LE BUREAU DE LOUIS-PHIMPPE
Mais un magasinier, les deux pieds posés sur la traverse de l'armoire et se tenant de la main gauche à la travée supérieure, vide de la main droite la planche du dessus. Il nous passe des étuis de maroquin rouge por-
(1) Victor Hugo. Choses vues. A Reims (p. 12).
tant en lettres d'or terni l'inscription : « Sacre de Charles X ». Ces étuis renferment des couronnes de vermeil ciselées, surmontées de fleurs de lis, garnies de perles et de pierres fausses. Les unes ont figuré au sacre, les autres aux obsèques de Louis XVIII; le tout gît ici, pêle-mêle.
Toujours accroché à son armoire, le magasinier empoigne des bâtons fleurdelisés, des mains de justice, des épées, et le sceptre de Charles X est posé en travers — tel un signet de bois — sur le catalogue général d'inventaire.
Puis, se tournant vers nous : « Y en a encore dans le fond, mais c'est trop lourd! » Nous montons sur un escabeau et nous apercevons des heaumes de chevalier ciselés et dorés, des gantelets de cuivre, des couronnes, des épées... Tous ces attributs royaux, vidés sur la table de bois blanc, rappellent élrangement le magasin d'accessoires de la Comédie-Française au quatrième acte d'Hernani. . . On va équiper le roi de Bohême et jeter des manteaux bordés d'hermine sur les épaules de seigneurs sans importance.
Cependant un second gardien a déplié dans le fond de la salle une énorme pièce de velours de soie violet ; au milieu une croix en moire d'argent, aux angles un aigle entouré de lauriers, auréolé d'étoiles surmontées de la couronne impériale, au milieu un semis d'abeilles et d'N en or. Ce tapis mortuaire servit à la rentrée en France des cendres de l'empereur Napoléon en l'année
1840; il recouvrait le char funèbre du grand Empereur lorsque, vers midi et demi, il apparut « dans la vapeur et le soleil sur le fond gris et roux des arbres des Champs-Elysées ».