L. Massard, del. et sculp
le boulevard. Or, parmi les passants refoulés derrière ces barrages, un homme gesticulait et se démenait, suppliant qu'on le laissât passer et furieux de voir ses efforts impuissants contre le caporalisme d'un quel-
conque municipal... c'était Rossini. Il avait beau crier : « Mais je suis Rossini, on ne peut commencer sans moi, laissez-moi passer », les agents lui répondaient invariablement : « Vous, Rossini, allez donc, farceur, on nous l'a déjà faite... En voilà assez ; tenez-vous tranquille, ou l'on vous colle au poste ! » Il fallut toute l'autorité d'un haut fonctionnaire pour aider le Maître à forcer la consigne et rendre l'idole à la foule enthousiaste de ses adorateurs.
Avant de devenir passage Joufïroy (du nom du propriétaire du terrain), ce numéro 10 du boulevard Montmartre avait déjà passé par de nombreux avatars. A la fin du xvme siècle, ce fut une enclave du jardin potager de l'hôtel Grozat, dont le parc, en terrasse, s'étalait de l'autre côté du cours, c'est-à-dire du boulevard. En 1805, au dire du brave père Dupin, qui y avait chassé, « c'était la campagne ». Au vrai, jusqu'aux environs de 1810, les boulevards ne furent, pour ainsi dire, qu'un prolongement de la banlieue parisienne, cette banlieue où les maraîchers cultivaient des carrés de choux et des plants de vignes, près du marécage de la Grange-Batelière, où paissaient des troupeaux de chevaux et des bandes de porcs. A l'horizon tournaient les moulins de Montmartre.
Vers 1820, le boulevard Montmartre se peuple; de nombreux artistes y habitent : Mlle Mars, Brunet, l'acteur chéri des Variétés ; Arnal, Giulia Grisi, Alphonse [Karr,