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ESSAI ÊIBL10GRAPHIQUE SUR QUELQUES PAGES DE MACHIAVEL

moins le faste et le luxe, il a bien pu emprunter quelques traits pour son fameux idéal du Prince; l'aventureux Charles VIII, jeune, brave et magnifique, rêvant des conquêtes et les perdant dans les ivresses mêmes de ses triomphes; il a vu Louis XII, le parcimonieux, adoré de son peuple, mais dont les courtisans, couverts d'or et de soie, raillent le manteau modeste et usé, et il s'écrie : Hoggi sono più ricchi e più potenti che moi. Aujourd'hui la Couronne et les rois de France sont plus riches et plus puissants que jamais.

Tel est, dans son ensemble, le cri d'admiration que lui arrache le spectacle de la monarchie française, et il en explique les raisons : le régime féodal expire, les grands vassaux ont disparu ; il n'y a plus à craindre qu'un duc de Bourgogne ou de Bretagne tende la main à l'ennemi héréditaire ; les héritages, les conquêtes, les supplices ont restitué à la Couronne ces riches et belles provinces, que des révoltes ou des partages en avaient détachées ; en un mot l'unité monarchique est fondée.

Une des raisons, entre autres, qu'a trouvées Machiavel, de cette richesse et de cette puissance, mérite que l'on s'y arrête : elle contient, en effet, un enseignement précieux, une remarque fine et judicieuse, controversable sans doute, mais à coup sûr d'un haut intérêt : «... c'est, dit-il, que les Barons de France ne partagent pas leurs biens entre des héritiers, comme cela a lieu en Allemagne et dans quelques contrées de l'Italie; ces biens passent directement au fils aîné qui, en réalité, hérite seul ; les autres frères acceptent cette infériorité, mais, secondés par leur aîné, ils embrassent la carrière des armes, où ils tâchent de parvenir à des grades et à une condition qui leur permette d'acheter un État (uno Stato), espoir qui ne les abandonne jamais. C'est ce qui fait que les gens d'armes de France sont aujourd'hui les meilleurs, et toujours aptes à parvenir à quelque dignité que ce soit. » Certes, si l'on veut bien se rappeler les éclatants prodiges de valeur personnelle qui, depuis Marignan jusqu'à Fontenoy, ont porté si haut la réputation de la noblesse française, on conviendra facilement que les déductions tirées du raisonnement de Machiavel ne sont pas sans quelque valeur.

Il ne faut pas oublier, d'ailleurs, que ses observations ont un but ; qu'il est chargé de renseigner la république de Florence sur les forces dont le roi de France dispose, au moment d'entrer dans la grande lutte qu'à l'instigation du pape Jules II l'Empereur, les Vénitiens et le roi d'Angleterre engagent contre lui et les Florentins, ses alliés. Pour nous, Français du xix° siècle, elles n'ont certainement qu'un simple attrait de curiosité, celui de savoir comment on nous jugeait à cette époque ; en un mot, quelle idée pouvait concevoir un étranger si compétent de notre caractère national, de nos mœurs, de nos coutumes et de nos institutions.

Il ne suffisait pas aux Italiens, et surtout à ces fiers négociants de Florence, qui, du haut de leurs comptoirs, présidaient aux destinées de leur petite mais florissante République, de nous avoir vu plusieurs fois nous ruer, comme un torrent impétueux, sur la péninsule, ceindre au pas de course la Couronne de fer des ducs de Milan, et, sur le front des rois d'Aragon, prendre du même coup celle des rois de Naples; ils avaient vu aussi le revers de cette fur iafrancese si brillante, si merveilleuse, si irrésistible, et cependant toujours vaine et suivie de désastres. Ils voulaient, avant de nous suivre dans nos aventures, avant de nous prêter des hommes et surtout des florins, se rendre compte de nos forces et du secret de nos faiblesses.

Prenez garde, — leur écrit Machiavel, — pour la bravoure, pour la témérité, les Français n'ont pas de rivaux, mais ils manquent de constance et de solidité; leurs hommes d'armes sont invincibles, mais leurs fantassins sont plutôt pillards que bons soldats ; médiocres en rase campagne, ils ont pourtant quelque valeur dans l'attaque ou la défense des places. Il a soin, d'ailleurs, de bien faire remarquer que les fantassins se recrutent dans les bas-fonds des villes, qu'ils sont indisciplinés et quelquefois gênants dans les grandes batailles. Mais il y a un trait de leur caractère qui ne lui a pas échappé, à ce fin observateur : « Le Français, dit-il, aime naturellement le bien d'autrui, et il en est aussi prodigue que du sien ; s'il dérobe avec adresse, c'est pour gaspiller, festoyer et se réjouir même avec celui qu'il a dépouillé. » Sauvons notre amourpropre, soit; mais ne dirait-on pas que Machiavel va nous raconter quelques bonnes prouesses de nos zouaves d'Afrique ? Puis, il reprend avec un air de mépris : « Ah ! quelle différence avec le soldat espagnol ! celui-là, vous ne reverrez jamais rien de ce qu'il vous aura pris. »

Florence veut aussi qu'on lui dise ce que le roi de France peut avoir à redouter de ses voisins, précaution sage pour un peuple habitué à modifier ses alliances et à passer d'un camp à l'autre du jour au lendemain. Machiavel aborde ici des considérations où la politique, la stratégie et la tactique militaire ont chacune leur place.

De l'Angleterre, les Français n'ont rien à craindre, et voici pourquoi : depuis cinquante ans environ, elle a désappris la guerre, et l'on ne trouverait pas, en i5i2, un Anglais « qui ait vu en face le visage d'un ennemi »; mais notre homme n'en a pas moins remarqué que le nom Anglais, par le souvenir des grandes incursions qui ont désolé la France jusqu'à Charles VII, est resté, pour les populations, un sujet de terreur. Il nous raille presque à propos de cette frayeur, et trouve ce sentiment non justifié. Chose étrange! à quelque temps de là les Anglais nous battaient à Guinegate : le rusé Florentin n'avait pas pressenti la journée des Eperons (Août 1 5 1 3).

Des Espagnols, l'infanterie seule est pour nous redoutable, mais

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elle a deux grands obstacles à surmonter pour assaillir la France : les Pyrénées, et, avant d'arriver aux Pyrénées, un pays si pauvre et si aride qu'une armée n'y peut pas subsister.

Les peuples de la Flandre sont pauvres; ils vivent du travail de leurs mains; le grain leur manque et ils le font venir de Picardie ou de Bourgogne; de plus, ils écoulent à Paris, à Lyon et sur toutes nos foires leurs produits facturés, si bien qu'une guerre avec la France leur fermerait tous les débouchés dont ils ne peuvent se passer ; ils ne la lui feront donc pas.

Mais il importe à la France de se méfier des Suisses, « dont les attaques sont si soudaines et si promptes qu'il est impossible de les prévoir ». Cependant, comme ils n'ont ni artillerie ni cavalerie, ils ne sont à craindre que dans une bataille rangée, c'est-à-dire en rase campagne, et encore ne peuvent-ils s'avancer trop loin de leurs frontières, sans laisser derrière eux des places fortes qui leur fermeraient la retraite : pressentiment justifié de l'irruption des Suisses dans le duché de Bourgogne, d'où LaTrémouille les expulsa par le traité de Dijon (Septembre i5i3).

Quant à l'Italie, la France en est garantie par la chaîne des Alpes et par la grande quantité de villes fortifiées qu'elle possède au pied des monts ; mais ce ne serait rien, la véritable raison, — respectons ce cri du patriotisme endolori, — « c'est qu'il manque à l'Italie un Prince et l'unité dont elle jouissait du temps des Romains ».

La clarté, la concision, la justesse de l'expression, sont les qualités dominantes du style de Machiavel. Sa langue lui est facile et naturellement élégante, c'est la langue de Florence et le plus pur toscan, fait pour charmer l'oreille et pour persuader. Voici un exemple de concision et de clarté pris au hasard dans un passage que nous traduisons mot à mot :

« Je n'ai pu savoir quel est le revenu ordinaire et extraordinaire de la Couronne; je l'ai demandé à beaucoup de personnes qui, toutes, m'ont répondu qu'il n'avait d'autres limites que la volonté du Roi. Cependant, quelqu'un m'a dit qu'une partie de l'ordinaire, celle qu'on nomme Aides du Roi et qu'on tire du produit des gabelles, comme pain, vin, viande et autres denrées, s'élève à un million sept cent mille écus. Si cela ne suffit pas, on fait des emprunts, qui sont rarement rendus, et quel'ondemandepar Lettres- Royales ainsi conçues : « Le Roi, notre Sire, se recommande à vous, et comme il a besoin d'argent, il vous prie de lui prêter la somme énoncée dans la présente Lettre. » Nous ne croyons pas qu'il soit possible d'être à la fois plus clair et plus concis.

L'espace nous est trop petitement mesuré pour que nous puissions nous étendre sur la multitude de renseignements recueillis là par Machiavel : ces quelques pages en fourmillent et confondent ceux qui osent

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dire que la statistique est un art moderne. Comment saurions-nous, par exemple, que la France de Louis XII comptait un million sept cents paroisses, 740 abbayes, 146 évëchés, 18 archevêchés et tant de prieurés, « qu'on ne les comptait pas » ? C'est Machiavel qui nous l'apprend.

Supposez encore que nous voulions comparer le traitement de nos ministres actuels avec celui du grand chancelier, chef suprême de la justice et qui concentrait dans ses mains toute l'autorité royale. Ce grand officier de la Couronne recevait dicci mila franchi di salario, dix mille francs de traitement, plus onze mille francs pour frais de table (per tener tavola). Machiavel explique ce qu'on entend par tenir table : c'est donner à dîner et à souper à tous avocats et gentilshommes de sa suite, chaque fois que cela leur plaît, « ce dont. ils usent considérablement », ajoute* t-il avec une pointe de malice.

On peut — où n'y en a-t-il pas? — y relever cependant quelques erreurs. C'est ainsi que, dans la nomenclature des Parlements, il oublie ceux d'Aix et de Dijon; qu'il place une Université à Tours qui n'en avait pas, etc., erreurs de détail qui n'ôtent rien à l'intérêt de l'ensemble.

Ces pages, nous le répétons à dessein, ne sont qu'un recueil de notes qu'il n'a pas eu probablement occasion de compléter; la contexture même des phrases l'indique ; elles sont brèves et tranchées en alinéas, contrairement à tous ses autres ouvrages et à la coutume de plusieurs anciens auteurs italiens qui n'en usaient jamais, témoin Davila, qui a écrit 1,054 pages de texte fin et serré sans autres alinéas que les en-têtes de ses chapitres.

Disons, en terminant, que cet opuscule, en y comprenant un aperçu sommaire sur l'Allemagne, renferme 18 pages de texte, ayant 33 lignes chacune en caractères italiques, comme toute l'édition. Il forme la dernière partie de l'un des trois volumes de la Testina, lequel contient, ainsi que nous l'avons dit : Le Prince, 68 pages ; La Vie de Castruccio Castracani, tyran de Lucques, 25 ; La relation du meurtre commis par le duc de Valentinois sur Vitello^o Vitelli, Oliverotto da Fermo, le seigneur Pagolo et le duc de Gravina Orsini, 5 ; Les Tableaux de la situation de la France et de V Allemagne, 18 : total, 116 pages qui, à notre avis, mériteraient quelque chose de plus qu'un simple commentaire.

Henri de Rochessauvre.

OU BIBLIOLYTIE

[3* article.)

Histoire de Gouberdon. Voir Académie des Dames.

aoi. — Histoire de la papesse Jeanne, fidèlement tirée de la dissertation latine deSpanheim, par Lenfant. Cologne, 1695. In- 11.

D'après Arthur Dinau.i, les catholiques et surtout les supérieurs ecclésiastiques auraient supprimé un grand nombre d'exemplaires de ce livre aujourd'hui

302. — Histoire de la Sainte-Chapelle royale du Palais, par S.-J. Mornand. Paris, Clousier, 1790. In-4*, fig.

Cet ouvrage intéressant et recherché encore aujourd'hui, surtout pour ses nombreuses figures, est devenu assez rare, une bonne partie de l'édition ayant été détruite pendant la Révolution.

2o3. — Histoire générale de la France, écrite d'après les principes qui ont ope'ré la Révolution, par Cl.-J.-B. Dagneaux, ci-devant Dom Devienne. Paris, Gueffier, 1791. 2 vol. in-8°.

Ce ne sont, dit Brune t, que les deux premiers volumes d'un ouvrage qui devait en avoir bien plus, qui n'a pas été achevé et dont l'édition a été en grande partie détruite. 11 s'arrête â l'année 1 3 59.

if*

204. — Histoire de l'Ordre t eu tonique, par un chevalier de l'Ordre. A Paris, chez la veuve Valade, et à Reims, chez Cazin, imprimeur-libraire, 1784- 1790. 8 vol. in-8° avec deux cartes et un tableau généalogique.

L'auteur de cet ouvrage, qui fut, en réalité, imprimé à Liège, chez Tutot, est le baron Guill.-Eug.-Jos. de Wall. Le livre est devenu rare parce qu'une partie des exemplaires et surtout des derniers volumes, a été détruite pendant la Révolution.

205. — Histoire de la conjuration de Louis-Philippe-Joseph d'Orléans, premier prince du sang, duc d'Orléans, de Chartres, de Nemours, de Montpensier et d'Etampes, comte de Vermandois et de Soissons, surnommé Égalité, par l'auteur de la conjuration de Maximilien Robespierre (Fr.-L.-C. Montjoye). Paris, 1796. 3 vol. in-8°.

Ce livre,- dont il a été question plus haut (n° i83), est devenu très rare, dit M. Duputel, par suite de l'intérêt qu'une famille puissante avait eu à le faire disparaître. On le payait fort cher, avant la réimpression qui en a été faite depuis la Révolution de i83o et qui est bien moins recherchée que la première édition.

206. — Histoire de M"" la marquise de Pompadour, traduite de l'anglais, Londres (Hollande), aux dépens de S. Hooper, à la tête de César, 1759. Deux part, en 1 vol. pet. in-8° de 160 p. Autre édition, même titre, même date. In-8° de 189 p.

Cette biographie plus que critique, où l'aigreur et l'exagération se font trop sentir, mais qui contient beaucoup d'anecdotes et de faits exacts, est une traduction supposée. Elle aurait été en réalité composée par M lle Fauque, exreligieuse, auteur de divers ouvrages, notamment d'un livre allégorique satirico-politique 1 la Dernière guerre des bêtes ; toutefois, cette attribution n'est pas certaine. — Bien qu'il y ait deux éditions de YHistoire de M m9 de Pompadour, sous les mêmes rubriques et avec la même date, les exemplaires n'en sont pas moins fort rares ; ils ont été, en effet, rachetés, sur l'ordre de la cour, par les soins du comte d'Affri, alors ministre de France en Hollande, et rigoureusement détruits.

207. — Histoire ecclésiastique de la province de Normandie, par Charles Trigan, curé de Digoville. Caen, Poisson et Chalopin, 1 750-1 761. 4 vol. in-4 .

Excellent ouvrage* qui ne va que jusqu'au xu° siècle, et qui a exigé des recherches immenses. Il fut cependant assez froidement accueilli par le public, et, au commencement de la Révolution, les éditeurs découragés firent vendre au poids du papier tous les exemplaires qui leur restaient ; ceux qui ont échappé à la destruction sont recherchés aujourd'hui. — L'auteur a laissé une continuation de son Histoire ecclésiastique, qui finit au xv c siècle, et qui n'a jamais été imprimée.

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208. — Historiarum Poloniœet M. D. Lithuaniœ scriptorum quotquot ab initio reipublicae Poloniae adnostra usque tempora exstant omnium collectio magna, ordine chronologico digesta, etc. Varsovia», 1761-69. 4 vol. in-folio.

Ces quatre volumes, très rares même en Pologne, sont presque introuvables partout ailleurs ; un cinquième volume, qui était sous presse à la mort de l'auteur, Mizler de Kolof, n'a pu être achevé et la veuve de ce laborieux compilateur se résigna à faire mettre en maculatures les feuilles déjà tirées.

209- — Humour out 0/ Breath, a Comedy, by John Day, acted by the Children of the Revels, 1608. From the original édition. Printed for the Percy Library, byT. Richards, 1860. In-8°.

Cette jolie pièce fut la première et unique production destinée à la collection de la Percy Library. Le libraire Percy, ayant renoncé à son projet de donner, sous son nom, une série de réimpressions curieuses, se décida à faire disparaître ce premier spécimen, tiré à 5 00 exemplaires ; il en fit donc détruire 45o et n'en conserva que 5o, sur chacun desquels une note manuscrite indique ce qui précède.

210. — Joseph ou l'Esclave fidèle, poème. Turin, 1679. In- 12, fig. Autre édition. Bréda, chez Pierre et Jean Jacques, imprimé sous la presse, 1705. Pet. in- 12.

Ce singulier poème est du bénédictin Dom Morillon. On y trouve quelques gaillardises, notamment dans le passage où la femme de Putiphar fait à Joseph des avances un peu trop libres ; scandalisés de voir un tel ouvrage sortir de la plume d'un religieux, les confrères de l'auteur retirèrent du commerce et détruisirent le plus d'exemplaires qu'ils purent. Il est assez vraisemblable du reste que le bon Morillon avait composé tout naïvement ce poème, sans songer aucunement à mal.

211. — Juifs (les) rois de l'époque. Histoire de la féodalité financière, par A. Toussenel. Paris, G. de Gonet, 1845. 2 vol. in-8°. Autre édition en 1847, également in-8°.

A l'époque où parut ce livre, notre plus grand banquier israélite aurait fait racheter presque tous les exemplaires pour les détruire; il est douteux qu'il y soit parvenu, l'ouvrage n'étant pas des plus rares. En tout cas, comme le remarque fort bien M. Jules Richard (Figaro du 24 avril i885), il est certain que les successeurs de l'illustre financier ne songent guère maintenant à faire disparaître les exemplaires qui peuvent encore être en circulation.

212. — Juliani Imp. Opéra quœ supersunt omnia> et S. Cyrilli contra imp. Jul. libri decem, graecè et latine» Accedunt Dionysii Petavii in Julianum nota», et aliorum in aiiquot ejusdem imperatoris libros, praëfationes ac notas. Ezechiel Sponhemius graecum Juliani contextum recensuit et observationes addidit. — Lipsice, sumptibus haeredum M. G» Weidmanni et J. Lud. Gleditschii, 1696. Un vol* en 2 tomes in-folio, très rare.

Renouard rapporte que Wetstein, autrefois libraire à Leyde, lui avait. affirmé que* dans sa jeunesse, alors qu'il était apprenti chez Gaspard Fritschj de

Leipsick, il avait vu mettre en maculature nombre d'exemplaires de cette savante édition qu'on ne parvenait plus à vendre.

21 3. — Julii Cœsaris Scaligeri adversus Erasmum, orationes duae Eloquentia? Romance vindices, cum ejusdem Epistolis et opusculis. Toi os ce, 1621, in-4 .

Les deux harangues dont il s'agit ici sont dirigées contre le Ciceronianus sive de optimo dicendi génère, d'Erasme. La première parut, pour la première fois, à Paris, chez Pierre Vidoue, i53i, la seconde, également à Paris, chez le même éditeur, en 1537. Toutes deux ont été détruites aussi soigneusement que possible par un motif des plus respectables. Ce fut Joseph Scaliger, fils de Jules César, qui prit l'initiative de cette destruction, désolé de voir son père si acrimonieux et si injuste pour un si grand homme. Voici du reste ce qu'il écrivait à ce sujet, dans une lettre reproduite en partie dans le Scaîigerana : « Mon père avoit escrit beaucoup d'Epistres contre Erasme, qui estoient imprimées; mais je les ay fait supprimer et en ay les exemplaires céans, qui m'ont cousté 72 escus d'or, 36 doubles pistolettes ; — j'ay commandé à Jonas de les brusler après sa mort. — Mon père attaque Erasme en soldat. Depuis, après avoir estudié, il vit qu'Erasme estoit un grand personnage. Peut-être mon père n'avoit pas leu ou n'entendoit pas Erasme. Il vit sa faute.... » Malgré tous ses soins, Joseph Scaliger ne put atteindre tous les exemplaires de ces regrettables écrits; ils furent réimprimés à Toulouse, par Maussac, en 1620, et quoique cette édition soit devenue elle-même bien rare, il en reste encore assez d'exemplaires pour conserver le témoignage de la violence et de l'injustice de J. C. Scaliger envers le grand Érasme.

214. — Leçons de botanique, faites au jardin royal de Montpellier, par M. Imbert, professeur et chancelier de l'Université de Médecine, et recueillies par M. Dupuy des Esquiles, maître-ez-arts et ancien étudiant en chirurgie. Hollande, aux dépens des libraires (Avignon, Simon Tournel), 1762, in-12.

Satire virulente composée par P. Cussan, A. Gouan et P.-E. Crassous, contre le professeur Imbert. Ils étaient indignés, dit M. Du Petit-Thouars, de voir qu'un homme qu'ils regardaient comme inepte et ignorant, eût été revêtu de la dignité de chancelier et nommé professeur de botanique. Cette mordante critique est devenue très rare parce que les auteurs, par suite d'un accommodement, livrèrent la plus grande partie des exemplaires à M. Imbert qui, naturellement, s'empressa de les détruire.

21 5. — Lee, a poem. By John Hallinan. 1822, in-8° de 14 pages.

(Lee Priory press.)

M. T. B. Brydges Barrett, fils aîné de sir Egerton Brydges, fondateur de la Lee Priory Press, avait fait imprimer ce petit poème à douze exemplaires seulement. Au moment d'en commencer la distribution, il se ravisa, par suite de certaines réflexions que contenait cet opuscule sur les catholiques-romains, et détruisit toute l'édition.

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21 6. — Lettre d'un jurisconsulte hollandais y sur la réforme constitutionnelle des Pays-Bas; par un ancien député françoîs. Paris, 1839, in-8°.

L'auteur de cette rarissime brochure de propagande politique contre la réforme constitutionnelle est Louis van Gobbelschroy, ancien ministre de l'intérieur, en Hollande, sous Guillaume I" r . A peine terminée à Paris, l'édition entière fut envoyée en Hollande et fut détruite, dès l'arrivée, par le parti même contre lequel l'ouvrage était dirigé. En effet, le libraire destinataire du ballot n'était autre que l'agent le plus dévoué, mais non connu comme tel, des partisans de la réforme.

217. — Life 0/ Antony Ashley Cooper, first Earl of Shaftesbury, in-4 . Privately printed, between the years 1789 and 1795.

Cette première édition de ces curieux mémoires fut rédigée par Benjamin Martyn et revue par Gregory Sharp et Kippis. A peine l'ouvrage et l'introduction du D r Kippis furent-ils sortis de la presse, qu'il s'éleva entre ces derniers et la famille du comte un différend par suite duquel l'édition entière fut détruite, avant que le titre eût été tiré. On ne connaît qu'un exemplaire échappé à cette suppression, offert en vente, en juin i83o, parle libraire Evans. — L'ouvrage a d'ailleurs été réimprimé par les soins de W. Coocke : London, Bentley, i836. 2 vol. in-8% portrait,

218. — Lothaire et Valrade 9 ou le royaume mis en interdit; tragédie en cinq actes, par P. -P. Gudin de la Brunellerie. Amsterdam, D.-J. Changuyon, 1768, pet. in-8° de 88 p. — Autre édition : Genève, 1769.

Cette pièce, où l'auteur avait introduit d'énergiques tirades contre l'ambition du clergé et contre les crimes imputés aux Jésuites, fut brûlée à Rome, en 1768, par décret de l'Inquisition. Gudin la fit réimprimer, en 1777, sous la rubrique de Rome (Genève), avec une préface apologétique; enfin, il en donna encore une édition : Paris, 1801, in- 18. — Par une singularité peut-être sans exemple, à peine cette dernière édition fut-elle mise en vente que tous les exemplaires furent subitement enlevés, sans que l'auteur ait jamais pu savoir par quelle voie ils s'étaient écoulés.

219. — Madame Dorvigny, ou les amours d'un colonel de cavalerie, par Dupouy. Paris, i833. 2 vol. in-8°.

Le seul exemplaire connu de ce livre figurait à la dernière vente de M.Ch. Monselet, qui l'avait acheté après la mort du libraire Barraud, ce dernier n'ayant jamais voulu le lui céder de son vivant. C'est un bien étrange roman dont l'héroïne, qui, au dire de l'auteur, aurait véritablement vécu à Marseille, est une hermaphrodite. Ses aventures, passablement libertines, y sont racontées en style fort vif; aussi M. G. Brunox, l'heureux acquéreur de cet unique exemplaire, a-t-il présumé, d'après ces diverses circonstances, que toute l'édition a été détruite. Cela parait en effet très vraisemblable, surtout s'il est vrai que l'original de Madame Dorvigny a réellement existé.

220. — Magnétiseur (le) amoureux , par un membre de la société harmonique du régiment de Metz, du corps royal de l'artillerie (Charles de Villers). Genève (Besançon), s. d. (1787), in-8°, ou in- 12, de vm-229 p.

Cette édition est très rare, M. de Breteuil, alors ministre, en ayant, on ne sait pourquoi, fait pilonner la plus grande partie.

Le marquis A.-M.-J. Chastenet de Puységur a fait depuis réimprimer cet ouvrage avec des changements assez considérables et d'importantes additions (Paris, Dentu, 1824, 2. vol. in-12), et, d'après Quérard, il en aurait fait également supprimer beaucoup d'exemplaires.

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221. — Malagrida, tragédie (par l'abbé de Longchamps). Lisbonne, 1763.

In- 12. — Plusieurs réimpressions.

Cette première édition d'une pièce d'abord attribuée à Leblanc de Gaillet est devenue rare. Les jésuites y sont directement visés et fort malmenés; aussi les amis et partisans de la célèbre Compagnie firent-ils tous leurs efforts pour retirer et détruire le plus d'exemplaires possible.

222. — Maria Stella, ou échange criminel d'une demoiselle du plus haut rang contre un garçon de la condition la plus vile. — Se vend à Paris et dans les départements, chez les principaux libraires, au profit des pauvres. i83o. In-8°, portrait.

Publié après la Révolution de i83o, ce livre avait pour but de contester la légitimité de la naissance du nouveau roi. D'après cette histoire, ou ce roman, Louis-Philippe I" n'était pas le fils du duc de Chartres, l'enfant de ce prince étant une fille, laquelle fut changée contre un garçon, lors du voyage fait en Italie, par la duchesse de Chartres, sous le nom de comtesse de Joinville. — Sévèrement prohibé pendant tout le règne de Louis- Philippe, cet ouvrage fut soigneusement recherché et détruit, non seulement par l'autorité, mais aussi par les amis et partisans du nouveau régime. Il est donc devenu relativement rare, mais ce mérite a disparu, le journal la France l'ayant republié dans ses colonnes, à la veille des élections générales de i885.

223. — Medico (De) Hebrœo enarratio apologica. Auctore Dav. de Porais.

Venetiis, apud Joannem Variscum, 1 588. In-4 .

Volume très rare qu'un saint zèle aurait, dit-on, fait supprimer en détail, comme étant une apologie des médecins juifs et de toute la nation israélite.

224. — Mémoire justificatif de la comtesse de La Motte, écrit par elle-même. Londres, 1788. In-8°, plus un cahier de 40 p. contenant les pièces justificatives. Second Mémoire justificatif, etc. Londres, 1789. In-8'de78 p. Traduits en anglais et en allemand.

Ces Mémoires, dit la Biographie Michaud, furent rachetés par ordre de la cour et brûlés, parles soins de l'intendant de la liste civile, dans le four de la

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manufacture de Sèvres, le 3o mai 1792. — Précaution bien inutile, car un seul exemplaire, échappé au feu, permit de les réimprimer textuellement sous le titre de : Vie de la comtesse de la Motte, avec plusieurs particularités propres à éclaircir les transactions mystérieuses relatives au collier de diamants. Paris, 1793. 2 vol. in-8°.

225. — Mémoires de Mademoiselle Bertin sur la reine Marie- Antoinette, avec des notes et des éclaircissements (par Jacques Peuchet). Paris et Leipzig,

Bossange frères, 1824. In-8°.

Les libraires-éditeurs, ayant acquis la certitude que ces mémoires de la modiste de la reine étaient apocryphes, bien que Peuchet (très sujet à caution en pareille matière) les leur eût donnés comme autographes, ont fait, de leur propre mouvement, remise de la presque totalité de l'édition aux parents de M lle Bertin. C'est un bel exemple d'honnêteté et de désintéressement.

226. — Mémoires du duc de Rohan, sur les choses advenues en France depuis la mort de Henry le Grand, jusques à la paix faite avec les réformez au mois de juin 1629.... 1634. In-12.

Cette première édition, faîte par les soins de Sorbière, sur un manuscrit incorrect et incomplet, disparut au moment même de sa publication. Le prince de Condé, qui était fort maltraité dans ces mémoires, acheta toute l'édition et la fit détruire sous ses yeux. Ils ont été réimprimés en 1646, en Hollande (3 part, en un vol. pet. in-12).

227. — Mémoires et journal du marquis de Dangeau, publiés pour la première fois sur les manuscrits originaux, avec les notes du duc de Saint-Simon (par P. Lacroix et A. Pichot). Paris, Marne et Delaunay- Vallée, i83o. 4 vol. in-8°.

Il n'a paru que les quatre premiers volumes de cette édition, qui devait en avoir au moins douze. On ne les trouve plus dans le commerce, car il s'en est vendu très peu, et tout ce qui restait de l'édition a été mis au pilon, par suite de la faillite du libraire.

228. — New (A) and Merrie Prognostication, being a metrical satire supposititiously assigned to Will Summers the Jester, and three others, now first reprinted from the very rare édition of 1623. Thomas Richards, 1860. In-8°.

Ce petit livre, le 53 e de la série des HalliweWs Reprints of rare Books, n'a été tiré qu'à 100 exemplaires. Cependant l'éditeur, après avoir choisi les plus beaux, en a détruit 70, ainsi que l'atteste une note manuscrite apposée sur chacun des 3o exemplaires conservés.

229. — Notice historique des événements qui se sont passés dans l'administration de l'Opéra, la nuit du i3 février 1820,. par Roullet. Paris, impr. de P. Didot l'aîné, chevalier de l'Ordre royal de Saint-Michel, imprimeur du roi, 1820. In-8°, 2 fr.

Cette relation, où se trouvent des détails d'un ridicule incroyable sur l'assassinat du duc de Berry par Louvel, pouvant produire un tout autre effet

que celui qu'en attendait le très naïf auteur, fut supprimée avec soin, dès son apparition, tant par l'autorité que par les amis de la monarchie. Quelques exemplaires échappés à la destruction ont permis de réimprimer ce récit cocasse, notamment chez Poulet-Malassis, en 1862 (in- 16).

230. — Nouveau voyage aux isles de l'Amérique, contenant l'origine, les mœurs, la religion et le gouvernement des habitants anciens et modernes. Les événements singuliers qui y sont arrivés pendant le long séjour que l'auteur y a fait, par le P. Labat. La Haye, 1724. 2 vol. in-4 , planches.

Ouvrage rempli de belles et curieuses figures, mais devenu peu commun, un grand nombre d'exemplaires ayant été détruits par des familles du pays, mécontentes de la manière dont elles étaient traitées.

23 1. — Nouvelles fables de Phèdre, traduites en italien par M. Petronj et en prose française par M. Biagioli ; précédées d'une préface de Ginguené. Paris, impr. de Didot, 1812. In-12, assez rare.

Les savants s'étant prononcés contre l'authenticité de ces Nouvelles fables, une grande partie des exemplaires a été détruite tant par les auteurs que par l'éditeur.

232. — Numismata cerea maximi moduli, primique XII Augusti ex auro, dudum Romae in cœnobio cartusiae, nunc Viennœ Austriœ in gaza cresarea. S. 1. n. d. (Rome, vers 1727?) in-folio.

Ce volume, qui n'a point de texte, se compose de 89 planches et un frontispice gravés par Gaetano Piccino. Ce fut, dit le Manuel du Libraire, le P. de Rochefort, procureur général des Chartreux à Rome, qui les fit exécuter d'après la collection de médailles qu'il avait formée et dans l'intention de les publier. Mais, à sa mort, les Chartreux vendirent à l'empereur Charles VI et les médailles et les planches gravées. C'est alors qu'on ' tira, furtivement et sans l'autorisation de l'empereur, quelques exemplaires de ces planches, qui furent bientôt soigneusement supprimés; on s'aperçut en effet que, non seulement les inscriptions de ces figures étaient remplies de fautes grossières, mais encore que plus de 200 de ces médailles étaient fausses.

233. — Œuvres d'Arnaud Daubasse, peignier en corne. Villeneuve, chez le citoyen Currius fils, imprimeur, MDCCLXXXXXVI (sic 1796?). In-8°.

Une grande partie de ces poésies, dont l'auteur est né à Moissac-sur-le- Tarn, sont en patois de l'Agenais. Ce volume est très rare et à peine connu dans le pays qui l'a vu paraître. Il est probable, dit le catalogue Luzarches, que l'édition entière a été mise au pilon, les quelques exemplaires échappés à la destruction n'ont été vus que dans des ventes faites à Paris; un d'entre eux s'est vendu à Londres, il y a plus de vingt ans, et a atteint le prix de 125 fr.

RELIURE EN MAROQUIN PLEIN A FILETS Avec miniatures anciennes incrustées sur les plats

Exécutée par M. Ruban, relieur d'art, sur un exemplaire

de

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