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LA FAÇADE DE L'HÔTEL SUR LE JARDIN

Richard et Bourdon, phot.

UN ANCIEN LOGIS DU GRAND SlÈCLb 179

boutique d'un marchand de parapluies arborant, en guise d'enseigne, trois énormes « riflards » en tôle, peinturlurés d'un rouge éclatant! Mais, à droite et à gauche de l'immeuble, deux antiques grilles s'ouvrent sur deux étroits couloirs donnant accès à un vieil hôtel superbe, à l'aspect vénérable, aux murs patines par le temps, fleuris de mascarons sculptés et de balcons de fer forgé... Comment cette magnifique épave du grand siècle est-elle encore debout, malgré les injures du temps et les méfaits des hommes?...

Notre hôtel a d'ailleurs payé cher sa rançon, d'ignobles bâtisses de plâtre l'engluent à droite et à gauche; des étages de constructions à bon marché écrasent son toit, et, sur ce qui fut les jardins, à quelques mètres de la façade, se dresse une énorme maison toute neuve et d'un redoutable modem-style... une page de missel encadrée de papiers gras!...

Pareilles rencontres font rêver; elles rappellent que beaucoup de bons Parisiens avaient édifié, aux siècles derniers, leurs maisons de campagne sur ces terrains de Montparnasse, où les « vide-bouteilles » chers aux bourgeois, les « Folies », joie des grands seigneurs et des financiers, alternaient avec les propriétés et les vignobles monastiques. Il suffit d'ouvrir les anciens plans de Paris pour se rendre compte de ce qu'était le « Mont-Parnasse » au xvir3 siècle : « quelques maisonnettes entourées de jardins, quelques hôtels au milieu de grands parcs : la longue rue de Vaugirard, bordée

d'un côté par l'immense domaine du Luxembourg et de l'autre par des communautés, des églises, les « Filles du Sang Précieux », les « Carmes-Déchaux » au coin de la rue Cassette; Sainte-Thècle et Notre-Dame-des-Prés au coin de la rue de Bagneux... Puis, tout au bout de la Ville, formant angle entre la rue de Vaugirard et la rue des Vieilles-Tuileries (aujourd'hui rue du Cherche-Midi), notre hôtel qui devait être des plus isolés, des plus mystérieux . . et nous allons bientôt comprendre le besoin de mystère et d'isolement qui fit choisir cette « Thébaïde »...

Le plan de Turgot (1734) fait plus que montrer l'ensemble du quartier; il précise la configuration de notre curieux hôtel .. Mieux... il nous en donne l'image telle que nous la retouvons aujourd'hui. Deux étages sur rez-de-chaussée, une belle façade surmontée d'un fronton triangulaire. Devant l'hôtel, un parterre à la française, flanqué d'un quinconce; l'entrée s'ouvrait rue de Vaugirard.

Ce qui est aujourd'hui le boulevard Montparnasse était en 1734 une butte de terre cahotée et zigzagante, un talus sur lequel passait une route à chariots; de l'autre côté de cette butte, des champs, des terrains vagues, des cultures maraîchères, des herbages, des bouquets d'arbres, des marettes qui expliquent l'attrait de cette banlieue où chaque dimanche dans la belle saison les Parisiens se rendaient en bande joyeuse. On déjeunait sur l'herbe, on chantait au dessert, on buvait

UN ANCIEN LOGIS DU GRAND SIECLE

le vin clairet, puis la belle jeunesse organisait une contredanse, pendant que les vieux faisaient un « cochonnet ». Ces mœurs aimables, qui furent celles de nos bons aïeux, durèrent jusqu'à la seconde moitié du

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