‹ Le lotus de la bonne loiChapitre 164 sur 283 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Sumâgadhâ avadânaK Quant à Kachphila, ce mot doit désigner un autre Religieux, sur lequel je n'ai encore trouvé aucun détail.

Il me semble que l'on peut rapprocher le nom de Gavâmpati de la transcription chinoise Kiao fan pa tlii, citée dans le Foe koue ki^. Le manuscrit de Londres est le seul qui lise Pilandavatsa; la leçon Pilinda est celle des trois autres manuscrits et de la version tibétaine. Je remarquerai encore qu'il faudrait écrire en deux mots Pâma Mâitrdjamputra, ce que j'ai écrit en un seul, lorsque j'ignorais encore qu'il y avait plusieurs Pûrnas souvent cités dans les livres buddhiques, et que l'on distinguait les uns des autres, soit par le nom de leur père ou de leur mère, soit par quelque autre épithète. Ainsi la seule légende de Pûrna en cite déjà deux^, et le pi'éambule du Lalita vistara en rapporte aussi deux, l'un desquels est le Pûrna, fils de Mâitrâyanî, de notre Lotus^.

Le respectable maître AnandaS\ Quand j'ai traduit par maître le mot çâikcha, j'ai suivi f. 2 a. l'autorité de la version tibétaine qui remplace le mot sanscrit par shb-pa, terme auquel nos dictionnaires tibétains donnent le sens de maître, instituteur. Mais depuis que j'ai trouvé dans le Vocabulaire de Hêmatchandra le terme de çâikcha, qui s'y présente avec le sens de disciple, il me paraît nécessaire de traduire : « le respectable disciple Ananda. « En effet, quoique Hêmatchandra soit un Djàina, il n'est pas supposable que le terme de çâikcha, inséré par lui dans son vocabulaire sanscrit, y ait un sens diamétralement opposé à celui qu'a dû avoir ce terme pour les Buddhistes. Il faut introduire le même changement dans la ligne suivante, et au lieu de « dont les uns étaient maîtres et les autres « ne l'étaient pas, » dire, « dont les uns étaient disciples et les autres ne l'étaient plus. » Je ferai remarquer que pour obtenir ce sens dans la dernière phrase citée, je lis çâikchâçâikchdih, composé dont la seconde partie est açâikchâih. Cette leçon n'est pas celle du manuscrit de Londres ni des deux manuscrits de M. Hodgson , qui lisent çâikchaçâikchâih. Mais outre que cette variante ne donnerait d'autre sens que celui de disciples de disciples qui ne paraît pas convenir ici, la voyelle d long qui est nécessaire pour ma lecture se trouve dans le manuscrit de la Société asiatique, et est justifiée de plus par la version tibétaine qui a une négation devant le second mot représentant açâikclia, de cette manière, sloh-pa dang mi slol-pa. La traduction que je propose est, on le voit, contraire à celle qu'on peut tirer de la version tibétaine. Mais ne serait-il pas possible que le substantif qui n'est autre que le verbe sloh-pa ayant les deux sens (ii! enseigner e\ d'apprendre, signifiât disciple, comme sloh-ma qui a ce dernier sens.»* Je soumets cette remarque aux personnes qui connaissent le tibétain mieux que moi. Il faudrait voir si la différence des significations indiquées dans nos lexiques pour sloh-pa et sloh-ma, ne vient pas du suffixe, actif dans un cas, et passif dans fautre? De toute manière, et quoi qu'il en soit de cette conjecture, traduisant sur le sanscrit, j'ai dû donner au mot çâikcha ie sens que lui attribuent les autorités indiennes, et que j'ai déjà rapporté ailleurs^. On

' Sumâgadhâ avad. f. 1 4 a et 6. Rgya tch'er roi pa, t. II , p. 3.

- Foe houe hi, p. 168. = Introd. à l'hist. du Duddh. ind.t. 1 , p. 822 , note;

' Introd. à Ihist. du Buddh. ind. t. I, p. 260, n. 1 . Abhidliâna Ichinlâmani , p. 1 3, éd. Bœhtlingk et Rieu.

peut, jusqu'à preuve du contraire, admettre que çâikcha signifie « étudiant, disciple, » et açâikcha, « celui qui n'est pas disciple , » très-probablement « qui est maître. » Mais il manque encore à cette interprétation toute la précision désirable , et la citation du nom d'Ananda prouve qu'il ne faut pas entendre seulement ici un disciple ordinaire, mais une personne qui a déjà fait des progrès dans la science, sans être cependant arrivée au terme. h' Ahhidhâna ppadipikâ tranche nettement la question, en faisant du Sêkha un titre synonyme de Sôta âpanna, le premier degré des quatre grades au sommet desquels est l'Arhat', et d'Asêkkha, le synonyme d'Arhat^. On remarquera que cette définition dn Sékha cadre assez bien avec celle du Vocabulaire de Hêmatchandra , où le Çâikcha est défini prâthamakalpika , « celui qui est au premier degré. » Si donc notre Lotus était un texte de l'Ecole méridionale, il faudrait l'entendre ainsi: «dont les uns étaient au premier •1 degré, et les autres arrivés au terme de la perfection. »

Cette interprétation des deux termes pâlis Sêkha et Asêkkha, que j'emprunte au meilleur recueil lexicograpbique de Ceylan qui nous soit connu, est confirmée par un texte capital du Mahâvailisa, texte qui a ici d'autant plus d'importance, qu'il se rapporte aux débuts d'Ananda lui-même comme interprète de la loi. Lorsqu'après la mort de Çâkyamuni, ses premiers disciples se réunirent sous la conduite de Kâçyapa pour recueillir ses paroles et fixer sa doctrine , Ànanda n'était pas encore parvenu à l'état d'Arhat. Les Religieux qui ne voulaient pas se priver de son concours, parce qu'en sa qualité de cousin de Çâkya, il l'avait toujours suivi avec un dévouement absolu , qu'il avait été son premier serviteur, aggapatihâka, comme l'avait dit Bhagavat lui-même^, et qu'il avait assisté à toutes ses prédications , l'avertirent qu'il eût à faire tous ses efforts pour acquérir les mérites supérieurs d'un Arhat. Or voici en quels termes le Mahâvainsa exprime et l'avertissement et le résultat qu'il eut pour Ananda :

Svê sannipâtô ananda sêkhéna gamanani lahim

na yuttantê sadalthc tvam appamattô taiô hhava

itchtchévam ichôditô thêrô katvâna viriyafii samarh

iriyâpathatô muttam arahattam apâpuni.

Voici la traduction que donne Turnour de ce passage ; j'ai souligné les mots qui méritent un examen particulier : « Ananda , demain a lieu la réunion ; comme tu es encore «sous l'empire des passions humaines, ta présence à l'Assemblée n'est pas convenable; fais « donc sans relâche les efforts nécessaires pour acquérir les perfections requises. Le Théra , " ainsi excité , ayant fait une exertion suffisante de son énergie , et s' étant affranchi de « l'empire des passions humairies, parvint à la sainteté d'un Arhat*. » Turnour, eu traduisant sêkhéna par « comme tu es encore sous l'empire des passions humaines, ■> en donne plutôt une glose qu'une traduction littérale. Le sens général y est sans doute reproduit; mais puisque l'on conserve le mot Arhat dans la suite du passage, parce que ce mot est un titre qu'on ne saurait expliquer que par une longue phrase , il n'y aurait aucun inconvénient à conserver aussi celui de Sêkha, et à dire, « parce que tu es (encore) Sêkha, »

' Abhidhân. ppadîp. i. II, c. v, st. 28, éd. Ciough. ' Mahâpadhâna, dans Dûjh. nik. f. 67 b.

- Ibid. ]. I, c. I, sect. 1, st. 9. ' Turnour, Mahâwanso, c. m, p. 12 et i3.

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