‹ Le livreChapitre 92 sur 163 · JULES BARBEY D'AUREVILLY · texte numérisé non relu

JULES BARBEY D'AUREVILLY

OU BIBLIOLYTIE

(2' article.)

100. — Observations sur un livre intitulé : « De l'Esprit des Lois», divisées en trois parties. Paris, Guérin et Delatour, 1757-58. 3 minces vol. in-8", tirés à 5 00 exemplaires.

Cet ouvrage, qui ne porte que sur ce qui concerne le commerce et les finances, est du fermier-général Claude Dupin, et a été revu par les PP. Plesse et Berthier. C'est une refonte complète de l'écrit du même auteur intitulé Réflexions, dont il sera parlé plus loin (n° 123). Dupin, qui avait, avant la mise en vente, distribué secrètement une trentaine d'exemplaires de cette critique, apprenant que Madame de Pompadour prenait sous sa protection Montesquieu et son Esprit des Lois, se hSta de faire brûler les 470 exemplaires environ qui restaient des Observations.

101. — Œuvres d'un désœuvré, par le Prieur du Val. Paris, au Comptoir des

Imprimeurs- Unis, 1845. Gr. in-8" de 474 p.

Ce recueil de prose et de vers est de Jules Lefévre-Deumier, qui l'avait déjà publié, trois ans auparavant sous le titre de : Vespres de l'Abbaye du Val, Paris, 1842, deux volumes grand in-8*. Cette première édition avait été mise en vente par l'auteur, chez le très habile libraire H.-L. Delloye, qui, malgré tous ses soins, ne le vendit guère. Aussi Jules Lefèvre, rebuté par cet insuccès, renonça à donner à ses Vespres une suite de 3 ou 4 volumes qu'il avait déjà préparée; il retira son manuscrit de l'impression et fit impitoyable-

ment mettre tout ce qui restait de l'édition au vieux papier. Pris de regret, ou peut-être poussé par un secret espoir de réussite, il commença en 1842 la réimpression ci-dessus décrite ; mais à peine le premier volume des Œuvres d'un désœuvré était-il composé et tiré que, changeant d'avis, il le fit intégralement détruire, et cette nouvelle édition, moins favorisée encore que la première, n'a laissé d'autre vestige de son existence que l'annonce du dépôt dans le Journal de la Librairie, Nous retrouverons plus loin (Poésies, n° 1 14), le nom de Lefèvre-Deumier, écrivain d'un mérite réel et d'une certaine originalité. Pour se bien rendre compte des déceptions littéraires de cet homme d'honneur et de talent, il faut lire l'intéressante étude que lui a consacrée le regretté Paul Lacroix, remarquable notice insérée en tête de la belle édition de Sir Lionel d'Arquenqy, publiée en 1884, par la maison Firmin-Didot, comme un hommage à la mémoire de ce grand méconnu.

102. — Œuvres de Louis-Napoléon Bonaparte, publiées par Charles-Edouard

Tremblaire. Paris, 1848, 3 vol. in-8°.

Le troisième volume manque à la plupart des exemplaires et ne se rencontre que bien rarement séparé. Il s'y trouve, paraît-il, des pièces qui n'ont pas été reproduites dans l'édition de 1854, pièces de nature à gêner quelque peu le nouvel empereur des Français. On sait du reste que c'est à l'instigation même de Napoléon III que ce troisième volume de l'édition originale de ses œuvres a été recherché et supprimé sans bruit, autant que possible.

io3. — Opérations de V armée du Roi, dans les Pays-Bas, en 1748. — La Haye (Gand), chez J.-B. Scheurleer (P. de Goesin), 1749. In-8 de II fE-148 p.

Cet ouvrage est du marquis de Puységur, alors aide-de-camp du maréchal de Saxe. L'auteur, aussitôt après l'impression, condamna toute l'édition au feu, et six exemplaires seulement échappèrent à cette destruction dont on ignore les motifs.

104. — Onyx; poésies, par Charles Coran. Paris, chez P. Masgana, 1840.

In- 18 de 216 p.

io5. — Rimes galantes ; par le même. Paris, Amyot, 1847. In-8°.

106. — Dernières élégances; poésies, par le même. Paris, Lemerre, 1868. In-8°

Encore un poète qui n'a pas eu à se louer beaucoup de l'empressement du public. « On me distingua peu, dit-il lui-même en parlant de ces trois recueils, et c'était justice. Aussi, frappé de leur insuffisance, je repoussai mes livres dès leur apparition; au bout de quelques mois de librairie, je les détruisais. » Cela n'a pas empêché M. Charles Coran, à l'âge de soixante ans, de faire réimprimer luxueusement, à ses frais, avec augmentations, ces pauvres enfants dédaignés de sa jeunesse, sous le titre général de : Poésies de Charles Coran. Paris, 1884. Trois volumes in- 12, imprimés à Versailles, chez Cerf et fils, sur magnifique papier satiné.

107. — Organty poème en vingt chants. Au Vatican (Paris), 1789. 2 vol. in-18.

Ce poème, aussi médiocre et insipide que licencieux, est l'œuvre du célèbre conventionnel Saint-Just. Il est extrêmement rare, l'édition originale ayant, dit-on, été détruite, aussi exactement que possible, par les soins de Fauteur. « La Bibliothèque du roi même ne la possède pas», dit le savant rédacteur du catalogue Pixérécourt. Une réimpression de cette production lubrique a été faite en Belgique, il y a quelques années. Elle est assez jolie et est devenue elle-même assez rare.

108.— Osservaiioni nella volgar lingua di Lodovico Dolce. Vinegia, Gab.

Giolito, i55o. In-8°.

Edition originale de l'ouvrage qui fixa le mieux les^lois de la langue toscane, au xvi* siècle ; il eut, en treize années, huit éditions devenues toutes fort peu communes, car, par un scrupule bien rare autant que louable, l'auteur se ruina presque à en retirer delà circulation, autant qu il le put, tous les exem • plaires, à cause des erreurs qui lui étaient échappées.

109. — Le Parvenu, légende composée de la nature, du présent, passé et avenir, avec évidence pure et simple de tout ce qui sert à former l'esprit ; où verra- t-on (sic) que cil qui a l'intelect (sic) dur sera confondu par son ignorance, tout ainsi comme le docte aura pouvoir de s'endoctriner d'iceux mistères (sic) Alpha et Oméga. Imprimé vers la fin de la trente-huitième année de l'auteur, en Philopotamie, s. d. In- 12.

Ce fragment d'un ouvrage composé par son auteur, à l'aide d'une petite presse portative, ne consiste qu'en vingt-deux pages chiffrées, plus le frontispice au verso duquel est une épître dédicatoire de dix-neuf lignes. Si l'on en juge par le titre, cet écrit pourrait permettre de classer son auteur anonyme dans un rang honorable parmi les fous littéraires. D'après Brunet, le seul exemplaire connu provient de la bibliothèque du duc de La Vallière et appartenait, en dernier lieu, à M. Hubaud, de Marseille. On y trouve cette note manuscrite: « Il n'y a jamais eu que ceci d'imprimé et c'est le seul fragment qui existe de l'ouvrage, la planche ayant été rompue et le reste du manuscrit ayant été brûlé par l'auteur, qui craignait d'être surpris en l'imprimant luimême. »

no. — Péchés de jeunesse, par Alexandre Dumas fils. Paris, Fellens et Dufour,

1847. Gr. in-8*.

Ces poésies, imprimées d'abord sous le titre de Préface de la vie, titre qu'on retrouve en haut de toutes les pages, ont été recherchées et supprimées par l'illustre écrivain. M. Ch. Monselet en possédait un exemplaire auquel il avait joint une lettre, à lui adressée par l'auteur, se terminant ainsi : « ...Où diable vous êtes-vous procuré ce volume? Il s'en est vendu en tout quatorze exemplaires. *

I7a LE LIVRE

ni. — Pharus Galliœ antiques f ex Cœsare, Hirtio, Strabone, Plinio, Ptolemaeo, Itinerariis, Notitiis, etc., etc.. Quadripartite) indice geographico cum interpretatione vernaculâ. Auctore Philippo Labbe, Biturigo. Molinis, P. Vernoy, 1644. In- 12.

Cet ouvrage causa bien des chagrins à son auteur, le P. Labbe, jésuite, qui y attaquait les notes que Sanson avait faites sur la carte des Gaules au temps de César. Le célèbre géographe riposta vivement et releva, dans les deux seules premières lettres de l'alphabet, un grand nombre d'erreurs du P. Labbe ; celuici supprima son livre le mieux qu'il put et voulut en donner une nouvelle édition, mais elle n'a jamais paru.

112. — Poemata varia, quorum nonnulla nunc primùm in lucem eduntur.

Londini, 1781. In- 12.

Ces poésies latines sont l'œuvre d'un bibliophile distingué, M. J. Fazackerly, qui les fit imprimer à ses frais, mais qui supprima toute l'édition presque immédiatement après la publication. Quelques rarissimes exemplaires ont échappé à la destruction.

11 3. — Poems upon various occasions, written for the entertainment of the author, and printed for the amusement of a few friends, prejudic'd in his favour. Oxford, 1737. Petit in-8°.

Edition devenue fort rare, l'auteur, William Shenstone, en ayant détruit le plus d'exemplaires qu'il put. Ces poésies ont été souvent réimprimées depuis, avec de grandes augmentations; en 1777, elles en étaient déjà à leur cinquième édition en trois volumes petit in-8°.

1 14. — Poésies, par Jules Lefèvre-Deumier. Paris, au comptoir des Imprimeurs

Unis, 1 844. Gr. in-8° de xxx-598 p.

Ce magnifique volume contient les recueils suivants : La Crédence, (181 3- 1 83 1), dédiée à Ch.de Lacretelle; — L'Herbier (1819-1832), dédiée à Alexandre Guiraud ; — Les Confidences, (pas de dates), livre dédié à Soumet. Il devait être suivi d'un second volume qui fut imprimé en partie, mais qui n'a jamais paru, et qui eût contenu aussi trois recueils : Le Rosaire, dédié à Emile Deschamps; — Les Feuilles mortes, à Henri de Latouche ; — La Voix de la nuit, destinée à un autre poète non encore choisi. — Lefèvre-Deumier, dont il est parlé plus haut (n° ioi), renonça à l'impression de ce deuxième volume, envoyant que le premier ne s'était vendu qu'à quelques exemplaires et que les présents qu'il en avait faits étaient aussi vite oubliés que reçus. Tous ces dédains, cette sorte de conspiration du silence dont il fut toute sa vie la victime, l'écœurèrent profondément et il fit mettre au pilon toute l'édition de son premier volume, ainsi que les dix ou douze feuilles déjà tirées du second.

1 15. — Précis de la conduite de madame de Genlis, depuis la Révolution, suivi d'une lettre à M. de Chartres, et de réflexions sur la critique. Hambourg, S. d. (1797). In- 12 de 335 p.

Volume fort curieux que M" 80 de Genlis écrivit, lorsqu'elle habitait Hambourg, dans l'intention de le présenter au Directoire comme document à l'ap-

pui de sa demande de radiation de la liste des émigrés. Elle y abandonne et y renie publiquement la famille d'Orléans, dont on sait pourtant qu'elle n'avait guère à se plaindre. Aussi, quand les événements changèrent la face des choses, on peut juger avec quel empressement le célèbre bas-bleu s'efforça de retirer de la circulation et de supprimer ce prétendu mémoire justificatif devenu ainsi assez rare.

116- 117. — Publication (De la) des lettres écrites en ij86 et 178g. Paris, imp.

de Jules Didot, i835. In- 12 de 35 p.

Cet opuscule est très rare ; il a été détruit, dit-on, par l'auteur, Nicolas Louis-Marie Magon, marquis de La Gervaisais, à qui l'on doit force brochures politico-économiques qui lut attirèrent bien des déboires. Il ne conserva de l'écrit ci-dessus que les pages 25 à 80, pour les placer en tête de la première édition des lettres sus-indiquées, à lui adressées par la princesse Louise-Adélaïde de Condé.

118. — Quinze (Les) livres des Deipnosophistes d' Athénée , de la ville de Naucrate en Egypte, et presque le plus savant des Grecs, ouvrage délicieux, agréablement diversifié et rempli de narrations sur toutes sortes de matières et de sujets, traduit pour la première fois en français, d'après les versions latines de Natalis Cornes de Padoue et de Jacques d'Alechamp de Caen; par Michel de Marolles, abbé de Villeloin. Paris, Jacques Langlois, 1680. In-4 , avec portrait gr. par Nanteuil.

Livre rare, tiré à 25 exemplaires seulement suivant l'abbé d'Artigny. Mais David Clément conteste cette allégation avec une certaine vraisemblance, en disant que le pauvre abbé de Marolles, fatigué du peu d'accueil fait par le public à ses déplorables traductions et notamment à celle-ci, qui vaut peut-être encore moins que les autres, se détermina à retirer et à faire détruire tous les exemplaires in vendus. Cette dernière circonstance expliquerait très bien à elle seule la rareté de cet ouvrage délicieux et agréablement diversifié.

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