QUINZIÈME LETTRE
a Mon cœur, mon esprit, et mes cou vous baisent les mains pour
le 3« Tome, et attendent le 4 e mon cher Ami, avec impatience.
« Salmour vous demande pardon de n'avoir pas renvoyé le i r . il m'a promis que ce serait demain, ou après demain. Vous n'avés pas, selon moi, fait un seul péché. Jusqu'icyle seul tort c'est d'avoir un peu balayé cette fille qui retirait le cul. Vous avés Pair d'un diable pour la vengeance. Vous en parlés : et vous ne Fapercévés-pas. Vous avés de la reconoissance, de la bonté, de la compassion, et de la générosité.
« Heureusement que vous n'avés pas cent mille ecus à me prêter : car moi qui suis un gueux à présent, on pourrait croire que je vous flatte.
« Ne vous repentes pas de vos Italianismes : ils ont plus de force que la sotte grammaire française; vieille radoteuse qui a perdu ses règles.
« Nous sommes encore aujourdhui aux lièvres et aux perdrix. J'espère être demain toute la journée à mon cher, aimable, et sublime Cazanova que j'aime plus que tous les sénateurs discrets, et les coquines voluptueuses, ne l'ont jamais aimé. »
Tiéplitz, ce samedi (sans date).
Ainsi finit la correspondance du Prince de Ligne avec Casanova de Seingalt. La plupart de ces lettres sont extrêmement intéressantes, telle celle qui annonce et prédit les événements de guerre; d'autres sont piquantes et même assez vives pour que nous nous soyons vu forcé de mettre sur certains mots la feuille de vigne typographique, représentée par plusieurs points.
Nous aurions pu fournir des notes abondantes et très explicatives sur quantité de passages de ces épîtres, mais nous avons pensé que ceux qui ne connaissaient point les Mémoires de Casanova par le menu, ne sauraient s'intéresser à cette correspondance, et quant aux autres, la lecture leur en devient aisée : il ne leur reste qu'à jeter un coup d'œil sur les œuvres choisies du général Prince de Ligne et d'être au fait de tous les événements de la fin du xvm e siècle pour apprécier en dégustateurs l'esprit et la finesse du portraitiste d'Aventuros.
Nous publierons bientôt la correspondance variée de Casanova, trouvée au château de Dux. La lumière se fera ainsi peu à peu sur le célèbre aventurier, dont un érudit trop fantaisiste s'était avisé de considérer les Mémoires comme apocryphes, afin d'en donner la paternité à Stendhal ou à Mérimée, — un comble d'imagination, en vérité.
Octave Uzanne.