‹ Le lotus de la bonne loiChapitre 171 sur 283 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Jusqu'au grand Enfer Avùchi, etc.] Sur cet Enfer qui est le dernier des huit Enfers brûlants, voyez une note du Foe koue ki, p. 299, et aussi VIntroduction à l'histoire du Baddhisme indien, t. I, p. 201 et 202. L'enfer Avîtchi est le point le plus déclive d'un monde, comme la limite de l'existence en est le point le plus élevé. Appliquées à ces dixhuit mille terres de Buddha, c'est-à-dire à ces dix-huit mille mondes fabuleux qu'on suppose chacun sous la direction tutélaire d'un Buddha, ces expressions signifient que ces mondes furent entièrement illuminés depuis le haut jusqu'en bas. Quant à ce que j'ai traduit ici par «jusqu'aux limites de l'existence, » et ailleurs «jusqu'aux lieux où com- « mence l'existence,» c'est l'expression hhavâgra, qu'il serait plus exact de rendre par « le point culminant de l'existence, » littéralement le sommet de l'existence, ou comme je l'ai dit plus bas, st. 5, « la limite extrême où finit l'existence; » ce sommet est celui du dernier étage du monde sans forme, qui est la partie la plus élevée des mondes superposés ^ On trouve encore dans quelques textes, mais autant que je le puis croire jusqu'ici , dans des textes plus modernes , une autre expression qui paraît au premier abord synonyme de hhavâgra, mais qui en diffère par l'application qu'on en fait.. C'est le terme de bhiitakôti qui est synonyme du Vide selon le Saddharma Lagkâvatâra^; dans cette acception, il est probable que bhûtakôti signifie "le bout, l'extrémité de ce qui est » non pas inclusivement, mais exclusivement, de manière qu'avant la première chose qui est, ou ne voie encore que le vide. Au reste quand même cette explication devrait être reconnue inexacte ou insuffisante , il n'en resterait pas moins à peu près certain que hhâta- /fdù, par cela seul qu'il est synonyme de çunyatâ, «la vacuité, » ne peut l'être de hhavâgra, dont le sens a été suffisamment déterminé par ce qui précède.

Les six voies de l'existence.] Ce sont les six conditions d'existence pour les êtres sensibles-, on les nonmie gati, « voies, " parce que c'est par elles que va, que marche l'homme, c'est-à-dire que s'opère la transmigration du principe intelligent et sensible. Les six voies sont ainsi énumérées dans toutes les écoles : 1° celle des Dêvas, ou habitants des cieux; 2° celle des hommes; 3° celle des génies, comme les Gandharvas, les Rinnaras, les Yakchas, les Asuras et autres; 4° celle des Prêtas ou démons faméliques; 5° celle des brutes; 6° celle des habitants des Enfers ou damnés^. Nous verrons plus bas, çhap. V, fol. 73 a, que l'on n'en compte quelquefois que cinq dans le texte même de notre Saddharma pundarîka. Ces six conditions se divisent en deux classes, la première formée de deux conditions qui sont bonnes, la seconde formée des quatre autres conditions qui sont mauvaises''. Au nombre de ces quatre mauvaises conditions, A. Rémusat met la condition humaine^. Mais ce doit être une erreur, car la plupart des autorités s'accordent à placer l'homme au second rang dans l'échelle des êtres. Les Buddhistes du Sud

' Rémusat, Essai sur la cosmographie et la cosmog. Baddk. clans Mélanges posthumes, p. 91.

^ Saddharma Lagliâvalâra, f. 67 b, tnan. Bibl. nat.

' Des Hauterayes , Eec/i. sur la relig. de Fo, dans Joarn. asiat. t. VIII, p. 45 et 3i2; Rémusat, Mél.

posth. p. 80 et 92 ; Klaproth, dans le Foe koue hi, p. 288, note. Voyez ci-dessous, chap. 11, fol. 29 h, st. 63.

'' Des Hauterayes, dans Journ. usiat. t. VIII, p. /(S. ^ Rémusat, Mélanges posthumes, p. 1 i 3.

NOTES

nomment « les quatre apâjas, » ces quatre dernières existences ^ et âpâyika, celui qui est condamné à une de ces existences. Le mot apâja est également usité chez les Buddhistes du Nord, et il en doit être autant de son dérivé âpâyika. Le Djina alamkâra emploie cette expression qu'on doit retrouver souvent: ichalasa apâyêsa patitvâ, «étant tombé dans les « quatre états de punition 2. »

Cette pensée s'éleva dans l'esprit du Bôdhisattva.] Le texte se sert ici d'une expression propre au sanscrit buddhique et qu'il possède en commun avec le pâli , c'est la locution bôdhisattvasya êtad ahhavat, littéralement » cela fut au Bôdhisattva. » On dirait en pâli bôdhisattassa êtad ahôsi. Il y a un exemple de cette locution dans un texte pâli qui fait partie des fragments publiés par M. Spiegel ^.

L'apparition merveilleuse d'un grand miracle.] Le texte se sert ici de l'expression mahânimilta prâtihârya, qui est spécialement propre au style buddhique de toutes les écoles, et que l'on retrouve dans le pâli de Ceylan sous la forme de pâtihâriya. En voici un exemple que je cite, parce qu'il rappelle par un trait court, mais expressif, une idée familière aux Buddhistes du Nord : Tattha iattha dassitapâtïhâriyénâpi mahâdjanô pasîdati. « La foule « du peuple est disposée à la bienveillance par les miracles qu'on lui fait voir çà etlà'^. » Ce passage est certainement inspiré par le même esprit que ceux que j'ai cités ailleurs sur la destination et l'efficacité des miracles dans le Buddhisme ^.

Puissance surnaturelle.] Le mot que je rends de cette manière est rîddhi, en pâli iddhi, terme que les Mongols ont emprunté ainsi que quelques autres au sanscrit, sans le modifier*'. C'est à l'aide de leur puissance surnaturelle, véritable pouvoir magique, que les Buddhas et les autres personnages qui sont parvenus au degré suffisant de sainteté, accomplissent les miracles qui jouent un si grand rôle dans les légendes buddhiques. On peut consulter sur l'étendue et les effets de cette prétendue puissance, une note d'Abel Rémusat, rédigée d'après des autorités chinoises, mais dont les détails se retrouveraient épars, soit dans notre Lotus même, soit dans d'autres ouvrages de la collection népalaise de M. Hodgson Dans la note à laquelle je renvoie le lecteur, les expressions les yeux du ciel, les oreilles du ciel , sont très-probablement la traduction des expressions sanscrites dêva tchakchus, dêva çrôlra; et nous avons un exemple, sinon de ces facultés divines, du moins d'une perfection d'organes qui en approche, dans notre Lotus de la honne loi même, chap. XVIII, pag. 2i5 et suiv.

La puissance surnaturelle ou magique nommée rîddhi repose sur quatre fondements , ou se compose de quatre portions nommées Rïddhipâda, que j'ai eu occasion de citer

' Upham, The Maliâvansi, t. III, p. 26 ; Clough, Introd. à l'h'tst. du Buddii. t. I, p. 162 et suiv.

Sinyhal. Diction, t. II, p. 697. " Pallas, Sammlung. hisl. Nachricht. t. Il, p. 386;

^ Djina alamkâra, f. 5 6 init. I. J. Schmidt, Geschichte der Ost-Mongol. p. 3 1 2 ; Foe

' Anecdota pâlica, p. 83. houe hi, p. 32, 246 et 248. * Djina alamkâra, f. 26 6. ' Foe koue ki, p. 32 , note 6.

Page 1