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CHAPITRE VIII

LES « BUILDING SOCIETIES ». — ORGANISATION. — MÉCANISME. — DONNÉES STATISTIQUES 1879-1885. — LA « PERMANENT BENEFIT BUILDING SOCIKTY LEEDS ».

Tous ceux qui s'occupent de questions économiques connaissent les Building societies anglaises et savent les incontestables services que ces institutions, œuvre de l'assistance de soi, ont rendus aux classes ouvrières. M. Jules Simon dans son beau livre sur Le travail^ M. le comte de Paris dans ses Études sur la situation des ouvriers en Angleterre^ M. Le Play dans sa Monographie du menuisier de Sheffield^ M. Cacheux, dans VÉconomiste pratique^ M. Cheysson dans la Question des habitations ouvrières^ ont attiré l'attention sur les résultats féconds, créés par le groupement des petits capitaux. M. Malcolni Ludlow, chef de lenregistrement des sociitc's amicales [chief régistrar of friendly societies) ^ en a expliqué le mécanisme dans un mémoire qu'il a lu au Congrès des institutions de prévoyance en 1878. Nous ne saurions cependant, malgré cette abondance de ren-

seignements, laisser ce sujet en dehors de nos éludes sur la question du logement des ouvriers en Angleterre. Nous nous efforcerons d'apporter quelques données nouvelles puisées dans les dépositions de Tenquête de 1884. Le chapitre que nous avons consacré aux sociétés de prêts et de construction à Philadelphie et à Boston aura mis nos lecteurs au courant du fonctionnement d une partie des sociétés anglaises.

Un jeune écrivain allemand, qui s'est fait connaître par de consciencieuses études sur le logement des ouvriers et l'assistance publique en Angleterre, M. Aschrott (1), dit que les building societies n'ont pas tenu toutes les promesses qu'on s'en faisait et qu'on éprouve des déceptions à leur égard. Il est incontestable que si on comptait sur elles pour transformer tous les ouvriers en propriétaires, on se faisait des illusions. Mais les gens raisonnables n'ont pas considéré les building societies comme une panacée universelle, mais seulement comme un instrument à la portée d'une élite des ouvriers, de ceux qui ont le sens de l'épargne. Il est même possible que le nombre des membres ait diminué quelque peu dans les dernières années. Cela n'enlève rien à l'excellence de l'institution, et il serait à désirer qu'on pût l'accli-

(1) Dans la littérature allemande, on peut consulter E. V. Plener, Englische Deaugeslleschaflen, 1873 (Vienne) .

mater sur le continent et lui faire produire des fruits aussi abondants que ceux qu'elle porte en Angleterre.

Le nom de building societies (sociétés de construction) indique la fonction primitive de ces associations, mais il ne s'applique plus à leur activité présente. Elles ne construisent pas (tout au plus terminent-elles les constructions laissées inachevées par les emprunteurs). Elles sont essentiellement de simples sociétés de prêts, formées par des cotisations presque toujours mensuelles, mais dont les avances ne se font que sur des valeurs immobilières, terrains ou maisons. Le propre de ces avances est d'être remboursables, capital et intérêts, par payements mensuels. Il s'ensuit que rentrant immédiatement dans une partie de leurs fonds, ces sociétés trouvent leur compte à faire des avances beaucoup plus fortes en proportion de la valeur réelle du bien hypothéqué qu'un créancier ordinaire. Tandis que celui-ci se risque rarement à avancer au delà des deux tiers de la valeur réelle, une building society avance les trois quarts . ou même Jes sept huitièmes. « Ce mode d'avance, dit M. Ludlow, est extrêmement avantageux aux petites gens. L'ouvrier gagnant un bon salaire, le commis, le petit boutiquier, pour peu qu'il ait un faible capital en main, trouve à s'acheter une maison et devient souvent propriétaire au bout de douze à quatorze ans pour une somme totale qui

ne dépassera pas beaucoup ce qu'il aurait payé en simples loyerSv

Les sociétés de construction se divisent en deux classes, les unes permanentes, les autres temporaires [terminating). Le nom seul explique la différence qui existe entre elles. Les sociétés temporaires existent jusqu'à ce qu'un événement déterminé se soit produit, par exemple jusqu'à ce que chaque membre ait obtenu une avance, ou pendant un nombre fixé d'années. Il y a beaucoup de sociétés de cette espèce, mais les plus importantes appartiennent toutes à la catégorie des sociétés permanentes.

Des actions sont émises, dont la libération a lieu par versements mensuels ou autres, ou la libération peut se faire immédiatement. La plupart des sociétés reçoivent des dépôts et émettent des deposit shares (actions de dépôt). Elles peuvent recevoir des dépôts pour une somme égale aux deux tiers du montant avancé sur hypothèques, mais pas davantage.

Il y a certaines sociétés, principalement parmi les sociétés temporaires, qui aont connues sous le nom de ballot and sale societies (tirage au sort et enchères), dans lesquelles une avance d'ordinairement 400 ^ (10, 000 francs) est alternativement tirée au sort et mise aux enchères. Lorsqu'une société de cette catégorie a accumulé un chiffre de souscriptions suffisant, elle tire les 10,000 francs au sort

et la prochaine fois- V appropriation des 400 £ est mise aux enchères, et le plus fort enchérisseur obtient Favance. « Il y a beaucoup de sociétés fondées sur ce principe, m'écrit M. Brabrook, secrétaire de V Association des building societies (syndicat qui représente les intérêts communs), mais comme leur mode de procéder entraîne des désappointements et qu'il introduit Télément aléatoire dans ce qui devrait être simplement une transaction commerciale, il ne se recommande pas à ceux qui ont à cœur les intérêts des building societtes ou qui ont quelque expérience de leur fonction-^ nement. »

D'après M. Ludlow, la part directe de la classe ouvrière dans le [mouvement des building societies se borne en grande partie aux sociétés temporaires, malgré les complications de leur mécanisme. Elles ont un personnel peu nombreux, ce qui permet l'économie dans la gestion.

Parmi les sociétés permanentes, celles que l'our vrier affectionne sont celles où le chiffre de l'action est peu élevé) dWe livre au minimum, de 4 0 £ au maximum.

Au point de vue de la législation, les sociétés se partagent en deux grandes classes, celles des sociétés fondées avant la loi de 1874 (1) et celles des

(1) D'après les termes de la loi de 1874, les building societies sont établies pour réunir Un stock ou fonds, afin de faire des avances à leurs membres sur la sécurité de

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