CHAPITRE PREMIER
hdkâçyapa, (ïUruvilvâkâçyapa, de Gayâkâçyapa^ , de Çâriputtra'^ , de Mahâmâudgalyâyana^ , de Vakala'^, de Révala^. Je crois avoir montré aussi en examinant la transcription que donne le Foe koue ki du nom de Kakuda Kâtyâyana, que les syllabes kia tchin yan représentent le mot sanscrit Kâtyâyana^. Et quant aux noms que je viens de rappeler, je dois prévenir une remarque à laquelle pourrait donner lieu le troisième, celui de Vâchpa, que nous voyons figurer parmi les personnages que toutes les traditions s'accordent à nous représenter comme les vrais disciples de Çàkya. Cette remarque , c'est que si l'on devait s'en rapporter exclusivement aux noms, en acceptant sans le critiquer leur témoignage, on serait peut-être porté à supposer que Vâchpa est le personnage célèbre dans l'histoire du Tibet pour son vaste savoir, et qui écrivait au commencement du xiif siècle de notre ère^. Et comme d'autre part le Saddharma pundarika est manifestement d'une date antérieure, il faudrait admettre que le nom de Vâchpa a été introduit ici par une de ces interpolations si faciles dans des ouvrages restés longtemps manuscrits. Mais cette supposition devient inutile, si l'on se rappelle que Vâchpa a été un disciple de Çâkya, et que bien des siècles après lui un religieux d'un autre pays a pu prendre son nom.
Parmi les ooms cités dans le Lotus, et que je n'ai pas eu occasion d'examiner ailleurs, plusieurs exigent quelques remarques spéciales. Je suppose que le nom du sage appelé Aniruddha a pu être confondu par les Buddhistes étrangers à l'Inde avec celui d'Aniiruddha, nom d'un cousin germain du Buddha. C'est du moins une supposition que me suggère la lecture d'une note du Foe koae ki, dans laquelle je crois reconnaître, sous des transcriptions chinoises dont je n'ai pas le moyen de vérifier l'exactitude, la trace de deux mots sanscrits primitivement distincts. Ainsi A na liu, ou plus exactement, dit-on,. A na liu tho, est, suivant cette note, le nom d'un des dix grands disciples de Çâkya, qui passe pour avoir possédé le don d'une vue perçante®. Or ce don de la vue perçante ou de l'œil divin, comme le dit encore la note du Foe koue ki, est justement celui qu'une légende que j'ai citée plus d'une fois dans mon Introduction à l'histoire du Buddhisme , celle de la Belle fille du Magadha, attribue au sage Aniruddha^. Cette légende nous apprend que Bhagavat l'avait désigné comme le chef de ceux qui possédaient la vue divine, divya tchakchus. La note précitée du Foe koue ki traduit son nom par inextinguible ; cette version n'est pas tout à fait exacte , et la version tibétaine représente mieux le mot sanscrit, de cette manière, ma hgags-pa, «celui qui n'a pas été arrêté. » Ce nom s'explique par une autre note de M. A. Rémusat sur le voyage de Fa hian; quoique aveugle, Anarôdha (ainsi que son nom est écrit dans cet endroit) , n'en voyait pas moins tout ce que renferme un triple chiliocosme, comme on voit un fruit qu'on tient dans la main^"^. Son nom veut donc dire « celui qui n'était pas arrêté par sa cécité. » Ces observations suf-
' Introd. à l'hist. du Buddh. t. I, p. 1 58, note 3. ' Hyacinthe et Kiaprotli, Descript. du Tibet, dans
- Ibid. p. 48, note 5. le Nouv. Journal asiatique, t. IV, p. 117 et suiv.
^ Ibid. p. 181, note 3. » Foe koue Jd, p. i3i.
* Ibid. p. 391, note 2. » Sumâgadhâ avad. fol. 7 6.
" Ibid. p. 396, note 2. Foe koue ki, p. 168. Cette comparaison est, on
' /6i(i,t.I,p. i63,note.Conrip. Foc/ro!!c/f(,p. idg. le sait, très-familière aux Brâhmanes.
NOTES
fisent, je pense, pour établir l'identité de ces deux personnages, celui que nomme le Foe koue M, et le Religieux Aniruddha du Loius de la bonne loi; et j'ajoute que c'est à ce nom à'Aniruddha que se rapportent les transcriptions chinoises a na lia, a na liu tho, et surtout a ni leou theo. Mais il ne doit pas en être ainsi de a neou leou tho, que le Foe koue ki traduit par ..conforme aux vœux, » et où j'avais cru retrouver le sanscrit anuvrata, quand je n'avais encore à ma disposition aucun des ouvrages buddhiques que je puis consulter aujourd'hui. Je suis convaincu maintenant que cette transcription chinoise exprime le sanscrit Anuruddha, nom du cousin germain de Çâkyamuni, lequel est cité plus d'une fois dans le curieux récit des derniers moments de Çâkya. La note précitée du Foe koue ki traduit a neou leou tho par « conforme aux vœux, » traduction qui nous conduit assez directement au terme sanscrit original anuruddha, par le sens de « conformité, res- « semblance, » qu'exprime le préfixe anu. Or c'est le préfixe qui a ici toute l'importance, puisque c'est lui qui distingue nettement le nom d'Anuruddha de celui d' Aniruddha.
Le nom qui vient ensuite, celui de Kapphina, est écrit diversement; cette leçon qui est celle du manuscrit de la Société asiatique, est remplacée par celle de Kaniphilla dans les deux manuscrits de M. Hodgson , et par celle de Kapphilla dans le manuscrit de Londres. J'avais adopté pour ma traduction la variante Kapphina, parce que je l'avais trouvée justifiée par le passage suivant de YAhhidharmakôça vyâkhyâ : êvam tchâivafhtcha râdjâ kapphinô hhavati, « et c'est ainsi que Kapphina devient roi ^ » et aussi par la version tibétaine qui lit y"^" ^" Ka-pi-na. Mais aujourd'hui je suis un peu ébranlé par l'accord des trois manuscrits qui lisent II le groupe que le manuscrit de la Société asiatique écrit Ji : les signes indiens qui représentent / et n sont si faciles à confondre, surtout dans une écriture cursive (comme serait celle du Bengale avec laquelle le tibétain a de très-grands rapports) , que les Lotsavas tibétains eux-mêmes ont pu se tromper sur la meilleure variante à choisir. De plus la leçon Kamphilla aurait l'avantage de donner un sens ; on pourrait la regarder comme la forme pâlie du sanscrit Kâmpilja, qui désigne une ville d'une assez grande célébrité , que le Vichim puràna place dans la partie méridionale du pays des Pantchâlas^. Au reste, on comprend qu'il ne soit pas très-facile de se reconnaître du premier coup, sans d'autres secours que celui de quelques manuscrits incorrects, au milieu de ces leçons divergentes. Ainsi , pendant que nous trouvons un seul et même nom propre écrit de ces trois manières différentes Kapphina, Kapphilla et Kamphilla, nous voyons le Lolita vistara, autre ouvrage canonique des Buddhistes du Nord, énumérer dans une liste analogue à celle qui nous occupe, deux personnages distincts l'un de l'autre, sous les noms de Kaphina et Kachphila ^. Ne serait-il pas possible que nos manuscrits du Saddharma pundarîka eussent réuni à tort pour en faire le nom d'un seul et même personnage, des orthographes appartenantes à deux noms distincts."* Cela me paraît très-probable, et quant à présent, voici le résultat auquel je m'arrête : Les orthographes Kapphina, Kaphina, Kapphilla et Kamphilla désignent un seul et même personnage, le Kapphina du Lotus, qui avant de devenir Religieux était le roi nommé Mahâ Kapphina, d'après le
' Abhidharmakôçavjâkhjâ,{. 18 a, ink. — - WHson, Vishnupur.j). 1 8"] el k52\Lassen, Ind. AUerthiimsh. t. I, p. 601. — Foucaux, Ryyatch'er roi t. II , p. 3.