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HUITIEME LETTRE

A M on -Refuge', ce 8 may 179&.

k ne compte pas avec ses amis. Peutêtre, mon cher Cazanova, que j'ai déjà laissé passer un mois sans vous écrire :

mais sûrement pas un jour, sans penser à vous. Quand, par hasard, je rencontre (chose rare icy) un homme d'esprit, je dis : mon ami en a cent fois plus que vous. Quand je rencontre un sot, je dis quel malheur de ne pas passer ma vie avec celui qui en est la terreur! — Mes oreilles s'ouvrent déjà pour vous entendre; mes yeux pour voir le feu qui brille dans les vôtres, et qui se peint dans vos écrits. Voilà bientôt le tems que nous irons en Bohême, et que vous me ferés oublier quelques M. M., quelques C.C., quelques Henriette, Nanette et gouvernante que je laisse icy; en attendant, je fais gémir la presse, à Dresde, pour ne pas faire gémir mes créanciers à Vienne. Je fais un tome de plus pour payer une petite grotte que je fais sur ma chère montagne, et si je bâtis encore une petite cabane, malheur à mes contemporains qui me la payeront, et à la postérité qui me lira. Mais mes ouvrages sur

1. Le Prince de Ligne datait «es lettres et ses œuvres toujours ainsi : A Mon- Refuge, sur te Léopolberg, près Vienne.

le papier, et sur la terre, n'iront pas jusqu'à elle ; et je ne m'en soucie pas. Ce qui me tient plus à cœur c'est que mon cher Seingal, mon cher Jacomius, mon cher Jacques qui n'est pas au bain, rende justice à mon etonnement d'avoir trouvé encore au monde un homme tel que lui, et à mon tendre attachement pour sa rare, aimable et sublime personne que j'aime de tout mon cœur. »

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