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L'ESTAMPE FRANÇAISE MODERNE

sèque et son caractère spécial qui proviendra d'un sujet pittoresque de la vie contemporaine.

L'iconophile Béraldi entend consacrer l'Estampe française à la vie moderne et aux grandes manifestations des fêtes parisiennes. Pour corn* mencer, il a demandé à Auguste Lepère, le maître graveur sur bois, la reproduction de la grande aquarelle de Henri Baron qui est Au Musée du Luxembourg : Fête officielle donnée pour l'Exposition de iS6j. C'est d'hier, et cependant cela évoque tout un monde disparu. Comme estampe de mœurs, rien de plus typique, et il faut féliciter « Celui de l'Estampe française » de cette première tentative heureuse, qui a peut-être valu à elle seule la première médaille décernée à Lepère pour son Exposition de la Décennale.

Autre commande faite par l'Jconophile fondateur au fantaisiste A. Robida qui manifestait devant lui tout haut son désir d'essayer la lithographie originale; l'Estampe française le prend au mot et accapare la première pierre mise à mal par Robida : les Amoureuses de la tour Eiffel. Cette fantaisie a été tirée à cinquante épreuves, puis la pierre effacée.

Ce n'est pas tout : Béraldi a su faire composer par Jules Chéret, le joyeux polychromiste de nos murailles parisiennes, un éventail exquis qui a été lithographie à cent épreuves, la pierre effacée aussitôt.

Quoi encore? J'allais oublier V Inauguration du nouvel Opéra, reproduction gravée sur bois par Léveillé du joli dessin de Détaille conservé au Luxembourg. C'est un sujet contemporain s'il en fut jamais. Le graveur Léveillé a sur bois la même finesse d'exécution que Gaillard avait sur cuivre, et une même conscience. Cette dernière gravure est en cours d'exécution et l'épreuve figurera au salon de 1890.

Ce début de l'Estampe française est toutefois timide, car le Fondateur-Directeur-Société a besoin d'être soutenu par la souscription d'un petit nombre. Il s'agit de grouper une élite de cent iconophiles déterminés derrière ce capitaine d'aventure déjà parti en avant-garde au pays du burin, de l'eau-forte et du crayon gras. Si ces cent iconophiles, amis du rare, se font inscrire chez Conquet, l'intermédiaire social, l'Estampe française y encouragée, pourra corser ses entreprises, sûre de rentrer dans ses débours, sans prétendre à des bénéfices, car elle se considère comme un Amateur, non comme un éditeur.

Alors Béraldi, V Homme-Estampe, rêve pour elle de glorieuses destinées; il entrevoit des jours mémorables où, sûre d'elle-même et de ses souscripteurs, V Estampe française moderne, renonçant à la reproduction, commandera des dessins sur la vie contemporaine destinés à n'être interprétés que pour elle seule, et ces dessins, il les comprend aussi largement que ceux exécutés pour le roi Louis XV; il voit des fêtes, des carrousels, des revues à Longchamps, des courses, des bals à l'Elysée, des retours de Londres d'Ernest I er . Que sais- je?

Ce qui est certain, c'est que V Estampe française mérite d'être mise en lumière et d'attirer l'attention de tous nos lecteurs; cène société constituera plus tard, si le succès lui sourit, un véritable musée d'estampes originales à l'usage exclusif d'un petit nombre de curieux; elle rendra eu outre les plus grands services à la Gravure française dans tous ses genres et procédés ; les bibliophiles doivent donc prêter leur concours dévoué à cet appel hardi du directeur.

Je devais à mon collègue Béraldi, le Bibliophile Contemporain, cette petite mise en vedette de son ingénieuse Société. Je serais heureux si je pouvais inoculer à cent de mes amis inconnus la résolution de s'enrôler sans hésitation sous ses bannières déployées.

Octave Uzanne.

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