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ENTRÉE DE L'HOTEL AGUADO

Actuellement Mairie, rue Drouot.

le musicien Albert Grisar, et le numéro 10, après avoir abrité l'ambassade de Turquie et l'hôtel du prince russe Tuffîakine, un boyard original et richissime, au « torticolis » célèbre, était, en 1829, occupé comme nous venons de le dire par la « Boîte aux Artistes ». Rossini Boïeldieu et Carafa y logeaient (1).

La maison, démolie en 1836, fut en 1846 remplacée par le passage Jouffroy... Vers la fin du règne de Louis- Philippe la vogue allait aux passages : et dès l'origine le passage Jouffroy obtint le plus brillant succès. Un hôtel somptueux l'encadrait, dont les quatorze fenêtres s'ouvraient sur le boulevard. Dans le passage, les tailleurs, les lingères, les cafés « avec billards », les cabinets de lecture et les coiffeurs y resplendissaient de mille feux.

(1) La manufacture de papiers peints et veloutés de Robert se trouvait établie près de la maison habitée par MUe Mars.

Rossini et Carafa avaient leurs appartements à cette époque dans la maison de Boïeldieu, en d'autre temps ambassade de Turquie et hôtel du prince Tuffîakine.

Ce prince russe avait pour secrétaire, sous le règne de Louis- Philippe, M. Georges qui l'accompagnait presque partout et lui faisait vis-à-vis en voiture.

A cause d'une infirmité, Tuffîakine portait la tête excessivement penchée sur l'épaule droite ; son secrétaire, à force de tendre le cou pour converser avec le prince, et peut-être par flatterie, contracta le même tic dans le sens opposé ; son épaule gauche fit coussin pour sa tête. Lorsque tous deux marchaient à pied et que le bras droit de M. Georges soutenait le bras gauche du prince, il leur était impossible de causer. S'ils changeaient de côté, les deux têtes se cognaient, et les passants d'en rire.

Le passage Jouffroy, formé en 48A5, traverse l'ancienne habitation de Tuffîakine. — Histoire des Boulevards, par Lefeuve (1863).

En 1851 la foule des badauds s'y écrasait pour contempler le « lingot d'or », bloc d'or d'une valeur de 400.000 francs, gros lot d'une retentissante loterie, « au capital de sept millions, pour l'émigration gratuite en Californie de 5.000 travailleurs.

Le « lingot d'or » reposait sur un trône devant lequel, respectueuse et troublée, défilait la cohue... Des aboyeurs prônaient l'énormité de la somme et plaçaient des billets. Un « bazar universel » occupait les vastes sous-sols qui sont, je crois, devenus aujourd'hui le Musée Grévin et un estaminet lyrique attirait les dilettantes... Darcier y chantait.

C'est un nom bien oublié aujourd'hui que celui de Darcier ; seuls ou presque seuls le connaissent ceux qui en entendirent parler par leurs pères ou leurs grandspères. Ce fut cependant un maître.

Comme disait feu Joseph Prudhomme : « Je l'ai connu sans le connaître ». Il y a une vingtaine d'années, après un excellent dîner, quelques artistes fumaient leurs cigares en évoquant d'aimables souvenirs. Le nom de Darcier passa dans la conversation... « Comment, vous ignorez Darcier, s'écria soudainement Faure, l'incomparable chanteur de l'Opéra, mais vous ignorez alors l'un des plus grands artistes du chant... Darcier 1... quelle âme!... Je lui dois beaucoup, je suis un peu son élève... Ah ! que ne Tavez-vous entendu interpréter Pierre Dupont ou Gustave Mathieu... Jean Raisin, les Bœufs, les Louis d'or, les Sapins, le Régiment de la Moselle... les

Cerises.... Avec Darcier ces chansons-là devenaient grandes comme des hymnes!... Je vais tâcher de vous en donner une idée... » et Faure, l'œil extasié, son

Rivière, Util.

éternel cigare fiché dans le coin de la bouche, sans cesser une minute de fumer, nous dit — avec quel art — pendant des heures, tout ce vieux répertoire si touchant, si humain, si héroïque aussi, que reprenaient jadis en

chœur les révoltés de 1848 dans les Ateliers nationaux...

Attentifs et charmés autour du piano, nous écoutions

dévotieusement le grand artiste Faure évoquer l'âme

de son maître Darcier !... et l'un de nous en s'en allant

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