‹ Le livreChapitre 133 sur 163 · LE COMTE DE KŒNIG · texte numérisé non relu

LE COMTE DE KŒNIG

Nous avons déjà commencé la série des correspondances adressées à Casanova. Nous publions ici le dossier des lettres du comte de Kcenig, sans

rien changer à l'orthographe ni aux barbarismes, aux solécismes et à toute la cacographie amusante de ces épîtres, qui ont, dans leur teneur originale, un étrange caractère de cosmopolitisme, un jargon spécial à'Écumeurs d'Europe qui conviennent si bien aux correspondants de notre ami l'aventurier :

Bareith, ce ii°" avril 1795.

i J'ai différé, mon cher ami, à vous repondre cette fois ici, parce que j'allois me préparer pour un fort long voyage, que le fils de notre Ministre, le baron de Hardenberg-Reventlon, m'avoit proposé. C'etoît la Suisse, et l'Italie (sans toucher l'état de Venise, comme vous sentez bien] que nous devions parcourir. Tout étoit prêt, pour une absence de dix-huit mois. Mais hélas ! notre projet vient de manquer, par des causes imprévues, qui demandent incessamment la présence du jeune baron, dans le pays de Holstein, où il a ses terres.

« Je demeure donc en partie d'un dédommagement, dans ma première Resolution, de passer cet été à Carlsbad, et de me procurer alors, s'il est possible, le plaisir de vous embrasser.

ce Madame Tronchin fut aussi bien que moi sensible, de ce qu'il vous a plu satisfaire notre curiosité, à l'égard du séjour dangereux, et des annectodes très intéressantes, du comte de Waldstein à Paris. Nous vous en faisons bien nos remerciements. S'il n'y eût pas de l'indiscrétion, je vous prierois de me décrire un peu plus la personne du comte Carletti, c'est l'homme qui joue dans ce moment-ci un Rôle dans le monde. Je ne connois pas toutes les circonstances qui le caractérisent, et moins encore, ce que vous ne faites qu'indiquer au sujet de sa sœur à Rome. J'espère que vous aurez la bonté de m'en rendre instruit.

<c J'ai consulté notre fameux Gazettier, joint au maistre de postes, pour vous faire parvenir une Gazette françoise, nous avons jugé tout d'accord, que celle de Deux-Ponts, qui maintenant s'imprime à Manheim vous conviendroit le mieux, et à l'heure qu'il est, vous aurez reçu, par la voie du maistre de postes de Toeplitz, quelques numéros, des dattes les plus fraîches, dont le Gazettier d'ici s'en est privé, pour me faire plaisir, en attendant que l'exemplaire pour vous, à commencer le premier du Janvier arrive, et puisse vous être envoyé après, régulièrement.

a L'on dit que le ministre de Hardenberg à Basle, a conclu la paix avec les Carmagnoles, et que, dans la semaine qui vient, on commencera par des raisons raisonnantes, à ne publier que l'armistice qui doit avoir été signé, le 28 du passé. Plusieurs lettres, même du côté de Wesel confirment ce fait, et il n'est par là presque plus permis d'en douter. On a ajouté aussi, que le gênerai Pichegru fit part à son armée, que dorénavant on ne tirera plus sur les habits bleus, mais toujours avec plus d'acharnement contre les blancs. Cependant le dit ministre fait venir sa femme à Bâsle, cela prouve, que son séjour dans cette ville sera de longue durée.

« Malgré la victoire remporté sur mer des Anglois, l'escadre françoise vient de sortir de nouveau de Toulon, et la flotte Angloise avec un renfort considérable est à sa poursuite. Cette nouvelle est sure, et nous apprendrons bientôt, si un combat aura lieu, le sort qui doit attendre l'Italie en gênerai, et la Corse.

<c Alvise Querini el Savio Cassier, ira remplacer M. le procureur Pisani à Paris, avec le titre de Nobile. Tous les deux sont mes créatures très favorites. Le Chanoine baron de Busseck, ne s'attendoit pas de devenir prince éveque de Damberg. Il y a eu certainement une cabale, dont j'ignore jusqu'ici le but. L'électeur de Mayence s'est donné beaucoup de mouvement pour succéder à son frère, il eut huit suffrages. On dit beaucoup de bien du nouvel évéque de Wirzburg, le baron de Fechenbach. Quant à l'autre c'est un très bon viellard, qui fut président de la Régence et directeur de la police. Le dit Fechenbach, Schaumberg, Hutten et Stauffenberg, étoient les vraies concurents. Dans l'intention de

a pli LE LIVRE

vous rendre un service, je vous envoyé ci-joint les feuilles que j'ai reçues hier. Agréez du reste les assurances de mon inviolable attachement, car je suis,

« Tout à vous, Koentg. »

<t P. S. — Je viens d'apprendre que M. de Schaumberg avoit autant de suffrages que l'électeur de Mayence, et que pour ne pas faire du tort à celui ci les suffrages de l'un et de l'autre se sont réuni en faveur de M. de Busseck, qui au commencement ne voulut pas le croire, ni l'accepter. On dit que tout le monde se mit à rire, lorsqu'on l'a proclamé, même le nouvel élu. Il falloir ce mezzo termine, pour se défaire de l'électeur.

<( Si vous avez connu mon intime ami le chevalier Angiolini de Pise, à Venise, je vous apprends, qu'il est a cette heure envoyé du grand duc de Toscane à Rome.

a Ma pauvre baronne de Mahuet est toujours sans engagement et meurt de faim. »

Barcith, ce i3 juin 1795.

« Très cher ami,

« Je ne fais qu'arriver ici, de mon voyage en Suabe, et suis sur le point de partir pour celui de Carlsbad. Vos deux lettres me sont parvenues, l'une à Ulm et l'autre à Stuttgard, où j'ai fait ma cour au nouveau duc notre ci-devant gouverneur, qui a été fort gracieux vers moi, et m'a comblé des distinctions. Ce prince commence bien son règne et se fait beaucoup aimer par son affabilité, mais surtout par son activité surprenante. Il se lève à quatre heures du matin, et ne se couche jamais avant les onzes heures du soir. Le prince héréditaire a montré depuis peu beaucoup plus d'esprit qu'on n'en doutoit, et s'est déjà captivé l'amour de ses futurs vassaux. Il assiste son père avec beaucoup de zélé, et prévient son monde parfaitement bien. Tout les sujets du pays de Wurtemberg sont jusqu'ici contents de leur nouveau souverain, et se promettent des bien belles choses de son Gouvernement. Le duc défunt ignoroit tout à fait, tout ce qu'il possedoit de mieux à sa cour, les beaux arts, et les belles lettres furent nullement encouragés, il ne s'en soucioit guerre de rien. Il n'en vouloit pas à personne, mais n'en faisoit pas du bien non plus. Un célèbre sculpteur nommé professeur Scheffhauer, dont le mérite est fort connu ailleurs, me dit, que peu de jours avant la mort du duc, quelqu'un de la cour fit question de lui, et que là-dessus son Altesse dit, qu'il n'avoit jamais entendu parler de cet homme là.

« L'on ne peut voir rien de plus beau, que cet amas de richesse, et de goût, qui règne au château et dans le jardin de Hohenheim, Il y a une profusion de magnificence; le seul défaut que je trouve dans le jardin, c'est que les fabriques sont trop proches l'une de l'autre,et par conséquent

trop surchargé. A Ulm j'ai manqué de voir M. le comte Leopold Curti de Venise, qui demeure à cette heure à Memingen, aussi en Suabe. Je vous ferai tenir un livre qu'il a écrit en françois sur la révolution françoise. Je l'ai toujours soupçonné pour démocrate, mais d'après ce livre il ne l'est pas. Je prendrai les eaux de Carlsbad, dont j'en ai fort besoin, et ensuite si les circonstances les permettront, j'irai vous voir, ou à Dux ou à Toeplitz. Je loge à Carlsbad, imgrtinen Daum inder Kirchen Gasse n° 210. Toutte traduction seroit sujette à caution, ainsi marquez-le bien. N'oubliez pas de me donner des notions raport au Comte Carletti, car je ne connois pas malheureusement, ni vos Stalle riputite, non plus que votre Cane Latrante.

« Rappeliez-moi au souvenir du baron Pittoni, mon ancien ami, quand vous lui écrirez.

« Bareith est devenu un désert, après que la Cour est partie, c'est à présent un très triste séjour que celui-ci, l'avenir ne sera pas meilleur.

« Le gazettier d'ici ignore l'auteur des vers latins que vous me demandez, on les lui a envoyés de Durlach.

« Je ne vous parlerai pas de politique, la gazette doit vous en satisfaire, mes pensées sont maintenant en captivité. Vous aurez appris, ce nouveau grand incendie à Copenhagen, la prise de Luxembourg, et la mort du petit roi Louis XVII. Voilà, Monsieur, Roi.

a Si la duchesse de Mecklembourg est déjà arrivée à Toeplitz, nommez moi les personnes de sa suite; dites-moi aussi si Elle viendra à Carlsbad. Je vous prie de me rapeller au souvenir du comte de Waldstein et du prince Clari, et de me croire parfaitement

« Tout à vous,

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