OUF.STION Di:S LOGKMIiNTS
entre lu loyer et les salaires s'accroisse encore. On a tout lieu de croire qne les données de M. Williams pèchent plutôt par un excès de niod()ration.
En province les loyers sont bien meilleur marclië (|u"à Londres. Celle clierlé dans la métropole provient évidennnent de la concurrence (|n(; les ouvriers se l'ont pour obtenir des habitations et du nombre restreint de celles-ci en proportion de la population. On pourrait se demander comment il se l'ait que les quartiers encondjr('>s ne soient pas dégagés par la distribution dune partie de leurs habitants sur d'autres districts, et cela, lorsqu'il y a tant de maisons inoccuj^ées dans quelques (|uartiers de Londres. La réponse, c'est qu'une masse énorme des malheureux entassés dans les quartiers encombrés sont obligés de vivre dans le voisinage de leur ouvrage, ([uel que soit le prix du loyer ou l'étal de rhabitation. Si les quartiers pauvres du centre de Londres sont tellement peuplés, cela tient à ce qu'une classe considérable de jouriuiliers doit vivre autant que possible au milieu de la ville, parce ([uainsi ils dominent le marché du travail de la métropole tout entière. Ainsi, les portefaix des docks, qui attendent à la queue leur lour d'être embauchés, aux portes des docks, logent tous autour de la Monnaie; dans Southwark. De môme les marchands ambulants sont forcés de vivre à proximil('Mle leurs marcli(''S.Les horlogers de Clorlveuwell
vivent serrés les uns sur les autres, parce que loutillage complet est trop coûteux pour un seul ouvrier, et qu'ils se prêtent leurs outils plusieurs fois par jour. Les tailleurs ne peuvent s'éloigner de leurs patrons. On a remarqué que des ouvriers sont obligés de revenir dans leur ancien quartier, après avoir essayé de s'établir plus loin dans une position plus salubre. Le travail des femmes et des enfants est encore une considération qui force les familles à fixer leur demeure dans tel ou tel quartier. 11 ne faut pas non plus négliger la question du crédit chez les boutiquiers, le voisinage des marches : dans les faubourgs la nourriture est plus chère. Enfin le pauvre a une répugnance naturelle à aljan donner ses anciens voisins et à former de nouvelles relations.
Cela n'exclut pas les habitudes de migration; la moitié de la population pauvre de certains quartiers est sans cesse en mouvement, à la recherche de travail. Ce mouvement a lieu surtout dans le centre de la ville; ces migrations, si on pouvait les diriger, serviraient à dégager les localités trop peuplées; elles ont des conséquences toutes contraires. Ajoutez à cela les incidents extraordinaires, l'arrivée de juifs persécutés (|ui viennent grossir le contingent Israélite de White-Chapel et de Spitaliields. Puis, l'idée prévaut à la campagne qu'à Londres on est sûr de trouver de l'ouvrage. Enfin certains entrepreneurs font appel aux. travailleurs
de province, alors qu'il y a un excès d offre de travail à leurs portes, dans la capitale; ils se justifient en disant que l'homme de province est plus capalde de faire de gros travaux exigeant de la vigueur, que l'ouvrier des villes, alïaihli par les conditions défavorables au milieu desquelles il vit.
Si fâcheux que puissent être les effets de l'immigration, ils ne sont rien en comparaison de ceux des démolitions. On a vu la nécessité où se trouve le pauvre d(; vivre à proximité de son ouvrage; aussi lors(|u"on démolit des maisons occupées par la classe ouvrière, l'encombrement augmente immédiatement dans le voisinage et il se crée de nouveaux bouges. Il va toute une série de démolitions pour des motifs divers : embellissements, constructions d'écoles, de gares, etc. Toutes ont contribué à empirer la condition du pauvre, même celles qui avaient été entreprises dans son intérêt alin d'assainir le quartier et de bâtir des logements modèles. Par exemple le district de Saint-Luke n'a jamais repris son aspect antérieur à la construction des maisons Peabody : l'encombrement hors de celles-ci est plus intense qu'avant. Dans Great Wild street, les travaux de reconstruction ont amené une hausse des loyers dans les maisons restées debout.
Il reste deux causes à énumérer, })arini celles qui sont responsables de la sitiîation : la première, c'est la relation entre les propriétaires du terrain
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sur lequel s'élève la maison et les tenanciers (locataires principaux) ; la seconde, c'est la manière défectueuse dont les autorités locales usent de leurs pouvoirs légaux.
Le régime particulier de la propriété urbaine en Angleterre, les longs baux emphytéotiques et la concentration du sol dans les mains dun petit nombre, Jie pouvaient manquer de donner une physionomie particulière à la question du logement, en même temps qu'ils augmentaient les souffrances de la classe ouvrière. Le propriétaire foncier est désarmé en quelque sorte; il ne peut intervenir pour forcer le locataire principal à satisfaire aux exigences sanitaires; les termes du bail sont sévères, mais ils ne tardent pas à i(Uiiber en désuétude. Il est très difficile de déterminer la personne qui est directement responsable du mauvais état de la propriété. Il s'est formé en Angleterre toute une classe d'exploiteurs, d'intermédiaires, d'accapareurs, qui interviennent entre le freeholder et les habitants des maisons, qui fixent et perçoivent les loyers. Le propriétnire du sol et son homme d'affaires ont une préférence bien explicable pour cet intermédiaire, qui leur offre de précieuses garanties au point de vue pécuniaire. L'intermédiaire fait des bénéfices énormes en louant une à une les chambres d'une maison à des familhis d'ouvriers. Le loyer primitif de la maison est de oOO francs; les sous-locataires payeront
08 QUESTION DKS LOGEMENTS
ensemble 2,500 Iniiics, En moyenne, le bénéfice est de loO p. 400 par an, sans compter les dépenses pour les réparations — et quelles réparations! — qui se font toutes les trois ou quatre annexes.
Nous n'insisterons pas sur le rùle des autorités locales : elles sont demeurées presque toutes absolument passives, malgré l'abondance de pouvoirs que le Parlement leur a conférés. Les vestries de Londres sont élus par les habitants qui payent la taxe des pauvres, mais personne ne s'intéresse à ces élections; on cite des cas où les membres d'un vestrij ont été élus par deux électeurs, et cela dans un ([uartier très peuplé. Deux autorités locales, sur les trente-huit qui composent l'administration de Londres, ont fait exception à cette négligence criminelle des devoirs et des responsabilités les plus élémentaires : Chelsea qui était représenté par sir C. Dilke au Parlement, et Hackney, qui avait pour député M. Fawcett. Ces deux districts sont soumis à une administration locale énergique, cjui a amélioré considérablement l'état sanitaire, qui a fait la guerre à l'encombrement, si bien que leur situation est relativement brillante. Il est permis de se demander si cette amélioration de Chelsea et de Hackney ne s'est pas faite aux dépens des districts limitrophes. Il est facile de déplacer h^ mal, bien plus facile que de le gnérir.
L'état-major des inspecteurs chargés de véritier
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lapplication de la loi est insuffisant; à Islington il y a un inspecteur dc'ri nuisances ^av 56,000 habitants; à Greenwieli, un par 65,000; à B^rmondsey, par 86,000; à Mile End, par '105,000; à Saint- James's, Westminster, il y a un inspecteur par 9,000 habitants.
Ce qui rend les autorités locales aussi molles, c'est qu'elles sont dominées par des intérêts particuliers on conflit avec l'intérêt général. D'ordinaire, les membres des veslries sont des boutiquiers, des cabaretiers, des propriétaires de maisons habitées par les ouvriers, et il se fait une alliance entre eux pour entraver la mise en vigueur des règlements et des lois. S'il n'y a pas d'opposition ouverte, on pratique l'obstruction par inertie.
Les conditions d'existence en province sont différentes de celles qu'on remarque à Londres. On pourrait dire que chaque centre de population subit des influences particulières. En province, la disproportion entre le salaire et le loyer n'est pas aussi considérable ; la pauvreté n'en reste pas moins un facteur important de la condition misérable des logements. A Bristol, la grande masse ne saurait payer plus de 1 sh. 3 p. par semaine (1 fr. 55). Suivant les localités, l'encombrement accompagne la dépression ou la prospérité industrielle. En province, l'ouvrier n'est pas hu'cé de vivre autant à proximité du lieu où il travaille : les distances y sont moindres. Cependant, dans le Cornouailles,
des iiiiiR'iirs iic peux (Mil ti-ouvcr d'hubitatioiis plus l'appi'ocliéc's qu'il 12 kilumclros.
Quant aux dislricts ruraux, la plus grande diversité existe ; on ne saurait dire qu'un comté soit mieux partagé qu'un autre sous le rapport du logement. Il y a, dans tous, des cas d'extrême misère et de bien-être relatif. Les cottages des ouvriers agricoles laissent beaucoup à désirer; l'encombrement et la saleté n'y sont pas moindres que dans les villes; cependant, le système delà chambre unicpie y est moins fréquent. D'ordinaire, dans les villages, il y a une chambre où l'on couche et une où l'on l'ait la cuisine; mais quelles chambres! L'escalier est remplacé par une échelle, le toit de chaume laisse passer la pluie. Les dépositions les plus naVi'antes sont celles des délégués des Unions d'ouvriers agricoles; le tableau tracé par les agents des propriétaires est moins sombre. On peut citer le progrès accompli par lord ToUemache dans ses domaines du Cheshire; il a construit 300 nouveaux CDttages, dont chacun a trois chambres à coucher; il a doté chacun de trois acres de terre à pâturage. Les maisonnettes sur les terres de lord Shaftesbury sont dans un excellent état. Le salaire des ouvriers à la campagne est toujours très bas; mais il n'y a pas le manque de proportion entre le salaire et le loyer, dont nous avons i)arlé pour Lcmdres et les grandes villes. Dans le Wiltshire, le loyer est de 1 sh. (1 fr. 25) par semaine, le salaire de 9 à 13 sh.
(11 fr. 25 à IG fr. 25). Un berger se fait 20 francs et a en outre un cottage avec jardinet. Il est très difficile d'arriver à un chiffre moyen, applicable à toute lAngleterre. A la campagne, l'occLipation d'un cottage fait partie souvent du salaire; il est impossible dans ce cas d'établir un rapport entre le loyer et le salaire. Les ouvriers agricoles ont un grief spécial, c'est que les cottages sont loués avec la ferme et sous-loués par les fermiers. Cela les expose à être expulsés de leur logis, avec huit jours de préavis. L'incertitude de tenure pèse sur eux plus même que l'état misérable de l'habitation. Il semble, à en juger par le gros des dépositions, que les salaires ruraux ont augmenté, et qu'il y a un progrès sensible depuis cinquante ans. Cependant, le revenu des ouvriers agricoles serait insuffisant à leur procurer des logements convenables, si ceux-ci devaient leur être fournis par un entrepreneur à un taux rémunérateur.
Le Parlement anglais s'occupe depuis quarante ans de la question du logement. Une série de lois souvent modifiées et amendées prouve que les hommes d'Etat en ont reconnu toute la difficulté. Un peut distinguer et diviser ces lois en plusieurs groupes : les unes ont pour objet d'introduire des règlements de salubrité permettant aux autorités locales de combattre la nuisance des logements malsains; d'autres ont servi à exproprier des maisons ou des îlots entiers qui compromet-
U)v) QUESTION DKS LOOEMKNTS
talent la santé pul)li([ue ot qui étaient vrainiciit inhabitables; d'autres enfin sont venues on aide à des entreprises pbilantliropiques qui avaient pour objet la construction de logements d'ouvri(!rs, on leur procurant des capitaux à un taux avantageux. On peut dire qu'une grande partie de cette activité législatrice n'a abouti à aucun résultat sérieux, que les lois laites sont restées à l'état de lettre morte. Les autorités locales ont été au-dessous de la tâche qui leur était dévolue, et comme l'application des lois votées par le Parlement était facultative dans la plupart des cas, il n'a pas été fait usage des pouvoirs conférés. De plus, l'assainissement de certains quartiers ne pouvant se faire que par voie de démolition et d'expropriation, les indemnités allouées aux propriétaires d'immeubles insalubres entraînaient une charge considérable pour le budget local, l'obligation de réserver une partie du terrain déblayé à des habitations d'oùvriers condamnant d'avance l'opération à se solder en perte.
L'inertie des autorités locales dûment constatée, la Commission d'enquête demande une loi venant déclarer qu'il est du devoir de l'autorité locale de mettre en vigueur les pouvoirs dont elle a été munie, de manière à obtenir qu'un immeuble ne puisse plus être laissé dans une condition d'insalul)rité. On vent par là enlever le caractère facultatif des lois sur la santé publique, Comment
assiirera-t-on l'exactitude et la fidélité des administrations? Le chaos dans lequel l'administration locale est tombée à Londres et dans les districts ruraux est un obstacle sérieux à toute amélioration; c'est pour cela que la commission d'enquête fait ressortir la nécessité de procéder à la réforme de l'organisation municipale de Londres et à celle des comtés. Toute la partie du rapport consacrée à la capitale est un véritable réquisitoire contre létat de choses actuel ; c'est certainement l'argument le plus puissant que les partisans de la réforme municipale de Londres puissent faire valoir : incapacité, gaspillage, prédominance des intérêts privés, désordre, manque d'unité, conflits de compétence entre les veslries et le Metropolitan Boards of Works; si bien que rien ne se fait et que l'un rejette sur l'autre le soin d'agir : ce sont là des inconvénients reconnus ; ils subsisteront aussi longtemps que Londres sera livré à une foule d'autorités inférieures, soustraites à l'influence de l'opinion publique et privées d'esprit public.
Atin d'obvier à une situation aussi déplorable et qui est la conséquence de défaillances dans l'administration, non pas d'un défaut de législation (celle-ci a été excessive), la Commission propose d'investir le Local Gover?iment Boa?rl de pouvoirs plus étendus, d'une initiative et d'une surveillance plus considérable; on cas de conflit entre les, veslries et le Metropolitan Board oftvor/is, le départe-
IU4 QUESTION l)i;S l.OGli.MENTS
ment du gouvernemeiil local servira (l'arbitre. Ce (|iii manque, c'est nn pouvoir moteur pour mettre en mouvemcMit les ressorts de rorganisatioii. L'opinion pnljli([ue est certainement capable; d'exercer une })ressi()n suffisante ; malheureusement elle s'est détournée de ces questions. Afin de ramener l'attention de ce côté, de fixer les regards sur l'étal sanitaire des dilï'érents quartiers, la Commission voudrait que le ministre de l'intérieur fit procéder à une enquête sur les mesures indispensables, que cette enquête fût confiée à des personnes nommées par le gouvernement et assistées de délégués des autorités locales. M. Goschen a fait une objection à cette recommandation de ses collègues, et il est difficile de ne pas en sentir la force. Il conseille d'ajourner le relevé du plan du Londres insalubre jusipi'à la constitution du nouveau réginn; municipal : autrement, on ris- ([uerait de se trouver en face d'un projet monstre de reconstruction, dont les auteurs ne seraient responsables devant aucun contribiuible. Qui estce qui j)ayera d'ailleurs le coût très considérable de cette enquête? Comme nous aurons occasion de le montrer, ce n'est pas le seul rappel à la modération que M. Goschen ait adresse'' à la Commission. Celle-ci n'a pas résisté suftisannnent à la tendance habituelle, elle a foruiulé des propositions dans un langage assez vague, de nature à satisfaire le plus de gens possible, et elle a
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adopté des idées dont la réalisation serait passablement dangereuse.
Après avoir demandé qu'on obligeât les autorités locales au respect et à la mise en vigueur des lois existantes, ou plutôt à l'usage de leurs pouvoirs, la Commission réclame qu'on simplifie, qu'on coordonne en un code unique et intelligible toutes les prescriptions sanitaires applicables à la capitale. Ces prescriptions, contenues dans une suite de lois votées depuis trente ans, sont difficiles à comprendre et forment un amas de documents au milieu desquels on se perd. On pourrait profiter de la circonstance pour introduire quelques amendements, notamment pourvoir à l'établissement de morluaires où l'on déposerait les corps des personnes décédées en temps d'épidémie, parce que, faute de ce transport au mortuaire, le corps devrait rester dans une pièce habitée par d'autres personnes. Les pauvres de Londres ont l'habitude de conserver pendant très longtemps, dix jours et plus, leurs morts chez eux, ce qui est une source d'inconvénients et de dangers. De même, on pourrait modifier la législation sur les habitations souterraines dans les nouvelles maisons, exiger une plus grande élévation au-dessus du niveau de la rue et des fenêtres plus dégagées. La Commission suggère la nécessité de règlements plus rigoureux relativement aux constructions nouvelles, de manière à garantir une ventilation indis-
lOC. OUESTIOX DES LOGKMENTS
pensable, plus d'uir et do liimirre; elle insiste pour qu'on force les autorités locales à adopter dans leur cireouscriptiou les règlenu'nts mentionnés dans la loi de 18GG, et qui ont rapport aux maisons habitées par plusieurs familles. Les vestries ont le droit de déterminer le nombre des locataires, de faire inscrire sur un registre les maisons de location, d'inspecter ces maisons, de tenir la main à ce que le drainage, les water-closets soient en bon état ; de faire blanchir à la chaux, etc. Mais, en même temps, la Commission fait remarquer que les choses ont toutes les chances de demeurer sans changement, tant que les habitants ne prendront pas un intérêt plus actif dans l'administration des aiTaires locales. D'autre part, en province, afin de ménager certaines susceptibilités que le spectre de la centralisation effarouche, il conviendrait d'étendre les attributions des municipalités et de leur permettre d'agir sans l'intervention du Local Government Board.
Beaucoup de dépositions recueillies dans l'enquête ont placé un système d'inspection des logements ouvriers au nombre des remèdes efficaces. Miss Octavia Hill, dont on ne saurait contester l'autorité sur ce terrain, s'est plutôt prononcée contre un développement de l'inspection, excepté peut-être en ce qui concerne l'encombrement; elle demande, en outre, que l'ini-pection soit dans les mains d'une autorité municipale. Obtenir un
EiV ANGLEÏtRRE. 107
état-major de surveillants probes, intègres, connaissant les éléments de l'architecture et de l'hygiène, et fonctionnant sur une étendue aussi vaste que celle de Londres, n'est pas chose facile; aujourd'hui, l'inspection échoit souvent à des ignorants, à des gens conduits par des intérêts privés. A l'exception de quelques districts privilégiés, elle est insuffisante sous le rapport du nombre et de la compétence. De môme, les fonctionnaires médicaux {médical officersof health) ne consacrent pas tout leur temps à leur fonction et résident souvent hors de leur district. La Commission demande qu'à l'avenir il en soit autrement et qu'on les oblige à s'adonner entièrement à leurs onéreuses fonctions.
Nous arrivons à un autre ordre d'idées, qui laisserait, le cas échéant, une grande place à l'intervention bénévole de l'Etat, avec tous ses inconvénients et toutes ses conséquences fâcheuses. Comme nous l'avons dit, toutes les nuances d'opinions étaient représentées au sein de la Commission, et l'accord entre elles n'est qu'apparent.
Dans les quartiers de Londres où l'encombrement est le plus considérable, oi^i les ouvriers sont forcés de résider et où le terrain à bâtir fait défaut, se trouvent de grands espaces couverts par les prisons, telles que Pentonville, Millbank, etc. Ces prisons occupent quarante-cinq acres environ. La (Commission d'enquête suggère l'idée de trans-
porter les maisons de détention hors de la capitale, et de céder le terrain au Melropolitan Board of Works en fidéicomniis pour le plus grand avantage des quartiers populeux. On aurait là de vastes emplacements pour bâtir des logements ouvriers et ouvrir des squares. En fixant le prix, on aurai I à tenir compte do la destination, c'est-à-dire de ne pas le fixer de manière à rendre la construction des habitations pour les ouvriers trop coûteuse.
On a organisé en Angleterre un système d'avances que l'Etat fait à des Compagnies privées et même à des particuliers, sur hypothèque de propriétés foncières, de contributions locales, lorsqu'il s'agit de certains objets dutilité générale. L'Etat prête à un taux suftisant pour se garantir de toute perte. On a demandé à la Commission de recommander un abaissement de l'intérêt annuel lorsqu'il s agit de construction des logements d'ouvriers. M. Torrens et M. Gray ont proposé d'employer à cet usage les dépôts des caisses d'épargne postales qui sont le fruit des économies des classes pauvres. Il leur paraît logique de consacrer cet argent à encourager les eflbrts qui doivent améliorer la situation matérielle des ouvriers, plutôt que de s'en servir pour réduire la dette publique ou pour opérer des dégrèvements. La seule excuse, suivant eux, de la concurrence que l'Etat fait aux particuliers, c'est de faire profiter les classes parmi lesquelles se recrutent les déposants de tout béné-
EN A.XGLEÏliRHE. 109
fice résultant de ces opérations de banque et d'assurance. M. Broadliui'st et M. Collings ont protesté contre la proposition d'utiliser les fonds des caisses d'épargne à la construction de logements d'ouvriers. Ils soutiennent que si l'on veut faciliter celle-ci au moyen de ressources publiques, la cliarge en incombe à toutes les classes, et qu'on ne saurait se servir de dépôts qui sont le produit des économies de l'élite des ouvriers. Il serait plus juste d'augmenter le taux d'intérêt bonifié aux déposants. Les fonctionnaires du gouvernement ont défendu les intérêts de la Trésorerie, qui réalise, il est vrai, un bénéfice de 94,000 livres sterling sur les caisses d'épargne postales, joint à peine les deux bouts sur les caisses d'épargne ordinaires et perd 48,000 livres sterling sur les Friendly Societies. Nous ne saurions, faute d'espace, reproduire les arguments employés par eux. La Commission a repoussé l'idée d'affecter à un objet spécial les fonds des caisses d'épargne postales, et elle conseille de réduire, dans la mesure du possible, le taux d'intérêt sur les avances, ainsi que de prolonger les échéances de remboursement.
Il s'est glissé dans le rapport bien des propositions extraordinaires. Ainsi, celle de taxer les terrains non bâtis non plus d'après la valeur actuelle, d'après le revenu présent, mais d'après leur valeur vénale. Ce serait là, aux yeux de quelques personnes, un moyen de forcer la main au
propriétaire, de lobliger à vendre le terrain (juil garde improduclir. 11 est innlile de fnire remarquer que M. Gosclien et sir R. Cross sont opposés à cette innovation, qui introduirait le principe de taxer le capital au lieu du revenu annuel. Ils disent que si l'on connnence par les terrains vides, on linira j)ar les logements inoccupés, ce qui découragera de construire, alors qu'on voudrait arriver, par la j)remière mesure, à pousser à la construction.
Les frais légaux sont démesurés en Angleterre, lors de la transmission de la propriété foncière. Il est nécessaire de faire des recherches fort compliquées sur la validité du titre. Il arrive souvent que la note de l'homme de loi s'élève à 25 ou 30 p. 100 du prix d'achat; c'est là un obstacle sérieux pour l'acquisition de maisons par les ouvriers. Ceux-ci le ressentent très vivement. Sans pouvoir faire de suggestions précises, la Commission attire l'attention du Parlement sur ce point et conseille une enquête spéciale. Elle recommande de même de modifier la législation sur les indemnités en cas d'expropriation : celles-ci sont trop souvent excessives.
Les Compagnies de chemins de fer ont contribué, par les démolitions nécessitées par l'établissement de leurs lignes et de leurs gnres, à diminuer le nombre d'habitations disponibles pour les ouvriers et à augmenter l'encombrement dans certains quar-
tiers. Le Parlement a bien imposé aux Compagnies l'obligation de réinstaller les habitants pauvres ainsi délogés; mais elles ont su se soustraire à l'obligation, éluder les textes de lois les plus précis. De même elles n'ont pas tenu ce qu'on attendait d'elles sous le rapport des trains à prix réduits, qui devaient permettre aux ouvriers de loger dans les faubourgs. Ces trains d'ouvriers sont peu populaires parmi les Compagnies : ils rapportent peu et sont une cause de dérangement dans le trafic. La Commission demande au Parlement de prendre des mesures pour ramener les Compagnies à l'obéissance.
Nous ne saurions suivre pas à pas le rapport, cela nous entraînerait trop loin. Les logements modèles, les maisons Peabody, sont naturellement mentionnés avec éloge : on rend ample justice au bien qu'ils font, tout en constatant les critiques auxquelles ils ont donné lieu. Les mesures proposées par la Commission auraientpour résultat de faciliter les opérations des Sociétés de logements ouvriers .
M. îioschen est d'avis que le rapport commun n'a pas fait une place assez importante au travail des (compagnies privées qui ont été formées pour loger les ouvriers, comme celle de sir Sydney Waterlow, et (pii ont pourvu un grand nombre de familles d'habitations convenables. On a entendu des (hqjositioiis tendant à prouver que les dividendes étaient considérables : c'est là le point sur
112 OUKSTION DES LOGEMENTS
lequel 011 il insisté; ou a paru trouver les bénéfices trop grands, au lieu de s'occuper du nombre do familles qui, grâce à cela, sont mieux logées, et sans s'occuper des progrès de ce mouvement. « On ne doit pas oul)lier, ditJM. Gosehen, « que l'objet môme de sir S. Waterlow était de prouver par expérience qu'on peut en toute sécurité engager des capitaux dans la construction de maisons modèles, et cela sur des principes commerciaux. Il y a tout lieu de croire que le succès de l'expérience encouragera plus de capitaux à se placer de la même manière et à augmenter ainsi la quantité de logements meilleurs. »
On ne peut s em[)èclier, en etTet, de trouver que le Rapport est bien incomplet sous ce point de Aue et qu'il insiste trop peu sur le rôle prépondérant que l'initiative privée, l'association des capitaux et la coopération des bonnes volontés peuvent jouer. M. Gosclieii, en sa qualité d'économiste clairvoyant, a relevé cette lacune en quelques lignes, comme on vient de le voir. Il aurait fallu constater le bien dont on est redevable à d'autres facteurs que l'intervention de l'Etat. Heureusement pour le pul)lic français, M. Georges Picot a eu l'excellente idée de combler cette lacune. jM. Georges Picot a publié à la librairie (ialiuann Lévy un volume intitulé Un devoir social et les logements cronvrie?'S. C'est un éloquent appel aux hommes de bonne volonté, désireux d'améliorer les con-
ditions d'existence des milliers d'ouvriers qui les entourent, désireux d'amener un rapprochement entre les diverses classes de la société, qui deviennent de plus en plus étrangères l'une à l'autre et de plus en plus hostiles. Avec une rare vigueur, il les exhorte à secouer leur découragement factice, leur torpeur, et à se jeter résolument dans la mêlée pour remplir leur devoir. Ce n'est pas en invoquant l'intervention de l'Etat, ni en se croisant les hras qu'on diminuera la somme des misères humaines : l'intervention de l'Etat, le socialisme sous toutes ses formes, ne feront que les aggraver. Il n'y a pas de panacée pour les guérir tout d'un coup, mais on peut espérer rendre la vie plus aisée, plus confortable, plus morale pour un nombre considérable d'ouvriers, pour l'élite d'abord, pour les couches inférieures ensuite. Le logement, comme nous l'avons fait voir, est au centre même de la question sociale, il exerce une inlluence prépondérante sur la santé morale et physique. On ne peut demander à l'Etat ou à la commune de fournir des logements à bon marché, à meilleur marché que le prix ordinaire, sous peine de décourager les entreprises privées et de diMiioraliser ceux mêmes qui seraient l'objet d'une semblable faveur. La charité, l'aumône, n'est jamais qu'un secours passager; pour être appréciée, l'habitation doit être payée, gagnée à la sueur du travail. Du moment que l'on veut faire de la philan-
Hi QUESTION DES LOGEMENTS
llii'opio ralionnolle, il faiil la l'airo sur dos bases écoii()nii(|ii('s et foniiuorcialos. OnVir aux ouvriers dos l()p,-onioiits salubros à un prix raisonnable ot rémunc'ror on monie temps les capitaux engagés dans l'ontroprise, c'est la solution du problème, dans la mesure du possible. M. Picot, adversaire déterminé du socialisme, est un ami ardent et dévoué des classes laborieuses; il pense avec raison que uons avons dos devoirs envers elles, devoirs ([uo nous no saurions négliger sous peine de compromettre l'ordre social. Il est convaincu qu'on peut construire des logements convenables, qu'on louerait à des prix raisonnables, et qu'en même temps on réaliserait des bénéfices. A l'exception de quelques rares tentatives, il n'a été rien fait à Paris. La Société des maisons ouvrières de Passy-Auteuil, qui s'est constituée en 4882 à Paris, a pu loger cinquante familles qui sont en train d'acquérir par voie d'annuité leur logement. En Angleterre, à Londres, comme dans la province, le mouvement a pris une grande extension et de précieux résultats ont été obtenus. M. Picot a étudié de piii'S toute cette organisation, et il donne dans son volume les détails les plus précis et les plus concluants. Il faut le remercier d'avoir fait un noble efibrtpour éveiller la conscience publique et d'avoir montré la voie où Ton doit s'engager.
Après des commencements modestes, plus do 100 millions de francs sont engagés à Londres
dans des entreprises qui ont pour but de bâtir des logements salubres pour les ouvriers — maisons modèles à plusieurs étages, sortes de casernes, ou cottages détacliés. Voici des chifTres fort éloquents, surtout lorsqu'on pense que les actionnaires touchent des dividentes de S p. 100 (à l'exception du legs Peabody, toutefois, où il n y a pas d'actionnaires).
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GROIPES