LA QUESTIOA DU LOGE.ME.NT KX GENERAL. VUES DE L AUTEUR, OUI
so^'T ÉGALEMENT CELLES DE MM. Leroy-BeauHeu, de Molinan, Léon Say, Picot, Yves Guyot, etc. objections contre l'intervention DIRECTE DE l'ÉTAT OU DES MUNICIPALITÉS. IL n'y A PAS DE PANACÉE, PAS DE FORMULE UNIQUE : l'aMÉLIORATION NE PEUT PROVENIR DE l'ÉTAT OU DES MUNICIPALITÉS CONSTRUISANT ET FOURNISSANT A BON MARCHE DES LOGEMENTS AUX OUVRIERS, MAIS DE l'action SIMULTANÉE d'uNE SÉRIE DE FACTEURS, INTÉRÊT PÉCUNIAIRE, ACTION DE I.A CHARITÉ, SELF-HELP DE l'ÉLITE DES OUVRIERS.
ESSAIS FAITS A PARIS SOUS l'eMPIRE POUR LOGER LES OUVRIERS.
— M. Cacheux et ses maisons a bon marché. La Société de Passy-AuteaiL
LES projets soumis AU CONSEIL MUNICIPAL DE PARIS.
J'ai examiné jusqu'ici la législation française actuelle sui* les logements insalubres, la législation sur les garnis à Paris; j'ai passé eu revue l'étal desliahitations à Paris, j'en ai indiqué le nombre et le loyer, j ai esquissé en passant le budget approximatif des classes ouvrières; il nie reste à présent à montrer b's mesures qu'on a employées dans le passé, celtes qu'on a proposé d'employer
ilaiis le présent, les tentatives ([ui ont eu lieu alin «l'améliorer la situation. Lors([ue j'aurai terminé ce qui concerne la capitale, je résumerai ce qui a été fait dans cetordiuï d'idt^es en province, dans quelques grandes villes.
Personne ne nie les inconvénients physiques et moraux des logements insalubres, habités par les classes ouvrières et les indigents. La condition misérable de leurs habitations, l'encombrement qui y règne avec son cortège de maladies de tout ordre, avec son accompagnement de crimes et de vices, les dangers permanents qui en résultent, qui menacent la santé et l'ordre public, ont été bien des fois mis en lumière. En Angleterre, depuis quarante ans, on s'est efforc»' d'y porter remède à l'aide démesures législatives, de règlements de salubrité et avec le secours de la charité ; des progrès ont été accomplis, mais il n"a pas «ité possible de transformer les logements des ouvriers et des pauvres (je parle de la grande masse du prolétariat) en chambres propres et confortables ; surtout il n'a pas été possible d'augmenter les ressources, les salaires des malheureux dans une pioportion suffisante ni par des moyens artificiels. Le nœud de la difficulté, c'est la pauvreté même <le ceux qui vivent entassés dans des bouges infects. — ignorants ou peu soucieux des exigences di' Ihygiène, de la pudeur et de la décence. (!lette piiuvreté peut être le fait des circonstances ou pro-
venir de mauvaises habitudes^ de l'intempérance, de la paresse. Cela n'y fait rien.
Toutes les descriptions poignantes que nous avons lues et que nous avons pu véritier ont pour objet de rendre plus pressante la solution du problème : « Comment améliorer les logements des ouvriers et des pauvres? » Il est admis que la condition actuelle en est déplorable au point de vue de la santé, non seulement de ceux qui les habitent, mais de la ville entière, parce que ces logements insalubres sont des foyers d'épidémie; la 77iisère qu'on y endure fait des ouvriers et des pauvres une proie facile pour les propagateurs d'idées subversives ; c'est le danger social, à côté du danger physique.
La question du logement du pauvre est l'une des plus compliquées et l'une des plus difficiles à résoudre; elle forme une branche de la question sociale tout entière, à l'égal de la nourriture et du vêtement. Les mêmes règles et les mêmes principes s'appliquent à cet ensemble de problèmes, avec quelcjucs restrictions toutefois indiquées par le bon sens.
Le rôle de l'Etat ou des municipalités est clairement indiqué : ils ont le devoir d'empêcher la vente d'aliments insalubres, et comme leur mission est avant tout une mission d'hygiène et de police, de faire la guerre aux logements malsains, mais en subordonnant cette action à certaines réserves indispensables.
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On ne saurait en tout cas demander à l'Etat de fournir soit des logements, soit des aliments gratuitement ou au-dessous du prix courant, sous peine de commettre une injustice vis-à-vis de ceux qui ne }»articipent pas à ces faveurs, et sous peine de démoraliser les classes indigentes, (^es aliments et ces habitations à bon marché entraînent une perte pour l'Etat, tjui est obligé de recourir à l'impôt pour y faire face.
Cette augmentation d'inipùt retombe sur toulc la nation; elle pèse le plus lourdement sur les pauvres. Les subventions de l'Etat ont en outre un inconvénient : elles découragent riiiitiative privée, l'industrie des particuliers. Si l'Etat construit ou l'ait construire des maisons dont le loyer est plus l)as que ne le comportent les circonstances, il entrave la construction des maisons et obtient un r<'sultat opposé à celui qu'il espérait. L'insalubrité provient de l'entassement prodigieux d'êtres humains dans des pièces qui ne sont pas faites pour contenir un si grand nombre de personnes, de la négligence absolue des règles sanitaires, de la saleté accumulée. Des maisons et des quartiers entiers sont devenus des foyers permanents de contagion. Les causes de cet entassement sont, comme je n'ai cessé de le dire, la pauvreté extrême des habitants, qui ne leur })crmt't pas de chercher dos logements plus salubres, plus vastes et surtout ))!ns chers, et qui empêche un grand nombre de
:2î)() QUESTION DES LOGEMENTS
s'éloigner de l'endroit où ils g;if>uent leur existenco, — l'augmentation dépopulation dxw aux naissances dabonl, puis à Tinimigration constante d'ouvriers altirc'S des campagnes ou des villes de province vers la capitale, entin la démolition de quartiers habiit's par les ouvriers et qui ont disparu pour faire })lace à dès rues nouvelles, à des gares, à des entrepôts ou qui ont été déblayés par raison de salubrité. Contre la pauvreté extrême, il n'y a pas de remède : !e paupérisme est inguérissable. Contre les mauvaises babitudes des habitants sous le rapport de la propreté, il faut s'armer de patience ; l'usage de l'eau et du balai finira peut-être par devenir plus commun et plus fréquent. C'est une éducation à faire.
A l'aide d'une surveillance active et énergique des autorités locales, on peut, dit-on, s'opposera l'existence de logements insalubres, forcer les propriétaires à tenir leurs immeubles dans un meilleur état; on peut surveiller davantage la construcsion des maisons neuves, exiger (ju'elles répondent à un certain minimum de salul)rité. -Mais il ne faut pas oublier que, dans beaucoup de pays, les lois et les règlements de police u'ont pas fait défaut, les aimes ne manquent pas dans l'arsenal administratif. Malheureusement elles sont restées sans application dans bien des cas.
Ce qui est nécessaire avant tout, c'est une opinion publique éclairée qui |)uisse exercer une
pression bienfaisante sur les individus comme sur les autorités locales. Le devoir de tous ceux qui se préoccupent des questions sociales est de contribuer à former cette opinion publique.
Je me sépare sans reg ret de ceux qui voient dans Tintervention directe de l'État ou de la commune un moyen de porter remède à cet état de choses. Je suis absolument convaincu qu'il est absolument impossible, à moins de s'exposer au plus mauvais résultat final, de faire cojistruire des logements à bon marché par l'Etat ou par la commune, comme le demandent les socialistes français, et j'aurai l'occasion tout à l'heure d'exposer les plans divers qu'ils ont expliqués au conseil municipal de Paris.
La municipalité peut améliorer sérieusement l'état général de salubrité par la construction dégoûts et en procurant l'eau à bon marché. On sait dans quel état affreux le choléra a trouvé les villes les plus riches du midi comme Marseille ou des cités militaires comme Toulon.
A l'Académie des sciences morales et politiques, la question du logement de l'ouvrier a donné lieu à d'intéressantes discussions dans ces dernières années. L'Académie s'était souvent préoccupée des dangers physiques et moraux résultant de logements insalubres et encombrés ; elle avait entendu en 1848 M. Blanquier lui faire une description hideuse de l'état des habitations, elle chargea M. Villermé d'étudier ces questions, et l'on n'aura
i9^ QUESTION DES LOGEMENTS
pas oiihlié les nu'laiicoli<|iies et oloquenls tableaux Iracés par M. Jules Simon duns T Onviière. Au mois de décembro 1883, M. Picot présenta à l'Acadcniie deux brochures du D'' Du Mesnil (Elude sur i habitation du pauvre à Paris et Note sur une rue du faubourg Saint- Antoine en \^'è'^)ào\û. au mois de uuii 1882, M. Jules Simon avait déjà signalé les travaux.
Le rapport \erbal de M. Picot tut le point de départ d'une discussion à laquelle prirent part MM. Léon Say, Leroy-Beaulieu, Frédéric Passy, Jules Simon. Tout le monde fut d'accord sur l'étendue du mal, sur la nécessité de faire tout ce qui sera possible pour l'atténuer, sinoAi pour le supprimer, personne ne (U'éconisa de remèdes héroïques (]ui ])euvent être pires que le mal.
M. Jules Simon a clos le débat en prenant la défense du sentiment, qui a un rôle à jouer dans les améliorations sociales, et que la science aurait tort de dédaigner. Il doit se soumettre à la règle, mais c'est lui qui donne l'élan. M. Jules Simon considère riusalul)rité des logements connue un nuil redoutable, mais non pas invincible : témoin les progrès accomplis depuis quelques années dans certaines de nos provinces où l'insalubrité et la nuilpropreté deshabitatious étaient naguère encore proverbiales. Ce n'est pas une (pieslion daigent : les logements salubres ne coulent pas plus cher que les taudis malsains; c'est une affaire d'édu-
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cation. 11 l'aiil apprendre aux ouvriers et aux paysans à aimer la propreté, à s'en faire un besoin, <à en comprendre les conditions. Il faut peut-être aussi apprendre leur devoir à certaijis propriétaires d'immeubles dont lincurie et ravidit('' sont un malheur social.
La Société d'économie politique de Paris s'est occupée à diverses reprises de la question des logements. Les discussions ont été fort intéressantes, et je me permettrai d'indiquer quelques-uns des arguments invoqués.
On a répondu à ceux qui demandaient l'intervention de la ville de Paris sous une forme ou sous une autre, que dès que les projets furent connus, tous les entrepreneurs qui avaient commencé à construire arrêtèrent leurs travaux, comptant les reprendre lorsqu'ils pourraient profiter des avantages promis aux constructeurs des maisons du nouveau modèle ; au lieu de s'arrêter, la crise n'en fut qu'aggravée.
^L Yves Guyot a fait remarquer que la hausse des loyers, dans une ville dont la population s'accroît incessamment comme à Paris, est un fait inévitable à moins qu'on ne trouve moyen d'agrandir la ville, ce qu'on peut faire de deux façons : en hauteur et en superficie. En hauteur la limite maximum est atteinte, mais en superficie il y a encore bien de la marge, surtout si on supprime les fortifications. Lu tout cas on peut encore cons-
triiiro l)ion dos maisons, soit Jans les (|uartiers oxconti'i(jiies,soit dans la baiiliciie,soulomont il ost indispensal)le on môme temps de multiplier les moyens de transport à bon marché, et de tous ces moyens, le plus puissant serait sans contredit le chemin de fer nnMropolitain.
M. Leroy-Beaiilieu a repoussé l'assimilation qu'on a prétendu établir entre la garantie de Tintérét que lEtal accorde aux compagnies de cliemins de fer et celle qu'on a demandée pour les prêts du Crédit foncier à des entrepreneurs de bâtisse. Quand il s'agit de construire des lignes reconnues nécessaires, et destinées à rester longtemps improductives, l'Etat donne sa garantie ou bien les lignes ne se feraient pas. Les logements à bon marché ne font pas aussi défaut (|u*on le dit. M. Leroy-Beaulieu a confirmé le fait que le jour où la ville de Paris a ouvert aux entrepreneurs la perspective d'une subvention directe ou indirecte, les travaux se sont arrêtés net ; ils ont été repris dès que cette perspective s'est évanouie et toutes les fois que la collectivité nationale ou communale intervient en matière de production, elle crée la disette au lieu de l'abondance. D'un autre coté, en supposant que l'on réussit par des arrangements quelconques à nuilliplicr les petits logements à bon marché, il faudrait du temps pour cela, et l'on s'exposerait à ceci : que la j)opulation, (jui s'est accrue à Paris d'uiu' façon anornuile sous
l'intluence de causes anormales, se trouverait avoir diminué lorsque les constructions seraient terminées. Pour le moment, ce ne sont pas, quoi qu'on en dise, les terrains qui mnnquent; il en reste beaucoup dans les quartiers excentriques, qui se couvriraient de constructions si les maisons avaient chance de Iromer des locataires. Quant aux moyens de transport, s'ils sont insuffisants, à qui la faute ? pourquoi y a-t-il des droits si élevés sur le fourrage? pourquoi le droit de 1500 francs par voiture d'omnibus ?
En somme M. Leroy-Beaulieu pense que le seul mode légitime et efficace d'intervention de l'Etat ou de la ville pour amener la baisse des loyers, c'est la modération des impôts par la diminution des dépenses. Une économie annuelle de 200 millions, qu'il eût été possible de faire depuis 1880 et qui eut été appliquée à la réduction de certaines taxes, favoriserait mieux que toutes les combinaisons socialistes la multiplication des logements à bon marché et l'essor de l'industrie française (1).
i Ij Le vrai progrès est, en somme, dans les progrès de riiygiène, dans sa vulgarisation et aussi dans une meill<;urc économie publiijue et privée, dans la suppression des travaux et des dépenses inutiles, et par" suite dans luUègenient des impôts, notamment de ceux qui frappent les matériaux de construction et les transports. Il conviendrait aussi, dans l'intérêt des petits locataires, de n'forni''r certaines prescriptions légales ou du moins
-l''M\ oriNTION IlKS LOGRMKNTS
M. W'ilsoii a exprimé l'idée que le concours de l'Etat peut se traduire utilement et sans atteinte portée aux principes économie jues par des exemptions ou des modc'rations temporaires de taxes au profit des propriétaires de maisons construites dans certaines conditions déterminées.
J'ai eu moi-même l'occasion de dire que les arguments des hygiénistes et des socialistes ne m'avaient pas converti au dogme de l'intervention de l'Etat, à moins qu'elle ne se traduit par des réductions d impôts, notamment de l'impôt des portes et fenêtres, qui semble avoir été inventé tout exprès pour empêcher les propriétaires d'aérer et d'éclairer leurs immeubles. Si les socialistes ne sont pas embarrassés à résoudre le problème du logement, s'il suffit de construire aux frais des riches des logements spacieux, sains et d'y loger les pauvres, sinon gratuitement, au moins moyennant un loyer très réduit, ce n'est que la moitié du problème. Autre chose est de créer des logements à bon marché, autre chose de pourvoir à toutes les exigences de l'iiygiènepublique et de l'hygiène privée. Les logements en général sont ce que sont ceux (|ui les habitent. Des gens misérables,
cortaius iis;ijj;cs : |i;ii' l'xciiiitlc, ci-hii <|iii (il>lifj;t> les lt)catairt's à no payci' leur Iovit ijuo par triiiiostro, alors qu'ils l»uurraienl plus aisf-inonl le payer pai' mois ou par semaiuo (M, Loroy-Hi'aiilii'u. Cdiniilcs n'iuliis île fAcatléniii'. ■i-4'' aiiiKM', ISH'f, p.iiji' I i-7 .
EX FRANCE. i97
désordonnés, malpropres, auront bientôt fait de transformer en un bouge infect le local coquet que vous leur aurez donné; la propriété et la salubrité sont choses essentiellement subjectives.
Il ne faut pas perdre de vue que la législation contre Finsahibrité exige, pour être efficace, un appareil compliqué et coûteux d'inspecteurs perpétuellement en mouvement, — que l'application des règlements dépend moins des fonctionnaires ou des magistrats que des habitants eux-mêmes : ceux-ci sont plus disposés à s'y soustraire qu'à s'y conformer.
Si les misérables habitent des greniers, des caves, des recoins sans air ni lumière, dans des maisons mal bâties et mal tenues, c'est parce qu'ils n'ont pas trouvé de meilleurs gîtes au prix qu'ils peuvent donner, et ils aiment encore mieux loger dans ces taudis que de ne loger nulle part. On est ainsi ramené à ce problème d'une solution au moins très difficile : une grande ville étant donnée, fournir à la population pauvre qui vient s'y entasser des logements propres, spacieux, aérés, pourvus de toutes les commodités désirables, et cela bien entendu aux prix les plus modérés. Mais supposons qu'on ait trouvé une solution utopi([ue. Comment s'y prendra-t-on pour empêcher les malheureux qui habiteront ces logements à bon marché de les transformer en bouges? Mettez une famille de chifTonniers dans le local le plus propre et le plus confortable: elle y entassera les détritus, les rebuts
±\)H Olj'ESTIO.N DES LOGEMENTS
qui l'ont lobjot de son coninicrco ; père, mère, enfants, vivront nu milieu de tout cela, comme ils ont l'habitude de vivre, c'est-à-dire sans nul souci possible de la propreté ou de riiyj^iène. Voilà dans la maison un foyer d'infection. Ghasserez-vous ces cbilTonniers? Il faut pourtant bien qu'ils se logent, qu'ils s'al)ritent quelque part.
Le problème no comporte pas de solution radicale. 11 n'y a ni formule unique ni i)anacée. (Vest surtout des progrès de l'aisance, de l'éducation morale, de l'instruction pratique des classes laborieuses qu'on doit attendre l'ann^lioration graduelle des conditions hygiéniques des centres populeux. L'administration peut sans doute faire exécuter des travaux utiles, elle peut établir des règles g(Miérales pour la sauvegarde de la santé publique, mais il faut y regarder à deux ou trois fois avant de la faire intervenir même au nom du salut public dans le domaine de la vie privée.
11 ne faut pas oublier que toute infraction à la liberté du contrat porte en elle-même les germes de son châtiment. Si l'exemple n'était pas trop étranger au sujet, je pourrais invoquer ce qui s'est passé en Irlande avec la législation agraire de M. Gladstone, qui a rendu plus difiicile la situation. Essayez de protéger l'ouvrier contre l'exploitation du logeur par l'intervention de la loi, et vous verrez les conséquences redoutables auxquelles vous vous exposerez.
Des résultats satisfaisants ont été obtenus dans une certaine mesure par la construction de maisons modèles, de cités ouvrières. La portion la plus aisée des ouvriers, celle qui a de salaires réguliers, a pu s'y loger en partie, et par conséquent cest autant de personnes de moins pour faire concurrence aux autres.
C'est l'affaire de l'industrie privée, des entreprises philanthropiques, de l'association des ouvriers eux-mêmes de fouriiir de meilleurs logements. Si les immeubles affectés à l'habitation dos ouvriers rapportent un bon revenu, on est sûr d'en voir le nombre saccroitre. Mais je le répète, ce nesl que par contre-coup qu'il faut espérer atteindre ce que les Anglais appellent le reddumn^ la lie de l'indigence. Il faut travailler par couches successives; oifrir des logements relativement confortables, sains, avecla possibilité, le cas échéant, de devenir propriétaires, c'est fort bien, mais vous ne vous adressez comme clientèle qu'à l'élite des ouvriers ou aux petits employés (ces derniers sont tout aussi intéressants que l'ouvrier et plus à plaindre, parce qu'ils sont tenus à plus de dépenses).
Il ne faut pas vouloir non plus imposer des règlements trop sévères pour les «Tnaisons modèles : vous retarderez d'autant leur popularité légitime. Est-ce qu'à Londres comme à Bristol, il n'y a pas eu pendant longtemps une certaine antipathie contre les model dwelling hanses?
;UH) OUKSTION DES LOGEMENTS
rs'oublioiis |»iis ([lie les frais si éle\és d'enregistrement soûl un obstacle à la iiiiilalioii fréquente de la jH'opriélé. (juils augmentent consid«h'al)leuieiit les dépenses d'acquisition. L'exemple de Mulhouse est là pour prouver que bien des logements occupés au début par des ouvriers qui les avaient achetés à la Société des cités ouvrières ont été revendus par eux avec bénéfice et sont occupés par une classe légèrement supérieure.
J'ai probablement l'esprit mal fait si je vois aussi vivement les objections à une intervention gouvernementale, et si je compte sur une amélioration progressive due à un ensemble de facteurs, au nombre desquels figure l'initiative privée, soit animée par l'idée du gain, soit inspirée par un désir de noble philanthropie. Je reconnais autant que personne les bienfaits d'un logement salubre, surtout lorsqu'il est la propriété de l'habitant. Il est nécessaire surtout de provoquer cette pression salutaire et constante de l'opinion publique, qu'il faut entretenir et ne pas laisser s'endormir. L'exemple de l'Angleterre est des plus instructifs pour la France : l'œuvre de miss Octavia Hill, qui agit elle-même, qui accomplit une mission généreuse en se mettant en contact avec les [rauvres, qui moralise par sa présence et qui en mênu' temps part de l'idée de faire les frais de l'entreprise commercialement, doit donner à réfléchir et exciter l'émulation.
Toute une série de petites réformes peuvent être introduites, même dans le mode de payement des loyers, — les recueillir par semaine au lieu de les encaisser par trimestre, etc.
Il est déplorable que l'attention du public se porte seulement à des époques irrégulières, à des intervalles plus ou moins consid(''rables vers la question du logement de louvrier et du pauvre. Il y a parfois comme un l'éveil de la conscience générale ; on est frappé du spectacle des misères humaines, et l'on éprouve plus vivement encore le contraste de la richesse, de l'aisance et de la pauvreté. A l'approche des grandes épidémies ou bien dans des moments de crise, lorsque les revendications des prolétaires se font avec plus de vivacité, lorsque les affaires languissent, lorsqu'il s'agit de tlatter le populaire, quelques-unes des grandes questions sociales reviennent sur le tapis. Elles forment l'objet de discussions aniuK'es dans la presse et dans le parlement. Une loi peut sortir de ces débats, loi malheureusement bientôt inappliquée. Au bout de quelques années, tout est retombé dans l'oubli, jusqu'à la prochaine alerte. Lorsqu'on vit sous le régime du parlementarisme tel qu'il est compris et pratiqué dans un pays livré à la démocratie à outrance comme la France, on finit par perdre confiance dans l'efficacité de la machine législatrice. Le progrès doit venir de l'élite des gouvernés agissant |>ar eux-mêmes. Pendant ces
périodes d'apathie et d'indiiîérence, des philantliropcs ou des économistes, des réformateurs ou des capitalistes poursuivent leurmission volontaire et cherchent à faire Tcducation des classes riches et aisées, à les rappeler au souvenir des devoirs sociaux qu'elles ont à remplir. Il y a quelque chose de fécond dans l'idée de l'assistance publi(|ue telle quelle fonctionne dans quelques grandes villes d'Allemagne, Elberfeld. Francfort : le patronat direct du pauvre par le riche, le patronat individuel. Il ne manque pas en France d'hommes intelligents qui comprennent les nécessités de l'heure présente, et comme j'aurai à le faire voir lorsque je parlerai de ce qui a été accompli à Orléans, à Reims, l'initiative part souvent des intéressés les plus directs, des ouvriers eux-mêmes. M. Georges Picot, membre de l'Institut, s'est mis en quelque sorte en tête d'une croisade contre les logements insalubres.il a publié l'an dernier un petit volume écrit avec une chaleur communicative : Un devoir social et les lofjcnients d'ourriers, dans lequel il expose en détail tout ce qui a été accompli en Angleterre. Il a visité l'Angleterre, et il en est revenu convaincu que seule l'initiative privée doit remédier aux maux causés par les logements étroits et insalubres.
Depuis lors, on n'a cessé de se préoccuper de la question. Elle a trouvé sa place à I Exposition d'hygiène de 188G (caserne Lobau), où M. Choys-
son, ancien directeur des usines du Creusot, viceprésident de la Société des habitations ouvrières d'Auteuil, professeur à l'Ecole des Mines, a l'ait une conférence des plus instructives sur/« Question des liahitations ouvrières en France et à V étranger. La situation actuelle, ses dangers et ses remèdes (1 vol.. chez G. Masson, 1886). M. Cheysson, chez lequel le cœur est à la hauteur de l'intelligence, sest fait avec M. Picot le promoteur d'une enquête d'initiative privée que la Société d'économie sociale, fondée par M. Leplay, a entreprise.
La Société d'économie sociale, sous l'influence de MM. Picot et Cheysson, tente une enrjuête d'initiative privée. Elle a publié dans la Réforme sociale, son organe, et dans la presse, une circulaire faisant appel aux hommes de bonne volonté : elle a élaboré un questionnaire montrant les points sur lesquels elle veut attirer l'attention.
Il s'agit, dans une première partie intitulée « Description des petits logements », d'étudier le logement actuel de l'ouvrier, ses insuffisances, son insalubrité, ses dangers pour la morale et la santé, l'élévation de son prix, en un mot de réunir dans un tableau d'ensemble, précédé d'une analyse de détail, l'état vrai des habitations ouvrières en
Dans la seconde partie, sous le titre « Amélioration des petits logements », le comité a eu en vue de provoquer d'abord la recherche des solutions
."{(►4 OUKSTION DKS LOdKMENTS
déjà appliquées, de (|iiok[iie initiative qu'elles émanent (ouvriers, patrons, sociélés philanthropiques, spéculation). « Après ces constatations de l'état actuel qui constituent l'enquête proprement dite, nous vous serions reconnaissants de vouloir bien consigner dans le paragraphe des solutions proposées vos idées personnelles sur les moyens à employer dans votre localité pour remédier an mal révélé par l'enquête. »
Il n'est donné ni à un gouvernement, malgré les moyens dont il dispose, ni à un comité, malgré l'inspiration qui l'anime, de faire réussir une enquête; le succès dépend exclusivement des correspondants dont on invoque la bonne volonté.
« L'enquête aura surtout pour objet de mettre en lumière des résultats : notre ambition est de les multiplier; elle notera les progrès accomplis : nous voulons stimuler les initiatives et hâter les améliorations. Notre enquête n'est pas seulement une élude; elle aspire à être une action.
Le comité est composé de : Georges Picot, président; E. Cheysson, A. Delaire, Claudio Jannet, René Lavollée, Jules Michel, D"" Jules Rochard, membres du Comité; Pierre de Coubertin, J.-A. des Retours, secrétaires.
Il paraît aussi que les organisateurs de l'Exposition de 1889 sont disposés à réserver une place aux questions qui concernent l'économie sociale et à ouvrir une enquête pour rassembler tous les ré-
siiltats obtenus tant en France qu'à l'étranger.
Il a été fait à Paris plusieurs essais pour loger les ouvriers. Le plus ancien est dû à M. Valladon, qui vers 1848 fit établir le passage Valladon et le borda de petites maisons qu'il vendit par annuités. Aujourd'hui le passage ainsi créé est devenu une rue ; les maisons ont éti' surélevées et elles n'appartiennent plus à des ouvriers.
En i8o2. \o gouvernement impérial donna dix millions pour améliorer les habitations ouvrières. Six millions servirent à construire les asiles de Vincennes et du Vésinet. Deux millions furent absorbés par la consti'uction de dix-sept maisons à étages, boulevard Diderot; mais, d'après M. Caclieux, dont on ne saurait nier la compétence, elles ne sont pas aménagées convenablement pour loger des ouvriers. Seize de ces maisons ont été louées récemment en principalelocation pour 106,000 francs. Des personnes très aisées y demeu 'oi.t.
Deux millions (1) enfin ont été fournis à titre de subvention à des constructeurs d'habitations ouvrières. Sur ces deux millions, 4,200,000 francs ont été distribués à Paris à titre de subvention, à raison de un tiers de la dépense, et ont servi à construire des habitations ouvrières valant 3,600,000 francs. Dans toutes ces constructions,
(1) Trois cent mille i'raiics, doniK'Siï la Société des luibitutionsouvriiTcs (le MuUiouse, oui l'aciliti' sa création.
.'{(If» OUESTIOX DES LOGEMENTS
le prix de la location du môtro superficiel devait varier entre 7 et 8 francs. Eu tenant compte de cette clanse et de tontes les conditions imposées par Tarchitecte du ministère, les propriétaires subventionnés tiraient à peine 5 p. 100 net de leurs logements d'ouvriers. Ils n'obtenaient un rendement supérieur qu'en louant les rez-de-chaussée comme boutiques au prix de 15 francs le mètre. On construisit en tout dix-sept maisons, dont l'une était destinée à loger des ouvriers célibataires. MM. Pereire firent rue Boursault, à l'aide de cette subvention du tiers des dépenses, une maison comprenant 204 chambres ; mais à cause de la sévérité du règlement, 67 seulement furent occupées, et le gouvernement dut accorder la permission de transformer l'hôtel en maison à petits logements. Un hôtel garni pour ouvriers fut construit au compte de l'Etat boulevard Mazas. Géré par un particulier, la maison aurait pu donner des bénéfices, assure jM. Cacheux. Le loyer devait être de o francs par quinzaine.
Napoléon III (1) fit construire à Paris quarante et une maisons, avenue Daumesnil. Il ofl'rit de les
(1) Ndpolt'oa III avait eu oonnuissance dos tentatives laites eu Anfj,leteiro où, eu 1842, le prince AJJjort avait aceeplé la présidence d'une société fondée pour l'aniélioralion du logement des classes laborieuses. Le gouverncnient lit traduire en 18;iOun écrit important de M. Robarts, arcliitecte anglais, contenant des plans et des devis.
donner à une Société composée d'ouvriers, à la condition que les membres de cette Société souscriraient mille actions de cent francs. Cette condition fut remplie par la Société coopérative immobilière des ouvriers de Paris, et la donation fut faite. Pour augmenter le chiffre de ses opérations, la Société emprunta 200,000 francs au Crédit foncier ; elle construisit des maisons à étages à Grenelle et la villa des Rigoles à Belleville. Dans les deux cas, la Société ne tira pas 5 p. 100 de son argent.
Les heureux résultats obtenus à Mulhouse encouragèrent plusieurs constructeurs à opérer de la même manière. A Clichy-la-Garenne, M. Jouffroy-Renault a fait construire 96 maisons, toutes louées ou vendues. M. Blondel a construit pour le compte d'une Société immobilière une vingtaine de maisr)ns, groupées par deux, sur la route de Charenton ; elles ont été vendues par annuités. La guerre de 1870 arrêta l'extension du projet comprenant deux grands boulevards, de belles maisons sur les voies principales et de réserver les fonds pour les maisons d'ouvriers.
Nous croyons superflu de retracer tous les essais faits à Paris depuis trente ans. Les résultats ont été peu sensibles eu égard à l'immensité des besoins, mais on n'est pas resté oisif. M. Cacheux a réussi à loger sainement et à un prix modéré de nombreux ménages d'ouvriers. 11 possède entre autres une maison construite en 1848 pour loger
.'U>8 gi ESTIO.N URS LOGIÎMENTS
cent ménages. « Jamais il n'y a de vacances dans cette maison ; elle i'a|)])(>rt«' 2o 000 francs par an chaque ann(;e, et je perds à peine de 300 à 300 francs par an par suite de non-valeurs ; il est vrai que mes logements ne sont pas loués cher et les locatiùres craignent d'être renvoyés s'ils se conduisent mal. » M. de Madie possède 83 maisons ouvrières, saines et convenahles, contenant plus de 7,000 locataires, M. (^acheux a été un véritable pionnier sur ce terrain des logements à bon marché ; c'est le collaborateur de M. Muller, l'architecte qui a construit les habitations de Mulhouse et l'auteur de nombreux ouvrages, Mù par le désir de faire du bien aux classes ouvrières et par le légitime besoin de faire fructifier ses capitaux, il a créé dans divers quartiers de la cajiitale, et même aux environs, des maisons qu'il a vendues par annuités, ou bien même il a avancé aux acquéreurs de lots de terrain les trois quarts de la somme nécessaire pour construire et en leur accordant un délai de (juin/e ans pour se libérer, u J'ai opéré en combinant le système de Mulhouse avec celui qui est employé par les building societies en Angleterre, Mon opération aux Lilas. près Paris, portant sur îl,000 mètres de terrain, a réussi au point de vue pécuniaire, »
Impasse Boilcau. il a fait édifier dix maisons contiguës compreuiiut chacune trois pièces et une cuisine, ayant «'onime dépendances une cave et
un jardin. Elles ont coûté 36,000 francs (1). M. Cacheux les a cédées an prix coûtant à la Société de Passij-Auteuil pour les habitants ouvriers. M. Cachenx est partisan de la vente par annuités de petites maisons. Le propriétaire de limmeuble auquel le locataire acquéreur a versé une certaine somme a en main une sorte de garantie. L'acquéreur profite de la plus-value acquise chaque année par les immeubles, plus-value certaine. Le locataire, certain de devenir propriétaire de sa maison, en prend soin.
M. Cacheux, qui a obtenu de si bons résultats sur une petite échelle, a fini par céder à l'ambition de voir faire grand. Se laissant entraîner sur la pente fatale du socialisme d'Etat, il a adressé une pétition au gouvernement pour demander qu'il fût accordé aux constructeurs sérieux soit une subvention de 2,000 francs par logement complet d'ouvriers, soit 4,000 francs à titre de prêt pour chaque habitation au taux de 3 p. 100 lan, ladite somme remboursable en trente ans. Cette proposition, inoffensive en apparence, est dangereuse : elle impose un sacrifice pécuniaire à l'Etat, elle encouragerait les revendications socialistes, et une fois engagé dans cette voie il serait
Ij M. CacluniXfaliuk'ijLirMlL'snuiisoiis isotées reviennent ;i 0,000 francs au minimum; lorsqu'on les groupe, on peut 1''? obtenir à un prix moins élevé.
impossible du rcl'iisor aux villes de province les subventions dont l'Etat aurait gratilié les communes. M. Caclioux avait essayé de se procurer des capitaux plus considérables par un appel au public, en fondant un crédit foncier populaire^ qui aurait consacré la moitié de son capital à aclieter des terrains et à construire quelques maisons; il aurait émis des obligations de 100 francs, rapportant 5 p. 100, qui auraient été prises et libérées par les acquéreurs des terrains et des maisons au moyen de petits versements. L'appel n'a pas abouti.
D'accord avec MM. Jean Dollfus, fondateur des sociétés ouvrières de Mulhouse, Emile Miiller^ ancien président de la Société des ingénieurs, architecte des cités ouvrières de Mulhouse, Jules Siegfried, fondateur de la cité havraise et des cités ouvrières de Bolbec, etc., M. Cacheux cherche à fonder la Société parisienne des habitations économiques, qui construira des habitations à bon marché (TJ.OOO francs par maison, vendues par 14 annuités de TJOO francs ou 20 annuités de 400 francs). Les statuts limiteront à 4 p. 100 le ju'oduit des actions.
Au moment oîi j'écris, la seule tentative positive (jui ait été tentée récemment, c'est celle de la Société anonyme des habitations ouvrières de Passy-Auteuil. Ce qui est précieux dans celle œuvre, c'est le caractère, la (jualilc des admiuis-
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trateurs et des actionnaires qui se sont associés pour lexomple, pour la propagande autant que pour le succès.
C'est l'application du système consistant à construire des maisons que les ouvriers peuvent acquérir par annuités.
Les bases de cette Société ont été jetées par cinq personnes, M. de Plasman, M. Meyer, M. Dietz-Monin, M. Paul Leroy-Beaulieu, et le docteur Blanche, à la lin de 1880. Elle a pour objectif lélite des ouvriers et ne s'adresse pas comme locataires aux couches inférieures.
Fondée au capital de 200,000 francs, elle a limité à 4 p. 100 par an Fintérét maximum de son capital. Elle peut donc fixer à un prix peu élevé le loyer de ses maisons, loyer qui varie de 438 à 480 francs (amortissement compris) outre une somme de oOO à 1,000 francs à payer en entrant. Elle a construit à Passy-Auteuil de petites maisons comprenant cave, bûcher, trois pièces avec cuisine; elle les loue, en comprenant dans le prix du loyer un amortissement qui permet au locataire de devenir propriétaire au bout dun certuin noujbre d'années (1).
1) M. Lcivollée exin-ime des doulos sur le système des maisons isolées et sur le système de l'ouvrier de Paris y»ropri(';taire. Ce qui est praticahlr à làllo et à Mulhouse l'i'st i)eul-être moins à Paris. Alors que, par suite de la rareti' et de la rherti'' des terrains, les classes aisées se rési-
•H:2 (jL'EsiiuN DES logements
Nous arrivons maintenant aux divers projets dont le conseil municipal de Paris s'est occupé dans les dernii-res années et dont le plus récent remonte à 188"). Ces projets, pour des raisons trop longues à énumérer, n'ont pas abouti : quelquesuns portent sur leur ligure, si je puis mexprimer ainsi, les causes mêmes de leur insuccès : ils sont purement et simplement absurdes.
Mais avant cela, je voudrais indiquer une suggestion faite par M. Langlois, dans une étude intéressante publiée dans la Revue le Correspondant. Il demande que l'Etat prête sur l'argent des caisses d'épargne aux sociétés anonymes ou aux particuliers, qui construiraient des habitations ouvrières, jusqu'à concurrence des deux tiers de la valeur de chaque immeuble. De cette façon il rendrait service aux constructeurs sans imposer aucun sacrilice aux contribuables et ses avances
giieut foiTi'inoiit à l'état de lurataiirs, il y a qufl(|iie témérité suivant lui à croire que l'ouviier de Paris pouri-a aisément, en vertu d'une oonibinaison quelconque, devenir propriétaire. L'ouvrier de Paris n'a point, comme l'ouvrier d'une filntur(> ou d'une mine, la perspective d'un travail continu dans la même résidence, il n'a jias le même intérêt à se lixcr, il est mémo obligé à des déplacements plus ou moins fré(juents. Ce n'est que par exception »(u'il pourra devenir propriétaire (Voir nu rap})ort fait à la Société d'encouragenuMit pmir l'iiidiislrie nationaii' par M. I.avollée en 1882).
EN FRANC !•:. 'îl'i
ne courraient aucun risque, puis(ju'elles seraient inférieures à la valeur de l'inmieuble.
Cet(e proposition avait été laite dès 1882 par M. Paul Leroy-Beaulieu, ((iii ne cesse d'attirer 1 attention sur les inconvénients de laisser absorber par l'Etal les deux niilliijLirds de petite épargne déposés dans les caisses d'épargne; le Trésor en est le banquier et les fonds servent à grossir la dette Uottaide. On pourrait donner un emploi utile à une petite partie de ces sommes, en les rejidaiit à la circulation sous forme de crédit aux conslruclions ou à lagriculture.
Le conseil municipal de Paris, où lélénient d(''mocrali(jue })rédomine presque exclusivement et qui est enlacbé d'idées socialistes, s'est occupé à diverses reprises depuis trois ans de la question des logements. Une commission administrative a été nommée, en janvier 1883, par le pri'fet de la Seine, afin d'étudier les questions relatives à la création, à Paris, de logements à bon marché. Voici la liste des propositioiis et pétitions qui ont été adressées au conseil municipal :
1. M. Manier, conseiller municipal. — Expropriation, au profit de la ville de Paris, du sol com- ()ris dans l'enceinte fortiliée, en indemnisant les [)ropriélaires au moyen d'obligations connnunales hypothécaires amortissables.
2, Réimhlicains commuiiaiisles du XIV" ar^ rondisscment. — Pétition demandant la mise
à l'ordre du jour de la proposition précédente.
3. M. Fiaur, conseiller municipal. — Construction, par la Ville de Paris, de maisons sur les terrains de la zone militaire, y compris les fortifications de l'enceinte continue, qui seraient démolies.
4. M. Decamp. — Démolition de l'enceinte fortiliée et création d'un boulevard circulaire sur son emplacement.
0. M. PlaincJiamp. — Remplacement du mur d'enceinte de Paris par une nouvelle limite plus étendue, création d'une nouvelle ligne de boulevards extérieurs, et vente des terrains avec obligation de ne construire que des maisons d'un modèle déterminé et, au besoin, lixation d'un maximum des loyers par étage et par quartier. — Etablissement d'un (diemin île fer métropolitain.
6. M. Le Roiuje. — Construction, par la Ville, de maisons de trois étages, sur les terrains qui longent les forlifications intTa miiros, au moyen des ressources provenant : l" d'un emprunt de 300 millions ; 2" d'un impôt de 2 francs par tête sur toute personne qui vient à Paris d'une distance de plus de 25 kilomètres.
1. M. Lalanne. — Emprunt de 10 millions, à 4 p. 100, par la Ville au Cri'dit foncier, dans le but d'aclieler liuit terrains de 1 millit)n cliacuii, et de construire sur cbacun de ces l« rniins \\n
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groupe de maisons de 1 million de francs. — Mise en adjudication, par la Ville, de la location, pour quarante ans, des terrains communaux à raison de o p. 100 de la valeur du terrain, sous condition de construire des habitations ouvrières.
8. M. Amouroux , conseiller municipal, au nom du Comité radical socialiste du XA." arrondissement. — Construction, par la ville de Paris, de maisons ouvrières sur les terrains communaux, au moven de ressources financières provenant d'un emprunt. — Faculté donnée aux locataires de ces immeubles d'en devenir propriétaires par l'amortissement du capital engagé au moyen du payement des loyers.
9. Réunion de citoyens du XIV'^ arrondissement, — Établissement de services publics inaliénables d'habitations à l'usage des travailleurs, sur les parties du sol appartenant encore aux communes, à Paris, notamment, sur celui que la ville possède dans tous les ffuartiers et sur celui qu'elle peut acquérir.
10. Parti ouvrier socialiste. — Propositions de l'Union fédérât ive du Centre. — Affectation de l'excédent du budget en préparation, à la construction, par la ville de Paris, de logements destinés aux ouvriers. — Etablissement d'un impôt de 20 p. 100 sur les logements restés inoccupés pendant plus d'un mois.
1 1 . M. Terrier. — Demande d'exonération
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d'impôts pour les coiisIriicHons, ot allVanchissement des droits d'octroi pour les matériaux employés à la conslrurtion de maisons ouvrières.
12. .1/. Mindcr. — Création de Sociétés qui s'engageraient à acquérir des terrains pour y édifier, à l'usage des ouvriers, des constructions rationnelles, moyennant le prêt, par l'Etat, ou la Ville, ou le Crédit foncier, de 80 p. 100 de la somme représentant le prix de revient des immeubles, à des comlitions normales.
13. M. Olirier. — Création d'une Société au capital de 2 millions pour la construction : I ' de petites habitations ouvrières dont les locataires pourraient, uu^yennant diverses combinaisons, devenir propriétaires au bout d'un certain temps ; 2" de maisons à étages permettant de louer des chambres à 100 francs et des logements à 2o0 fr.
li. M. Eugène BaiUij. — Formation, en vue d'acquisition ou de construction d'immeubles, d'une Sociétf' anonyme à capital varia])le dont les actions, émises à 100 francs, pourraient être souscrites par les ouvriers qui formeraient une Société coopérative d'un nouveau genre.
K). .1/. Vandicr. — Projet de loterie au capital d'un milliard en dix millions de billets à 100 fV.. payables 10 tiancs par trimestre dîins le liul de construire îles maisons aux prolétairi's parisiens dont li; budget nv dc'passe pas 2,500 francs par an.
IG. M. Parillon. — Projet de loteries trimes-
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Irielles di^ 2 millions de iiillcls à I franc pendant cinq ans, dont le produit net, évalué à 20 millions, serait alTech' à IWliat dans les environs de Paris. d'un terrain do '!!) hectares sur lequel on construirait un village de 1,-^00 maisons. Le prix des locations (1 IV. par jour) serait exclusivement alîecté à Tenlrelion do la cité ouvrière, en secours à ses habitants et à la création d'une caisse de retraites viagf'res pour loul. locataire qui aura habité trente, vingt et dix ans la cit<''.
17. M. Claude Nicolas. — Projet do construction de familistère.
Cette énunnîration est assez curieuse, il me semble : nationalisalion du sol à la Henry George et loterie s'y mêlent agréablement.
La Banque populaire offrit également de construire des immeubles pour ouvriers valant cent eimjuante millions; mais elle demanda une garantie de 4 0/0 d'intérêt sur les capitaux déboursés.
La Commission administrative tint plusieurs séances, et au cours de ses travaux, elle expi-ima le désir de voir l'administration entrer en pourparlers avec le gouverniMuent en vue d'une action commune. Ces négociations ont donné naissance à un projet de convention entre l'Etat et le Crédit foncier de France à intervenir et contenant une disposition spéciale à la ville de Paris (t !. Tn projet
' 1 1 11 avait été question d'un arrangr-nient s'appliquaul k
'iiH QUESTION DES LOGEMENTS
de convention ayant principalement pour objet la garantie qui serait donnée par la Ville de Paris au Crédit foncier de France jusqu'à concurrence de 50 millions de francs fut élaboré. Le Crédit foncier s'engageait à prêter sur première hypothèque, dans des conditions indiquées (c'est-àdire de 65 à 75 p. 100 de la valeur à un taux inférieur à celui de ses prêts ordinaires), et avec une garantie déterminée de la Ville à toute personne bâtissant des maisons dans lesquelles la moitié au moins de la surface habitable sera affectée à des logements ne dépassant pas un loyer annuel de 300^ francs.
La ville exemptait, d'après ce projet, les propriétaires de petits logements, des droits de voirie, du remboursement des frais de viabilité, et elle exemptait en outre les matériaux de construction du payement de droits d'octroi. Pour des maisons de 5,000 francs, on a calculé que ces droits représentent 300 francs, tandis que les droits de voirie sont de 480 francs, les taxes de viabilité de 540, soit ensemble 1,020 c'est-à-dire un rinquième de la dépense et une charge de 20 p. 100 sur un revenu de 250 francs.
toute la Franco, à intervenir entre le Crédit foncier et l'État, pour la construction de mai-ions de famille d'une valeur de 3 à 10,000 francs, — projet pour lequel le Crédit foncier prêterait 20,000,000 de fr. sur hypothèque avec engagement de l'État pour le payement semestriel de l'amortissement.
L'Etat approuvait la convention à intervenir entre la ville et le Crédit foncier et de plus il exemptait les terrains servant à la construction de ces maisons ou les maisons elles-mêmes une fois construites pendant 20 ans du droit de première mutation, de l'impôt foncier et de l'impôt des portes et fenêtres.
Le projet était très compliqué quant aux détails d'exécution. Remanié à plusieurs reprises, il n'aboutit pas et fut repoussé. La question, encore pendante, peut être considérée comme plus ou moins enterrée.
D'autres propositions ont été étudiées ou votées soit pour la mise en adjudication de la concession à long terme de terrains appartenant à la Ville pour y construire des logements à bon marché, soit pour la construction par la Yille de (piatre maisons-types renfermant des logements à bon marché.
La première proposition votée par le conseil n'a pas donné les résultats qu'il en attendait. Cet échec a été dû à la rigueur excessive du cahier des charges et aussi au choix de l'emplacement fait par l'administration. C'est au mois de mars que la Ville mit en adjudication la concession de baux à 7.J ans déchéance portant sur des terrains de 2,881 mètres qu'elle possède rue de Tolbiac, — chaque terrain de 680 à 700 mètres était offert au prix de 100 francs, mais les conditiojis du cahier
IHl) ori:sTi(».\ MRS i.(Hii:.\(K\ïs
des charges roriiiaieiiL une série de servitudes h décourager tout entrepreneur. La moitié de la surface devait être consacrée à des logements à bon marclu' entre dSO francs el M)() francs. Il n'y a rien de; plus naturel que récliec absolu de cette première tentative, que les pères conscrits jiai'isiens peuvent attribuer à leur inexpérience pratique. Le projet ne tenait pas debout.
Un correspondant de la Wiene?' Allgcmeinc Zeitung à Paris. M.Gruneke. a eu le mérite d'imaginer une combinaison extraoï'dinaire. (ju'il a soumise au Conseil jnunicipal de Paris. Voici en quoi elle consiste. M. Gruneke, a fornié avec quelques personnes une Société anonyme au capital de cent mille francs, qui se propose de construire à Parisj pour une somme de 250 millions de francs, des maisons contenant des logements à bon marché , qui dcA iendront la propriété de la ville à l'expiration d'un délai de 75 ans, sans le concours, sous quelque forme que ce soit, ni de la Ville ni de l'Etat, et sans que leur responsabilité soit engagée en quoi que ce soit.
Le capital social n'a pour but que de subvenir aux frais de l'entreprise et de la constitution; il n'a droit qu'à un int('M'èt invariable de 5 p. U)0. Dès que le conseil municipal aura voté le projet et accepté ou modifié les statuts et nomnn'' les trois
K.\ Fli.WCE. :\'2\
membres (levant l'iiire parlie du conseil dadiiiinisti'ati<3n, la Société demandera aux pouvoirs publics Fautorisation démettre pour 250 millions dobligations, ou juienx des bons hypotlH'caires amortissables à la valeur nominale de nu franc chacun. Ces bons seront garantis par les terrains et maisons appartenant à la Société. L'émission se fera par l'entremise du Crédit foncier. Ces valeurs seront remboursables en 7') ans au movcji de tirages; les lots varient de 200,000 francs à 2 francs, de sorte (juaucune obligation ne peut être i-emboursée au-dessous de 2 francs. Au bout de 7o ans. la Société est dissoute et la Yille de Paris se trouvera propi-iétaire de tous les immeubles construits pour la somme de 2')0 millions, plus du fonds de réserve pouvant être évalué à la môme somme. Les maisons à bou liuircbé contiendront des logements \ariaiit de 180 à iOO francs et des cliambres de 80 h 120 IVaucs.
Les rapporteurs de la commission des logements à b(Ui marché ont recommanib' l'adoption du projet au conseil mnnicipal. C(da ne coule rien, et on a l'air de vouloir (jnebpie chose. Ce qui ma bien étonné, c'est de voir figurer, dajis la liste des associés de AL Cruneke. des noms de persouiies (ju'on avait ioni lieu d(,> croire si-rieiises et r(''lléeliies.
La chronologie me force à leiiiiiiiei' ainsi cet aperçu des projets soumis au Conseil municipal
322 gUESTION DES LOGEMENTS EN FRANCE.
par une véritable curiosité : j»» n'y [)uis umiheureusement rien (i).
(1) Les combinaisons ingénieuses n'ont pas nianqtn''. Je signalerai celle que M. Coste, l'un des hiurûafs du concours Perdre, a préconisée sous le nom d'épargne locative. Elle est exposée dans son vcdumc : Les questions sociales contejnporaines (page 433).