D'ALEXANDRE DUMAS
h 1834, la librairie Charpentier, établie alors rue Montesquieu, 4, près le Palais- Royal, mettait en souscription lesŒuvres complètes d'Alexandre Dumas, qui devaient former six volumes in-8°; le catalogue de cette maison, annexé à l'édition originale du drame d'Angèle, annonçait même comme étant sous presse les Poésies de cet écrivain, en un volume in-8", du prix de 7 fr. 5o.
Dans le prospectus signé de Charles Nodier, qui se disait assuré de ne jamais mourir dans la mémoire des hommes parce qu'il était l'ami de Dumas, nous rencontrons les lignes suivantes : « On retrouvera dans l'édition annoncée toutes ces délicieuses pièces de vers qu'empreint, pour le grand nombre au moins, la sensibilité la plus douce et la plus gracieuse ; car la grâce et la douceur sont deux des facultés suprêmes de la force ; et c'est peut-être pour cela que les Anciens représentaient Hercule avec un enfant dans ses bras. Hercule et l'enfant, c'est Alexandre Dumas. »
Malgré les promesses du catalogue, il est absolument certain que le volume des Poésies d'Alexandre Dumas n'a jamais été imprimé.
Quatre ans plus tard, au mois de mai i838, une revue ayant mani-
festé l'intention de publier quelques-unes de ses poésies, Dumas adressa à son directeur la lettre suivante, nous provenant de la collection d'autographes de M. Georges Leyste, vendue le 8 décembre 1888 à l'hôtel Drouot :
« Mon cher monsieur Bissette,
« Voulez-vous bien rectifier dans un de vos prochains numéros une erreur que je vois commise à mon égard sur la couverture de la Revue coloniale; elle annonce comme devant paraître dans un de ses prochains numéros des poésies de moi. D'abord, monsieur, je ne fais pas de poésies, excepté au théâtre, puis ensuite je n'ai rien promis à la Revue coloniale qui ne m'a rien demandé. Toutes mes sympathies, au contraire, sont instinctivement et nationalement pour les adversaires des principes que défendent ces messieurs. C'est ce que je désire que Ton sache parfaitement, non seulement en France, mais partout où je compte des frères de race et des amis de couleur.
« Veuillez agréer, etc.
« Al. Dumas. »
Enfin, dans une chronique d'Alexandre Dumas publiée par le Petit Journal du 8 novembre 1864, on lit textuellement :
« Un jour Hugo me disait :
— Vous avez fait au moins un volume de vers ?
— Deux ou trois, cher ami.
— Pourquoi ne les imprimez-vous point ?
— Avec vous, je puis penser tout haut, n'est-ce pas ?
— Pardieu !
— Eh bien ! je n'imprime point mes vers, parce que je suis aussi bon romancier que vous, mais que vous êtes meilleur poète que moi. Excusez-moi, cher ami, mais c'est bien assez que sur ce point je reconnaisse mon infériorité sans la faire connaître aux autres. »
Au théâtre, on le sait, Dumas a produit tantôt seul, tantôt en collaboration, quelques œuvres en vers, qu'il nous suffira de rappeler en passant : Christine (i83o), Charles VII che\ ses grands vassaux (i83i), Caligula (1837), V Alchimiste (183g), Hamlet (1847) et VOrestie (i856), sans compter deux vaudevilles : la Chasse et l'Amour (1825) et la Noce et VEnterrement (1826); un mystère, Don Juan de Marana (i836) et un drame fantastique, le Vampire (i85i), dans lesquels les vers alternent avec la prose; plus deux opéras-comiques : Piquillo (1837), musique de Monpou, et le Roman d!Elvire (1860), dont M. Ambroise Thomas a écrit la partition.
A ces œuvres, dont plusieurs ont leur glorieuse histoire et qui figurent dans le théâtre complet de Dumas édité par la maison Calmann Lévy, il convient d'ajouter :
i° Le Roi Robert et la Belle Edith, drame en cinq actes et en vers, écrit vers i83i par Dumas, auquel il avait été inspiré par une toile envoyée de Rome par Horace Vernet et représentant Edith aux longs cheveux cherchant le corps d'Harold sur le champ de bataille d'Hastings, et aussi par la lecture d'un roman d'Auguste Lafontaine. Refusé successivement par Harel et par le comité du Théâtre-Français, ce drame inspira à son auteur la pièce de Catherine Howard. Nous possédons du Roi Robert et de la Belle Edith le texte autographe au crayon sur un modeste registre relié en vert, où nous retrouverons également deux poésies du même écrivain, V Embarquement et Sur la Loire.
2° Un fragment de Fiesque, drame de Schiller que Dumas avait eu, vers 1827, le courage de traduire entièrement en vers; le manuscrit autographe de ce fragment, contenant la* scène troisième du quatrième acu entre Fiesque et Léonor, est détaché de l'album de M ,1IC Mélanie Waldor. Il nous a été communiqué par le savant historien des œuvres de Balzac et de Gautier, M. le vicomte de Spoelberch de Lovenjoul, à qui nous sommes redevable d'une foule de documents et d'indications relatives à notre travail. Qu'il en soit remercié !
3° Deux fragments d'une imitation de Roméo et Juliette, de Shakspeare, la scène du jardin et la scène du balcon, dont les manuscrits ont été acquis par nous à l'hôtel Drouot le 16 mai 1887. Le Petit Moniteur universel, dans son numéro du 2 février 1869, avait reproduit, avec quelques variantes insignifiantes, les quarante et un premiers vers de la scène du balcon.
Il est à supposer que le traducteur ne s'est pas borné à ces deux scènes, car il écrivait à une personne, la même peut-être qui lui avait inspiré vers 1857 un retour à la poésie : « J'ai à ajouter la valeur d'un acte à peu près à ce que je t'ai donné de Roméo et Juliette ; je n'ose te l'envoyer de peur que cela ne se perde, n'en ayant point de double. Viens le prendre. Bien à toi. Alex. Dumas. »
Espérons que l'acte en question n'est pas perdu pour tout le monde !
Et 4 Les cinq premières scènes du premier acte d'une tragédie de Phèdre, imitée d'Euripide, dont nous possédons le manuscrit provenant de la vente d'autographes du littérateur Antoine de La Tour. Cette traduction, comme celle de Roméo, renferme en maint endroit de très beaux vers et l'imitation s'y élève parfois jusqu'à la hauteur du modèle.
Cette distinction nécessaire étant faite, nous demandons la permission d'indiquer aux curieux et même aux lettrés qu'une recherche de
cette nature ne saurait laisser indifférents, tes sources auxquelles nous avons puise pour réunir les productions éparses du poète.
Un certain nombre de vers d'Alexandre Dumas, disséminés dans des revues et des journaux du temps ou demeurés manuscrits, méritent d'ailleurs d'être conservés. En 1866, Charles Asselineau, dans ses Mélanges tirés d'une petite bibliothèque romantique, exprimait le regret qu'on ne possédât pas un recueil des poésies de l'illustre romancier.
D'aprii un médaillon de David (1619).
Nos lecteurs pourront voir qu' Asselineau était loin de compte en signalant seulement quatre pièces insérées dans les Annales romantiques et une autre en vers libres écrite par Dumas sur les marges de l'exemplaire des Poésies de Ronsard donné par Sainte-Beuve à Victor Hugo en 1829. C'est en effet quelque chose comme cent vingt-neuf poésies du maître que nous sommes parvenu à retrouver en dehors de ses œuvres théâtrales.
Les poésies d'Alexandre Dumas ont principalement été publiées dans les Annales romantiques précédemment indiquées, et aussi dans :
i° La Psyché, choix de pièces en vers et en prose, dédiée aux dames, dont le premier numéro parut en mars 1826 et sortait de l'imprimerie de Sétier, cour des Fontaines, n" 7 ; les couvertures annonçaient que ce recueil mensuel en 1 volume in-18 de 144 pages était imprimé sur papier grand raisin satiné. Cette publication, qui a eu plusieurs éditeurs et en dernier lieu Corréard jeune, rue Richelieu, 21, a dû cessera la fin de l'année 1829.
fo LE LIVRE
2° Le Mousquetaire, journal de M. Alexandre Dumas, dont la première série a paru du 12 novembre i853 au 7 février 1857.
3° Le Monte-Cristo, journal hebdomadaire, rédigé par Alexandre Dumas seul (23 avril 1857 au 3 mai 1860).
4 Impressions de voyage. — En Russie, publiées en 4 vol. gr. in- 18, par MM. Michel Lévy frères en i865 et 1866. L'édition à laquelle nous renvoyons plus loin nos lecteurs pour la pagination a paru chez Calmann Lévy : en 1876, pour les deux premiers volumes, et en 1884, pour les deux derniers.
Et 5° Impressions de voyage. — Le Caucase, suite du précédent ouvrage. Paris, Michel Lévy frères, i865;3 vol. gr. in-18. L'édition sur laquelle ont été prises nos indications a été publiée chez Calmann Lévy en 1884.
Il convient de signaler, d'autre part, un précieux manuscrit, entièrement de la main de Dumas, contenant i5o pages, de format in-8°, sur papier Whatman, au filigrane de 18 19, relié en maroquin violet, trois filets or sur les plats, tranche dorée. Au dos : Préludes poétiques. — Alex. Dumas. — Sur le plat, en lettres dorées : M mo Waldor.
Les deux premières pages sont en blanc; la troisième page porte ce titre : Préludes poétiques, par Alex. Dumas;
Et cette épigraphe :
Dans la femme qu'on aime est tout notre génie.
Sur le dernier feuillet de garde, Dumas a écrit et signé les douze vers qui forment l'épigraphe de son théâtre.
Cet album, qui a dû être composé entre 1826 et i83o et que M. le vicomte de Spoelberch de Lovenjoul a la bonne fortune de posséder, contient les seize pièces de vers dont nous donnons plus loin l'indication. Elles présentent des différences, parfois notables, avec les textes imprimés.
Enfin, nous ferons remarquer que dans notre étude ayant pour titre : Alexandre Dumas et son œuvre, notes biographiques et bibliographiques, parue en 188 5, à la librairie Michaud, à Reims, nous avons reproduit le texte des pièces de vers portant dans l'énumération ci-après les n m 2,6, 7, 9, ii, partie du n° 14, les n os 16, 17, 18, 22, 29, 49, 5o, 58, 59, 61 , 68, 69, 72, j6, 77, 84, 88, 90, 93, 98, 102, partie du n° 106, les n°* 108, no, n 1, 1 14, 1 16 et 1 19.
La bibliographie des poésies détachées de Dumas peut être établie de la manière suivante * :
1. Nous avons préféré Tordre alphabétique à l'ordre chronologique, certaines dates de composition et de publication étant parfois difficiles à préciser.
1. — A Ana, a Petra, a Carmen. Ces vers, qui sont charmants et pleins de couleur locale, furent improvisés à Séville à la sortie d'un bal et publiés dans l'Indépendant de la même ville le 12 novembre 1846. Ils .H ont reparu le 25 novembre 1846 dans la Presse et le i5 janvier 1888 '■* dans la Revue de Paris et de Saint-Pétersbourg, sous ce titre : la
Danse. "-i\
2. — A Cynthie, œuvre de début en douze vers dont nous possé- 1 dons l'autographe non signé.
3. — A des Décembristes exilés en Sibérie, traduction de Pouschkine.
— Monte-Cristo du 25 novembre i858. — Russie. T. II, p. 3o et 3i.
4. — A Ernest Legouvé, après la représentation du « Pamphlet ».
— Monte-Cristo du 22 octobre 1857.
5. — A I... Les huit premiers vers de cette pièce, signés de leur auteur, ont figuré dans la Revue des autographes, numéro de janvier 1886, publiée par M. Eugène Charavay. Elle avait paru en entier dans le journal le Foyer, numéro du 8 janvier 1843.