PORTRAIT INÉDIT D'EDGAR POE
ans un numéro récent (mars 1889), le Harper's New Monthly Magasine publiait des révélations assez curieuses sur les premières amours du grand écrivain et du malheureux homme qui fut Edgar Allan Poe. La revue américaine donnait en même temps un portrait inédit du poète, d'après une photographie originale. Nous avons obtenu des éditeurs, MM. Harper et frères, de New York, le droit de reproduire ce portrait, singulièrement vivant et caractéristique, et nous croyons ne pouvoir mieux faire, pour l'encadrer, que d'initier nos lecteurs aux confidences que Mr. Augustus van Cleef a reçues et livrées à la publicité. Ces confidences viennent d'une dame inconnue à tous les biographes de Poe et morte en 1877, qui appartenait à une honorable famille de Baltimore. Ce fut probablement vers t832 qu'elle vit pour la première fois celui qu'elle aimait à appeler Eddie, diminutif familier du nom Edgar. C'était l'époque où Poe, brouillé avec Mr. Allan, son second père, était venu habiter chez sa tante, Mrs. Clemm, pauvre femme qui vivait de ses travaux d'aiguille et occupait avec sa fille, Virginia, l'étage supérieur d'une maison voisine de celle de Mary. Mais laissons celle-ci parler, tout en élaguant, deci et delà, son récit.
« Nous nous connaissions déjà de vue, Mr. Poe et moi; nous avions même pris l'habitude de flirter par la fenêtre du grenier de nos maisons. Nous nous faisions des signes avec nos mouchoirs, et nous nous adressions des baisers. Il m'avait envoyé par sa petite cousine Virginia