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UNE SOCIETE D'AMATEURS DE LIVRES J

Premiers symptômes de groupement.

Je ne me doutais guère du résultat de cette causerie entre amis. — Le projet s'ébruita de droite à gauche, grossi et poussé par la force des potinières de Bibliophiles; ridée fit son chemin à grands pas, et de Paris gagna les provinces. On en parla avec plus ou moins de bienveillance à tousles^îve o'clock des libraires à la mode, sur les boulevards et dans les passages» chez Rouquette, chez Sevin, chez Morgand, chez Conquet, chez les Marpon des Italiens, chez Greppe et ailleurs. — On regarda même la chose en principe comme faite ; sur la rive gauche, à la Librairie des Amateurs, un Bibliopole qui tient en haleine une partie de la clientèle du faubourg Saint-Germain, M. Ferroud, fit rage, se multiplia jusqu'à inscrire de nombreux adhérents ; à Lyon, Bernoux et Cumin continrent avec peine l'effervescence de quelques adeptes très résolus à s'enrôler ; partout, à dire franc, il y eut un éveil flatteur; je reçus tant de lettres d'inconnus, me questionnant sur cette fameuse Société nouvelle, que mon indépendance fut menacée; ... je devins avec terreur Chef de file * malgré moi.

Il y eut bien à Paris quelques libraires à la mode et éditeurs de luxe qui, sans déclarer ouvertement la guerre à la société projetée, sentirent une inquiétude profonde à l'annonce de cette création dans laquelle ils ne découvraient point précisément leur intérêt personnel et direct; aussi firent-ils campagne sourdement contre l'Académie en germe, s'ingéniant à y découvrir mille choses qui n'y pourraient jamais naître, et s'efforçânt à l'avance de dissuader les enthousiastes d'y adhérer au jour de la convocation. — Ces libraires-publicateurs auraient dû comprendre que toute Aristocratie formée dans un corps social ne peut qu'accroître les ardeurs, les ambitions, les poussées des nouveaux contingents, et activer par là même la passion générale; ils savent cependant la puissance de la mode en matière de curiosité et n'ignorent point qu'il faut des initiateurs pour le public, des conducteurs de goût sans lesquels toutes les affaires ploutocratiques seraient stagnantes, inertes et presque nulles.

Tentative de formation.

ujourd'hui les Bibliophiles Contemporains vont enfin prendre Date en paraissant projetés ici avec une publicité réelle et une pro- -* ^ pagande efficace. — Très fataliste par idiosyncrasie, je crois au destin mystérieux qui assure le succès des choses et je me laisse volontiers guider par la force occulte qui pèse parfois sur nos sensations de paresse, de quiétude et d'indifférence aux heures des déterminations volontaires. — Depuis plusieurs mois je reçois des mises en demeure d'aller de l'a-

vant, des provocations à me manifester dans un programme; des lettres d'adhçsion m'arrivent de tous côtés qui représentent déjà plus d'un tiers des membres à assembler, de très hautes notabilités et de toutes les professions libérales se sont inscrites et je suis assuré de rencontrer moitié plus d'Appelés que d'Elus; cependant, je subis la poussée vers la formation pratique presque à regret, comme si je menaçais mon repos, mon indépendance, ma liberté future par rétablissement de cette grande Société de Bibliophiles dont il faudra soutenir hautement et noblement l'étendard iconographie. A ce moment, le prisme éblouissant du projet initial s'efface peu à peu, voilé par la gestation montante, qui me paraît exorbitante; néanmoins, je ne veux point faiblir; ...je coupe l'amarre en donnant le bon à tirer qui est le « Leve\ VAncre! » de cet Appel motivé; le vent est en poupe et je vais à l'inconnu, ce fascinateur, avec le vieux cri des anciens : Vogue la Gale'e!

Simples notes pour servir à l'élaboration des Statuts.

Voici sur quelles bases générales seront établis, lors de PAssemblée Constitutive, les Statuts et Règlements intérieurs de la nouvelle Société.

i°- Les Bibliophiles Contemporains se recruteront parmi les grands Amateurs de livres curieux et rares, enrichis de vignettes, de dessins originaux, connus par la richesse de leur bibliothèque et par leur goût dominant pour les livres de ce siècle; les lettrés, les artistes, les érudits et critiques, les iconophiles et autographophiles seront accueillis dans la Société, quelle que soit leur nationalité, pourvu qu'ils témoignent de leur amour pour, la littérature et les livres français conçus dans un style magistral et exécutés avec une vive expression d'art.

Les Dames d'une honorabilité incontestée seront admises parmi les Bibliophiles Contemporains, lorsqu'elles justifieront d'une bibliothèque personnelle, et d'un goût assuré pour les ouvrages de valeur; leur nombre sera cependant limité, et ne saurait représenter en aucun cas plus d'un dixième de la Société.

2° Le nombre total des Membres de la Société sera de Cent cinquante à Deux cents au maximum. — Il n'y aura pas de membres correspondants. Tous les Membres dont se composera la Société à ses débuts auront qualité de Membres Fondateurs et, à ce titre, ils n'auront pas à payer le Droit d'entrée, qui sera exigible de tous leurs successeurs, sans exception. — Ce futur droit d'entrée sera de Cinq cents francs au moins. — La cotisation annuelle sera seule réclamée aux Membres fondateurs après l'Assemblée -Constitutive: cette cotisation sera environ de Quarante à Cinquante francs.

Du but de la société et de ses publications.

Le but de la Société sera : De réunir dans un môme intérêt de nombreux Gentlemen-Bibliophiles appelés à se connaître et à s'éclairer mutuellement sur le goût et la valeur de certains livres, à échanger leurs idées sur toutes les questions courantes de la librairie, à parfaire leur éducation dans le domaine des procédés artistiques, de reproduction et d'impression, ainsi que pour toutes les questions de tirage typographique et en taille-douce.

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