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ÊTLDE DUN PAVILLON D'APRÈS GABRIEL

Musée Carnavalet.

sivement devait s'appeler place Louis XV, place de la Révolution, et finalement place de la Concorde) une fois remblayée, tracée, creusée de fossés, garnie de balus-

trades et de pilastres, Gabriel, pour compléter son œuvre géniale, édifia les deux superbes bâtiments qui la ferment, dont la destination était, en quelque sorte, de servir de toile de fond à cet admirable décor. Le Garde- Meuble de la couronne occupait le bâtiment de droite. Le bâtiment de gauche devait abriter les ambassadeurs extraordinaires et les visiteurs étrangers « de la plus haute distinction » ; mais on abandonna bientôt ce projet, et quelques grands seigneurs, les Coislin, les d'Aumont, les Crillon, habitèrent le bâtiment divisé en hôtels. Le Garde-Meuble est devenu le ministère de la Marine; le cercle de la rue Royale occupe l'hôtel de Coislin où demeura Chateaubriand; nous dînons sur le toit du vieil hôtel d'Aumont (plus tard hôtel Plessis-Bellières) devenu la propriété de l'Automobile-Club, et les tapissiers des grands magasins du Louvre (qui l'ont acquis de la succession Polignac) mettent au goût du jour et disposent à l'usage des milliardaires américains le superbe hôtel Crillon qui fait l'angle de la rue Boissy-d'Anglas !

L'admirable décoration intérieure — chef-d'œuvre de l'architecte Bélanger — n'existe plus, hélas!... les belles statues ornant la salle à manger, les aigles sculptées aux angles du fastueux salon à colonnes, les fines boiseries garnissant ces murs historiques, les tapisseries qui les fleurissaient ontétévendues... nous les avons retrouvées — avec quel serrement de cœur! — couchées dans la nécropole d'un magasin d'antiquités...

Mais ce sont surtout de tragiques souvenirs qu'évoque

cette place où coula tant de sang, cette place où — par décret du 22 août 1792 — la Commune de Paris avait ordonné que la guillotine resterait en permanence, « à l'exception néanmoins du coutelas que l'exécuteur des hautes œuvres sera autorisé d'enlever après chaque exécution ». Une liste publiée chez le « citoyen Marchand, Galerie-Neuve du Palais-Égalité », donne la nomenclature de 2,790 noms de victimes exécutées place de la Révolution... dont Charlotte Corday, les Girondins, Olympe de Gouges, Louis-Philippe Égalité, Barnave, Hébert (le Père Duchesne), Danton, Camille Desmoulins, Chaumette, Lamoignon de. Malesherbes, Lavoisier, la Dubarry, Mme Roland, Madame Elisabeth, la reine Marie-Antoinette, le roi Louis XVI... Les habitués du café Brutus, ouvert sur la place même, et qui ne manquaient jamais une guillotinade sensationnelle, furent servis à souhait. Étrange exception, seul entre tous les suppliciés de la place delà Révolution, le Roi ne fut pas guillotiné entre l'entrée du jardin des Tuileries et le piédestal de la statue — peinte en vert — remplaçant l'effigie équestre de Louis XV, abattue dès 1792. En effet, par suite de l'erreur d'un copiste, probablement ému, la proclamation du Conseil exécutif provisoire porte que « l'exécution de Louis Capet se fera entre le pied (Testai et les Champs-Elysées »... Ce fut donc là, où s'ouvre ce soir une tranchée, filant dans la direction des Chevaux de Marly, que périt le Roi, le lundi 21 janvier 1793, à dix heures un quart du matin. A cette même place, sous

la Restauration, à chaque anniversaire de la date funèbre, le conventionnel Isnard, régicide repenti, venait, paraît-il, s'agenouiller en plein midi, « mouillant de ses larmes la terre qu'avait rougie le sang du roi-martyr, faisant amende honorable de ce qu'il appelait son crime, et implorant à haute voix le pardon de Dieu et des hommes (l) ».

L'un de nous conte alors avoir lu à la Bibliothèque nationale, dans les papiers du « fonds Labédoyère », au dos d'une lettre autographe de Santerre, une note griffonnée par Chateaubriand, assurant que le fameux roulement de tambours qui sur l'échafaud couvrit la voix de Louis XVI fut commandé par un ancien page royal, bâtard de Louis XV et de la danseuse Morphise, modèle du peintre Boucher, — qui se glorifiait plus tard, dans une pétition au Directoire, d' « avoir conduit à l'écha-

(1) Le lundi 21 janvier à midy.

Capet a eu la tête tranchée à 10 heures du matin sur la place Louis XV, à côté le pied d'estail où était ci-devant l'effigie de Louis XV.

11 avait un grand gilet blanc sous la retinguote et un pantalon ; après l'exécution, les bourreaux ont montré sa tête au public innombrable : sa tête n'avait point été dérangée de la frisure et semblait une tête à perruque... Aussitôt l'exécution faite, une danse d'au moins cent personnes, hommes et femmes, a formé un rondeau, a dansé avec joye en chantant la chanson du Marseillais à plein gosier en criant : Voilà la tête du tyran à bas ! De plus on a remarqué que plusieurs personnes, dessous l'échafaut, se frottoient les mains dans le sang répandu. — Lettre d'un fédéré du bataillon marseillais dit du 21 janvier. Nouvelle Revue rétrospective, t. XVI, p. 82.

faud le dernier des tyrans (*) »... La Terreur passée et après que Carrier — le bourreau de Nantes — eut été exécuté, on enleva l'échafaud de la place de la Concorde et on abattit la sanglante statue devant laquelle avaient roulé tant de têtes. « Fendillée et craquelée », elle menaçait ruine; on la remplaça par « un faisceau de 83 lances, une pour chacun des départements de la République ». Cinq ans plus tard, en 1799, une nouvelle statue, œuvre de Lemot, fut édifiée sur la même place : la Liberté, « solidement assise », tenait un globe creux dans la main droite... Quelques jours après l'inauguration, on s'aperçut qu'un couple de colombes habituées des arbres du jardin voisin y avait niché! Cet heureux présage n'empêcha pas la Liberté de disparaître l'an suivant, Bonaparte premier consul la remplaçant par une « colonne nationale », qui ne fut d'ailleurs jamais exécutée, et finalement ce fut l'Obélisque — don de Méhemet-

(1) Oh ! que l'homme est plongé dans une nuit profonde Gomme tout ce qu'il fait, hélas, en s'achevant Sur lui croule ! Et combien il arrive souvent Qu'à l'heure où nous rêvons un avenir suprême Le sort de nous se rit et que sous nos pas même Dans cette terre où rien ne nous semble creusé Quelque chose d'horrible est déjà déposé ! Louis Seize, le jour de sa noce royale Avait déjà le pied sur la place fatale Où formé lentement au souffle du Très-Haut Gomme un grain dans le sol germait son échafaud.

Victor Hugo. Les Rayons et les Ombres. (En passant dans la place Louis XV un jour de fête publique).

Ali à Charles X beau milieu de h

qui, le 25 octobre 1836, fut érigé au place. « La monarchie de Juillet ne

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