EN 186G N
Belges 22,782 45,281
AUeinauds-Alsacioii!; 27,097 ^ 31,190
Italien? 6,707 21,577
Suisses 6,G22 20,810
Les Allemands ont ])0u augmenté, les Belges ont doublé, les Suisses et Italiens triplé.
"HVl OUESTIOX DliS LOGEMENTS
plus (le 7 [). 100, sont surtout des Belges, clos Allemands et Alsaciens, des Italiens et des Suisses. Le nombre des représentants de ces quatre nations a doiil)l('' et triplé de 18GI) à 1881. Ils se trouvent surtout dans les arrondissements de commerce et (rindustrie, 9°, 10% 11% 18" et 19^ Varis s'accroît principalement par l'immigration. L'élément ouvrier figure pour la plus grosse portion dans l'immigration. Paris attire non seulement celui qui vent jouir de la vie. mais surtout celui qui veut travailler et gagner son pain cpiotidien. Les familles d'ouvriers composent la moitié de la population de Paris. C'est une proportion considérable. Avant 18G0, les nombreuses usines installées dans les communes suburbaines étaient voisines du principal centre de consommation et exemptes des droits d'octroi. Lors([ue l'annexion des communes suburbaines l'ut décidée, quelques usines se déplacèrent pour écliapper aux taxes, mais la plupart demeurèrent et furent coinj)rises avec leur personnel d'ouvriers dans l'enceinte des fortifications. De là une première cause d'augmentation dans le chiffre de la population ouvrière. En même temps les travaux de construction et de voirie prirent un développement inusité. Paris se transformait ; toutes les industries semblaient assurées d'une longue période de prospérité et d'activité. Il y eut donc pour les divers genres de travaux un abondant emploi de la main-d'œuvre, uiu' bausse très
sensible dans le taux des salaires et par suite une immigration croissante douvriers. Les créateurs du nouveau Paris, 1 empereur Napoléon III et le baron Haussmann, avaient entrevu et souhaité un autre résultat. Ils s'attendaient à inie diminution de la population ouvrière, que la disparition des vieux quartiers et le (bqilacement de grandes usines semblaient devoir éloigner de la capitale. Il n'en fut rien. Paris agrandi garda ses usines et ses ouvriers durant la période de prospérité qui suivit l'annexion. C'était conforme aux tendances de lindustrie moderne ; jadis on recherchait les campagnes à cause de la main-d'œuvre à bon marché et la proximité des cours d'eau pour assurer un transport peu dispendieux. Aujourd'hui oji se rapproche des cités populeuses, où il est facile d'augmenter et de diminuer leffectif des travailleurs, où Ton est à proximité des banques, des gares de chemins de fer, des approvisionnements de toute sorte. La cherté relative de la main-d'œuvre est contrebalancée par d'autres avantages. Cette concentration de l'industrie sur certains points privilégiés est ini fait acquis, Paris restera une grande ville industrielle.
On sait qu'elle subit en ce moment une crise industrielle et commerciale qui est la suite dune inflation extraordinaire dans le domaine de la bourse et de la construction des maisons. L'industrie parisienne a vu certains débouchés se res-
:i()4 QUESTION DES LOGEMENTS
Ireindrc à l'étranger par suite d'une concurrence de plus en plus active des contrées rivales. M. Leroy- Beaulieu (1), (]ui a suivi attentivement toutes les phases de cette crise, s'est fondé sur certaines données statistiques, telles que la consommation de la viande, pour conclure à une diminution de la population depuis 1882 : il l'évaluait à 150,000 habitants. Le recensement de 4886 a fait la lumière sur ce point. La crise qui a sévi depuis quelques années a marqué son inlluence, sinon par une diminution de population, du moins par une progression insignifiante, lo,000 âmes en cinq ans!
On comptait au i" janvier 1884 à Paris 80,000 propriétés bâties (2) environ, contenant 1 ,102, 000 locaux distincts dont les deux tiers (755,000) sont consacrés à l'habitation et le tiers (3i6, 000) à l'industrie. Dans la première catégorie, les appartements au-dessous de cinq cents francs figurent pour les trois quarts (585 ,902 logements représentant une valeur locative de 128 millions de francs). D'après M. Yves Guyot, il y avait, en 1884, 472,000 logements au-dessous de 300 francs. Depuis 1879, le nombre des très petits logements a augmenté de
(1) Économiste français du 7 novembre 1885.
(2) Le terme de propriétés bdtie^ n'est que synonyme du mot maison. Le nombre des maisons est sensiblement inférieur à celui des iiropriétés bâties. D'autre part les édifices publics ne sont compris à aucun titre dans ce tableau.
42,901, ou de près de 8 p. 100. Les appartements modestes de 500 à 749 francs dont il y a 72,012, représentant une valeur locative de 41 millions et demi de francs, se sont accrus de 10,935; ceux de 750 à 999 francs ont augmenté de 3,850 (24,977 logements d'une valeur annuelle de 20 millions et demi). C'estdonc 57,600 logements nouveaux qui ont été offerts, déduction faite des démolitions, aux ouvriers et à la toute petite classe moyenne, du 1" janvier 1879 au 1" janvier 1884. On s'est donc trompé lorsqu'on a affirmé qu'on ne construisait pas de maisons pour les ouvriers, pour les employés et les petits rentiers. Il est vrai qu'on a relativement construit plus de logements pour la classe moyenne ; le nombre des appartements à son usage a augmenté dans la proportion de 15 à 20 p. 100, tandis que pour les logements de luxe, au-dessus <le 6,000 francs, l'accroissement a été de 30 à 40 p. 100. Le chiffre des logements vacants à louer est considérable, surtout pour cette dernière catégorie.
Ce sont les familles d'artisans et d'ouvriers, comprenant environ 1,150,000 personnes, qui occupent les logements modestes (1) où, malgré les pres-
(1) La composition des logements (combien de 1, 2, 3 pièces) n'est malheureusement pas fixée par la statistique pour Paris. Le D"" Jacques Bertillon souhaiterait de voir exécuter cette grosse entreprise, mais on' a reculé devant la dépense considérable qu'elle nécessiterait. En
iir»(; QUESTION Dl^S LOGEMENTS
ci'iptionsdo la loi et mulgrô la vigilance iU^ la police, les conditions essentielles de la salnbrité sont inallieurensenient très iiégligées.
D'après M. Levasseur, Paris renferme 29,000 habitants par kilomètre carré, soit 290 par hectare; il en avait 480 par hectare au xvn'' siècle et 340 en 1856 avant l'annexion de la banlieue et les grands travaux de l'édilitë impériale. L'arrondissement le plus dense, le Temple, avait 813 habitants par hectare en 1881 et 850 en 1861. Le quartier le plus dense, Bonne-Nouvelle, arrondissement de la Bourse, est resté à peu près stationnaire : l,'io9 habitants en 1861 et 1,165 en 1881 par hectare. Paris est une des villes on la population paraît le plus pressée, cependant ce n'est pas à beaucoup près la ville où la densité soit la plus grande. La densité' par hectare bâti y est de 392 habitants, contre 637 à Vienne, 657 à Berlin.
Les grands travaux, de voirie nécessaires pour la circulation et l'assainissement ont éloigné du centre et refoulé vers les faubourgs une partie nombreuse de la population. Toute la partie eentmle. Louvre, Bourse, Temple, lIôtel-de-Yille, a moins d'habitants en 1886 qu'en 1861 . La cherté des loyers a fait relluer vers la périphérie les ateliers et les
1880, à Berlin, 74 p. KMl de la population ^ ivaii'nt ilaus de petits logements, dont i p. 100 était composé d une rliaml>re non chauffahle; 44 p. 100 n'avaient qu'une seule pièce qu'on pût cliauffev et 27 p. 100 deux pièces.
EiV FRANCE. ''ICÛ
ouvriers. xVii Nord, Batignolles, Monceaux, au Sud, Yaugirard ont presque doublé. Il a été dépensé des millions pour rembellissement de la capitale, on a percé depuis vinet-cinq ans de larges artères, (tui sont bordées de belles maisons, on a élevé des édifices somptueux, mais il reste encore des quartiers trop nombreux que le manque d'air et de lumière, l'humidité, l'entassement et la saleté des liabitants transforment en des foyers permanents d'infection physique et de dégradation morale. Paris possède dans ses faubourgs et même dans son centre, à coté de larges et splendides boiilevards, un nombre considérable de maisons, de rues dont il serait difficile d'exagérer la saleté, l'insalubrité, les conditions vicieuses de toute sorte.
Prenez par exemple le cinquième arrondissement. Tout près de la fontaine Saint-Michel, si l'on s'engage dans la rue de la Iluchette, dans la rue du Pefït-Pont, la rue Saint-Julien-le-Pauvre, la rue Galande, la rue des Anglais, on pourra s'écrier comme le touriste dont parle M. Langloisdans la revue Le Correspondant : « C'est l'enfer à la porte du paradis. » Dans le rectangle étroit, chargé de hautes et vieilles constructions, qui est borné par la place Maubert, le boulevard Saint-Germain, le boulevard Saint-Michel, les ([uais Saint-Michel etde Montebello, est une agglomération considérable de personnes adonnées aux humbles professions d'hommes de peine, balayeurs, balayeuses, et
:2(i8 QUESTION DliS LOGKMENTS
autres métiers inférieurs. Elles se sont logées là pour être près de l'endroit où elles travaillent el elles tiennent à ce quartier, puisqu'aucune chambre n'y reste longtemps vacante. Les logements y ■sont fort chers. Un appartement do deux chambres ne vaut pas moins de 250 francs. Une seule chambre se paye ISO et souvent 200 francs. Il n'est pas facile de se faire une idée de ce que sont ces logements, si l'on n'a pas l'habitude de fréquenter les quartiers qui servent d'asile et de refuge à la misère. Dans presque toutes les maisons qui bordent ces ruelles, dit encore M. Langlois, surtout dans les pièces des étages inférieurs, il est presque impossible de lire ou de travailler sans lumière, en plein midi. La plupart des logements, qualifiés de logements à deux pièces et loués comme tels 250 francs par an, n'ont qu'une pièce donnant sur la rue et ime petite cuisine éclairée par une lucarne donnant sur la cour intérieure, souvent aussi dans l'escalier. Pénétrez dans l'allée étroite et sombre qui coniluit à l'escalier de ces maisons, vous serez pris à la gorge par l'odeur fétide des ordures ménagères et des latrines; en avançant à tâtons, vos pieds heurteront la première marche de l'escalier; montez l'escalier, d'étage en étage, des émanations délétères empoisonnent i'atmosphère. La cour sert de réceptacle aux immondices jetées par la fenêtre et qui s'y putréfient. C'est dans les petites pièces de ces bougcvs que s'entassent des familles de
cinq ou six personnes et souvent davantage. Il est, par exemple dans la rue Galande, des maisons de dimensions modestes, qui comptent cent cinquante habitants.
Le même spectacle, le môme entassement se retrouvent dans plus d'une portion du vieux Paris, par exemple dans certaines ruelles latérales qui aboutissent à la rue Vieille-du-Temple, ou aux rues Saint-Denis et Saint-Martin, surtout dans la rue Sainte-Marguerite, au faubourg Saint-Antoine. Si l'on monte jusqu'aux quartiers de Chaironne, de Belleville, de la Yillette, qui ont été autant de villages suburbains et qui forment aujourd'hui les 19" et 20'' arrondissements, l'agglomération, quoique fort grande, y est moindre que dans le vieux Paris: les maisons y sont généralement moins élevées, les rues principales plus larges et mieux aérées, mais à ces grandes artères du quartier aboutit une quantité prodigieuse de cités ou d'impasses ; les masures qu'elles contiennent sont généralement construites par un spéculateur de bas étage qui a loué le terrain à long bail et a élevé sur le sol même, dans les conditions les plus économiques et les plus défectueuses, des cabanes en planches ou on plâtras qu'il loue à des prix exorbitants : 1 40 ou 200 francs par an la chambre ; il retire de sa spéculation un bénéfice annuel de 20 à 25 p. 100, ce qui lui assure une petite fortune à l'expiration du bail du terrain, surtout s'il a joint au commerce
:i7i> OUt;sTio.\ Di:s loc;i:mexts
(lo loueur celui de di'hitaiil de Ixjissons. Etonnezvous après cela de la liaiiie de rouvrier contre les |)t'0[»i'iétaii'es ! 11 est eui-ieux de remarquer l'analogie entre les cours infectes de Londres où un locataire principal exploite les malheureux souslocataires dans des maisons louées à bail emphytéotique (il se fait également 20 à 2o p. 100 par an), et ces habitai ions de Paris. Le bail emphytéotique, se retrouve des deux côtés du détroit, bien qu'il ne soit pas ordinaire pour les maisons en l^'rance.
L'Assistance publique de Paris a souvent figuré et figure encore parmi les propriétaires qui louent leur terrain dans ces conditions. La cité des Kronmirs, disparue aujourd'hui grâce aux elîorts du D"^ du Mesnil et sous la jiression de l'opinion pul>1i([ue, était bâtie sur les terrains de l'Assistance publique.
Dans les quartiers à population moins agglonnh'ée comme le 13'' et le 14" arrondissements, les liabitations, aussi pauvres et pres([ue toujours fort sales, sont moins malsaines, car les vastes espaces encore dépourvus de construclions assainissent considérablement cette jiortion de Paris. La santé y est généralement moins mau^ aise qu à Charonne ou au faubourg Saint-Antoine. C'est de ce côté ((u'on rencontre les cités ouvrières, dont les plus connues sont la cité Jeanne d'Arc et la cité Doré, l'iinc à droite, l'antre à uauche du boulevard de la
ivv FKAXCK. ::2TÎ
(iarc. La cité Jeanne tF Arc comprend liiiit immeubles à plusieurs étages, divisés en 1,200 log(>ments ot contenant plus do 2000 personnes. Les escaliers sombres et glissants sont moins éclairés et plus dangereux le soir quaucunc partie de la voie publique au milieu de la nuit. Leur infection défie toute description. Pour consentir à y loger, il faut que le père de famille soit réduit au dernier dénuement. Telle est l'immoralité de ces grandes agglomérations que la mère, en vous parlant de ce logement, s'excuse spontanément d"y être venue babiter (1).
Si du V.V arrondissement on revient à la Chapelle, à Montmartre et quon entre dans des maisons de bonne apparence, on apprend que les familles à nombreux enfants ne sont pas tolérées. Pour y être admis au jour du terme, les parents n'avaient qu'un ou deux enfants; les autres sont prêtés à quelque voisin complaisant; plusieurs jours s'écoulent, il en revient un. puis la semaine suivante on en fait rentrer un autre. Seulement, dès que le principal locataire faisant fonction de concierge constate qu'il y a quatre enfants dans le logement, il donne congé. Le docteur du Mesnil a constaté le même fait (2).
(1) (jonrfjfos Picot, Vn devoir social, page 30.
(2) «Dans co charnier, dit-il en parlant du closMacquard, an milieu de ces misères profondes, nous trouvons qucl- <|nes inli-rieurs que le locataire a su rendre à peu près
Depuis quelques années, il existe un nouveau j;enre d'habitations dans certains quartiersexcentri- (.jfies. Les chilîonniers et toute une population indigente et nomade ont construit dans divers quartiers, surtout dans les terrains A^agues voisins des forfifications, des huttes en planches qui forment le dernier degré de l'habitation du pauvre. Aucune canalisation des eaux, pas d'écoulements ni de fosses, des cabanes en planches mal jointes, parfois de vieilles voitures de saltimbanques, sans roues, posées sur des tréteaux, forment l'abri de ces malheureux. Dans la cité Doré, suivant l'expression d'un rapport officiel, toute une population grouille dans l'obscurité humide d'un dédale de ruines.
L'encombrement des logements à Paris et la hausse des loyers sont, d après M. Picot, des phénomènes relativement récents. Ils datent de vingtcinq à trente ans. Les grands travaux d'embellis-
habitables par des prodiges de soin et de propreté. A ceuxlà nous demandions comment avec dos habitudes d'ordre, de propreté, ils pouvaient venir loger dans de tels taudis. ■« C'est que nous avons une nombreuse famille et que les propriétaires de nos maisons ne toléraient i>as les enfants. » Quelques jours après, nous étions à la préfecture de police, quand se présenta un ménage jeune, de bon aspect ; il demande à être rapatrié gratuitement. On lui fait valoir que le travail ne manque pas à Paris. « C'est vrai, disent-ils, mais nous avons une famille nombreuse et b's propriétaires ne veulent pas de nous. »
EN FRAÎNCE. 273
seinent et cFassainissement ont eu ce contre-coup de chasser la classe ouvrière des maisons dont elle habitait les étages supérieurs et de la refouler au loin; mais ce mouvement ne pouvait être général. Il est beaucoup de professions qui retiennent ceux qui les exercent à proximité de leur travail. Il se produisit alors deux faits absolument distincts : dans l'intérieur de Paris, de vieilles maisons reçurent un nombre disproportionné de locataires, auxquels manquaient à la fois l'air, la lumière et la place; tandis qu'au loin des spéculateurs, de petits entrepreneurs, des maçons, élevaient de médiocres maisons dont ils louaient aux ouvriers les chambres à peine achevées. Le plus souvent le propriétaire disparaissait, laissant les ennuis d'une perception diflicile au principal locataire, qui convertit en logements des boutiques, des remises, divisant et subdivisant les chambres.
Je n'insisterai pas. Ceux qui voudraient contempler les tableaux dune misère abj ecte , navrante , malsaine, tableaux qu'on retrouve tout semblables k Paris, à Berlin et à Londres, n'ont qu'à consulter les études du docteur du Mesnil et celles de .M. d'Haussonville.
Il se dégage dès l'escalier une atmosphère méphitique, une odeur de moisi et d'humidité qui saisit à la gorge. Les ordures sont entassées sur l'escalier ou dans la cour. Les chambres sont peu élevées, la saleté des générations successives
-2 il OLliSTlU.N DES LOGEMENTS
s'étend on couches épaisses du plafond aupaïquel, file suinte le long- des murs; jamais un coup de halai n'a été donné, l^ameublement est en rapport avec le reste,
J^es chambres uniques valent au miniinum 80 francs. Dans la proximité des fabriques, elles s'élèvent jusqu'à ITiO francs. Avec un petit cabinel elles montent à 200 et 300 francs. La division des sexes n'a lien en aucun de ces logements. 11 faut arriver à trois chambres pour que la séparation soit possible. Or, d'après M. Picot, les trois cluimbres sont un luxe fort rare dans la classe ouvrière, car elles valent partout plus de 300 francs. ï*our mettre un prix aussi élevé à son loyer, il faut que l'ouvrier j;ag'ie 7 à 8 francs par jour.
Dans les (piartiers excentriques, tels que ceux de la Maison-Blanche et de la Salpètrière (13" arrondissement) ou certaines portions des 19*^ et 20" arrondissements, deux pièces peu vastes sans cuisine se louent g(''néralement 2.^)0 francs par an; deux ])ièces avec petite cuisine, 280 à 320 francs; trois pièces et ime cuisine, le tout fort étroit, montent à 400 francs par an. Et encore tous ou prestpie tous ces logements sont (b'-fectueux au point de vue <\e la salubrité et de la propreté. Dans une série d'inmieubles neufs construits au coin des rues de Tolbiac et de l'Espérance (13" arrondissement^ (jue h'urs habitants n'ont [)as encore eu le temps (b^
i:\ FRANCE. 2ia
salir et qui ont l'eau et le gaz à tous les élagi^s, — immeubles construits dans les conditions les plus économiques, il faut monter au cinquième étage pour obtenir deux petites pièces et une cuisine plus petite encore au prix de 280 à 290 francs par an ; les mêmes appartements se louent aux étages inférieurs 320, 3.o0, 380 francs; ceux qui comp- I eut une pièce de plus vont de 400 à 500 francs et au-dessus, selon les étages.
Dans les procès-verbaux de la commission chargée de faire une enquête sur la situation des ouvriers de l'industrie et de l'agriculture en Franco et de prc'sentcr un premier rapport sur la crise industrielle à Paris (commission des 44, février 188i\ oiv trouve de nombreuses dépositions se rapportant à la question des loyers. Le lover nu)yen pour nm^, famille est évalué par les déposants entre 300 et .3.')0 francs. Les colleurs d(^ papier (pion a entendus ont dit que dans les tpiarliers excentri(pies on peut se loger pour 250 francs, mais il faut ajouter 50 centimes pour frais de voilure (? sic) par jour, ce qui porte le loyer à VOO francs. Vn d«''posant qui est un ancien ouvrier, M. Lyonnais, a donné le budget d'un ménage <le quatre personnes existant dans des conditions nf)rmales. (pie je crois de\oir reproduire ici :
Nourriture 1 350 . 0.i
Chauffage, éclairage 321.50
Eatrelien 150.00
Loyer 300.00
Total 2022.45
et dont le détail se trouve en note (I).
(1) Aunée 1884, quatre personnes.
1° Nourriture ;
par an. par jour.
Pain 365.00 1.00
Vin 255.00 0.70
Alcool 18 25 0.05
• Viande et triperie 365.00 l.CO
Fruits et légumes i
Beurre 109.50 0.30
Jardinage )
OEufs 18.25 0.05
Fromages 9.10 0.025
Poisson 9.10 0.025
Poivre, sel 18.25 0.05
Café, lait, sucre 146 50 0.40
Total 13o0.95 3.70
2» ChaufTagc, éclairage, etc. :
par au.
ChaulTage 60.00
Éclairage 36 . 50
Blanchissage 52.00
Cirage, fil, boutons, balais 18.25
Tabac 36.50
Journal 1 8 . 25
Total 221.50
3" Entretien :
[ Mari 40 fr. j
Vêtements Femme 30 — ( 100
( Enfants 30 — ^
( Alari, 2 paires ... 20 — )
Chaussures j Femme, 2 paires. 15 — [ 50
( Enfants, 4 paires. 15 — 1 4" Loyer 300
Ensemble 2 022.45 (5.53 p. j.)
M. d'Haussonville et d'autres publicistes estiment que l'ouvrier adulte peut se nourrir suffisamment à Paris avec 1 fr. 75 par jour. Cette affirmation a été vivement critiquée par certains ouvriers devant la commission d'enquête sur les industries d'art. « A ce prix, l'ouvrier ne peut se nourrir que de haricots cuits avec des cristaux de soude, de viande désinfectée par l'acide carbonique et de vin fabriqué rue de Gharenton » (procès-verbal p. 309). Les critiques sont peut-être fondées, s'il s'agit d'ouvriers prenant leur repas dans la gargote voisinede l'atelier; ceux-là, célibataires ou ouvriers travaillant loin de leur domicile, n'auront sans doute qu'une nourriture très médiocre pour 1 fr. 7o par jour. Mais l'ouvrier qui peut prendre ses trois repas chez lui ou au moins les deux repas du matin et du soir, aura une nourriture convenable pour 1 fr. 75. Arrêtons-nous à ce chiffre. En 365 jours, l'ouvrier dépensera pour sa nourriture 638 fr. 75 (en chiffres ronds) . 6oO fr.-
M. Langlois évalue ses autres dépenses
Pour les vêtements à loO fr.
Pour chauffage, éclairage, blanchissage 100
Pour dépenses imprévues 100
Pour loyer 200
Et arrive au total d(; 1200 fr..
Cette somme ne permet aucun extra, mais elle peut suffire à l'entretien. Quand l'ouvrier est marié^
!27S ulESTlOX DES LOGEMENTS
la (h'peiisf doit être augmentée l"" de moitié poiiisa femme qui consomme moins et n'a pas de frais de loyer, 2" d'un fiers soit 400 francs }iar enfant, dont la pn'îsence exige un logement un peu plus grand.
Pour paver un logement de 200 à 250 francs, il faudra donc que l'ouvrier gagne de 3 fr. 50 à 4 francs jiar jour s'il est seul, pendant 1^00 jours ouvrables. — au moins 6 francs avec ou sans le salaire de sa femme s'il est marié sans enfant, — au moins de 7 à 10 francs avec ou sans le salaire complémejitaire de la femme, s'il est père de plusieurs enfants encore incapables de travailler.
Les dépositions sont contradictoires sur la question du coût de la vie. Les uns disent que la vie a augmenté de 30 p. 100, les autres c[ue le vêtement H la nourriture sont meilleur marché, mais que le loyer a augmenté (d'après quelques-uns on payerait 300 à8o0 francs ce qu'on avait il y avingt-cin({ ans pour loO à 200 francs, sans (juon soit plus confortablement logé). Les évaluations les plus générales lixent le reitcliérissement des loyei-s pour les ouvriers entre 15 et 25 p. 100. Il ne nuuujue pas de personnes compétentes, prîses parmi la classe des ti-availleurs, pour afiirmer que la vie, somme toute, n'est pas plus clièn», mais que les besoins ont augmenté dans des proportions considérables. Je recomnumde à ceux qui ne sont pas découragc's ])ar la fatigue de fouiller dans des déposilions di'cousues et sans le secours d'un index connue celui
KN FRANCK. iîi79
dos Blue hooks analais, les procès- verbaux de la commission des 44 et ceux de reiiquête pr(''sidée par M. Proust sur les industries d'art.
Il y a à Paris des ouvriers d'élite qui gagnent des salaires très élevés : dans certaines industries d'art, il y a des bijoutiers, des sertisseurs de pierres précieuses, des graveurs de cartes gé'ographiques, etc., qui reçoivent parfois de 20 à 30 francs par jour. Mais c'est l'infime minorité, qui comprend à peine un dixième des 300,000 ou 325,000 ouvriers de Paris. La masse de la population ouvrière peut se diviser en trois (1) catégories : 1" les hommes dont les travaux, sans exiger de l'art à proprement parler, réclament une certaine habileté et souvent aussi une grande force physique, comme les menuisiers, charpentiers, zingueurs, plombiers, ravaleurs, etc. Leurs salaires ne descendent guère au-dessous de 8 francs, montent parfois plus haut ; mais la morte-saison, les chômages (2) font baisser un peu ce chiffre et leur gain annuel ne doit pas dépasser 2, 000 à 2, 400 francs. Voyez par exemple les ouvriers fondeurs, donl le
il) Voiries ('-tuilfS de >f. d'Haussonvillc sur la Misère à. I>aris.
(2 L'industrie parisii'iine dans bcaucouii di' ses liranclies sui)it, des périodes de morte-saison et de c]iônia^^(' noi'- Miai. Voir le Rapport de M. Spuller à la Commission d'enifuèto parlementaire sur la situation des ouviiersen Kranc(\ pages 49 et suivantes.
salaire normal est de G fr. 50 par jour, 268 jours de travail donnent 1,742 fr. par an et par jour 4 fr. 77 en moyenne.
2" On trouve les ouvriers dont le travail demande seulement une certaine force physique, sans habileté professionnelle, tels que les charretiers, terrassiers, hommes de peine et tant d'autres; leur ^ain qui varie de 3 fr. oO à o fr. par jour est certainement réduit par les mortes-saisons à 1,200 ou 1000 francs par an.
3° Enfin au-dessous de ces deux catégories se trouvent les irréguliers du monde industriel, les distributeurs de prospectus, crieurs de journaux, chiffonniers, marchands ambulants. La plus grande partie de ces hommes, qui ne portent même pas le nom d'ouvriers, gagnent rarement plus de 2 francs ù 2 fr. 50 par jour et souvent moins.
On voit que les salaires moyens des ouvriers de la catégorie d'élite, 10 p. 100 de la classe ouvrière à Paris, supportent seuls des loyers de ♦^00 francs et au-dessus ; pour les catégories inférieures, la première seule peut y mettre de 200 à 300 francs.
A nos yeux, la faiblesse des ressources de la classe ouvrière est certainement l'une des causes principales qu'elle soit si mal logée; ses mauvaises habitudes au point de vue de la propreté sont un second facteur, et, comme j'aurai occasion de le dire, l'intervention de l'État ne peut rien ni contre
l'insuffisance des salaires ni contre les habitudes vicieuses des habitants.
On se plaint à Paris non seulement de la cherté, mais encore de la rareté des logements d'ouvriers. Si près de cinquante témoins ont déclaré devant la Commission d'enquête présidée par M. Spuller, que Ton n'avait point à Paris assez de maisons ouvwères, soixante au moins ont affirmé le contraire et assuré que rien n'était plus aisé que de construire ou <le vendre des bâtiments à bon marché. La commission s'est déclarée incompétente à trancher un pareil débat,
M. Leroy-Beaulieu a analysé un certain nombre de ces dépositions, notamment celle de M. Robmot, directeur du Sons-Comptoir des entrepreneurs, l'établissement qui a pris la part la plus active au grand mouvement de construction des dernières années. « Ma plus grosse spéculation, a dit M. Robinot, a été de faire quatre-vingts maisons sur le revers de la butte Montmartre. Il y a là une population nombreuse qui n'habitait que des maisons mal faites, sans air et malsaines. On lui a fait des maisons propres, aérées, où chaque appartement contient un wator-closet. » Sur le revers de la butte Montmartre les appartements nouvellement construits représentent un prix de location de 300 à 500 francs et se composent de 2 à 3 pièces. Dans la rue des Poissonniers et dans la rue Doudeauville, on a construit une petite ville qui peut loger
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8 à 10,U00 personnes; on a l'ait des constructions analogues dans le sud de Paris. En 1884, M. Grosclaude, président de la chambre des entrepreneurs de d(*molition, disait (jue si l'on voulait son donner la peine, on Aerrait (juil y a beaucoup de logements au prix de 100 à 500 francs vacants. Notamment dans les (|uartiersexcentri([ues, à Montmartre et dans le quinzième arrondissement, il y a beaucoup de logements autrefois occupés par des ouvriers qui sont vacants. M. Grosclaude a fait connaître un tableau de dix-huit maisons situées dans le 12" arrondissement, bien tenues, saines, à pièces claires, aérées, qui ont une façade en pierre de taille, des persiennes à toutes les fenêtres; eau dans les cuisines; gaz. Dans ces maisons il y a 382 logements dont 56 ont un loyer de 100 à 150 francs, 15 de 151 à 200, 20 de 201 à 250, 33 de 251 à 400. Ainsi 12i appartements, soit à peu près le tiers de ceux compris dans ces maisons neuves, ne dépassent pas 300 francs. Suivant le même déposant, la hausse des salaires (1884) à Paris depuis 20 ans n'a pas été moindre de 1 à 3 francs par jour, soit une augmentation de 300 à 900 trancs, tandis que la hausse des loyers n"a pas dépassé par famille d'ouvrier de 20 à 100 francs au maximum.
Tout cela n'empêche pas ([uil ny ait à Paris un graïul nombre de logements insalubres occupés par la classe ouvrière, (lombien y a-t-il d'ouvriers
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logés dans des conditions insuffisantes? M. Lnng-lois et M. Caclienx se sont ell'orcés de répondre à cette question. Suivant eux, sur les 300,000 à 325,000 ouvriers qui sont à Paris, un tiers occupe des logements insuffisants et malsains ; un certain nombre d'entre eux, père, fils, frères, demeurent ensemble, on pourra donc conclure qu'il y a 70,000 à 75.000 ménages dont le logement laisse beaucouj» à désirer. A cinq personnes par ménage, cela ferait 350,000 habitants logés d'une manière insuffisante. Je n'ai pas grande confiance dans ces calculs légèrement hypothétiques : je les reproduis plutôt par acquit de conscience.
Les statistiques officielles de la ville de Paris pour 1881 mentionnent 46,8f 5 locaux occupés par des indigents inscrits sur les registres de l'assistance publique. Sur ce nombre 24,663 ne se composent que dune pièce servant à la fois de dortoir, de cuisine, de salle à manger, et 42,734 n'ont qu'une petite pièce avec une toute petite cuisine. Si l'on ajoute à ces logements habités par les indigents les logements occupés par des familles non inscrites au bureau de bienfaisance, on arrive facilement à ce chifîre de 70,000 habitants. M. Cacheux, après une visite minutieuse de quelques milliers de logements, s'est arrêté à ce chiffre.
Puisque nous sommes un peu dans le domaine des chiffres approximatifs, j'ajouterai que le même [ihilanthrope M. Cacheux (auteur d'un ouvrage?
excellent sur Les habitations ouvrières en toutpays^ en collahoratioii avec M. Millier, conslructeur de la cité ouvrière de Mulhouse) suppose qu'il y aurait au moins cent mille chambres à construire, qui coûteraient, à 1,200 francs Tune, soit 120 millions, et si l'on ajoute à cette somme les travaux «d'assainissement des logements non démolis, on arrive au chifîre rond de 200 millions de francs.
La Société immobilière de Montmartre a construit dans le 18" arrondissement 3,000 logements de 100 à 700 francs, composés de 2 pièces, une cuisine et un water-closct. Ces maisons peuvent contenir 10,000 locataires, elles représentent un capital de 25 millions de francs. M. de Molinari a été amené à dire que si la ville de Paris s'avisait de vouloir loger la population ouvrière, les artisans et les petits employés, il faudrait compter sur une dépense de 2o0 millions par 100,000 habitants. Il y a un écart considérable entre M. Cacheux et le rédacteur en chef du Journal des Economistes.
Il est naturellement fort difficile d'évaluer en moyenne le prix de revient d'un logement comprenant deux ou trois pièces avec une petite cuisine. M. Cacheux, qui a construit beaucoup de logements à bon marcln'' et qui est propriétaire de plusieurs immeubles, aflîrme qu'ils reviennent à 5,000 francs, et encore faut-il, pour descendre à ce prix de revient, que ces logements soient non pas dans des maisonnettes distinctes et peu élevées,
mais dans de vastes immeubles à quatre ou cinq étages construits le plus économiquement possible. Un logement construit dans de telles conditions doit être loué 400 francs environ; pour obtenir un rendement de 4 à Tj p. 100, en tenant compte des pertes causées par les impôts si lourds à Paris, par les non-valeurs, l'entretien, l'assurance, les réparations, il faut louer sur la base de 8 p. 100 du capital.
Le coût des constructions à Paris est considérable dans quelque quartier qu'on les fasse, à cause du prix élevé de la main-d'œuvre et des droits d'octroi, qui grèvent à l'entrée les matériaux. Il ne faut pas oublier non plus que les frais de viabilité à rembourser à la ville sont très lourds et que les droits de mutation, d'enregistrement absorbent 1 à 8 p. 100 pour le moins.