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porter les maisons de détention hors de la capitale, et de céder le terrain au Metropolitan Board of Works en fidéi commis pour le plus grand avantage des quartiers populeux. On aurait là de vastes emplacements pour bâtir des logements ouvriers et ouvrir des squares. En fixant le prix, on aurait à tenir compte de la destination, c'est-à-dire de ne pas le fixer de manière à rendre la construction des habitations pour les ouvriers trop coûteuse.
On a organisé en Angleterre un système d'avances que TÉtat fait à des Compagnies privées et même à des particuliers, sur hypothèque de propriétés foncières, de contributions locales, lorsqu'il s'agit de certains objets d'utilité générale. L'État prête à un taux suffisant pour se garantir de toute perte. On a demandé à la Commission de recommander un abaissement de l'intérêt annuel lorsqu'il s'agit de construction des logements d'ouvriers. M. Torrens et M. Gray ont proposé d'employer à cet usage les dépôts des caisses d'épargne postales qui sont le fruit des économies des classes pauvres. Il leur paraît logique de consacrer cet argent à encourager les efforts qui doivent améliorer la situation matérielle des ouvriers, plutôt que de s'en servir pour réduire la dette publique ou pour opérer des dégrèvements. La seule excuse, suivant eux, de la concurrence que l'Etat fait aux particuliers, c'est de faire profiter les classes parmi lesquelles se recrutent les déposants de tout béné-
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fice résultant de ces opérations de banque et d'assurance. M. Broadhurst et M. Collings ont protesté contre la proposition d'utiliser les fonds des caisses d'épargne à la construction de logements d'ouvriers. Ils soutiennent que si l'on veut faciliter celle-ci au moyen de ressources publiques, la charge en incombe à toutes les classes, et qu'on ne saurait se servir de dépôts qui sont le produit des économies de l'élite des ouvriers. Il serait plus juste d'augmenter le taux d'intérêt bonifié aux déposants. Les fonctionnaires du gouvernement ont défendu les intérêts de la Trésorerie, qui réalise, il est vrai, un bénéfice de 94,000 livres sterling sur les caisses d'épargne postales, joint à peine les deux bouts sur les caisses d'épargne ordinaires et perd 48,000 livres sterling sur les Friendly Societies, Nous ne saurions, faute d'espace, reproduire les arguments employés par eux. La Commission a repoussé l'idée d'affecter à un objet spécial les fonds des caisses d'épargne postales, et die conseille de réduire, dans la mesure du possible, le taux d'intérêt sur les avances, ainsi que de prolonger les échéances de remboursement.
Il s'est glissé dans le rapport bien des propositions extraordinaires. Ainsi, celle de taxer les terrains non bâtis non plus d'après la valeur actuelle, d'après le revenu présent, mais d'après leur valeur vénale. Ce serait là, aux yeux de quelques personnes, un moyen de forcer la main au
ilO QUESTION DES LOGEMENTS
propriétaire, de l'obliger à vendre le terrain qu'il garde improductif. Il est inutile de faire remarquer que M. Goschen et sir R. Cross sont opposés à cette innovation, qui introduirait le principe de taxer le capital au lieu du revenu annuel. Ils disent que si Ton commence par les terrains vides, on finira par les logements inoccupés, ce qui découragera de construire, alors qu'on voudrait arriver, par la première mesure, à pousser à la construction.
Les frais légaux sont démesurés en Angleterre, lors de la transmission de la propriété foncière. Il est nécessaire de faire des recherches fort compliquées sur la validité du titre. Il arrive souvent que la note de l'homme de loi s'élève à 2S ou 30 p. 100 du prix d'achat; c'est là un obstacle sérieux pour l'acquisition de maisons par les ouvriers. Ceux-ci le ressentent très vivement. Sans pouvoir faire de suggestions précises, la Commission attire l'attention du Parlement sur ce point et conseille une enquête spéciale. Elle recommande de même de modifier la législation sur les indemnités en cas d'expropriation : celles-ci sont trop souvent excessives.
Les Compagnies de chemins de fer ont contribué, par les démolitions nécessitées par l'établissement de leurs lignes et de leurs gares, à diminuer le nombre d'habitations disponibles pour les ouvriers et à augmenter l'encombrement dans certains quar-
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tiers. Le Parlement a bien imposé aux Compagnies Tobligation de réinstaller les habitants pauvres ainsi délogés; mais elles ont su se soustraire à l'obligation, éluder les textes de lois les plus précis. De même elles n'ont pas tenu ce qu'on attendait d'elles sous le rapport des trains à prix réduits, qui devaient permettre aux ouvriers de loger dans les faubourgs. Ces trains d'ouvriers sont peu populaires parmi les Compagnies : ils rapportent peu et sont une cause de dérangement dans le trafic. La Commission demande au Parlement de prendre des mesures pour ramener les Compagnies à l'obéissance.
Nous ne saurions suivre pas à pas le rapport, cela nous entraînerait trop loin. Les logements modèles, les maisons Peabody, sont naturellement mentionnés avec éloge : on rend ample justice au bien qu'ils font, tout en constatant les critiques auxquelles ils ont donné lieu. Les mesures proposées par la Commission auraient pour résultat de faciliter les opérations des Sociétés de logements ouvriers.
M. Goschen est d'avis que le rapport commun n'a pas fait une place assez importante au travail des Compagnies privées qui ont été formées pour loger les ouvriers, comme celle de sir Sydney Waterlow, et qui ont pourvu un grand nombre de familles d'habitations convenables. On a entendu des dépositions tendant à prouver que les dividendes étaient considérables : c'est là le point sur
lequel on a insisté ; on a paru trouver les bériétices trop grands, au lieu de s'occuper du nombre de familles qui, grâce à cela, sont mieux logées, et sans S'occuper des progrès de ce mouvement. « On ne doit pas oublier, dit M. Goschen, « que Fobjet même de sir S. Waterlow était de prouver par expérience qu'on peut en toute sécurité engager des capitaux dans la construction de maisons modèles, et cela sur des principes commerciaux. Il y a tout lieu de croire que le succès de l'expérience encouragera plus de capitaux à se placer de la même manière et à augmenter ainsi la quantité de logements meilleurs. »
On ne peut s'empêcher, en effet, de trouver que le Rapport est bien incomplet sous ce point de vue et qu'il insiste trop peu sur le rôle prépondérant que l'initiative privée, l'association des capitaux et la coopération des bonnes volontés peuvent jouer. M. Goschen, en sa qualité d'économiste clairvoyant, a relevé cette lacune en quelques lignes, comme on vient de le voir. Il aurait fallu constater le bien dont on est redevable à d'autres facteurs que l'intervention de l'État. Heureusement pour le public français, M. Georges Picot a eu l'excellente idée de combler cette lacune. M. Georges Picot a publié à la librairie Calmann LéVy un volume intitulé Un devoir social et les logements (Touvriers. C'est un éloquent appel aux hommes de bonne volonté, désireux d'améliorer les con-
ditions d'existence des milliers d'ouvriers qui les entourent, désireux d'amener un rapprochement entre les diverses classes de la société, qui deviennent de plus en plus étrangères Tune à l'autre et de plus en plus hostiles. Avec une rare vigueur, il les exhorte à secoyer leur découragement factice, leur torpeur, et à se jeter résolument dans la mêlée pour remplir leur devoir. Ce n'est pas en invoquant l'intervention de l'État, ni en se croisant les bras qu'on diminuera la somme des misères humaines : l'intervention de l'Etat, le socialisme sous toutes ses formes, ne feront que les aggraver. Il n'y a pas de panacée pour les guérir tout d'un coup, mais on peut espérer rendre la vie plus aisée, plus confortable, plus morale pour un nombre considérable d'ouvriers, pour l'élite d'abord, pour les couches inférieures ensuite. Le logement, comme nous l'avons fait voir, est au centre même de la question sociale, il exerce une influence prépondérante sur la santé morale et physique. On ne peut demander à l'État ou à la commune de fournir des logements à bon marché, à meilleur marché que le prix ordinaire, sous peine de décourager les entreprises privées et de démoraliser ceux mêmes qui seraient l'objet d'une semblable faveur. La charité, l'aumône, n'est jamais qu'un secours passager; pour être appréciée, l'habitation doit être payée, gagnée à la sueur du travail. Du moment que l'on veut faire de la philan-
thropie rationnelle, il fout la faire sur des bases économiques et commerciales. Ofifrir aux ouvriers des logements salubres à un prix raisonnable et rémunérer en même temps les capitaux engagés dans Tentreprise, c'est la solution du problème, dans la mesure du possible. M. Picot, adversaire déterminé du socialisme, est un ami ardent et dévoué des classes laborieuses ; il pense avec raison que nous avons des devoirs envers elles, devoirs que nous ne saurions négliger sous peine de compromettre Tordre social. Il est convaincu qu'on peut construire des logements convenables, qu'on louerait à des prix raisonnables, et qu'en même temps on réaliserait des bénéfices. A l'exception de quelques rares tentatives, il n'a été rien fait à Paris. La Société des maisons ouvrières de Passy-Auteuil, qui s'est constituée en 1882 à Paris, a pu loger cinquante familles qui sont en train d'acquérir par voie d'annuité leur logement. En Angleterre, à Londres, comme dans la province, le mouvement a pris une grande extension et de précieux résultats ont été obtenus. M. Picot a étudié de près toute cette organisation, et il donne dans son volume les détails les plus précis et les plus concluants. Il faut le remercier d'avoir fait un noble effort pour éveiller la conscience publique et d'avoir montré la voie où l'on doit s'engager.
Après des commencements modestes, plus de 100 millions de francs sont engagés à Londres
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dans des entreprises qui ont pour but de bâtir des logements salubres pour les ouvriers — maisons modèles à plusieurs étages, sortes de casernes, ou cottages détachés. Voici des chiffres fort éloquents, surtout lorsqu'on pense que les actionnaires touchent des dividentes de 5 p. 100 (à Texception du legs Peabody, toutefois, où il n'y a pas d'actionnaires).
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