‹ Le livreChapitre 34 sur 163 · TREIZIEME LETTRE · texte numérisé non relu

TREIZIEME LETTRE

(Sans date.)

« Un Tiers de ce charmant Tome Second, mon cher ami, m'a fait rire, un tiers m'a fait ban..., un tiers m'a fait penser. Les deux premiers vous font aimer à la folie, et le dernier vous font admirer. Vous remportés sur Montagne. C'est le plus grand éloge, selon moi.

« Vous me convainques comme physicien habile. Vous me subjugués comme métaphysicien profond; mais vous me desobligés comme anti-phisicien timide, peu digne de votre pays. Pourquoi avésvous réfusé Ismaël, négligé Pétrone, et avés vous été bien aise que Bellisse fut une fille?

« Envoyés moi bien vite le 3 e Tome. Le comte de Salmour qui vous fait mille complimens a dévoré celui-cy; et veut les dévorer tous. Votre conversation avec Jusuff est sublime : et vos reflexions aussi sur le bonheur.

« Je croyais comme vous à la supériorité de la somme du bien sur celle du mal. Mais il y a deux ans aujourdhui, jour le plus malheureux de ma vie que j'appris que mon pauvre Charles avait perdu la sienne;

que j'éprouve que tous mes bonheurs reunis (et j'en ai eus prodigieusement) ne m'ont pas fait ny en gros, ny en détail la millième partie de plaisir, que cette perte affreuse m'a fait, et me fera de peine.

« Otez moi cette espèce de dépouillement d'une partie de mon être, Je suis de votre avis. La perte des plus belles possessions et de ma fortune entière, ne m'a pas fait autant de mal que le baiser d'une Juive de 17 ans, m'a fait de bien hier, dans le Jardin de Tœplitz. Tous les plaisirs du corps, de l'ame, et de l'esprit sont un bien; et il n'y a que deux maux réels. Maladie, et pauvreté au point de n'avoir pas de quoi dîner. Tant pis pour les sots qui en connaissent d'autres.

a Puis-je mettre la vie de mon pauvre Charles, lui-même à coté de sa mort? Je l'adorais pour sa valeur, son caractère sa naive et drôle de gayeté communicative : mais il ne m'a jamais fait autant de plaisir, en vivant, qu'il m'a fait de mal en ne vivant plus.

« Pardon, mon cher ami, Je ne m'attendais pas à finir si tristement après avoir commencé autrement. Je me secoue. Voilà encore que le mauvais moment se passe.

« Venés bientôt vous faire rosser aux dames, et voir celles qui comme moi, sont toujours si aises de vous voir. »

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