Vallée (La) de Sarnen. Paris, 1821. In
Cet ouvrage est de M me Jeanny Bastide ; il n'a été tiré qu'à 5oo exemplaires et est devenu fort rare, l'auteur, assure Quérard, en ayant fait détruire 475, on ne sait pour quel motif.
1 38. — Vergy ou l'Interrègne, depuis 1792 jusqu'à 18 14; poème en XII chants, par M. le comte Proisy d'Eppe. Paris, 18 14. In-8«, avec une curieuse figure de Garnier, gravée par Godefroy.
Suivant Beuchot, l'auteur a fait détruire, on ignore pourquoi, presque toute l'édition de son poème, qui est suivi de notes bien faites et qui ne sont pas sans importance pour l'histoire de la Révolution.
139. — Véridique (Le) (royaliste), ou l'Antidote des journaux (révolutionnaires). S. 1. Paris, in-4 , composé de dix numéros (tout ce qui a paru) allant du mois d'octobre 1792 à mars 1793.
« On connaît à peine, dit M. Leber, trois exemplaires complets de ce journal, le plus rare des écrits de la période révolutionnaire. Barbier et Deschiens l'attribuent à Husson, mais on le croit plus généralement de Jacques Corentin Royou, l'un des rédacteurs de Y Ami du Roi. L'auteur osa le publier au moment où le canon du dix août venait d'imposer silence à tous les organes royalistes, même au Petit Gautier et au Journal à deux liards, qui avaient disparu à l'aspect de la Convention. — Revenu de son premier mouvement d'exaltation, Royou, ne voyant plus que l'échafaud qui le menaçait, fut tellement effrayé de son propre ouvrage, qu'il brûla tous les exemplaires dont il put disposer, et comme ceux qui en avait furtivement reçu des livraisons n'avaient pas attendu son exemple, l'édition fut presque totalement détruite. A la mort de Royou, on ne trouva aucune trace de ce journal, pas même son exemplaire, et son catalogue (Paris, 1829,) n'en parle pas.
140. — Vie de Ai 116 Anne de Meleun, par J. Grondet. Paris, 1687. In-8».
Première édition de ce livre, devenue fort rare, dit M. G. Brunet, l'auteur l'ayant lui-même retirée de la circulation.
Tels sont les 140 ouvrages que j'ai cru devoir faire figurer dans la première partie de cette étude; il m'eût été facile d'en citer plusieurs autres, mais je n'ai pu trouver de preuve suffisante de leur destruction pour les accueillir et les consigner ici. Il vaut mieux s'abstenir que d'avancer un fait douteux, et d'ailleurs, s'il est bon en toutes choses de savoir se borner, c'est peut-être surtout en bibliographie, puisqu'en cette matière, on est toujours assuré de n'être jamais complet.
Nous remarquerons, avant d'aller plus loin, combien sont multiples et variées les causes qui ont déterminé des auteurs à supprimer leurs ouvrages ; dans la seconde partie, nous retrouverons à peu près les mêmes mobiles, mais x. 12
souvent mêlés à des sentiments moins honorables. Enfin, il est un fait que nous noterons en terminant : c'est que, malgré toutes leurs précautions, les auteurs bibliolytes n'ont pu jamais accomplir entièrement leur entreprise destructrice et que toujours un exemplaire au moins, échappé à leurs atteintes, est parvenu jusqu'à nous comme un irrécusable témoin de l'œuvre qu'ils prétendaient anéantir. N'est-ce point chose admirable que le livre, ce fragile composé d'une matière légère, survive malgré tout à tant d'obstacles et d'efforts destructeurs, et ne peut-on à juste titre appliquer à ce messager de la pensée, qu'il formule et propage, ce qu'Horace disait de la parole : Nescit vox missa reverti!
Bien que les ouvrages qui vont être cités dans ce deuxième article soient un peu moins nombreux que ceux décrits dans le premier, il ne faudrait pas en conclure que les auteurs aient été de plus grands bibliolytes que les éditeurs ou les particuliers ; il y a tout lieu de penser, au contraire, que le plus grand nombre d'ouvrages a été détruit par ces derniers, et, si je n'en ai pas mentionné plus, j'avoue tout bonnement que c'est parce que je n'en ai pu découvrir davantage. D'ailleurs, les mêmes scrupules qui ont déterminé mon choix dans la première partie de ce modeste essai m'ont également guidé pour la seconde. Je n'ai voulu y relever que les cas les plus certains et je me suis gardé d'y introduire des faits qui ne rentraient pas strictement dans mon cadre. Ainsi, je ne pouvais y faire figurer certaines productions détruites, volontairement et sans jugement, il est vrai, mais à l'instigation plus que pressante de la censure ou de l'autorité supérieure. Tel est, par exemple, le Segraisiana, ou Mélange d'histoire et de littérature, recueilli des entretiens de M. de Segrais, etc., etc. (Paris, Compagnie des libraires associés, 1721, 2 tomes en 1 vol. pet. in-8°), livre devenu rare sous cette date parce que l'édition fut en grande partie détruite par les libraires, à la requête du duc de Noailles, à cause de quelques passages où M" e de Maintenon était traitée fort irrespectueusement. Telles sont encore les Lettres sur un voyage en Espagne, par *** (C. Coste d'Arnobat^, Pampelune (Paris), 1756, in-12, dont l'édition fut presque entièrement supprimée par ordre, sur les instances de l'ambassadeur d'Espagne en France.
Il ne pouvait non plus être question ici de certaines éditions mises sous séquestre et probablement destinées à périr, si les circonstances qui ont motivé cette mesure spéciale ne se modifient point de manière à en permettre le retrait. On n'a point oublié, pour ne citer que ces deux faits, qu'en 1873, le troisième volume des Papiers et Correspondances trouvés aux Tuileries, après les événements du 4 septembre 1870, a été revendiqué par l'Etat et mis sous séquestre pour ce motif, je crois, que les pouvoirs de la Commission précédemment chargée de diriger cette publication avaient pris fin depuis long-
temps; on doit se souvenir encore qu'en i883 un ouvrage de M. le comte d'Hérisson, l'Expédition de Chine, d'après la correspondance confidentielle du général Cousin de Montauban, comte de Palikao, a été mis aussi sous séquestre, puis racheté par le ministère de la guerre qui en a retenu jusqu'à présent tous les exemplaires.
A côté de ces livres ainsi supprimés de la circulation par de respectables raisons d'Etat, il en est d'autres dont la publication a été suspendue pour des motifs d'intérêts purement privés. J'en sais deux, notamment, intitulés : la Maîtresse de miss Fanny et Paris inconvenant, dont il serait curieux de raconter l'histoire; mais je me bornerai à en citer les titres, la justice pouvant être appelée à statuer sur le différend survenu entre leurs auteurs et leur éditeur ; qu'il suffise de dire que toute l'édition de ces deux malheureux in- 12 attend, chez le brocheur, une destruction plus que probable.
Enfin, en matière de suppression ou de « suspension » de livres faites à l'instigation sinon par ordre d'un gouvernement, il existe un cas de suppression « intermittente » qu'il n'est point hors de propos rappeler ici, ne fût-ce qu'en raison de sa singularité. Il s'agit de l'ouvrage du sieur de Wicquefort intitulé : Advis fidelle aux véritables Hollandois, tout ce qui s'est passé dans les villages de Bodegrave et Swammerdam, et les cruautés inouïes que les François y ont exercées, avec un Mémoire de la dernière marche du roy en Brabant et en Flandre. S. 1. (Hollande), 1673, in-4 figures. Ce livre, d'après la Bibliothèque historique de la France, eut une bizarre destinée ; quand les Hollandais étaient en guerre avec la France, les magistrats le faisaient distribuer dans les écoles, afin d'exalter l'imagination des enfants qui échauffaient alors la haine de leurs parents contre nous et facilitaient ainsi la levée des subsides ; la paix faite, les mêmes magistrats retiraient le livre des écoles et le conservaient pour s'en resservir de même au besoin. Nous n'aurons plus jamais sans doute la guerre avec les Pays-Bas, mais qui pourrait affirmer que le procédé patriotique et pratique des Hollandais n'a pas trouvé d'imitateurs?...
Tout ceci dit, il est temps, sous peine de fatiguer le lecteur, de passer à la description des livres qu'il m'a paru convenable de classer dans le second chapitre de ce rapide essai ; les voici :