‹ Le livreChapitre 100 sur 163 · ESTIENNE · texte numérisé non relu

ESTIENNE

Dolet au Lecteur. Salut.

a Tant est mon propos certain, et ferme (o Lecteur) quand Tentreprends quelque chose honneste, et uertueuse, que pour chose quelcôque (soit aduerse, ou prospère) ie ne me destourne facilement (et moins que tout Humain) de ma première entreprinse. Quant à ycelle, qui peult

seruir icy à mon propos, elle est telle, que si i'ay trauaillé pour acquérir los et bruict en la langue Latine, ie ne ueulx efforcer moins (et ce pour plaisir, sans m'abastardir de l'aultre) à me faire renommer en la mienne (maternelle Françoise). Ce poursuiuaut, ie ne prétends seulement produire ce, qui entièrement est sorty de moy (comme desia on a ueu par troy.. Traictés de mon Orateur Francoys : et comm.. on le uoirra entier au commencement du g... (i) Dictionnaire uulgaire que bientost imprim...

côme aussi on uoirra aux Tusculanes de ro, par moy traduictes) mais

pareillement touts aultres bons liures, que congnoistray sortir de bonne forge, Latine ou Italienne, soient Autheurs antiques, ou modernes: naïfs ou honslatés. De ce mien uouloir sera tesmoing ce présent Oeuure de Cicero depuis quelcque temps par moy traduicten nostre langue. Lequel Œuure ie n'ignore pas auuoir aultre foys este imprime soûls aultre traduction. Mais seais-tu quelle? Certainement faicte en despit des Muses latines et Francoyses : car oultre ce, que le langaige n'en uault rien du tout, le gentil traducteur premier a si bien compri le sens, qu'il fauldroit ung Apollo, pour deuiner ce qu'il veult dire. Qui est chose par trop contraire à la diuine facilité et perspicuité de Cicero. Je croy, queletrouueras ung petit moyeulx accoustre. Ey, et puis tu en iugeras plus deurement. Et te garde de tomber en la resuerie, et cacquet importun d'aulcuns sots qui disent la traduction de ces Epistres estre de nul effect, et sans proffit. Lesquels pauures gens morfondus de ceruau se mescontent en cela, car pour le moyns la jeunesse Francoyse y peult profiter conférant sa langue avec la Latine, et pour parler plus hault... ose affermer, que sans l'intelligence des Epistres... miliaires il est impossible de bien entendre les.... ces Œuures de Cicero, quant au sens, et plusieurs histoires qui y sont. Mais si ces maistres reuerends font des braues et ne voulent crocquer que Latin, ie ne trouve cela que bon, moyennant que par semblable modestie ils se déportent de mesdire de chose, qu'ils n'entendét pas bien, et reprennent leur sot langage en cas louables et uertueux.

« Au demeurant ie ueulx aduertir, que la langue Francoyse n'est si copieuse, qu'elle puisse exprimer beau coup de choses en telle briesueté, que la Latine. Parquoy si quelcques foys i'use de circonlocutions commodes, tu ne le trouueras estrange, puis qu'aultrement ne se peult faire. Ce qui aduient pour la diuersité des langues : car ce que l'une exprime en ung mot, l'aultre l'exprime en plusieurs. Et ce que icelle a en plusieurs, l'aultre l'a en cing. En quoy il faut auoir raison de la phrase et propriété de chasque langue, pour se trouuer excellent interpréteur, et parfaict.

« D'avantage si en ce liure tu trouues quelques mots d'antiquité,

i. Les parties pointées ont été comprimées par la flamme, ainsi que la marge entière.

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