UN PAVILLON I)K L HOPITAL BF.OCA
Richard et Bourdon, phot.
occupée successivement par plusieurs communautés ecclésiastiques... La Révolution y trouve les Cordelières installées; et- — symptômes des temps — ces religieuses, elles aussi, sont en état d'insurrection! Par lettres autographes conservées aux Archives nationales, Ips Cordelières de Lourcine demandent « au président
du Comité ecclésiastique » « si l'abbesse a le droit de leur imposer comme confesseur le Père Douchet, Cordelier, — qui n'a point leur confiance » — ? Ai-je besoin d'ajouter que la réponse est négative : le 22 septembre 1790, le Comité déclare que « les religieuses sont absolument libres de choisir leur directeur particulier » (d).
Autre lettre de la supérieure datée de la même année. La mère abbesse demande à Bailly, maire de Paris, au nom de ses « brebis » ruinées par le décret de l'Assemblée nationale « mettant à la disposition de la nation les biens des communautés... de leur faire toucher leurs revenus ou de leur assigner des pensions... » Et la lettre conclut : « Je vous prie, monsieur, d'agréer les vœux que ma communauté et moi adressons au ciel pour votre conservation. Si nos suffrages n'ont pas contribué à votre élection, nos désirs et nos inclinations ont été pleinement satisfaits quand nous avons appris la nouvelle. Votre très humble et très obéissante servante : de Warenghien, abbesse des religieuses Cordelières (2). »
Cette curieuse lettre fut remise par Bailly à la commission des cultes de l'Assemblée constituante qui décida de rejeter la requête... Le 26 août 1791, le sieur Dumontier devenait propriétaire par adjudication du couvent et du « Jardin des Apothicaires ».
En 1797, des rues percées sur les « ci-devant terrains
(1) Archives nationales. D. XIX 66, n° 389.
(2) Archives nationales. D. XIX 66 et 44.
l'hôpital broca 219
des Cordelières » supprimèrent une partie des bâtiments; le reste servit successivement de fabrique, de maison de refuge, d'hospice pour les orphelins du choléra et enfin d'hôpital... L'hôpital de Lourcine est ouvert le 28 janvier 1836. C'est aujourd'hui l'hôpital Broca et le service de gynécologie du docteur Pozzi — que nous visitions tout dernièrement — couvre une partie de l'emplacement de l'ancien Jardin des Apothicaires et de l'étang des Cordelières.
Impossible vraiment de retrouver dans ces dortoirs ultra-modernes, presque gais et d'une propreté flamande, en cette étonnante salle d'opérations où réminent praticien a su grouper tous les perfectionnements recueillis au cours de ses voyages à travers le monde, la moindre trace de ce que furent aux siècles derniers les effroyables salles d'hôpitaux, alors que les hospitalisées entassées dans des chambres sans air, sans jour, sans feu, mouraient par grappes de fièvres infectieuses.
Et, sans remonter aussi loin, les internes de Broca ne nous contaient-ils pas les chasses homériques qu'en 1900, sabres japonais au poing, ils livraient aux bandes de rats, hôtes habituels des hôpitaux parisiens!... « Nous alignions jusqu'à quarante rats au tableau », assurentils avec un juste orgueil... Dieu merci, les temps ont changé !
M. le professeur Pozzi a voulu que tout, autour de
ses malades, parlât d'espérance. Il ne se contente pas de guérir, il veut encore consoler. Son cœur pitoyable lui a prouvé que les pauvres femmes étendues sur des lits d'hôpitaux avaient, plus que toutes les autres, droit à un peu de joie, à un peu de soleil, à un peu de gaieté ! L'admirable chirurgien a voulu que, durant les torturantes insomnies, les yeux dilatés des fiévreuses fixassent autre chose que des murs nus... A sa demande, des camarades peintres, fiers de collaborer à cette bonne action, ont illuminé les tristes salles de leurs plus joyeuses compositions... Ici flamboient les ciels de Provence, les mers vertes, les rochers roses des pays de rêve. Là, deux grands panneaux allégoriques égayent les parois d'une vaste salle où reposent trente malades, et ces panneaux chantent Y « Invitation au voyage »... Le voyage! donc la convalescence, la santé, la joie de vivre, l'espérance... la divine espérance. Enfin, ce sont des gerbes de lilas, de marguerites blanches, de bleuets, de lis pourprés et de pavots multicolores que tendent en souriant aux déshéritées de la vie les trois plus belles fées des Légendes : la Charité, la douce Pitié, le Dévouement aux humbles !
Comment reconnaître, ce matin, en cette pièce longue, étroite et sombre, aux fenêtres aveuglées de taies en papier noir goudronné, le vestibule joyeux aux
l'hôpital broca
murs ensoleillés par les claires peintures de G. Clairin, de Louis Picard, de Guillaume Dubufe, de Bellery-Desfontaines...
Nous sommes conviés à une séance de cinématographie médicale, comme le prouvent l'écran blanc et