M"" Lavoisier enfant; plusieurs dessins où l'ai-
visiblement fidèle, diverses expériences faites dans le laboratoire de son mari. Elle s'y introduit elle-même, qui était brune, affublée d'une horrible perruque blonde à la Tiius, énorme, ébouriffée par-dessus sa chevelure naturelle, comme dans le portrait de
sèment qui le condamna à ; c'est à propos de Lavoiis du tribunal revoiution- ; • La Republique n'a pas
l'illus
par A. MoH série, isatis, Wieweg. éditeur.
e tâche ardue, que celle de fairi sur de purs oui-dire, un pays i
connaît que par de grotesque lâche que M. Morel-Falio, Éludes sur l'Espagne. L'ouvi
-propos ic programme d'impartialité, et jure qu'il se gardera du dénigrement, comme aussi de rcnlKousiasme, sans passion ni parti pris, a trop bien luiri ce programme; un peu de passion est utile quand on traite de ce pays-lii, et l'on ne saurait peindre l'Espagne aux rayons d'une aurore boréale; heureusement le champ était vaste et fécond, dan» cette recherche des mille côtés espagnols qui se sont f«u> tïles dans la formation de la France moderne, dans notre langue, dans notre théâtre, dans notre roman,
voisins; depuis les premiersPraufais qui pénétraient en Espagne pour accomplir leur pèlerinage i Saini- Jacqucs de Compostelle, jusqu'à Gustave Doré, en passant par une série de diplomates subtils, de précieuses marquises, de prisonniers de guerre, ou d'artistes indatnmableii, tous se sont évertués, les uns et
Blaa de Vie
. ce fouillis que M. Morel-Fatin
peut revendiquer dans le Kuy termine cette première série, et expose avec une hneste moqueuse où, et comment, Victor Hugo (sans le dire, bieti entendu!...) puisait ses inspirations, prouvant, textes en main, que parfois le grand poète n'a eu qu'à rimer la prose de M"" d'Aunoy, ou celle de l'abbé de Vayrac; en ua mot, que le premier oiseau plumé de Ruy Blas a été l'histoire, depuis le billet avec ses six loups, jusqu'i l'autre billet avec son ver de terre; dctiiontrant une fois de plus que le prétendu génie espagnol de Victor Hugo n'est pas poinçonne à la grille du pur métal — mais celte contrefaçon, qui peut être un reproche pour Victor Hugo, est un mérite pour l'Espagne en la déclarant inimitable et inassimiUble. Cependant, il faut savoir grand gré à M. Morel-Falio de s'épuiser
dcles littéraires; puisque les Espagnols, dédaigneux de l'opinion européenne, ne se soucient pas d'exhiber leurs gloires, et s'enveloppent, comme d'une
Alexandre Dumas à la Maison d'Or. — Souveuiri de la vie lilièi-aire, pM- I'hilihsht Ai;ue»ra((t. Pari», Calmann l.évy, iSSS. Un vol. in-iH. — Prix: 3 fr. 3û.
Ce volume unecdolique, où tout se groupe autour du journal d'Alexandre Dumas, le Maasquelairr, est, parmi les rires, les éclats, les envolées, les bon* mots et les bonnes lar>:es, un document de mélancolie. La grosse joie y déboutonne les ventres, mai» U faim y serre les estomacs. L'imagination y lemue
merveilles; mais l'équilibre se rompt â chaque ins-
londes
e vide, poches
refus de
;ilg
Ksiaameur. On s'en
tircenmoura
m jeune, de con
somplion, de suicide
ou de la toi
e des firandeurs
Quei4UM-uns ont su
ïêcu pour r
conter l'épopée
mlis ils n-gnl plus 1
force de U
chanter et ils 1
diluent en prose, pou
r que tout le
monde puisse —
en ce temps inhéro
que — la c
mprendre et 1
supporter.
Tel qu'il est, le lîv
e de M, Phi
ibert Audcbrand
CEI un chapitre curie
ut d'une épo
;)ue littéraire qu
ITTEBAIRE DO MOIS
grand souci du style ni de la Les récits de la guerre n Vereschagin prit une part act
lefi, son compatriote el son ai
Lhantê qui règne d'un bout à l'autre du livre et qui, lers la lin, passe du scepticisme ironique au pessimisme navrant, noir et vide comme un gouffre. Ah! si le bon géant insouciant qui fonda le Mousquetaire i la Maison d'Or en avait pu, à quarante ans de dislance, redire la naissance, la courte vîe si agitée.
et ta mort en pleine ardeu l'enlrain, la puissance com force! C'eût été un coup de les dormants dans la vallée
r, je me tigurc la v nunicative de sève laironàfaire se dr
et de
Souvonirs. — Enfanoe. — par Vabsiu Vebeschagin Paris, Alben Savine. Un 3 fr. 5o.
Voyagea. — Guerres,
Illustres par l'auveur.
vol. in-iS. — Prix r
Voici un livre de peintre. Sur la peinture pas certes, mais bien plutât un recueil de touve une sorte de journal de voyages.
Non nir»,
L'au
I la
I fait
un certain bruit, un grand artiste, n'en déplaise à quelques critiques, qui lui reprochent de ne pas suivre
ctieur de nature vraie, de plein air, de soleil. Esprit ;, voyageur intrépide, observateur siigace, X passionné de réalisme, dans le sens le plus élevé du mol, Vereschagin s'en vn recueillant partout
oile
mpressions,
et un sentiment juste de ta nature, que peu d'artistes possèdent au même degré.
Les trois expositions importantes qu'il a faites à Paris, au Cercle artistique et littéraire de la rue Volney, ont obtenu un succès Considérable ; et ics tableaux ont reçu te mËine accueil à Londres, à Vienne et à Berlin, Partout te grand public — dont
avait en haute estime ce travailleur infatigable, ce producteur fécond et consciencieux et ses procédés de peintre très personnels.
Dans ses descriptions comme dans ses toiles, ce qui frappe avant tout c'est une grande sincérité, une recherche du détail, du document, qui n'exclut pas cependant la largeur des idées, la puissance ei t'har-
eU
Ses Souvenirs i
DipOSIl
leptioi
d'ensemble, à laquelle
^laphysi.
|u'il trace du général Skobein ami, forment le principal rait de son livre. Les épisodes auxquels l'auteur mêle avec à-propos nous montrent, à côté du leux général si puissamment doué pour le métier I armes, si brave, si bouillant, quoique si calme milieu du danger, mais parfois si inconsidéré, un iseiller sage autant qu'énergique, tacticien habile oie, ce qui ne peut surprendre ceux qui savent : Vereschagin, avant de se consacrera la peinture, it fait son éducation à l'École des cadets de la rine russe et avait suivi pendant quelque temps
Le journal du voyage dans l'Inde, rédigé par M=" Vercschagin, occupe une place considérable dans le volume. Sans £tre d'un intérêt aussi passionnant que les récits de la guerre, celte partie de l'ouvrage
mplie
. Les pages c
resques et parfois humoristique courageuse compagne de l'artiste longue et pénible des Hlmatayas, plusieurs semaines, par une température variant souvent en quelques heures du froid le plus intense à l'ardeur d'un soleil brûlant; la difliculté et quelquefois r impossibilité de trouver un abri pour passer la nuit, la lutte contre une fatigue accablante et contre la faim, dans l'attente de vivres que la neige n'a pas permis aux coolies d'apporter à temps, ont un charme particulièrement dramatique et attachant.
Quelques pages iminies sur les dernières années de TourguenelT terminent le volume, dans lequel on voit d'intéressants croquis de l'auteur. Je ne sais si ces Souvenirs seront beaucoup lus en France, où le dilettanlisme littéraire est saturé d'œuvres plus ou moins niaisement légères ou scienlitiquemeni ennuyeuses. Mais ce livre devrait avoir un grand succès en Russie, où Vereschagin jouit d'une certaine notoriété et d'une popularité déjà grande, j,-l i:
La Vie parlBienne (1887), par Parisis ^h'mile Blavet). Paris, i88K, Paul OllendortF, édil. Un vol. iniS Jésus, — Prix ; 3 fr. 5d.
lient chaque jour
;. On applique ta oir plus gros et
; grand inconsolé qui
nilieu de mon excusion à travers la Vie parisienne de M. Kmîlc Blavet : ce qu'il nous présente là, c'est la biographie de Paiis, du Paris étroit et frivole dénomme le Tout l'aria; mais le biographe est si bien impregnt; d'essence parisienne, son siyle a l'allure si vive et coquette, si aisée et provocante, l'observation du mouvement propre à cette sUkicte passionnée pour le
. Quan
le
de hauteur.
graphie. Ce
si
loupe à cha
ue
plus grand.
11 Jules Barbey d'Aurevilly,
Elle
théâtre au point de se donner quotidiennement ellemême en spectacle de jour etde nuit est si exacte, qu^on est fort tenté de le remercier de se borner aux chapitres biographiques, et de se tenir éloigné de la majestueuse histoire, puisque aussi bien notre temps lui fait perdre sa majesté et la réduit à la taille naine. Parisis du reste n^appliquc pas la loupe à chaque être pour le voir plus gros ni plus grand ; il se contente de lorgner, à travers son monocle, les choses, les hommes, et, si j*en crois le dessin de la couverture, les femmes, principalement les jeunes, les jolies, les élégantes, les affriolantes. Et pourquoi pas ? Il le faut bien, sinon sa vie parisienne manquerait de vie et de parisianisme. Et vous verrez, — je vous le souhaite, — dans cinquante ans d'ici, comme on sera curieux de puiser dans la série d'Emile Blavet des renseignements sur le train mondain, artistique, littéraire de cette fin de siècle entre Charenton et le Point-du- Jour. — Ce qui ne veut pas dire que les recueils de ses chroniques attendront un demi-siècle le succès qu'ils méritent. Mais il est certain cependant que trop de gens les lisent au jour le jour dans le Figaro pour être très pressés de les relire. Munissez-en vos bibliothèques pour vos petits-fîls.
Souvenirs et Anecdotes, par les frères Lionnet. Un vol. in-i8 Jésus. Paris, 1888, Paul Ollendorff, édit. — Prix : 3 fr. 5o.
La célébrité des deux chanteurs jumeaux, également connus de tous pour leur ressemblance, leur talent et leur serviabilité, assure au moins un succès de curiosité au volume qu'ils publient. Ils ont vécu sur le pied de la camaraderie, de l'intimité même avec le plus grand nombre des artistes renommés de la seconde moitié du siècle ; ils ont pu faire provision de remarques personnelles et d'anecdotes inédites. Toutes ne sont pas très utiles à conserver, ni bien intéressantes à lire; MM. H. et A. Lionnet n'ont peut-être pas été assez difficiles dans leur choix, et, accident commun aux auteurs de mémoires, ils se sont plus d'une fois laissé prendre au charme d'un souvenir particulièrement attrayant pour eux, mais insignifiant, fade et vide pour le lecteur désintéressé. Ils ont, par exemple, trop de souci de conserver comme un trésor d'assez faibles improvisations en vers sur le mérite desquelles leur paternité s'aveugle
malgré leur apparente modestie.
En revanche, il se rencontre des pages fort curieuses, attendrissantes ou gaies, et certainement on ne peut lire, sans éprouver pour les deux frères une réelle sympathie, le récit des mille occasions qu'ils ont saisies ou fait naître, de rendre service aux artibtes méconnus ou malheureux.
Impressions de théâtre, par Jules Lemaitre. Un vol. in-i8 Jésus. Paris, 1888. Lecène et Oudin, édit. — Prix : 3 fr. 5o.
L'esprit a toujours ses droits en France : le succès rapide et constant de M. Jules Lemaitre dans fa critique en est une preuve évidente. C'est surtout par
le ton sémillant, léger de son style, la piquante et parfois mordante hardiesse de ses appréciations, qu'il a conquis le public lettré et le public mondain.
Comme avec ces qualités de forme il possède une érudition bien organisée, ses articles offrent toujours un intérêt qui en justifie le succès. — Peut-être cependant M. Jules Lemaitre s'est-il un peu pressé de rassembler en un volume, — le premier d'une série, — ses lundis du Journal des Débats, Il a sans doute essayé de leur rendre, à défaut d'uniié de direction, une corrélation factice par un groupement naturel au lieu d'un rangement chronologique, et il a donné pour titre à chaque groupe — quelquefois constitué par une seule étude, — le nom de l'auteur étudié : par exemple, le nom de Molière sert de lien à quatre articles consacrés l'un à une représentation du Misanthrope à la Comédie française, les autres à des représentations de Psyché, de Don Juan et d'un à-propos d'anniversaire à l'Odéon. Lé volume ramène ainsi sous nos yeux des. articles intéressants sur Racine, Corneille, Shakespeare, George Sand, Vacquerie, Dumas fils, Meilhac, Halévy, Gondinet, même Hector Crémieux! même Gypl — M. Jules Lemaitre ne veut laisser perdre rien.
Le jeune et célèbre écrivain s'est trop pressé de remettre en livre ses feuilletons : ainsi l'ariicle qu'il nous donne sur la Puissance des ténèbres d'après la lecture de la traduction Halpérine, est sans doute excellent en soi et portait son intérêt complet il y a un an. Mais aujourd'hui, après la représentation du drame de Tolstoï au Théàire-Libre, nous le trouvons insuffisant : il eût été si facile à M. Lemaitre de patienter un peu, et de fondre en un ses deux articles: celui qu'il a tiré de sa lecture, et celui que lui a suggéré la représentation.
Ce dont il faut lui savoir gré, c'est du souci qu'il prend de porter son attention sur toutes les manifestations de l'art dramatique. L'opérette boufl'e ne le rebute pas, et supérieurement habile à mettre tout dans peu de chose, il retrace avec beaucoup d'agrément, à propos d'Orphée aux enfers, les origines mythiques et les transformations du culte de Dionysos. Le ballet même ne lui semble pas indigne de ses réflexions — il a bien raison, — et il consacre un chapitre précieux aux spectacles de TEden, fermé aujourd'hui aux* fantaisies chorégraphiques.
Et autant par amour paternel de sa prose que par soin de varier ses Impressions de théâtre, le spirituel auteur des jolis vers des Médaillons recueille aussi dans son volume un article sur la Décoration des comédiens,
M. Jules Lemaitre me permeitra-t-il un charitable avis, et l'estime très sincère que j'ai maintes fois affirmée pour son talent sera-t-elle une excuse suffisante de la liberté grande ? Eh bien ! qu'il se méfie de certains accès de familiarité que M. Sarcey ne s'est accordés qu'en vieillissant. Tout le début de son article sur Hamlet, suppoi table dans le journal parce qu'on l'y suppose improvisé, ne trouve pas grâce aussi facilement dans le livre. Ne l'avoir pas réformé est une circonstance aggravante.
CRITIQUE LITTÉRAIRE DU MOIS
Les Gaîtés bourgeoises, par Jules Moinaux. Un vol. in-i8 Jésus illustre de nombreux dessins, par Steinlen. Paris, 1888, Marpon et Flammarion, édit.
Qui donc prétend que la grosse veine de gaîté gauloise, signe de la belle santé de nos pères, est
tarie i
Elle coule largement dans le cerveau de M. Jules Moinaux, et y apporte un flux de drôleries, d'imaginations burlesques à dérider Schopenhauer. Certes ce n'est pas le fin du fin, c'est tout le contraire. Mais il n'y a pas à s'écrier en se tenant les côtes : « Mon Dieu ! est-ce bête ! » Non, mais : « Mon Dieu ! est-ce drôle! ■ Et sous cette parade comique on discerne une malice parfois bien raffinée. Au fond Jules Moinaux se moque des bourgeois, et se tend la bouche jusqu'aux oreilles à rire de leurs naïvetés.
Lisez le Nain, le Duel de Ramonet, Course de taureau en chambre, le Mouchard, le Bigame sans le savoir, lisez tout le volume, parbleu, et regardez les dessins si amusanis de Steinlen, et vous aurez doublé le volume de votre rate, par la dilatation du rire. Ne lisez même pas tout en un seul jour; la dilatation pourrait être excessive, et vous seriez étouffé.
Madame de Sévlgné, par R. Vallery-Radot. Un vol. in.i8 jé»us. Paris, 1888. H. Lecène et Oudin, édit. — Prix: 3 fr. 5o.
Quelle séductrice que cette marquise ! Du fond de sa tombe où ses os sont en poussière elle les fascine encore, ces lettrés amoureux de son esprit et de ses pattes de mouche. Généralement c'est quand ils en sont au retour d'âge que les critiques, professeurs, etc., s'adonnent au culte de M™* de Sévigné. M. R. Vallery-Radot n'a pas encore cette raison, pour ne pas dire cette excuse. La bibliothèque que l'on ferait avec les seuls ouvrages consacrés à l'illustre épistolière ne l'a pas découragé, et pourtant il les connaît tous. Et le merveilleux de l'affaire est en ceci, qu'après tant de travaux sur le sujet, il en produit un qui, parle charme du style, l'ingénieux agencement des idées, le piquant des aperçus, semble tout nouveau : on croirait qu'il nous offre de l'inédit.
M. R. Vallery-Radot s'est efforcé de noua introduire non pas auprès de la marquise, — la porte est grande ouverte, —mais dans son entourage: ce sont ses amis, sa parenté, sa vie de famille, ses intérêts de mère, de belle-mère et de grand'mère, qu'il tient à nous faire connaître, nous expliquant par là, de façon vivante, bien des traits de cette physionomie unique.
On peut regretter que, séduit comme les autres, M. R. Vallery-Radot pratique à l'égard de M"« de Sévigné une indulgence que, pour notre part, nous trouvons excessive ; mais au demeurant on comprend qu'on ne la rende pas tout à fait responsable des conséquences funestes de son épisiolomanie, qui nous a valu la cohorte épouvantable des femmes de lettres; seulement cette femme en qui l'on a tant glorifié le
sentiment maternel fut la plus absurde et la plus injuste des mères; et M. Vallery-Radot ne le lui reproche pas assez.
Pourtant quand les Grignan en sont à la ruine et qu'il nous les montre insolents et indélicats, mariant leur fils, un crétin bellâtre, avec une fille de fermier général, quand il oppose à leur désordre fastueux rhonnôte vie du comte de Sévigné, pas bien génial, mais sage et rangé, et à la froideur ingrate de la fille, l'affection respectueuse du fils, il ne peut faire autrement que de juger M"® de Sévigné justement punie par où elle a péché, et elle a beau gourmander son gendre, elle est en partie responsable de la décadence morale et financière de M. et M'"* de Grignan, par l'éducation qu'elle a donnée à a la plus belle fille de France ».
Jusqu'à sa mort elle a soutenu sa préférence pour cette fille désagréable, antipathique, et son testament l'avantageait le plus possible. M. R. Vallery-Radot cite à ce sujet une lettre toute simple et tout simplement admirable du frère à la sœur.
La partie la plus originale du livre de M. R. Vallery-Radot est l'histoire de la publication des lettres de M'"*' de Sévigné. Son érudition s'y montre, aimable et non pédante. L^ouvrage a sa place marquée dans les bibliothèques des lycées et écoles de garçons et filles. pz.
Un Livre de sonnets, par Claudius Popelin. Un vol. in-4'». Paris, Charpentier, 1888.
Deux années à peine se sont écoulées depuis que « le peintre des émaux » -— comme M. Claudius Popelin s'appelle volontiers lui-même — confiait à l'éditeur Charpentier un poème. Histoire d'avant-hier^ dont nous avons aussitôt longuement parlé aux lecteurs du Livre. Il y a lieu de croire que ce roman moderne écrit en vers a reçu du public le bon accueil qui lui était dû, car éditeur et auteur nous présentent aujourd'hui un nouveau volume de poésies, imprimé avec plus de luxe encore que le précédent par M. Georges Chamerot. Le titre nous révèle ce que sont ces poésies : des sonnets, et le livre en réunit deux cent trente. Par conséquent si nous en croyons ce que
Le sage Despréaax, judicieux critique,
A dit en quelque endroit de son Art poétique,
Dans un vers très cité qui n'est pas sans défaut,
nous devons estimer que Un Livre de sonnets — l'auteur n'ayant pas eu de défaillance — vaut seul
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