‹ Le logement de l'ouvrier et du pauvreChapitre 37 sur 47 · L*APPUCATION DU SYSTÈME DE MISS OCTAVIA HILL · texte numérisé non relu

L*APPUCATION DU SYSTÈME DE MISS OCTAVIA HILL

La publicité qui s'est faite à juste titre autour de Tentreprise poursuivie avec tant d'énergie et de bonheur par Miss Octavia Hill ne pouvait manquer de stimuler à l'imitation ; nous connaissons plusieurs tentatives dans cet ordre d'idées, notamment à Leipzig et à Darmstadt.

Au moment où j'écris (avril 1887) on étudie à Berlin les voies et moyens pour l'exécution d'un projet formé par le Centralverein fur das wohl der arbeitenden classen^ dont font partie MM. Gneist, SchmoUer, Bôhmert, Schrader. Il s'agirait de créer une société avec un grand capital, qui achèterait des maisons déjà existantes à Berlin et les transformerait en logements d'ouvriers. On peut se demander si la forme anonyme convient bien à une telle tentative, si l'on ne néglige pas le côté personnel, qui a tant contribué au succès de Miss Octavia Hill. lia gestion rencontrera peut-être des difficultés qu'on ne soupçonne pas.

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A Leipzig, en 1883, animé par l'exemple de Miss Octavia Hill et des résultats qu'elle avait obtenus, M. Gustave de Liagre acheta de concert avec douze personnes un grand immeuble, composé de trois corps de bâtiments, pour la somme de 135,000 marks. Chacun des associés versa 5,000 marks (65,000 marks); pour le reste de 70,000 marks on prit une hypothèque à 4 p. 100.

On dut se conformer aux usages du pays, et comme la plupart des ouvriers logent dans des casernes de location, acheter une maison de ce genre. M. de Liagre tenait à rémunérer le capital sur la base de 4 p. 100, ce qu'il n'aurait pu faire avec des maisons détachées. Pour le loyer, M. de Liagre l'établit en calculant 4 p. 100 du capital, soit 5,400 marks impôt, gaz et eau, 600 marks réparations et entretien 1,500 marks. L'immeuble contient 120 chambres. Le loyer comporte en moyenne 1 mark pour une chambre à une fenêtre, 1 m. 80 à 2 m. 20 pour une chambre à deux fenêtres. Aux familles nombreuses, on loue deux chambres pour 2 m. 50.

M. de Liagre et ses associés cherchent leurs locataires parmi les pauvres.

Il fait signer un contrat à l'entrée en jouissance en vertu duquel il peut donner congé tous les huit jours, le locataire seulement par trimestre; le loyer se paye par semaine et d'avance.

Pour faire nettoyer les couloirs, les escaliers, les cabinets, une fois par semaine, il s'adresse à

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tour de rôle aux différentes femmes de la maison et leur paye 62 1 /2 centimes, Grâce à ce petit payement, il n'y a jamais de dispute sur la question de savoir à qui c'est le tour.

Dans le sous-sol, il y a une pièce pour faire la lessive; cela coûte toutefois 12 centimes par jour. Il est interdit de faire du blanchissage en grand dans les appartements. L'eau se trouve dans tous les logements.

Lors d'un changement de locataire, M. de Liagre inspecte pour voir si le poêle est en bon état et s'il n'y a pas de vermine. Il se borne à cela et ne fait badigeonner à neuf, que si le nouveau locataire a prouvé qu'il était propre, ordonné et exact.

Le choix d'un bon portier est fort important; lui et sa femme sont les personnes de confiance de l'administrateur. Il faut de la fermeté pour maintenir l'ordre, car lorsque tant de pauvres gens, dont l'horizon intellectuel est absolument borné, vivent entassés ensemble, les querelles sont fréquentes; avec de la fermeté et de l'impartialité, on acquiert de l'influence sur eux.

Au début, les premières fois qu'on est en contact avec eux, on se heurte à une méfiance, qui disparaît à la longue. Le pauvre ne comprend pas que des personnes appartenant à une «lasse supérieure de la société se donnent tant de peine pour améliorer son sort véritablement et d'une façon durable. Il faut beaucoup de patience pour faire

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tomber cette barrière. L'encaissement hebdomadaire des loyers est un véritable bienfait pour le pauvre, qui n'est jamais qu'une sorte d'enfant et qui manque absolument de prévoyance. Il est incapable de se fixer un budget à l'avance, il vit trop au jour le jour pour cela. Il achète relativement tout trop cher, à cause du crédit qu'il faut lui faire.

D'après le compte rendu de M. de Liagre, en trois ans et demi, il n'y a presque pas eu de loyer impayé, pas 1 p. 100 de perte. Il y a une grande demande pour les logements.

La rémunération du capital se fait sans peine à 4 p. 100. Aujourd'hui que l'œuvre est bien organisée, il lui faut quelques heures par semaine pour l'administration.

Trois dames de Leipzig se sont chargées d'encaisser les loyers, ce qui les met en contact forcé avec les locataires, et elles croient n'avoir pas été sans exercer une certaine influence sur eux.

A Darmstadt, l'association contre le paupérisme et la mendicité est entrée dans la même voie en 1884. Elle possède aujourd'hui quatre maisons, qui ont coûté 40,000 marks — on a dépensé 11,000 marks à les mettre en état. Le capital se rémunère entre 3 1/2 et 4 p. 100 (1).

(1) Voir Die Herstellung der BeinUchkeit in den Wohnungen dcr Armen* Darmstadt, 1886.

Pour Leipzig, la publication du Verein fur socialpoHtik»

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Il existe en Allemagne des caisses d'épargne pour les loyers. Ce sont des institutions fondées afin de faciliter aux pauvres Taccumulation de la somme nécessaire au loyer et qui accordent une prime aux déposants. A Dresde, l'association pour la répression de la mendicité a fondé en 1880 une « Miethzins-Sparkasse ». En 1886, il y avait 605 déposants, et à ceux qui avaient moins de 300 francs de loyer à payer, on a bonifié une prime de 6 p. 100. Gela a absorbé 5,750 francs. Le dernier rapport annuel fait remarquer qu'une des causes des mauvais logements pour les pauvres est la suivante : les propriétaires ne sont pas disposés à améliorer des habitations dont le loyer rentre difficilement, et en outre, afin de se couvrir des pertes, ils demandent un prix plus élevé. Stimulés par l'association en question, un certain nombre de propriétaires se sont déclarés disposés à percevoir les loyers par semaine.

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