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UNE SOCIÉTÉ D'AMATEURS DE LIVRES

traité signé d'accord avec Fauteur; toutefois l'Académie nouvelle ne s^engagera pas à négliger de recourir aux publications rétrospectives, lorsque des œuvres romancières, psychologiques, morales, dans toutes les expressions de la littérature d'imagination et d'esthétique intellectuelle, lui paraîtront réunir des conditions hors ligne tant comme valeur littéraire que comme ouvrage inconnu, méconnu ou oublié.

— Tous les livres publiés par « Les Contemporains » (car c'est ainsi que seront désignés les Néo-Bibliophiles), tous ceux qui porteront leur Marque auront au moins, en dehors de la beauté de l'édition et de la rareté qui les fera convoiter dès leur origine, le mérite de n'être point littérairement banaux, ressassés, déjà lus, et de ne pouvoir fournir carrière à aucune bibliographie sérieuse. Les livres de la Société auront un véritable caractère de Bibliognosie; on sentira qu'ils n'ont pas été choisis à la légère, ni tirés du nombre des chefs-d'œuvre consacrés par les traditions de librairie. Ils seront extraits parfois du fatras de longues dissertations impubliables, comme Manon Lescaut fut sortie des longues théories des Mémoires d'un homme de qualité, et comme Paul et Virginie a été tiré des Etudes de la nature de Bernardin de Saint- Pierre. A côté des jeunes, il sera loisible d'extraire des perles incomparables de quantité d'ouvrages tombés dans le domaine public et dont les titres nouveaux, sous la forme de volumes à part, constitueront une Bibliothèque précieuse et sans rivale.

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Conditions des publications.

Les ouvrages publiés par la Société seront à la charge des Sociétaires qui ne pourront se soustraire à l'obligation de prendre possession des ouvrages édités à leur nom, et dont la valeur commerciale sera toujours, dès l'apparition, assez supérieure au prix d'émission pour qu'il n'y ait pour eux, en cas de non-convenance à leur goût personnel, de regret trop accentué à manifester. (Deux faux titres avec et sans le nom du Sociétaire seront tirés pour réserver toute la liberté de celui-ci.)

Le prix des publications décidées par la commission sera déterminé par un devis approximatif. Ce prix ira de 20 francs à 200 francs maximum. Il sera réalisable par versement de moitié lors du début de la mise en œuvre, le reliquat étant recouvrable avec la livraison de l'ouvrage.

Ces publications seront tirées au Nombre exact des Sociétaires, plus Dix Exemplaires destinés aux libraires de la Société, et qui serviront de base à une spéculation destinée à flatter les vanités légitimes des Sociétaires-souscripteurs. Ces dix exemplaires seront acquis par les libraires de la Société le double du prix payé parles Sociétaires. Le prix marchand sera ainsi aussitôt porté à cent pour cent de plus-value.

La Société ne thésaurisera pas; les fonds de réserve serviront à enri-

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chir les éditions en cours d'exécution, à augmenter la valeur artistique des Annuaires et à doter, sous forme de livres, chaque membre fondateur du bénéfice des droits d'entrée et des opérations générales prévues ou imprévues.

Il se pourra donc faire que certains livres ou plaquettes soient servis gratuitement aux Membres Sociétaires, lorsque les comptes du trésorier offriront une assez grande extension de l'actif social pour permettre cette distribution d'un dividende bibliographique.

Conclusion.

Telle est, dans ses grandes lignes, la conception de cette Société des Bibliophiles Contemporains qui, j'en ai bon espoir, sera définitivement constituée et en pleine activité d'ici quelques mois. Il ne me reste qu'à prier les intéressés de me faire crédit pour les réponses à donner aux mille questions qu'ils ne manqueront pas dem'adresser. — J'ai assurément omis de préciser plus d'un point important, mais on ne doit pas oublier que je dresse ici un projet approximatif, que je fais une convocation sur un terrain confraternel, émettant des idées qui, pour être formulées en principe, seront discutées en détail par les Constituants, c'est-à-dire par les Adhérents eux-mêmes.

Je ne pourrai donc rien répondre en personne, ni satisfaire aux interrogations. Je ne réclame que la signature en masse des Bulletins de Sanction ci-joints ; du nombre de ces Bulletins, de la personnalité des signataires dépend tout le succès de la Société nouvelle.

Signez donc, mes chers futurs collègues, en vous conformant aux indications de l'imprimé, et puissions-nous ensemble et bientôt constituer une Société modèle, unie, idéale, une Société polie, uniquement conduite par l'amour du beau et ne devant le charme de ses impressions qu'à la communauté de notre passion pour les lettres et les livres.

Octave Uzanne.

Paris, le G février, 1889.

Réclamer le Bulletin de sanction encarté dans cet Exposé des motifs.

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