‹ Le lotus de la bonne loiChapitre 172 sur 283 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

ailleurs d'après une légende du Divya avadâna^; malheureusement la partie de la légende où se trouvent ces Rïddhipâdas n'est pas très-claire, et même elle manque à un manuscrit du Divya avaddna que je dois à la libéralité de M. Hodgson. Le Vocabulaire pentaglotte buddhique donne de ces Bïddhipddas une énumération plus régulière, mais non encore plus intelligible, qu'il est bon de rapporter ici. Voici d'abord le texte du Divya avadâna : i" tchhanda samâdhi prakânâya sarhskâra samârôpanatd rîddhipâdah, 2° tchittarddhipâdô , 3" vîryarddhipddo , 4° mimdrhsâ samddhi prahdna saniskdra samanvâgata rîddhipâdah^. Je passe maintenant à l'énumération du Vocabulaire pentaglotte, en l'interprétant partie par partie: 1° tchhanda samâdhi prahâna saniskâra samanvdgatô rîddhipâdah, littéralement : la portion de la puissance magique accompagnée de la conception du renoncement à « la méditation du désir; » 2° tchitta samâdhi prahâna , et comme au n° 1, pour la suite de la formule: oie renoncement à la méditation de l'esprit;" 3° vîrya samddhi prahâna, et ainsi de suite: «le renoncement à la méditation de la force;» à° mimâmsâ samâdhi prahâna, et ainsi de suite : » le renoncement à la méditation de tout exercice intellec- " tuel ^. » On voit que pour se faire une idée nette de ces quatre parties de la puissance magique, il faudrait un conmientaire détaillé; car l'inconvénient d'une traduction littérale comme celle qui se présente pour chacun de ces termes, est suffisamment sensible: une telle traduction ou force ou affaiblit la nuance des mots , qui dans ce genre d'expressions sont naturellement très-compréhensifs. Essayons cependant d'y voir un peu plus clair; il va sans dire que mes explications ne devront conserver quelque valeur qu'autant qu'elles viendraient à s'accorder avec un texte donnant une interprétation authentique de ces quatre termes. Les mots fondamentaux de chaque formule sont le désir, l'esprit, la force et l'exercice de l'intelligence : ce sont ces mots qui différencient les quatre formules. Vient ensuite samâdhi prahâna, dont la traduction littérale, « le renoncement à « la méditation , « ne présente pas une idée assez exacte. Ici .samâdhi n'a probablement d'autre valeur que celle d'idée, ce qui permet de traduire les trois premiers termes de chaque formule de la manière suivante : » le renoncement à l'idée de désir, le renonn cernent à l'idée d'esprit, le renoncement à l'idée de force, le renoncement à l'idée " d'exercice de l'intelligence. » Le mot sarhskâra peut sans doute conserver sa signification ordinaire de conception, concept; si cependant il était permis d'y substituer celle d'accomplissement, action, qui est parfaitement légitime, la formule y gagnerait en clarté. Je n'insiste pas sur samanvdgatô, qui signifie «accompagné de, doué de;» mais dans le composé rîddhipâda, le terme de pâda ne doit pas signifier fondement, comme je le croyais autrefois, mais bien «le quart, la quatrième partie. » Cette correction a quelque importance, en ce qu'elle nous présente chacune des quatre formules comme une portion intégrante, et numériquement conmie le quart de cette faculté supérieure qu'on nomme rîddhi. Ainsi pour nous résumer : « une portion de la puissance magique est " accompagnée de l'exécution du renoncement à toute idée de désir ; une autre l'est de « l'exécution du renoncement à toute idée d'esprit ; une troisième l'est de l'exécution

' Introd. à l'hist. du Baddii. indien, t. I, p. 76, 626 Çt 626.- — ^ Divya avadâna, f. 98 b, man. Soc. asiat. — ' Vocabulaire pentaglotte, sect. xxvii.

NOTES

•I du renoncement à toute idée de force ; une quatrième et dernière portion l'est de l'exé- « cution du renoncement à toute idée d'exercice de l'intelligence. » En d'autres termes, avoir cessé de vouloir, de se sentir un esprit, de faire effort et d'exercer son intelligence, voilà les quatre éléments du pouvoir magique, éléments qui, à le bien prendre, se réduiraient à deux, puisque faire effort rentre dans vouloir comme dans sa cause, de même qu'exercer son intelligence rentre dans la fonction plus générale de se sentir intelligent. Le lecteur ne me demandera pas sans doute comment il se fait que l'annulation de ces deux grandes facultés , la volonté et l'intelligence , puisse assurer à l'homme la possession d'un pouvoir surhumain : c'est aux Buddhistes eux-mêmes que je le renverrais. Qu'il me suffise de rappeler que la croyance au pouvoir qu'a le sage d'acquérir des facultés surnaturelles par la pratique de certains exercices ascétiques , est pour les Buddhistes un dogme fondamental et un article de foi. Nous sommes placés ici hors des conditions du bon sens ordinaire, et l'on doit être moins surpris que les Buddhistes voulant faire de leur sage un être qui pût s'élever au-dessus des lois de la nature , lui aient enlevé les deux attributs par lesquels l'ascète le plus insensible est encore soumis à ces lois.

On trouve en outre dans le Vocabulaire pentaglotte cinq autres termes qui sont ajoutés à la section consacrée aux Rïddhipâclas. Le premier est anupalambhayôgô na bhavati : ces trois mots doivent former une proposition dont la signification peut être : a il n'y a pas « union avec la non -perception ; " c'est-à-dire que le sage est indépendant de l'extérieur, en ce qu'il cesse d'être uni avec ce dont il n'y a plus pour lui de perception. Les quatre autres termes sont vivêka niçritam, virâga niçritam, nirôdha niçritam, vjavasarga parinatam. Ce sont des adjectifs au neutre qui doivent représenter des substantifs, et qu'on peut traduire ainsi : <■ la retraite au sein de la solitude , au sein du détachement des pas- « sions, au sein de l'anéantissement, et la maturité du complet abandon. » Il semble que ces cinq termes qui reviennent à ceux-ci : la suppression de toute perception, la retraite dans la solitude, l'absence de toute passion, l'action d'arrêter toutes les causes d'activité et l'abandon absolu , sans doute de tout exercice de la volonté et de l'intelligence , doivent être considérés comme les causes efficientes du quadruple pouvoir magique. Je terminerai en avertissant que cette croyance au pouvoir surnaturel des Religieux qu'on distingue spécialement sous le titre d'Arhat, est ancienne dans le Buddhisme. Elle est aussi familière aux Buddhistes du Sud qu'à ceux du Nord; et les quatre Iddhipâdas, comme on les nomme en pâli, sont à tout instant cités dans le Mahâparinihhâna sutta, aussi bien que dans le Sâmanna phala sutta du Digha nikâya, dont on trouvera la traduction au n" U de V Appendice. Je ne les ai cependant pas encore vus nominativement énumérés dans un texte pâli ; mais il n'y a pas d'apparence que les termes doivent en être différents de ceux que je viens d'essayer d'analyser.

f, 5 h. Qui a rempli sa mission.] Le mot que je traduis par mission est adhikdra, qui signifie

exactement « office, fonction dont on est chargé; » ma traduction est donc conforme au sens classique d'adhikâra. Mais il se pourrait que chez les Buddhistes du Nord, le radical krï, précédé de adhi, eût la même acception spéciale qu'il a chez les Buddhistes du Sud,

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