V. Adam, del
sous Tinjonction des coups de fouet. Nous avons connu des lions roublards faisant le beau pour un morceau de foie et des lionnes collant aux barreaux leurs grosses têtes rousses afin de se faire gratter au bon endroit... Dans les coins, acrobates, équilibristes, jongleuses et disloqués travaillaient en famille.
Que de fois n'avons-nous pas, mon frère et moi, accompagné, devant les cages, Rosa Bonheur et notre
père travaillant de compagnie. Je me souviens encore du combat terrible d'un lion et d'une lionne à propos de je ne sais quel cuisseau de cheval imprudemment jeté entre leurs deux appétits. Rosa Bonheur, emballée, traçait à grands coups de fusain hâtifs un impressionnant dessin de cette lutte furieuse où le sang giclait, pendant que mon père, les yeux fixes, ne perdant pas un détail du drame, trouvait là le motif de son groupe : Lion et lionne se disputant un sanglier dressé devant l'une des entrées du jardin des Tuileries, sur la rue de Castiglione. Le dompteur Batty qui, le trident à la main, était allé séparer les deux fauves, devait mourir quelques années plus tard, dévoré par ses animaux.
L'histoire du Cirque d'Été a sa place marquée dans l'histoire des théâtres parisiens. Ce fut en 1835 qu'en vertu d'une décision ministérielle MM. Franconi et Ferdinand Laloue furent autorisés à donner, aux Champs- Elysées, des représentations équestres pendant la belle saison. Ils ouvrirent, tout d'abord, une vaste tente au carré Marigny, à l'endroit même où devait s'élever le Cirque, œuvre de l'architecte Hittorf (1).
(1) C'était une très heureuse idée de placer le cirque équestre, autrefois boulevard du Temple, sur le chemin même des promeneurs, d'en faire une continuation des Champs-Elysées et du Bois de Boulogne. 11 devint le théâtre à la mode. Les lions et les lionnes
LE CIRQUE DES CHAMPS-ELYSÉES 341
La dynastie des Franconi était depuis longtemps célèbre : le 14 mars 1791 le Moniteur n'annonçait-il pas l'arrivée à Paris de « M. Franconi, citoyen de Lyon, qui débute ce soir avec ses enfants, ses élèves et trente chevaux à l'amphithéâtre Astley, rue du Faubourg-du- Temple ». Le Cirque d'Été continuait la tradition de l'amphithéâtre Astley... Il fut édifié lors de la rétrocession faite à la Ville de Paris par l'État, des Champs-Elysées. L'architecte Hittorf, en construisant cette immense salle, s'inspira du style pompéien, alors fort à la mode. Un seul anachronisme, mais charmant : chacun se rappelle qu'un groupe équestre, une amazone demi-nue, œuvre du sculpteur Pradier, surmontait la porte d'entrée. Voici l'histoire de cette statue. Pradier était fort amateur des spectacles acrobatiques : il demanda ses entrées au directeur, lui offrant d'exécuter en échange une sculpture destinée à orner son théâtre favori. Ce qui fut dit fut fait. Pradier obtint ses entrées et dota le cirque d'une œuvre charmante, hélas aujourd'hui disparue! Un détail : la robuste écuyère qui servit de modèle au sculpteur devint plus tard la femme du renommé ténor Monjauze et le bruit courut que dans sa corbeille de noces elle n'avait pas oublié sa cravache d'écuyère.
de la Madeleine et de la Chaussée-d'Antin s'y donnaient rendez-vous. Il fut de bon ton de se placer dans le passage, au-dessous de l'orchestre, afin de voir de plus près les chevaux et les écuyères. Guide des Théâtres, 1855.
Il semblait tout naturel d'édifier un cirque aux Champs-Elysées; ce n'était, en somme, qu'un rappel du fameux Golisée inauguré en 1771 et démoli en 1780. Ce Colisée — dont un nom de rue évoque encore le souvenir et l'emplacement — comprenait non seulement une salle de spectacle, mais encore des boutiques, un
AU CIRQUE