‹ Le logement de l'ouvrier et du pauvreChapitre 4 sur 44 · A PHILADELPHIE · texte numérisé non relu

A PHILADELPHIE

acheteurs qui se procurent l'argent dans les Building associations.

A la réunion de 1878 de Y American social science association, un rapport a été fait sur les centaines de Building aswciations de Philadelphie. On y constate qu'elles ont moins éprouvé la pression du temps que la plupart des entreprises ; elles étaient libres même do la perspective d'une crise. Elles sont remarquablement saines et prospères. Dans les moments de stagnation générale des affaires, (^Ues font seulement moins de bénéfices, la demande d'emprunter étant moindre. Cela a pour résultat de prolonger le moment où les actions sont libérées (1).

Je ne sais si jai été suffisamment clair. Le sujet me semble assez intéressant pour que je revienne sur le mode de procéder; un certain nombre de personnes forment une corporation en se conformant aux prescriptions légales et émettent des actions d'une valeur finale de 1,000 francs, par exemple, sur lesquelles le détenteur fait un versement mensuel de o francs par action. La somme reçue en versements mensuels, plus les amendes dô retard et les intérêts sur les avances, est vendue aux enchères au plus fort enchérisseur. Les offres expriment la prime que les emprunteurs veulent bonifier, en dehors des 6 p. 100 d'intérêt, pour

Il Ce jugement favorable m'est confirmé de divers côtés.

30 OUKSTioN ni;s locements

avoir l'usago do l'argont. L'emprunteur donne ses actions en{T:a<i:(^ pour le prêt et une hypothèque sur la propriété (juil dc^sirc acheter. L'intérêt se paye par mois ainsi que les versements de libération sur les actions, sans diminution, jusqu'à libération complète. Le montant de celles-ci une fois libérées égale celui de l'avance, et par suite l'hypothèque est annulée. L'emprunteur paye un intérêt élevé, mais les bénéfices, au doba des frais généraux modiques de l'association, lui reviennent comme actionnaire, et il a le grand avantage de s'acquitter par mois en petites sommes. Les actionnaires qui n'empruntent pas reçoivent un intérêt de 6 p. tOO l'an, plus le bénéfice résultant des primes.

Cette description s'applique aux associations d'avances et de construction du Massachusetts où elles ont été légalisées par une loi votée en 1817 sur l'initiative de l'honorable Quincey. Il en existait 26 en 1884 (1), portant le nom de Coopérative banks. ayant un capital versé de près de 10 millions de francs, répartis sur 68,133 actions possédées par 40,294 actionnaires, dont 2,018 étaient des emprunteurs. En 1884, le capital s'est accru de 2 1/2 millions de francs.

La Coopérative bank, de Waltham, ville célèbre comme centre d'horlogerie, a été fondée en 1880. Elleaun capital de 870,000 francs, réparti sur 5,791

(l) 11 en a été créé sept en 188o.

actions, 932 membres, d48 emprunteurs; elle a avancé sur propriété immobilière en 120 prêts, 835,000 francs, sur engagement d'actions en 21 prêts, 24,500 francs. Le prêt le plus considérable a été de 16,750 francs, le plus petit de 250 francs. Les versements sur les actions dans l'année ont été de 316,000 francs, il est resté en arrière 5,400 francs. On a crédité 47,000 francs aux actionnaires. Il a été remboursé 130,000 francs d'avances faites. La prime la plus élevée a été de 3 1/2 p. 100, la moindre de 1/3 p. 100 qu'il faut ajouter à l'intérêt annuel de 6 p. 1 00. Il y a 1 ,370 actions de la première série, sur lesquelles il a été versé 280 francs, 558 de la seconde, libérées de 240 francs et ainsi de suite jusqu'à la neuvième libérée de 5 francs seulement, c'est-à-dire à peine émise.

La Working mens coopérative bank de Boston avait en 1884, 485 membres propriétaires de 3,411 actions. Le maximum autorisé pour une personne est de 25 actions, cette précaution est prise afin d'écarter la spéculation. Il en a été créé 1,699 dans l'année. Les versements ont atteint près de 200, 000 francs auxquels on a crédité 20, 000 francs dans l'année. Il a été contracté 59 emprunts sur immeubles, pour370,000francs; 21 sur actions, pour 12,000 francs. L'emprunt le plus élevé a été de 20,000 francs. Le plus bas de 250 francs. La prime a varié entre 1/3 et 4,80 p. 100 en plus des 6 p. 100.

Il y a neuf séries d'actions, la première valant 300 francs. Les actions ont une valeur de 28o.000 francs. Les frais généraux ont absorl)é 3,180 francs.

La Pioneer coopérative bank de Boston avait été fondée en 1877. En 1884, elle avait 720 membres, dont 138 emprunteurs. Les avances se sont élevées à 700.000 francs, dont 97 sur immeubles pour 663,000 francs., 41 sur actions pour 37.500 francs. Les actions valent 680,000 francs. On leur a crédité 43,000 francs dans l'année. Il y a 13 séries d'actions : sur la première on a libéré 360 francs., sur la douzième 35 fr. 60. La prime a varié de 1/3 à 3 p. 100. 11 a été remboursé depuis le commencement 79 avances pour 220,000 francs.

On voit l'importance des transactions par ces trois exemples choisis au hasard.

Les banques coopératives du Massachusetts sont contrôlées par les Siœing banks co7nymssioners de l'État, qui, dans leur rapport de 1882 disaient que la condition de ces banques indiquait un degré marqué de prospérité.

J'ai sous les yeux le prospectus de la Suffolk coopérative bank de Boston. La couverture porte en tête : Dont pay ivhcn you can own your house, the Suffolk coopérative bank luill hclp you. Deux petits dessins accolés montrent un cottage entouré d'un jardin; l'occupant de cette maison paye pour elle, par l'entremise de la banque; de l'autre cùté une

DAiNS LE MASSACHUSETTS. 39

caserne de location, sordide, avec un cabaret au rez-de-chaussée : le locataire n'a pas encore entendu parler de la banque.

Voici le plan d'opérations : 1" le placement. Toute personne désirant acheter des actions comme placement peut le faire, en ne dépassant pas 25 actions dans la même Société. Le prix d'une action est de 5 francs par mois. Si l'on prend 5 actions, cela fait 25 francs par mois. Les placements continuent jusqu'à ce que chaque action ait une valeur de 1,000 francs. On dit alors quelles sont mûres (matitred), elles ont atteint leur valeur extrême. Avant l'issue d'une nouvelle série, les comptes sont faits et les bénéfices crédités à chaque action. Ces crédits aident à mûrir les actions. A maturité, chaque actionnaire a le droit de recevoir 1,000 francs en argent comptant pour chaque action qu'il possède. Il est évident que si aucun profit n'était ajouté, il faudrait 200 mois, 16 2/3 années pour libérer une action ; mais d'ordinaire, les profits réduisent la durée à 10 ans, ce qui fait un excellent placement (80 dollars de boni, 40 p. 100 accumulé). Si Factionnaire néglige de payer son dollar par mois sur chaque action, il est passible d'une amende de 10 centimes par action. S'il a 5 actions, cela fait 50 centimes qu'il a à payer en plus à la prochaine échéance.

2" L'emprunt. Tout actionnaire peut emprunter i.OOO francs sur cha(|ue action, s'il est en état de

fournir la garantie requise par la loi. La sûreté peut être première hypothèque sur propriété immobilière ou sur les actions, jusqu'à concurrence du montant libère. Si l'on emprunte sur hypothèque, on transfère les actions à la corporation comme gage additionnel. Les statuts fixent le montant qu'on peut emprunter sur les actions. Lorsque le président, dans la réunion mensuelle, annonce qu'il y a une certaine somme disponible et à vendre et qu'il demande des offres, l'emprunteur offre une prime de... qu'il s'engage à payer par mois pour le privilège d'obtenir l'argent. La prime est un boni et va au fonds commun. L'emprunteur reçoit sa part proportionnée du boni. Les offres se font par somme divisible par 5, 25, 30, 73, etc. centimes par action et par mois. Les primes sont en plus du taux de 6 p. 100 l'an, pour l'usage de l'argent. Si quelqu'un offre 1 fr. 23 par action, cela fait 1 1/2 p. 100 l'an, c'est-à-dire qu'il faut emprunter à 7 1/2 p. 100. Si la somme est adjugée à 1 fr. 23 de prime (il s'agit de 3,000 francs et de 3 actions), l'emprunteur paye 23 francs comme versement mensuel sur les 5 actions, 23 francs d'intérêt et 6 fr. 23 comme prime, c'est-à-dire 36 fr. 23 sur un emprunt de 3,000 francs par mois ou de 673 francs l'an. Le payement continue jusqu'à maturité complète, l'hypothèque est alors annulée. Les dépôts se font mensuellement et varient de 5 à 125 francs suivant le nombre des actions.

Les profits sont ordinairement plus considérables que dans les caisses d'épargne ordinaires. Cela tient en partie à ce que le payement de Fintérèt de la prime et le remboursement du 1/200 de l'avance se font par mois et que cette somme rentrée est aussitôt revendue.

Le prospectus fait ressortir les avantages de ce système : of the people^ by the people^ for the people. Les opérations sont également avantageuses au déposant et à l'emprunteur; elles bonifient un taux d'intérêt plus considérable que les savings banks et permettent d'acquérir sa maison. La gestion est économique et le placement très solide (l).

Ce système peut nous sembler en Europe relativement hardi et compliqué. Il QyÂ^f". un certain degré d'éducation pratique et la conscience qu'il faut attendre davantage de l'aide de soi que de l'assistance de la collectivité. Il n'en est pas moins digne d'être connu, car il indique une bonne voie à suivre, je veux dire qu'il nous montre comment on peut faire fructifier les dépôts dans les caisses d'épargne sans les jeter dans le gouffre des dettes flottantes, sans en faire un sujet de préoccupation pour le ministre des finances.

(1) L'épargne est populaire dans le Massachusetts. En 1884, il y avait dans les Savings Banks, 1,310,000,000 de francs, plus de 62b francs par tète. Ces banques ont distribué 4,15 0/0, en moyenne de dividende. Elles avaient 816,000 comptes ouverts.

Page 1